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L'autrement-être

De
178 pages
L'Autrement-être clôt la trilogie débutée avec L'Autrement-pensé (2002) puis par L'Autrement-dit (1995). Les développements reliés à la première partie, descriptive, formeront la seconde partie, interprétative, du livre. A l'instar du rapport entre ces deux parties, les synthèses seront à la fois autonomes et imbriquées les unes dans les autres. Toutes les chances semblent réunies pour que les composantes philosophique et linguistique de l'ouvrage se fondent dans un creuset anthropologique constituant ainsi cet autrement-être où l'homme, son monde et sa langue ne feront qu'un.
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11 HOB hl T 11 E L'AUTREMENT-ÊTRE

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s é fi a il t i que



Boris Lobatchev

HHOBbITHE L'AUTREMENT-ÊTRE: UNE PLAQUE TOURNANTE
ENTRE MIMÉSIS ET CATHARSIS

Une hésitation du langage qui se résout dans la langue, créant en profondeur le couple contrastif du russe et du français

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de Kinshasa

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BURKINA

Du même auteur aux éditions l'Harmattan

L'Autrement-pensé.
HHaKOMbICJlHe, 2002

L'Autrement-dit.
HHOCKa3aTeJlbHOCTb,

1995

www.Iibrairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan l@wanadoo.fr
(ÇJ L'Harmattan, 2006

ISBN: 2-296-01089-X EAN:9782296010895

Dédicace en termes de remerciements
À Danielle Juteau suivant de près et de loin les étapes de l'écriture de ce livre.

Remerciements en termes de dédicace
À Magali Estève lisant et corrigeant sans relâche les pages et les pages de mes innombrables manuscrits. À François Boisvert qui a su faire revenir le cyrillique dans mon portable au point crucial de mes habituelles aventures techniques. À Emmanuel Adien ayant déployé des Acrobaties pour obtenir,

en plus d'un prêt à cliché, une formidable version PDF.

A vant-propos numéro 1 : projet linguistico-anthropologique
Tout est autrement si l'on peut encore parler d'être. Lévinas

Le terme néologique de «L'Autrement-être », formé en français pour traduire la morphologie de I1HoObITl1e, coïncide et ne coïncide pas avec le point de départ en russe. Il en diffère surtout par l'absence d'allusion à l'audelà - ce monde supraterrestre dont seule l'expérience de la mort permette la connaissance. Loin des promesses cognitives du futur, notre projet se situe donc dans le présent. Nul besoin d'attendre d'avoir une suite des mondes afin de les découvrir l'un après l'autre. Ce qui nous préoccupe en fait, ce sont des mondes terrestres parfaitement parallèles, inscrits comme ils sont dans l'axe d'immédiateté typologique: voici l'être français, voilà l'être russe. La question existentielle d'être ou de ne pas être est toujours là, en français comme en russe. Sauf que cette

métaphysique est ici transgressée par le côté contrastif du terme qui renvoie à des êtres et à des choses situés sur le même plan temporel, tout en faisant partie des mondes se diversifiant dans l'espace. Qui dit l'être dit l'homme. C'est cette dimension humaine variable qui nous intéresse de manière particulière. Historique Un petit historique s'impose. Lors de l'écriture de mon premier livre qui portait encore sur L'Autrement-dit
HHOCKa3aTeJlbHOCTb(L'Harmattan 1995) je ne cherchais

pas à délimiter ce qui appartient aux mots et ce qui participe de la pensée. Quelle ne fut pas ma surprise lorsque, à sa lecture, Jean-Marie Zemb - dont la spécialité au Collège de France était à l'époque l'articulation de la grammaire et de la pensée - y avait entrevu "l'autrement-penser". J'imagine qu'il s'agissait pour lui du métalangage particulier qui était le mien, mais aussi d'un processus gnoséologique à part, d'une façon bien individuelle d'appréhender les choses. J'ai eu le pressentiment agréable que je fusse condamné à écrire la suite logique du premier livre liée à l'Autrement-dit sur le plan ontologique. Un peu comme cette donne indépendante de moi qui s'appelle HHaKOMbICJlJfe. Maintenant que c'est chose faite (L'Autrement-pensé, L'Harmattan 2002) et que mon deuxième livre se trouve préfacé par Monsieur Zemb, académicien, ce concours de circonstances m'encourage à aller une fois de plus dans le sens de l'anticipation. Cette curiosité intellectuelle veut poser l'être en tant que monde? Mais telles ont été depuis toujours mes intentions. Cependant - troisième livre oblige -, je romps ici de plus en plus avec le clan des « poseurs de bonnes questions» pour tenter d'y répondre. À la manière de la complémentarité idéale chez Bakhtine, philosophe et maître du dialogue: cette personne en sait une chose et 10

cette autre personne en sait autre chose. De même ai-je songé à joindre à l'être en tant que monde l'être en tant qu'homme. Introduire le décalage au niveau de la notion permet de guetter des non-coïncidences intérieures en demeurant à l'affût de l'événement. Et quand on aura passé des choses en mouvement au mouvement des choses, on captera les indices précurseurs de l'autrement-être. Comme mon premier livre fut préfacé par Etkind et mon deuxième par Zemb, je profite du troisième pour exprimer ma profonde gratitude à leur égard. Mais l'on ne peut pas s'empêcher à cette occasion de les comparer. J'aime la franche générosité du premier, mais j'aime également l'ironie bienveillante du second. Je me flatte même de la percer à jour. Quoi de plus angoissant pour un préfacier que de voir son auteur s'enfermer en un silence de glace dans l'éventualité si crainte (et pourquoi donc?) d'un accueil réservé? Je tiens à annoncer à Monsieur Zemb que mon Autrement-taire, ouvrage issu de l'Édition spéciale de Chauffas, s'étend quant même sur un bon millier de pages! De la mystification? Il suffit de consulter la partie bibliographique de ce livre pour s'assurer du contraire. Les moins crédules sont invités à ma datcha où ils trouveront, à la bibliothèque du rez-dechaussée, du côté gauche du rayon supérieur, glissé entre l'exemplaire de L'Autrement-dit et celui de L'Autrementpensé, un magnifique volume relié de soie noire, comme il se doit dans ce genre de situation. Si, pour ne rien négliger, nous envisagions maintenant cette autre perspective peu probable d'une réception triomphale, il nous faudrait avoir toute la malice zembienne afin de faire accroire à mes opposants que nous changeons de bord tout en restant sur nos positions de départI, On me dira que je n'ai plus à m'en soucier.
I Si l'on veut déjouer la rhétorique du texte (au cas invraisemblable où l'on serait mal compris), je crois que c'est bien le moment. Et s'il 11

Nos précautions sont prises jusqu'à faire passer l'originalité du contenu pour celle de l'expression. Je veux bien. Mais du moment où l'apparition du deuxième volume s'est miraculeusement fait remarquer à France Culture, j'y suis obligé. J'y suis même obligé par la force des choses. Lorsqu'on réduit l'espace du concept entre mot et objet, comme opère, par exemple, mon honorable préfacier, on peut difficilement compter sur l'oubli de ses adversaires. Il est tout aussi difficile pour moi de faire semblant d'appartenir à la tradition logiciste lorsqu'on est un sémanticien de l'autrement. Et je n'en ai nullement l'intention. Ce n'est pas à moi de ressentir le malaise mais aux écoles en crise. Le meilleur de leurs adeptes confesse, du reste, son échec en termes mitigés: « On ne peut pas dire que c'est faux, et l'on ne peut pas dire que c'est vrai ». Je ne cite pas de noms. Au fond, jamais je ne polémique contre personne: c'est toujours une polémique des idées, et rien d'autre. Quant aux aveux anonymes d'impuissance, qui transpirent à travers la question refoulée, mais posée par tous et formulée par un (voir
existe encore un espace pour dire les choses telles quelles, les notes de bas de page par leur côté intimiste s'y prêtent parfaitement. Première remarque: le genre d'écriture choisi pour mon Autrement-pensé. Cette recherche peut quelque part apparaître romanesque à certains. Mais sa forme iconoclaste n'en tient pas moins de la personnalité de l'auteur. Prise en considération, elle ne saurait donc détourner les lecteurs du sérieux du propos. Deuxième remarque: en situant le phénomène de l'autrement entre les lois de la mécanique et la théorie de la métaphore, on reconnaît l'intérêt général de cette quête ainsi que sa pertinence linguistique particulière. Troisième point à relever: rapport langage/langues. Prêter les propriétés de l'un aux autres, c'est confondre le virtuel et le réel au point de les inverser dans les deux sphères distinctes. Opération plutôt réussie, au vu de la volonté manifeste du préfacier de provoquer ma réaction. Car j'ai bel et bien cherché du côté opposé. Cet effet déclencheur pour ma théorie typologique, je le dois à M. Zemb. Une fois de plus: tous mes remerciements! 12

Lazard 1999), fonnulée justement avec l'intention hardie de redonner espoir: «La linguistique est-elle une science? » -, ils m'incitent plutôt à chercher ailleurs... C'est ce que je fais en toute quiétude. Comme la critique positive me classe entre un artisan et Aristote, ou, pour me situer plus près encore, entre un serrurier et Ricœur, on s'attend raisonnablement à ce que je conjugue quelque part le physique et le métaphysique. Ainsi, je pratique la synthèse, je le fais surtout lorsque j'entreprends les recherches dans un domaine qui m'est familier. Non pas l'analyse qui, elle, s'imposerait devant un objet a priori inconnu: des sociétés primitives, des mythes, des langues exotiques. Ce serait incorrect de faire d'une nécessité vertu. Quant au bénéfice du doute, sa prise est maigre. No, thank you. Très peu pour moi. La vie ne se refuse pas au nom de la survie! C'aurait été trop bête. Face donc au français et vis-à-vis du russe que je côtoie peu ou prou dans ma vie courante, j'opte résolument pour une synthèse émaillée tout au plus d'éléments d'analyse. Finie l'allégeance à une ancienne école aussi prestigieuse qu'elle soit. Le passé est le passé. Maintenant, on est son propre maître, vous savez. Tiens, puisque j'écris ces lignes le 14 juillet, c'est pour moi comme un rappel que le servage fut il y a longtemps
(2005 - 1789

= ?), oui,

il y a plus de deux cents ans aboli :

on ne peut donc pas sérieusement exiger aujourd'hui un retour à l'esclavagisme intellectuel! Pour ce qui est de l'absolutisme, rien n'est, à l'heure actuelle, non plus absolu, surtout en matière de l'esprit. Ici, il n'y a qu'une question à laquelle il faut absolument répondre, une question se résumant, en substance, à ceci: trouver l'équilibre entre l'objet d'étude et ma façon, bien à moi, de l'aborder.

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Objet La primauté de l'objet changeant paraît d'une évidence : une priorité de la méthode - soit-elle aussi proclamée par les plus hautes autorités scientifiques - ne saurait donc pas me convaincre. Mon épistémologie est tout autre; elle est souple comme seule peut l'être une écriture; en discourant, je ne respecte donc pas que l'objet mais plusieurs objets et ce, jusque dans leur enchaînement le plus intime. Ainsi, le français, dont la qualité première (+) est l'autrement-dit, prend naturellement la position avant et le russe avec cette même qualité amoindrie (-), la position arrière. Une telle prépondérance impose à la plume un ton presque cartésien, ce qui fut le cas du premier volume. Quant à l'autrement-pensé, figuré en degrés de repoussement des référents par un sujet parlant, il change la distribution des places au deuxième livre. C'est le russe qui, ayant un bilan positif (+), passe dangereusement au premier plan et laisse au français la sécurité du second (-). La tonalité narrative, à en croire mes lecteurs, approche, du coup, celle du roman. Pour ce qui est de l'autrementêtre du troisième tome, il intègre les précédents mouvements opposés. Exempt de qualité définie: ni +, ni -, tout être annihile la quantité: ni plus, ni moins. Le peu de marqueurs homogènes qui restent se lisent à travers l'alternance de haut et de bas dans le couple ditpensé. Ce qui a été, par exemple, la crête typique dans l'autrement-dit du français se fait le creux de son autrement-pensé, comme ce qui a été le creux de l'autrement-dit du russe devient la crête caractéristique de son autrement-pensé. Ce jeu des niveaux permet aux langues de retrouver leur équilibre, équilibre qui, d'une part, confère à l'ensemble la géométrie d'une œuvre d'art

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et, de l'autre, donne au verbe la résonance d'une symphonie2. Les retournements esquissés dans la première partie (I1HO-, Autre-) du titre composé annoncent une exploration en profondeur de ce qui fait la contrastivité. Tous les plans du dit et du pensé en sont marqués directement ou indirectement soit par une recherche de différenciation externe entre les idiomes, soit par un besoin passif de solidarité interne au sein d'une seule et même langue. Or, moins cette cohésion est active, plus elle reste difficile à détecter. Car s'il y a un isomorphisme des niveaux aussi éloignés et aussi différents que ceux d'une pensée et d'une langue, il se manifeste non par les faits ô combien disparates - du pensé et du dit, mais par leur façon d'être qui reflète notre similitude d'inspirations, de mouvements d'âme opérant à une abstraction supérieure. Située au palier philosophique des choses, elle dépasse et le cadre limité de la langue et le strict cadre de la cogitation. Ce capricieux cadrage avait, d'une certaine manière, préfiguré mes recherches sur L'Autrement-dit (Lobatchev 1995) ainsi que sur L'Autrement-pensé (Lobatchev 2002). Mais si les deux domaines y apparaissent déjà comme une réserve de chasse pour la bête noire de la linguistique répondant au nom de « noncoïncidence », que dire, alors, du reste?
2 Aussi flatteuses que soient les comparaisons avec le roman ou avec la symphonie, je n'ai pas succombé aux tentations de narcissisme... Après tout, je n'en suis pas l'auteur. C'est en ces termes qu'avaient de fait parlé de mes ouvrages Jean-Marie Zemb en France et Anatole Siniavsky en Russie. Ce dernier, dans un contexte encore brejnévien de rejet. Or, toute sensibilité extrême doit partout nous vouer à une solitude intellectuelle. Mea culpa, mea ultima culpa. Mais voici ma position à présent: comme chaque école un tantinet fine est entachée de profanation future, mieux vaut renoncer au projet d'en former une plutôt que de miser sur une adhésion illusoire. 15

Pour traquer la coïncidence si désirée, il faut se mettre quasiment hors-cadre, en tendant vers une zone médiane occupée par l'Homme. Sa fonction de médiation paraît si évidente! Et pourtant, chez Humboldt, c'est la langue qui est présentée dès le début [1806] en tant que médiateur (Vermittler) entre l'homme et le monde. N'est-il pas normal que le fondateur de la linguistique moderne cherche avant tout à définir la langue? Et en dehors du fait que c'est aussi, en l'occurrence, le propre de l'objet, tout objet à définir semble curieusement vouloir afficher sa fonction médiatrice qui doit être, j'ose dire, la toute première fonction en général. L'homme ne peut en ce sens que confirmer la règle. Je dirais même qu'il y donne le la. Pour s'en apercevoir, il suffirait de noter cette reproduction fréquente des constats anthropologiques du type que « l'homme est la mesure de toute chose» et que «le style c'est l'homme », ce sur quoi je ne peux qu'ajouter: ce n'est pas le style qui est l'homme, mais bien plutôt l'homme qui est le style. Or, il existe aussi le style de la langue. Et comme la stylistique contrastive participe de la typologie des langues, j'avancerai que l'homme, supposons, d'expression latine figure le style de la langue latine, que l'expression slave chez tel autre homme renvoie à la langue slave et ainsi de suite. Cette identification réciproque de l'homme à la langue et de la langue à l'homme repose, bien entendu, sur quelque chose de plus qu'une simple médiation. Humboldt [1830 - 1835] parle, par exemple, de J'influence que la langue exerce sur l'homme. Et il a raison, si on place après lui sa réflexion dans une perspective historico-génétique générale. Cf., à cette occasion, le titre de son dernier ouvrage: Über die Verschiedenheit des mens chlichen Sprachbaues und ihren Einfluj3 auf die geistliche Entwicklung des Menschengeschlechts. Il s'agit avant tout du genre humain, mais aussi (comment en serait-il autrement ?) de la langue maternelle formant son homme, 16

ce qui limite la grande trajectoire par la durée moyenne d'une vie et nous donne comme prise un plan temporel tangible. Puisque ce dernier fait partie de l'axe de l'histoire, je le situerai aussi à la verticale. Or, c'est un autre plan qui nous intéresse, un axe horizontal que je qualifierai provisoirement d'atemporel. Cela inverse la perspective historiciste nous limitant à une seule empreinte que les langues laisseraient à la longue sur les hommes pour, justement, mettre en avant une emprise immédiate de l'homme sur sa langue. Première définition objectale Afin de différencier plus encore l'Autrement-être de quelques corrélatifs qui l'avaient précédé (l'Autrement-dit remontant à dix ans et l'Autrement-pensé à quatre), nous pourrions le définir avec une marge suffisante pour des mises au point éventuelles... comme une troisième position correspondante et, pour en préciser les configurations, la présenter comme ses mêmes concomitances, ayant néanmoins quelque chose de plus. L'Autrement-être, ce sont un dire et un penser qui, tout en restant autres à leur façon, sont susceptibles de devenir aussi autres doublement, par le jeu de l'articulation entre maintes manières d'être: la leur, propre à eux-mêmes, celle de l'extrapolation ou encore celle du voisinage. Plusieurs variantes s'offrent aux choses sur cette orbite: s'étendre ou subir une pression? se replier sur soimême ou aller dans le sens de l'autre? adopter un nouveau plan géométrique ou incliner sa propre surface plane? Autant de stratégies qui se profilent à l'horizon pour une personne dotée de curiosité intellectuelle. Tout en faisant partie de cette étrange tribu qui cogite, j'avoue cependant ne pas voir encore très bien comment, au-delà des divergences du dit et du pensé, on pourrait accéder, sinon à une parfaite harmonie - ce serait trop beau - du moins, à une convergence des deux. 17