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Du Percevoir au Dire

De
432 pages
Comment le sens se construit-il ? Faut-il considérer que la pensée est indépendante de la langue ou que les images mentales dépendent aussi d'une mémoire verbale ? Peut-on dégager des faits de langue universels ? Qu'apporte la linguistique de Guillaume à l'analyse d'énoncés ? Sur ces thèmes chers à André Joly, D. Leeman et A. Boone ont réuni 27 articles en trois grands axes : Image mentale, signifié, verbalisation - Détermination, substantif, anaphore - Verbe, subduction, énonciativité, discours.
Voir plus Voir moins

DU PERCEVOIR

AU DIRE

La collection devenu linguistique relativement leurs que travaux pour être

Sémantiques de faire pointus, paraître

est née du constat en librairie passant du

qu'il est en

de plus en plus difficile leur science

pour les chercheurs apparemment

des ouvrages tandis que manque cercle de des

pour trop difficile et leur lectorat souffrent appréciés publicité, spécialistes. Collection Sémantiques les domaines appliquée ouverte à toutes les instituts tant pour s'exposer

trop restreint,

énormément hors

à la critique du premier

de leurs pairs

les recherches

en cours, dans et

a pour but de faire connaître qui sont les siens:

ce qui se passe générale

dans les universités,

et les laboratoires linguistique

(ou confrontée)

à la psychologie,

à la socio-

logie, à la pédagogie et aux industries de la langue. Le rythme de parution permet recueils. Sémantiques son projet formateurs humaines, traducteurs, Contact; Marc Arabyan IUT de Fontainebleau s'adresse principalement éditorial et étudiants ainsi interprètes, la destine qu'aux en lettres, praticiens orthophonistes... aux linguistes, aux langues mais la publication adopté - un à deux titres par mois rapide de thèses, mémoires et

aussi

chercheurs, et sciences

lexicographes,

F-77300 FONTAINEBLEAU

L'Harmattan, Paris, 1998 -

ISBN: 2-7384-6835-7

s

é

m

a

n

t

q

u

e

s

"

Textes recueillis par Daniel1e Leeman et Annie Boone en hommage à André Joly

DU PERCEVOIR AU DIRE
Marc Arabyan, Sylvain Auroux, Annie Boone, Jacques Bres, Jean,Claude Chevalier, Jean,Claude Chevalier, Laurent Danon,Boileau, Claude Delmas, Marie,France Delport, Oswald Ducrot, Ahmed El Kaladi, Claude Guimier, Georges Kleiber, Danielle Leeman, Robert Martin, Michèle Noailly, Jean,Luc Nespoulos, Thierry Ponchon, Bernard Pottier, Nigel Quayle, René Rivara, André Roman, Jean,Claude Rossigneux, Eugène Shimamungu, Francis Tollis, Paul Valentin et Marc Wilmet

L'Harmattan 5 7 rue de l'Ecole Polytechnique

-

75005 PARIS (France)

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques MONTRÉAL (Qc) Canada H2Y lK9

Tabula gratulatoria

Nelly ANDRIEUX-REIX, Université Paris III Sorbonne nouvelle.
Marc ARABYAN,
Sylvain AUROUX,

Université

Paris XII

-Créteil.

-

ENS Fontenay

- Saint-Cloud.

Samir BA]RIC, Université

de Bourgogne. de Bretagne Occidentale. de Trieste (Italie). d'Orléans.

Danièle BÉCHEREL, Université Graziano BENELLI, Université

Gabriel BERGOUNIOUX, Mireille BILGER, Université Pierre BLANCHAUD,

Université

de Perpignan, ESA 6060 du CNRS. d'Aix-la-Chapelle. Lumière

Université

Jean Alain BLANCHON, Université mique du langage» du CNRS. Annie BOONE, Université Didier BOTTINEAU. Luc BOUQUIAUX, Guy BOURQUIN,
Janine BOUSCAREN,

- Lyon II, Laboratoire

«

Dyna-

Libre de Bruxelles.

LACITO Université

du CNRS. Nancy II.
Paris VII

Université

- Denis-Diderot.

Annie BOUV ARD, Collège Vendôme, Lyon. Jacques BRES, Université Jean CER VONI, Université Montpellier de Nantes. III

- Praxiling ESA 5475 du CNRS.

6
Mohamed CHAIRET,

DU PERCEVOIR AU DIRE ENS Fontenay

- Saint-Cloud.
de Metz.

Colette CHARPENTIER,

Université

Pierre CHAUME, Université Jean-Claude Jean-Claude

Toulouse II - URA 1030 du CNRS. Paris IV Paris

CHEVALIER, Université CHEVALIER, Université

- Sorbonne. VIII - Saint-Denis.

Pierre CLAUDÉ, Université

Marc-Bloch, Stendhal

Strasbourg.

Bernard COLOMBA T, Université
André CRÉPIN, Université

- Grenoble

III.

Paris IV

Laurent

DAN ON-BOILEAU,

- Sorbonne. Université Paris V - René-Descartes.
François-Rabelais d'Artois. (Tours) - GRAAT.

Alain DELAME, Ecole Centrale de Lille. Gérard DELECHELLE, Université Catherine DELESSE, Université

Claude DELMAS, Université Paris III Sorbonne nouvelle Claude DELMAS, Université
Marie-France CNRS. Jacqueline Département Departement nouvelle.

Paris III -Sorbonne
Paris IV

-CRELADA.
URA 1036 du

DELPORT, Université

- Sorbonne,

DEMARTY-W ARZÉE, CIEP - BELC. de Linguistique de l'Université Linguistiek , Katholieke Paris-IV - Sorbonne. Leuven.

Universiteit

Jean DIERICKX.
Jean-Louis DUCHET, Université de Poitiers

- FORELL-AIT.

Oswald DUCROT, EHESS. Hiltraud DUPUY-ENGELHARDT, Université de Reims
Ahmed EL KALADI, Université Michel ERMAN, Université M.M.Jocelyne d'Artois.

-CIRLEP.

de Bourgogne. LACITO et EPHE.

FERNANDEZ-VEST,

Jacques FEUILLET, INALCO.

Frédéric FRANÇOIS, Université Paris-V - René-Descartes. Naoyo FURUKAWA, Université de Tsukuba.

HOMMAGE

À ANDRÉ JOLY

7

Joaquin GARRIDO, Universidad Complutense. Marie-Noëlle GARY-PRIEUR, Université Lille III. Colette GASPARELLA, Université Toulouse Il, URA 130 du CNRS.
Yves GENTILHOMME, Geneviève Faculté des Lettres de Besançon. Paris III

GIRARD, Université

- Sorbonne

nouvelle.

Michel GLA TIGNY.

Claude GRUAZ, UPR 113 du CNRS. Abbé Gabriel GUILLAUME, CALD. Claude G UIMIER.
Jean-Louis HABERT, Université de Reims.

Claude HAGÈGE, Collège de France. Odile HALMOY, Université Albert HAMM, Université
Brid HENNIGAN-JOUZIER,

de Bergen (Norvège). Marc-Bloch,
Université

Strasbourg.
Paris VII

- Denis-Diderot.

Marie Luce HONESTE, Université Jean-Monnet - Saint-Etienne. Renée HONVAULT, UPR 113 du CNRS. Amr Helmy IBRAHIM, Université de Franche-Comté. Denis JAMET, Université Jean-Moulin - Lyon III.
Lysiane JANSSENS-BERTELET,
Hyo-Lim JEONG, Université

IUFM de Lille.

Paris IV

- Sorbonne.
II. linguistique d'Irkoutsk.

Jean-Charles

KHALIFA, Université

de Poitiers.

Georges KLEIBER, Université Galina KOSTIOUCHKINA, Hans KRONNING, Université

Strasbourg Université d'Uppsala.

Jesus LAGO GARABA TOS, Universidad Bernard LAKS, Université Paris X

de Santiago de Compostela.

- Nanterre.

Annie LANCRY,Université Paris III Sorbonne nouvelle.
Paul LARREY A, Université Paris XIII

-

- Marne-IaVallée.

Dany LAUR, Université de Toulouse-Le Mirail, Laboratoire Jacques-Lordat.

8 Paul LAURENDEAU,

DU PERCEVOIR AU DIRE

Université

York (Canada).

Jean LA VÉDRINE, Université

Stendhal

-Grenoble
II.

III.

Valérie LEBLANC, Lycée Baggio, Lille. Danielle LEEMAN, Université Paris X

- Nanterre.
Paris IV-Sorbonne, CAMS et EHESS.

Alain LEMARÉCHAL, Université Danièle MAIRE-REPPERT, Marjolaine
Christiane

Strasbourg

Université

MALENGREAU,
MARQUE-PUCHEU,

Cercle de linguistique des universités de Bruxelles.
Université Paris X

- Nanterre.

Robert MARTIN, Université Gilles MATHIS, Université

Paris IV

- Sorbonne.
- Aix-Marseille. I

de Provence

Nicole MAUSSET, Lycée Thiers, Marseille. Ludo MELIS, Katholieke Universiteit Leuven. Paris III

Sophie-Colette MOIRAND, CEDISCOR-SYLED. Georges MOLINIÉ. Philippe MONNERET, Mary-Annick

Université

- Sorbonne

nouvelle,

Université

de Bourgogne.

MOREL, EA 1483 du CNRS. Paris-V - René-Descartes.

François MULLER, Université

Claude MULLER, Université Bordeaux III. Béatrice MULLOR, Université Toulouse II URA 1030du CNRS. Sarnia NAÏM, LACITO du CNRS. Danuta N AJDYHOR.
Jean-Luc NESPOULOUS, Jacques Lordat.
Franck NEVEU, Université

-

Université
Paris VII

de Toulouse-Le

Mirail,

Laboratoire

- Denis-Diderot.

Michèle N OAILL Y, Université Colette NOYAU, Université

de Bretagne Occidentale. Paris X

- Nanterre.

Vincent NYCKEES, Université Charles-de-Gaulle - Lille III. Dairine O'KELLY, Université Toulouse Il. Sylvester OSU, LLACAN du CNRS.

HOMMAGE

À ANDRÉ JOLY

9

Aboubakar
Marie-Claude Young-Ok

OUA TT ARA, Université
PARIS, Université

de Tromso (Norvège).

Paris VII

- Denis-Diderot.

PARK, Université

Paris IV

- Sorbonne.

Ok-sook PARK, Université de Dong-Eui (Busan). Jean PAUCHARD, Université de Reims, CIRLEP / EA 2071 du CNRS.
Michèle PERRET, Université Jacqueline
Françoise

Paris X

- Nanterre.

PICOCHE, Université
PLASSAIS , Université

d'Amiens.
Paris IV

- Sorbonne.

Thierry Thierry Bernard

PONCHON, PONCHON,

Université Université

de Reims de Reims. Paris IV

- CIRLEP

/ URA 1030 du CNRS.

POTTIER, Université

- Sorbonne.

Françoise et Albert POYET, Université de Toulouse
Jean PRUVOST, Christine Université de Cergy-Pontoise. Université Toulouse II

-Le Mirail.
1030 du CNRS.

PUEYO-GROS,

- URA

Nigel QUAYLE, Ecole Centrale de Lille. Yamileth RAMIREZ. Université Paris III Strabourg Lumière

Sylviane RÉMI-GIRAUD,

- Lyon Il.

Patrick RENAUD, Université Martin RIEGEL, Université René RIVARA.

-Sorbonne nouvelle. II - UPRES 1339 du CNRS.

André ROMAN, Université Lumière - Lyon II.
Laurence ROSIER, Université Jean-Claude ROSSIGNEUX, Libre de Bruxelles. Université nationale Université Université de Simane Gapon]. Blaise-Pascal, Clermont-

Jacques-Philippe Ferrand. Anne-Marie

SAINT-GÉRAND,

SANTIN-GUETTlER,

du Mans.

Serge SAUV AGEOT. Léo SCHENA, Université de Bologne. de Rouen.

Jack SCHMIDEL Y, Université

10 Patrick SÉRIOT, Université Eugène SHIMAMUNGU,

DU PERCEVOIR AU DIRE

de Lausanne.

URA 1030 du CNRS.

Marie-Rose SIMONI-AUREMBOU. Jong-Sul SOH, Hankuk
Olivier SOUTET,

university

of Foreign Studies (Séoul).

Université

Paris IV

- Sorbonne.

Anne-Marie

SPANOGHE,

Universités de Gand et de Bruxelles. de T el-A viv.

Moché T ABA TCHNIK, Université

Jacqueline THOMAS, LACITO. Francis TOLLIS, Université de Pau.
Christian TOURA TIER, Université Université de Provence. d'Estrémadure. de Reims. Québec.

Maurice TOUSSAINT, Jean-Emmanuel

TYV AERT, Université

Pierrette VACHON-L'HEUREUX,
Paul VALENTIN, Université

Fonds Gustave Guillaume,

Paris IV

- Sorbonne.

Annette

VASSANT, Université

Paris X de Pau.

- Nanterre,

IUFM de Versailles.

Monique VERRAC, Université

Jean-Louis VIDALENC, Université

de Provence. do Porto.

Mario VILELA, Centro de Linguistica da Universidade

Laurence VINCENT-DURROUX, Université Paul-Valéry - Montpellier III. Shirley VINTER, Université de Franche-Comté, Laboratoire d'Audiophonologie et d'Orthophonie de Besançon.
Marcel WEBER. Marc WILMET, Université Jacques WITTWER, Libre de Bruxelles. Victor-Ségalen Stendhal Bordeaux III.

Université

André WLODARCZYK, Université Dietrich WOLF, Université Peter WUNDERLI,

- Grenoble

III.

de Münster. de Dusseldorf.

Université

Dairine O'Kelly

Biographie d'André Joly
Né le 21 novembre 1933 à Courbevoie, « comme Céline et Arletty», André (Jean) Joly est parisien par son père et béarnais par sa mère. C'est dans le piémont béarnais, au pays des gaves, entre Pau et Orthez, qu'il passe la plus grande partie de son enfance. Dans les années trente, le français y était « la langue du dimanche » ; le jeune garçon apprend le béarnais sur le tas, dès l'âge de quatre ans. Pendant plusieurs années, il crut que c'était de l'anglais, ce qui, assure aujourd'hui le linguiste, explique peut-être sa « vocation » d'angliciste. Une vocation qui, comme dans la plupart des cas, serait donc fondée sur un malentendu. L'anglais, le vrai, il commence à l'apprendre en 1942 avec une

réfugiée, le Béarn étant

«

zone libre

»

pendant la plus grande partie de la
très vif attrait, c'est et aussi la proximité côté des montagnes. tard, il apprend cette (Pyrénées Atlan-

guerre. L'autre langue qui a toujours exercé sur lui un l'espagnol, vu la proximité linguistique avec le béarnais, géographique: l'Espagne est à une heure de là, de l'autre Les premiers réfugiés espagnols affluent en 1939. Plus

langue comme le béarnais,
Études primaires

«

sur le tas ».
de Mourenx

à l'école communale

tiques, dites alors

«

Basses » Pyrénées) de 1939 à 1945. Mourenx, rendue

tristement célèbre par le gaz de Lacq, était alors un village de quelque trois cents habitants avec son curé ivrogne et son instituteur communiste et résistant, homme de culture, objet d'admiration et de crainte. Le village avait déjà son grand homme, Charles Moureu, auteur de découvertes en chimie organique (1863 -192 9). C'est entre sa statue - emportée par les Allemands quand la zone fut occupée - et le chêne de la Liberté, alors presque centenaire, que les garçons jouaient aux billes et les filles à la marelle. Le grandpère maternel, Jean Subervielle, alias Yan de Membiolle - tout le monde avait deux noms: le sien pour l'état-civil, et celui de la maison pour l'usage courant - était socialiste et maquignon, combinaison rare à l'époque. Doté

12

DU PERCEVOIR

AU DIRE

d'une belle voix, il était de plus le chantre officiel à l'Église -

catholique,

il

faut préciser, car il y avait en ce temps-là de nombreux Protestants (<< lous cagots » disaient les Catholiques) dans cette région qui, à la fin du seizième
siècle avait été le théâtre de violents affrontements religieux. Jean Subervielle, en bon Béarnais, s'accommodait fort bien d'une situation ambiguë; il avait du reste envoyé son fils à l'école laïque et républicaine, ses filles à l'école du couvent. Sans doute pour montrer sa largeur d'esprit, il fit don à l'Eglise de son petit-fils, qui fut réquisitionné comme enfant de chœur. Et ce fut le travail obligatoire trois fois par semaine, pour servir la messe basse de sept heures. De cette expérience, dit aujourd'hui André Joly, sont nés sa fascination pour les contradictions, sa volonté de les surmonter, son horreur de

l'injustice et de l'intolérance, enfin son goût prononcé

(<<

mais pas exclusif»)

pour le vin de Jurançon. La guerre terminée, il est exilé à Paris, dans le chagrin et la douleur, le 22 septembre 1945. Études classiques (latin, grec) au lycée Janson-de-Sailly de 1945 à 1951. Ses disciplines de prédilection sont les langues, l'histoire et les sciences naturelles. Il passe les deux parties du baccalauréat en 1950 et 1951. Après un passage rapide en hypokhâgne et en khâgne - il quitte cette dernière à Pâques, avant le concours, pour devancer la menace d'un renvoi

mais qu'étais-je allé faire dans cette galère? ») - il échoue, « dans tous les sens du terme », à la Sorbonne au printemps de 1953. « C'était quand même
(<<

la liberté après le bagne ». Il y reçoit un enseignement de latin, découvre la véritable érudition et, pour suivre une vocation tenace, prépare une licence d'anglais qu'il obtient en 1954, puis une maîtrise en littérature américaine, 1955. L'année 1955-1956 se passe à Londres où il est assistant à Haberdashers' Aske's. C'est dans le courant de l'été de 1957, tout juste après avoir obtenu l'agrégation d'anglais, qu'il rencontre par hasard en Espagne un homme qui devait jouer un rôle important dans son développement intellectuel, comme, plus tard, dans celui de nombreuses générations de jeunes chercheurs: Maurice Molho, alors chargé d'enseignement à l'Institut Hispanique de la Sorbonne. Il suit son enseignement aux cours d'été de Jaca et, sur ses conseils, lit Gustave Guillaume, que M. Molho avait découvert quelques années auparavant, et Saussure. Cette rencontre de pur hasard décide de sa carrière: il ne fera plus une thèse de littérature sur Henry James, mais une thèse de linguistique.

BIOGRAPHIE

D' ANDRÉ JOLY

13

Dès la rentrée universitaire de 1957, André Joly, qui occupe son premier poste au lycée Descartes à Tours, suit les leçons de Guillaume à l'Ecole pratique des Hautes Etudes, très assidûment la première année, irrégulièrement la seconde, en raison d'un service militaire qui devait durer vingt-sept mois. «Je n'avais jamais entendu un conférencier à la fois aussi profond et aussi clair. L'homme qui, physiquement, tenait de Victor Hugo et de Pasteur, exerçait, par la hauteur de sa pensée, une véritable fascination sur un auditoire envers lequel il manifestait la plus grande courtoisie. Il répondait tau'" jours avec simplicité et humour aux questions, naïves ou vicieuses, que tel ou tel osait lui poser. Il recevait parfois ses auditeurs chez lui, square Delambre, et leur accordait de longs entretiens ». Gustave Guillaume meurt en février 1960, le jour même où, précisément, André Joly avait obtenu un rendez-vous pour discuter de son projet de thèse. Cette coïncidence frappa longtemps l'imagination du jeune chercheur. Une fois accompli son service national, il est nommé au lycée Voltaire à Paris et cherche à faire accepter et à déposer le sujet de sa thèse d'Etat, qui

devait être

«

Le système verbo-temporel de l'anglais ». C'était la première
Ce ne fut pas une théorique - Guil-

thèse sur l'anglais dans l'optique de la psychomécanique. mince affaire. Le litige portait à la fois sur l'orientation

laume étant alors honni -

et sur le qualificatif

«

verbo-temporel », sans

doute à cause de Temps et verbe de Guillaume; en revanche, « verbal » était tout à fait acceptable. « Que, dans les langues indo-européennes, le verbe soit, d'une manière ou d'une autre, associé à la représentation formelle et à l'expression de la temporalité était une idée totalement inadmissible pour certains linguistes ». La guerre de tranchées dura des mois. Le plus acharné était André Martinet, qui venait de publier Eléments de linguistique générale. Auréolé de son séjour américain, Martinet tenait le haut du pavé et légiférait dans la plus parfaite intolérance. Tous les projets de thèse en linguistique devaient avoir son aval. Le candidat au doctorat eut avec le maître plusieurs entrevues non concluantes. La dernière fut orageuse: il sortit en claquant la porte. Mais, grâce à l'intervention de Jean Fourquet, professeur de linguistique allemande, éditeur de Tesnière, il finit par obtenir gain de cause. Le sujet fut donc déposé à l'automne de 1961. Probablement par esprit de contradiction, le

jeune doctorant le réduisit l'année suivante à « La négation verbale en anglais
moderne ». La thèse elle-même ne serait terminée que quatorze ans plus tard, en 1975, et soutenue devant un jury présidé par Bernard Pottier.

14

DU PERCEVOIR AU DIRE

C'est qu'entre-temps, dans le courant de l'été de 1962, André Joly avait découvert au hasard de promenades estivales dans le Pays de Galles, pour la modique somme d'environ 2,50 F, un exemplaire d'époque de Hermès, or a Philosophical Inquiry Concerning Language and Universa1 Grammar (1751). La lecture du livre de James Harris fut pour lui comme une révélation et détermina non seulement le choix du sujet de sa thèse complémentaire - on faisait alors deux thèses - mais l'orientation d'une bonne partie de son activité de recherche durant les quinze années à venir. A l'époque, l'immense majorité des linguistes ignoraient tout du passé de leur discipline. L'histoire commençait à Saussure. Durant cette décennie, A. Joly explora systématiquement le champ historique, et plus particulièrement les dix-septième et dix-huitième siècles. En 1971, il soutint à Lyon II sa thèse complémentaire, devenue thèse de 3e cycle, l'édition française de Hermès, avec une longue introduction et d'abondantes notes. Jean Stefanini présidait le jury. Cette thèse fut publiée l'année suivante chez Droz. Grâce à l'action conjuguée de quelques autres chercheurs français (p. ex. Chevalier, Stefanini) et étrangers (Aarsleff, Kœrner), l'histoire des idées et des théories linguistiques fut progressivement reconnue. En France, elle fut officialisée par le CNRS. Au milieu des années soixante-dix, en collaboration avec Sylvain Auroux, Daniel Droixhe et Charles Porset, André Joly fonde la Société d'Histoire et d'Epistémologie des Sciences du Langage (SHESL). Quelques années plus tard, il participe à la création de la revue Histoire, Epistémologie, Langage (HEL). En 1981, il organise à Lille le second congrès international d'ICHoLS (International Conference on the History of the Language Sciences). Depuis lors, il n'a jamais cessé de s'intéresser à l'histoire de la discipline, essayant à travers tous ses écrits de situer les problèmes dans la perspective diachronique. Il est de ceux qui déplorent que la linguistique ne soit pas une science cumulative. Durant sa carrière universitaire proprement dite, qui aura duré trentesept ans, André Joly a travaillé dans cinq universités. De 1962 à 1964, il est l'assistant d'Antoine Culioli à l'Institut d'anglais de la Sorbonne; il yen-

seigne notamment la

«

philologie », utilisant en toute liberté la théorie de

Guillaume. Dans le même temps, il est auditeur d'Emile Benveniste au Collège de France. En 1964, Roch Valin, directeur du Fonds Gustave Guillaume de l'Université Laval à Québec, le recrute comme assistant de recherche pour déchiffrer et transcrire les inédits de Guillaume - un fonds de plus de soixante mille feuillets manuscrits dont Valin est le légataire. A. Joly reste

BIOGRAPHIE D'ANDRÉ jOL y

15

deux ans à Québec où il découvre la grammaire générative et transformationnelle qu'il pratique avec application mais aussi uncertain détachement. Un moment, il songe à faire carrière en Amérique du Nord. Mais il rentre en France en 1966, ayant trouvé un poste de maître-assistant à l'Université de Caen. C'est là qu'il commence à enseigner systématiquement la psychomécanique du langage appliquée à l'anglais. Après mai 68, dont Caen a été un des fers de lance, il est invité à donner un enseignement « guillaumien» au département de linguistique française. Ce n'est pas sans une évidente nostalgie qu'il se souvient des cinq années caennaises qui marquèrent vraiment ses débuts de linguiste. Mais sa véritable alma mater est l'Université de Lille III où il a passé dixsept ans, près de la moitié de sa carrière (1971-1988). C'est à Lille, dans les années qui suivirent l'euphorie d'après 68, lorsque la linguistique était considérée comme la discipline-pilote, qu'il peut réaliser divers projets. Avec l'aide des administrations successives, il crée un centre de recherche, le CIRL, organise régulièrement séminaires et colloques, et participe à la fondation des Presses Universitaires de Lille (devenues Presses du Septentrion) où il dirige successivement les collections « Histoire de la Linguistique » et « Psychoméca nique du Langage ». Sous cette dernière appellation est créée au CNRS, en 1979, une équipe associée (URA 1030) qu'il dirigera pendant douze ans. La même année, il est le co-fondateur de la revue Modèles linguistiques, dont il est toujours directeur. En 1982, il relance la publication des Leçons de linguistique de Gustave Guillaume, interrompues depuis huit ans, et en assure la co-édition jusqu'au volume 12. Ses activités éditoriales et de recherche ne l'empêchent cependant pas de participer à la gestion de l'Université. Membre de tous les Conseils, il dirige aussi l'UER d'anglais «< Angellier »). Il est également chargé de mission au CNRS comme adjoint de Maurice Godelier. André Joly quitte Lille en 1988 pour retourner à la Sorbonne (Paris-IV), un quart de siècle après son départ. Il y enseigne la linguistique anglaise pendant deux ans. C'est en 1990 que, changeant d'affectation, il succède à Bernard Pottier sur un poste de linguistique générale. Sans le savoir, il s'y était préparé depuis longtemps puisqu'il avait étudié diverses langues, à raison d'environ un an chacune, de façon intensive, dans le domaine indo-européen ou en dehors: l'irlandais, le roumain, le suédois, l'arabe, le japonais, le tamoul, le turc.

16

DU PERCEVOIR AU DIRE

Il a été invité à donner des conférences ou des cours dans diverses universités françaises et dans les pays étrangers suivants: Allemagne, Belgique, Canada, Corée, Espagne, Etats-Unis, Grande-Bretagne, Italie, Pologne, Roumanie, Russie. André Joly avoue être officier des Palmes académiques. Son grand regret est de ne pas avoir le Mérite agricole, pour lequel il avait un meilleur dossier. Mais il ne désespère pas de l'obtenir, car il retourne cultiver son vrai jardin... en Béarn.

èa.

Dairine O'Kelly

Bibliographie d'André Joly

1964 1.
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Esquisse d'une théorie de la forme progressive », dans Les langues mo~

dernes, n° 3, p. 36-58. 1965

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en linguistique

», dans Les

3.

« Réflexions sur l'enseignement de la grammaire. A propos d'un ouvrage récent» [article critique], Les Langues modernes, p. 525-527. 1967

4. 5.

Negation and the Comparative Particle in English, Cahiers canique du Langage, n° 9, Québec, Presses de l'Université Linguistics, Spring Issue, p. 78-89.

de PsychoméLaval, 67 p.

« Ge~, préfixe lexical en vieil anglais », dans The Canadian Journal of

1968

6.

« La linguistique nes, n° 3.

», édition d'un numéro spécial pour Les langues moder~

1970

7.

Tableau des progrès de la science grammaticale de François tion' introduction et notes du texte de 1796 (Introduction James Harris), Bordeaux, Ducros, 138 p. [cf. n° 11].

Thurot,

édi-

à Hermès de

18 1971

DU PERCEVOIR

AU

DIRE

8.

«

Le complément

verbal et le morphème a en béarnais. Réflexions sur le
dans les langues romanes», dans Zeitschrift für

genre

et la fonction

romanis che Philologie, n° 5/6, p. 286-305.

9.

Note sur
pendice

«

La psychanalyse

comme méthode
Soriano, dans

d'authentification
Revue

», ap-

à un article de Marc

Nouvelle

de Psychana-

lyse, n° 4, p. 200-202.

1972 10.
« La négation européennes explétive en vieil anglais et dans d'autres langues indo», dans Etudes anglaises, n° 1, p. 30-44. édition, introduction et

11. Hermès, ou recherches philosophiques sur la grammaire universelle de James
Harris (1751), traduction de François Thurot, notes, Genève, Droz, 469 p. [cf. n° 7].

12. Le gascon de Gerhardt Rohlfs, article critique dans Zeitschrift für franzosiche Sprache und Literatur, LXXXII, 2, p. 162-167.

13.

«

Lou coumplemen

verbal e Iou mourfème a en biarnès », dans Reclams cartésienne: Mythe ou réalité? », dans

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1973

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«

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», dans Etudes anglaises,

n° 3, p. 257-268.

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Claude Guimier

Témoignage
C'est à un ancien élève et ancien thésard d'André Joly que revient l'honneur de rédiger ces quelques lignes d'introduction au volume d'hommage qui lui est adressé à l'occasion de son soixante-cinquième anniversaire. La tâche est difficile pour quiconque voudrait à la fois rendre hommage à l'homme, à l'enseignant et à son œuvre scientifique. Le résultat ne peut être qu'un témoignage partial, comme toujours dans le cas d'un exercice de cette nature, mais sans doute encore plus dans le cas présent, eu égard au tempérament fougueux du récipiendaire qui, tùut au long de sa carrière, a vu des. lien~ fidèles perdurer, et d'autres aussi se briser sans toujours se renouer. Quoi qu'il en soit, aucun de ceux qui ont été amenés à travailler avec André Joly n'a pu rester indifférent face à une personnalité forte, passionnée et captivante. Qu'on me permette de commencer par quelques souvenirs personnels. C'est en 1966-67, à Caen, alors que j'entrais en première année de licence d'anglais - la licence se préparait alors en deux ans suite à une année de propédeutique ~ que je suivis pour la première fois l'enseignement d'André Joly. Il s'agissait du cours de philologie anglaise, matière obligatoire à l'époque. Le programme était ardu et pour la majorité de mes condisciples, apprendre à déchiffrer des extraits de la Bible ou de la Chronique Anglo~Saxonne en vieil anglais était d'un intérêt limité. Très vite toutefois, nous pûmes constater que notre enseignant ouvrait de larges parenthèses. Certes, il nous enseignait tout de la Loi de Grimm, de la loi de Verner et des phénomènes de palatalisation en vieil anglais, mais par quelque tour de passe-passe dont il avait le secret, il réussissait à nous parler de la forme progressive et des emplois de l'article en anglais moderne, quand ce n'était pas de l'imparfait ou du mode subjonctif en français. De surcroît, il nous en parlait avec des termes auxquels nous n'étions pas habitués, et aussi à l'aide de schémas rapidement tracés sur le tableau. Petit à petit ces termes nouveaux - aspect sécant, temps

30

DU PERCEVOIR AU DIRE

d'univers, temps d'événement, généralisation, particularisation, mais aussi subduction, chronogénèse, chronothèse - devenaient plus familiers, sans que - en ce qui me concerne tout au moins - ils fussent encore totalement transparents. Mais ce qui était le plus surprenant, c'étaient ces figures (dont j'apprendrai plus tard qu'il s'agissait de tenseurs binaires radicaux), qui mettaient toujours en rapport un avant et un après, et qui semblaient éclairer bien des aspects de la grammaire de l'anglais, tranchant vivement avec les tableaux, les règles et les listes d'exceptions aux règles auxquels j'étais habitué avec la grammaire de Carpentier-Fialip, seul manuel de référence à ma disposition jusqu'alors. De surcroît, un nom revenait de plus en plus fréquemment dans la bouche de notre professeur, celui d'un certain Gustave Guillaume, dont je crus pendant quelque temps qu'il était l'auteur d'une grammaire anglaise, source d'inspiration pour notre enseignant l C'est ainsi que, par le biais de la philologie anglaise, je découvris la psychomécanique du langage et la linguistique en généraL Je passai l'année suivante en Grande-Bretagne, loin des turbulences d'un printemps agité. A la rentrée 1968, je m'apprêtais à terminer ma licence et me résignais à faire de la littérature. Mais le printemps agité avait porté ses fruits: la linguistique entrait maintenant comme discipline à part entière dans les cursus de langue, et, sur le plan local, André Joly n'y était pas pour rien. En licence, puis en maîtrise, je suivais donc tous ses cours. Il nous enseignait certes la psychomécanique, mais également tous les autres grands linguistes du siècle, Saussure bien sûr, ainsi que Hjelmslev, Firth, Sapir, Vendryes, Bloomfield, Chomsky, etc. C'est une véritable formation à la linguistique générale qu'il inculquait à ses étudiants. Parallèlement, les faits de langue concrets constituaient toujours chez lui une préoccupation majeure. Dans l'immédiat après-Mai 68, la mode était aux travaux libres, dossiers, exposés, etc. Un des thèmes retenus cette année-là était le -5 en anglais (belle question de psycho-sémiologie) ; certains étaient chargés de faire des recherches sur le -5 de pluriel, d'autres sur le -5 de génitif,

d'autres encore sur celui de troisième personne

j

le hasard voulut que je fusse

chargé du -5 adverbiaL L'exposé fut bon, paraît-il, bien que je n'eusse pas bien vu ce qui distinguait signifié de puissance et signifié d'effet! Bref, tout cela pour dire que ce fut la première occasion pour moi de m'intéresser à l'adverbe. Si je me suis laissé aller à ces quelques remarques personnelles, c'est uniquement pour évoquer André Joly enseignant, tel que je l'ai connu en tout cas, c'est-à-dire au début de sa carrière. Sa nomination à Caen faisait suite à un séjour au Fonds Gustave Guillaume à Québec. Après Caen, ce fut l'Uni-

TÉMOIGNAGE

31

versité de Lille m,puis la Sorbonne. La distance géographique ne facilita pas les échanges. André Joly fut par la suite pour moi un directeur de thèse bienveillant mais scrupuleux et exigeant; je revois encore les pages préliminaires que je lui adressais et qui me revenaient griffonnées de ses remarques et commentaires toujours abondants. Délaissant le côté personnel, j'évoquerai maintenant à très grands traits les travaux d'André Joly dans le domaine plus spécifique de la recherche, conscient du fait que la dissociation enseignement / recherche est chez lui peut-être encore plus que chez d'autres totalement artificielle. Il est enseignant-chercheur au sens plein du terme, son enseignement ayant toujours été nourri de ses activités scientifiques. Rappelons également qu'à côté de ses activités de chercheur proprement dites, il a constamment participé à l'animation de la recherche, en étant membre fondateur d'une unité associée au CNRS et de la revue Modèles Linguistiques, et ell organisant de nombreuses rencontres. Ses travaux sont bien connus de la communauté des linguistes car il a beaucoup publié, participé à de nombreux colloques et tables rondes. Ils se situent bien sûr tous dans la mouvance guillaumienne. André Joly appartient à ce que M. Wilmet a appelé la troisième génération de l'école guillaumienne. Il a suivi les dernières leçons du fondateur de la psychomécanique à l'Ecole Pratique des Hautes Etudes et cette expérience a été déterminante dans la réalisation de sa vocation; tout son enseignement et toute sa recherche sont empreints des idées de Guillaume. Néanmoins André Joly n'a jamais été prisonnier d'une doctrine qui serait intangible, ou d'un dogme. S'il a largement contribué à faire connaître les idées de Guillaume, par exemple en participant à l'édition des volumes de conférences ou à la rédaction d'un Dictionnaire Terminologique de la Systématique du Langage, c'est afin que ces idées soient connues du plus grand nombre et puissent être confrontées à d'autres idées, théories ou modèles. Cette confrontation, André Joly l'a luimême toujours suscitée: confrontation, entre autres, aux grammairiens de l'époque classique, à Damourette et Pichon, à la grammaire générative, aux théories de l'énonciation; confrontations au travers desquelles apparaissent des préoccupations épistémologiques constantes. Par ailleurs, André Joly s'est lui-même efforcé de faire progresser la psychomécanique guillaumienne, sans pour autant trahir le maître, mais au contraire en s'appuyant sur ses écrits. Il est généralement admis que Gustave Guillaume est un linguiste qui,
après avoir posé la dichotomie langue

/ discours

et l'existence

d'un

acte

de

langage permettant

la transition

de l'un à l'autre, s'intéresse

essentiellement

32

DU PERCEVOIR AU DIRE

au « système de systèmes» que constitue la langue. André Joly, s'appuyant notamment sur Le problème de l'article, s'efforce de démontrer que l'on trouve chez Guillaume tous les éléments permettant d'élaborer une théorie de l'énonciation complète, une théorie qui prend en compte non seulement la langue, mais également la production du discours par le sujet parlant. Il va lui-même s'efforcer d'élaborer une telle théorie, qu'il appellera systématique énonciative. Cette théorie, véritable prolongement de la psychosystématique guillaumienne qu'elle intègre, trouve son point d'aboutissement - sans
doute provisoire
»

-

dans la description

de

«

la chaîne

des causations

du lan-

gage

que l'auteur a présentée au colloque de Paris 7 sur La Notion

en 1996.

On voit de façon évidente dans cette communication les thèmes d'inspiration guiUaumienne rejoindre ceux des sciences cognitives en vogue actuellement. C'est dire que les travaux d'André Joly ont toujours été en phase avec les courants qui traversent la recherche en linguistique en cette fin de vingtième siècle. André Joly est théoricien, nul ne peut le nier; il est également pédagogue, j'en ai déjà parlé. Chacun sait qu'il est au départ angliciste, et même si depuis quelques années il occupe un poste de linguistique générale, il n'a jamais oublié sa discipline d'origine. On lui doit notamment le seul manuel de grammaire anglaise d'inspiration guiUaumienne qui soit disponible sur le marché, ainsi qu'un manuel d'initiation à l'analyse linguistique des textes anglais, tous deux rédigés en collaboration avec Dairine O'Kelly. Ces deux manuels mettent en application les principes de la systématique énonciative qu'il a développée et accordent à la linguistique d'inspiration guillaumienne la place qui lui revient dans le domaine de la linguistique anglaise en France. Il est impossible de donner en quelques lignes un panorama complet des champs disciplinaires couverts par les travaux d'André Joly. N'oublions pas qu'il est aussi romaniste (études sur le français, le béarnais), diachronicien (ses hypothèses sur l'étymologie de la particule comparative than de l'anglais ont souvent été reprises), qu'il s'est intéressé à l'analyse textuelle, à la sociologie de la communication, à l'histoire de la linguistique. On en vient même à oublier que sa thèse de Doctorat d'Etat, non publiée, portait sur la négation en anglais, tant les sujets qu'il a abordés au cours de sa carrière sont nombreux et variés. Cette variété, que reflète assez bien le sommaire de ce volume, n'est nullement synonyme de dispersion, bien au contraire. Il n'est que de consulter les références bibliographiques citées à la fin de chacun des articles publiés pour établir le lien entre ces différentes recherches. La grande

TÉMOIGNAGE

33

majorité d'entre elles comporte le nom de Gustave Guillaume. Celui-ci reste la source d'inspiration constante, une soutce à laquelle André Joly revient sans cesse, qui lui fournit une grande partie de ses outils analytiques, dans laquelle il puise afin de les développer des aperceptions du fondateur de la psychomécanique. Mais il ne s'agit jamais chez André Joly d'une obédience servile. Sa préoccupation inaltérable est la recherche des principes qui président au fonctionnement du langage, à ses mécanismes les plus intimes. Sur ce plan, Gustave Guillaume reste une référence incontournable. Un volume d'hommages est un acte de reconnaissance envers le récipiendaire' reconnaissance de ses pairs, de ses étudiants, pour ce qu'il leur a apporté tant sur le plan scientifique que, pour certains, professionnel. Même si par la force des choses, cela prend aussi la forme d'un bilan, je suis sûr qu'il ne s'agit que d'un bilan provisoire et qu'André Joly, libéré de certaines charges académiques, imprégné des saveurs de la campagne béarnaise, aura tout loisir de s'adonner à de nouvelles et fécondes recherches. Bien des mécanismes de langue sont encore impénétrables et les perspectives largement ouvertes.

Première

partie

Image mentale, signifié, verbalisation

Robert Martin

1
Sur la distinction du signifié et du concept
Le langage d'en mais vouloir j'espère naturel épuiser tout est-il lié à des concepts sur la construction dans une brève Joly qu'André signifié distincts des signifiés? La question dérisoire

n'est pas sans conséquence de même entre

théorisante. contribution sa réflexion rout trouvera nourrir fait

Il serait

la richesse

à des Mélanges; sur le sujet1. référence cours, à

dans ces pages un rappel d'abord

par ci, une suggestion Le rapprochement Ferdinand celui de Saussure. de 1910-1911,

par là, qui viendront Comme

et concept

on sait, ce n'est dans la leçon acoustique

que dans le troisième

plus précisément

du 19 mai, que le schème:

signe a cédé la place à celuki :
signe

~ image

+ concept

= image

acoustique

+ signifié 2

ou signifiant Cette substitution suppose donc l'équivalence
signifié = concept.

:

Là où, jusqu'au 19 mai, F. de Saussure disait concept (parfois sens)3 il utilise désormais signifié. Sans doUte la notion de signe est-elle ainsi préservée
Je reprends en partie

-

et en le corrigeant

-

un exposé que j'ai présenté

en 1990 lors

d'une table-ronde

à Paris-Sorbonne. peut être apportée à ces formules en employant ces termes:

2

« Une amélioration

signifiant,signifié» (Éd. T. de Mauro, 438, n° 128) dit le Maître en revenant sur la formulation du 2 mai (dans le signe «. une image acoustique est associée. à un
concept»

).

3

P. ex. pour la définition de la ltmgue (Éd. T. de Mauro, 32) conçue comme « un système de signes où il n'y a rien d'essentiel que l'union du sens et de l'image acoustique ».

38

DU PERCEVOIR AU DIRE

de son ambiguïté primitive 4 j sans doute aussi la terminologie nouvelle estelle plus appropriée à l'hypothèse de l'immanence et de l'arbitraire 5. Il n'en demeure pas moins que les deux notions de signifié et de concept sont assimilées et présentées comme isomorphes. La démarche de F. de Saussure prend son départ à une tradition fort ancienne, qui remonte au moins aux Scolastiques, et selon laquelle le contenu du signe linguistique n'est autre que le concept: Vox significat mediantibus conceptibus. Au reste, les définitions que proposent du concept les dictionnaires modernes le distinguent fort mal du signifié: la plupart le considèrent comme une représentation abstraite ayant pour support une forme langagière. Le problème se pose donc de savoir si une approche cognitiviste des faits linguistiques conduit à disjoindre les deux notions de signifié et de concept. On sait que de nombreux linguistes voient là un clivage essentiel: que l'on pense, à titre d'exemples, au « trapèze » de K. Heger 6 ou à la structuration en quatre niveaux de B. Pottier 7. Ainsi apparaissent deux positions apparemment antagonistes. Pour les uns signifié et concept se confondent. Pour les autres ils se disjoignent. Deux thèses viendront à l'appui de l'isomorphisme. Deux autres, dont on montrera qu'elles ne sont pas contradictoires avec les précédentes, mais qu'elles éclairent la réalité d'un jour différent, viendront étayer l'hypothèse de la disjonction. Thèse 1. La langue ne dénomme pas des concepts qui lui préexistent. Elle n'est autre qu'une conceptualisation de l'expérience d'univers. En ce sens, signifiés et concepts se recouvrent. 4
«

Nous appelons signe la combinaison

du concept et de l'image acoustique:

mais

dans l'usage courant ce terme désigne généralement l'image acoustique seule (...). L'ambiguïté disparaîtrait si l'on désignait les trois notions ici en présence par des noms qui s'appellent les uns les autres tout en s'opposant. Nous proposons de conserver le mot signe pour désigner le total, et de remplacer concept et image acoustique respectivement par sigTIifié t signifiant» (Éd. T. de Mauro, 99). e

5 6

Cf. éd. T. de Mauro, 438, n° 128. Les bases méthodologiques de l'onomasiologie et du classement par concepts. Trav. Ling. Littér. 1965, t. III, 7-32 (traduction d'un article paru l'année précédente dans . la Z. f. rom. Phik>l. t. 80, 486-516). Niveau référentiel; niveau conceptuel; niveau de la langue naturelle; niveau du texte produit. Cf. Théorie et analyse en Unguistique,Paris, Hachette, 1987, 59.

7

SUR LA DISTINCTION DU SIGNIFIÉ ET DU CONCEPT

39

Thèse 2. La langue, par le biais du générique que l'on peut appeler « intensionnel », permet de référer à des entités conceptuelles qui sont en correspondance bi-univoque avec les signifiés linguistiques. Cette thèse stipule donc également l'isomorphisme des signifiés et des concepts. Thèse 3. La langue permet, par-delà les signifiés, de construire des artefacts
conceptuels.

Thèse 4. Si l'on considère le fonctionnement linguistique à un niveau suffisamment « profond », on s'aperçoit que la langue fonctionne moyennant des
signifiés mais aussi moyennant des concepts.

I.

Isomorphisme du signifié et du concept

A. Thèse 1
Les langues ne dénomment pas des concepts qui leur préexistent. C'est contre la conception dénominative, taxinomique si l'on préfère, du langage naturel que s'élève F. de Saussure. « Pour certaines personnes la langue, ramenée à son principe essentiel, est une nomenclature, c'est-à-dire une liste de termes correspondant à autant de choses (,..), Cette conception est critiquable à bien des égards. Elle suppose des idées toutes faites préexistant aux mots (..,) ; elle laisse supposer que le lien qui unit un nom à une chose est une opération toute simple, ce qui est bien loin d'être vrai.» 8, À la suite de Saussure, L. Hjelmslev ou A. Martinet vont tout à fait dans le même sens9. T. de Mauro trouve à la conception de la langue comme nomenclature des origines aristotéliciennes 10, Radicalisée chez Isidore de Séville Il, latente chez les logiciens de Port-Royal et jusque dans le Tractatus du premier Wittgenstein (1921) 12, la conception dénominative paraît aujourd'hui intenable. Elle se heurte autant à l'extraordinaire diversité des langues qu'à la singulière malléabilité des signifiés linguistiques. 8 9 10 11 Éd. T. de Mauro, 97. L. Hjelmslev, Prolégomènes,éd. fro 1961,65-79; A. Martinet, Élément de ling. gén., éd. 1970, 10-11.
Une introduction linguistique ». à la sémantique, trad. fr., 29 et suiv. «L'Aristotélisme

« Le nom (...) nous fait connaître les choses (h')' Si l'on ne connaît pas le nom, on perd la connaissance de la chose» (Et)'mologiae J, 7, 1, L; cité d'après T. de Mauro, Introd.,45).

12 T. de Mauro, Introd., 36.

40

DU PERCEVOIR AU DIRE

1.

Langue et vision du monde

On ne reprendra pas ici la thèse bien connue de la langue comme vision du monde: H. H. Christmann en a fait l'historique dès 1967 13. Déjà affirmée par W. v. Humboldt en 1820 14, reprise par des linguistes aussi différents que L. Weisgerber 15, W. v. Wartburg 16, G. Guillaume 17, J.e. Catfordl8, il serait difficile de la remettre sérieusement en cause après les travaux décisifs d'ethnolinguistes comme E. Sapir ou B. Wharf 19. Chaque langue découpe le réel à son gré, organise le pensable, génère une interprétation du monde. Les signifiés représentent une conceptualisation des choses et des états de choses. Du fait même signifiés et concepts se confondent. L'hypothèse de la langue comme structuration du réel, comme découpage conceptuel des données du monde repose sur l'idée que la complexité du réel n'autorise pas la pensée à la dominer dans son entier: celle-ci n'en saisit

13

BeitTdgezur Geschichte der These vom Weltbild der Sprache, Mayence, 1967 (Abhand1. der Geistes- und sozialwiss. Klasse, Akademie der Wissensch. und der Literatur, 441-469).
«

14

La différence des langues n'est pas une différence entre les sons et les signes, mais

une différence qui implique une conception différente du monde» (Über das vergleichende Sprachstudium in. Beziehung auf die verschiedenèn Epochen der Sprachenwicklung in : Gesammelte Schriften, IV; trad. de K. Baldinger, Vers une sémantique moderne, 74). 15 16 17 Muttersprache und Geistesbildung, Gôttingen 1929. Pour complémentaire, voir Kurt Baldinger, op. cit., 76, note 6. une bibliographie

Problèmes et méthodes de la linguistique, Paris, PUF, 1963, en partie. 175. G. Guillaume conçoit la langue comme une organisation du pensable, une conceptualisation des données d'univers. Ce thème est maintes fois développé. Voir par exemple dans Principes de ling. théorique (Recueil de textes préparé sous la direction de R. Valin, Presses Univ. Laval, 1973) 82-84, 159-163 (la langue est

définie comme « une représentation générale du pensable, autrement dit un état de
représentation 18 de la vision universelle »). A Linguistic Theory of Translation, Londres, 1965. Voir en partie. 40 et suiv. (Bon résumé et intéressantes observations complémentaires dans K. Baldinger, op. cit., 7984). Language, Thought and Reality (MIT, 1956) est devenu un classique (rrad. Linguistique et anthropologie, Paris, Denoël, 1969). fr.:

19

SUR LA DISTINCTION DU SIGNIFIÉ ET DU CONCEPT

41

jamais que des facettes, qu'elle réorganise au mieux de ses besoins. Il s'y ajoute aussi le caractère de continuum que prend souvent la réalité, de telle sorte que le découpage ne peut aller sans arbitraire (continuum spatio-temporel - jour/nuit -, continuum des couleurs, continuum des formes de vie on

-

passe insensiblement du monde végétal au monde animal -; continuité des attitudes morales).
2. Polysémie et déformabilité

Cette thèse est par ailleurs fortement appuyée par des faits polysémiques et par la déformabilité. Chacun sait que les découpages polysémiques varient considérablement de langue à langue. Il n'y a pas lieu d'illustrer ici un fait aussi banal. Plus déterminante encore paraît être l'extraordinaire malléabilité du signifié, qui, par contiguïté ou similarité, en vient à couvrir des domaines de réalité totalement disjoints de langue à langue. On peut présumer, à titre d'exemple, qu'aucune autre langue du monde ne met sous bouche ce que le français y met (bouche d'un volcan, d'un canon, bouche d'aération, d'incendie, bouche du métro, bouche d'un fleuve les Bouches du Rhône, etc.). Autant dire que s'il existait des concepts préalables aux signifiés, ils seraient aussi divers que sont divers les signifiés dans la multiplicité des langues et de leurs états historiques. Dès lors, l'hypothèse de leur disjonction devient insoutenable.

-

B.

Thèse 2

L'existence d'un générique « intensionnel » vient conforter de son côté l'hypothèse de l'isomorphisme du signifié et du concept. Par le biais de tels énoncés génériques, la langue permet de référer à des entités conceptuelles, présentées comme des existants, et qui ne sont autres que les objets définis par les signifiés.
( 1) Le chien est carnivore (2) Le train est plus commode que l'avion sur les distances moyennes (3) La gomme a cet avantage sur le TippEx de... (4) La licorne n'existe pas (5) L'animal Diverses qui se sent mourir a tendance à... de ce type de générique ont été avancées. Celle de

conceptions

1'« espèce », adéquate pour (1), convient beaucoup moins bien aux artefacts (2) et (3), encore moins bien aux [icta (4) ou aux impossibiUa (le cercle carré...)

et pas du tout aux entités décrites par la forme

«

subst. + relative détermina-

42

DU PERCEVOIR AU DIRE

tive », car si l'animal qui se sent mourir était une espèce, il y aurait autant d'espèces que de relatives différentes qui peuvent restreindre l'extension de animal, ce qui reviendrait à dire une infinité. Autant admettre que c'est le signifié du groupe nominal générique qui détermine une entité conceptuelle comme lieu de la prédication. Certes, il serait tout à fait faux de considérer que l'on parle du concept ou du signifié. Ce n'est évidemment pas (observation aussi ancienne que la réflexion sur la signification) le concept ou le signifié de chien qui est carnivore ou qui aboie 20. Ce qui est carnivore, c'est l'entité conceptuellement délimitée par le signifié du mot chien et présentée comme une entité du monde. L'hypothèse de la projection sur le monde et le traitement comme un existant de l'entité conceptuelle ment définie ou, si l'on préfère, la conception
«

intensionnelle

»

du générique prend appui sur toute une gamme d'argu-

ments que l'on ne rappellera pas ici21. Bref, les deux thèses que l'on vient d'illustrer conduisent l'une et l'autre à confondre signifié et concept. La représentation conceptuelle qu'est une langue génère des concepts qui ne sont autres que la face signifiée des signes que la langue comporte. Quant au générique «intensionnel », il présente comme des existants les entités conceptuelles que les signifiés déterminent. II. Disjonction du signifié et du concept

En dépit des deux thèses que l'on vient d'exposer, il serait bien difficile de considérer comme équivalentes les deux notions de concept et de signifié. D'autres thèses, non contradictoires avec les précédentes, et dont on essaiera maintenant de montrer la force, imposent en réalité de les disjoindre.

A. Thèse 3
Si les langues ne dénomment pas de concepts qui leur préexistent, elles sont en revanche aptes à générer des concepts, et cela à partir des signifiés que leurs signes véhiculent. Les opérations en cause sont de deux sortes: la définition conventionnelle et la dénomination d'abstractions construites.

20

Ma formulation de 1986 «< Les usages génériques de l'article et la pluralité», in: Déterminants, syntaxe et sémantique, éd. par J. David et G. Kleiber, Paris, Klincksieck, notamment 190-191) est à cet égard maladroite. Elle s'est améliorée en 1988 «< La référence "massive" des unités nominales », in: Termes massifs et termes comptables, éd. par J. David et G. Kleiber, Klincksieck, en partie. 41). Cf. Pour une logiquedu sens, 2e éd., 1992> 182-185.

21

SUR LA DISTINCTION DU SIGNIFIÉ ET DU CONCEPT

43

1.
«

Définition

conventionnelle définition conventionnelle par opposition à la définition

On appelle

naturelle », celle qui, à partir d'un signe du langage ordinaire, en modifie le

signifié de manière à le rendre apte à un usage technique. La définition conventionnelle peut avoir pour objet de normaliser telle ou telle donnée concrète. Ainsi les définitions commerciales du chocolat (au moins 33 % de poudre de cacao), des pâtes aux œufs (au moins 3 œufs par kilo), de l'eau potable (moins de 0,05 mg de plomb par litre, moins de 1,5 mg de fluorures, moins de 0,05 mg d'arsenic, etc.), des vins primeurs (dégustés entre le 3e jeudi de novembre à h et la fin du printemps suivant) 22. ° Lorsque la définition conventionnelle concerne une abstraction, elle consiste à créer, à partir d'un signifié linguistique, un artefact conceptuel. Soit le mot vérité. La langue lui attribue un signifié: «connaissance conforme au réel » dit le Petit Robert. Ce signifié, moyennant l'énoncé générique « intensionnel », peut être mis en correspondance avec l'entité conceptuelle «vérité » qui, traitée comme un existant, devient le lieu de toutes les prédications que l'on souhaite. Celles-ci modèlent ainsi l'objet de départ, délimitent strictement un concept plus ou moins éloigné du signifié de départ. Les conceptions de la vérité diffèrent sensiblement de philosophe à philosophe. Entre la théorie aristotélicienne de la correspondance et la vérité dans un modèle (de la théorie des modèles) ou bien la conception dialogique de la vérité, la distance est considérable. Selon le nombre de valeurs de vérité que l'on admet, le vrai n'aura pas non plus le même contenu. Bref, à partir du signifié élaboré par la « pensée commune », la « pensée savante » construit un concept aux contours sensiblement différents et variables selon les systèmes où il vient prendre place. La liberté n'est pas pour Marx ce qu'elle est pour Sartre, encore moins pour Kant. Que de différence encore entre le moi cartésien (l'être), le moi transcendantal de Kant, le moi de la seconde topique freudienne: le point de départ commun est pourtant la substantivation du pronom moi telle que la langue le conçoit. Vérité, liberté, moi: les concepts se créent dans l'au-delà du langage ordinaire. Quelles différences les séparent des signifiés? Elles sont au moins de deux ordres: Là où les signifiés sont polysémiques, les concepts sont fermement réduits à la monosémie. La vérité, si l'on en juge par le mot français vérité,

22

Quid, 1987, 1266c.