De la Nouvelle-Calédonie au Pacifique

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Fruit d'une réflexion interactive et pluridisciplinaire, cet ouvrage fait le point sur la conception de la recherche outre-mer, sa théorisation et son application. Il aborde aussi les nouvelles approches géographique, tant au niveau de l'ensemble océanien qu'à celui de la Nouvelle-Calédonie ou de Wallis-et-Futuna, ainsi que des questionnements historiques, anthropologiques, ou encore politiques. Enfin, il s'intéresse à la recherche en langues, littérature et linguistique.
Publié le : dimanche 1 février 2009
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EAN13 : 9782296218574
Nombre de pages : 288
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De la Nouvelle-Calédonie au Paciique

Sous la direction de
Frédéric Angleviel etde Jean-Michel Lebigre

De la Nouvelle-Calédonie
au Pacifique

Éléments de recherches en Lettres,
Langues et Sciences Humaines

L’Harmattan

« Portes océanes »
Collection dirigée par Frédéric Angleviel
Historien

ette collection est dédiée en premier lieu à une meilleure connaissance
à traCvers les contributions les plus notables. La collection « Portes océanes »
de l’Océanie à partir de l’édition cohérente des articles épars de
chercheurs reconnus ou de la mise en perspective d’une thématique
a donc pour objectif de créer des ponts entre les différents acteurs de la
recherche et de mettre à la disposition de tous des bouquets d’articles et de
contributions, publications éparses méconnues et souvent épuisées. En effet,
la recherche disposant désormais de très nombreuses possibilités d’édition, on
constate souvent une fragmentation et une dissémination de la connaissance.
Ces rééditions en cohérence se veulent donc un outil au service des sciences
humaines et sociales appliquées aux milieux insulaires de l’aire Pacifique.

En second lieu, la collection «Portes océanes» a pour ambition de
permettre la diffusion auprès du public francophone des principaux résultats
de la recherche internationale, grâce à une politique concertée et progressive
de traduction. Tout naturellement, elle permettra aussi la publication de
colloques ou de séminaires sans s’interdire la publication d’ouvrages mettant
à la disposition du public les derniers travaux universitaires ou des recherches
originales.

Déjà parus

Frédéric Angleviel :Histoire de la Nouvelle-Calédonie. Nouvelles approches, nouveaux objets, 2005.
Sonia Faessel :Vision des îles : Tahiti et l’imaginaire européen. Du mythe à son exploitation
e e
littéraire ( -siècles), 2006.
Alain Moyrand :Droit institutionnel de la Polynésie française, 2007.
Mounira Chatti, Nicolas Clinchamps & Stéphanie Vigier :Pouvoir(s) et politique(s) en
e
Océanie – Actes du XIXcolloque CORAIL,2007.
Sémir Al Wardi :Tahiti Nui ou les dérives de l’autonomie,2008.
Frédéric Angleviel (dir.) :Chants pour l’au-delà des mers. Mélanges en l’honneur du professeur
Jean Martin, 2008.
Benoît Carteron :Identités culturelles et sentiment d’appartenance en Nouvelle-Calédonie,2008.
À paraître

Sophie Bantos et Elvina Inghels (dir.) :Perspectives de développement des outre-mers
français de l’hémisphère sud.
Michel Wauthion:Langues et identités à Vanuatu.
Collectif :Franconesia. Études anglophones.
Collectif :Franconesia. Études italiennes.
Claire Laux et Céline Borello :Histoires religieuses d’Océanie.

Introduction

Jean-Michel Lebigre, Frédéric Angleviel

Cetouvrage est la premièreconcrétisationéditoriale de lavolonté
dudépartementdesLettres, LanguesetSciencesHumaines (LLSH)de
l’Université de la Nouvelle-Calédonie de dépasser ses différences pour
mettre en synergiesescomplémentarités.Eneffet, autantlarecherche est
riche etdiversiiée à l’UNC, autant elle estconfrontée au nombre limité
d’enseignants-chercheursainsiqu’àsonisolement ultramarin.La création
de l’équipe d’accueilCentre des Nouvelles Études sur lePaciique(CNEP)
en2008 a ainsi étéprécédée d’uncertain nombre deréalisationscommunes,
dontlaprogrammationde cet ouvrage depréiguration.
Unepremière expérience de lapluridisciplinarité a abouti à
laprésentationauMEN d’un masterhabilité en 2006:master« Espaces,sociétés
etlittératuresdes mondes océaniens».Depluslemaster professionnel
« DéveloppementTerritorial etAménagementduTerritoire(DevTAT)»
souslaresponsabilité du professeurJean-Michel Lebigre a déjà amené
plusieursd’entrenousàtravaillerensemblesurleterrain.Cesdeux
masters sontadossésà lanouvelle équipe fédératrice.Quiplusest,une ERT
a été constituéesurdes problématiquesconcernantle
françaisetleslangueskanak comme languesd’enseignementetde culture;cecipermet une
association plusétroite à l’IUFM duPaciique.Lesdoctorantsissusde ce
master prendrontdès 2009 toute laplacequi estla leurau seinde l’école
doctoralenumérique ED 469EDPnMIUM.

L’élaborationde l’ouvrageLe Paciique vu de Nouméa. Littérature, langues
et sciences humaines. Questionnements et recherches appliquéesa été lesecond
voletde lamise en réseaudes potentialités propresà chacune des sciences
dudépartementLLSH.Les réunions préliminaires ont montré lanécessité
departagerlaparole etl’importance de la confrontationdesapproches
scientiiques.

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Jean-Michel Lebigre, Frédéric Angleviel

Cetouvrage depréiguration seveut uneouverture à l’ensemble des
thématiquesabordées,sachant quepour répondre aux prioritésdéveloppées
parle Conseil de larecherche de la Nouvelle-Calédonie leschercheurs
duCNEPontaccepté, en parallèle à la continuationde leurs recherches
fondamentalesencours, de développeretd’approfondir unethématique
commune axéesurles mondesde lamine.Cetterechercheprioritaire,tant
fondamentalequ’appliquée, bénéiciera du soutieninancieret technique du
ministère, cequi luipermettra d’émergeretd’unirlesénergiescréatrices
detousleschercheursliésà l’université de la Nouvelle-Calédonie.

Enin, les réunionsdédiéesà cet ouvrageontétéunlieude discussion
permettantde dépasserlesclivagesanciens pour trouverdenouvelles
lignesdirectrices.Le caractèrepluridisciplinaires’estimposépour plusieurs
raisons: latailleréduite de l’université etdudépartementLettres, Langues
etScienceshumainesimpose leregroupement pouratteindreunemasse
critique; unlieufédérateurd’accueilpourleschercheursdepassage
à Nouméa en missiondeterrain, ainsiquepourlesdoctorants venus
de laboratoiresfrançais ouétrangersest nécessaire;la complexité etla
dynamique denos objetsd’étudeplaident pourlarecherche dethématiques
faisantappel auxcompétencesdeplusieursdisciplines puisquenousétudions
leshommesdansl’histoire etdansl’espace, dansleurcapacité às’adapter, à
modelerleur vie, leurespacephysique et mental, leurs stratégiesidentitaires,
leurs relationsau patrimoinematérielouimmatériel.
S’il est vraique,selonla formule du philosophe MartinHeidegger,
« l’Homme est unconigurateurdemondes», alorslescloisonnements
e
disciplinaireshéritésde l’université duXIXsièclepeuventcesserde former
desfrontièreset s’ouvrirà desenquêtes mettantenjeulapluridisciplinarité :
nos relationsdisciplinairesentre chercheurs seraienthomothétiquesdes
systèmes réticulésderelationsdansles populations océaniennes.Deplus, les
scienceshumainesetlesétudes prenantencompte la capacité imaginative
deshommes ne doivent pasêtreséparéesd’autresapproches,tantil est vrai
que les utopies puisentà lamêmesourceque les plansd’ingénieur.

Le Paciique vu de Nouméaseveutdoncunappuisolidepourbâtir
au seinduCNEP des projetscommunsetciblés, associant recherches
fondamentalesetexpertisesainsique l’ont souhaité lesconclusionsdu volet
SHS desAssisesde la Recherche françaisesuretdansle Paciique(2004)
etles rapportsdesjournéesAgora(2006).
Le CNEP devraitcontribuerau rayonnementde la francophonie
dans unespacetrèsanglophone età celui de larecherche française dans
le Paciique dans undomainetrop peu représenté, celui deslettres, des

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Introduction

langues et des sciences humaines. Il constitueraunlieudepassage etde
rencontresfécond avec leschercheursfrançaisetétrangersen missionen
Nouvelle-Calédoniemaisaussiun pôle auquelpourront puiserles puissances
publiquesen recherche d’expertise.
Nousenvisageonsdu reste de donner ultérieurementàtout ou partie
de cette équipe d’accueil fédérative l’appellationde « Centre desétudesdu
Paciique – Paciicstudiescenter», comme celasepratique enAustralie,
enNouvelle-Zélande, à Hawaii, enPapouasie etauxFidji.

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Le Centre des Nouvelles
Études sur le Paciique (CNEP)

Jean-Michel Lebigre
Université de la Nouvelle-Calédonie, CNEP

La créationde l’équipe « Centre desNouvellesÉtudes surle Paciique »
traduitl’effortderestructurationdeséquipesderecherche de l’université.
Eneffet, alors que dansleprécédentcontratdeuxéquipes (Transcultures
e
etIMOA)avaientété habilitées, la créationd’une3équipe ETAPP a
même été envisagée aucoursde l’année2006.Ainsi, conformémentaux
souhaits, esten voie d’émergerleplusgros pôle derecherchesen
scienceshumainesde la Nouvelle-Calédonie.
L’effortdesynthèse demandé auDépartementde Lettres, Langues
etSciencesHumaines, lapluridisciplinarité deséquipesderecherche,
lesujetd’étude communà ceséquipes, le Paciiquesous sesdifférentes
approches (géographique, historique, ethnologique, linguistique,politique,
culturelle…) ontfavorisé leregroupementde ceséquipesen uneseule, le
CNEP.
Unenouvelle étape fondamentale a été franchie en 2007, larélexion
s’étantafinée.Elle a conduità l’abandondeshuitaxesderecherche
initialement prévusen 2006etau rassemblementde la future équipe autour
d’ungrandprogramme interdisciplinaire.Celui-cise focaliserapendant
la durée ducontrat surlethème « Activités minièresetdéveloppementen
Nouvelle-Calédonie ».Endépitdesdificultésà intégrerles problématiques
de disciplinesaussi éloignées que la littérature ancienne etla géographie
de l’environnement (pour neprendrequ’unexemple), le CNEP afirme
ainsisavolonté :
– des’intégrer pleinementauxactuellesdynamiques scientiiques
calédoniennes quivisentàrépondre activementauxbesoinsexprimés
parlesinstitutionslocalesen matière d’activitéminière(CNRT Nickel
etenvironnement)etde biodiversité;
– d’être enconformité avec les recommandationset orientationsissues
du« Livre blancsurlarecherche en scienceshumaineset socialesen

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Jean-Michel Lebigre

Nouvelle-Calédonie » initiéparle Gouvernementde la
NouvelleCalédonie(2006)etcellesdesAssisesde la Recherche de2004.

Répondantlui aussi àune demandeurgente et trèsciblée desautorités
calédoniennes,un programme annexeportant sur« Leslangues océaniennes
etle français, languesd’enseignementetde culture »sera hébergé au
CNEP.
Ceprogramme estle fruitd’unerélexioncollective desdifférentsacteurs
de larecherche en scienceshumaineset socialesde la Nouvelle-Calédonie :
à l’UNC,maisaussi à l’InstitutAgronomique Calédonien (IAC),notre
principalpartenaire avec le CIRAD Montpellieretdansdifférentsinstituts
derecherchesau seindesquels unintérêt pourlethème des« activités
minières»s’est révélé.Ce collectifs’estformé au momentde la création
en 2005 du master professionnel DTAT(Développement territorial et
aménagementdu territoire).Cevéritableréseaude formationet recherche
regroupe depuis troisansdesenseignants-chercheursetdeschercheurs mais
aussi des professionnelscalédoniens (agentsdescollectivités publiques, du
secteur privé etdesassociations),quiont participé à la coconstructionde cette
déclarationd’intention pour un nouveau programme derecherches.
Les synergies quisesont misesen place cesdernièresannéesà l’échelle
des sphèrescalédonienne et océanienne de larechercheseront renforcées.Le
réseau scientiique desancienneséquipes s’étend déjà àplusieurs universités
oucentresderecherche anglophonesduPaciique ainsiqu’àplusieurs
universitésetcentresderecherches métropolitains.Des partenariats solides
ont parailleursété établisdansle cadre du master professionnel DTAT
ouverten 2005,notammentavec l’IAC etle CIRAD Montpellier.Surce
réseau se greffentdéjà deschercheursisolésappartenantà diverscentres,
parties prenantesdansles problématiques« développementlocal » et
« aménagementdu territoire » danslesespacesinsulairesduPaciique.Des
passerelles seront parailleursbienentendulancéesendirectiondesautres
équipesde l’UNC,notammentle LARJE etle PPMEquiontémislesouhait
deprendre encompte les thématiques minières.Les partenariats noués
autourde cette déclarationd’intentionexprimentde faitlavolonté de fédérer
larecherche calédonienne en sciences socialesdans sonensemble.
L’expérience accumuléeparlesancienneséquipesIMOA etTranscultures
maiségalementlesenquêtesinformelles menées parl’équipe en sciences
humainesduCRN IAC auprèsde certains partenaireslocauxcomme
lesdifférents servicesde la Province Nord, la SMSP etKNS(autrefois
Falconbridge), l’ADRAF, lescollectivitéslocales,permettentde ciblerles
premières questionsessentielles qui interpellentles scienceshumaineset
quisous-tendentles quatre axesdu programme.

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Le Centre des Nouvelles Études sur le Paciique (CNEP)

Lesquatre grandsaxesde ceprogrammequi intègrerarecherche
fondamentale et recherche appliquéesont:
1- Les représentationsde lamine;
2- Histoire etgéopolitique de lamine;
3- Mines,société etdéveloppementdurable;
4 - Mine etaménagementdu territoire.
Au seinde chacunde cesaxes,une collaboration transversale est
prévue entrespécialistesde littérature, linguistes, anglicistes, ethnologues,
anthropologues,politologues, archéologues, historiens, géographes, juristes
et socio-économistes.

Justiicatif

Lapolitiquevolontariste actuelle desautoritésde Nouvelle-Calédonie
débouchesurla demande d’unerecherchespéciique en scienceshumaines,
pourlesaiderà :
– accompagnerlasociété locale dansd’indispensables transformations
en vue d’une intégration renforcée de celle-ci au mondemarchand;
– adapterles modèlesde développement technico-économique aux
spéciicitésd’un petit paysinsulaire à environnementfragile età fortes
disparités sociales.

Cette demande estclairementafirmée dansleLivre blanc sur la recherche
en sciences humaines et sociales en Nouvelle-Calédonie – Recommandations et
orientationsqui a fait suite auxJournéesAgora SHS des 25-28 avril2006.
Il esteneffetdésormaisexclude considérer que la gestionde l’activité
minière etdeses retombées soitl’apanage des seulsgéologues, géochimistes
etcapitainesd’industrie.
Lamine doiteneffetêtre considérée comme lemoteuressentiel de
l’évolutiondémographique,sociale etéconomique de la Nouvelle-Calédonie
e
depuisle dernier quartduXIXsiècle.Leprocessusestbienentendu
appelé àsepoursuivre,voires’ampliier, danslesannées quiviennent
grâce à la constructiondenouvelles usines.Dévoreuse de brasetd’espace,
pourvoyeuse d’argent,marqueuse depaysages, lamine faitcorpsavec la
Nouvelle-Calédonie.
L’accélération programmée dudéveloppementindustriel et urbain va
s’effectuerdans uncontexte local caractérisépar une intégrationencore
faible d’unepartie de lapopulationà l’économie demarché etauxlogiques
d’entreprises.Plusgénéralement, lesdifférents typesd’organisationde

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Jean-Michel Lebigre

l’espacevontdevoiraffronterd’importantes transformations quipeuvent
modiierleur mode de gestion parles populationsetdéboucher surdes
tensions.Sans unaccompagnement nécessairementinnovantetimpliquant
l’ensemble desdifférentsgroupesd’acteurslocaux, lerisque estgrand de
fragiliserleséquilibreséconomiqueset sociauxdu pays.
Commentconcevoiralorscetaccompagnement spéciique?L’ampleur
etla complexité desdéis plaident pourdesapprochesinterdisciplinaires
1
–rassemblantles savoirslittéraires,sociologiques, économiqueset
géographiques–très prochesdes questionnementsdesdécideursdes
politiques publiquescomme des préoccupationset représentationsdes
acteurslocaux.
Ces questions, essentielles pourl’avenirde l’ensemble de la Calédonie,
seposenten termes particulièrementaigusdansles zones– essentiellement
2
rurales–où vont s’installerdes pôles miniersetindustrielsautourdu nickel.
C’est pourquoi il apparaît stratégique demettre en œuvreun programme
derecherche en scienceshumainesinscritdansle contextesocial et
culturel calédonien,quiporterait surles relationsentre cesgrands projets
d’exploitationdu nickel etlesdynamiques ouinitiativesde développement
issuesdesacteurslocaux.
Un telprogramme derecherche, devantfourniraux politiquesetaux
services techniquesdesanalysesineset originalesleséclairantdansleur
prise de décision, doit nécessairement s’inscrire dansla durée.Ils’agitd’aller
au-delà desétudesd’impactclassiques, incontournables mais paressence
ponctuelleset sectorielles, etde construireun véritableobservatoire articulé
des transformationséconomiqueset socialesdes zonesconcernées.
Undesespacesd’analyse etd’intervention seraitlazonepériphérique
du massif duKoniambo, en province Nord de Nouvelle-Calédonie.Ce
projetemblématiques’avèretrèséclairantdufaitde l’ampleurdeses
impacts prévisibles surl’économie etlasociété locales.Pourautant, la
problématique dépasse laprovince Nord etles travauxautourduKoniambo
s’étendent,pardesactions spéciiquesetdesextrapolationsdes premiers
acquis, auxdifférents pôlesindustrielset miniersde l’ensemble du territoire
calédonien.

1.Au senslarge : anthropologie,sciences politiques,sciencesjuridiques,sociologie…
2.Leterritoirerural, concept multiforme, estentenduici commeun territoireoùla
densité de lapopulationetdesconstructionsest relativementfaible et oùl’agriculture,
l’élevageoulamise en valeurdes ressources naturellesjouent un rôleprépondérant
dansl’usage économique du territoire.Nousadmettronsaussique les populations
ruralesentretiennent un rapport particulierà l’espace età lanature, et que cerapport
inluence laviesociale, économique etculturelle.

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Le Centre des Nouvelles Études sur le Paciique (CNEP)

L’enjeude ceprogramme estdepartirdes
préoccupationsdudéveloppement pourconstruireun programme derecherche interdisciplinaire
etappliqué,susceptible d’appuyerlaprise de décision publique dansla
durée.

Les enjeux de développement autour des pôles miniers

Laquestiondes transformations
socialesestaucœurdesenjeuxcalédoniens,qu’onl’envisagesous
sesfacettesculturelle,politique,sociologiqueou même institutionnelle.
On parlesouventd’évolution nécessaire du monde calédonien pour
s’adapterauxexigencesde la «modernité ».En réalité, laproblématique
estbeaucoup plus riche etbeaucoup pluscomplexe.Ils’agitautantde
réléchirà l’adaptationdes modèlesde développementimportés que de
faciliterdesévolutionsconformesauxfondements,préoccupationset
souhaitsde lasociété locale.
L’objectif estd’« inventer» des politiques publiquesalternatives pour
3
undéveloppement réellementdurable en:

(i)dépassantlesantinomies supposéesentre lesexigencesde
l’intégrationdans une économiemondialisée etles réalités
locales ;
(ii) s’appuyant (enles valorisant) surles pratiques qui garantissent
leséquilibreslocaux.
C’estce doublequestionnement rélexifquinous paraît unenjeu
scientiiqueoriginal et motivant pour un programme calédonienen sciences
humaines.Ilpeutêtre décliné et précisé en plusieursgrandes questions qui
nécessitent un recoursà différentesdisciplines:

Les effets sociaux et économiques d’ensemble.Quelsgrands
impactsles projetsindustrielset miniers vont-ilseffectivementavoiren
termesd’emplois, de croissance des marchésetd’augmentationde l’activité
économique engénéral?Partantdes perturbationsetdesévolutionsdéjà
intervenuesces trente dernièresannéesdansles zonesconcernées,que
peut-onimaginercommemodiicationsglobalesdu systèmesocial et
culturel dans unfutur proche?

3.C’est-à-dire intégrantlesdimensions sociales, économiques, environnementaleset
culturelles.

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Jean-Michel Lebigre

Les effets de compartimentation sociale et les conlits.L’inévitable
différenciation sociale entraînéeparl’accélérationdudéveloppement
économique etindustrielneva-t-ellepasêtreporteuse detropfortes
stratiications sociales, denouveaux typesd’exclusions,tantéconomiques
qu’intergénérationnelles oucommunautaires ?Quelles perturbations
etévolutionsdu systèmesocial etculturel calédoniencela entraîne-t-il,
notammentconcernantlesformeslocalesde lasolidarité?Comment
anticiperles risquesde délitementdesliens sociaux,tantdanslamise en
œuvre effective des projetsindustriels que dansleuraccompagnement ?

Les redéinitions/requaliications des espaces ruraux.Dans
plusieurs zones, desespaces ruraux vontdevoiraccueillir très rapidement
des populationsimportantesetdesinfrastructuresindustrielleslourdes
changeantlanaturemême des territoiresdu ruralversdesformes plus
hybridesd’organisation.
Commentanalyseretgérercetteréorganisationde l’espace(de
l’espace habité en particulier) pour répondre auxformes spéciiquement
calédoniennesderapportà laterre età l’espacepublic?Commentanticiper
les ruptures prévisiblesenétudiantdesformesinnovantesd’habitat, de
lotissement, d’occupationdu sol, d’agriculturepériurbaine?Comment
éviter un scénariodetropforte différenciation sociale et spatiale, etc. ?

La monétarisation des échanges.Contrairementànombre d’idées
reçues, lamonétarisationdeséchangesestancienne en zonemélanésienne.
Grâce à la diversité età la complexité desformesd’échange de biens, les
rapports marchandscohabitentavec les rapports non marchandsliésà
l’autoconsommationetauxdistributions sociales.L’importance des rapports
marchandsdevraitcependant s’accentueravec le développementdes pôles
miniersetindustriels.
En quoi lesformesde la complémentarité entre échanges marchandset
non marchands,quisontdescaractéristiques socioculturellesconstitutives
de l’identité calédonienne,seront-ellesaffectées parce changement ?Dans
lesecteuragricolenotamment, dans quellemesure etàquellesconditions
leschangementsdansla commercialisationdes produitsagricoles
peuventilsjouer un rôle dansl’inscriptionde lasociétémélanésienne dansdes
relations marchandes nouvelles ?Commentanticiperleséventuelles ruptures
sociales, culturellesetidentitairesliéesaux modiicationsdes termesde
cette complémentaritémarchand/ non marchandvers uneplusgrande
marchandisationdeséchanges ?

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Le Centre des Nouvelles Études sur le Paciique (CNEP)

La structuration des marchés.Le développement volontariste de
débouchés pourles produitscalédoniens surlemarché local(pourles
pôles miniersetNouméa) ouà l’exportationestfreinéparla dispersiondes
activitésen petites unitésdeproductionfamiliales,modesteset pluriactives.
Sans unaccompagnement spéciiquefavorisantla concertationentre ces petits
producteurs pourl’approvisionnementdes marchésen quantitéset régularité
satisfaisantes, lerisque estgrand d’assisteràuncaptage de laplupartdes
débouchés par quelquesgrandesentreprises, audétrimentde l’équilibre
économique et social du pays.
Commentconcevoiralorscet« accompagnement spéciique »?Que
peuvent nousenseignerlesacquisdesdixdernièresannées surlesdémarches
participativesdanslemonde?Comment peuvent-ellesêtre adaptéesau
contexte calédonien ?

La multifonctionnalité des activités rurales.Les problématiques qui
précèdentfontéchoà deuxdébats scientiiquesd’actualitéqui interrogent
directementleschoixdepolitiques publiques rurales.Ilsconcernent
lapluriactivité desactifs rurauxetlamultifonctionnalité desactivités
productives.Obéissantàunetendance généralisée, l’agriculture etl’élevage
sont souvent pratiquésenCalédonie encomplémentd’activités salariées
ou tertiaires, cequi implique des stratégiesetdynamiquescomplexes qu’il
convientdemieuxcerner.
Au-delà, lesactivitésen milieu rural – eten particulierl’agriculture
etl’élevage,maisaussi lapêche etla chasse et même certainesformes
d’artisanat–ont souventcomme enjeuxbeaucoup plus que lasimple
fonction rémunératrice(autoconsommation, entretiende liens solidaires
parlaparticipationà descircuitsde donsetde contre-dons,maintiende
savoir-faire locaux, loisirs traditionnels, entretiendepaysages typiques…).
L’Europeredécouvre aujourd’hui les valeursde cettemultifonctionnalité
agricole etde lapluriactivitéqui l’accompagne,valeurs qu’elle appuie et
défend dansles négociationsinternationales.
Commentétendre cetterélexionaux particularitésducontexte calédonien,
encaractérisanteten reconnaissant touteslesfonctions marchandescomme
non marchandesdesactivités rurales ?Commentles politiques publiques
pourraient-elles mieux valorisercettemultifonctionnalitéquiparaît
indispensable à l’équilibresocial etaubien-être des populations, dans un
contexte d’industrialisationetd’urbanisationcroissantes ?

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Jean-Michel Lebigre

Les perspectives des approches participatives de développement
local.Larélexion surles projetsd’avenir possibles, leschoixà faire au
niveaude chaquetribu, de chaquequartier, de chaquevillage, de chaque
vallée,serontcollectifs ou neréussiront pas.
Maiscommentaccompagnerlesdifférentes partiesde lapopulationdans
unerélexionà la foisglobale etlocalesurlesdifférents thèmesabordés
ci-dessus ?Quelles méthodesd’information, d’animation, de concertation
etdeprogrammation participative dudéveloppement peuventêtre adaptées
aux spéciicitéscalédoniennes ?Commentarticulerau mieuxles orientations
généralesde développement (provinciales,territoriales…)etlesdynamiques
localesde développementdeproximité?Comment mobiliserles populations
surceschoixd’avenirà court,moyenetlongterme, car sanselleslesgrandes
orientations risquentderesterlettremorte?

Quels seront les effets quantitatifs concrets, directs et indirects, de la
mise en place des grands projets miniers et industriels en termes d’emplois,
de volumes des marchés, de besoin de foncier, etc. ?

Quelsindicateurs simples utiliser pour unemesureopérationnelle de
ceseffets ?Comment partagerles pluslargement possible l’utilisationde
cesindicateurs ?Quels outilsde collecte d’informationet quelles méthodes
de calcul appliquer ?

Comment favoriser les retombées positives des pôles miniers et industriels
pour les populations en tribus - particulièrement les jeunes ?

Enciblant prioritairementlesjeunesadultesen tribu,quels sontles
différentscomportementset proils types-sexe,statut social, antécédents
scolairesetéconomiques, etc.-particulièrement sensiblesetdemandeurs
vis-à-visd’uneplusgrande insertionéconomique et sociale?Quelles sont
plus spéciiquementles préoccupationsde développementetlesattentes
de chaque groupepar rapportauxdifférents services techniques ?Quelles
sontlescontraintesd’insertion spéciiquesà chaque groupe?Quelle
diversiicationdesaccompagnements sociauxetde formationcela
impliquet-il?
Quels modesd’animationetd’informationamèneraientles populations
en tribuà expliciteretformulerleursdemandesetaspirations,puisà
mieux solliciteretinterrogerlesappuisdisponibles ?Quellesadaptations
des pratiquesdes services techniqueset,par suite,quellesformations
ces modesd’animationetd’information nécessiteraient-ils ?Partantdes
contraintes spéciiquesclairementidentiiéesetdesdemandes précisément

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Le Centre des Nouvelles Études sur le Paciique (CNEP)

formulées,quels typesdeprojets oud’institutions offriraientlocalement
desconditionsfavorablesaux projets tantindividuels que collectifs:projet
de développementà l’échelle d’unetribu,organisationdeproducteurs,
entreprise collective, aménagementdeterre coutumière, etc. ?
Tousces questionnements sous-tendentdesadaptationsdes outils
actuellementdisponibles pour répondrepleinementaux préoccupations
etcontraintesdes populationscibles.Conçus pourd’autrescontextes,
ces outils obéissentgénéralementà des règleset normes seulement
partiellementapplicablesdanslaplupartdescontextescalédoniens:modalité
de inancement, exigenceréglementaire,type de formationdispensée,
techniquesd’animation mobilisées, etc.Comment organiser unemise en
applicationde ces outilsà grande échelle, aind’accompagnerdurablement
lesdynamiques socialesetéconomiques ?

En s’appuyant sur une évaluation des expériences de développement et
sur des analyses ines des pratiques des acteurs locaux, quels contextes
socioéconomiques et institutionnels permettent le développement des initiatives
individuelles ou collectives en périphérie des pôles miniers et industriels ?

Il convienten premierlieudes’interroger surles raisons objectives
desfreinscomme des réussitesen matière deprojetsde développement.
Ils’agitd’allerau-delà deslieuxcommuns qui distinguent« ceux qui en
veulent» et« ceux qui attendent» etdereconnaîtretoute la complexité
de laréalitésociale etéconomique locale.Le détail de cette complexité
permettraitd’afinerlesanalysesdeséchecsetdes réussiteset,par suite,
de fournirdes pistes pouradapterles politiques publiques.

Quels sontles proilsetl’environnementinstitutionnel de ceux qui
réussissentcomme de ceux qui échouent ?Quelparcoursde formation,quel
itinéraireprofessionnel,quelstatutéconomique,social etculturel,
etc.,ontils ?Comment s’inscrivent-ilsdansdivers réseauxde connaissances: familiaux,
tribaux,socioprofessionnels, etc. ?Quel accès ont-ilsà l’information ?Quels
sontlesfacteursdeproductionetles moyensinanciers mobilisables ?

Comment s’appuyer surletissu productif local etles réseauxexistants
pouraccroître les retombéesdesgrands pôlesindustrielset miniersen
termesde créationdevaleurajoutée etd’emploisetcommentles valoriser ?
Quellesévolutionsinstitutionnellesencourager pourfaciliterl’émergence
d’activités porteusesetles pérenniser, danslerespectdes pratiqueslocales
ayantfaitleurs preuves ou proposantdesinnovationsintéressantes ?Quelles
évolutionsetadaptationsdes processusdemise en marché(organisation

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Jean-Michel Lebigre

de la coordinationle long desilières, améliorationlogistique desluxde
produits,transportetconservation) préconiser ?
Quellesentitéscollectives ou réseaux permettraientdeproiterau mieux
deschangementsdescontexteséconomiquesliésaux projets minierset
industriels ?Comment renforcerles synergiesentre lesacteursclefsdu
contexte local etlescollectivitésdansl’accompagnementdesinitiatives
économiquesetdesdynamiquesde développementlocal?

L’organisation du programme de recherche

Ceprogramme derecherche estinterdisciplinaire.Les questions
soulevées suggèrenten particulierl’implicationdes sciences politiques,
juridiquesetde lapsychologiesociale aucôté de la géographie, deslettres,
de la linguistique, de l’anthropologie etde l’ethnologie, de lasociologie, de
lasocio-économie etde l’histoire.Cela implique deréussiràrassembler
lescompétencesdesdifférentesinstitutionsderecherche en sciences
humainesintervenant surleterritoire(CNEP, IAC, LARJE, CIRAD,
GDR NC, IRD, IP).

Lateneurdes questionnements,trèsliée aux politiquesde développement
etaux méthodesd’intervention,oriente leprogrammevers unerecherche
inalisée dontles résultatsdoiventêtre directementet régulièrement
utilisables parle développement.Étantdonné l’acuité etl’urgence desenjeux,
l’organisationdu programme derecherche doitêtrepensée enfonctionde
ces prioritésd’utilisationdirecte et rapideparle développement.

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PREMIÈRE PARTIE
Recherches géographiques

La géographie francophone
en Océanie.
Thématiques et perspectives

Jean-Michel Lebigre
Université de la Nouvelle-Calédonie, CNEP

Résumé
Lesrecherchesde géographie ayant pour objetl’Océaniesesingularisentdepuis 1945
parleuréclectisme.Cette afirmation vautautantd’un pointdevuethématiqueque de
celui des questionnementsetdesespaces prisenconsidération.Cetterelative dispersion
découle de lanaturemême de la discipline, du petit nombre de chercheursetducaractère
souvent pionnier, à l’échelle de cette entité, de laplupartdesétudes.À l’image de ceque
montre l’Atlas de la Nouvelle-Calédonie, lavolonté de faire le lienentre lescomposantes
environnementaleset socialesdes régionsétudiéesa été danslepassé davantagemise en
avant que celle detravaillerau service dudéveloppement.Cette idée implicite esteneffet
restéemal afichée jusqu’à lanaissance du master professionnel « Développement territorial
etaménagementdu territoire » en 2005 à Nouméa.Onassiste aujourd’hui àuneprise de
conscience de lanécessité derecentrerles recherchesengéographiesurces questionsde
développementen mettant particulièrementenavantla gestionde l’environnement.

Mots-clés :géographie;chercheur ; recherche; thématique;Océanie.

Abstract
Since 1945 geographical researchs dealing with Oceania have been characterized by eclecticism.
This is true from a thematic point of view as well as when questionings and spaces are being
considered. This dispersal stems from the very nature of the disciplinary ield, the small number of
researchers and the pioneering character of most studies on the ield concerned. As theAtlasde la
Nouvelle-Calédonieshows, the will to establish the relationship between the environmental and
social components of the regions referred to was put forward in the past to the detriment of the notion
of development. This implicit notion was not clearly displayed until the professionalmasterentitled
“Développement territorial etaménagementdu territoire” (Territorial Developmentand Town
and CountryPlanning)was instituted in 2005 in Nouméa. Nowadays people are becoming aware
ofthe needto centre geographical research onthe question of developmentagain byconsidering in
the irstplacetheway the notion of environmentshould be considered.

Keywords:geography; research; researcher;thematic, Oceania.

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Jean-Michel Lebigre

Cet articlereposesur un partipris, celui derecenser unepartie
signiicative des travauxde géographie, écritsenfrançais sur partieou
totalité desespaces océaniens, d’enextrairequelques thématiquesgénérales
et quelques questionnements.Se limiteraux seules publications,thèses
et mémoiresécritsenfrançaisdécoule de la grande dificulté derecenser
lesinnombrables travauxenlangue anglaise,produits parleséquipesde
recherchesayantleursactivitésenAustralie, enNouvelle-Zélande, aux
Hawaii età Fidji.Il estévident que lesauteursfrancophones nereprésentent
qu’unepartlimitée du total.Quelquesauteursanglophones seulement ont
publié enfrançais ou ontététraduits (Perry,1990 ;Horowitz,2003a,2003b,
2004).Pourdes raisonsde cohérenceontété excluslesarticles publiésen
anglais pardesfrancophones.

Pourcela,une bibliographie d’environ 330 référencesa été établie et
analysée.Elle n’a évidemment pas la prétention d’être exhaustive.
Outre d’inévitableslacunesdanslesarticlesetles ouvrages, elle exclut une
grandepartie des mémoiresdemasterI etII(autrefois maîtrise etDEA)
soutenusendehorsde la Nouvelle-Calédonie.

Il estimportantdenoter que cetype de bilana déjà étéréalisé dansle
passésousdesformes sensiblementdifférentesde celle-ci.En 1987, Alain
Saussol aproduitdansleJournal de la Société des Océanistesunenote detrois
pagesconsacrée aux« Travauxdesgéographesfrançaisdansle Paciique ».
En 1988, FrançoisDoumenge, AlainHuetzde LempsetOdile Chapuis
ont publié dansla collection« ÎlesetArchipels»uneContribution française
à la connaissance géographique des mers du Sudquirecensaitlaproduction
scientiique française bienau-delà de la géographie etduPaciique.Un peu
plus tard, en 1990, FrançoisetJean-Pierre Doumenge,ont, danslamême
collection, limité leur proposauPaciique dans unbilanbibliographique
de larecherche françaisequi faitencoreréférence(1990).Parailleurs,une
première esquisse de cetarticle a étépubliée(Lebigre etD’Aquino,2004)
mais n’amalheureusement paseula diffusionescomptée,sanscompter
que la bibliographie,troplongue, ena été exclue.

Dans uncontexte encore bieninsatisfaisantd’interdisciplinarité,ungrand
nombre dethèmes,répertoriés un peu plusloin (tableau 1), est naturellement
partagé entre diversesdisciplines.Cela apourconséquenceque certains
géographes sont parfoisclassésàtortcommerelevantde disciplinesautres
que la leur.C’estle cas,pour ne citer que deuxexemplesconnus, de Joël
Bonnemaison,un spécialiste de géographie culturelle,souventconsidéré
commeunanthropologue,oude PaoloPirazzoli,un spécialiste des niveaux

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La géographie francophone en Océanie. Thématiques et perspective

marins,parfoisclasséparmi lesgéologues oules océanologues.Inversement,
certains non-géographes sontcommunément pris pourdesgéographes.
C’estle cas notammentde Claude Robineau,unanthropologue,qui a
produitdenombreuxarticles surl’urbanisationet sesconséquences.Aussi
nesera-t-on pasétonné d’apprendrequ’un nombre deplusen plusgrand
d’étudesde géographieportant surl’Océanies’inscritdansle cadre de
collaborationsavec deschercheursd’autresdisciplines, généralement par
le biaisdeprogrammes pluridisciplinaires: lesatlas,remarquables outilsau
service dudéveloppement,sont toutà fait révélateursdu phénomène.

I. Qui sont donc les chercheurs en géographie ?

Il estdificile deparlerderecherches sansaborderlaquestiondes
chercheurs.On peut s’apercevoir qu’il existe denombreusescatégories
de chercheursengéographietravaillant ouayant travaillésurle Paciique.
S’il fallait produire à cesujet unetypologiesommaire, différentscritères
pourraientêtrepris.Lestatutestlepremierd’entre eux:on peuteneffet
distinguerdeschercheurs, appartenantauxgrandesinstitutions quesont
l’IRD, le CIRADoule CNRS, desenseignants-chercheurs relevantdes
universités, desimplesdoctorants, et parfois même desenseignantsdu
secondaire,touten sachant que certainschercheurs sont passés par plusieurs
de ces phases.Lapériode d’activité consacrée à l’espaceocéanien seprésente
commeundeuxième critère de différenciation.Si certains ontdéveloppé
leurs recherchesenOcéanie aulong detouteune carrière, d’autres sesont
intéressésà cetespacependant unepériode limitéesoitendébut,soitenin
de carrière,sans parlerde ceux qui entamentjuste leurs recherchesdansle
Paciique.Cela conduitàs’interroger surlescaractères propresaux séjours
deschercheurs travaillantdansle Paciique :on peut opposerdes résidents
de longue durée à des résidentsdemoyenne durée,maisaussi à des résidents
occasionnels,voiremême à des«non-résidents»qui dans quelquescas
extrêmes n’ontjamaiseul’occasiondeséjournerenOcéanie.

Un premier phénomènes’impose à l’observateurextérieur: iln’ya
encorequetrès peude géographesfrancophones originairesduPaciique.
Lesecondphénomènemisenlumière estla grande diversité des proils
deschercheurs.Oncompteun petit nombre de chercheursayantconsacré
à l’espaceocéanien unemajeurepartie de leurcarrière et yayant réalisé
leur(s) thèse(s).Nousciteronsdanscette catégorie : FrançoisDoumenge,
JoëlBonnemaison, Jean-Pierre Doumenge, AlainSaussol etChristian
Huetzde Lemps.À l’opposé,onconnaît quelqueschercheurs reconnus
n’ayantconsacréqu’unepartie,parfois trèsbrève, de leurcarrière à l’espace

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Jean-Michel Lebigre

océanien: Richard Maire, Roland Paskoff etClaude Collin-Delavaudsont
de ceux-là.AlainHuetzde Lempsconstitueuncasàpart:sonimportante
contributionà la connaissance de l’espaceocéanien nereprésentequ’une
petitepartie deson œuvre, immense.

II. Une grande variété de thèmes

Cela estconsidéréselonlescascomme le défaut oulaqualitémajeure
de la discipline : la géographies’attache à l’étude d’une grandnombre de
thèmes sesituantà l’interface desautres scienceshumaineset sociales, des
sciencesde la Terre etdes sciencesde lavie.Laquestiondudéveloppement
peutdonc être abordéenon seulementdans saseule composantesociale
maisaussi à l’interface environnement /société.Nousavonsessayé de
répertorier quelques-unsdes thèmesles plus souventexprimés, enessayant
demettre enévidence laproblématique développement /environnement.
Il estbienentendu que c’est,sauf exception,pourchaquepublication, le
thèmequenousavonsconsidéré commemajeur qui a étérépertorié dans
leslignes quisuivent.

1. Les composantes naturelles des milieux, leurs dynamiques
Ils’agitdetravaux portantdirectement surl’environnement, classés par
entréesgéomorphologique, climatique, hydrologiqueoubiogéographique.
On noteque denombreux travaux sontcentrés surles risques naturels
ou surla gestionde laressource, cequi lesclasseparmi lesétudesenlien
étroitavec le développement.
Parmi les travauxà entrée géomorphologique, citonschronologiquement:
A.Huetzde Lemps (1955), Guilcher (1965), Paskoff(1978), Maire et
Pernette(1980), Maire(1983), Regnauld(1985), Iltis (1986,1990,1992),
Dupon (1987), Laganier (1994), Jost (1996,1998).
Parmi les travauxà entrée climatologiqueouhydrologique,on peut
mettre enlumière : A.Guilcher (1955), F.Doumenge(1984), Pirazzoli
(1988,1998), Bessat (1997), BessatetTabeaud(1997), Dupon (1985,1987),
IltisetCrozier (1987), Planchon (1995), Jost (2001), Lebigre(2005).
Enin,on noteque les travauxà entrée biogéographique, dusà des
géographes,sont plutôt rares: Schäfer (1977), Lebigre(2004,2007),
Dumas.

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La géographie francophone en Océanie. Thématiques et perspective

2. Les milieux « naturels » gérés et perçus par les communautés
humaines
D’autres travauxabordentles milieuxdits«naturels» àtraversleurs
représentations parlescommunautés quise les sontappropriésau travers
des questionsde gestionde ces milieux.Celan’impliquepas obligatoirement
de lapartdeschercheurs une connaissancepoussée des processus naturels.
Maislà aussi,nous sommesaucœurde laproblématique développement/
environnement.

Lethème des représentationsde l’espace etde lanaturequirelèvent
de la géographie culturelle, ainsique celui du patrimoineontconnu pour
l’essentielundéveloppement récent: Saussol(1986), Bonnemaison (1972,
1986,1990-91,1997), Bachimon (1990), Jacquier (1994), Chanteraud(1999,
2001,2003), Vacher (2000), Lextreyt (2000), Roosen (2001,2003), Guillaud
et al. (2003), Lebigre etAngleviel(2003), Decoudras (2003), Siméoni(2003),
Horowitz (2003a etb,2004).

Il enestdemêmepourla gestiondesespaces naturels: F.Doumenge
(1966), David(1991), Grenier (1997,2000), Jost (1996,1998,2003,2004),
Lebigre etDecoudras (2004), DecoudrasetSoyé(2004), ainsiquepour
celle des risquesépidémiologiquesauxquels onassocie les politiquesde
santé : Fageset al.(1974), Vigneron (1991,1995,1999).

L’utilisationdes techniques reposant surl’analyse d’imagesetles systèmes
d’informationgéographiques’est rapidementdéveloppée cesdernières
années maisla géographierestemalheureusement tropen retraitdans
cesdomaines, endépitdequelquesbons travaux récents (Laganier,1994;
1995;Dumas,2004;Dumas, Fotsing, David,2004;Dumas, Fotsing,
Bruneau, Huaman,2005).

3. L’analyse régionale, les monographies régionales et les atlas
Si lesgéographes n’ont pluslemonopole de ces outilsfondamentaux
desynthèsequesontlesatlas, ceux-cise fontgénéralementavec leur
collaboration ou sousleurautorité,tandis que le domaine de l’analyse
régionalereste encore leurchasse gardée.

Les principauxatlasfrancophonesconcernant tout ou partie duPaciique
sontles suivants: Fages (1979,pourla Polynésie), Sautteret al.(1981,
Atlas ORSTOM de la Nouvelle-Calédonie), Antheaume etBonnemaison
(1988,pourle Paciique), Arreghini etWaniez (1993,pourla
Nouvelle

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Jean-Michel Lebigre

Calédonie), Bonvallot, DuponetVigneron (1993,Atlas ORSTOM de la
Polynésie française), Merceronet al.(1996,pourla Polynésie française),
Cillaurren, David,Grandperrin(2001,Atlas des pêches de Vanuatu).

Dansle domaine de l’analyserégionale etdudéveloppement,on
retiendra les publications suivantes, antérieuresà l’ouverture en 2005
du master professionnel DTAT à l’université de la Nouvelle-Calédonie :
Panoff(1964), F.Doumenge(1966), Ravault (1970), Roux (1978), Fages
(1979), Saussol(1985,1986), J.P.Doumengeetal.(1986), Bonnemaison
(1990), Borel(1990), Arreghini(1993), Reite(1993), David(1994), David et
Siapo (1994), Le Bourdiec(1996), Herrenschmidt (1999,2003), Merceron
(2000), Lextreyt (2000).

Sont répertoriéségalementici,parentitérégionale, les travaux,souvent
anciens,quipeuventêtre considéréscomme des monographies régionales,
quels qu’en soientl’échelle etlevolume :
–pourl’ensemble de l’OcéanFie :.Doumenge,(1966), A.Huetzde
Lemps (1966), Guilcher (1969), Antheaume etBonnemaison (1995),
Doumenge, Bonnemaison, Dupon (1995).
– Fidji : A.Huetzde Lemps (1953) ;
– Nouvelle-Calédonie :Bernard(1894), Bastian (1954), Le Borgne
(1959), F.Doumenge(1961b), Doumenge, Métais, Saussol(1986),
J.P.Doumenge(1990), Jost (1996), Capecchi(1996), Davidetal.
(1999) ;
– Polynésie française : Guilcher (1964), Vigneron (1995), Le Bourdiec
(1996), Cerveau (2002) ;
– Nouvelle-Guinée : A.Huetzde Lemps (1956), Guilcher (1968) ;
– Hawaï : Ch.Huetzde Lemps (1977) ;
– Nouvelle-Zélande : A.Huetzde Lemps (1979) ;
– Australie : A.Huetzde Lemps (1979), Roosen (2006) ;
– Île de Pâques: A.Huetzde Lemps (1982) ;
– Salomon: Ch.Huetzde Lemps (1984) ;
– Vanuatu: Bonnemaison (1986,1997) ;
– Samoa : Perry (1990) ;
– WallisetFutuna : Roux (1991) ;
– Galapagos: Grenier (2000) ;
– Clipperton: Jost (2004).

4. Une petite place pour la géopolitique
Dansle domaine de la géopolitique localeouinternationale, en relation
directe avec lethème dudéveloppement régional,on note l’existence d’un

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