L'alphabet latin serait-il d'origine berbère

De
Publié par

L'origine de l'alphabet latin semble être un fait acquis, connu depuis le XVème siècle après J.C. et aucun fait nouveau n'a permis jusqu'ici de remettre en question une origine depuis longtemps admise: l'origine phénicienne. Pourtant les peintures rupestres sahariennes et européennes font réfléchir, et ce travail propose de donner au lecteur des généralités sur les différentes écritures antiques. L'analyse et la comparaison des signes d'écriture de type géométrique apporteront-elles une autre approche que celle admise jusque-là ?
Publié le : mardi 1 juin 2004
Lecture(s) : 1 082
Tags :
EAN13 : 9782296362055
Nombre de pages : 352
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

L'alphabet latin serait-il d'origine berbère?

MEBAREK

SLAOUTI TAKLIT

L'alphabet latin serait-il d'origine berbère?

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Degli Artisti 15 10124 Torino IT ALlE

FRANCE

@ L'Harmattan,

2004

ISBN: 2-7475-6535-1 EAN: 9782747565356

INTRODUCTION

L'origine de l'alphabet latin semble être un fait acquis, connu depuis le XVèmesiècle après I.C. et aucun fait nouveau, aucune recherche, n'a permis jusqu'ici de remettre en question une origine depuis longtemps admise: l'origine phénicienne. Ainsi l'affirmation des écrits grecs - origine phénicienne des lettres grecques - se trouve confirmée par les théoriciens actuels et on tente de démontrer comment telle lettre phénicienne a subi telle transformation pour devenir telle lettre latine, bien connue aujourd'hui puisque celle-ci appartient au monde international que la majorité des langues mondiales utilise. Aussi l'évolution des hiéroglyphes égyptiens en signes sémitiques puis en signes gréco-romains, se basant sur les civilisations grandioses orientales et égyptiennes a totalement nié les autres types d'écriture du rivage occidental méditerranéen européen et africain appartenant à d'autres civilisations inconnues et que l'on rejette, consciemment ou non, dans un degré zéro de toute forme culturelle ou civilisationnelle. On s'accorde toutefois à faire dériver également ces écritures méditerranéennes occidentales du phénicien sans que rien, au préalable, n'ait été démontré. Pourtant les peintures rupestres sahariennes et européennes font réfléchir, jetant une éclaircie dans ce monde inconnu et houleux sans toutefois remettre en question un point de vue tenace ne souffrant d'aucune variante. C'est la raison pour laquelle ce travail se propose, dans un premier temps, de donner au lecteur des généralités sur les différentes écritures méditerranéennes antiques, orientales, égyptiennes mais aussi européennes (ibérique, italique, scandinave, grecque et latine) et africaines (libyque surtout. ) Dans un deuxième temps, l'analyse et la comparaison des signes d'écriture de type géométrique apporteront-elle une autre approche que celle admise jusque-là?

- 05-

La troisième et dernière partie fournira au lecteur un historique des lettres latines actuelles remontant à plusieurs millénaires avant Jésus-Christ, montrant ainsi que l'écriture latine, contrairement aux idées bien implantées, s'est forgée en Méditerranée occidentale, puisant ses sources en Europe même mais certainement aussi en Afrique, tant saharienne que septentrionale, à partir de symboles et de croyances, surtout religieuses et ce, depuis au moins le septième millénaire av. J.C..

- 06 -

PREMIERE PARTIE

LES ECRITURES ANTIQUES MEDITERRANEENNES

CHAPITRE I

LES ECRITURES EGYPTIENNES, ORIENTALES ET EUROPEENNES

I. Les écritures égyptiennes
D'une manière générale, on distingue les hiéroglyphes qui sont surtout des signes-représentations et les écritures cursives (hiératique, démotique et copte) qui sont formées de signes abstraits. Si le copte et le démotique apparaissent assez tardivement dans le processus d'évolution de l'Egypte pharaonique (démotique, vnème siècle avoJ.C. et copte rnème siècle avoJ.C.), les inscriptions en hiératique sont aussi anciennes que celles formées de hiéroglyphes. Ces hiéroglyphes transcrivant des idées et des sons ont été utilisés dès la fin du Iyème millénaire avoJ.C. jusqu'au Iyème siècle ape J.C. (les dernières inscriptions ont été relevées dans l'île de Philaie et datent du 24 août 394 ape J.C.)I. Le hiératique, selon les Egyptologues, n'est qu'une simplification des hiéroglyphes. Certains signes, toutefois, présentent peu de ressemblances avec leurs homologues hiéroglyphiques selon les périodes. L'écriture copte utiliserait les lettres grecques et sept signes issus du démotique. Pour pouvoir déceler la présence de civilisations liées à l'apparition d'écriture, voyons plus spécifiquement les hiéroglyphes (puisqu'ils seraient à l'origine de la naissance de l'alphabet phénicien) : déchiffrement, origine, liens avec l'art etc.

1.1. Les hiéroglyphes

égyptiens

A. Déchiffrement La connaissance de l'écriture hiéroglyphique semble avoir disparu avec l'avènement du christianisme. Elle est fournie par les auteurs classiques et les gens d'église. Horapolion (milieu du yème siècle apeJ.C.) écrivit un traité sur les hiéroglyphes inspiré d'un ouvrage antérieur de 300 ans. Certaines valeurs attribuées aux hiéroglyphes, bien qu'accompagnées de commentaires fantaisistes, étaient exactes. Au milieu du xvnème siècle, le jésuite Athanase Kircher tenta une explication du système hiéroglyphique mais sans succès. Jean-François Champollion pensait aussi que l'écriture hiéroglyphique était surtout symbolique et figurative, l'alphabet n'étant utilisé que pour l'écriture des noms étrangers qu'il avait établie à partir des noms de
1. Cette information est donnée par C. Ziegler dans Naissance de l'écriture, cunéiformes et hiéroglyphes, Paris 1995, réédition de 1982, p. 118

- Il -

souverains ptolémaïques: Ptolémée, Cléopâtre... Ces noms avaient des lettres en commun et possédaient une traduction grecque. Les estampages d'inscriptions provenaient du temple d'Abou Simbel. Il reconnut la lettre à valeur Isl de son alphabet (14 septembre 1822), attribua la valeur naître à un signe qui se prononce Imasl en copte, pensa que le premier signe, un soleil, pouvait se lire Râ ou Rê et obtint un résultat: Ra-ms-s. Ce nom de pharaon, Ramsès, cité par les Anciens, lui fit comprendre qu'une partie du mot était écrite avec des signes phonétiques et l'autre avec des signes idéographiques. L'emploi du cartouche montra qu'il s'agissait du nom d'un roi dont la signification était déjà connue. Il découvrit une structure analogue dans le nom du roi Dhwty-ms que les Grecs appelaient Thoutmosis. Le déchiffrement total des hiéroglyphes ne fut décisif qu'avec une copie de la pierre de Rosette, qui porte en hiéroglyphes, en démotique et en grec le même décret d'un texte de Ptolémée V (296 av. J.C.).2 A seize ans, F. Champollion avait affirmé devant l'Académie de Grenoble que la langue-eopte n'était qu'une forme tardive de la langue parlée de l'ancienne EgyptC'.La pierre de Rosette découverte par P.F.X. Bouchard fut envoyée à l'institut du Caire où furent faites plusieurs copies envoyées à des savants européens. Cette pierre fut transportée -auBritish Museum en 1801. Champollion en eut une copie en 1808.3 B. Généralités et sens de l'écriture Les signes formant les hiéroglyphes égyptiens peuvent être «unilitères», admettant une valeur unique et sont au nombre de 24 : aleph sémitique, voyelle a, e ; voyelle i ; le ain sémitique parfois a, 0 ; le w anglais; voyelle lui ; b ; p ; f ; m ; n ; r ; h ; h fort; h,ch allemand dans nach ; h, son voisin du précédent mais distinct aux hautes époques; s ; ch ; q ; g ; t ; t emphatique; d ; z. Les hiéroglyphes ayant plusieurs valeurs alphabétiques sont appelés plurilères et dépassent le chiffre des 500 donnés par les auteurs. Les principaux hiéroglyphes sont des représentations. On note: - 5 personnages divins; - 47 personnages humains dans diverses positions; - 56 parties du corps humain; - 19 mammifères dont le bubale;
2. Christiane Ziegler, Naissance de l'écriture, cunéiformes et hiéroglyphes, Paris 1995, p. 370 3. Marie-Hélène Rutchowskaya, Naissance de l'écriture, Paris 1995, p. 371-372

- 12 -

- 31 membres de mammifères;

- 34 volatiles; - 17 poissons, reptiles et insectes;
- 34 végétaux;

- 33 éléments cosmiques et géographiques dont le cercle avec un point, une étoile... ; - 23 constructions ou parties d'édifices; - 17 signes représentant le matériel de culte et pains d'offrandes; - 22 parures et vêtements; - Il engins de pêche et de navigation; - 33 armes, bâtonnets et engins de chasse; - 26 outils industriels et agricoles;
- 7 signes en rapport avec l'écriture, la musique et le jeu;

- 22 vases et corbeilles; - 14 cordages et nœuds; - 8 figures géométriques et 16 objets indéterminés.4 Il n'y a pas de ponctuation ni de séparation entre les mots par un espace. Le support des signes peut être la pierre, le bois, le papyrus, le métal ou le cuir. Les hiéroglyphes sont surtout destinés aux objets et aux monuments funéraires et voués à l'éternité. Le Moyen Egyptien, langue classique du IIèmemillénaire av. J.C. comprenait près de 700 signes alors qu'à l'époque ptolémaîque, on en utilisait près de 5 000. Ils sont groupés en colonnes ou en lignes souvent encadrés de traits et les proportions sont alors les mêmes pour tous les signes. Les hiéroglyphes sont disposés en fonction de la beauté de l'ensemble, de façon à remplir les cadrats (suite de carrés fictifs). Dans le souci d'éviter les vides disgracieux, le scribe intervertit les signes en plaçant le deuxième avant le premier, ce qui est fréquent dans le cas des hiéroglyphes représentant des oiseaux. Souvent les mots «roi» ou «dieu» sont placés en début de phrase: c'est l'antéposition honorifique. Les textes en hiéroglyphes s'écrivent dans plusieurs directions tout en s'adaptant aux formes et aux décors des monuments: en bandes horizontales se lisant de droite à gauche ou de gauche à droite ou en colonnes verticales orientées dans les deux sens. Le sens de lecture est indiqué par les signes animés, hommes ou bêtes dont le regard est tourné vers le début de l'inscription.5
4 Le relevé des signes et de leurs formes a été fait d'après les tableaux donnés par H. Sottas et H. Drioton, Introduction à l'étude des hiéroglyphes, éd. Paul Geuthner, Paris 1991, éédition de 1922, p. XII-XIII et 116-163. 5 C. Ziegler, Naissance de l'écriture, Paris 1995, p. 119

- 13 -

Les scribes multiplient les jeux d'écriture. Parfois un caractère fait face à un autre pour montrer l'affrontement entre deux signes écrivant le nom de deux divinités et orientées en sens inverse: exemple du signe faucon Horus orienté normalement et celui de l'ibis (Thot) orienté en sens inverse et on

traduira: « Horus dit à Thot...».6
Le signes pictographique (signe représentant l'objet qu'il signifie) retrace la forme de la chose: exemple, la forme d'une oie est une oie, celle d'un arc, un arc etc. L'homophonie et le rébus graphique sont utilisés pour représenter des abstractions. La houe, par exemple, se dit mer; le dessin de la houe servira aussi à représenter le mot homophone mer signifiant amour. Pour les mots composés tels que «établiD>se disant s(e)m(e)n pour lequel il n'existe pas d'homophone qui puisse être dessiné, le scribe accole deux images l'une à l'autre: une pièce d'étoffe pliée se lisant see) et l'échiquier m(e)n, l'ensemble ainsi constitué se lit s(e)m(e)n. Pour savoir si le signe est employé comme signe-mot ou comme son, le scribe fera suivre le signe-mot d'un trait. Le système hiéroglyphique comporte 24 signes-mots simples d'une seule consonne appelés signes unilitères qui jouent le rôle de compléments phonétiques pour les autres signes-mots. Pour distinguer entre les mots similaires et peut-être aussi pour séparer les mots entre eux, les scribes ajoutaient après les signes écrivant phonétiquement le mot, un idéogramme indiquant à quelle catégorie générale ce mot appartenait. Ainsi les mots impliquant une notion de force sont suivis d'un bras armé. C'est ce type d'idéogramme qui est appelé déterminatif.7 c. Origine des hiéroglyphes égyptiens En Egypte, le système hiéroglyphique apparaît brusquement, presque sans préparation et muni de tous ses moyens théoriques. En effet, l'analyse du plus ancien groupe de documents, de textes du roi Djer et les quelques 70 stèles de particuliers trouvées autour de sa tombe, vers 3080-3040, permettent de constater que: - l'ensemble des signes alphabétiques est déjà créé: 21 sur 24 au moins; - les autres catégories de signes sont aussi attestées. Ce sont les signes correspondant à deux ou trois consonnes, les signes correspondant à un mot entier par convention de type rébus ainsi que les signes-mots et les
6. Pascal Vemus, Naissance de l'écriture, cunéiformes et hiéroglyphes, Paris 1995, p.131 7. Pascal Vemus, Encyclopédie Universalis, Dictionnaire de l'Egypte ancienne, éd. Albin Michel, Paris 1998

- 14 -

déterminatifs qui ne se lisent pas mais permettent de classer le mot qu'ils terminent dans une catégorie de sens particulière. En Egypte, «l'évolution d'une écriture rudimentaire basée sur la représentation directe aboutissant à un système de correspondance conventionnelle entre des signes et de sens, ne nous a pas été perceptible»8 Les balbutiements du système hiéroglyphique n'apparaissent pas, les signes d'écriture surgissent brusquement après quelques images et scènes peintes sur des poteries, des murailles (tombes de Hiéraconpolis) ou sculptés sur des objets (palettes en schiste et manche de couteau). «Rien de la Préhistoire de l'écriture égyptienne ne nous est encore connu».9 D. Ecrits et traditions religieuses Le nom égyptien de l'écriture hiéroglyphique est medou neter «les paroles divines», c'est-à-dire la transcription des sons et des paroles des dieux, en particulier du scribe par excellence, Thot. Les textes des pyramides, des sarcophages et du livre des morts inscrits dans les appartements funéraires des sépultures royales de la fin de l'Ancien Empire (deuxième moitié du IIIème millénaire) sont une sorte de rituel composé de pièces et de morceaux très anciens qui ont dû être transmis oralement avant d'être transcrits sur papyrus... Comme les images, les inscriptions exercent une pression «magique» sur le réel. Au Nouvel Empire, on comptait 700 signes et à la période ptolémaïque des milliers. Les signes-mots ont un pouvoir magique; aussi certains mots représentant des êtres redoutables comme les serpents sont-ils amputés d'une partie de leurs corps ou coupés en deux pour être rendus inoffensifs. Parfois des couteaux sont plantés dans le corps de l'animal dangereux. L'apprentissage de l'écriture se faisait à partir de la cursive. Les rouleaux de cuir ou de papyrus étaient réservés à l'état définitif des documents. L'écriture est aussi une incarnation potentielle de ce qu'elle représente car il n'y a pas de distinction entre une réalité et son image. Sur pierre, le pharaon «transmue les évènements qui affectent l'Egypte en répétitions d'actions ou de situations archétypales» quand il s'agit de victoires contre les populations étrangères. ID E. Rapport entre art et écriture Les règles de dessin confirment l'origine commune des hiéroglyphes et
8. Jean-Louis de Cenival, Naissance de l'écriture, Paris 1995, p. 61. 9. Charles Desroches Noblecourt, Naissance de l'écriture, Paris 1995, p.32 10. P. Vemus, Encyclopédie Universalis, Dictionnaire de l'Egypte ancienne,

éd.A. Michel, Paris 1998.

- 15 -

des figures représentées bien que ces dernières n'aient pas valeur de signes d'écriture. Il y a interdépendance entre éléments figuratifs et phonétiques. Sur une fausse porte ou sur une stèle, l'inscription ne comporte pas de déterminatif du personnage puisque la figure du défunt en grande taille en tient lieu (M.A. Bohême)ll. Si une représentation peut servir de déterminatif, il arrive aussi que dans l'inscription elle-même, l'un des signes (ou plusieurs) soit affecté d'une dimension démesurée par rapport aux autres où il fonctionne alors comme représentation.12 Les hiéroglyphes sont la combinaison de trois catégories fonctionnelles des signes: les idéogrammes, les phonogrammes et les déterminatifs. Ils constituent des images formant des «réalia» de l'univers pharaonique identifiables même par un profane car ils sont dessinés selon les mêmes principes et les mêmes conventions régissant les représentations. Par exemple, les personnages humains «hiéroglyphes» sont dessinés la tête de profil, les épaules et le ventre de face, la poitrine, le bassin et les jambes sont de profil comme ils le sont dans des scènes. Les hiéroglyphes constituent parfois un tableau se suffisant à lui-même à l'intérieur de l'inscription où ils ne fonctionnent que comme signes d'écriture et le motif du tableau peut être indépendant de l'inscription. Il peut aussi le redoubler ou apporter un commentaire. Un hiéroglyphe peut être agrandi pour faire fonction de «représentation greffée sur le texte». Et un hiéroglyphe promu au rang de symbole peut être intégré aux représentations. Parfois aussi, l'image donne lieu à une véritable rhétorique, fondée sur des variations analogiques et homologiques lui conférant une sorte de discursivité.13

F. Notions générales sur le mot, la phrase et la grammaire * Le mot et la phrase Dans un mot, la combinaison des idéogrammes et des signes-sons est irrégulière et variable. Le schéma le plus fréquent est le signe-son + le déterminatif. Prenons l'exemple de charger. Il est formé des signes-sons a, t, p (atep + déterminatif de l'homme portant un fardeau. Parfois les mots sont formés avec des hiéroglyphes présentant des éléments de charades actuelles de type:
11. Marie-Ange Bohême, Dictionnaire de l'Egypte ancienne, Paris 1998 12. P. Vemus, Naissance de l'écriture, cunéiformes et hiéroglyphes, Paris 1995, p.131 13. P. Vemus, Dictionnaire de l'Egypte ancienne, Paris 1998

- 16 -

mon premier est un félin = chat; mon second est décoratif = pot et mon tout est un couvre-chef =chapeau. Certains mots courants sont écrits uniquement avec des signes alphabétiques. Exemples: m = dans; p +t + h = Ptah; i + m = ici;
n + t +t

=que,

etc.

D'autres mots sont seulement écrits avec un idéogramme accompagné d'un trait pour montrer sa valeur descriptive: cas de tp «tête», pr «maison», r «bouche» ... Le même signe, suivant les contextes, peut être utilisé comme signe-idée, signe-son ou déterminatif. Au cours de son évolution, certains signes tombent dans l'oubli, d'autres sont modifiés alors que certains font leur apparition: exemple du hiéroglyphe char apparu au Nouvel Empire. * La grammaire Dans une phrase, on identifie les noms propres, les noms communs, les adjectifs, les adverbes et les pronoms. Les pronoms suffixes jouent le rôle de personnes avec le verbe: je (masculin et féminin + verbe), tu (mas.k et fémi. t), 3ème personne du singulier (mas. f et fém s), nous (n), vous (tn), ils (sn). Avec un nom, ces pronoms jouent le rôle d'adjectifs possessifs: pri = ma maison; prk = ta maison; prf = sa maison etc. Le mot féminin se reconnaît au signe t qui le termine: sn «son frère», snt «sa sœur». Le pluriel s'exprime par la terminaison w / ou : trois petits traits à la fin du mot. En théorie, l'adjectif placé après le nom s'accorde en genre et en nombre avec ce nom. Il n'existe pas d'article. On trouve des phrases sans verbe qui peuvent être composées d'un sujet et d'un adverbe, d'un sujet et d'un nom, d'un sujet et d'un adjectif. La phrase verbale est rigoureuse et est toujours formée selon le schéma: verbe + sujet + C.O.D. + complément d'attribution + campI. de circonstances. Exemples: fait / j'ai / monuments / nombreux / pour / dieux / tous / dans / pays / ce = <<j'aifait de nombreux monuments pour tous les

dieux dans ce pays».14
* Les possibilités orthographiques Celles-ci sont multiples par l'extension des valeurs des sIgnes, qu'ils
14. C. Ziegler, Naissance de l'écriture, cunéifonnes et hiéroglyphes, Paris 1995, p. 122-123

- 17 -

soient idéogrammes, phonogrammes ou déterminants. Elles se fondent sur les analogies morphologique, phonétique ou sémantique et sur la création de nouveaux signes. Ainsi «S. Sauneron a relevé plus de 84 signes différents pouvant valoir comme phonogramme unilitère InI dans le temple d'Esna».15 syllabique hiéroglyphique Dans les textes rédigés en langue classique, certains mots, surtout durant le Moyen Empire (bien qu'il existe de rares exemples durant l'Ancien Empire) ont des syllabes formées d'une consonne forte (b, p, m, k...) et d'une consonne faible ou semi-voyelle et présentant des affinités avec des voyelles comme le lui et le Iyl français. Ce procédé est largement utilisé au MoyenPrnp-ire pour rendre les noms propres étrangers, les lisEE de peuples et de villes et certains chercheurs y ont vu une influence akkadienne. C'est vers 1350 avo J.C. qu'apparaît le néo-égyptien, langue orale triomphant sur l'ancienne langue écrite et que l'écriture syllabique connaît son plein épanouissement. Les mots écrits suivant ce procédé sont les noms propres mais aussi des mots égyptiens d'usage ancien dont l'écriture est alors remaniée. Des consonnes faibles étaient utilisées pour rendre les voyelles, il n'est donc pas tout à fait exact de dire que les Egyptiens ignoraient l'utilisation de ces demières.16

G. Ecriture

I. 2. Les écritures cursives
A. Hiératique Apparue en même temps que les hiéroglyphes, cette écriture signifie «écriture sacerdotale» d'après les Grecs. A son dernier stade d'évolution, elle n'est employée que dans les textes religieux. Dès le début, on utilisait, outre la pierre gravée au ciseau, un pinceau fait d'un roseau à l'extrémité écrasée ou mâchée pour noter des indications sur des récipients ou des tablettes. Coexistant avec l'écriture hiéroglyphique, le hiératique n'est que la simplification des hiéroglyphes et le principe de base reste le même: signes idéographiques, syllabiques, alphabétiques. Un texte hiératique peut être transcrit en hiéroglyphes et la connaissance du hiératique est une spécialité non pratiquée par tous les égyptologues.
15. Pascal Vernus, Naissance de ['écriture, Paris 1995, p.132 16. Bernadette Letellier, Naissance de ['écriture, Paris 1995, p. 169

- 18 -

Les textes sont composés en lignes et en colonnes. Cette dernière disposition prédomine durant l'Ancien et le Moyen Empire, les caractères se succédant de droite à gauche sans exception. Le hiératique a des caractères aux formes très simplifiées et ligaturées. Les signes rares, peu usités, sont très proches des signes hiéroglyphiques; alors les plus fréquents peuvent se transformer en points, virgules et monogrammes dans lesquels les signes hiéroglyphiques ne sont plus identifiables. Des signes diacritiques, points ou traits, servent à différencier les textes. La ponctuation apparaît au Nouvel Empire sous la forme de gros points rouges. Les supports de cette écriture sont variés mais le papyrus, et surtout le cuir sont les plus fréquents. Le cuir permet d'effacer plus ou moins parfaitement le texte avec des palimpsestes et de réécrire sur le même support. Les plus anciens papyrus hiératiques connus remontent à la yème dynastie (archives d'Abousir, 2400 avo J.C.). Les éclats de calcaire, de tessons de poterie sont des moyens économiques d'échanger des communications rapides, de prises de note ou de brouillons. Les tablettes en bois servent souvent pour les exercices scolaires; on écrit aussi sur le lin des bandelettes et des suaires. Des indications et des marques diverses en hiératique figurent sur les récipients, les poids, les pièces de mobilier et les blocs de pierre. Des graffiti se trouvent sur la roche naturelle ou les murs des colonnes des monuments. Ces textes sont écrits à l'encre. Après 1 000 ans avo J.C., les inscriptions hiératiques sont gravées sur pierre. Le hiératique est utilisé pour tous les genres: documents administratifs, économiques, juridiques, épistolaires, mathématiques, littéraires, religieux et magiques. C'est la forme d'écriture la plus courante qui ne sera détrônée que par le démotique au Ylèmesiècle avoJ. C.. L'emploi du hiératique sera de plus en plus réservé au religieux. L'écriture devient plus régulière et évolue sur le tard vers les hiératiques égyptiens; il n'y a pas un hiératique mais des hiératiques. Le pinceau souple des époques classiques ne donne pas la même écriture que le calame fait d'un roseau taillé ou le ciseau sur la pierre sans compter les distinctions individuelles. Les égyptologues disposent de listes d'équivalence entre les signes hiératiques et hiéroglyphiques. Un document tardif (100 ans ap. J.C.) trouvé à Tanis contient un syllabaire où les signes hiéroglyphiques sont mis en - 19 -

parallèle avec leurs homologues hiératiques et des gloses rédigées en hiératique précisent ce que sont ces signes.I7 B. Hiératique anormal, démotique et copte Vers la fin du Nouvel Empire (1000 ans avoJ.C. environ), le hiératique soigné se fige en une cursive réservée aux textes religieux. Les documents administratifs et surtout juridiques s'écrivent en une forme très rapide, très ligaturée que l'on a appelé le «hiératique anormal». 50 textes rédigés dans cette écriture paraissent provenir de la moitié sud du pays; la moitié des inscriptions demeure inédite et leur déchiffrement s'avère extrêmement difficile. Vers 650 avoJ.C. apparaissent, venant du nord, des actes juridiques avec une écriture cursive ligaturée à laquelle on a donné le nom de démotique «écriture populaire». Ce dernier se répand peu à peu et finit par éliminer entièrement le «hiératique anormal». Il demeurera la forme d'écriture cursive courante pour tous les usages.I8 Le copte serait apparu au mème siècle: les missionnaires adaptent l'écriture grecque à la langue locale permettant ainsi de répandre le christianisme en Egypte. L'alphabet copte comprend 31 lettres dont 24 viennent du grec et les 7 autres peut-être du démotique.

I. 3. La diffusion des écritures égyptiennes: le méroïtique
Le méroïtique est une écriture africaine proche de l'égyptien. L'empire méroïtique (Koush des textes égyptiens et bibliques et «Ethiopie» des auteurs classiques) a donné la Nubie et le nord de l'actuel Soudan du VIIIème siècle avoJ.C. et du IVèmesiècle avoJ.C. Cette écriture comprend environ 900 textes. En 1819, Fr. Ch. Gau relevait quatre petites inscriptions à Dakka en Basse-Nubie et publiait la première inscription méroïtique. En 1844, l'archéologue prussien R. Lepsius en rapporta 53. Au début du siècle, L. Wooley et F. Li Griffith accrurent le corpus. Griffith, partant des noms propres connus par l'égyptien hiéroglyphique, reconnut la valeur approximative des lettres en se servant de comparaisons: les hiéroglyphes méroïtiques empruntés pour leur forme générale au
17. Bernadette 18. Jean-Louis Letellier, Naissance de l'écriture, cunéiformes et hiéroglyphes, Paris 1995, p.154 de Cenival, Naissance de ['écriture, cunéifonnes et hiéroglyphes, Paris 1995, p.162

- 20-

répertoire pharaonique étaient tournés en sens inverse et recevaient des valeurs particulières. La forme cursive de l'écriture dérive dans l'ensemble du démotique: - 23 signes dont 6 signes vocaliques (a, e, i, 0 et semi-voyelles y et w) ; - 13 signes consonantiques; - 4 syllabiques; - et un séparateur de mots: deux points superposés parfois trois insérés entre les mots. Mais l'interprétation demeure hermétique car on ignore la structure et la nature de la langue. En 1963, le professeur Fr. Hintze tente une description des textes funéraires. En 1967, A. Heyler fixe une division des textes en segments dénommés «stiches». L'enregistrement informatique des textes par l'équipe parisienne a permis à la suite de découper les textes funéraires: - en «invocations» aux divinités surtout Sis et Rosirais; - en « nomination» désignation du défunt; - en « description», désignation des géniteurs par une stiche à finale qowi, le nom de la mère précédant généralement celui du père et d'autres parents du défunt ainsi que les liens divers, tous exprimés par des stiches à finales Iowi ; - en «bénédiction» de divers types. Ainsi, des index de concordances ont été établis, permettant la mise au point d'un recueil de noms de personnes, de divinités, de lieux... Mais la valeur sémantique des inscriptions reste toujours hermétique. On ne connaît que la valeur approximative des signes, quelques formes grammaticales, des noms propres et des titres.19 Et la table d'offrande portant une inscription méroïtique date de 300 ans environ. Les tables ont la forme des tables égyptiennes reproduisant le signe hiéroglyphique signifiant offrande.2o

19. Jean Lec1ant, Naissance de l'écriture, Cunéiformes et hiéroglyphes, 20. M. H. Rutchowskaya, Naissance de l'écriture, Paris 1995, p. 164

Paris 1995, p. 163-164

- 21 -

II. Les écritures orientales
II. 1. Ecritures sUlllérienne cunéiforme et élamite
A. Naissance de l'écriture La naissance de l'écriture serait liée aux besoins de la comptabilité au sein d'une communauté d'agriculteurs et d'éleveurs. Les petits objets façonnés, billes, cônes, cylindres etc. devaient servir à compter, jouant ainsi le même rôle que les cailloux d'où le nom qu'on leur attribue: les calculi. C'est dans les grandes agglomérations d'Uruk en Mésopotamie et de Suse en Elam, au Iyème millénaire que s'élaborera un véritable système et la création d'un art nouveau: l'imagier évoquait des «scènes narratives» et l'ancien procédé des calculi sera réorganisé de façon nouvelle: les calculi sont groupés dans une enveloppe en forme de boule laquelle sera fermée en y imprimant un sceau en forme de petit rouleau, le sceau-cylindre prouvant l'accord d'un contrat. Puis des encoches imprimées sur l'enveloppe indiquent le nombre de calculi à l'intérieur. Ainsi les bulles-enveloppes seront progressivement remplacées par des pains d'argile dont les encoches indiquent les chiffres: ordre de grandeur abstrait, animaux symbolisés par des plaquettes en forme de têtes de bétail. Les pains d'argile seront régularisés en tablettes d'argile et les deux systèmes d'écriture se répandront vers la fin du Iyème millénaire. «Cette comptabilité ne connaissait guère que les chiffres définis parfois par des signes abstraits dont la valeur nous échappe». La cité d'Uruk est alors gouvernée par un roi-prêtre dont l'image est connue et on pratiquait le culte de la déesse Innana. Les chiffres sont déterminés par des signes conventionnels: images simplifiées (pictogrammes) et des signes abstraits, plus nombreux dont la valeur nous échappe. C'est la première forme de l'écriture sumérienne, illisible, datant de 3300 environ av. I.C. Cette vaste communauté dont Uruk est la référence, englobe les territoires de Susiane et de Sumer, leurs descendances lointaines et rayonna jusqu'en Egypte prédynastique. Vers 3000 environ, la communauté de Sumer et de Susiane se disloqua: les Sumériens développèrent leur civilisation en Mésopotamie tandis que les Susiens s'intégraient à la civilisation dite proto-élamite. Ils élaborèrent un art - 22 -

original et leur propre écriture avant de retourner dans l'orbite mésopotamienne et d'adopter le système d'écriture de ces demiers.21 L'économie liée à une agriculture intensive et à la culture de bétail nécessitait un contrôle des biens mis en circulation et l'écriture a subvenu à cette tâche durant des siècles. Dans la même période et même un peu avant, l'art plastique (céramique peinte glyptique) contenait un répertoire de symboles et de signes. C'est apparemment ce qui a permis l'élaboration du système graphique. L'écriture est l'apanage des seuls scribes et près de 500 000 pièces ont été extraites des fouilles.22 Les pictogrammes ou dessins des premières tablettes ne se rapportent qu'à des objets concrets et n'ont donc qu'une valeur de mémorisation puisqu'il n'y a pas d'articulation de phrases. C'est à partir du moment où le signe représentera un son et non plus un objet que l'écriture exprimera la langue elle-même: ce passage au phonétisme aura lieu vers 3000 ans (époque proto-urbaine).23 B. Déchiffrement du cunéiforme sumérien Lors de leur découverte, les caractères cunéiformes ont suscité un certain scepticisme, certains refusant de voir dans ces signes une écriture. C'est Thomas Hyde, professeur à l'Université d'Oxford qui donna le nom de cunéiforme aux inscriptions de Persépolis en 1700. Les premiers déchiffrements furent établis à partir des inscriptions trilingues gravées dans le roc par les grands rois perses achéménides à Persépolis et à Behistun à partir des noms propres. Le même nom est écrit en trois langues différentes, utilisant toutes des signes cunéiformes: le vieux perse, l'élamite et l'akkadien (babylonien). Ces langues étaient toutes parlées dans l'empire perse. La première inscription (en langue vieux perse) formée de 36 caractères fut identifiée dès 1802 mais ce fut le diplomate militaire anglais Rawlinson qui, escaladant le rocher de Behistun, copia la longue inscription trilingue du roi Darius. La deuxième langue, l'élamite, comportant 100 signes syllabiques environ, fut déchiffrée de 1838 à 1851 à partir des noms de Darius et de Xerxès. La troisième (assyro-babylonien) nécessita plus de 50 ans pour être décryptée. Elle contenait plus de 100 caractères. Les valeurs syllabiques des noms propres montrèrent que la langue notée appartenait à la famille des langues sémitiques comme l'hébreu et l'arabe.
21. Pierre Amiet, Naissance de l'écriture, cunéiformes et hiéroglyphes, 22. Jean Bottéro, Naissance de l'écriture, Paris 1995, p. 28 23. B. A. Leicknam, Naissance de l'écriture, Paris 1995, p.51 Paris 1995, p. 46-48

- 23 -

Mais ce qui fut déterminant fut la traduction d'un même texte par quatre savants travaillant séparément et arrivant au même résultat. Cette langue mêlait le phonétisme d'une écriture syllabique et l'idéographie, le même signe pouvant avoir tantôt une valeur de signe-son, tantôt de signe-mot. On supposa alors que le signe-mot notait une langue plus ancienne. C'est à partir de 1880 que des fouilles révélèrent cette langue par de nombreuses inscriptions. Jules appert appela cette écriture le sumérien. Le sumérien ne se rattache à aucune langue connue et fut déchiffré grâce à des textes et des dictionnaires bilingues suméro-akkadiens. Aujourd'hui, l'akkadien nous est presque aussi connu que le latin et le grec alors que le sumérien présente encore de nombreuses difficultés grammaticales et lexicales. c. Graphisme, origine et évolution des signes Le premier stade de cette écriture est linéaire. Le support utilisé est la pierre sur laquelle sont incisées des droites et des courbes selon les objets. Le sens de l'écriture est verticale. Les objets sont représentés tels quels (exemple du poisson) ou par l'une de leur partie schématique (exemple de la tête de bœuf pour le bœuf) ou symbolique (représentation de la femme par le sexe féminin simplifiée). L'écriture pictographique se déforme rapidement et perd toute ressemblance avec l'objet représenté. Le support en est la cause: l'argile fraîche qui rendait difficile la reproduction des courbes. Celles-ci sont remplacées par des droites imprimées et non plus tracées au moyen du calame de roseau. L'élément de base de cette graphie est le clou, soit horizontal, soit oblique, soit vertical... dont les agencements forment un signe. L'argile est le support le mieux adapté à la graphie cursive cunéiforme et à ses diverses formes évolutives. Vers 2600 av. J.C., le sens de l'écriture devient de gauche à droite. Dans les inscriptions sur pierre, une lecture verticale et de gauche à droite subsistera jusqu'au millénaire suivant. Le graphisme sur support précieux (pierre ou métal) gardera un caractère archaïque jusque vers le milieu du deuxième millénaire (exemple du code d'Hammourabi). L'écriture officielle sur support précieux commémore un événement important alors que l' écri ture sur tablettes d'argile traite de tous les autres aspects: administratifs, médicaux etc. Cette dernière écriture évolue rapidement. Chez les Akkadiens, la graphie se diversifie en écriture assyrienne et babylonienne selon la direction Nord/Sud de la langue. Elle se modifie selon les régions et les époques et le souci de simplification restera la règle - 24-

majeure. L'évolution des signes est aussi liée à la symbolique des signes transportée par les caractères: ainsi un pictogramme peut être un idéogramme (signe-mot) ou un phonogramme (signe-son).24 D. Le système cunéiforme: Langue et grammaire. Evolution vers le phonétisme La langue sumérienne est de type agglutinant, largement monosyllabique (exemple su = main), ce qui suppose un grand nombre d'homophones d'où l'addition d'affixes (suffixes, préfixes, infixes) pour exprimer les rapports grammaticaux. Ils furent d'abord idéographiques puis il y eut arrangement de deux signes distincts par imbrication (exemple kanninda «manger» est formé de ka «bouche» et de ninda «pain»). Parfois un terme est utilisé comme symboles d'objets ou d'actions voisines (exemple la bouche, le nez, la parole, la dent... peuvent tous exprimer l'idée de parler). Aussi adjoint-on des déterminatifs placés au début ou à la fin des phrases qui ne se lisent probablement pas mais qui précise la catégorie à laquelle appartient le concept exprimé. La nécessité de noter les éléments relationnels conduisent au syllabisme, les idéogrammes perdent leur sens premier et ne conservent que le son. Des variantes de sons furent notées par un signe arbitraire. Par l'élimination de signes d'écriture qui avaient la même valeur phonétique primitive, le répertoire passa de plus de 1000 signes à l'époque primitive à 300 environ vers 2400 av. J.C. Cependant, cette écriture resta essentiellement idéographique, les signes phonétiques étant réservés à la notation des noms propres et des outils grammaticaux. A l'époque dite «néosumérienne» vers 2150-2000, la langue se transforma après un intermède akkadien et certains textes furent même écrits de manière phonographique. La langue sumérienne ne fut plus parlée mais demeura la langue de culture religieuse et savante jusqu'au IVèmesiècle av. J.C.25 L'écriture cunéiforme au stade le plus ancien écrit les voyelles. Comme en Egypte, on rencontre idéogrammes, signes phonétiques simples ou complexes et déterminatifs. «Mais il y a une grande différence dans la nature essentielle du signe phonétique qui exprime une valeur phonétique positive c'est-à-dire voyelle comprise: voyelle + consonne ou consonne + voyelle ou bien voyelle médiane entre les deux consonnes, type - m, m-, m-n».26
24. Béatrice André Leïcknam, Naissance de l'écriture, Paris 1995, p.?5 25. B. A. Leicknam, Naissance de l'écriture, Paris 1995, p. 93 26. R. Weill, La Phénicie et l'Asie occidentale (des origines à la conquête macédonienne) Paris 1948, p.15?

- 25 -

E. Champ de l'écriture mésopotamienne L'écriture cunéiforme n'intéressait pas toutes les activités et des zones entières n'en usèrent jamais : montagnes à l'Est, steppes à l'Ouest, marais du Sud bien qu'à certains moments, les habitants aient joué un rôle primordial dans la civilisation de la Plaine. Sumer oublia même l'invention de cette écriture entre 1730 et 1450 et la réapprit en Babylonie du Nord. La transmission du savoir resta donc largement orale.27 F. Extension du système cunéiforme et langues parlées par ce système L'écriture cunéiforme évolua sous la pression des autres langues qui adaptèrent l'écriture sumérienne à leur langue. Dans le Sud, les Sumériens sont majoritaires et leur culture est incontestée. Dans le Nord vivaient des populations sémitiques. Vers 2330 environ les scribes d'Agadé sous Sargon (premier empire mésopotamien) transcrivirent leur langue à racine trilitère (trois consonnes en ordre fixe définissent le sens général du mot et servent de support aux voyelles) avec des idéogrammes sumériens vidés de leur sens. L'écriture fut réduite à une graphie phonétique et syllabique; et un seul signe fut choisi parmi les homophones, ce qui allégea le système. Mais la majorité des signes-mots furent pris tels quels avec leurs valeurs et lus en akkadien. Le déchiffrage est facilité par des idéogrammes déterminatifs de lecture et de compléments syllabiques indiquant la dernière syllabe du mot. La notation de certains sons akkadiens inexistants dans le sumérien consiste à modifier certains sons sumériens. Certaines modifications vont encore s'ajouter dans l'akkadien appelé assyro-babylonien selon une distinction Nord/Sud de la langue. Vers le xvmème siècle av. J.C., l'écriture fut simplifiée: 100 signes environ. Par la suite, ce système régressa en s'alourdissant: il passa à plusieurs centaines de signes à l'époque néo-assyrienne au Vllème siècle av. J.C. Au début du dernier millénaire de son existence, ce système ne survit que dans la «région-mère» où les scribes entreprirent de la compliquer pour sauvegarder la tradition. Le système cunéiforme akkadien ne dépassa jamais réellement le stade du syllabisme mêlé d'idéogrammes. Les innombrables documents ont survécu
27. D. Arnaud, Naissance de l'écriture, Paris 1995, p. 259

- 26-

dans cette écriture sumérienne akkadienne et élamite difficilement maniable (sud-ouest de l'Iran) jusqu'en Asie Mineure en passant par la Mésopotamie, la Syrie et l'Egypte. La recherche de matières premières et les guerres de conquête au mème millénaire, permirent la diffusion du sumérien et de l'akkadien coexistant souvent avec la langue locale: à Suse en Iran et à Ebla et Mari en Syrie. L'akkadien en mode cunéiforme s'est réparti en Mésopotamie selon une diffusion Nord-Sud: Summer-Akkad puis Assyrie-Babylonie. Il atteint les régions périphériques: Syrie, Plateau anatolien, Arménie et Iran du NordOuest. Certaines inscriptions ont même été trouvées à Chypre, en Palestine, à Bahrein, au Koweït et en Egypte.28 La légende sumérienne attribua au roi d'Uruk Enmerkar l'invention de l'écriture pour pouvoir correspondre avec le seigneur d'Arattu (métropole iranienne antique). Dès que les textes deviennent intelligibles, on constate que la pratique de l'écriture est commune à tout Sumer: mêmes signes d'écriture, mêmes œuvres littéraires et mêmes manuels pour l'apprentissage de l' écriture. Au début l'écriture sumérienne était indissociable de la langue qu'elle notait: racine monosyllabique sur laquelle se suffixaient et se préfixaient les éléments grammaticaux. Les documents retrouvés à Ebla en Syrie où se parlait une langue sémitique transcrivent des expressions sumériennes figées pour noter des tournures sémitiques, des idéogrammes pour des mots sémitiques et des signes-syllabes du système notant phonétiquement ce qui est irréductible comme les noms propres. L'emploi du cunéiforme évolué utilisé durant la dynastie d'Agadé a été étendu à tout le Proche-Orient pour des raisons militaires. Au début du IIème millénaire avo J.C., les documents en cunéiformes surtout phonétiques abondent: apparition d'archives privées et administratives. Dans les archives administratives de Mari (XVIIIèmesiècle avoJ.C.), il n'y a pas de différence entre une lettre d'Alep (à l'ouest) et une autre de Larsa ou de Babylone (à l'est). On y retrouve la même langue (babylonien classique du Code d'Hammourabi) et une même culture unit la Mésopotamie à la Syrie.
28. Béatrice André Leïcknam, Naissance de l'écriture, cunéiformes et hiéroglyphes, p. 95-96 et 115

- 27 -

A partir du xyème siècle avo J.C., l'écriture est devenue un fait de civilisation et les possibilités de phonétisme sont devenues totales. Le système s'étend et même l'Egypte emploie le cunéiforme pour sa correspondance diplomatique. Ce système note des textes en hittite, luvite, hatti, élamite, cananéen. Au moment de son extension maximum, on constate dans la région de naissance du cunéiforme une tendance à une régression: développement d'une floraison d'idéogrammes des textes sémitiques savants. La fin du Ilèmemillénaire vit de grands bouleversements et le cunéiforme redevient un fait central: Assyrie au Nord et Babylone au Sud. La langue notée du cunéiforme se démarque de plus en plus de la langue parlée et le papyrus remplace davantage le support argileux. L'araméen prend la relève et les derniers documents viennent d'Uruk.29 L'un des premiers alphabets sémitiques consonantiques connus est en cunéiforme et apparaît au XIYème siècle avo J.C. à Ougarit, sur la côte syrienne, pour noter la langue locale (p. 103). Le dernier texte cunéiforme provient d'Uruk et est daté de 75 après J.C. (p.109).3o Les langues parlées en Mésopotamie se diffusent en même temps que l'écriture ainsi que leur littérature en sumérien et en akkadien. Le système cunéiforme a ainsi noté: - le sumérien, l'akkadien, l'éblaïte (Syrie, mème millénaire avoJ.C.) ; - l'élamite (Iran du sud-ouest, IIlèmeet 1er millénaire avJ.C.) ; - le hurrite, périphérie nord-ouest, nord et nord-est, Ilème et 1er millénaire avoJ.C. ; - le hatti, Anatolie, Ilèmemillénaire avoJ.C. ;
- l'urartéen, Arménie au 1ermillénaire avo J.C. Il a aussi noté plus sporadiquement: -le palaïte, dialecte indo-européen de Turquie au Ilème millénaire avoJ.C. ; - le hittite indo-européen, vers 1500 avo J.C. ; - le cananéen, lettres de Palestine au IIèmemillénaire avoJ.C. ; - l'araméen dans toute la Mésopotamie au 1ermillénaire avoJ.C. ; - l'ugaritique, alphabet cunéiforme ugaritique du XIVème et XIIlème siècle avo J.C. en Syrie;
- le vieux perse de l'époque achéménide, alphabet syllabaire de l'Iran du

Sud-Ouest.31
29. Jean- Marie Durand, Naissance de ['écriture, Paris 1995, p. 100-101 30. B. A. Leicknam, Naissance de ['écriture, p. 103 et 109 31. Florence Malbran, Naissance de ['écriture, Paris 1995, p. 114

- 28-

G. Ecriture élamite particulière Vers 3000 environ, les Susiens se séparèrent de la communauté sumérienne et s'intégrèrent à la communauté montagnarde dite protoélamite. Ils élaborèrent un art original et une écriture exprimant leur propre langue dont certains signes étaient pictographiques. Des vases vraisemblablement symboliques de mesure de capacité ont été dessinés avec une stylisation géométrique. Par la suite, chaque trait tend à s'effiler d'un côté et à prendre l'aspect d'un clou. C'est pourquoi sur argile, l'écriture tend à devenir cunéiforme. «La majorité des très nombreux signes étaient purement abstraits. Leurs groupements permettent de supposer qu'ils pouvaient avoir revêtus des valeurs phonétiques».32 L'apparition d'une écriture élamite autonome illustre les influences diverses que subit cette région du monde. Une écriture dite proto-élamite apparue en même temps que son homologue sumérienne disparut sous l'égide de la civilisation et de l'hégémonie sumériennes. Vers 2240 les inscriptions du dernier roi d'Awan Puzur-Inshushinak témoignent d'un autre stade de cette écriture élamite sans que l'on puisse déterminer s'il s'agit d'une évolution de l'écriture proto-élamite. Elle est linéaire et compte 60 à 70 signes. Elle connut une large extension géographique: haut-plateau à Tepe Sialk, à Tepe Yahia et à Malyan. Cette écriture disparut avant la dynastie d'Awan et fut remplacée par le cunéiforme. En Elam, les écrits sont sumériens ou akkadiens mais lors d'une renaissance nationale, le cunéiforme était alors adapté à la langue des autochtones: utilisation de structures linguistiques et phonétiques élamites où les idéogrammes sont très peu employés.33
II. 2. Ecritures de Phénicie, de Syrie et de Palestine
A. Les inscriptions pseudo-hiéroglyphiques de Byblos Ces inscriptions sont gravées sur pierre ou sur bronze et sont au nombre de 10. Leur déchiffrement a été révélé en 1946. La langue de ces textes est le phénicien le plus pur est datée du xvème siècle av. I.C. environ. (C. Higounet, 1959).
32. Pierre Amiet, Naissance de ['écriture, Paris 1995, p. 46 33. F. Malbran, Naissance de ['écriture, Paris 1995, p. 115

- 29-

B.A. Leicknam (1995, p. 180) situe l'apparition de cette écriture au XVIllème siècle av. J.C. B. Les écritures alphabétiques Ce que nous savons avec certitude est que la région syro-palestinienne voit se développer en son sein des écritures considérées «alphabétiques». L'alphabet cunéiforme d'Ougarit formé uniquement de signes-sons présente un progrès certain par rapport à tous les essais de phonétisation faits jusque-là à partir de l'écriture sumérienne. Il est réalisé dans la deuxième moitié du deuxième millénaire av. J.C.. Les 2 000 textes trouvés à Ras Shamra relatent des mythes, des légendes, des rituels, des lettres, des contrats, des listes comptables et des documents économiques datés du XIlIème et du XIVèmesiècle av. J.C., ce qui suppose une innovation antérieure. L'alphabet linéaire de Phénicie voit le jour au XIIèmesiècle av. J.C.. Dans cette région, on est passé du pictogramme au cunéiforme et probablement de ce dernier au linéaire phénicien. Le support est le papyrus, apte à recevoir une écriture linéaire mais non l'écriture cunéiforme. La diffusion de l'écriture est souvent assurée par le commerce, la guerre et la religion.34 Les premières inscriptions alphabétiques apparaîtront au Bronze récent (1550-1200) ou même au Bronze moyen II (1750-1550). On distingue les inscriptions proto-sinaïques qui notent une écriture alphabétique de 24 à 29 signes et transcrivant une langue ouest-sémitique et trois inscriptions très courtes ou fragmentaires provenant de Palestine: Lakish, Gezer et Sichem datant du Bronze moyen II et notant une écriture alphabétique. Les signes de ces premières écritures sont «linéaires» et ont leur prototype dans l'écriture égyptienne. La valeur de ces signes leur est donnée par le système acrophonique «c'est-à-dire que la valeur consonantique de ces signes est celle de la première consonne de l'objet ou de la chose dessinée ou évoquée par le signe». Les Hyksos sont probablement les inventeurs de cet alphabet linéaire. Cette écriture alphabétique consonantique est attestée de façon sporadique en particulier à Lakish. L'écriture linéaire non déchiffrée des quelques tablettes trouvées à Deir' Alla datant de 1200 environ peut être liée au sud-sémitique.
34. Jean-Louis Cunchillos, Naissance de ['écriture, Paris 1995, p. 172-174

- 30-

Les 1 500 textes de l'alphabet cunéiforme d'Ougarit comprend 30 signes: 27 signes consonantiques et 3 signes vocaliques. La version courte de cet abécédaire en Phénicie et en Palestine correspond à l'abécédaire phénicien des 22 lettres (fusion de plusieurs lettres primitives). La diffusion de l'écriture linéaire consonantique se fera à partir du XIlème siècle avo J.C.. Vers 1000 ans avo J.C. environ, les témoignages restent fragmentaires: pointes de flèches en bronze inscrites (une trentaine en Phénicie et près de Bethléem) et ostraca ou vases incisés, essentiellement en Phénicie et en Palestine. Les inscriptions des rois de Byblos (Ahiram) et la tablette de Gezer datent du 1ermillénaire avoJ.C. et c'est à partir de la seconde moitié du rxème siècle avoJ.C. que la diffusion s'étend:
- à l'ouest, Chypre, Sardaigne (stèle du Nord) ;

- au nord-est, Tell Fekherch (araméen) ;
- à l'est, inscription de Hazael et de Zakkur ;

- au sud, stèle de Mesha vers 810 avoJ.C. en Transjordanie (moabite). Ces inscriptions, royales le plus souvent, attestent l'emploi de cette écriture à la cour des rois de Syrie-Palestine et probablement aussi à Jérusalem de l'époque de David35.. On distingue deux alphabets phéniciens: l'archaïque et le classique. L'alphabet phénicien archaïque est formé par les inscriptions phéniciennes les plus anciennes et trouvées à Byblos: celles des rois Ahiram, Abibaal, Elibaal et l'épigraphie d'Astrudal. Les 22 signes de cet alphabet permettent d'écrire n'importe quel mot. Toutes les hypothèses ont été émises pour découvrir l'origine de la forme de ces lettres: hiéroglyphes et signes hiératiques de l'Egypte antique, déformations des signes cunéiformes... Des rapprochements ont même été établis avec le sud-arabique et l'écriture sinaïque bien que ces systèmes soient parallèles au phénicien et non antécédents. Les Phéniciens ont probablement créé leur alphabet en puisant dans le fonds commun des écritures orientales et égéennes sans tenir compte de la valeur des signes plus ou moins imités. L'alphabet classique dérive directement de l'alphabet archaïque diffusé par les marchands et négociants de Tyr.
35. André Lemaire, La naissance de ['écriture, Paris 1996 (intervention lors d'un colloque)

- 31 -

Les inscriptions les plus nombreuses ont été trouvées à Chypre (colonie carthaginoise) et à Carthage. Il est souvent appelé alphabet punique. Cette écriture se présente en lignes horizontales orientées de droite à gauche. Les lettres de cet alphabet portent des noms dont l'ordre et l'abécédaire phénicien ont été conservés par l'alphabet hébreu. Ces noms dériveraient des objets représentés: «Dans quelques cas, celui de l'alef qui semble reproduire une tête de bœuf ou celui de l'aÏn dont la forme rappelle celle d'un œil, le dessin correspond, en effet, au nom de la lettre. Mais si, comme on le pense maintenant, les Phéniciens ont créé arbitrairement leur système graphique... ces dénominations ne sont

probablementque des désignations après-coup.» 36

II. 3. Ecritures sudarabiques au Yémen
écritures de la Péninsule arabique Dans la péninsule Arabique, les habitants utilisent diverses écritures appartenant à une même famille et qui ne présentent qu'une parenté assez lointaine avec les alphabets du Proche-Orient, l' ougaritique et le phénicien. Dans le Yémen actuel, des montagnes culminant à 3 700 mètres reçoivent des précipitations abondantes et régulières permettant l'établissement de populations sédentaires depuis au moins 3 000 ans. Dans le reste de la péninsule, le désert accueille les pasteurs nomades. Les communautés sédentaires yéménites antérieures à la période islamique, appelées «sudarabiques» se distinguent par un niveau de civilisation élevé, une langue propre apparentée à l'arabe mais aussi à l'éthiopien. Cette langue sudarabique est connue par 8 000 inscriptions environ. Cette écriture apparaît relativement tard et les documents les plus anciens ne semblent pas antérieurs aux YIème_ ème siècle avoJ.C. y B. L'alphabet sudarabique L'alphabet sudarabique est formé de 29 consonnes dont certaines (h, w et y) pouvait avoir une valeur vocalique. Chaque lettre a une forme particulière et la compréhension des textes est facilitée par des barres séparant les mots. Le chiffre de 29 montre que cette écriture a conservé tous les phonèmes
36. C. Higounet, ['écriture, édition de 1959, réédition de 1955

A. Les

- 32-

du sémitique commun, langue hypothétique de laquelle dériveraient toutes les langues sémitiques. L'ordre de cet alphabet est proche du syllabaire éthiopien et diffère de celui des autres écritures alphabétiques. Le sens de l'écriture est ordinairement de droite à gauche; mais dans les textes les plus anciens, il pouvait être alternativement de droite à gauche et de gauche à droite. Dès les origines ou presque, cette écriture a été employée comme motif ornemental. «La forme et la proportion des lettres ont été régies par des canons très stricts, qui n'évoluèrent qu'avec lenteur. Ces canons, qui manifestent un goût prononcé pour les figures géométriques simples, pour la symétrie et le dépouillement, ont peut-être été influencés par l'écriture grecque d'époque classique.» Dans certaines régions périphériques de l'Arabie méridionale, des écritures présentant de menues différences ont été utilisées. L'écriture éthiopienne consonantique dérive de l'une des écritures sudarabiques. Le syllabaire éthiopien est la seule survivance de l'écriture sudarabique. La stèle d'albâtre dite «stèle de Marseille», datée du vème siècle avoJ.C. commémorant une offrande de personne au dieu sabéen Almaqah, présente un sens d'écriture dit boustrophédon, c'est-à-dire de droite à gauche puis de gauche à droite.37 Actuellement, les chercheurs s'accordent à reconnaître à l'écriture sudarabique et à sa civilisation une ancienneté bien plus grande: début et milieu du IIèmemillénaire avo J.C. (Serge Cleuziou 1998, André Lemaire, 1996...). Ces écritures sudarabiques se trouvent au Yémen, à Qataban et à Hadramaout.

37. Christian Robin Naissance

de l'écriture,

cunéiformes

et hiéroglyphes,

Paris 1995, p. 187-188

- 33-

III. Les écritures européennes anciennes
Les écritures de l'antiquité européenne sont surtout les alphabets grec et latin mais aussi l'écriture hittite apparue en Anatolie et en Syrie, l'écriture cypriote, l'écriture ibérique, les écritures italiques (étrusque, osque, falisque...), les runes, l'ancien scandinave etc.

III. 1. Les écritures apparues dans le monde hellénique et son voisinage
A. Les écritures hittites On distingue deux types d'écriture hittites: le cunéiforme hittite et l'écriture hiéroglyphique hittite. Le cunéiforme hittite est l'écriture empruntée par les Hittites à un foyer culturel syrien où se pratiquait une variété de cunéiforme occidental babylonien. Ce cunéiforme hittite est une écriture officielle utilisée par toutes les langues de l'empire, le hittite et ses dialectes, le hatti, le hourrite et l'akkadien de Syrie et de Mésopotamie. L'écriture hittite hiéroglyphique s'est développée en Asie Mineure à partir du xyème siècle av. I.C.. Elle est fondée sur des pictogrammes représentant des profils d'animaux, des parties du corps humain, des objets de la vie quotidienne et de nombreux symboles religieux. Son usage s'est répandu au XIyème et au XIIIèmesiècle av. I.C. jusqu'en Syrie du Nord où elle a survécu à l'Etat anatolien durant les premiers siècles du premier millénaire. Le répertoire comporte un syllabaire à multiples homophones, un grand nombre d'idéogrammes de lecture énigmatique et de lecture incertaine. Le sens de l'écriture est boustrophédon. Le déchiffrement de cette écriture et de cette langue est lent et incomplet. L'écriture hiéroglyphique est utilisée à des fins religieuses alors que l'écriture cunéiforme l'est à des fins scolaires, administratives etc.38 L'écriture hiéroglyphique hittite apparue en Anatolie et en Syrie est un système mi-idéographique, mi-phonétique dont le sens de lecture est généralement boustrophédon. Cette écriture note une langue indo-européenne différente de celle des inscriptions hittites cunéiformes, employées dans l'empire hittite d'Asie
38. Emmanuel Laroche, Naissance de l'écriture, cunéiformes et hiéroglyphes, Paris 1995, p.115-116

- 34-

Mineure et de Syrie du XVIIème au XIllème siècle avo J.C. (C. Higounet, 1959). A la fin du IIIème millénaire avo J.C. «les Hittites arrivent en Anatolie, venant d'on ne sait où». Ils utilisaient vers 1500 ans environ avo J.C. les cunéiformes babyloniens pour noter leur langue. Ceux-ci étaient prononcés en hittite: ainsi le signe de l'homme lu en sumérien et amêlu en akkadien était prononcé antusha en hittite.39 B. L'écriture cypriote et les syllabaires A et B L'écriture syllabaire cypriote antérieure à l'arrivée des Grecs comprend 54 signes dont certains sont non encore déchiffrés. Elle dérive de l'écriture crétoise linéaire et le stade intermédiaire remonterait au xyème siècle avoJ.C.
(C .Higounet )40

Le disque de Phaïstos trouvé en Crête présente une écriture non encore déchiffrée. L'écriture dite « syllabaire A» reste encore indéchiffrée alors que le syllabaire B a été déchiffré par Michaël Yendris de 1951 à 1953 : ce syllabaire note une langue très proche du grec ancien.

c. Les écritures grecques «L'origine phénicienne de l'alphabet grec ne fait aucun doute... Hérodote appelait les lettres Phoïnikéia grammata, c'est-à-dire écriture phénicienne. Les Grecs attribuaient l'introduction de l'alphabet à Cadmos, le fondateur légendaire de Thèbes, qui aurait apporté 16 lettres de Phénicie; puis Palamède en aurait ajouté quatre pendant la guerre de Troie et le poète Simonide de Céos plus tard quatre autres. Les plus anciennes inscriptions, celles de la coupe de Dipylon d'Athènes, des vases du Mont Hymette, des tessons de Corinthe... sont du vrnème siècle avo J.C. L'emprunt de l'alphabet aux Phéniciens et son adaptation à leur langue ont eu lieu vers la fin du deuxième millénaire ou au début du premier. L'adaptation s'est faite par une série de tâtonnements régionaux puisqu'il a existé plusieurs alphabets locaux qu'on dit «archaïques». L'unification ne s'est faite qu'au IVème siècle av.J.C avec l'alphabet oriental de Milet, dit ionien après qu'Athènes eut officiellement décidé de l'adopter... Les premières inscriptions sont souvent écrites de droite à gauche, parfois boustrophédon; mais après 500 environ, l'orientation est invariablement de gauche à droite...» (C. Higounet).
39. Louis-Jean Calvet, Histoire de l'écriture, éd. Pluriel, Paris septembre 40. C. Higounet, L'écriture, éd. P.U.F, Paris 1959, réédition de 1955 1998.

- 35 -

Les commentaires (3)
Écrire un nouveau message

17/1000 caractères maximum.

jimiou

je veut le livre de ''l'origine du latin est berber ou b1 des document avec cette idée mrc c important ^^

jeudi 20 novembre 2014 - 20:49
jimiou

je veut le livre de ''l'origine du latin est berber ou b1 des document avec cette idée mrc c important ^^

jeudi 20 novembre 2014 - 20:49
jimiou

je veut le livre de ''l'origine du latin est berber ou b1 des document avec cette idée mrc c important ^^

jeudi 20 novembre 2014 - 20:49