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Devenir des Créoles

De
200 pages
Une langue meurt quand elle n'a plus de locuteurs ou qu'elle est évincée sur le marché linguistique (Bourdieu, 1982) par une autre langue. Il existe toujours un rapport entre une langue et la communauté culturelle dans laquelle elle évolue. Quand une langue disparaît, la cause première réside dans la décision de ses locuteurs de cesser de la parler ou de la transmettre. Ce sont des facteurs sociaux, économiques, psychologiques qui en constituent les causes fondamentales...
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Devenir des Créoles
Sous la direction de Marie E. PAUL
DEVENIR DES CRÉOLES
Nouvelle revue caribéenne de recherches postcoloniales
numéro 7
Recherches Haïtiano-Antillaises
DIRECTEURS Fritz CALIXTE Edelyn DORISMOND
REDACTEUR EN CHEF Fils-Lien Ely THÉLOT
ADMINISTRATION Marie E. PAUL
COMITE SCIENTIFIQUE Pierre-Henri TAVOILLOT Daniel VÉRONIQUE Marcel DORIGNY André-Marcel dANSMarie R. PAUL-NZAMBA Marie-Annick MONTOUT
COLLECTIF DE REDACTION Darline CEOTHIÈR James DARBOUZE Marie MEUDEC Perpétue VENIEDDR Philomé ROBERT Renel EXENTUS Schallum PIERRE Stéphane ALIX Yves Lifène ROGER
DIRECTEUR DE LA COMMUNICATION Jean Josué PIERRE
GRAPHISME Fabrice VATAN  RevueRecherches Haïtiano-Antillaises Nouvelle revue caribéenne de recherches postcoloniales Publiée par le CRENEL, CENTRE DERSEREHCECHNORMES, ECHANGES ETLANGAGE © 2011 - tout droit réservé - reproduction interdite
Liminaire
Le devenir des créoles: approches théorique, historique, sociolinguistique et littéraire Par Marie E. PAUL..................................................................................... 7
I- Analyses et Réflexions
Entre la Négritude (césairienne) et la Créolisation: un effort pour penser autrement la réalité socio-historique de la Caraïbe Par Édelyn DORISMOND............................................................................ 15
Deux destins de Créoles rebelles: La Montagne d'ébènede Roland Brival etLa Belle Créolede Maryse Condé Par Christèle CANTET............................................................................. 29
II- Analyses et perspectives
Les langues créoles sont-elles menacées de disparition ? Par Hugues SAINT-FORT.......................................................................... 51
Vers l'émergence du créole haïtien comme langue étrangère (!) Par Renauld GOVAIN............................................................................... 65
Le Bel-Air, quartier de Port-au-Prince: une étude sociolinguistique Par Ulrich FLEISCHMANN......................................................................... 83
Le créole palenquero et son avenir Par Yves MOÑINO.................................................................................. 101
Évolution du bilinguisme en Martinique: ce que nous apprennent les déclarations et les pratiques langagières des élèves du primaire Par Bellonie JEAN-DAVID....................................................................... 113
AfroKreols' Quest for identity impacts on the future of Mauritian Creole Par Jimmy HARMON.............................................................................. 131
des
III- L'association Caraïbe Par Watson R. DENIS
III- L'Histoire
États
de
la
Autrement
Caraïbe:
l'organisation
de
la
grande
............................................................................. 147
IV
-
Art, Littérature et Culture
L'amour ambigu de Choucoune Par Ulrich FLEISCHMANN....................................................................... 179
Liminaire Le devenir des créoles: approches théorique, historique, sociolinguistique et littéraire
Marie E. PAUL
es travaux de Ferguson (1959), Valdman (1979) puis Dejean Lseuasegsudivssreoglnsdaelovéenurpnoitu6)ma(20l0deenntioonstsr créole en Haïti. Valdman (1979) observait une progre variété vernaculaire dans l'écriture épistolaire, poétique, le discours politique, dans les églises, la presse écrite et orale. M.-C. Hazaël-Massieux (1999) reprenant les analyses de L. F. Prudent remarque une utilisation accrue du créole par les Martiniquais en même temps qu'ils emploient le français dans des sphères jusqu'alors réservées au créole. Les travaux abordant l'évolution des usages des langues créoles sont peu nombreux et le plus souvent obsolètes, ce fait nous a poussés à analyser les représentations de ces langues dans quelques uns des territoires où elles sont parlées. De plus, à la veille de la célébration du dixième anniversaire du CAPES de créole, il s'agira de marquer cet anniversaire et de s'interroger sur le devenir des créoles.
La problématique du devenir des créoles soit en tant qu'individus ou en tant que langues est posée, débattue et interrogée dans ce numéro des Recherches Haïtiano-Antillaisesconsacré aux créoles et fait suite, en quelque sorte, au colloque du CRENEL : "Penser un humanisme de la diversité organisé en avril 2010 à la Nouvelle Orléans avec le soutien de " l'AUF et Tulane University. Des correspondances sont relevées et nous en indiquerons ici quelques unes pour donner une idée du contenu au lecteur désireux de s'enquérir sur la situation des créoles, leur condition historique dans les sociétés qui les ont vus apparaître.
Le deuxième article de la revue discute de la belle Créole, qui s'est, quant à elle, révélée rebelle et en désaccord avec l'image à laquelle nous avions tendance de la cantonner. Elle se redéfinit en même temps que la société dans laquelle elle évolue. Le créole comme idiome est envisagé comme langue optionnelle dans telle île de l'océan Indien, institué Langue
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Étrangère dans telle contrée en Colombie donc LE à l'intérieur de ses frontières et pressenti LE aux États-Unis, au Canada comme instrument de communication entre nations alloglottes notamment, du fait de l'étendue de la diaspora de la plus grande communauté franco-créolophone.
Le chapitre introductif, "Analyses et Réflexions", aborde la notion du "créole" dans un de ses aspects originels, c'est-à-dire en tant qu'individu. Rappelons que le mot portugais "crioulo" ou espagnol "criollo" invoque aussi une personne qui était née et qui a grandi dans la colonie, un individu qui était du pays. Les deux articles qui composent cette première partie tentent de revisiter cette acception du créole. Christèle Cantet examine la figure de la Belle Créole dans ses singularités et propose une confrontation avec des courants de pensée actuels ou des modes de représentations passés. Christèle Cantet observe une évolution de la figure de la Créole blanche entre les écrivains d'avant le XXèmesiècle et ceux d'après cette période. Elle nous offre, à travers son article: "Deux destins de Créoles rebelles", une description physique et morale de "La belle Créole blanche" chez deux écrivains antillais (Roland Brival et Maryse Condé), deux auteurs du XXèmequi placent respectivement ce personnage fémininsiècle dans le cadre historique de l'esclavage et dans l'époque contemporaine dans La montagne d'ébène et La Belle Créole. Elle met en relief, dans une lecture croisée, comment ces romanciers du XXèmesiècle dérogent dans leur représentation à l'image habituelle de la Belle Créole docile acceptant le rôle qui lui est assigné par la société.
Édelyn Dorismond établit un ensemble de réflexions critiques sur la Négritude et la Créolisation car ces pensées ne prennent pas assez en compte la dimension socio-historique de la Caraïbe. La Négritude césairienne est perçue comme un calque de la pensée coloniale car "à se battre avec les stratégies de l'ennemi on finit par lui ressembler" alors que la Créolisation dans son ouverture au "tout monde" n'accorde pas suffisamment d'attention à la caractéristique historique du Créole. L'auteur propose alors une pensée de la marge non perçue comme marginalisation mais en tant que lieu où le Caribéen s'efforcera d'être autre que ce que la colonisation a fait de lui.
La deuxième partie, Analyses et perspectives, de ce volume s'ouvre avec l'article d'Hugues Saint-Fort, traitant des Créoles français. Ce texte fort intéressant présente en premier lieu les grandes théories relatives à la genèse des créoles avant de s'appuyer sur un rapport de l'UNESCO intitulé:Vitalité et Disparité des langues, pour répondre à la question de
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l'avenir des langues créoles. Son analyse ayant portée sur les créoles français, il en ressort que la situation sociolinguistique de ces créoles n'est point identique, ainsi leur devenir sera nécessairement différents. Hugues Saint-Fort mentionne aussi le poids des conditions socio-économiques sur le devenir des langues créoles et un certain nombre de principes nécessaires à une bonne vitalité linguistique.
Partant du constat de la vitalité et de la très grande diffusion du créole haïtien à l'étranger notamment en Europe, en Amérique du Nord et centrale ainsi que de la reconnaissance officielle obtenue par exemple dans quelques États américains, Renauld Govain étudie les facteurs susceptibles de favoriser l'émergence d'un créole haïtien en tant que Langue Étrangère. Il suggère des mesures pour une politique d'intégration par la langue visant à favoriser l'ascension du créole haïtien en tant que LE. L'auteur pointe également la possibilité de faire usage des créoles français comme médium d'intercompréhension dans la Caraïbe étant donné leurs représentations dans la région. Renauld Govain expose en dernier lieu un projet de curriculum qui contribuerait également à l'ascension du créole en position de LE.
Le créole haïtien est étudié dans l'article intitulé "Le Bel-Air, quartier de Port-au-Prince: une étude sociolinguistique". Ulrich Fleischmann met à la disposition des lecteurs francophones, les résultats d'une enquête menée dans le quartier historique de Bel-Air dans les années 1980. Dans le cadre de cette étude, il a interrogé une centaine de personnes de 15 ans à plus de 50 ans (dont 43 femmes). Etant donné le caractère hétérogène de la ville à cette période (présence de résidents sédentaires et de migrants de zones rurales vivant du petit commerce), Fleischmann a voulu mettre en évidence les attitudes de ces deux groupes vis-à-vis des deux langues officielles du pays: le créole et le français.
Yves Moñino présente également une étude sociolinguistique de l'unique créole espagnol parlé en Amérique du Sud continentale, le palenquero. Cette langue créole est parlée en Colombie par les descendants des esclaves "marrons" dans les palenques. Les Palenqueros, dans leur singularité ont trouvé une forme de protection dans la constitution colombienne de 1991 qui reconnaît la différence ethnique des différentes communautés du pays ainsi que dans la déclaration de 2007 de l'UNESCO qui les range dans le patrimoine immatériel de l'humanité. Toutefois l'auteur laisse comprendre qu'en dépit de ces dispositifs, l'avenir de ce créole espagnol est menacé.
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La problématique de l'avenir des créoles revient dans le texte de Jimmy Harmon qui traite du créole français de l'Ile Maurice comme un marqueur identitaire. Sur cette île d'une population de plus d'un million d'habitants et composée de plusieurs groupes ethniques, le terme créole désigne aussi bien la langue qu'une des communautés au sein de la société mauricienne. Ce fait revêt une importance particulière car il se trouve, nous explique Jimmy Harmon, que les 'AfroKreols' réclament l'institutionnalisation du créole mauricien comme la langue ancestrale, et nationale de tous les Mauriciens. Aussi, l'auteur propose d'introduire le créole ainsi que le bhojpuri avec le statut de langue optionnelle dans l'école mauricienne.
Jean-David Bellonie s'est, lui, introduit dans des écoles martiniquaises afin d'évaluer l'évolution du bilinguisme chez les écoliers de l'île. Il présente une enquête sociolinguistique menée entre 2006 et 2007 auprès d'élèves âgés de 8 à 12 ans dans quatre écoles primaires. Il a comparé les déclarations et les pratiques langagières des enfants selon leurs milieux sociaux et leurs origines géographiques. Les révélations de cette étude sont nombreuses. L'autoévaluation a révélé par exemple que 100% des écoliers estiment avoir un excellent niveau en français. Les chiffres sont très différents s'agissant du créole et ils sont 72.9% à 85.7% des élèves consultés qui aimeraient apprendre à lire et écrire le créole.
Le second article de Fleischmann dans ce numéro offre une analyse de Choucoune, célèbre poème créole d'Oswald Durand très connu et apprécié, publié dans le dernier quart du XIXèmesiècle dans un recueil intitulé "Rires et pleurs". Dans cet article, Ulrich Fleischmann établit un parallèle entre cette forme d'expression de la poésie créole et la pastourelle, sorte de poésie écrite pour être chantée. Pratiquée au Moyen-âge, la pastourelle relatait souvent les amours entre un seigneur et une bergère. Il y met en évidence trois niveaux d'interprétation relatifs à la pastourelle, à la culture paysanne haïtienne et française du XIXèmesiècle et aux préjugés raciaux. En guise de conclusion, l'auteur propose une interprétation doublement intéressante : celle du "carnavalesque" et du "cannibalisme littéraire" avant de clore son étude par la découverte du "moi lyrique" révélé comme "moi créole" qui aurait 'mangé' son prétendant en l'occurrence 'français' .
Édelyn Dorismond a ouvert ce numéro avec une réflexion sur la possibilité de définir la Caraïbe en tenant compte de ses spécificités sociohistoriques, Watson Denis le clôt en revisitant l'histoire de cette Caraïbe une et plurielle. Il propose une perspective sur l'Association des
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