Des usages démocratiques des langues du Gabon

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L'auteur attaque dans ce livre la question épineuse des politiques linguistiques, si souvent restée inachevée au Gabon comme dans plusieurs pays d'Afrique francophone. Le linguiste gabonais aborde le problème de la classification historique des parlers du Gabon : 39 ont été identifiés par Jaquot (1978), 62 par Kwenzi Mikala, l'auteur en dénombre 70.
Publié le : samedi 1 mars 2008
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EAN13 : 9782296194359
Nombre de pages : 201
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Des usages détnocratiques des langues du Gabon

Recherche et pédagogie Collection dirigée par Grégoire Biyogo Cette collection entend promouvoir la recherche dans les lettres et les sciences humaines, en priorité en Afrique, en insistant sur « le retour au texte », en vue de produire des analyses d'intérêt pédagogique. Et tente ainsi un nouveau partage entre deux grandes orientations heuristiques souvent demeurées sans médiation, en valorisant l'examen interne et patient des textes et la nécessité d'en restituer méthodologiquement les connaissances. Le dessein de cette collection est donc d'accueillir des productions originales pour la publication des ouvrages attentifs aussi bien au contrôle des connaissances tirées des textes eux-mêmes qu'à la clarté de leur exposition, pour fournir aux Universités africaines - et à celles d'ailleurs -comme aux grandes écoles un ensemble de travaux de référence. Dernières parutions

Grégoire Biyogo, Histoire de la philosophie africaine, 4 volumes,2006. - vol. 1. Le berceau égyptien de la philosophie. - vol. 2. La philosophie africaine moderne et contemporaine. - vol. 3. Les courants de pensée et les livres de synthèse. - vol. 4. Entre la postmodernité et le néo-pragmatisme.

Léon Mbou Yembi, L'universalité des questions philosophiques,2008 Eric Dodo Bounguendza,Dictionnaire des gabonismes, 2008. Collectif, Congo-Brazzaville, Autopsie d'une crise politique, 2008.

Eric Dodo Bounguendza

Des usages démocratiques des langues du Gabon

Préface de Grégoire BIYogo

L'Har111attan Gabon

@

L'HARMATTAN,

2008

5-7, rue de l'École-Polytechnique;
http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr

75005 Paris

ISBN: 978-2-296-05288-8 EAN : 9782296052888

A mon défunt père Jean Arsène Bounguendza

Eric Dodo Bouguendza et l'impératif d'une autre politique linguistique au Gabon. Préface de Grégoire Biyogo

Auteur du Dictionnaire des gabonismes, Eric Dodo Bounguendza commet ici son second essai de linguistique intitulé Des usages démocratiques des langues du Gabon, où il attaque la question épineuse des politiques linguistiques si souvent restée inachevée au Gabon comme dans plusieurs pays d'Afrique francophones. Certes, des travaux, même récents ont tenté d'examiner ce problème, mais jamais autant des positions n'avaient été aussi claires et aussi pragmatiques que dans cet ouvrage qui est le fruit de l'expérience de l'expertise de l'auteur, affûtée à travers des rencontres nationales et internationales, auxquelles il a pris part pendant plusieurs années passés au Ministère de l'Education nationale. D'où une double expérience à la fois théorique (tirée dans le cadre de ses enseignements et séminaires à l'Université) et professionnelle (au Ministère de l'Educ~tion nationale) confère à l'ouvrage une dimension pratique, observable au demeurant dans les renvois et les illustration du propos et dans le développement des principales propositions de la recherche. La proposition centrale qui en détennine l'économie est double. Le premier axe en est que, contrairement aux solutions antérieures et dominantes qui recommandaient de sauvegarder les langues selon des critères aléatoires (à partir de leur majorité ou plutôt de leur minorité), le linguiste soutient qu'il est impératif de recueillir toutes les langues, autant qu'elles soient (6000), d'autant qu'aucune d'elle n'est ni opposée, ni supérieure ni même inférieure à 7

une autre. Il convient de les sauver toutes et de les maintenir vivantes en les parlant, en les enseignant, au primaire, au secondaire comme au supérieur, puis en les utilisant dans les médias, et dans toute forme d'institutions locales (publiques ou privées), à côté du français, la langue officielle du Gabon, dont il convient de signalée qu'elle n'est point déniée ici. Le second axe de cette proposition, corollaire du premier, est d'établir la responsabilité commune de la préservation des langues, elles-mêmes inséparables des cultures qu'elles véhiculent. L'auteur rappelle que les experts prévoient selon des calculs de prédiction la disparition de l'ensemble des langues et nous renseignent que 10% seulement des langues sont parlées aujourd'hui, et que, 90% d'entre elles ont déjà disparu. D'où l'impératif de leur conservation au Gabon, en Afrique, comme ailleurs, sans exclusive. Composé de 17 chapitres, unis autour de la question des usages démocratiques des langues gabonaises, cet ouvrage s'achève par des Annexes, dont l'unité est perceptible à travers l'élaboration d'un Plan général de promotion des langues au Gabon, patiemment structuré. Aussi l'ouvrage apparaît-il comme un Guide pratique, qui se lit aisément et dont la documentation et le protocole de la démonstration apparaissent fort équilibrés. Le programme de l'argumentation fonctionne selon une logique ternaire: proposition/illustration/généralisation. Le rôle cognitif des Annexes dépasse le statut classique de simples compléments d'informations, puisqu'il est question précisément de résolutions des travaux et de synthèses des colloques nationaux ou internationaux, dont l'une des plus significatives est présentée à la page 108. Il s'agit d'une réunion d'experts, qui s'est tenue le jeudi 27 février 1997 en présence de 12 chercheurs. Leur objectif immédiat était la préparation de la Conférence de 8

Harare sur les politiques linguistiques en Afrique, alors prévue du 17 au 21 mars 1997. L'autre objectif comporte un intérêt national, qui consistait dans la reprise des travaux sur la Loi d'Orientation Nationale de l'Education. L'Annexe II parachève l'exposé passionnant des travaux préparatoires de l'Annexe 1 qui ont pris fin le mardi Il mars 1997. L'Annexe III est un compte-rendu de la Conférence de Harare elle-même, à laquelle le Gabon a été convié à prendre part et qui a fini par se tenir au Zimbabwe. Cette Conférence intergouvernementale a bénéficié de la collaboration de l'UNESCO, de la Francophonie et de l'OUA, actuelle UA. Ses recommandations ont été adoptées, qui ont eu un impact national et international. L'annexe IV fait état de la première Table Ronde sur les langues nationales, organisée à Libreville du 5 au Il décembre 2007. Les rapports thématiques ont été dressés ainsi qu'une proposition d'organigramme. L'annexe V est un projet de décret portant création d'une Commission Nationale pour la Promotion des Langues Nationales. L'annexe VI, le tout dernier, est un compte-rendu d'une Mission de sensibilisation menée au siège de l'UNESCO à Paris. Au nombre des propositions majeures qui s'en sont dégagées, on retiendra trois:

- L'organisation

des séminaires pratiques,

la mise en place d'un Congrès panafricain des linguistes par le Gabon, - Enfin, la création d'une structure de recherche sur la didactique des langues.

- Puis

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L'autre niveau d'intérêt - et non le moindre - de l'ouvrage est d'ordre méthodologique et épistémologique: le linguiste revisite les débats et les controverses de son champ heuristique, puis s'efforce chaque fois d'en faire l'état de la recherche et l'évaluation des résultats. Cette double analyse crée un équilibre subtil entre la vocation théorique et heuristique de l'ouvrage et la cohérence logique de sa proposition centrale. Son concept opératoire est celui de la démocratie linguistique directe au Gabon Résultats Le chapitre VII, technique, rigoureux, constitue l'épine dorsale de l'ouvrage, dans la mesure où il livre la contribution scientifique de l'auteur. En effet, il aborde le problème de la classification historique des parlers du Gabon. Jacquot (1978) en a identifié 39, Kwenzi Mikala (1977) 62, selon le critère des unités-langues dénommées à partir de l'expression « je dis que », Eric Dodo Bouguendza en dénombre 70. Il récuse la valeur scientifique de la localisation administrative des langues et invite à décrire les langues à chiffre 0 notamment avec 00.

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AVANT-PROPOS

Ce livre défend la thèse générale de la diversité linguistique au Gabon, et entend promouvoir l'axe thématique de l'éducation et de la paix. Que l'auteur s'efforce de partager ses convictions, ses hypothèses et ses projets de recherches avec les lecteurs spécialistes, les décideurs politiques et les citoyens, montre son souci de promouvoir les langues nationales dans tous les domaines. La survie de ces langues dépend en partie de leur enseignement et des usages démocratiques qu'on en fait. Les droits linguistiques s'inscrivent dans les droits de la personne, de l'éducation, de la culture et dans tous les autres domaines. Le fait est que les droits linguistiques sont des droits positifs. Nous nous félicitons que le projet «promotion et intégration des langues gabonaises dans le système éducatif» ait fait du chemin dans la sérénité, en évitant de confondre «vitesse et précipitation». C'est que nul ne peut être insensible à un tel projet émancipateur, qui s'intéresse à la politique et à l'aménagement linguistiques au Gabon. Parti que nous avons pris dans le cadre de cet ouvrage. L'articulation entre la recherche linguistique et la mise en place d'une politique linguistique efficace est indispensable pour pouvoir marquer les avancées enregistrées dans le secteur général de la politique linguistique au Gabon. L'expertise de la recherche peut permettre au Parlement de mener à bien cette réflexion, à travers un travail documenté débouchant sur la mise en place des lois portant sur la politique et la normalisation linguistiques au Gabon. Cette interférence du politique et du linguistique constituera tout au long de ce livre un Il

horizon majeur. D'autant que la recherche linguistique pourrait aider le Parlement dans l'élaboration des lois modernes sur la politique linguistique au Gabon et dans le processus de promotion de nos langues, instruments cardinaux de cohésion nationale. Souhaitons vivement que toutes les langues gabonaises - sans exception - soient préservées en en faisant des objets d'étude à l'école Nous devons donc sans cesse revitaliser nos langues en les enseignant. L'enseignement des langues gabonaises dans notre système éducatif apparaît en effet comme un facteur déterminant de l'unité nationale, de la paix sociale et de développement durable.

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INTRODUCTION

Le Gabon est un pays plurilingue, sans langue dominante, sauf au niveau de la comptabilité régionale. On dénombre environ une soixantaine de langues au Gabon, parmi ces innombrables langues bantoues et pygmées. Le recensement de 1993, effectué par le Ministère de la Planification du Gabon, a donné droit à quelques chiffres: fang (258.601), yipunu-gisira (251.954), nzebi-duma (113.656), mbede (82.890), ikota-kélé (71.351), okandétsogo (32.799) et myénè (48.764). C'est que, actuellement, le Gabon présente quatre classes de langues selon l'organisation suivante: au niveau national, les langues maternelles et les langues dominantes. Au niveau international, la langue officielle est le français avec l'usage d'autres langues à l'instar de l'anglais, l'espagnol, l'allemand, etc. Par contre, pour les besoins de l'enseignement, une autre classification s'est imposée. En effet, on distingue dans le système éducatif gabonais les usages suivants: la langue officielle, le français, est considérée comme véhicule et matière à tous les niveaux du système éducatif (dans le primaire, le secondaire et le supérieur). Puis les langues internationales citées plus haut comme disciplines dans l'enseignement secondaire, supérieur et dans quelques établissements privés du primaire. Les langues gabonaises font partie de l'héritage national, pourtant, dans les faits, il n'est pas toujours avéré que toutes soient protégées. Au contraire, certaines d'entre elles sont-elles menacées de disprition Nous sommes en présence de la menace permanente de ce qu'on l'on peut appeler un incendie linguistique. C'est une catastrophe linguistique qu'il convient d'empêcher coûte que coûte.

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Car, si nous n'agissions pas promptement, nous pourrions être pris de cours et assister à la disparition de nos langues. Dans à peu près un siècle, la moitié des langues parlées actuellement au Gabon pourrait disparaître si nous ne devions prendre des mesures conservatoires efficaces, par exemple en prônant une politique et un aménagement linguistiques clairement définis, réalistes et responsables. C'est devenu un secret de polichinelle, nous savons que sur la totalité des langues qui ont existé dans le monde, seules 10% sont encore parlées aujourd'hui. Où sont donc passées les 90% qui constituaient le reste des langues de la planète? Elles ont toutes disparu parce qu'elles n'étaient plus parlées, soit volontairement, soit par l'oppression d'autres groupes linguistiques, soit parce qu'on a pensé que pour accéder au progrès, il fallait utiliser et parler exclusivement des langues venues d'ailleurs comme c'est le cas dans plusieurs pays africains, notamment le Gabon.. Ainsi, la détermination du nombre exact de langues parlées dans le monde est problématique. Indécis, la plupart des linguistes tiennent qu'il en existerait entre 6.000 et 7.000. Soit un écart de 1000 langues! Les ethnologues sont plus précis sur la question, qui ont adopté sans ambages le nombre de 6.800 langues. Toutefois, ce manque absolu de précision n'empêche pas les linguistes et les ethnologues de s'accorder à reconnaître que la disparition ou l'extinction des langues parlées dans le monde aurait pour conséquence immédiate la disparition des cultures qu'elles véhiculent. De la sorte, nous avons d'une part, des linguistes réalistes qui manifestent quelque optimisme et pensent qu'environ la moitié des langues actuellement parlées dans le monde pourraient disparaître en 2100. D'autre part, des linguistes réalistes mais plutôt pessimistes, qui croient plutôt que 90% des langues du monde disparaîtront dans 98 ans. Dans l'une comme dans l'autre prévision, il apparaît

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que les langues disparaîtront dans enVIron 100 ans, de moitié ou de 90 % ; Aussi est-il opportun de prendre des mesures de conservation des langues. C'est en cela aussi qu'il y a urgence linguistique dans les Etats en général, et au Gabon en particulier. Nous vous proposons donc dans le cadre de ce livre un modèle de démocratie linguistique directe pour la sauvegarde des langues gabonaises. Nous devons promouvoir nos langues dans tous les domaines: enseignement, radio, télévision, presse écrite, publicité, culture, transmission familiale, Net, etc. La diversité linguistique du Gabon est une richesse incontestable. C'est en cela qu'elle doit être conservée, protégée. En nous désintéressant du sort de nos langues et en ne tirant pas profit de notre diversité linguistique, nous nous exposons nous-mêmes au péril de notre avenir. Promouvoir nos langues n'entrave pas la pratique de notre «kilo-langue », qui est la langue française. Le Gabon a été témoin de l'existence de nombreuses langues, en négligeant certaines de ses langues qui sont ses biens culturels et symboliques, le Gabon pourrait perdre cette grande richesse; et même plus, la plus authentique composante de sa cohésion nationale. Ce livre présente en somme une proposition de modèle de politique de préservation des langues, élaborée par l'auteur, la démocratie linguistique directe au Gabon, ainsi que les principaux aspects de la politique linguistique menée au Gabon depuis 1997.

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I. LE CONCEPT DE DEMOCRATIE LINGUISTIQUE DIRECTE
Chaque locuteur gabonais s'identifie à la langue qu'il parle ou aux langues qu'il parle. En d'autres termes, le locuteur gabonais se reconnaît dans ses langues selon qu'il est unilingue gabonophonel ou bilingue gabonophone. Mais ce même locuteur se différencie aussi des locuteurs issus d'autres langues à partir de sa propre langue. La langue est bien une caractéristique d'identification et de différenciation. Le Gabon étant un pays pluriel sur le plan linguistique, sa politique linguistique doit tenir compte du fait que dans cette pluralité de langues, toutes les langues sont égales quelle que soit l'idée qu'on se fait de quelquesunes d'entre elles. Toutes les langues gabonaises doivent être promues dans différents domaines autres que la famille. Toute langue est un principe fondamental, et basique des Droits de l'Homme ratifiés par le Gabon. Il y a toujours une corrélation naturelle entre les langues, les cultures et la politique. Ainsi, les langues gabonaises sont les principaux marqueurs des populations qui les parlent. Toute politique linguistique qui se veut complexe et intégrative doit être démocratique. En effet, une bonne politique linguistique doit être démocratique, en cela qu'elle est invitée à prendre en compte toutes les langues parlées sur le territoire, voire autour des frontières. En effet, au Gabon, on relève des populations à l'instar des Nzébi, des Punu, des Téké, des ViIi, des Fang qui parlent des langues recensées au Congo Brazzaville, en République Démocratique du Congo, au Cameroun ou en Guinée Equatoriale. Ces populations parlent les mêmes langues mais appartiennent à des pays
1 Néologismeformé par analogie àfrancophone, anglophone.

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différents à cause du tracé des frontières africaines il y a 118 ans au Congrès de Berlin de 1885. Une démocratie linguistique directe repose sur un multilinguisme égalitaire au sein de toutes les langues gabonaises. Ce principe d'égalité multilinguistique concerne aussi bien les locuteurs que les langues. Le concept de démocratie linguistique directe suppose l'intégration de toutes les langues gabonaises dans la politique linguistique nationale. En fait, la démocratie linguistique directe prône l'intégration plutôt que l'assimilation. Aucune langue n'est minoritaire. La démocratie linguistique directe combat la doctrine assimilationniste à la française. Chaque groupe linguistique au Gabon doit pouvoir valoriser son identité par l'utilisation de sa langue et de sa culture. Dans le cadre de la démocratie linguistique directe, la normalité n'est pas le monolinguisme mais plutôt le multilinguisme. A travers ce concept, retenons qu'aucune langue au Gabon n'est l'adversaire d'une autre. La langue est un phénomène universel puisque tout être humain se caractérise par la langue. Les langues sont donc des ressources de sociétés au Gabon. De nos jours, c'est un véritable délit linguistique que de considérer encore certaines langues gabonaises comme des dialectes de langues dominantes précises. Dans le concept de démocratie linguistique directe, le yipunu, le gilumbu, le gisira, l'isangu, l'inzébi, le liwandji, l'atégè, le lémbama, le ntumu, etc., sont toutes des langues. D'aucuns diront par exemple que le liduma et le liwandji sont des variantes dialectales alors qu'il s'agit tout simplement d'une même langue. En réalité, on en fait une distinction politique alors qu'il n'y a aucune différence sur le plan linguistique stricto sensu, bref, nous en parlons de manière circonstanciée dans le chapitre V de notre ouvrage. D'ailleurs, si nous nous référons à l'Europe, nous trouvons des cas similaires entre le moldave et le roumain en Roumanie. 18

Enfin, le modèle de démocratie linguistique directe que nous proposons ne peut être complet que si nous y retrouvons quelques données écolinguistiques2. En effet, les langues gabonaises sont des composants de notre environnement. Le yipunu et l'atégè sont des éléments de l'environnement des Punu et des Téké. Le yipunu s'adapte aux conditions d'environnement du milieu où il se parle. Cette observation est valable pour toutes les autres langues du Gabon. Ce qui est valable pour une langue dans un système écologique ne l'est pas forcément pour une autre. La planification écolinguistique est un système d'appui à la diversité linguistique au Gabon. De fait, elle est dans la démocratie linguistique directe un instrument de mesure capable de résoudre les problèmes linguistiques de notre pays. En évitant de perdre la diversité linguistique, on évite certainement celle de la diversité culturelle, et en un sens celle de la diversité biologique au Gabon. La planification écolinguistique incite à la complémentarité des langues afin de dépasser leur assimilation comme on l'Afrique l'a vécu avec la politique linguistique coloniale. La démocratie linguistique directe propose des stratégies dans le dessein d'éviter que certaines langues au Gabon aient un statut de langues privilégiées au détriment d'autres. Elle s'appuie sur des principes linguistiques afin de s'occuper de la maison, de I'habitat au Gabon comme le signifie le préfixe « éco » dans le mot écolinguistique.

2 Théorie développée par Peter Mühlhiiusler de l'Université Adelaïde d'Australie.

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