Histoire d'S

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Le moins que l'on puisse dire de l'accord du participe passé français, c'est qu'il ne laisse personne indifférent : les puristes aiment à le voir appliquer comme il se doit, les linguistes voudraient pouvoir le réformer en profondeur, les pédagogues rêvent d'en trouver la formule magique, les usagers y voient soit le fer de lance de la grammaire, soit un ensemble de consignes abracadabrantesques, les journalistes titrent annuellement sur l'alarmante baisse du niveau orthographique dans les copies des examens. Le système d'accord du participe passé peut-il être sauvegardé ? Et à quelles conditions ?
Publié le : vendredi 15 janvier 2016
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EAN13 : 9782336401911
Nombre de pages : 214
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Histoire d’S Ou le participe passé au Rasoir d’Ockham
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Fabrice MARSAC
Fabrice MARSAC
Histoire d’S Ou le participe passé au Rasoir d’Ockham
Théorie et application Histoire d’S
HISTOIRE DS
Collection « Dixit Grammatica » Dirigée par Fabrice Marsac et Rudolph Sock La collection « Dixit Grammatica » entend promouvoir des tra-vaux de recherche universitaires (ou assimilés), individuels ou collectifs, centrés sur la langue française examinée sous toutes ses coutures linguistiques, y compris de manière contrastive. Théoriques ou appliquées, systématiques ou expérimentales, contextuelles ou indépendantes, synchroniques ou diachro-niques, prescriptives, descriptives ou programmatiques, intra ou interdisciplinaires, les études ainsi sollicitées s’inscrivent néces-sairement dans au moins l’un des domaines fondamentaux des Sciences du langage. En somme, c’est un véritable hymne scien-tifique à la langue de Molière que se veut « Dixit Grammatica » ! Cet ouvrage est le premier de la collection « Dixit Grammatica »
Fabrice MARSAC
Histoire d’S
Ou le participe passé au Rasoir d’Ockham
Théorie et application
© L’Harmattan, 20165-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Pariswww.harmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-08287-5 EAN : 9782343082875
À Agata, À Maja
Préface
Par Jean-Christophe Pellat (Université de Strasbourg, France)
Pendant des siècles, la France et la Grande Bretagne ont rivalisé en Europe et dans le monde, dans les domaines politiques, économiques, sportifs, etc. On le sait moins, elles rivalisent aussi dans le domaine linguistique pour le titre, sans doute moins envié que la coupe du monde de rugby, du pays utilisant l’orthographe la plus compliquée du monde. Sur ce point, la Grande Bretagne doit l’admettre avec tout sonfair play, c’est la France qui gagne. Certes, l’orthographe anglaise présente de grandes difficultés dans les correspondances entre les lettres et les sons, mais l’orthographe française la bat largement par les complexités de son orthographe grammaticale. Tout s’accorde ou presque, les noms, les pronoms, les déterminants, les verbes, les adjectifs, suivant des règles subtiles qui requièrent une attention constante. Même un adverbe comme « tout », en principe invariable, s’accorde dans certaines conditions. C’est ici une toute petite gêne, comparée à LA difficulté majeure du français, l’accord du participe passé, qui constitue un Mur plus difficile à escalader que celui deGame of Thrones. Mais comment en est-on arrivé à ce degré de complexité ? C’est en grande partie la faute à Clément Marot, excellent poète de la Renaissance, qui, dans une épigramme célèbre (1538), eut l’idée d’accorder le participe passé selon sa position : « Enfans, oyez vne Lecon : / Nostre Langue à ceste facon, / Que le terme, qui va deuant, / Voulentiers regist le suiuant ». Cette proposition, une plaisanterie selon certains, fut prise au sérieux par Vaugelas qui, dans sesRemarques, lui donna
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force de loi. Vaugelas, vite suivi par les imprimeurs du e XVII siècle, avait, sans le savoir, ouvert la boite de Pandore de l’accord du participe passé (tous les maux se sont répandus sur Terre ; heureusement, il est resté l’Espérance – d’un meilleur accord!). Car si, dans la formulation de Marot, la règle de position peut sembler plaisante, cette règle a provoqué une cascade d’autres règles et sous-règles pour aboutir, selon un décompte moderne (Farid, 2013), à quarante-quatre règles définissant tous les cas d’accord du participe passé employé avec un auxiliaire: avec l’auxiliaire« être », avec l’auxiliaire« avoir » et avec les verbes pronominaux, sans compter les autres! Si l’on excepte la question de l’accord du participe passé avec le verbe« être », apparemment plus simple, on observe que les grammairiens et lexicographes ont contribué, chacun à sa façon, à l’inflation des règles. Vaugelas lui-même développait dix règles seulement, mais ses successeurs en ont ajouté d’autres, chaque fois qu’ils rencontraient un cas particulier, en particulier quand le participe passé était suivi d’un infinitif. Le malheur est que, face à desusages d’une redoutable complexité linguistique, les grammairiens classiques ne disposaient pas d’un arsenal grammatical à la hauteur ; autrement dit, ils ne pouvaient pas décrire exactement les phénomènes qu’ils voulaient régler. Par exemple, la norme n’accepte pas l’accord du participe passé avec le pronom « en » :Voyez ces fleurs, en avez-vous cueilli ?(Littré). Jusqu’aux analyses linguistiques très fines de Maurice Gross (1968), on avait du mal à décrire le fonctionnement de « en », longtemps appelé adverbe pronominal, puis pronom adverbial, et on ne pouvait pas percevoir que, dans cet exemple, il avait bien le statut de complément d’objet direct. Pourquoi alors interdire l’accord du participe passé avec« en », nécessairement antéposé ?
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e Ainsi donc, depuis le XVIII siècle, on a enseigné la règle d’accord du participe passé, en expliquant les cas particuliers avec les moyens grammaticaux insuffisants dont on disposait. Et encore, la formulation grammaticale de la règle avec « avoir »est d’une complexité telle qu’elle ne peut pas être maitrisée par les élèves ordinaires; il faut au moins être étudiant de Lettres pour commencer à en percevoir toutes les subtilités. Face à cette situation inextricable, qui faisait (et fait encore) perdre beaucoup de temps aux enseignants pour de maigres résultats, des Tolérances officielles ont été publiées, en 1901 et en 1976, pour adoucir la sanction des fautes les plus délicates, sans pour autant modifier quelque règle d’accord que ce soit. Diverses propositions de réforme ont été avancées, les plus intéressantes actuellement venant de la Belgique, formulées par Marc Wilmet (1999) et Dan Van Raemdonck (2013). Car, avec les progrès de la recherche linguistique, nous disposons maintenant d’analyses fines et fiables, qui permettent de décrire exactement les phénomènes, et donc de trouver des solutions pour réduire, autant que faire se peut, la complexité de l’accord du participe passé. Avec Fabrice Marsac, cet accord est passé au Rasoir d’Ockham, avec lequel on ne peut qu’être… d’accord: il est inutile d’élaborer de nouvelles théories quand celles qui existent déjà peuvent traiter ou expliquer un phénomène. Autrement dit, il est inutile d’envisager de nouvelles règles d’accord du participe passé, quand on peut s’en tenir à son fonctionnement tel qu’il est décrit aujourd’hui. Pour aboutir à sa proposition de réforme raisonnée, Fabrice Marsac brosse un indispensable historique de l’accord du participe passé, puis il développe une analyse linguistique complète et approfondie du fonctionnement du participe passé, étape indispensable pour élaborer une proposition solide et sérieuse. Plus
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