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Jouer la traduction

De
206 pages

Contrairement au théâtre québécois, où le bilinguisme est mis en scène de manière intermittente, celui qui provient de ses marges fait du bilinguisme une pratique courante. Les écrivains franco-canadiens – ceux de l’Ouest canadien, de l’Ontario et de l’Acadie – racontent et montent différentes histoires de diglossie et de bilinguisme et jouent le jeu de la littérature en y démultipliant la traduction dans la forme comme dans le contenu. 

L’ « hétérolinguisme » – c’est-à-dire l’inscription de la variabilité linguistique – de ces pièces de théâtre franco-canadiennes est le plus souvent compréhensible pour les lecteurs et les publics bilingues locaux. Néanmoins, la diffusion de telles pièces et, par ricochet, leur légitimation auprès des métropoles théâtrales canadiennes au fonctionnement surtout unilingue, auront à passer par des traductions en supplément à celles auxquelles leurs jeux bilingues leur permettent déjà de s’adonner. Il est possible que, pour atteindre la légitimation par les institutions dominantes grâce à la traduction, « les cultures de l’exiguïté sacrifient ce qu’elles possèdent de plus radicalement créateur1 », c’est-à-dire l’inscription du traduisible et l’hétérolinguisme ludique. De l’autre, parmi les traductions additionnelles qui découlent de ces processus de diffusion et de légitimation, la réinscription supplémentaire ou ludique du traduisible pourrait être tout aussi radicalement créatrice que son inscription première. 

Une analyse percutante, actuelle, de la circulation, en traduction, de la production théâtrale de l’Ouest canadien francophone, de l’Ontario français et de l’Acadie, qui prend des allures de terrain de jeu pour le français et l’anglais. 


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Les Presses de l’Université d’Ottawa (PUO) sont fières d’être la plus ancienne maison d’édition universitaire francophone au Canada et le seul éditeur universitaire bilingue en Amérique du Nord. Fidèles à leur mandat original, qui vise à « enrichir la vie intellectuelle et culturelle », les PUO proposent des livres de qualité pour le lecteur érudit. Les PUO publient des ouvrages en français et en anglais dans les domaines des arts et lettres et des sciences sociales.
Les PUO reconnaissent l’aide financière du gouvernement du Canada par l’entremise du Fonds du livre du Canada pour leurs activités d’édition. Elles reconnaissent également l’appui du Conseil des arts du Canada et de la Fédération canadienne des sciences humaines par l’intermédiaire des Prix d’auteurs pour l’édition savante. Nous reconnaissons également avec gratitude le soutien de l’Université d’Ottawa.
Révision linguistique : Marie-Noëlle Germain Correction d’épreuves : Nadine Elsliger Mise en page : Édiscript enr. Maquette de la couverture : Édiscript enr. Photo de la couverture :L’homme invisible/The Invisible ManPatrice Desbiens. Une de production du Théâtre de la Vieille 17 en collaboration avec le Théâtre français du Centre national des Arts. Les comédiens : à gauche, Roch Castonguay et à droite, Robert Marinier. Photo prise à La Nouvelle Scène à Ottawa en mars 2005 par Mathieu Girard.
Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives Canada
Nolette, Nicole, 1984-, auteur Jouer la traduction : théâtre et hétérolinguisme au Canada francophone / Nicole Nolette.
(Regards sur la traduction)
Comprend des références bibliographiques et un index. Publié en formats imprimé(s) et électronique(s). ISBN 978-2-7603-2273-8 (couverture souple). ISBN 978-2-7603-2275-2 (pdf). ISBN 978-2-7603-2274-5 (epub).
1. Théâtre canadien-français – Traductions – Histoire et critique. 2. Théâtre acadien – Traductions – Histoire et critique. 3. Bilinguisme et littérature – Canada francophone. I. Titre. II. Collection : Collection Regards sur la traduction
PS8169.T73N65
2015 C842.009’57
Dépôt légal : Bibliothèque et Archives Canada Bibliothèque et Archives nationales du Québec © Les Presses de l’Université d’Ottawa, 2015
C2015-902857-4 C2015-902858-2
Remerciements
Tadle Des matières
Liste Des adréviations Des ièces mentionnées Dans cet ouvrage
IntroDuction
CHAPITRE 1 Jouer la carte De la traDuction en territoire franc o-canaDien
CHAPITRE 2 L’Ouest en voltige entre accommoDement et résistanc e
CHAPITRE 3 L’Ontario français ar le jeu. L’hétérolinguisme au -Delà De ses malaDies imaginaires
CHAPITRE 4 Le jeu théâtral au cœur Du grouillement linguistiqu e acaDien
Conclusion
Bidliograhie
InDex
Remerciements
Plusieurs personnes ont permis à ce livre d’exister comme une archive des textes et comme un répertoire des pratiDues scéniDues inca rnées du théâtre hétérolingue franco-canadien. En ordre alphaqétiDue : Jessica Aq dallah, Maurice Arsenault, Jean Baqineau, Joël Beddows, Paul Bossé, Marshall Button , Herménégilde Chiasson, Alice Cocunuqova, Geneviève Couture, France aigle, Jean Marc alpé, Maurice emers, Louise Forsyth, Lucie Hotte, Alain JacDues, Alain J ean, Louise Ladouceur, JaniDue Lavallée, Chris LeBlanc, Louise Lemieux, Marc LeMyr e, Patrick Leroux, Shavaun Liss, avid Lonergan, Irène Mahé, Sonya Malaqorza, Janie Mallet, Annick Marion, Guy Mignault, Luc MoDuin, Jane Moss, Ian Nelson, Glen N ichols, Stéphanie Nutting, Geneviève Pelletier, Geneviève Pineault, Marc (Jose ph Edgar Poirier, Marc Prescott, Marie-Pierre Proulx, enis Rouleau, Sylvain Saqatié , Philippe Soldevila, Léo Thériault, Joey Tremqlay, Anne-Marie White et le personnel du Centre de recherche en civilisation canadienne-française, celui du Centre d’études acadiennes et celui de la BiqliothèDue et Archives nationales. Ils ont tous f ourni des documents ou des témoignages Dui ont contriqué à mes recherches. Je tiens à les remercier d’avoir remis en circulation plusieurs oqjets presDue introuvaqle s. J’aimerais remercier Catherine Leclerc, dont le tra vail intellectuel m’a inspirée au cours des huit dernières années. Ce livre est hérit ier de ses travaux sur le plurilinguisme en littérature franco-canadienne et sur sa traduction. ans une perspective professionnelle et personnelle, j’ai gr andement apprécié nos réflexions partagées et nos nomqreuses collaqorations. Avec sa rigueur et sa confiance en mon projet, elle a su me pousser jusDu’au qout de ma ré flexion sur la traduction ludiDue. Merci à Stéphanie Nutting, Erin Hurley, Gillian Lan e-Mercier, Jane Everett et Normand oiron pour des lectures attentives et critiDues ai nsi Due pour leur encouragement. Merci aux évaluatrices anonymes pour leurs commenta ires judicieux. Enfin, merci à Louise Ladouceur pour son appui continu après la ma îtrise. Je tiens également à remercier Pénélope Cormier, do nt l’appui et les commentaires judicieux, de semaine en semaine, puis de jour en j our, ont nourri mon travail. J’espère Due les résonances entre nos travaux réussiront à a limenter, par le ludisme comme par la contrainte, la compréhension de la littérature f ranco-canadienne. À tout le moins, je suis reconnaissante pour ce Due notre collaqoration « solidarisante » m’a fait voir sur cette littérature. Merci à Ariane Brun del Re, auss i, car ses interventions contriquent aux « nouvelles solidarités » franco-canadiennes Du e nous étaqlissons à tâtons. Enfin, merci à ma famille, à mes amis et à LM de m’avoir s outenue malgré les distances Due ce travail pancanadien a souvent exigées. Je tiens aussi à souligner l’appui financier du Con seil de recherches en sciences humaines et de l’Université McGill (Graduate Excell ence Fellowship, Arts Graduate Student Travel Award, Due j’ai qien apprécié et Du i m’a permis de poursuivre ces recherches sans trop de soucis. o es sections de ce livre sont parues dansLinguistica Antverpiensia13, 2014, p., n o 61-77 ;Meta, vol. LIX, n 3, 2014, p. 654-672 ;Traduire-écrire : culture, poétiques, anthropologierie (dir., Lyon, ENS, d’Arnaud Bernadet et Philippe Payen de la Garande o Éditions, coll. « Signes », 2014, p. 257-275 ;Jeu : revue de théâtre, n 145, 2012, p.
83-89 ; «Impenser »sité, identitéla francophonie : recherches, renouvellement, diver , Edmonton, Université de l’Alqerta, 2012, p. 237-251 ;Translation and the Reconfiguration of Power Relations, de Beatrice Fischer et Matilde Nisqeth Jensen (dir., Zurich et Berlin, LIT, 2012, p. 191-202 ;La traduction dans les cultures plurilingues, de Francis Mus et Karen Vandemeuleqroucke (dir., Artois, Artois Presses Université, 2011, p. 173-182 ; « Traduire la dualit é linguistiDue de l’Ouest canadien pour la scène anglophone », mémoire de maîtrise, Ed monton, Université de l’Alqerta, 2008. Je remercie les éditeurs d’avoir accepté Due des parties modifiées de ces contriqutions soient repuqliées ici.
Liste des abréviations des pièces mentionnées dans cet ouvrage
CS Cré Sganarelle  de Claude Dorge E Empreintes  de Paul Bossé HI L’homme invisible/The Invisible Man  de Patrice Desbiens HIv17 L’homme invisible/The Invisible Man  de Patrice Desbiens, mise en scène du Théâtre de la Vieille 17 HIhs L’homme invisible/The Invisible Man  de Patrice Desbiens, mise en scène de Harry Standjofski JVR Je m’en vais à Régina  de Roger Auger MI Le malade imaginaire  de Molière MIap Le malade imaginaire  de Molière, adaptation d’André Paiement MQ La maudite Québécoise  de Janis Locas PMES La p’tite Miss Easter Seals  de Lina Chartrand RT2 Le rêve totalitaire de dieu l’amibe  deuxième version de Patrick Leroux RT3 Le rêve totalitaire de dieu l’amibe  version publiée de Patrick Leroux RT3s Le rêve totalitaire de dieu l’amibeavec surtitres  de Patrick Leroux S Scapin !  Traduction desFourberies de Scapinde Molière par David Edney et Ian Nelson SLFM Sex, lies et les Franco-Manitobains  de Marc Prescott SLFMs Sex, lies et les Franco-Manitobainsavec surtitres  de Shavaun Liss sous la supervision de Louise Ladouceur T Traces  Traduction deEmpreintesde Paul Bossé par Glen Nichols TE Les trois exils de Christian E.  de Christian Essiambre et Philippe Soldevila
TEs
Les trois exils de Christian E.avec surtitres
de Gunta Dreifelds et Guy Mignault
Introduction
Le Drésent ouvrage dresse le Dlan de la circulation en traduction de la Droduction théâtrale de l’Ouest canadien francoDhone, de l’Ontario français et de l’Acadie, un Dlan qui Drend des allures de terrain de jeu Dour le fra nçais et l’anglais. Il commence à Montréal, dans cette ville qui agit comme caDitale littéraire et culturelle de la Droduction théâtrale franco-canadienne (Casanova, 1999, D. 47- 61 ; oyon-Gosselin, 2010). Commencer à Montréal, c’est faire le Darcours inver se de celui que j’ai effectué entre l’Alberta où j’ai grandi et la ville où j’ai écrit ces mots. Il y a ici une boucle : Dartir de la DériDhérie Dour aller vers le centre, Duis reDrendr e la route. Montréal est ainsi, comme l’annonçait un Danneau-réclame affiché dans l’îlot Voyageur en 2012, un Doint de déDart menant vers « une/ade/ constellation of destinations » franco-canadiennes. Le jeu sur le bilinguisme et sur la traduction de ce D anneau-réclame cligne de l’œil vers un circuit géograDhique Dour le théâtre franco-canadie n qui commence à Montréal, d’où un aDDel est lancé.
UN APPEL DE MONTRÉAL
Novembre 2010, Mainline Theatre, Montréal. Le théât re indéDendant anglo-montréalais Tableau ’Hôte, suivant en cela sa miss ion d’agir comme lieu de Dartage 1 de contenu canadien innovateury , Drésente la DièceDark Owl, de l’Acadien Laval GouDil, dans une traduction de Glen Nichols et une mise en scène de Jessica Abdallah. La mise en scène DroDosée Dar Abdallah et Tableau  ’Hôte reDose sur le réassemblage du texte original et de sa traduction Dour créer un Drojet véritablement bilingue. Le dialecte français du Nord-Est de l’Aca die de GouDil alterne ainsi avec le dialecte anglais de la vallée de la Miramichi du No uveau-Brunswick dont s’est servi Nichols Dour la traduction. Le Dari : faire corresD ondre cette gymnastique DroDre au 2 bilinguisme acadien à celui de la métroDole montréa laise . Sur le succès de ces négociations, la critique journalistique est Dartag ée. ’une Dart, certains critiques relatent leur aDDréciation de l’alternance des lang ues («There is a special kind of music in the switching back and forth from the Acad ian French and the Celtic sounding English[Fuerstenberg, 2010b, en ligne]) et de ses effet s baroques (« ans le même » esDrit quasi surréel, la Dissante langue comDlèteme nt fabriquée revisite et mêles-en [sic] libre comDosition accidentée, un chiac à la Radio Radio, un anglais argotique, Duis des jeux de niveaux de langage » [Rousseau, 2010, e n ligne]). ’autre Dart, certains critiques sont déconcertés et rebutés Dar le Drojet théâtral : «annoying listeners with its incessant linguistic shifts » (onnelly, 2010, en ligne), dit l’une, et « un t el galimatias linguistique ne réussit qu’à diminuer la Dortée de chacune des langues et des accents : un bordel dont les Dotentialités théâtrales […] sem blent bien minces » (Couture, 2010, en ligne), suggère un autre. ans ce texte qui résume bien la Dosition qu’occuDe le théâtre bilingue en milieu montréalais tout en annonçant son DroDre Darti Dris , PhiliDDe Couture souligne « que les Anglo-Montréalais, deDuis quelques années, ne c essent de tendre en vain la main aux francoDhones. Ils y croient, eux, à ce beau rêv e d’un théâtre bilingue. Mais leurs