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De l'autre coté du discours

De
124 pages
La notion de représentation, issue de la sociologie et de la psychologie, est désormais devenue une notion transversale que l'on retrouve dans plusieurs domaines des sciences de l'homme et de la société et qui a acquis, en (socio)linguistique et en didactique des langues-cultures, un statut théorique de première importance. Cet ouvrage a pour objectif de prendre part, avec quelques propositions en la matière, à la réfléxion collective qui n'a cessé de se développer autour de cette notion et des fonctionnements divers en discours auxquels elle refère.
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DE L'AUTRE CÔTÉ DU DISCOURS
Recherches sur le fonctionnement des représentations cOlnlnunautaires

Du MÊME AUTEUR

Questions sur les mots. Analyses sociolinguistiques, Paris, Didier Érudition, 1987 (avec Ph. Gardy, R. Lafont, J.M. Marconot et P. Siblot). L'écrit comme enjeu. Principe de scription et principe d'écriture dans la communication sociale, Paris, Didier CREDIF (colI. "Essais"), 1988. Le texte occitan de la période révolutionnaire, Montpellier, S.F.A.I.E.O. 1988 (en collaboration) . Nouvelle introduction à la didactique du français langue étrangère, Paris, CLE International, 1990 (avec M. Butzbach-Rivera et M. Pendanx). Clés sociolinguistiques pour le "francitan", Montpellier, CRDP, 1990. Le langage en spectacle. Une approche sociopragmatique, Paris, L'Harmattan, 1991. Langues en conflit. Études sociolinguistiques, Paris, L'Harmattan, 1991. Éléments de sociolinguistique. Langue, communication et société. Paris, Dunod, 1991 et 1996. Notre écran quotidien. Une radiographie du télévisuel, Paris, Dunod, 1995 (avec G. Lochard). Sociolinguistique: territoire et objets, Neuchâtel, Delachaux et Niestlé, 1996 (dir.). Plurilinguisme: "contact" ou "conflit"de langues?, Paris, L'Harmattan, 1997 (éd.). La communication médiatique, Paris, Seuil, 1998 (avec G. Lochard). Scènes de télévision en banlieues (1950..1994), Paris, Institut National de l'Audiovisuel-L'Harmattan, 1998 (avec G. Lochard). Introduction à la sociolinguistique, Paris, Dunod (ColI. Topos), 2001. Dix siècles d'usages et d'images de l'occitan. Des Troubadours à l'Internet, Paris, L'Harmattan, 2001 (dir. avec Ph. Gardy). L'Espagne et ses langues. Un modèle écolinguistique?, Paris, L'Harmattan, 2002 (dir. avec Ch. Lagarde).

Henri BOYER

DE L'AUTRE

CÔTÉ DU DISCOURS

Recherches sur le fonctionnement des représentations communautaires

L'Harmattan 5-7, nIe de l'École-Polyteclmique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALlE

cgL'Harmattan, 2003 ISBN: 2-7475-4192-4

Collection Langue & Parole
Recherches en Sciences du Langage dirigée par Henri Boyer

La collection Langue & Parole se donne pour objectif la publication de travaux, individuels ou collectifs, réalisés au sein d'un champ qui n'a cessé d'évoluer et de s'affirmer au cours des dernières décennies, dans sa diversification (théorique et méthodologique), dans ses débats et polémiques également. Le titre retenu, qui associe deux concepts clés du Cours de Linguistique Générale de Ferdinand de Saussure, veut signifier que la collection diffusera des études concernant l'ensemble des domaines de la linguistique contemporaine: descriptions de telle ou telle langue, parlure ou variété dialectale, dans telle ou telle de leurs composantes; recherches en linguistique générale mais aussi en linguistique appliquée et en linguistique historique; approches des pratiques langagières selon les perspectives ouvertes par la pragmatique ou l'analyse conversationnelle, sans oublier les diverses tendances de l'analyse de discours. Il s'agit donc bien de faire connaître les développements les plus actuels d'une science résolument ouverte à l'interdisciplinarité et qui cherche à éclairer l'activité de langage sous tous ses angles.

Déjà parus

Florence LEFEUVRE, La phrase averbale en français, 1999. Shirley CARTER-THOMAS, La cohérence textuelle. Pour une nouvelle pédagogie de l'écrit, 2000. Corine ASTESANO, Rythme et accentuation en Français, 2001. Iva NOV AKOV A, Sémantique du futur. Etude comparée françaisbulgare,2001. Valérie BERTY, Littérature et voyage au XIxe siècle, 2001.
Alain COÏANIZ, Apprentissage des langues et subjectivité,
2001.

Ursula BECK, La linguistique historique et son ouverture vers la typologie,2001. Jeannine GERBAULT, TIC et diffusion du français, 2002. Milagros EZQUERRO, Fragments sur le texte, 2002. Kofi ADU MANY AH, Introduction à la phonétique et la phonologie africaines, 2002. Anne-Marie HOUDEBINE-GRA VAUD (dir.), L'imaginaire linguistique, 2002.

Avertissement
Cet ouvrage a pour objectif de prendre part, avec quelques propositions en la matière, à une réflexion collective qui n'a cessé de se

développer autour de la notionde représentation

et des fonctionnements

divers auxquels elle réfère, dans les sciences de l'homme et de la société

et singulièrement ans un domaine des sciences du langage: la d sociolinguistique que dans un domainesécant: la didactiquedes ainsi
langues-cultures.

Il rassemble à cet effet plusieurs études publiées au cours de la dernière décennie dans des revues ou actes de colloques et postérieures à la publication d'un premier article portant explicitement sur l'objet en question: «Matériaux pour une approche des représentations sociolinguistiques» (Langue française n° 85, 1990, repris dans Langues en conflit, L'Harmattan, 1991). Ilsouhaite ainsi exposer un certain nombre d'observations, d'analyses et d'hypothèses en leur donnant une unité d'exposition qu'elles n'avaient pas et donc affirmer une cohérence de propos. Cohérence qui n'exclut évidemment en rien les redondances, les corrections... et les évolutions: les articles repris ici (sous des titres souvent différents) n'ont fait l'objet que de retouches secondaires. Seule l'Introduction est pour l'essentiel inédite. Il faut donc prendre cet ensemble pour ce qu'il est simplement: un point de route soumis à un léger recadrage et la contribution d'une
recherche en cours à l'éclairage linguistique d'une problématique majeure.

Références des textes reproduits (avec ou sans modification):«De la compétence
ethnosocioculturelle», Le français dans le monde n° 272, 1995 (1) ; «L'imaginaire ethnosocioculturel et ses représentations partagées: un essai de modélisation», Travaux de didactique du français langue partagées dans la dynamique des conflits étrangère n° 39, 1998 (2); «La part des représentations sociolinguistiques: catalans, Barcelone, Actes éléments de symptomatologie», de Catalunya, Actes de la Cinquena de Cultura, trobada 1998 de sociolingüistes (3); «L'unilinguisme évolution, variation, (5); «Tchador: Generalitat du Colloque Departament

français contre le changement
hétérogénéité, Neuchâtel (4); «Le spot comme

sociolinguistique», Le changement linguistique, de Neuchâtel (M. Matthey éd.) Tranel n° 34/35, 2001, Université de
marché», MScope n° 8, 1994, Versailles, CRDP les

8
mots de 'l'affaire», MScope n° 4, 1993 (6); «La «crise des banlieues» à la télévision. Le choc des mots, le poids des stéréotypes», Mots et migrations, Cahiers de la Méditerranée n° 54, 1997 (7) ; «La guerre civile espagnole et le discours médiatique français sur l'Espagne», Les Français et la guerre d'Espagne, Actes du Colloque de Perpignan, CREPF, Université de Perpignan, 1990 (8); «l'incontournable paradigme des représentations partagées dans le traitement de la composante culturelle en français langue étrangère», De la méthodologie à la didactologie, Hommage à Robert Galisson (coord. par Ch. Puren), Études de Linguistique Appliquée n° 123-124,2001 (9).

INTRODUCTION

Le paradigme représentationnel

La notion de représentation, issue pour l'essentiel de la sociologie et de la psychologie sociale, est désormais devenue un concept transversal, que l'on retrouve dans plusieurs domaines des sciences de l'homme et de la société et qui a acquis, en particulier en (socio)linguistique et en didactique des langues-cultures (pour ce qui concerne plus précisément la démarche interculturel/e), un statut théorique de première importance. Le

nombre de colloques, numéros de revues, ouvrages... qui lui ont été consacrés ces dernières années, sous diverses entrées notionnelles
(représentation, image, imaginaire, stéréotype.. .), singulièrement dans les deux champs disciplinaires en question, en témoigne clairement (voir par exemple: Boyer et Peytard éds. 1990, Matthey éd. 1997, Maurer et Raccah coords. 1998, Moore coord. 200, Py éd. 2000...).

1. Représentation:

un concept sollicité

«Notion carrefour» selon W.Doise (1985:81), au «statut transversal» pour D. Jodelet (Jodelet 1989 : 41), son origine notionnelle est sûrement ancienne mais l'on peut dire que la sociologie d'E. Durkheim,

sous la dénominationde représentation

col/ective,est responsable de son

entrée décisive dans l'analyse des phénomènes sociétaux, en affirmant que «la vie sociale [est] tout entière faite de représentation» (Durkheim 1987: préface de la 2e édition), que «la vie collective, comme la vie mentale de l'individu,est faite de représentations» (Durkheim 1951 : 2). En s'appuyant sur les textes du sociologue, J.-C. Filloux (1970 : 47-48), définit ainsi, ce qui, selon Durkheim, constitue, face à la «stabilité des institutions», «le niveau des représentations collectives», celui de la
« créativité» :

10
- «A. Valeurs sociétales, idéaux collectifs; opinions; représentations que la société se fait d'elle-même; légendes et mythes;
représentations religieuses. ; idéalisation».

- B. Courants libres, «effervescents»

Pour
interactionniste:

J.-C. Filloux,

le

modèle

élaboré

par

Durkheim

est

«Sous la poussée des représentations collectives, les

institutions évoluent et se transforment, et inversement». Si bien que «des conflits entre institutions, insuffisamment plastiques pour s'adapter, et représentations collectives à évolution plus rapide peuvent donc se produire, sur la base d'une disparité dans le rythme de transformation des unes et des autres» (Filloux 1970 : 49-50).

Cette dynamiquepropre des représentations collectives,postulée par le modèle de Durkheim, fait de ces mêmes représentations un objet d'étude autonome, bien qu'en interactionavec d'autres composantes de la réalité sociale, et complexe car «Durkheim place au niveau des représentations collectives à la fois «des courants effervescents», supposés d'un maximumde mouvance, et des valeurs sociétales ultimes qui paraissent bien, une fois nées, posséder une permanence devant dépasser celle même des institutions apparemment les plus établies»
(Ibid. : 51).

Dans une publication récente, celui qui devait, après Durkheim,

donner à la notion de représentation

sa teneur conceptuelleet son

opérativité contemporaines, S. Moscovici, rend ainsi hommage à la clairvoyance du sociologue: «À ceux qui soutiennent qu'une règle est une affaire de convention et une pratique, un fait de comportement, Durkheim oppose qu'il n'est guère de règle ou de pratique qui ne soit suscitée ou accompagnée d'un ensemble de représentations destiné à l'expliquer ou à la justifier, même si elles sont inconscientes». (Moscovici 2002: 9). Il salue, en particulier, l'importance qu'a eue chez Durkheim la «façon de concevoir les représentations comme un système, une totalité structurée, et non pas comme un assemblage de propositions ou d'idées isolées» (Ibid. : 14). En ce qui concerne la qualification cependant, S. Moscovici préfère «sociale», même si «collective» ne le dérange pas outre mesure: «Le terme collectif exprime le lien étroit entre culture et société, la dépendance de celle-ci à l'égard de celle-là, en particulier la tradition de la

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religion». Cependant «dans l'évolution historique, le lien entre culture et société se relâche, celle-ci prédomine sur celle-là. Le centre de gravité de la vie psychique et mentale se déplace, comme lieu de création des savoirs, de l'Église à l'Université, par exemple, et ainsi de suite. Donc, cette évolution historique et ce déplacement du centre de gravité justifient la dénomination des représentations par le terme de «sociales»»
(Ibid. : 16).

S. Moscovici a proposé, au début des années soixante du xxe siècle, depuis la psychologie sociale, une actualisation du concept à partir de ses travaux sur la psychanalyse et les images dont elle était investie dans la société française de l'après-guerre (Moscovici 1961), sous l'appellation de représentations sociales. Celles-ciconcernent la société, comme le réaffirme Moscovici 2002, car «l'individu n'est rien sans la société qui l'invente et lui offre un champ balisé pour son action, ses illusions et son destin» (Rouquette et Rateau 1998 : 28). À la suite de S. Moscovici, les explicitations du concept n'ont pas manqué. Pour D. Jodelet, par exemple, «c'est une forme de connaissance, socialement élaborée et partagée, ayant une visée pratique et concourant à la construction d'une réalité commune à un ensemble social» (Jodelet

1989 : 36). On insiste ici sur le caractère pratique

de ce savoirqu'est la

représentation: «La représentation sert à agir sur le monde et autrui» (Ibid. : 43-44). Cette caractéristique des représentations est affirmée par ailleurs par P. Bourdieu pour qui les représentations sont des «énoncés performatifs qui prétendent à faire advenir ce qu'ils énoncent» (Bourdieu 1980 : 67). Ailleurs l'accent est mis sur l'importance du métasystème normatif au sein de l'activité représentationnelle, «métasystème [...] constitué par des régulations sociales, et c'est l'analyse de ces régulations qui constitue l'étude proprement dite des représentations sociales, pour autant que leurs liens avec des positions spécifiques dans un ensemble de rapports sociaux soient explicités» (Doise 1988 : 102).

Le développement des travaux en psychologie sociale sur les représentations, à la suite de l'œuvre pionnière de S. Moscoviciest remarquable. Ces travaux concernent des objets fort divers. Certes, «certains objets sont plus importants que d'autres, par l'investissement

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matériel ou symbolique dont ils se trouvent chargés. Cette caractéristique même les rend particulièrement pertinents pour l'étude des représentations sociales, puisqu'ils se trouvent ainsi placés au cœur d'un grand nombre d'interactions et qu'ils constituent souvent, en même temps,

des enjeux de pouvoir. Là où il existe peu d'échanges et peu de valorisation intergroupes (et à condition de ne pas oublier que les échanges peuvent être décalés et la valorisation masquée), les
représentations n'ont qu'une carrière très courte et se cristallisent à peine»

(Rouquette et Rateau 1998: 20). Se référant à des études publiées,
Rouquette et Rateau (Ibid. : 20) proposent une liste d'objets sociaux traités

dans cette perspective par la psychologie sociale, comme la santé et maladie, la folie et la maladie mentale, la banque et l'argent, la chasse, l'artisan et l'artisanat, les relations maÎtre-élève, la fonction d'infirmière, le travail et le chômage, l'intelligence, le SIDA, l'entreprise, le corps, l'environnement, l'alimentation (une liste qui n'est vraisemblablement pas exhaustive et encore moins close). Deux axes de recherche, complémentaires, se sont développés au

sein de la psychologiesociale: un axe axe expérimental et

qualitatif

qui s'intéresse aux

contenus de la représentation, sur la base d'enquêtes, dans la lignée des travaux de S. Moscovici sur les représentations de la psychanalyse; un
formalisateur

qui s'intéresse à la manièredont se

constituent et se modifient les représentations. Cette perspective a conduit à l'élaboration d'une théorie dite du «noyau central», qui considère que les traits constitutifs d'une représentation sociale (appelés «cognèmes») se

distribuent en deux ensembles: un système central

qui donne à la

représentation sa stabilité et son contenu sémantique fondamental et un système périphérique ouvert, où les traits associés, contextuels, permettent l'adaptation à la diversité des situations, mais sont en
contrepartie instables.

Dans l'étude souvent citée sur la représentation sociale du «groupe idéal», par exemple, on observe que le noyau central est composé de deux éléments, l'un prioritaire: l'amitié, l'autre, adjoint: l'égalité (absence de cheij et le système périphérique également de deux éléments: l'appartenance à un même milieu social et la convergence des opinions (Rouquette et Rateau 1998: 44, 51-52, 70). Ou encore, en ce qui concerne le noyau central, deux types d'éléments ont été identifiés à la

suite de travaux expérimentaux: des éléments normatifs (<<directement