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L'AUTREMENT-PENSÉ

De
214 pages
Cet ouvrage fait suite aux explorations de l’auteur dans le vaste champ de l’Autrement. C’est au constat du décalage ontologique entre forme et fond dans le domaine du dire que succède donc l’étude d’un écart entre fond et forme caractéristique du penser. Le chassé-croisé de ces éléments n’est pas sans rappeler un changement radical de perspective qui s’opère au moment où l’on quitte la position de l’auditeur pour prendre celle du locuteur. A quoi s’ajoutent le jeu des langues et le jeu des usagers : ce qui est pensé en français est dit en russe et inversement.. Autant d’inversions qui en dehors de l’autrement-dit donnent déjà matière à l’autrement-pensé.
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René RIV ARA La langue du récit: Introduction à la narratologie énonciative

Francis TaLLIS [éd.] La locution et la périphrase du lexique à la grammaire

Sémantiques:

Un titre par mois dans les sciences du langage

(Ç) L' Harmattan,

Paris, 2002

«
SOU

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m
direction

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de

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Marc

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Arabyan

5

»

Boris Lobatchev

L'AUTREMENT .PENSÉ
HHaKOMhICJIHe
Sur ce qui en plus de ne pas se dire pareillement en russe et en français se pense aussi autrement dans ces deux langues

Préface de Jean-Marie Zemb membre de l'Institut

L'Harmattan

France

L'Harmattan

Hongrie

L'Harmattan

Italie

5-7, rue de l'Ecole Polytechnique 75005 Paris FRANCE

Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

Via Bava, 37 10214 Torino ITALlE

@ L'Harmattan,

2002

ISBN: 2-7475-2804-9

Préface Le juste retour de ['humanisme

Aristote

observait

l'artisan

au travail avant de l'interroger je demandais

sur son naguère à de jeu!

métier. Paul Ricœur

rend attentif à la métaphore

qui fait parZer le

monde. En suivant leurs recommandations,

mon serrurier comment limer une clef
Sinon la clef tourne ou bloque! Et voilà que l'artisan-artiste sir et mouvoir, « autrement-penser le traducteur »

«

Du jeu, c'est là tout mon se-

cret ! Jamais trop de jeu, certes, mais toujours suffisamment

Boris Lobatchev nous dit que pour saidoit « autrement-dire» et, pour ce,

». Il nous dira sans doute dans un autre livre si ces au contraire, de trouver le repos, que sais-je,

deux façons de faire autrement sont condamnées à l'altérité perpétuelle ou si elles permettent, dans un "se taire autrement", remplaçant l'inquiétude, voire le désarroi, par l'admiration définitivement retrouvée. Boris Lobatchev ne profite pas de l'occasion pour hypostasier derechef l'âme russe et l'esprit français. Certes, il consacre tout un chapitre à l'aspect, et un autre à l'ordre des mots, mais l'horizon de l'analyste comprend aussi une langue germanique, siques que d'autres sans compter les langues clasil embrasse aussi la disent mortes. Humaniste,

littérature, la poésie certes et encore, mais, cette fois presque malgré lui, le roman. Il raconte sa réflexion, ses déboires et ses velléités, ses hésitations et ses audaces. Bref, c'est un romancier qui sait à la fois raconter et penser et un linguiste qui sait écrire, fasciner, partager son plaisir. Non moins que son raisonnement. et la phylogenèse, seul à soupçonner entre l'ontogenèse retenir et faire Il n'est pas le

un tracé bien idéologique des lignes de démarcation mais ne sont pas nombreux ceux

qui osent et savent le dire, fût-ce autrement et encore autrement.

8

L'AUTREMENT-PENSÉ

Son expérience de traducteur lui interdit de mépriser l'écrit en tant que pâle reflet de la comlnunication orale plus ou moins spontanée. La forme littéraire n'est pas à ses yeux neutralité bien-pensante, mais lutte parfois victorieuse. Rien n'est trop concret à ses yeux, rien trop abstrait. C'est par cette universalité-là que ressuscite l'humanisme si attentif et si audacieux, si vivant en un Inot. Ses adversaires le diront désordonné, alors qu'il poursuit inlassablement les principes, car pour lui comme pour Paul Valéry, le désordre « autrement-pensé» est un ordre dont on ignore encore les principes. Boris Lobatchev réussit à nous convaincre que l'explicite est à l'Ï1nplicite ce que le pic miroitant de l'iceberg est à sa masse totale, ce qui n'est évidenunent paradoxal qu'à première vue. Mais on lui demandera si de l'autrelnent-dit, il suffit de se rapporter à un autrenlent-pensé ou si l'autrelnent-penser ne suppose pas un autrement-pensable qui puisse le fonder et le régler. En terlnes plus vieillots, mais peut-être plus durables, il s'agirait du rapport de l'acte fini à la puissance infinie. Ce paradoxe-là est plus résistant que l'autre et s'affermit à la nléditation critique. Les potentialités sont l'océan dont surgit l'œuvre comlne un acte. Nul doute que lorsqu'on aura assez joué de l'opposition cognitivel11ent correcte du réel et du virtuel, on se delnandera de nouveau ce qui tient à la langue et ce qui tient à l' homlne, puis ce qui tient à l' hOlnlne et ce qui tient à ce Inonde dont les langues, les hOl1l1nes,es traducteurs, les théoriciens et les professeurs poseurs de l bonnes questions ne sont qu'une partie. Autrelnent pensé, le nouvel ouvrage de Boris Lobatchev est un rOlnan réaliste, heureusement inachevé, qui fait joyeuselnent rêver et penser rigoureuselnent.
Jean-Marie Zelnb Professeur honoraire du Collège de France Me111brede l'Acadélnie des sciences Inorales et politiques

Introduction
Tout ce qui existe est situé. Max Jacob

Côté genèse, tout semble se tenir dans les titres. L'Autrement-pensé
rappelle l'Autrement-dit
l'Autrement-dit

dans la partie latine comme
se retrouve

I1HOKOMbICJIl1e

renvoie à I1HocKa3aTeJIbHOCTb
de parution, l'Autrement-pensé fait pendant

dans la partie cyrillique.
à I1HOKOMbICJIl1e.

Dans l'ordre

avec I1HocKa3a TeJIbHOCTb, et

Ce doublage des titres est indispensable dans la mesure où le synthétisme des langues slaves permet de désigner naturellement ce pour quoi on n'a pas de notion ailleurs. Les mots I1HOCKa3a TeJIbHOCTbet I1HOKOMbICJIl1e existent, eux, bel et bien. De sorte que si les notions ne peuvent qu'être circonscrites en français, du moins les néologismes correspondants prennent-ils appui sur la morphologie russe. Du côté phénoménologique, tout n'est pas aussi simple. Si la glose du premier terme I1HOCKa3a TeJIbHOCTb, ui signifie littéralement une q « autre façon de dire» et qui s'associe avec le sens figuré, la parabole, le détour, est quasi transparente, celle du second l'est un peu moins. I1HOKOMbICJIl1e couvrait autrefois ce champ sémantique large qui, tout en coïncidant avec l'hétérodoxie religieuse, désignait l'hérésie sous toutes ses formes - ce qui à la limite pourrait convenir -, alors qu' aujourd'hui, il signifie dissidence, non-conformisme politique. Pour prévenir tout fâcheux glissement de sens, je prendrai le mot dans son acception étymologique neutre d'« autre façon de penser », largement admissible. C'est en la ravivant par une césure introduite à l'endroit exact de la jonction des éléments qu'on peut former I1HOKO-MbICJIl1e.

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L'AUTREMENT-PENSÉ

Et c'est ce sens décapé du mot russe, doublé d'un néologisme français, qui couvre en fin de compte la notion de l'Autrement-pensé. Prise à part, cette dernière expression ne pourrait suffire à fonder le concept, puisque seul le mot vivant du langage fait vibrer, comme dirait Humboldt, les cordes sensibles de notre entendement. D'où l' enrichissement russe de mon titre, qui se teinte de tout le spectre sémantique d'I1HoKoMbICJ1l1e, évoquant la résistance de la pensée à la force brute. Ontologiquement parlant, toute pensée ne peut par principe être pensée qu'autrement. En cette matière, ce qui existe présente donc de l'autrement-pensé. Le côté paradoxal de cette formule n'est pas sans rappeler la façon dont j'ai d'abord circonscrit l'autrement-dit. Et c'est ce qu'il y a de plus normal quand on songe à la correspondance profonde entre penser et dire. Dire et penser ne participent-ils pas finalement du même état d'esprit? Et ces choses de l'esprit ne sont-elles pas stricto sensu les choses, mais aussi « les émanances » de l'esprit les plus intimes? Cette proximité même entre penser et dire me conduira à substituer, de manière provisoire, le second au premier. En 1995, j'ai suggéré dans L'Autrement-dit que le pôle opposé de l'autrement-dit réel était constitué d'un « proprement-dit» imaginaire, laissant implicite que ce dernier serait associable à une pensée, et pas n'importe quelle pensée mais à une pensée idéale qui ne serait pas entachée de parole! Or, cette condition est intenable au même titre qu'il est impossible de former un proprement-dit qui ne soit pas imaginaire. Ce double retranchement de l'autrement-pensé et de l'autrement-dit de leurs pôles respectifs opposés, de ces proprement-pensé et proprement-dit qui relèvent de l'artefact, a pour contrepartie un effet positif de liage. Si l'autrement-dit ne peut pas déjà se passer de l'autrementpensé, l'autrement-pensé pourrait difficilement être représenté en dehors de l'autrement-dit. Ce sont des entités relatives qui se définissent l'une par rapport à l'autre. En ce sens, distinguer l'autrement-pensé de l'autrement-dit, sans pour autant les désunir, paraît inéluctable. La ligne de démarcation devrait passer quelque part entre deux éléments d'un même couple: l'homme et la langue, la langue et l'homme, puisqu'ils accusent des non-coïncidences de part et d'autre. Or, ces non-coïncidences chan-

INTRODUCTION

Il

gent justement selon les perspectives dans lesquelles on aborde le couple. Si l'Autrement-dit c'est la non-coïncidence de la langue avec l'homme, l'Autrement-pensé c'est la non-coïncidence de l'homme avec la langue. Les parties en jeu - qui, faute de se recouper comme on l'aurait souhaité (- - - -), échappent hélas (III \\\) au processus de croisement figurent, aux extrêmes opposés, comme deux secteurs distincts irréductibles l'un à l'autre: L'Homme III L'Autrement-pensé

- - --------

- - - - - - - - - - - - - - \\\ La Langue - - - L'Autrement-dit

L'Autrement-pensé est situé à gauche, du côté de l'Homme, et l'Autrement-dit, à droite, du côté de la Langue. Mais tout est relatif. La droite peut encore devenir gauche et la gauche droite. Il suffit que l'observateur pivote sur lui-même. L'être occupe la position centrale dans la hiérarchie des choses: il lui suffit donc par lassitude de se détourner de la langue pour qu'une seconde après il reçoive en pleine figure le monde. Tel un homme seul dans un compartiment de train qui colle son visage à la vitre. A cette image fait écho une autre image, évoquée par Jean-Marie Zemb : « Comme les vitres d'un compartiment de train à la nuit tombante, le langage est à la fois opaque et transparent ». Et puisqu'inconsciemment, j'ai déjà introduit un homme dans « le compartiment du train» de nuit, je me vois obligé d'étendre encore cette métaphore si juste en y ajoutant deux remarques. La première, légèrement inquiétante: le monde a son propre langage qui n'est pas exactement le nôtre. Et la seconde, plutôt rassurante: les choses transparaissent pour l' homme à travers le monde de même qu'elles transparaissent pour son interlocuteur à travers la langue. C'est dire que, soit par le biais de notre faculté de voir et entendre, soit par le biais de celle d'entendre et voir, le propre du langage est de laisser transparaître les choses. Sans toutefois les faire apparaître complètement ni les faire disparaître tout à fait. Pour reprendre la formule zembienne, le langage est pétri d'opacité et de transparence. Il n'est ni opaque ni transparent mais « opaque et transparent à la fois », ce qui veut dire mi-opaque, mi-transparent. Et l'on peut, en principe, le caractériser en termes négatifs d'opacité aussi bien qu'en termes positifs de transparence. Cependant, entendre

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L'AUTREMENT-PENSÉ

et voir les choses, comme on le fait dans l'autrement-dire, laisse plus de zones d'ombre que voir les choses et entendre, comme on le fait dans l'autrement-penser. D'où la répartition des moyens d'analyse. Si, pour sonder la profondeur de l'Autrement-dit, nous avons privilégié les caractéristiques négatives de l'opacité, il nous faudra, pour mesurer maintenant la hauteur de l'Autrement-pensé, opter pour les critères positifs de la transparence. Le dit est d'ailleurs, en tous points, réducteur vis-à-vis du pensé. Quant au pensé, il est autre par rapport au dit en ceci qu'il se dérobe à cette linéarité de l'homme et de son discours, dimension aplatie que ce dernier cherche à imprimer aussi à la langue. Pour résister à l'érosion par étirement, le niveau de l'autrement-pensé a, semble-t-il, pour tactique de garder l'essentiel. Imaginez un symbole, un concept non encore formulé, un percept rapide à peine retenu, un fragment immédiat de la réalité, des fragments successifs de l'espace situés en abîme... Si ces bribes de rêves qui défilent dans l'esprit la nuit, et qui habitent en fait notre espace mental, sont indestructibles, c'est qu'ils occupent la zone qui nous est extérieure. Ce n'est pas encore nous, ce n'est jamais nous, ce n'est qu'une ombre incertaine des choses, un reflet dansant dans les vagues de la mémoire. Cette étrange et vertigineuse spatialité du rêve traduit toute la différence entre un avanthomme et un après-homme, entre l'Autrement-pensé de l'encore extraposé et l'Autrement-dit du déjà enfoui. Le cas limite dans l'extrapolation des deux entités doit être révélateur. Si parfois l'on se heurte à l'indicible pour passer ensuite par l'espace, c'est qu'ici comme ailleurs le côté formel et quelque peu étroit de l'Autrement-dit cède le pas au côté symbolique plus large de l'Autrement-pensé. Une toute première définition de l'Autrement-pensé suivra donc le schéma éprouvé de l'Autrement-dit, en proposant en même temps un scénario nouveau puisqu'on ne cherchera pas tant du côté de l'interlocuteur que du côté opposé des choses. L'Autrement-pensé, c'est ce qui est pensé autrement par rapport à un proprement-pensé idéal qui ne s'inspirerait que de l'idée sujettale du locuteur se trouvant proche de la notion immédiate du mot, sans qu'on cherche à remonter plus loin, sans qu'on s'interroge sur l'apport initial des choses, ni sur l'intégration de son « je » dans la trame du monde.

INTRODUCTION

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Vu le caractère extrapolé de l'Autrement-dit et de l'Autrementpensé, les langues qui jusqu'ici ont pu servir d'étalon (en l'occurrence, le russe) et d'objet d' analyse (en l'occurrence, le français) seront inversées. Puisqu'il ne s'agit plus d'une langue idéalement formée (celle-ci avait une physionomie russe), mais d'une langue idéalement pensée, celle-là aura une apparence française. Quant au russe, sa morphologie, sa sémantique et sa syntaxe sont si autres qu'elles formeront, dans leur ensemble, un autre pôle d'analyse. Toutefois, afin de ne pas brûler les étapes et de conserver le suspens, je n'ajouterai qu'un seul indice, à propos de ce que je disais dans L'Autrement-dit lorsque j'avançais qu'il est resté davantage de l'homme dans la langue que dans l'homme contemporain lui-même. C'était déjà noter un décalage entre la langue et l'homme. Décalage entre la langue à laquelle son usager pourrait reprocher de se mettre en retard par rapport à ses besoins croissants ou, si l'on préfère - et c'est dans ce sens que vont mes propres préférences - décalage entre l'homme et la langue qui, de son côté, peut demander qu'on aille un peu moins vite, parce qu'on se trouve très en avant par rapport à elle, et même trop en avant! Mais s'il y a un dénominateur commun entre l'homme et sa (la) langue, c'est encore un autrement qui remplit, pour ainsi dire, l'espace entre les deux. L'autrement de la pensée défini en termes de temporalité du côté de l'homme prend figure de l'avant. Si dans l'optique du locuteur, de façon générale, penser précède dire, on peut sans prendre trop de risques placer l'autrement-pensé avant l'autrement-dit. Ce qui fait que, dans ce deuxième livre, je vais pouvoir en quelque sorte remonter à la source de l'autrement-dit, en explorer l'amont. Si l'antériorité de la pensée a force d'évidence, c'est, semble-t-il, pour mieux nous narguer lorsqu'on cherche à la cerner hors de son enveloppe verbale et pour augmenter notre frustration face à cette présence inaccessible. Or, si l'hermétique de la pensée jure étrangement avec le fond limpide de l'apparence (est-ce à cette apparence qu'on doit la thèse sur la logique extrême de la pensée et l'illogisme dérangeant de la langue comme si elle seule était en faute ?), c'est que le fait même d'avancer les choses débouche sur le double aspect de l'explicite et de l'implicite. On verra combien ce principe dynamique

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L'AUTREMENT-PENSÉ

peut être riche d'implicitations de l'explicite et d'explicitations l'implicite, notamment du côté de l'avant de l'autrement-pensé.

de

C'est une philosophie assez particulière du langage qui se dégage du jeu complexe des implications. Elle va se dessiner au fil de diverses comparaisons dont tous les éléments font système, en ce sens que chaque unité a son corollaire situé en profondeur, que toute implication renvoie à une autre et que cette autre implication renvoie à une autre encore, formant des implications au deuxième, troisième, quatrième degré, et ainsi de suite. Cela rappelle une image inspirée par Kognitive Kliirungen de Jean-Marie Zemb (1994 : 101) : à la quatrième conversation automnale prennent part grammaire, littérature, thème, rhème, article, verbe, virgule... et puis, il y a comme une

césure pour marquer une attitude particulière de la langue: « [Die
Sprache horte aufmerksam lU] ». Oui, c'est cela, la langue ne fait qu'écouter. Et nous, nous allons écouter la langue. Prenons les catégories du temps et de l'espace. Se situer par rapport au temps physique comme par rapport au temps métaphysique est très important, mais cela l'est peut-être plus encore par rapport à l'espace. Ce dernier est en fait le premier, d'où l'inversion. Fondateur, l'espace doit être pensé en termes cosmiques, ce qui lui confère une échelle exceptionnelle. L'homme avec son temps, sa pensée et sa langue s'y trouvent ainsi paradoxalement inclus. Ces rapports d'inclusion font que les proportions des choses, telles qu'elles apparaissent séparément, changent. Les caractéristiques de l'homme et du temps sont sujettes à la double inversion venue du côté du monde et de l'espace. Et c'est là-dessus que vient se greffer ce jeu du dit et du pensé qui nous intéresse. Situer devient un acte d'autant plus nécessaire qu'on a affaire à un objet aussi délicat que le pensé. Or, la condition première pour tout situer, c'est, comme on le sait, l'espace. En ce sens, déjà, le pensé tient dans l'espace. Et c'est dans toute sa dimension physique et métaphysique qu'on sollicitera l'espace pour pouvoir y situer non seulement le pensé mais aussi cette configuration capricieuse bien particulière qu'est l'autrement-pensé. Les approches sémasiologiques et les approches onomasiologiques ne sont pas forcément interchangeables. Les premières étant aux secondes ce que l'homme temporel qui cherche à donner un sens au

INTRODUCTION

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monde est à l'espace universel, elles sont effectivement assez éloignées les unes des autres. Et puisque l'homme s'est substantiellement constitué à l'opposé du monde, la sémasiologie du temps et l'onomasiologie de l'espace s'avèrent plutôt inversées. C'est comme ça, c'est comme ça, dirait-on à ce propos dans le Poitou. Ou dans la variante empirique neutre à l'anglaise: That's the way it goes, ou, dans la variante stylistiquement comparable: It's how the cookie crumbles... C'est lorsque le temps s'effrite que l'espace augmente. Et puisqu'une telle transformation n'est perceptible qu'au passage d'une langue à l'autre, la différence entre deux langues peut être ramenée à cette même transition catégorielle: ce qui a été le temps en français devient l'espace en russe. C'est la succession des catégories du temps et de l'espace qui, en fin de compte, règlera l'alternance de mes approches, la sémiologie étant réservée au français et l' onomasiologie au russe. Les notions du temps et de l'espace se réduisent donc à celle de l'homme, entité provisoire limitée, et à celle de la langue, entité linéaire illimitée. On reparlera de toutes ces implications aux chapitres III et IV, puis en conclusion. Ici, on aura noté d'une part le lien de l'humain grammaticalisé avec le temps, mais aussi avec la pensée, ce qui donne un trio subjectif constitué dans le pensé; et de l'autre, le lien du linguistique avec l'espace, mais aussi avec la parole qui s'y étale comme pour mieux désigner un trio objectif évolué dans le dit. Nous voilà ramenés au niveau de constitution et au niveau d'évolution des chapitres I et II. Quant à cette opposition, étonnante en elle-même, entre l'homme et la langue qu'il parle, elle réside dans une double position, celle naturellement de l' homme vis-à-vis de la langue, mais aussi celle du chercheur vis-à-vis du monde. Tout ce qu'on a à faire lorsqu'on est chercheur, c'est de savoir situer ces positions. Sinon capter les pensées abstraites (trop volatiles) ou les choses concrètes (matériellement lourdes et comme inséparables de la réalité où elles sont ancrées), au moins essayer de repérer, cerner et classer ces modes stéréotypes de penser -la façon d'être russe, la manière de rester français - qui n'appartiennent au réel qu'à moitié, si bien qu'échappant à la pesanteur du physique comme à l'apesanteur de l'abstrait, ils semblent pouvoir participer à la dis-position divine des êtres et des objets de ce monde.

16

L'AUTREMENT-PENSÉ

Situer, en ce sens, c'est déterminer la position de l'homme dans ce qu'elle présente surtout de métaphysique. On a ainsi l'intention, comme disait Max Jacob, de situer « tout ce qui existe ». Mais l'implicite et le métaphysique existent autant que l'explicite et le physique. Les parties physiquement explicites, laissées provisoirement dans l'ombre, « existent» elles aussi, ne serait-ce que par la logique des contreparties. Le « proprement-pensé» doit être mis en corrélation avec l'autrement-pensé comme le proprement-dit a été lié à l'autrement-dit. Par un effet de retour, les entités de l'explicite et du physique constituent ici le pôle opposé, celui de l'idéal tangible de ce qui est palpable. Mais selon telle ou telle langue, l'homme se situe, est situé différemment par rapport au monde. Et ce, en fonction du regard porté, suite à la référence choisie, et par la position prise du côté d'un pôle plutôt que de l'autre. Le plan physique et le plan métaphysique des choses renvoient, semble-t-il, à l'opposition gnoséologique pressentie par Jean-Marie Zemb entre le « saisissable» et 1'« intelligible» (2001 : 56-57). Je n'irais pas jusqu'à la dichotomie « compréhensible» / « incompréhensible », mais dirais, pour noter le double décalage au niveau de l'Autrement-dit comme au niveau de l'Autrement-pensé, que l'un est saisissable plutôt qu'intelligible, et l'autre intelligible plutôt que saisissable. En tout état de cause, si l'image des deux arbres sur la couverture du présent livre est intrigante, cette illusion optique est facile à montrer. On trouve, en cherchant bien, un assez grand nombre d'arbres dont le tronc en cache un autre. Du deuxième arbre on ne voit que les branches. Par contre, on n'en voit pas, à ce niveau, au premier arbre, de sorte que le tronc du premier plan semble porter les branches du second. Reste cependant qu'ils font un ensemble décalé, et qu'on est loin d'être dupe. Ce cas de figure relativement simple est un exemple d'Autrement-dit. L'Autrement-pensé paraît plus difficile à illustrer, mais rien n'empêche à partir de cette image des deux arbres de construire dans l'esprit un cas de figure compliqué mais intelligible où les éléments en jeu seraient inversés: les branches du second plan passant au premier et le tronc du premier au second. Symboliquement parlant, les feuilles, là près de nous, ne sont que des mots, tandis que le tronc éloigné représente en quelque sorte la pensée. Faut-il qu'avec

INTRODUCTION

17

l'Autrement-pensé le décalage aille plus loin encore dans le sens du fond pour mieux inscrire notre penser dans l'espace? Il est très important d'y voir clair, puisque je tiens autant aux arbres qu'à la forêt. Le français, le russe, l'anglais, l'allemand sont autant de cas de figure, autant de points sur l'échelle de Jacob qui relie le haut et le bas, l'abstrait et le concret, l' autrement- et le proprementpensé. Si le jeu de ces catégories donne matière à réfléchir comme le besoin de l'homme de se situer détermine son monde, c'est l'ensemble des deux, de la pensée (haute ?) et de l'action verbale (ici-bas ?), qui crée le champ de la présente recherche. Une fois cet espace rempli, n'aurons-nous pas contribué à dissiper nos craintes, en voyant comblé le vide qui sépare le ciel de la terre?

I Où aller? L'enjeu épistémologique de l'autrement-pensé

Doxa (opinion) a dû son nom au coup parti de l'arc (toxon). Alêtheïa (vérité), au mouvement divin de l'être... Socrate

Le principe contrastif appliqué à la cognitique On vit actuellement hors paradigme. Les anciennes voies tracées par la science sont connues, en superficie tout du moins, mais pas reconnues sur le fond. Les scientifiques y traînent les pieds comme le commun des mortels plutôt que de chercher d'autres chemins. Sobres et courageux lorsqu'ils se sentent proches des artisans, ou désenchantés et résignés quand ils n'ont pas encore effacé la chute de l'artiste de leur mémoire. Mais que ce soit l'art ou l'artisanat, c'est assez triste à voir. Pour en sortir, pourquoi n'essaierait-on pas, par exemple, de marier le côté contrastif des choses et le côté cognitif du chercheur? De toutes les manifestations - ô combien incertaines - de la pensée, c'est encore la médiation linguistique qui reste, sinon une des plus sûres, du moins une des plus valables. Pourtant, la langue elle-même paraît motivée aux uns et arbitraire aux autres. Cette antinomie donne à penser qu'à la place de l'empreinte réelle que devrait, en principe, laisser la langue, nous n'en avons que de vagues impressions. Tout cela se réduit à des professions de foi présentant une sorte de « non~ unité des contraires» avec l'innéisme à une extrémité de la balance et avec le constructivisme à l'autre.

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L'AUTREMENT-PENSÉ

La mise au point des notions d' « autrement-dit» (CILL 20.3-4) et d'« autrement-pensé» 1 - qui constitue, dans le système de coordonnées qui est le nôtre, le terme médian manquant - permet non seulement de rompre les éternelles chaînes du motivé et de l'arbitraire mais d'en finir avec l'enchaînement fatidique de l'homme. Ne se doiton pas de surmonter, après tout, aussi bien une croyance naïvement innéiste qu'une philosophie sobrement constructiviste? Et ce par le biais d'une autre façon de penser qu'est 1'« autrementisme » dont j'essaierai de tracer ici les traits systémiques. Quand le capital rencontre le fondamental Même quand on est en train de chercher une réponse plus ou moins spéciale, comme je le faisais, par exemple, dans « Entre le motivé et l'arbitraire» (Lobatchev 1994), on ne peut s'empêcher de se demander si, d'une manière générale, les hommes ne sont pas condamnés à passer d'un extrême à l'autre. Peu après, j'ai récidivé avec «Ni hétéroclite, ni identique: similaire» (Lobatchev 1995), à propos de la composition du signe. Ici je récidive à nouveau, d'autant qu'il est question d'approches générales. Le retour constant à la même problématique - cf. aussi (Lobatchev 1995a) - ne reflète-t-il pas le besoin d'une remise en question? Quand il est question de la nature profonde du signe, on touche plutôt à des choses fondamentales; mais quand on révise la façon de conceptualiser les choses dans la tête (caput, capitis...), on touche aux choses capitales. Alors les détails, trop techniques, tombent, et il ne reste que des théories. Les personnes elles aussi s'effacent devant les doctrines, et ces dernières cèdent devant les principes généraux. L'abstraction monte et l'on passe ainsi de Humboldt et de Saussure à la pensée humboldtienne et à la pensée saussurienne, puis de manières de penser à une nette opposition entre innéisme et constructivisme. - Nous voilà enfermés dans des moulins à vent! C'est inextricable!
Un autre article est paru récemment (1999a) dans les Cahiers de l'Institut Linguistique de Louvain (CILL 25.3-4) sous le titre de « L'Autrementisme : une pensée en dehors du couple "constructivisme - innéisme" ». J'en reprends ici les grandes lignes et regroupe les éléments susceptibles d'offrir le passage vers un autrement-pensé.

OÙ ALLER?

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- Pas de panique! on trouvera le moyen de s'en sortir. Car, entendons-nous bien, je n'ai nullement l'intention de réécrire l'histoire de la linguistique. Je fais plutôt de la philosophie du langage, et encore. .. seulement dans la mesure où l'attitude envers les sciences du langage peut traduire un processus de connaissance. Il serait donc légitime de tenter de clarifier ici les mises en place conceptuelles, un peu comme le faisait Canguilem (cf. Descamps 1986: 107). Car ce n'est qu'après avoir fait jaillir la constitution des normes qu'on peut corriger les paradigmes de la pensée. Quatre combinaisons de réel et d'idéel Depuis que j'ai compris que l'indiscutable ne fait souvent que camoufler les croyances axiomatiques aveugles, j'ai pris pour règle de n'avancer que des choses discutables. Elles ne sont pas seulement plus intéressantes mais aussi un peu plus vraies. Discutons-les donc librement. Mais il convient toutefois de procéder par ordre. Car déjà Novalis disait: « L'homme: métaphore ». Partant de ce principe, on peut facilement remonter à la dimension humaine de Humboldt, de Saussure et de Chomsky pour démontrer que leurs linguistiques, elles aussi, ne devraient être interprétées, stricto sensu, que métaphoriquement. Surtout placées dans le contexte mythologique de la construction (et qui dit construction dit constructivisme) de la plus haute tour, celle de Babel. N'est-elle pas, elle aussi, rien d'autre que la plus grande métaphore du monde? Et ne prête-t-on pas après tout à Dieu une mauvaise intention plutôt que de s'avouer sa propre impuissance devant l'idéal de communication logique? Très décevant, tout ça, j'en conviens, sauf qu'il est quand même bon de savoir que l'idéal du proprement-dit ne vient pas de Dieu. On réalise alors qu'en dehors des relations avec l'ordinateur - symbole d'Ordre tenant lieu de Dieu parler proprement constituerait une obligation quasi intenable. Ne serait-ce pas en effet un véritable supplice que d'avoir à fournir mille détails sans distinction entre ceux qui sont pertinents et ceux qui ne le sont pas et à répondre, en plus, à d'interminables questions plus plates les unes que les autres? Tout cela pour être complet et explicite! Il serait par ailleurs instructif d'apprendre que l'attitude des linguistes à cet égard a toujours été mitigée. La créativité à la Humboldt (1968 ; 1974) est une catégorie ouverte, donc incomplète, et la moti-

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L'AUTREMENT-PENSÉ

vation, fermée, donc explicite. La langue à la Saussure (1964 ; 1972) est un système fermé, donc complet, et le signe, ouvert, arbitraire, donc implicite. On a ainsi deux variantes de représentation, l'une humboldtienne où la réalité linguistique est sublimée d'un ajout idéal l'explicite -, et l'autre saussurienne où l'idéal est rabaissé jusqu'au niveau de l'arbitraire qui se trouve être même inférieur à celui de la réalité. Face aux options laissées aux continuateurs, Chomsky sanctifie le complet et l'explicite en déclarant que la langue a une structure logique, que cette structure est innée et qu'elle sert de fondement à toutes les langues. Fondement dont il ne veut d'ailleurs rien savoir, hors la syntaxe (1971). Encore s'agit-il d'une syntaxe imaginaire puisqu'il la veut commune! Or, ce qui est bon pour l'art dans sa fuite du réel ne l'est pas pour la science, en quête de vérité. Aussi, parmi les jeux auxquels se livre l'art, ne devrait-on pas plutôt retenir une combinaison scientifiquement productive: l'implicite et l'incomplet? Ces deux options faisaient jusqu'à présent singulièrement défaut en linguistique. En plus de l'avantage d'être homogène, que cette proposition partage avec la représentation chomskienne, pourtant doublement idéaliste, elle se révèle réaliste. L'implicite et l'incomplet sont les caractéristiques essentielles des deux plans de la langue, celui de l'expression et celui de « l'impression ». Si le complet et l'explicite évoquent un proprement-dit divinement naïf (ou naïvement divin), l'incomplet et l'implicite font penser à un autrement-dit humain. La distance avec Chomsky est d'autant plus grande que les deux représentations font route dans des directions pratiquement opposées. Ce vers quoi les générativistes
vont - la prétendue logique commune des langues humaines

-

est pré-

cisément ce dont je pars. Je pars de l'abstraction logique d'une langue parfaite, idéale, artificielle (ou comme on voudra dire), et j'aboutis à l'illogisme commun à toute langue naturelle (français, anglais, etc.). Quand on ne veut qu'inventer l'harmonie, on va de la diversité illogique vers l'uniformité logique. Mais si l'on tente de mettre au jour quelque vérité dans les sciences du langage, on doit au contraire aller de la diversité logique vers l'uniformité illogique. Cette démarche est doublement avantageuse puisqu'elle marie l'universel à la souplesse.

OÙ ALLER?

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Entre le géométrisme et le biologisme Insistons sur l'homme-métaphore et son autrement-dit. A bien y réfléchir, l'erreur, autrement impardonnable, vient d'une habitude fâcheuse (mais combien commune !) de penser la langue en termes « ou bien / ou bien », et en particulier « motivé / non-motivé », si bien qu'une motivation partielle et indirecte y passe inaperçue. Or, force est de dire que c'est pratiquement le cas de tout mot placé dans la chaîne parlée. Ce n'est même pas à l'expression imagée, aux idiotismes des langues, forcément vus comme exceptionnels, mais à leur élément central, aux mots, que l'esprit intuitif français et l'esprit profond allemand appliquent leurs notions d'arbitraire et de motivé. La position centrale du phénomène a fait que de nombreux auteurs ont d'une façon ou d'une autre approché l'autrement-dit. Mais ce fut sans le savoir et sans que cela déclenche la curiosité nécessaire pour en faire un objet d'étude. Encore fallait-il avoir l'esprit aussi intuitivement profond et profondément intuitif que celui de Karcevski. En effet, sa description de la nature du rapport qu'entretiennent entre eux le signifiant (phonique) et le signifié (fonction) comporte déjà les éléments de cette notion: Chacun (et le signifiant et le signifié) déborde les cadres assignés à lui (sic) par son partenaire: le signifiant cherche à avoir d'autres fonctions que sa fonction propre. Le signifié cherche à s'exprimer par d'autres moyensque son signe» (1956 : 24, soulignépar moi). Pour Karcevski, il ne s'agirait là que d'un phénomène dualiste dû à l'asymétrie 2. Or, c'en est aussi un autre, car la géométrie linguistique ne fait à mon sens que reposer sur l'autrement-dit, phénomène naturel, qui dans son abstraction, peut servir de base à la réflexion linguistique. Pour s'en persuader, il suffit, sans même modifier le texte initial, de mettre l'accent sur autres. On obtient alors comme une première description de l'autrement-dit, description que Karcevski
2 «Si le concept universel de plan de symétrie existe, notait Vigner, c'est seulement dans le sens où la matière reflétée devient de l'antimatière» (Ivanov 1979 : 5). Tel doit être le cas d'animal/homme ou, pour symboliser ces catégories en termes comparables, de cerveau symétrique / cerveau asymétrique (Chalidze 1986: 14). Je dirais même que, selon que l'on penche du côté de la symétrie, de la voie médiane ou du côté de l' asymétrie, on est de sensibilité petite, moyenne ou grande.