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ECOLOGIE DES LANGUES - ECOLOGY OF LANGUAGES

De
323 pages
Les langues sont menacées. Selon certaines estimations, ce sont 90% des langues de la planète qui risquent de disparaître au cours du XXIe siècle. Mais l’écologie des langues dépasse la problématique de la disparition des langues en ce qu’elle constitue avant tout un modèle qui tente d’expliquer la communication sociale permettant ainsi de prendre en compte de nombreux facteurs susceptibles d’expliquer l’épanouissement des langues, leur maintient au cours des âges, leur fragilisation ou leur disparition.
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Annette Boudreau Lise Dubois Jacques Maurais Grant McConnell

e écologie

des langues/ Ecology of Languages
Mélanges William Mackey/ Homage to William Mackey

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris - France

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest - HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino - Italie

My CONGRATULATIONS TO WILLIAM ("BILL") MACKEY!

It was in the mid-60s that I first met Bill Mackey. He had invited me to a meeting in Quebec City to serve on the planning committee for the International Conference on Bilingualism that he was preparing. I was then working on what would ultimately be published as Bilingualism in the Barrio (1971), along with Bob Cooper, Roxana Ma and others. Since the focus of that research was to determine how best to combine various methods of measuring bilingualism, ifindeed such combination were possible, I suggested that as the topic of Mackey's conference as well. Imagine my surprise (and my delight) when Bill readilyaccepted that suggestion, because methods of measuring and describing bilingualism were also the nub ofhis own ongoing research and, indeed, a longterm interest of his. Nothing builds a mutual friendship among academicians like common substantive interests and methodological flexibility! Of course, I had already met Professor Mackey, bibliographically speaking, even before I laid eyes on him, shook his hand and really got to know him. He is referred to frequently in my first major work Language Loyalty in the United States (1966). I wrote that book during my stay at the Center for Advanced Studies in the Behavioural Sciences, where Einar Haugen and I were fellows during the 1963-64 academic year. I

1.

Joshua A. Fishman, Professor Emeritus and Adjunct Professor, Yeshiva University. Visiting Professor, Stanford University, New York University and Long Island University.

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L'écologie des langues

remember discussing Mackey's work with Haugen and Haugen saying "Mackey is an extremely bright chap". And so he was, and is! He is one of those scholars who scintillates with ideas as he talks. As a result, it is not only a pleasure to be with Bill Mackey but it is also eminently worthwhile. He may be a little harsh in his criticism at times, but he is never far off the mark. And he has remained sharp and creatively productive for the 35 years that have elapsed since we first interacted. This scintillating quality is still there and it keeps him young rather than merely being a sign of the fact that he is still young. Mackey has not only contributed handsomely to our understanding of the French-Canadian scene, but that scene has also remade Mackey himself. He has not only studied francization but he has himself been "francized" in the process of the francization of Quebec. It is really quite remarkable (although far from unprecedented) for a language-in-society scholar to absorb the identity, both consciously and unconsciously of the language-in-society to which he devotes his mind. The heart and the mind come together into a new and natural (or naturalized) unity. Of course, Mackey knew French well, from his early and prolonged schooling in that language, but his parents were not francophones and did not stem from francophones. I am not sure just why they sent him to French schools from childhood on. Perhaps they where Irish patriots and this pointed them simultaneously in a Catholic and in a non-English direction vis-a-vis their son's education. Mackey not only learned French but, ultimately, became French, and not only in language but in his French-accented English and in various typically French mannerisms as well. This went on before my very eyes, since I interacted with Mackey frequently, particularly during the first years of the International Center for Research on Bilingualism (Laval University). However, Bill Mackey's personal francization entailed no complete personality transformation à la Dr. Jekyll and Mr. Hyde. Bill remained the same fine scholar, brilliant conversationalist and wonderful friend that he had been heretofore. Nevertheless, French seemed to constitute a soulful "homecoming" of sorts for him, although he continued to publish widely in English during all of this time and, fortunately for me, does so to this very day. So I congratulate my friend Bill Mackey for being all that he is, not least of all a wonderful model ofbilingualism in which each language is equally associated with brilliance, friendship and hospitality to the highest

My Congratulations

to William (((Bill") Mackey

9

degree. May he live and be well until he reaches the proverbial 120, and always continue to serve as an example to us all, on both the personal and professional levels! Such a harmonious unity of life and work is what l call "really living".

MERCI,

MONSIEUR

MACKEY!

Le savant est une personne qui sait. Le véritable savant est celui qui choisit les bonnes choses à savoir, sait les analyser et les interpréter, sait aussi en communiquer la connaissance en calibrant, selon les interlocuteurs, le niveau et la forme du langage qu'il utilise. Le véritable savant marie l'érudition, la capacité d'analyse et de synthèse ainsi que la souplesse de son discours, embrassant un vaste éventail de registres, depuis les textes de vulgarisation scientifique jusqu'à des documents méthodologiques, épistémologiques ou monographiques de très haut niveau, comme des propositions de modèles théoriques. William Mackey répond à cette définition du véritable savant. Bien avant que le terme de mondialisation soit sur toutes les lèvres, M. Mackey a étudié un phénomène qui en est à la fois un aspect et la conséquence, le contact des langues. Chercheur, pédagogue, animateur, gestionnaire, conseiller, il a œuvré à toutes les tribunes où il pouvait mettre sa science au service d'une large communauté intéressée à cette incontournable question. Étudiants, apprentis chercheurs, collègues de recherche, décideurs, gouvernements, grand public, une large audience a pu profiter de l'acuité de sa réflexion sur ce phénomène dont l'intérêt est à la hauteur de l'ampleur de la problématique qu'il représente. Si aujourd'hui le discours tenu publiquement au Canada sur le bilinguisme est souvent élaboré à partir de concepts clairs, en tous cas dans des termes beaucoup moins ambigus qu'il y a quelques décennies,

1. Henri Dorion, Université Laval.

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L'écologie des langues

on le doit dans une très large mesure à William Mackey qui ne s'est pas contenté de présenter à un cercle fermé de sp~cialistes sa réflexion sur le faisceau de questions reliées à ce phénomène. Par son enseignement dans diverses universités canadiennes et étrangères, par ses nombreuses communications et conférences (plus de 250), par les précieux conseils qu'il a pu dispenser au sein de commissions gouvernementales et de comités scientifiques, il a fourni à une large clientèle un cadre rigoureux d'analyse du phénomène du bilinguisme. Nous lui sommes redevables, à titre de scientifiques mais aussi à titre de citoyens d'un pays officiellement bilingue, de cette impressionnante contribution à l'intelligence et à l'accessibilité d'un concept devenu incontournable en ces temps d'intenses communications et à sa traduction dans la vraie vie. Merci, Monsieur Mackey.

WILLIAM

FRANCIS MACKEY

William Francis Mackey est né à Winnipeg le 26 janvier 1918. Il a fait ses premières études (1923-1932) au couvent Langevin à SaintBoniface et aux collèges Saint-Paul et United. Titulaire d'un baccalauréat ès arts de l'Université du Manitoba (1940), il a poursuivi ses études à la Faculté des lettres de l'Université Laval, qui lui a décerné une maîtrise ès arts en 1942. De 1946 à 1948, il a étudié à l'Université Harvard, où il a obtenu une maîtrise en linguistique et philologie. Il est aussi titulaire d'un doctorat ès lettres de l'Université de Genève (1965). En juillet 1942, il a été nommé chargé de cours en langues et philologie anglaises à la Faculté des lettres de l'Université Laval. Il a été promu professeur adjoint en 1944, agrégé en 1946, titulaire en 1954, professeur-chercheur en 1974 et professeur honoraire en 1997. Il a aussi été professeur invité dans plus d'une douzaine d'universités. C'est lui, en 1946, qui a créé, à l'Université Laval, le premier laboratoire de langues dans le monde. C'est à cette époque que sa carrière s'oriente définitivement vers la sociologie des langues et s'ouvre aux thèmes du contact des langues et des cultures, de la géolinguistique et de l'écologie des langues. Il a été conseiller et collaborateur à la BBC à Londres (1948-1952), à la Fondation Ford (1970) et à IBM (1980). Il a fait des missions pour l'Unesco au Pays de Galles (1960), en Finlande (1962) et en République des Seychelles (1980). Il a servi d'expert dans les travaux de diverses commissions tant au niveau provincial que fédéral: Commission royale d'enquête sur l'enseignement dans la province de Québec (Commission Parent), Commission royale d'enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme au Canada (Commission Laurendeau-Dunton), Comité consultatif

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L'écologie des langues

sur les districts bilingues (dont il fut membre). Il a aussi été consulté comme expert en Irlande et en Australie. À partir de 1950, il se passionne de plus en plus pour l'étude bilinguisme. Il a été cofondateur du Département de linguistique l'Université Laval en 1960; c'est lui qui a fondé et dirigé la Section didactique, vouée à la formation des enseignants et à la recherche langues secondes ou étrangères. du de de en

Il a été en 1968 le premier directeur du Centre international de recherche sur le bilinguisme (devenu, en 1990, le Centre international de recherche en aménagement linguistique), où il est toujours chercheur associé. Il est membre des comités scientifiques d'une dizaine de revues et a fait partie du comité de direction du réseau Sociolinguistique et dynamique des langues de l'AUPELF-UREF (devenu depuis l'AUF, Agence universitaire de la Francophonie). Il a aussi été membre du Comité international permanent des linguistes (1957-1988). Il a collaboré à la prestigieuse Encyclopaedia Britannica, notamment et « Bilingualism », et à des encyclopédies allemandes de sociolinguistique et d'interlinguistique. Sans compter les comptes rendus, les rapports d'évaluation et les rapports de recherche, il a publié près d'une trentaine de volumes et plus de 200 articles.

pour les articles « Lingua Franca»

Il a été élu à la Société de linguistique de Paris en 1960, à la Société royale du Canada en 1977 et à l'Académie royale de Belgique en 1979. Il est membre honoraire de la Linguistic Society of America depuis 1985 et de l'Association canadienne-française pour l'avancement des sciences (ACFAS) depuis 1995. Il est membre d'une douzaine de sociétés savantes et a reçu la médaille du Jubilé de diamant (Diamond Jubilee) de l'Institute oflinguists de Londres (1974), le prix Marcel-Vincent de l'ACFAS (1984) et la médaille d'or de l'Association internationale des études canadiennes (1986). Il a été fait chevalier de l'Ordre national du Québec en 1996 et a été reçu dans l'Ordre des francophones d'Amérique en 2000. William Francis Mackey a pris sa retraite en 1998 après une carrière d'enseignement et de recherche de plus de 50 ans. Il continue de se tenir à l'avant-plan de sa discipline grâce à de nombreux voyages, la participation à des colloques et la rédaction d'articles scientifiques.

WILLIAM

FRANCIS MACKEY

William Francis Mackey was born in Winnipeg on January 26th 1918. In his early schooling he attended the Langevin school in St. Boniface (1923-1932) and later St. Paul's and United Colleges. In 1940 he completed a Bachelor of Arts at the University of Manitoba and continued his studies at Laval University Arts Faculty, where he obtained a Master's degree in 1942. From 1946-1948 he attended Harvard University and obtained a Master's in Linguistics and Philology. He also holds a Doctorat ès lettres from the University of Geneva. In July 1942 he was appointed lecturer in English Language and Philology at the Arts Faculty of Laval University. Then, in 1944 he became Assistant Professor, in 1946 Associate Professor, in 1954 Full Professor, later in 1974 Research Professor and finally in 1997 Professor Emeritus. Mackey was also named Invited Professor in over a dozen universities. In 1946 he set up the world's first language laboratory at Laval University. At this time his career became oriented to the Sociology of Language, which eventually led to themes such as : language and cultural contacts, geolinguistics and language ecology. He was advisor and collaborator for BBC London from 1948-1952, for the Ford Foundation in 1970 and for IBM in 1980 and was appointed to Unesco missions in Wales (1960), Finland (1962) and the Seychelles (1980). He contributed to several commissions in Canada both at the provincial and federallevels : the Royal Commission on Teaching in the Province of Quebec (Parent Commission), the Royal Commission on Bilingualism and Biculturalism in Canada (Laurendeau-Dunton Commission) and the Bilingual Districts Advisory Board where he was

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L'écologie des langues

commissioner. He also acted as a consultant on language policy in Ireland and Australia. From 1950 he became more involved in the study ofbilingualism. He was co-founder in 1960 of the Linguistics Department at Laval University. At that time he set up and directed the Language Didactics Division, which was responsible for the training of teachers in second and foreign languages. In 1968 he became the first director of the International Center for Research on Bilingualism (which became the International Center for Research on Language Planning in 1990), where he is still Associate Researcher. He is a member of the scientific committees of a dozen periodicals and was on the board of directors of the Sociolinguistics and Language Dynamics network of the AUPELF-UREF (which has since become the AUF or Agence universitaire de la Francophonie). He was also member of the International Permanent Committee of Linguists (1957-1988). He has collaborated with the Encyclopaedia Britannica on several articles covering such subjects as 'Lingua Franca and 'Bilingualism' and also with German encyclopedias of sociolinguistics and interlinguistics. Excluding reviews, evaluations and research reports, Mackey has published some 30 volumes and over 200 articles. He was elected to the Linguistic Society of Paris in 1960, to the Royal Society of Canada in 1977 and to the Royal Academy ofBelgium in 1979. He was elected honorary member of the Linguistic Society of America in 1985 and emeritus research member of the French-Canadian Society for the Advancement of Science (ACFAS) in 1995. He is also member of a dozen learned societies and received the Diamond Jubilee Medal from the Institute of Linguists of London (1974), the MarcelVincent medal in 1984 (ACF AS) and the Gold Medal of the International Association of Canadian Studies in 1986. More recently, he was named knight of the Quebec National Order (1996) and in 2000 was received into the Order of Francophones of America. Since his retirement in 1998, after a period of over 50 years of teaching and research, he continues to keep abreast of scientific developments through travel, participation in conferences and writing.

Bio-bibliography

/ William Francis Mackey

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Bibliographie choisie
On trouvera une bibliographie complète des travaux de William Francis Mackey à l'adresse Internet suivante: http://www. teluq. uquebec. cal diverscite (cliquer sur « articles» puis sur « volume VI, 2001 »). Livres 1965 Language Teaching Analysis. Londres: Longman, 554 p. Édition américaine, Bloomington: 1967, 570 p. Indiana University Press,

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Le vocabulaire disponible du français

-

Tome I : Le vocabulaire

concret usuel des enfants français et acadiens: étude témoin, avec la collaboration de Jean-Guy Savard et Pierre Ardouin, ParisBruxelles-Montréal, Didier, 534 p. - Tome II: Vocabulaire disponible des enfants acadiens, avec la collaboration de JeanGuy Savard et Pierre Ardouin, Paris- Bruxelles-Montréal, Didier, 1971,224 p. 1971 1972 La distance interlinguistique (CIRB Publication B-32). Québec: Centre international de recherche sur le bilinguisme, 193 p.
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dans la Cité », Espacesurbains et coexistencedes
les Publications du

INTRODUCTION
{;ÉCOLOGIE DES LANGUES / THE ECOLOGY OF LANGUAGES PROBLÉMATIQUE!
[...]on s'étonne qu'au Canada on investisse beaucoup d'énergie pour protéger de rares espèces botaniques et zoologiques en voie d'extinction, tout en ignorant complètement des espèces culturelles et linguistiques sur le point de disparaître.
William F. MAcKEY(1992 : xviii)

En filigrane d'une des interprétations du concept de l'écologie des langues apparaît, plus ou moins estompée, l'hypothèse de Wharf-Sapir selon laquelle la langue d'une communauté organise sa culture, sa vision du monde. Toujours selon cette interprétation, c'est parce que chaque langue offre une représentation du monde absolument unique qu'elle mérite d'être conservée pour la postérité. Comme l'explique William F. Mackey dans la suite du texte cité en exergue, « chaque langue qui est perdue diminue la richesse sémantique de nos patrimoines culturels ». Et il cite le linguiste suédois Nils Hansegard :

1. Annette Boudreau et Lise Dubois, Université de Moncton; Jacques Maurais, Conseil de la langue française (Québec); Grant McConnell, Université Laval.

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L'écologie des langues
Inte nog med att de mindre semantisk uniformering urholkning av betydelserna spraken hotar att do ut; det ager ocksa rum en i varlden, dvs en utveckling mot en hos ord och ordjOrbindelser i de olika spraken2.

av spraken

Par suite d'un bombardement médiatique presque incessant, l'homme de la rue est maintenant au courant des menaces qui pèsent non seulement sur son environnement, mais aussi sur les espèces animales et végétales de l'ensemble de la planète. Mais la plupart des gens n'ont jamais entendu parler des dangers qui menacent la très grande majorité des langues actuellement parlées sur la terre: en effet, on évalue que 90 % des langues disparaîtront ou seront menacées de disparition au cours du prochain siècle (Krauss, 1992 : 7). En comparaison, le taux prévisible de disparition des espèces végétales et animales est de l'ordre de 50 010(Diamond, 1991). Il n'est peut-être pas inutile de rappeler que, compte tenu du très grand multilinguisme du monde actuel, il est normal que des langues disparaissent; Muller (cité par Laponce, 1984 : 58) a identifié environ 250 langues mortes. Il s'agit d'un phénomène massif. Maurais (1992) arrive à la conclusion que 300 langues autochtones, soit environ la moitié des langues amérindiennes, font maintenant face à l'extinction. Mais parallèlement, d'autres langues ne cessent d'apparaître, sous forme de pidgins d'abord; ces derniers devenant ensuite des créoles lorsque les enfants les emploient à titre de langues maternelles. Cela étant dit, il n'empêche que les locuteurs des langues minoritaires seront toujours justifiés de vouloir sauvegarder leurs langues. Dans le sens d'une défense contre l'hégémonie d'une langue, et même d'une superpuissance, l'écologie des langues envahit aujourd'hui le champ politique. L'« exception culturelle », promue à l'origine par la France mais illustrée aussi par le Canada dans ses négociations avec les ÉtatsUnis en vue de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA), est un concept que l'on utilise dans la lutte contre le danger d'homogénéisation culturelle et linguistique que feraient courir à l'ensemble de la planète les productions culturelles et la langue anglo-américaines. Ainsi, le français, dont Rivarol proclamait « l'universalité» au XVIIIe siècle sans

2.

« C'est non seulement les petites langues qui sont menacées d'extinction; on est maintenant témoin d'un évidement sémantique de toutes les langues du monde au profit d'un conformisme de sens dans les mots et les syntagmes» (Nils Hansegard, 1968 : 47).

Problématique 2S
se soucier des répercussions sur les autres langues, rejoint aujourd'hui le camp du breton, du basque et du corse dans la mesure où il veut affirmer sa position comme langue internationale face à l'anglais. Cette conception semble désormais gagner du terrain, même dans les relations entre États comme on l'a constaté lors des discussions qui ont eu lieu au Sommet de la francophonie à Moncton (1999) portant sur la diversité et l'exception culturelles. Cette nouvelle tendance s'inscrit dans le courant, surtout actif en Occident semble-t-il, de mieux gérer les rapports entre langues, ou entre communautés linguistiques, par la définition d'un corpus juridique et l'établissement d'un état de droit. Si, au lendemain de la Première Guerre mondiale, les États vainqueurs imposaient aux nouvelles entités politiques qui succédaient aux États vaincus des garanties de protection linguistique, qu'ils étaient loin d'appliquer à l'égard de leurs propres minorités, la situation a, depuis, beaucoup évolué et des travaux sont même en cours depuis plusieurs années visant à l'adoption d'une déclaration universelle des droits linguistiques fondamentaux. En revanche, face à la vision humaniste et généreuse voulant que toutes les langues méritent d'être transmises aux générations qui suivent, certains ont voulu faire valoir ce qui leur apparaissait comme un sain réalisme. Ainsi, Peter Ladefoged a fait valoir le droit des parents de donner à leur enfant une langue qui assure leur promotion sociale:
Last summer I was working on Dahalo, a rapidly dying Cushitic language, spoken by a few hundred people in a rural district of Kenya. I asked one of our consultants whether his teen-aged sons spoke Dahalo. 'No,' he said. 'They can still hear it, but they cannot speak it. They speak only Swahili.' He was smiling when he said it, and did not seem to regret it. He was proud that his sons had been to school, and knew things that he did not. Who am I to say that he was wrong? (Ladefoged, 1992 : 811).

La citation suivante illustre la réponse qu'a faite Peter Ladefoged à la série de brefs articles publiés sur le thème des langues menacées d'extinction dans le numéro de 1992 de Language. Ladefoged n'hésite pas à contester directement l'hypothèse posée dans ces articles selon laquelle on devrait toujours préserver les langues différentes, voire les cultures différentes. Il explique sa position comme suit:
It is paternalistic community. particular oflinguists to assume that they know what is best for the linguist and yet regard the loss of a of languages, as far from a One can be a responsible language,

or even of a whole group

26

L'écologie des langues
'catastrophic destruction' (Hale et al., 1992: 7). Statements such as 'just as the extinction of any animal species diminishes our world, so does the extinction of any language' (Hale et al., 1992: 8) are appeals to our emotions, not to our reason. [...] We may also note that human societies are not like the animal species. The world is remarkably resilient in the preservation of diversity; different cultures are always dying while new ones arise (Ladefoged, 1992 : 810).

Dans son exemple du dahalo et dans ses explications, Ladefoged contrebalance le libre arbitre de l'individu et le désir de mobilité sociale chez ce dernier en fonction de l'importance pour une collectivité de voir survivre sa langue ancestrale. Cette discussion mène à la question des droits collectifs par opposition aux droits individuels, thème dont on entend souvent parler sur la scène politique canadienne. La survie des langues menacées suppose l'attribution, dans une certaine mesure, de droits collectifs, mais la vraie question est de savoir s'il est possible d'arriver à un équilibre convenable entre les droits individuels et les droits collectifs.
*

Les préoccupations actuelles quant à la disparition des langues ne sont pas sans rappeler la façon de voir de l'écologie contemporaine, c'està-dire une défense de l'environnement comme moyen de sauver des espèces menacées. Mais l'écologie des langues doit être un concept plus englobant, conformément à la pensée de celui qui, le premier, a lancé ce concept:
A descriptive ecology of language is therefore concerned with the social environments of languages, their mode of transmission, the occasions of their use, their interaction in any given population (Haugen, 1978 : 246).

Haugen poursuit en proposant dix sortes de données qu'on devrait recueillir pour une écologie adéquate de toute langue:
[...] its linguistic languages, tion, classification classification, support, its users, the domains of writing, its language attitudes, ofits use, concurrent and its ecological its varieties, (Ibid.). its traditions its degree of standardiza-

its institutional

La définition très large que Haugen donne de l'écologie linguistique dépasse, et de loin, la seule problématique de la disparition des langues. À l'heure actuelle, l'écologie des langues constitue avant tout un modèle qui tente d'expliquer la communication sociale dans sa globalité en faisant

Problémarique 27
appel à l'éclairage de plusieurs disciplines. Cette conception rejoint celle de Calvet, proposée dans son ouvrage de 1999. En effet, l'étude des pratiques linguistiques et celle des représentations qui les sous-tendent par le prisme de l'écologie linguistique permettent la prise en compte de nombreux facteurs susceptibles d'expliquer l'épanouissement des langues, leur maintien, leur fragilisation ou leur disparition. Lapproche de l'écologie des langues, résolument ancrée dans l'interdisciplinarité, s'avère particulièrement utile dans l'analyse des nombreuses situations multilingues caractérisées la plupart du temps par des relations inégalitaires entre les langues en présence. Elle justifie le grand nombre de points de vue et de disciplines représentés dans le présent ouvrage.
*

La menace de disparition de nombreuses langues pose le problème du droit des langues. La langue étant reconnue, depuis au moins Saussure et surtout Meillet comme d'abord et avant tout un fait social, la survie d'une langue en voie de minoration suppose que ses locuteurs puissent la parler entre eux et la transmettre à leurs descendants, ce qui, du point de vue juridique, pose la question des droits collectifs par opposition aux droits individuels. Dans le cas des langues menacées de disparition ou encore minorisées, on estime généralement que l'octroi de droits linguistiques personnels à leurs locuteurs favorise en fait la langue déjà dominante. Mais on ne peut envisager l'octroi de droits uniquement collectifs, car cela pourrait porter atteinte à la liberté individuelle, concept de base de nos démocraties. Pour gérer les rapports entre langues, on essaie de plus en plus, du moins en Occident, d'établir un état de droit (<< droits linguistiques fondamentaux »). Un des premiers exemples a été le traité de Versailles après la Première Guerre mondiale où les vainqueurs ont imposé aux pays nouvellement créés des droits qu'ils ne s'imposaient pas à eux-mêmes. Dans l'écologie linguistique, le droit occupe donc une place fondamentale. Dans sa contribution au présent volume, le constitutionnaliste Pierre Foucher propose une réflexion lucide non seulement sur l'utilisation que peut faire le droit d'un modèle fondé sur l'écologie linguistique dans ses visées prescriptives relativement aux droits linguistiques, mais aussi sur l'insertion des rôles multiples du droit dans l'étude des situations linguistiques dans une optique écologique. En effet, selon Foucher, le droit constitue plus qu'un instrument d'aménagement

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L'écologie des langues

linguistique; il fait partie intégrante du regard « écologique» sur les
situations de contact des langues. Mais le droit linguistique et les activités pratiques reliées à l'écologie linguistique doivent être éclairés par une réflexion de nature philosophique et éthique. La contribution de Tove Skutnabb-Kangas se distingue en quelque sorte des autres dans ce volume en ce que l'auteure prend résolument position en faveur d'une approche écologique qui défendrait les langues menacées au nom de la nécessité de préserver toute diversité, qu'elle soit environnementale, linguistique, culturelle, économique ou politique. Cette contribution constitue donc un plaidoyer pour que l'écologie des langues déborde le cadre de l'étude globale des situations linguistiques et englobe l'action sur les langues à la lumière des conséquences pour l'avenir de la planète des décisions politiques en matière d'aménagement linguistique. Pour ce faire, l'auteure propose d'intégrer à tout programme d'aménagement linguistique des mécanismes qui feraient la promotion de la diversité linguistique. Les prévisions pessimistes sur le destin d'une bonne partie des langues aujourd'hui parlées laissent entrevoir un grand nombre de problèmes psychosociaux, car l'inégalité des langues se fonde sur des facteurs extralinguistiques et la disparition d'une langue pose aussi le problème de l'identité ethnique. Dans un tel contexte, la dominance d'une langue entraîne la dévalorisation de la langue maternelle minoritaire, la stigmatisation des variétés linguistiques considérées comme inférieures, sans parler d'autres aspects sociologiques que l'on peut regrouper sous l'appellation de minorisation. Le thème de la dévalorisation de la langue minorée par ses propres locuteurs a été étudié sous l'angle des représentations linguistiques en particulier par l'école catalane (Lluis V. Aracil, Rafael L. Ninyoles) et l'école occitane (Robert Lafont, Henri Boyer) de sociolinguistique. Létude des représentations linguistiques dans les situations de contact des langues, quel que soit l'éclairage, est aujourd'hui reconnue comme étant primordiale à l'explication des comportements langagiers des locuteurs et des comportements des langues sur une période donnée (rayonnement, maintien, fragilisation, disparition, etc.). C'est ce que font ressortir deux auteurs dans cet ouvrage, deux auteurs issus de situations linguistiques différentes et, par conséquent, appartenant à deux conceptualisations différentes des situations de contact, l'une
conflictuelle, l'autre plus conciliatrice. Henri Boyer et Jean- François de

Probléma#que 29
Pietro présentent ici leurs points de vue et leurs différences sous forme de dialogue. Les situations multilingues présentent de nombreux défis relativement à l'enseignement. rapprenant qui parle une langue minorée peut se retrouver dans une société qui exige de lui d'apprendre toute sa vie durant un nouveau système linguistique ou même de désapprendre la langue qu'il parle au foyer. C'est pourquoi il est essentiel de répondre en pleine connaissance de cause aux questions comme celles-ci: quelle norme enseigner? Quand introduire l'apprentissage d'une langue seconde? Quelle langue seconde enseigner? Deux articles abordent la question de l'enseignement des langues. Le premier, signé Louise Péronnet, pose la question de la place de la langue orale dans l'enseignement de la langue maternelle minoritaire en milieu bilingue: elle propose d'étendre la notion de « grammaire» à la langue orale dans le but de systématiser davantage l'enseignement de cette dernière dans ses réalisations réelles et non artificielles. Le second, signé Mwatha M. Ngalasso, présente un examen attentif de la gestion des langues autochtones africaines dans les systèmes éducatifs de l'Afrique à la lumière de bon nombre de facteurs identifiés par Haugen: l'histoire, les langues en présence - autochtones et coloniales -, les images et représentations linguistiques qui découlent des situations de polyglossie, les statuts et fonctions diversifiés des langues, etc. L auteur conclut après cet examen que l'intégration des langues africaines à l'école est le moyen le plus sûr de garantir les droits linguistiques, ce qui implique un travail d'instrumentalisation important pour les langues africaines de moins grande diffusion. Tout comme l'écologie s'occupe d'étudier l'environnement et non seulement les espèces menacées de disparition, l'écologie linguistique « étudie les rapports entre les langues et leur milieu, c'est-à-dire d'abord les rapports entre les langues elles-mêmes, puis entre ces langues et la société» (Calvet, 1999 : 17). D'où, d'abord, la nécessité de la sociologie du langage et de la sociolinguistique. Sur le marché linguistique, les langues sont fondamentalement inégales, car plus une langue est parlée, plus elle prend de la valeur. Les rapports inégalitaires entre langues ou entre variétés d'une même langue constituent l'objet d'étude de la sociologie du langage et de la sociolinguistique Dans sa contribution sur le lien entre l'écologie des langues et la sociologie du langage, Monica Heller récuse le modèle écologique « biologique» et propose plutôt un modèle

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L'écologie des langues

écologique qui tente d'expliquer la distribution des ressources symboliques et matérielles, sous l'éclairage des rapports de force et d'inégalité, la langue étant une de ces ressources symboliques et matérielles. Puis, l'étude des petites langues (comme le basque) en termes d'écologie linguistique offre de nouvelles perspectives non seulement d'analyse de leurs rapports à l'intérieur de leur écosystème, c'est-à-dire entre les autres langues et entre les locuteurs, mais aussi de nouvelles pistes d'actions. Karmele Rotaetxe présente le cas d'une « petite» langue européenne, le basque, parlé en France et en Espagne et ayant connu une trajectoire difficile au cours des siècles. Elle analyse les répercussions de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires sur l'écologie du basque à la lumière des actions étatiques qui en découlent. Dans la mesure où l'écologie linguistique se donne comme objectif d'étudier les rapports des langues entre elles et avec leur milieu, elle doit prendre en compte une discipline comme la géographie. Le présent ouvrage contient deux contributions qui s'inscrivent sous la rubrique de la géolinguistique. Dans un premier temps, l'article de Colin H. Williams se veut surtout un survol du domaine et fait le tour des principaux concepts qui lui sont rattachés: la distribution des langues, le changement et l'environnement linguistiques. En même temps, l'auteur dresse le tableau des innovations technologiques qui facilitent de nos jours l'analyse géolinguistique et des grands projets internationaux qui se réalisent à l'heure actuelle. Dans un second temps, Roland Breton propose une analyse critique de la place traditionnelle qu'occupe l'État dans les interrelations des trois niveaux de l'organisation spatiale - la culture, la société et le physique. Selon cet auteur, la majorité des États, dans leur quête d'unité nationale, pratiquent un aménagement linguistique qui fait obstacle à l'épanouissement des minorités ethnolinguistiques et de leur langue. Il incite donc les États à reconnaître la diversité du patrimoine culturel, rejoignant ainsi la perspective de Tove Skutnabb-Kangas. Lécologie linguistique peut être définie comme essentiellement une étude théorique. Laménagement linguistique est la face pratique, la mise en application, de l'écologie linguistique et constitue une intervention humaine délibérée sur l'écologie des langues. Depuis un demi-siècle, plusieurs pays ou sociétés ont eu recours à l'aménagement linguistique. Citons le Canada, en particulier le gouvernement fédéral, le Québec et le Nouveau-Brunswick; l'Irlande; le Pays basque espagnol; la Catalogne.

Problématique

31

Dans tous ces cas, le professeur William F. Mackeya été consulté à titre d'expert. Selon Peter Nelde, auteur de l'article sur l'aménagement linguistique, il n'y a pas de contact entre langues sans conflit. Cependant, les États modernes cherchent à mettre en œuvre la valeur symbolique du multilinguisme et du multiculturalisme à titre de fondement à la cohabitation sereine de communautés ne partageant pas la même langue. Le rôle donc de l'étude des dynamiques des langues, et plus particulièrement du contact des langues, est de proposer des politiques et des stratégies linguistiques aptes à neutraliser les conflits. La standardisation, qui consiste à fixer une langue délibérément, artificiellement, constitue un aspect particulier de l'aménagement linguistique qui se pratique depuis des siècles et c'est surtout cette conception qui a présidé aux regards des linguistes. Françoise Gadet propose ici d'insérer résolument le locuteur au cœur du processus de standardisation car il doit composer, toute sa vie durant, avec d'un côté le mouvement vers la standardisation et de l'autre la variation, l'« état naturel des langues ». * En conclusion, on doit prendre garde de ne pas investir le concept d'écologie linguistique de contenus trop biologiques. À force de comparer les langues à des individus ou à des espèces, on noue des liens avec la biologie, comme en a connu la linguistique au XIXeiècle, notamment sous s l'influence du darwinisme. On sait les dérives que cela a entraînées: le nazisme s'est inspiré des théories plus ou moins fumeuses de certains linguistes. Les langues ne sont pas des organismes vivants, malgré la phraséologie à laquelle on peut avoir recours (par exemple, une expression comme la mort des langues). Haugen, en proposant le concept d'écologie linguistique, était d'ailleurs bien conscient qu'il s'agissait d'abord d'une métaphore:
[Today] language make clear certain is referred to as a 'tool' or 'instrument' social purposes. characteristics of a language: organisms of communication, fail to a 'code' that serves certain [...] All such metaphors

it is not a dead or inert

object like a tool, even when it serves useful ends like tools. Nor is it alive in the same sense that biological are alive, and when it dies, the conditions are quite different. [...] Language is not part of man's biological heritage, though the capacity for language certainly is; but individual languages societal, sociology are part of his social heritage. and should (Haugen, form a significant 1978 : 245). Language part ecology is therefore science of of a complete

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L'écologie des langues

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LÉCOLOGIE DES LANGUES FRAMEWORK!

/

THE ECOLOGY OF LANGUAGES

[",J on s'étonne qu'au Canada on investisse beaucoup d'énergie pour protéger de rares espèces botaniques et zoologiques en voie d'extinction, tout en ignorant complètement des espèces culturelles et linguistiques sur le point de disparaître,2 William F. MACKEY (1992: xviii)

Appearing, somewhat blurred, beneath one interpretation of the concept of the ecology of languages, is Whorf-Sapir's theory that a community's culture, its vision of the world, is determined by its language. According to this interpretation, each language deserves to be preserved for posterity because it offers an absolutely unique representation of the world. As William F. Mackey wrote following the above quotation, "chaque langue qui est perdue diminue la richesse sémantique de nos patrimoines culturels."3 And he goes on with a quote from the Swedish linguist Nils Hansegard:

1. Annette Boudreau and Lise Dubois, Université de Moncton; Jacques Maurais, Conseil de la langue française (Québec); Grant McConnell, Université Laval. 2. [...] it is astonishing that, in Canada, a lot of energy is spent protecting rare endangered botanical and zoological species, while cultural and linguistic species on the brink of extinction are completely ignored. 3. "[..,] the semantic richness of our cultural heritage is diminished byeach language that is lost."

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L'écologie des langues
Inte nog med att de mindre semantisk uniformering urholkning av betydelserna spraken hotar att dii ut; det ager ocksa rum en i varlden, dvs en utveckling mot en hos ord och ordftrbindelser i de olika spraken.4 av spraken

With the virtually ceaseless media bombardment to which he is exposed, the man on the street is now aware of the threats that weigh not only on his environment, but also on the animal and plant species of the entire planet. However, most people have never heard of the dangers that threaten the vast majority of languages spoken today: it is estimated that 900/0of alllanguages will disappear or will face extinction

in the 21 st century (Krauss, 1992: 7). In comparison, the foreseeable
rate of extinction for plant and animal species is around 50% (Diamond, 1991). It may be useful to remember that, given the extensive multilingualism of today's world, it is normal for languages to disappear. This is far from being a recent phenomenon: Muller (quoted by Laponce, 1984: 58) has identified approximately 250 dead languages. What characterizes the present situation is its massive nature. Maurais (1992) has concluded that 300 aboriginal languages, or about half of all Amerindian languages, are now faced with extinction. But at the same time, other languages are constantly appearing, first as pidgins, which then evolve into creoles when children use them as their mother tongues. Nevertheless, the fact remains that minority language users will always be justified in wanting to safeguard their languages. As a defence against a language's hegemony, and even against a superpower's, the ecology of languages has now penetrated the political arena. The concept of "cultural exception", initiated by France but also taken up by Canada in its North America Free Trade Agreement (NAFTA) negociations with the United States, is being used in the fight against the danger of cultural and linguistic homogenization that the Anglo-American language and culture would exert on the planet as a whole. Thus, French, whose "universality" was proclaimed in the 18th century by Rivarol without regard for its impact on other languages, has now joined the ranks of Breton, Basque and Corsican to the extent that it wants to assert its position as an international language alongside

4.

"It's not only minor languages that are endangered; we are now witnessing a semantic emptying of all of the world's languages with a resulting conformism in the meaning of words and phrases."

Framework 35
English so as to avoid being eventually confined to a limited geographical area. This concept now seems to be gaining ground, even in international relations, as is evidenced by the discussions held on cultural exception and diversity at the Francophone Summit in Moncton (1999). This new trend is in keeping with the pattern, particularly strong it seems in the Western world, ofbetter managing the relationships between languages, or between linguistic communities, by defining a legal framework and establishing a legal status. In the aftermath of the First World War, the victorious states imposed on the new political entities which succeeded the defeated states guarantees of linguistic protection

-

guarantees

that they were far from applying to their own minorities

-

but the situation has greatly changed since then, and efforts have even been made these last few years towards adopting a universal declaration of basic linguistic rights. On the other hand, in spite of the humanistic and generous vision, whereby aIl languages deserve to be transmitted to the next generations, some people have sought to defend what they saw as healthy realism. Thus, Peter Ladefoged has reminded us of the parents' right to give their children a language that ensures their social promotion:
Last summer I was working on Dahalo, a rapidly dying Cushitic language, spoken by a few hundred people in a rural district of Kenya. I asked one of our consultants whether his teen-aged sons spoke Dahalo. 'No,' he said. 'They can still hear it, but they cannot speak it. They speak only Swahili.' He was smiling when he said it, and did not seem to regret it. He was proud that his sons had been to school, and knew things that he did not. Who am I to say that he was wrong? (Ladefoged, 1992: 811).

The above quote illustrates Peter Ladefoged's reply to a series of short papers published on the theme of endangered languages in the 1992 issue of the American journal Language. Ladefoged doesn't hesitate to "challenge directly the assumption of these papers that different languages, and even different cultures, always ought to be preserved". He explains his position in the following way:
It is paternalistic community. particular 'catastrophic extinction oflinguists to assume that they knowwhat linguist group of languages, our world, is best for the as far from a such as 'just so does the to our One can be a responsible language, or even of a whole destruction' and yet regard the loss of a

(Hale et al., 1992: 7). Statements species diminishes (Hale et al., 1992:

as the extinction

of any animal

of any language'

8) are appeals

36

L'écologie des langues
emotions, preservation not to our reason. of diversity; [...] We may also note that human is remarkably resilient while cultures are always dying societies in the new are not like the animal ones arise (Ladefoged, species. The world different 1992: 810).

In his Dahalo example and explanations, Ladefoged offsets the individual's free will and interest in social mobility against the importance for a community to have its ancestral language survive. This point of view leads to the discussion of collective versus individual rights, a theme oft-heard ofin Canadian politics. The survival of threatened languages implies granting some degree of collective rights, but the real issue is whether a suitable balance can be struck between individual and collective rights. * Current concerns about the disappearance of languages help us to recall the approach in contemporary ecology, that is the defense of the environment as a means of saving endangered species. But the ecology of languages has to be an all-encompassing concept, in keeping with the thinking of the man who first gave rise to it:
A descriptive ecology of language is therefore concerned with the social environments of languages, their mode of transmission, the occasions of their use, their interaction in any given population (Haugen, 1978: 246).

Haugen goes on to suggest ten kinds of data that should be collected for an adequate ecology of any language:
[...] its linguistic languages, tion, classification classification, support, its users, the domains of writing, its language attitudes, ofits use, concurrent and its ecological its varieties, (Haugen, its traditions 1978: 246). its degree of standardiza-

its institutional

Haugen's wide-ranging definition oflinguistic ecology goes way beyond the simple issue surrounding the disappearance of languages. Currently, the ecology of languages is first of all a model that tries to explain social communication globally through several disciplines. This approach is similar to Louis-Jean Calvet's, outlined in his 1999 book. The study of linguistic practices and their underlying representations as seen through the prism oflinguistic ecology enables one to consider numerous factors which might explain the development of languages, their maintenance, fragilization or disappearance. The ecology oflanguages approach, firmly