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Inventaire Étymologique des Termes Créoles des Caraibes d'origine Africaine

De
224 pages
Le créole des Caraibes comprend des éléments français et des éléments africains "importés " par les noirs victimes de la traite aux XVII et XVIIIè siècles; Ces éléments africains posent d'innombrables problèmes théoriques et pratiques liés à l'absence de documents d'époque et à l'ignorance des systèmes linguistiques concernés de part et d'autre de l'Atlantique. L'auteur propose une étymologie afiicaine pour 765 mots créoles d'Haiti, de la Guadeloupe, de la Guyane et de la Martinique.
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INVENTAIRE ÉTYMOLOGIQUE DES TERMES CRÉOLES DES CARAÏBES D'ORIGINE AFRICAINE

«sémantiques»
La collection Sémantiques est née du constat qu'il est pour les chercheurs en devenu de plus en plus difficile

linguistique de faire paraître en librairie des ouvrages un tant soit peu pointus alors que leurs travaux souffrent énormément du manque de publicité, tant pour s'exposer à la critique de leurs pairs que pour être appréciés hors du premier cercle des spécialistes. Collection ouverte à toutes les recherches en cours, Sémantiques a pour but de faire connaître ce qui se passe dans les

universités, les instituts et les laboratoires dans les domaines qui sont les siens: linguistique générale et appliquée-

confrontée à la psychologie, à la sociologie, à l'éducation et aux industries de la langue. Le rythme de parution adopté

- un à deux titrespar mois-

permet la publication rapide de thèses, mémoires ou recueils

d'articles.
Sémantiques s'adresse principalement aux linguistes, mais son projet éditorial la destine aussi aux chercheurs, formateurs et étudiants en lettres, langues et sciences humaines, ainsi qu'aux praticiens lexicographes, traducteurs, interprètes, orthophonistes.. . Contact: M. Arabyan IUT de Fontainebleau Route forestière Hurtault F-77300 FONTAINEBLEAU

o L'Harmattan, 1998

-

ISBN: 2.7384.6029.1

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Arabyan

Pierre Anglade

INVENTAIRE ÉTYMOLOGIQUE .. DES TERMES CREOLES DES CARAIBES D'ORIGINE AFRICAINE
~

Préface de Masegeta

Kashema Bin Muzigwa

L'Harmattan 5-7,rue de l'Ecole-Polytechnique F - 75005PARIS FRANCE -

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques MONTRaAL(Qc) - CANADA H2Y lK9

À mon fils Mickaël Jonathan

Mes plus vifs remerciements à tous les amis qui ont appuyé mes recherches sur le créole: Mme Angela Battens, chercheur, linguiste, Université de Gottingen (Allemagne) ; Mme J.J. Dominique, professeur de créole et journaliste à Radio Haïti-Inter, Port-au-Prince; M. Frankétienne, écrivain, peintre, musicien, figure de proue de l'intelligentsia haïtienne, et sa femme Marie-André, Port-auPrince; Mme Claire Lefebvre, linguiste, Université du Québec à Montréal; Mme Mireille Pérodin Jérôme, professeur d'histoire et présidente de la Fondation Culture Création et des Ateliers JeanRené Jérôme, Port-au-Prince.
sur les langues africaines :
.

M. Latifou Osseni Aboudou,enseignant,Porto-Novo(Bénin) et
Maradi (Niger) ; M. Omar Alassane, agent d'alphabétisation nales, Gaya et Maradi (Niger) ; en langues natiodes Affaires Porto-Novo

M. Pascal Coomlan Aïzandjenon, dah (ministre Etrangères du royaume d'Allada), instituteur, (Bénin) ;

M. Anthony Kokote Assamoha enseignant, Accra et Kumasi (Ghana), Parakou (Bénin) ; M. Cbarles Batog, chercheur, Abidjan (Côte d'Ivoire) et Besançon (France) ; Famille Kouider (Algérie) ; et Kheira Chabane, Aïn- Temouchent

M. Ousmane Diallo, étudiant en droit, Dakar (Sénégal) et Besançon ; M. Didier Ekori, voyagiste, Brazzaville (Congo) et Besançon; M. Togba Kpoghmou, linguiste, Conakry (Guinée) et Besançon M. Jean-Pierre Makiadi Masala, enseignant, Matadi (Zaïre) et Maradi ; M. Issa Mossi, conseiller pédagogique de français, Téra et Maradi ; M. Dieudonné K. Odoun, chercheur linguiste au Centre National de Linguistique Appliquée (Cenala), Cotonou; M. Ali Oumarou Mournouni dit Ali Pacot, étudiant, Niamey, Maradi et Meknès (Maroc) ; M. Moussa Sylla, enseignant, Conakry et Maradi ; Mme Elsie Talon, inspectrice d'anglais à Parakou et Benin-City (Nigéria) ; M. Lucien Agossou Tokanhan, Abomey (Bénin) et Macadi ; enseignant, Zangnannado, et journaliste en

M. Théophile Toha, agent d'alphabétisation langues nationales à Radio Parakou;

M. Mamadou Yara, enseignant, Bamako (Mali) et Maradi. A tous ceux, anonymes, si nombreux que je ne peux les citer tous et qui m'ont encouragé et aidé dans la réalisation de cet
Inventaire.

Une mention toute particulière à : M. Masegeta Kashema Bin Muzigwa, sociolinguiste à l'Université de Besançon; M. Marc Arabyan, maître de conférences à l'Université ParisVal-de-Marne, qui a accueilli cet ouvrage dans la collection « Sémantiques» ; enfin à Mme Michèle Krauss, Maradi, pour son précieux travail de « toilettage» du manuscrit.

Préface

À quoi pouvaient bien ressembler les parlers créolisants de la première génération d'esclaves noirs africains des An'lériques (Région des Caraïbes ?) pendant l'époque coloniale des XVIIe et XVIIIe siècles? Quelles étaient donc les caractéristiques linguistiques, socio-culturelles et géographiques de ces parlers créolisants de la première génération d'esclavesfraîchement débarqués des c~tes africaines? Quels changements peut-on observer dans les créoles des locuteurs de la deuxième génération par rappport au créole que' nous connaissons aujourd'hui au XXe siècle, à supposer que la continuation entre les premières formes d'expression de nouveaux venus et ceux des générations suivantes puisse avoir été clairement établie? Une réponse clairement étayée par des faits linguistiques avérés et qui ne repose pas sur la foi des seuls documents anthropologiques et historiques permettrait, peut-être, de trancher entre les théories actuellement avancées par les savants créolistes et qu'on reg roupe sous deux

grandesfamilles, à savoir:

- d'un

c~té, l'ensemble des théories qui misent sur le r~le de la

langue substrat, ou de la langue lexifiante, ce qui revient à privilégier la thèse selon laquelle, le créole haïtien par exemple, est, ou bien majoritairement bien majoritairement à cette époque. construit sur le système dulong (bé), ou de la colonie, construit sur celui dufrançais

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INVENTAIREÉIYMOLOGIQUE

DES TERMES

- de l'autre, l'ensemble des théories qui sont btlties sur les universaux de construction de langues (enfait des ensembles essaimés autour du Bioprogranune linguistique de Bickerton). Aussi bien, en attendant le grand soir pour l'une ou l'autre de ces deux tendances, doit-on encourager toute recherche permettant de consolider l'hypothèse selon laquelle le créole résulte du contact entre les langues africaines et les langues parlées par les colonisateurs (français, anglais, espagnol ou portugais...), ce qu'au demeurant, aucun créoliste sérieux ne conteste fondamentalement aujourd'hui. ILl contribution de Pie"e Anglade,français d'origine haïtienne, docteur ès Lettres, professeur de français, conseiller pédagogique qui, depuis dix ans, sillonne l'Afrique noire: Bénin, Togo, Ghana, Nigeria, Mali, Niger, etc., nous propose ici un excellent Inventaire des mots créoles des Caraibes... dont il a trouvé des traces dans un certain nombre de langues africaines. Entait, à regarder de près, l'intérêt ml!me de cet Inventaire de Pierre Anglade réside à la fois dans sa simplicité, sa neutralité et dans ses sources. La simplification d'abord. Elle est dûe à la spontanéité de la démarche d'un amateur qui reconnaît volontiers son inexpérience des recherches créolistiques, lui, le littéraire de formation, l'enseignant par vocation qui, par sa longue pratique de l'enseignement du français langue seconde, c'est-à-dire une langue en contact avec les langues maternelle et véhiculaire des lycéens noirs africains, a pris aux conséquences du mélange des langues. La neutralité ensuite. Elle est si « naturelle» chez du créole haïtien, critique de la littérature caraïbéenne ment n'est pas mêlé à la guerre des chefs de courants peu à peu goût lui, le locuteur qui non seulecréolistiques,

mais qui, de toute évidence, les ignore comme la manière même dont son inventaire est charpentée l'atteste sans équivoque. Une autre preuve symptomatique nous est apparue dans l'intérêt à peine poli manifesté pour ce.s théories créolistiques lorsque je m'étais mis à lui exposer certaines hypothèses. Tout bien considéré, on se rend compte que pour lui, il s'agit avant

tout de sefaire plaisir autant qu'essayer de retrouver, à travers cet In-

CRÉOLES DES CARAÏBES D'ORIGINE AFRICAINE

Il

ventaire, un peu de ses origines africaines tout en conciliant au passage le créolisant caraïbéen et le chercheur de qualité (doctorat ès lettres) qu'il est avec le pédagogue devenu. de cette même langue française qu'il est

Les sources mêmes de sa tentative d'explications étymologique qui, sans dater, sans donner les mots supports, ni une caractérisation socialefme des groupes utilisateurs n'en retrouvent pas moins la marque et la trace des emprunts relevés entre les langues prêteuses et la langue emprunteuse, mais sans doute aussi, parce que ce travail relève d'une observation « in vivo» (au sens où l'entend L.-J. Calvet) des mots décrits auxquels l'auteur les rattache à travers les nombreuses langues

africaines. Pour ma part, j'aime à lire à travers ces trois aspects de la livraison de Pierre Anglade une pierre brute livrée au monde des créolistes actuellement encombré tellement d'hypothèses; une matière encore rugueuse qui ne demande qu'à être continuée, affinée, parachevée notamment par ceux qui sont d'avis qu'il pourrait y avoir, au départ de l'aventure créolistique, plut~t plusieurs langues africaines dans une même communauté de locuteurs et que par ailleurs les parlers mêlne des martres en contact avec ces idiomes africains pouvaient en cacher d'autres, c'est-à-dire plus d'une langue ! EnfUI de compte, tout ceci pennel d'affinner dores et déjà que l'Inventaire a pris le bon départ puisque voilà qu'à peine l'ouvrage commencé nous voici en train de nous engager sur des pistes qui pourraient être transfonnées demain en véritables auto-routes simplifUlnt l'accès à la genèse des parlers créoles. Masegeta KASHEMA Bin MUZIGWA

Docteur d'Etat ès Lettres Sociolinguistique et francophonies Faculté des Lenres et Sciences Humaines, Besançon.

Avant-propos

Cet Inventaire n'est pas le fruit d'un travail d'équipe. Je veux dire par là qu'il ne s'inscrit pas dans la politique linguistique et éditoriale d'un organisme, d'une université, ou d'un gouvernement. Il est le résultat de huit ans d'efforts personnels, puisqu'il a fallu vaincre les réticences des uns et des autres, rémunérer mes informateurs et trouver le temps d'écrire, en dehors de mon travail de Conseiller Pédagogique. Je dois dire qu'une fois mes propres réticences surmontées grâce aux encouragements d'amis linguistes, j'ai accompli ce travail un peu comme une obligation morale vis-à-vis de tous les locuteurs des créoles caraïbéens, particulièrement de ceux de mon pays d'origine, Haïti. Ce qui est, ne serait-ce que de ce point de vue-là, très gratifiant. n s'agit d'une obligation morale, disais-je, parce que j'ai, contrairement à d'autres Haïtiens, à d'autres Caraibéens, la chance de vivre en Afrique depuis de nombreuses années, et que l'indigence générale des études sur le créole m'a porté à/aire quelque chose. Mes recherches m'ont permis de proposer des étymons africains à 765 mots du vocabulaire créole. Cela ne met nullement en cause le fait que le plus gros du créole soit d'ascendance française, et que c'est le français - peut-êtrerécenunentl'anglais - qui continue à alimenterce fonds! Pour ceux qui en douteraient encore, les travaux de Jeannot Hilaire, en dehors de cet Inventaire, devraient les convaincre.

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INVENTAIRE

ÉTYMOLOGIQUE

DES TERMES

Bon nombre d'entre ceux, Haïtiens qui avaient émigré vers l'Afrique, particulièrement au Congo Démocratique, et dans une moindre mesure au Gabon, en CÔte d'Ivoire, au Sénégal, dans les années qui ont suivi les indépendances africaines, en revenant en Haïti ont certainement eu à ramener dans leurs valises quelques spécialités du terroir. Les important dans le pays, ils ont introduit batik dans les créoles par exemple, la seule entrée avérée à ma connaissance en Haïti, et encore dans le milieu des connaisseurs! Et, quand on regarde d'assez près les productions de tous les écrivains caraibéens qui, à un moment ou à un autre, se sont installés en Afrique ou y ont effectué de fréquents séjours, les Maryse Condé, Henri Corbin, Guy Tirolien, Simone Schwarz-Bart, Myriam Warner-Vieyra, pour la Guadeloupe ; les René Maran, Bertène Juminer pour la Guyane; les Suzanne Cornhaire-Sylvain, Roger Dorsinville, Gérard Chenet, Félix Morisseau-Leroy, Jean Brière, Jacqueline Lemoine, Montilus Guérin, Claude Pierre-Louis, pour Haïti; les Daniel Boukman, Xavier Orville, Joseph Zobel pour la Martinique et j'en passe, même si on peut y relever des africanismes, on voit qu'aucun terme n'a pu s'immiscer durablement dans les créoles. Et on verra plus loin que les nombreux termes afro-haïtiens relevés dans les oeuvres de Frankétienne ne peuvent être considérés comme des entrées récentes. Mais alors quel a été l'apport passé des langues africaines dans les créoles des Caraibes ? Ce n'est pas dans cet Inventaire qu'on trouvera réponse à une telle question. C'est là sa première limite. En effet, la perspective adoptée est d'abord synchronique pour juger de termes africains constituant le fonds des créoles qui, replacés dans le contexte actuel peuvent être soit encore heureusement usités, soit le plus souvent archaïques, soit entièrement disparus dans leur pays d'origine. Je ne me suis pas non plus intéressé aux évolutions lexicales des mots, ni à leur filiation linguistique, ni non plus à leur datation, par exemple des formes les plus archaïques d'Afrique, voire des Caraibes. Il est ainsi clair que la perspective historique n'a pas été retenue ici. Mon unique souci, compte tenu de mes possibilités, a été d'identifier

CRÉOLES DES CARAÏBES D'ORIGINE AFRICAINE

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et de recenser les similitudes phoniques et sémantiques existant entre des termes africains et des termes créoles tout en indiquant, le cas échéant, les sources proposées par d'autres chercheurs. Les corpus africains et créoles sont considérables et ma démarche fondée sur le seul critère des similitudes entraîne nécessairement des conjectures et par conséquent des erreurs. Pour les réduire au possible, lorsque la forme et le sens d'une lexie créole concordent parfaitement avec un terme africain que je donne pour son étymon, je le signale au lecteur, en même temps que je lui propose aussi d~autres origines pos-

sibles. Ce faisant, je n'exclus pas la part du hasard: je peux être en
présence de deux, voire trois racines différentes. A d'autres de choisir! Cette compétence-là ne me préoccupe pas. Des analystes de la morphologie phonétique et historique pourront se servir de cet Inventaire comme d'un point de départ pour retrouver les itinéraires des mots au départ de l'Afrique, à leur arrivée dans les Caraibes, leur voie de pénétration dans les divers pays, divers milieux sociaux où ils sont attestés, pour déterminer les mécanismes de tout ordre qui ont altéré leur structure et leur prononciation. Cet Inventaire n'a donc pas l'autorité d'un dictionnaire. Il est le résultat d'uné première étape de la recherche et ne prétend pas à l' exhausti vité. Il présente un grand intérêt pour toute personne que la genèse des créoles caraibéens dans ses rapports avec l'Afrique ne laisse pas insensible. Il peut être un outil de travail utile. J'en souhaite un bon usage à tout un chacun.
Pierre Anglade

Maradi, avril 1998

Introduction

Recensement

des entrées

et catégorisation

Dans une perspective purement synchronique, j'ai recensé les mots du créole haïtien, puis chemin faisant, des autres créoles des Caraibes à savoir la Guadeloupe, la Guyane et la Martinique dont l'origine occidentale est discutable ou n'est pas démontrée, ou dont l'origine africaine est pressentie. Cette recension s'est faite à l'exclusion de SainteLucie, Saint-Barthélémy, Saint-Martin, la Dominique, Saint-Thomas et Saint-Vincent, par manque d'information sur ces créoles qui paraîtraient, par ailleurs, à bien des égards assez moribonds. En revanche, elle a intégré une dizaine de mots que les nombreux Haïtiens vivant en République Dominicaine ont importé dans « l'espagnoll créole» de ce pays. Il a été finalement arrêté de ne mettre aucun signe distinctif aux mots martiniquais, guadeloupéen ou guyanais parce que généralement quand ces mots ne sont pas usités dans le créole de l'ouest d'Haïti (Port-au-Prince) qui est le créole dominant, ils le sont dans celui du nord (Cap-Haïtien). Cependant, les exemples proposés aux définitions feront généralement la différence. Pour ce faire, je me suis inspiré des travaux des auteurs suivants:

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. .

INVFNTAIREÉTYMOLOGIQUE

DES TERMES

dans le domaine de la lexicographie:

- pour ce qui est du créole -

haïtien: Archer, Cornhaire-Sylvain, Faine, Hilaire, Vernet et Vilsen ; pour les autres: Baker, Crestor, Megenney et Pinalie. dans le domaine de la morphologie: Déjean, Crestor, Lefebvre, VaIdman et Vernet. des langues africaines

Extension

De même qu'après réflexion la recherche s'est élargie au créole de la Guyane, de la Martinique et de la Guadeloupe, de même au départ circonscrite à l'aire linguistique que constituent le Togo, le Bénin, le Nigeria, le recensement des origines africaines possibles s'est étendu géographiquement jusqu'à aborder, de façon certes inégale, tout le Golfe de Guinée, à savoir la partie comprise entre le Sénégal et l'Angola. Déplacements sur le terrain Il ne m'a pas toujours été possible de me déplacer pour couvrir l'espace en question. Dans un premier temps (1978 - 1988) j'ai effectué un séjour de dix ans en Algérie qui m'a permis de retrouver des similitudes possibles entre certains mots de l'arabe classique ou dialectal et le créole. Par la suite, six ans au Bénin (1988 - 1994) et quatre au Niger (de 1994 à aujourd'hui) où je réside, m'ont offert l'opportunité de côtoyer des locuteurs des principales langues parlées dans la région et de me déplacer assez fréquemment au Burkina Faso, au Ghana, au Mali, au Nigeria, au Togo, etc. En ce qui concerne les langues des familles kwa et mande, puis celles de la famille bantoue, particulièrement de l' akele, du kikongo, du lingala, du monokotuba et du punu, il m'a été donné de travailler avec des locuteurs résidant aussi bien à Besançon (France), à Parakou, à Porto-Novo (Bénin) qu'à Maradi (Niger). Les références certes peu récurrentes à d'autres langues telles que le sango, le banda, ou le wolof, généralement à toute langue s'éloignant de ce noyau dur kwa I bantou I mande sont plutôt des apports livresques. L'un dans l'autre cependant, l'apport de mes informateurs

CRÉOLES DES CARAÏBES D'ORIGINE AFRICAINE

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constitue plus de 60 % de l'ensemble. D'autre part, la formation de certaines langues comme le sango remonte à quelque cent ans seulement, ce qui explique qu'il peut difficilement entrer dans la genèse des créoles; on gardera cependant à l' esprit que le sango intègre beaucoup de mots d'origines diverses, et que bien avant l'arrivée des colonisateurs français, s'il faut en croire certains chercheurs, il était utilisé comme langue de commerce. Quels critères d'acceptabilité des mots d'origine étrangère dans le corpus africain?

Il existe des mots d'origine étrangère qui ont été assimilés par les langues africaines, et de là seraient passés aux créoles. Il en est ainsi de tanga venu d'une langue de Madras (Inde). Mais il y a aussi kob qui conn3.1~ colorations différentes dans maintes langues du golfe de des Guinée à partir de l'espagnol cabre (cuivre). Le choix a été arrêté de les faire parvenir au créole par l'intermédiaire des langues africaines. Il a paru pertinent de procéder différemment avec le mot alfo, par exemple. Faine et Archer le donnent comme d'origine espagnole tandis que je propose une étymologie arabe. A cela trois raisons. Les lexiques des langues européennes et africaines sont redevables à l'arabe classique, l'itinéraire inverse étant moins fréquent. Puis, le mot halfa existe bien dans l'arabe dialectal algérien mais non, sous quelque forme que ce soit, dans les langues africaines de notre corpus. Enfin, de nombreux africains noirs musulmans, écrivant l'arabe, le lisant, le parlant ont été vendus par les animistes aux négriers. Il y a eu des passages directs de l'arabe aux divers créoles des Amériques, aux créoles anglais, portugais, français, etc. Le critère retenu est donc celui de la disponibilité actuelle des termes étrangers dans les langues-substrats du créole. La transcription phonétique (tonale et graphique) Le problème est moins grave à propos des exemples créoles que je puise chez des auteurs d'horizon divers. Citant, pour conflfmer l'existence d'un terme, des textes créoles ou français qui contiennent des mots créoles, je laisse l'orthographe de l'auteur telle quelle, quand bien même elle diffère de l'orthographe officielle haïtienne, alors que j' adopte celle-ci pour les illustrations personnelles et toutes les entrées,

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INVFNTAlREÉ1YMOLOGIQUE

DES TERMES

même quand elles sont aussi usitées ailleurs. Ici ne se pose pas le problème de tonalité. Pour le corpus africain, comment savoir si tous les phonèmes, lorsqu'on met en regard deux langues géographiquement aussi éloignées que .le swahili et le wolof, le fongbe et le kikongo, le bambara et l'igbo, sont transcrits selon le même code d'un dictionnaire à l'autre? Comment résoudre le problème des tons qui varient en fonction de l'appartenance régionale de l'informateur? Et surtout, qui peut garantir que le mot fongbe ou bete ou kikongo d'aujourd'hui est phonologiquement identique ou proche de ce qu'il était il Y a deux, trois, voire quatre siècles? En effet, les lexiques ou dictionnaires des langues africaines consultés ne sont pas établis à partir de matériaux suffisamment anciens pour permettre de suivre l'évolution des mots. De ce fait, toute similitude ne peut être que coïncidence, parallélisme fortuit ou déterminé par l'état des substrats dans l'évolution des langues africaines et créoles. Et on sait que le créole ne date pas du XXe siècle. Le plurilinguisme étant de règle en Afrique, un locuteur peut le plus souvent s'exprimer en plusieurs langues. Mais son articulation, sa façon de parler ne guide pas non plus dans le rapprochement avec le mot africain ancien tel qu'il a pu se prononcer au xvne, au XVnle siècle. D'autre part, faute de polices de caractères me permettant de noter les tons, j'ai été contraint d'utiliser un code réduit. Pour le noyau dur du sous-groupe kwa :

.

les voyelles nasales notées [an] [in] [on] en français standard sont

.
.

rendues par i, ë, 0, par exemple en fongbe, aganman, àgiima: caméléon; kilnlin, killi!: animal en général; agon, àgo: ananas; la voyelle [ou] est rendu par u, par exemple en yoruba, obu : insul ter; les consonnes [tch] [gn] [dj] par c, n, j, par exemple en fongbe atcha, aca : fantaisie, broderie; gnikan, iiikii : corde des noms, homonyme; en ashanti adja, aja : terme de respect; le rd] rétrotlexe du fongbe est rend,u par (d), par exemple (d)ô : parce que.

.

CRÉOLES DES CARAÏBES D'ORIGINE AFRICAINE

21

.

Pour le sous-groupe tchadique : en haus~ les injectives rd] (avec crochet supérieur), [k] (avec crochet supérieur) sont rendus par (d) et par (k), par exemple (d)aki : chambre; ba(k)o : étranger.

Pour ce qui est des langues africaines à classe, généralement bantoues, je mets la représentation du radical avec tiret avant (préfixation: I-bandal) ou bien après (suffixation: /banda-I) ou bien encore avant et après (préfixation + suffixation I-banda-I). Degré de conjecture des étymologies proposées Il est communément admis que pour établir l'étymologie d'un mot, il est capital de reconstituer sa filiation et de retrouver l'époque où pour la première fois il a été attesté dans la langue. Ne pouvant traiter ces aspects faute de documents, je me suis gardé de tomber dans des conjectures excessives qui ne serviraient pas la cause. Les critères d'acceptabilité sont modestes: l'acceptabilité est fonction de l'altération phonique et sémantique qu'a subie le mot de départ en comparaison du mot d'arrivée. Mais même quand cette base est admise, comment être certain que l'étymon supposé est le bon? Comment savoir si on est en présence de deux voire de trois racines devenues homophones ou homosémiques par le hasard de la diachronie 7 Soit le cas du mot haïtien bounda qui veut dire fesses, derrière, cul: il a le même sens que boda en bambara, que bunda en Malinké, que ngbonda en sango. n a un rapport allusif avec le bunda du swahili qui signifie paquet. Depuis laquelle de ces trois langues est-il parvenu dans les Amériques ? L'Inventaire ne peut accorder de préférence à aucune. On comprendra pourquoi il est proposé plusieurs étymons
pour un seul mot créole (précisément 1226 étymons pour 765 entrées).

Le décompte de ces étymons consacre la prédominance du sousgroupe kwa dans lequel particulièrement le fongbe puis loin derrière le yoruba tiennent une place importante. Il s'agit aussi bien d'une origine linguistique et ethnique que régionale. Pour la classification des étymons, je me suis inspiré:

-

de la carte linguistique réalisée en 1989 par le Centre National de

22

INVENTAIREÉIYMOLOGIQUE

DES TFRMES

Linguistique Appliquée du Bénin;

-

du bilan et inventaire de la conférence des ministres de l'éducation des états d'expression française (CONFEMEN) : Promotion et intégration des langues nationales dans les systèmes éducatifs, Paris, Honoré Champion, 1986 ; de Jean Perrot et alii, Les langues dans le monde ancien et moderne : Afrique subsaharienne, pidgins et créoles, CNRS, 1981 ;
du mémoire collectif Langue arabe et langues africaines publié en

-

1983 par le Conseil International de la Langue Française. L'évolution morphologique des langues africaines
part

Mes réflexions s'appuient ici sur les phénomènes d'inversion et de
fossilisation observé à propos de certaines phrases fongbe, et nulle

ailleurs dans les autres langues-sources, qui deviendraient par aggl utination des lexèmes autonomes en créole: ayida, aziblo, boulezen, brezo, dagi-bologwe, koulando, soukouyan, tanyen. En effet, ces mots, comme d'autres mots du créole, n'existent pas tels quels en fongbe sous la forme d'un syntagme figé et altéré, mais comme séquence segmentée de plusieurs éléments. Or, les phrases fongbe qui sont censées avoir produit ces lexèmes créoles, d'après mes informateurs, aujourd'hui ne peuvent passer pour recevables. Il y a quelques siècles de cela, passaient-elles pour admissibles, ce qui serait, entre autres preuves, une preuve de plus de l'évolution de la langue? Il Y a eu évolution d'un vieux fongbe (la première traduction) au fongbe d'aujourd'hui (la seconde). On y voit bien que l'écart n'est pas grand entre une forme et l'autre: 1 ayida: J'ai (d)à: à j'ai: Les cheveux tombent. 2 aziblo: Aze a bIo : A blo aze : Tu fais de la sorcellerie. 3 boule-zen: E bu lè zin : E bu zin lè : Il a perdu les poteries. 4 brezo : Blé zo lè : Zo lè blé: Les cornes trompent. 5 dagi-bologwe : Dagi bosi e ci logoe: Bosi Dagi (Dangbe) e ci logoe : Le fétiche Dagi est resté enroulé. 6 koulando: Ku Ian àdo (ou bien encore) Kun Ian do : Lan ku àdo (ou bien) Lan kun do : L'animal meurt de faim (ou bien)