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L'ESPAGNE ET SES LANGUES

De
300 pages
En ces débuts de XXIème siècle et vingt cinq ans après le rétablissement officiel dans l'Etat espagnol de ses langues minoritaires pour le moins maltraitées durant le franquisme, aucune synthèse n'était proposée au public francophone. Cet ouvrage se veut donc une approche à plusieurs voix de la pluralité linguistique au sein de l'Etat espagnol.
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L 'ESPAGNE ET SES LANGUES Un modèle écolinguistique ?

Collection Sociolinguistique dirigée par Henri Boyer
professeur à l'université Montpellier 3

La Collection Sociolinguistique se veut un lieu exigeant d'expression et de confrontation des diverses recherches en sciences du langage ou dans les champs disciplinaires connexes qui, en France et ailleurs, contribuent à l'intelligence de l'exercice des langues en société: qu'elles traitent de la variation ou de la pluralité linguistiques et donc des mécanismes de valorisation et de stigmatisation des formes linguistiques et des idiomes en présence (dans les faits et dans les imaginaires collectifs), qu'elles analysent des interventions glottopolitiques ou encore qu'elles interrogent la dimension sociopragmatique de l'activité de langage, orale ou scripturale, ordinaire, médiatique ou même «littéraire». Donc une collection largement ouverte à la diversité des terrains, des objets, des méthodologies. Et, bien entendu, des sensibilités. Déjà parus
P. GARDY, L'écriture occitane contemporaine. Une quête des mots. H. BOVER (dir.), Plurilinguisme : «contact» ou «conflit» de langues? R. LAFONT, 40 ans de sociolinguistique à la périphérie. GROUPE SAINT-CLOUD, L'image candidate à l'élection présidentielles de 1995. P . DUMONT, L'enquête sociolinguistique, 1999. L. FERNANDEZ,L'Espagne à la Une du Monde (1969-1985). M. GASQUET-CVRUS et alii, Paroles et musiques à Marseille. Les voix d'une ville, 1999. M. C. ALEN GARABATO, Quand le « patois» était politiquement utile..., 1999. C LAGARDE, Des écritures « bilingues ». Sociolinguistique et littérature, 2001. H. Boyer et P. Gardy (coord.), Dix siècles d'usages et d'images de

l'occitan: des troubadours à l'internet, 2001.

"Sociolinguistique"

Henri Boyer et Christian
Directeurs

Lagarde

L'ESPAGNE ET SES LANGUES Un modèle écolinguistique ?

Ouvrage publié avec le concours de l'ARSER (Laboratoire DIPRALANG-EA 739/Montpellier III)

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris France

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALlE

@L'Hannatlan,2002 ISBN: 2-7475-2721-2

PRÉSENTATION

Cet ouvrage vise à combler un vide éditorial: en ces débuts de )(XIe siècle et vingt-cinq ans après le rétablissement officieldans l'État espagnol de ses langues minoritaires (nationales/nationalitaires), pour le moins maltraitées durant le franquisme, aucune synthèse n'était proposée au public francophone, spécialisé ou non dans les questions de plurilinguisme, pour l'informer sur la situation actuelle de l'Espagne en la matière. L'Espagne et ses langues se veut donc une approche à plusieurs voix, approche non exhaustive bien évidemment mais néanmoins solidement documentée, de la pluralité linguistique d'aujourd'hui au sein de l'État espagnol et singulièrement au sein des Communautés Autonomes, « historiques» ou non, ayant à côté de l'espagnol une « langue propre» en usage, ou une présence faiblissante mais encore effective d'une langue romane, ou encore une modalité linguistique de la langue espagnole. L'approche emprunte à la fois à la recherche historienne et à l'observation des sociolinguistes, pour rendre compte avec le plus de rigueur possible d'une situation qui, de ce côté des Pyrénées, y compris parmi les spécialistes de l'Espagne, ne manque pas de susciter incompréhensions et contresens, en contrepoint paradoxal d'une hispanomania médiatique dont « la movida » est la référence obligée. Par ailleurs, cet essai de synthèse collective, qui regroupe des analyses de chercheurs des deux côtés des Pyrénées, ne pouvait prétendre à une homogénéisation absolue des points de vue, malgré les critères scientifiques qui ont présidé au choix des contributions. Aussi ces contributions, signées par leurs auteurs, expriment-elles parfois des positions que ne partagent pas précisément, ni d'autres auteurs, ni les directeurs. Mais le respect de la complexité est aussi à ce prix: celui de la diversité des sensibilités. Henri Boyer et Christian Lagarde

LES AUTEURS:

M-Carmen ALEN GARABATO,

Université de Santiago de Compostela
GONZALEZ,

Francisco BAEZ
Henri BaYER,

de AGUILAR
Université Université

Université de Zurich

Université de Montpellier III

Chrystelle BURBAN, Christian LAGARDE,
Marc LEPRETRE, Franck MARTIN,

de Perpignan de Perpignan
Catalana (Barcelone)

Institut de Sociolingüistica

Université de St Etienne

Pilar MARTINEZ VASSEUR, Université de Nantes Francho NAGaRE Sandrine
LAIN,

Université de Zaragoza

SINT AS, Université de Nantes

Alain VIAUT, CNRS (Bordeaux)

INTRODUCTION

L'État espagnol et ses Communautés Autonomes bilingues: une gestion périphérique de la pluralité linguistique (Henri Boyer)

Il est clair pour tout observateur
configuration Dès l'élaboration issue sociolinguistique (très consensuelle) civile était

quelque
d'une mise

peu attentif

et objectif

que la
à Franco.

de l'Espagne

franquiste Constitution à mal,

n'a pas survécu démocratique puisque, dès l'article

la structure deux du

de l'État

de la guerre

Titre Préliminaire,
ici même

dont la rédaction et régions / "nationalité" qui

n'est certes
"reconnaît

pas allée de soi (BaYER 1991 et
et garantit le droit à l'autonomie

I. 3. 1.), la Loi fondamentale

des

nationalités "région" capitale un

[...] devait

composent être, comme de la

[la nation

espagnole]"). espagnol: l'un

La elle

distinction importance autorisait administratif l'autre Catalogne, autonomie) les trois

on le verra plus loin, d'une de l'État purement par l'État), comme la En (outre les larges de pré-

pour la suite de la transformation différencié en particulier, Basque

traitement

décentralisation,

(et limité du point de vue des compétences les communautés Uouissant le Pays et la Galice déjà

concédées "historiques" d'un statut

qui concernait,

et qui ouvrait Communautés et la Navarre)

la porte à une autonomie permettre rapide prévue "historiques", un accès transférées. la reconnaissance trois de
seront

culturelle

et linguistique. Communautés Valencien, et à de très

effet, les articles Canaries

143 et 151 devaient

à certaines

l'Andalousie,

le Pays

à l'autonomie par l'article

compétences,

alors que la procédure

143 était plus lente et

limitait les compétences Par ailleurs, linguistique cohérence
ajoutait: "les

en ce qui concerne de l'Espagne, deux:
langues

par l'État, Constitution officielle

de la pluralité proclamait, de l'État" en mais

l'article
d'Espagne

la

avec l'article
autres

"le castillan

est la langue
également

officielles

dans les

Communautés qui soulignons).

Autonomes Certains

respectives, font observer

conformément

à leurs statuts" (c'est nous

à juste titre que les institutions centrales espagnoles ignorent la pluralité, qui n'a de reconnaissance légale qu'à l'intérieur des territoires concernés où l'on a instauré un bilinguisme institutionnel (VERNET I LLOBET, 1994) (Voir la carte proposée ci-après).

6

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7
La Nouvelle Espagne et ses langues historiques
1 Les Statuts d'Autonomie des Communautés dont la Constitution prévoyait

l'élaboration et l'approbation ont développé cette ouverture avec la promotion de la "langue propre" (notion traduite parfois en français par "langue spécifique") comme langue coofficielle (avec le castillan) en général sur tout le territoire de la Communauté, parfois sur une partie seulement, comme en Navarre: la coofficialité et ses conséquences en matière de politiques linguistiques étaient inscrites, à partir de 1979, dans les textes fondamentaux du nouvel État espagnol. Les dispositions principales des politiques linguistiques sont énoncées, pour chaque Communauté Autonome concernée2, dans une loi dite de "normalisation linguistique" ou "de l'usage" [de la "langue propre"] votée dans la première moitié des années quatre-vingts. Un seul de ces textes législatifs s'est vu révisé: en 1998, la Loi sur la Politique linguistique s'est substituée à la Loi de Normalisation Linguistique en Catalogne votée en 1983. Bien entendu, de nombreux textes réglementaires (décrets, circulaires...) n'ont pas manqué de compléter le cadre légal des politiques linguistiques "autonomiques". Un cadre légal qui devait permettre la mise en place, pour chacune des Communautés concernées, d'un dispositif institutionnel plus ou moins complexe et plus ou mois performant: Direction Générale, Services spécifiques. À n'en pas douter, comme on le verra, ici encore la Catalogne remporte la palme de la sophistication en matière de gestion de la coofficialité et surtout de promotion de la "langue propre", au travers d'un imposant ensemble parfaitement articulé de structures administratives. Plus de vingt ans après le démarrage des politiques linguistiques, les situations des "langues propres" restent contrastées, même si les dispositifs institutionnels et les dispositions légales dont il vient d'être question semblent avoir modifié les données initiales. Deux enquêtes du Centro de Investigaciones Sociol6gicas

1 Une traduction française de la Constitution espagnole de 1978 est publiée dans le n° 8 de la revue Pouvoirs (1979) consacré à "L'Espagne démocratique". 2 Il s'agit des Communautés Autonomes: de Catalogne (avec le cata/à), des Baléares (cata/à), du Pays valencien (euskara andalous "modalités (va/encià), de la Galice bascophones). Il convient que /a par/a rattaché (ga/ego), du Pays Basque le bab/e langues par (l'aranais, ailleurs parler (euskara) et ou mais est de Navarre les dialectes de simples d'Autonomie coofficiel pour les zones (en Andalousie) linguistiques". affirme Par contre, d'observer aranesa (aux Asturies) officielles, que occitan)

n'ont pas été considérés

le Statut

de Catalogne sur le petit territoire

du Val d'Aran,

administrativement

à la Catalogne.

8
(organisme dépendant du Ministère de l'Intérieur? espagnol) réalisées à cinq ans d'intervalle (1993, 1998) (SIGUAN,1994 et 1999) donnent la mesure des évolutions linguistiques et de leurs contrastes, qui ont suivi la mise en œuvre des politiques linguistiques en question:

On observe dans tous les cas, pour la période concernée, une baisse de la proportion de sujets disant avoir la langue de la Communauté comme langue principale/habituelle, en même temps qu'une augmentation très sensible (parfois même spectaculaire) de ceux qui se reconnaissent "bilingues" (il ne serait pas inintéressant de savoir quelle pratique des langues en présence suppose le fait d'être bilingue, pour les enquêtés...) et pour les trois Communautés où la "langue propre" présente le pourcentage le plus élevé (Catalogne, Baléares, Galice), un tassement sensible, dû sans aucun doute à la progression des "bilingues" et au fait que parmi ceux qui déclarent comme langue principale le castillan, une proportion importante (entre 18 et 26 °k) disent parler également la langue de la Communauté. Cette radiographie (même approximative) de la réalité sociolinguistique des Communautés Autonomes avec "langue propre" devrait enlever tout fondement aux craintes exprimées ces dernières années à propos de la situation qui serait faite au castillan dans les Communautés en question, comme celle par exemple de la Real Academia Espanola, qui en novembre 1994 n'a pas craint de déclencher une polémique de plus en matière de coexistence des langues

3

Le basque n'est officiel en Navarre que dans les zones bascophones.

9 d'Espagne en réclamant, dans une lettre adressée au Premier Ministre de l'époque, Felipe Gonzalez, plus de protection pour le castillan et de soins pour son enseignement, et en se prononçant pour un "bilinguisme réel sans diglossie" (entendant par là que le castillan serait à son tour victime d'un bilinguisme inégalitaire) dans les Communautés où des politiques linguistiques "normalisatrices" étaient en vigueur. Cette prise de position de l'Académie espagnole, taxée pour l'occasion de "colonialiste", n'a pas manqué de susciter une levée de boucliers de la part de nombreux intellectuels basques, catalans et galiciens. C'est dire combien est délicate la mutation de la configuration sociolinguistique de l'État espagnol, mutation non uniforme et non univoque, qui ne se fait pas toujours dans l'unanimité, pas plus que dans une sérénité absolue, même s'il convient de reconnaître que d'une manière générale, elle s'est appuyée Uusqu'à présent) sur un assez large consensus. Nous tenterons, dans cet ouvrage, de livrer un éclairage à la fois historique et politique de la configuration sociolinguistique de l'Espagne (politique dans le sens où il sera question de gestion institutionnelle des langues en présence) en présentant, après un rappel des péripéties qui ont conduit à la situation linguistique de l'Espagne contemporaine et au cadre constitutionnel et légal de la pluralité linguistique, les problèmes posés par la complexité de cette situation qui ne manquent pas de nourrir de nombreux débats au sein des diverses Autonomies et au sein de l'appareil d'État et qui, à l'extérieur, en France
singulièrement, sont l'objet d'interrogations le plus souvent tributaires d'une vision

tronquée de la réalité culturelle et linguistique de l'Espagne, ce dont est largement responsable la prégnance du modèle français d'État-Nation. De grands esprits sont victimes de cette vision et livrent alors un sombre diagnostic que la référence à l'ex-Yougoslavie ne peut qu'assombrir encore4 : « [Les] débats géopolitiques sur l'extension de telle langue nationale au-delà de frontières de telle entité politique,ces revendications sur des territoires voisins, malgré l'oppositionde ceux qui y vivent, la défiance qui se manifeste à l'égard de minorités considérées comme "extérieures" et même comme agents d'un

4 Ce genre de position (qui émane d'observateurs réputés sérieux) contraste cependant avec la représentation dominante actuelle de l'Espagne (celle de "l'air du temps" français), plutôt enthousiaste, ce dont témoignent les productions médiatiques de toutes sortes (presse écrite, télévision, publicité). Un exemple: la même semaine (27 juillet-2 août 2000, deux de nos hebdomadaires de premier plan célèbrent en couverture l'Espagne. L'Express avec ce titre "Viva Espana! Le pays le plus tonique d'Europe" ; Le Nouvel Observateur avec un "Spécial Espagne. Voyage chez les nouveaux conquistadors". Certes, la représentation ici manifestée ne concerne pas spécialement les questions de langue et de culture.

10
impérialisme nationalistes, restreints reconnues français), l'Espagne caractéristiques des Balkans. étranger, ces surenchères pluralité et ces luttes nationales de sept entre mouvements relativement départements le nord avec de les cette étonnante (au sud des Pyrénées, sur bref, une tous superficie ces à mon de nationalités à celle géopolitiques de singulières de l'Espagne partie de l'Europe sur des territoires ou huit

ce sont trois langues équivalant avis,

qui sont désormais

phénomènes d'une

qui caractérisent ressemblances médiane, », Hérodote

présentent,

géopolitiques

» (Y. LACOSTE, La question

et plus exactement n° 91, 1998,

p. 11).
Cet tentera des ouvrage ne cherchera un certain pas à dissimuler sociolinguistiques la disparité qui leur des sont situations liées: informé à la et il à

géopolitiques l'exhaustivité, attendus dynamique MARCELLESI linguistique linguistiques, linguistiques) Un bref détour qui devrait notionnel

et des

configurations

de produire

état des lieux, sans prétention qui avant tout participent

bien évidemment pleinement

pas plus qu'à la limpidité nationalistes/autonomistes sociolinguistique, politiques et par sera (institutionnels

à tout prix. Notre angle d'attaque, glottopolitique militants)

(GUESPIN de la pluralité de politiques modalités

1986 : Pour la "glottopolitique",
au sein de l'État des Autonomies. là même de gestion en usage dans certaines à la fois historique, permettre de poser

Langages n° 83), c'est-à-dire
tout comme des langues Il sera donc question Autonomes. s'impose qu'un

attentif

aux traitements

(et autres

Communautés

théorique un cadre

et méthodologique d'analyse ainsi

donc ici, paradigme

indispensables

pour notre propos.

Les visées et les modalités de réalisation d'une politique linguistique
Du diagnostic aux choix thérapeutiques: sociolinguistique
D'une manière générale, on peut d'un

l'impact de l'école catalane de

considérer

que

l'expression échelon

"politique politicode

linguistique", administratif gestion et requis

appliquée désigne

à l'action des choix,

État ou de tout autre des objectifs inscrits parfois C'était

des orientations,

en matière

d'une ou de plusieurs par une situation tendue,

langues,

dans les textes fondateurs plus ou moins le cas, tout particulièrement,

sociolinguistique violente.

intercommunautaire

préoccupante,

voire même langues:

dans plusieurs zones du territoire espagnol, au sortir du franquisme.
bien de situations Pays Valencien où deux le castillan et le catalan, et aux Baléares), le castillan et le basque

Il s'agissait
en et en

(au Principat,

(au Pays Basque

11
Navarre), sociétal domaines tolérées orales déloyale domination domination
franquiste

le castillan

et le galicien (le castillan)

(en Galice),

coexistaient

sur un même inégalitaire langues utilisée

espace donc, n'étaient

avec des fonctions

et des statuts sociale, circonstances contrainte de l'État de

inégaux. alors formelle.

Coexistence

où, de fait, une langue que dans et étrangères (car imposées accompagnée
(BENET 1979),

était obligatoirement

pour tous les essentiellement de concurrence

de la communication certaines à toute

que les autres Ces situations totalitaire), toute
Pays

de communication,

aux usagers

par un pouvoir sur des durant
des

ces situations période de

de l'ère

de la langue

langues

vernaculaires une
catalans

minorées,
(ARACIL

violences

les sociolinguistiques

1965
de des langue

et 1968; diglossique, diglossie officiels langues dominante interculturel lequel devait, situation: redressement sociale,

NINYOLES révisant (KREMNITZ pour l'occulter, dominées

1969) ainsi étaient

devait l'usage

les dénoncer édulcoré

sous

l'appellation du

de conflit concept

nord-américain

1981, BaYER
(le basque,

1986) : ces situations, malgré tous les efforts
de mort par substitution le galicien) catalans un corps par du conflit progressive la seule sociolinguistique/ in situ, selon linguistique issue à la son le catalan, produit résister langue tous

porteuses

(le castillan).

Les théoriciens

ont ainsi et sans relâche lucidité la et détermination, de la dans

de doctrine

à cette menace avec

de substitution/d'assimilation,

la communauté et imposer communautaire, une autre

normalisation et son expansion

c'est-à-dire de la communication

les domaines

en premier

lieu ceux que lui interdisait

l'état de diglossie.

Pour

le valencien
celle-ci" de normes

LI. V. Aracil,
consiste d'usage

l'un
surtout linguistique. consciente.

des
dans

promoteurs
l'élaboration Or, cela En réalité, Elle qu'il suppose

de

la

notion
en vigueur

de

"normalisation", de systèmes que

et la mise

nécessairement qu'elle en effet, est non mais et

la normalisation par une

est toujours définition, elle favorable

du moment implique,

prospective seulement aussi

est aussi envers dans

prévoyante. la langue l'efficacité

attitude

s'agit

de normaliser, sociale éveillée

[...] un espoir
[...] Une "purement"

et une confiance

de l'action

concertée.
aspects de facteurs normalisation d'une /I s'agit d'une

véritable
linguistiques. "sociaux", véritable

normalisation
Elle doit voire

ne saurait
envisager essentiellement qui certain en

jamais
politiques.

se borner
temps [...] Bref,

aux
la

en même

beaucoup

décidément est une

macro-décision l'exercice d'un

[...] vise
pouvoir." vue de

à orienter (ARACIL, la mise

le futur

communauté bien gestion État

et suppose

1982 : 9).
en œuvre que

là d'affirmations démocratique espagnol,

programmatiques, de la pluralité

linguistique,

gestion devait

démocratique inscrire rapidement

le nouvel dans

aiguillonné

par sa périphérie,

sa Constitution.

12
Et, incontestablement, la sociolinguistique du domaine catalan (VALL VERDU
espagnole digne de ce nom jusqu'aux années 1980), la seule sociolinguistique

quatre vingts du xxe siècle (voir, par exemple, RODRIGUEZ YANEZ 1993) a été un moteur, non seulement pour les communautés de langue catalane (singulièrement celle du Principat, devenu la Communauté Autonome de Catalogne, où les sociolinguistes ont été des acteurs de premier plan dans une lutte identitaire sans concession), mais également pour les autres "nationalités" d'Espagne évoquées par l'article 2 de la Constitution (dont il sera question plus loin): le Pays Basque et la Galice. Même si aujourd'hui les références ont changé, le rôle de premier plan qu'a joué cette sociolinguistique militante dans l'évolution des configurations linguistiques en Espagne est indiscutable
(BaYER

1987) .
Les "politiques linguistiques" mises en œuvre après la transition politique en portent la marque, ne serait-ce qu'au travers de la banalisation de la notion-clé de normalisation (socio)linguistique comme objectif déclaré de ces politiques (voir
par ex. ALEMANY FERRER I 1988).

Principes de politique linguistique Pour qu'une politique linguistique (comme toute politique: économique, édu-

cative, sanitaire...) ne s'arrête pas au stade des déclarations et passe à

l'action

"thérapeutique", il faut qu'elle mette en place un dispositif et des dispositions; on parle alors de planification, d'aménagement ou, dans le contexte spécifique espagnol, de normalisation linguistique(s) (BaYER 1991-96, CALVET 1987)5 Cependant, il est toujours question de gestion d'une (ou de plusieurs) langue(s), aussi bien dans ses formes que dans ses fonctions et usages sociaux. En effet, il peut s'agir, soit d'une intervention de type normatif, visant à codifier des fonctionnements grammaticaux, lexicaux, phonétiques... hétérogènes, à déterminer une forme standard, ou encore (ou en même temps) à faire une série de choix orthographiques, etc. Et à diffuser officiellement les (nouvelles) normes ainsi fixées (et en général sur la base de travail de linguistes) auprès des usagers.

5

Car si l'appellation "planification linguistique" (équivalent français de l'expression
planning,

Language

en usage chez les sociolinguistes nglo-saxons) été et reste a a

largement utilisée, on peut lui préférer un terme français en usage chez nos collègues québécois "aménagement linguistique". (voir DAOUSTt MAURAIS, e 1987) ou aménagement sociolinguistique, comme dans cet ouvrage.

13 On peut aussi viser les fonctionnements socioculturels d'une langue, son statut, son territoire, face aux fonctionnements socioculturels, au(x) statut(s), au(x) territoire(s) d'une autre/d'autres langue(s) également en usage dans la même communauté plurilingue, avec des cas de figures variables. Une politique linguistique peut enfin présenter une double visée: linguistique et sociolinguistique, et les deux types d'intervention évoqués sont alors parfaitement solidaires. C'est ce qu'on entend par normalisation en Espagne aujourd'hui, la normalisation des langues propres aux Communautés historiques impliquant la prise en compte de la normativisation linguistique (grammaticale, lexicale, orthographique...)6. Pour ce qui concerne l'appareil juridico-administratif au service des politiques linguistiques (qui a un coût en termes financiers) il y a diversité: le dispositif peut se limiter à une Académie de la langue et, en guise de dispositions, on peut ne trouver qu'un article dans la Constitution. Mais on peut aussi observer la création d'autres instances de gestion, comme un Ministère, un Office, une Direction générale, des Commissions, des Conseils et la prolifération de textes réglementaires: décrets, arrêtés, circulaires, et parfois le vote de lois linguistiques. L'Espagne des Autonomies est en la matière un authentique laboratoire, la Communauté ayant été le plus loin étant sans conteste, comme nous le verrons, la Catalogne. Par ailleurs, on considère que toute mise en œuvre d'une gestion institutionnelle du bi ou du plurilinguisme doit être attentive au respect de deux principes fondamentaux:

- Le principe

de personnalité selon lequel "Le choix de la langue [relève] des droits personnels de l'individu" (MACKEY, 1976, p. 82) ; en vertu de ce principe tout citoyen d'une société bi ou plurilingue doit pouvoir obtenir de l'État qu'il garantisse la liberté en matière d'usage des langues du pays.

- Le principe de territorialité qui suppose une territorialisationdu plurilinguisme,
laquelle peut revêtir des dimensions très variables (région, commune...). C'est sûrement ce principe qui a inspiré majoritairement les politiques linguistiques en vigueur, en particulier en Espagne.

6 Le couple couple domaine: corpus) s'agit

notionnel ordre,

normalisation/normativisation dû à H. Kloss, (planification "vise le statut et en vigueur du social statut)

correspond dans

assez la littérature planning ; quant et MAURAIS,

largement

à un autre du du

du même status ; le status

anglo-saxonne (planification planning,

planning planning

/ corpus

de la langue" (DAOUST

au corpus

il

de "l'aménagement

de la langue

elle-même"

1987 : 9-10).

14
Même si la solidarité n'en reste pas moins œuvre question des deux principes d'une d'alimenter n'est pas facile à réaliser que doit tendre débats linguistique. dans les faits, il toute mise en que cette que c'est vers cette solidarité politique de nombreux

juridico-administrative n'a pas manqué

On verra en Espagne.

PREMIERE PARTIE

ORIGINES ET MODALITES

DE lA PLURALITE

liNGUISTIQUE

DE

L'ESPAGNE CONTEMPORAINE.

17

1. Les sinuosités de l'Histoire
1.1.

Patrimoine

plurilingue
autour

et faiblesse

de l'État:

l'émergence
(Franck Martin)

des

nationalismes La pluralité quelques

de la question de diverses

linguistique d'Espagne

linguistique données

régions

est une évidence de chiffres la Cantabrie, vivent bénéficie

que par des d'être d'une d'un

suffisent seulement linguistique

à rappeler. (Madrid,

Même Castille-La

si nombre Manche,

peuvent la Rioja, dans

porter à discussion, un particularisme l'Andalousie Communautés

6 des 17 autonomies et environ

ne sont pas concernées

et les Canaries), autonomes

39 ok des Espagnols Si cette pluralité

dites "bilingues".

aujourd'hui

d'une reconnaissance forte de régulièrement citée en exemple, configuration cheminement d'espoirs divers sociolinguistique chaotique, jalonné et de tensions territoires

la part du pouvoir central, au point elle n'en demeure pas moins, au-delà initiale de conflits, politique déterminés linguistique. ancien, singulière, souvent à l'aboutissement faible, obtenir En d'autres entre centre peinant une de réglementations,

de craintes, à construire et plus grande c'est dans qu'il de de rapport toutefois, » uniformisé,

entre un État central

puis à « vertébrer» reconnaissance un rapport convient

un ensemble périphériques

« castillano-centriste

de leur particularisme sinon historique, la singularité aujourd'hui

termes, actuelle,

de forces, de situer

et périphérie

linguistique

de l'Espagne

forces dont les premières ce que recouvre ascendante, authentique présent
particularistes, résolument

manifestations le terme un territoire précédés
aussi,

demeuraient nationalisme: régional espagnols de diverses

fort éloignées, assimilés tels qu'ils
puis

à une aspiration celui d'une à
et

faire accéder nation, furent en
mais attachées,

à un rang supérieur, expressions,

les nationalismes effet
davantage elles

se manifestent également
autonomistes,

régionalistes, à la question

fédéralistes, linguistique.

Les Habsbourgs, En raison l'absence

ou le respect

des traditions de l'Espagne diversifié médiévale (plusieurs et de entités est des et de d'un

de l'organisation d'une structuration autonomes d'associer Au

politico-territoriale efficiente avec, singulières, l'émergence

de cet espace pour certaines, une langue le règne de la question d'une forme

politico-culturelles parfois Rois Ferdinand grande Catholiques. d'Aragon

des institutions dite "propre"), linguistique de quasiment d'Isabelle des pouvoirs.

spécifiques, la tentation à l'union Castille moderne

des lois et des coutumes

plan

politique,

fut en effet à l'origine basée

État plus organisé,

sur une concentration

Qui plus est, ce

18 règne fut incontestablementmarqué par divers facteurs favorables à l'essor du castillan,telle déplacement de certaines populationsdu centre vers la périphérie, une assimilationintéressée du castillan pour accéder à un rang social élevé, l'apparition et le rapide essor de l'imprimerieencouragée par les classes
dirigeantes déjà castillanisées, l'institutionnalisation et la mainmise de l'Inquisition sur toute expression culturelle diversifiée, la publication de la Gramatica deI Castellano d'Antonio de Nebrija, basée sur la parité "castillan/langue de l'empire" et, à l'inverse, une dépréciation certaine des autres langues par divers hommes de lettres (le poète Narcis Vinyoles à l'encontre du catalan, par exemple). Néanmoins, en dépit de ces facteurs déterminants dans le processus de régression des langues propres d'Espagne, pas plus qu'il n'existait à cette date de mouvements particularistes structurés, jamais les Rois Catholiques ne se sont officiellement prononcés en faveur d'un usage préférentiel du castillan, jamais ils ne se sont appliqués à vouloir l'imposer aux communautés exolingues, de telle sorte que chaque ensemble put conserver en propre sa spécificité linguistique sans aucune nécessité de la revendiquer. Cette caractéristique de l'Espagne du XVesiècle et du début du XVIeperdura au cours de la période des Habsbourgs. Loin de parvenir à édifier un État centralisé, puissant et uniformisé, la nouvelle monarchie conduisit une politique conservatrice basée, elle aussi, sur une permanence des traits différentiels de chaque ensemble. En matière d'administration politique, plusieurs hommes de loi ou de pouvoir tentèrent, il est vrai, de gommer certains particularismes pour créer une Espagne plus forte sur la scène internationale. Aspirant à une centralisation optimale de l'État, le juriste Alamos de Barrientos indiquait en 1598 : « Il conviendrait d'encourager les mariages mixtes entre Castillans et nonCastillans, de ne jamais nommer un fonctionnaire dans son pays d'origine, d'organiser des visites fréquentes du Roi dans toutes les régions. De la sorte, on aurait un royaumeformé de plusieurs provinces,mais unifié,le Roi serait le Roide
tous et de l'ensemble.
» (PEREZ

1996 : 300).

Quelques années plus tard, le Duc d'Olivares demanda à Philippe IVde ne point se contenter d'être Roi du Portugal, d'Aragon, de Valence, et Comte de Barcelone, mais d'assujettir ces royaumes "au style et aux lois de la Castille, sans aucune différence", de façon à être "le Prince le plus puissant du monde." (GARCiA CARCEL 1985 : I, 126 ; Il, 133-134). Bien qu'à même de changer le cours

de l'histoire de toute l'Espagne, ces conseils ne connurent pas le succès
escompté. En dépit du tournant qu'ils imprimèrent dans la conception politique de

la péninsule, face à une faiblesse certaine de l'État, chaque territoire put conserver une singularitécriante, caractérisée par la permanence de nombreux

19 traits différentiels, dont les langues. Plus encore, à cette date, la conscience d'appartenir à un ensemble différencié commença à devenir à ce point prééminente qu'elle incita divers intellectuels, dont le théologien Juan de Palafox, à rédiger quelques écrits susceptibles d'engendrer un élan particulariste plus affirmé:
« est nécessaire que les lois et les façons de gouverner soient diverses [...] pour " que la monarchie hispanique se maintienne, il importe de gouverner en castillan les Castillans, en aragonais les Aragonais, en catalan les Catalans, en portugais les
Portugais. }) (BENEYTO 1980 : 96-102).

Quant au plan strictement culturel, il est exact qu'au cours des XVIe et XVIIesiècles, d'autres facteurs encouragèrent, voire précipitèrent, le processus de castillanisation. Ce fut le cas notamment de divers aléas socio-politiques circonscrits à quelques espaces (la Germania de Valence en 1519) et, plus tardivement, de l'apparition de fortes épidémies touchant prioritairement, dans certaines régions bilingues, les couches les plus modestes et les moins fortement castillanisées (la peste en territoire catalanophone en 1647, 1677, 1678). Il demeure également exact que l'Europe tout entière fut traversée en ce temps par le courant de la Renaissance, favorable à un usage préférentiel des langues dites nationales et, ce faisant, à une mise à l'écart tant du latin que des langues régionales. Cependant, tandis qu'en France furent édictées les premières dispositions de politique linguistique (l'ordonnance de Louis XIIen 1510, celle de
François 1er - Villers-Cotterêts -

en 1539),en Espagne, ce courant ne donna lieuà

aucune disposition législative particulière. Tout au plus, furent publiés divers ouvrages apologétiques consacrés au castillan avec, pour exemple significatif, cet écrit du Doctor Viana:
« De même qu'aucune autre langue n'a autant d'élégance et de finesse que la langue

espagnole castillane, aucune n'est également aussi fine, relevée et gracieuse. })
(ALONSO 1968 : 34-35).

Confrontées à de tels énoncés, les autres langues bénéficièrent d'une considération moindre, d'un espace d'expression plus réduit, mais, au plan strictement formel, les XVIe et XVIIesiècles espagnols furent marqués par l'absence de toute disposition dite « linguicide ». Plus encore, la conscience d'appartenir à un ensemble singulier doté d'un particularisme linguistique favorisa l'émergence d'un courant littéraire nouveau ayant, cette fois-ci, pour caractéristique d'accorder une place de choix à certaines langues propres. Ainsi, parallèlement aux éditions louant le castillan, d'autres hommes de lettres commencèrent à affirmer leur attachement à la langue basque par exemple: en 1545, dans ses Linguae Vasconum Primitiae, Senat Dechepare chanta sa fierté

20 d'être le premier à oser écrire dans cette langue; en 1571, Joanes Leizarraga publia la première traduction du Nouveau Testament en langue basque, puis parurent divers recueils de proverbes (Refranes y sentencias comunes en Bascuence, declarados en Romance, les recueils de Esteban de Garibay, puis de Arnaud d'Oihenart), diverses poésies religieuses (Noelac de Joanes Etcheberri) ; et, plus révélateur encore de l'usage d'une langue propre comme affirmation d'une identité singulière, en 1653, Rafael Micoleta écrivit son Modo breve de aprender la lengua vizcayna. En territoire catalanophone, les exemples furent plus nombreux encore. Les splendeurs et l'excellence de la langue catalane furent célébrées dans ses variantes catalane (Crist6fol Despuig, Jeroni Pujades, Narcis Peralta, Pere Gil, Andreu Bosch, Alexandre Ros...), baléare (Miquel Ferrando de la Càrcel) ou, plus fréquemment, valencienne avec, pour exemple éclairant, cet énoncé de Joan Bautista Ballester: "La langue valencienne est meilleure que toutes celles d'Europe, après la langue sainte qu'est l'hébreu."
(GARCiA CARCEL 1985 : I, 109).

Sans pour autant déconsidérer le castillan, la prise de conscience d'appartenir à un ensemble différencié, caractérisé par une configuration sociolinguistique singulière, apparut ainsi plus manifeste: le XVIIesiècle espagnol s'acheva sans l'émergence d'aucune forme de nationalisme, ni l'adoption d'aucune politique linguistique mais, peu à peu, divers territoires commencèrent à ressentir et à exprimer un attachement fort à leur singularité sociolinguistique.

Le centralisme politique et linguistique des
XVIIIe

Bourbons au

siècle et ses effets

En 1700, un changement radical intervint dans l'administration politique de l'Espagne. Lors du décès de Charles Il, Philippe d'Anjou prit le titre de Philippe V, tandis que Charles d'Autriche fut nommé roi légitime. Connu sous le nom de "Guerre de Succession", l'affrontement entre les deux camps fut couronné par la victoire de Philippe V qui, dès avant le début du conflit, avait annoncé vouloir reproduire en Espagne la politique absolutiste de son grand-père Louis XIV en France. Ainsi, dès la fin des combats, s'ouvrit une période centralisatrice basée sur un nivellement des particularismes. Les premiers exemples significatifs demeurent les Décrets de "Nueva Planta" des territoires valencien (1707), catalan (1716), puis baléare (1717), trois espaces favorables à Charles d'Autriche avant et durant le conflit. Conçus comme de véritables sanctions imposées aux sujets rebelles, ces documents modifièrent la perception et le fonctionnement législatif de l'Espagne (suppression des "Furs" et divers privilèges propres aux territoires de l'ancienne confédération catalano-

aragonaise) et favorisèrent l'adoptiondes tout premiers textes discriminatoires

21
sur le plan linguistique, que: "Les procès disposition dont la célèbre Royale d'autres basques: et en les instruction seront textes du 16 janvier instruits 1716 stipulant castillane." de l'Audience fut suivie aux élèves l'anneau régions en langue

(AINAUD DE LASARTE 1995: première

19) Circonscrite

à l'espace

catalanophone,
le cadre

cette
des

qui dépassèrent

territoires hostiles à Philippe V. Ainsi, l'ordonnance
de ne pas permettre en leur imposant NABEA diverses de l'armée (TORREALDAI nominations, magistrature, punissant

du 9 janvier 1730 demandait
mais en castillan, ils le méritent." de la en comme

"de parler en basque

1998: 15). Parallèlement,
furent marquées des cadres et surtout

par le jeu

de nouvelles
majeur

par une forte castillanisation de l'Église, Enfin, qualifiant phénomène dans la droite Française le catalan dans cette Espagne

raison de la forte représentation de ses fonctions l'esprit à Nôtre entreprirent après l'Université Catalogne parurent le gouvernement Autorité, de catéchèse français adopta de la Renaissance

de cette dernière et d'enseignement. divers décrets

du XVIIie, ligne de en 1635, autorités : de puis

(suite à la création de la Nation de nature

de l'Académie Française"),

de "contraire

à l'honneur actions

les nouvelles

diverses de Cervera dans les premiers

à précipiter

cet élan de castillanisation Espanola" (1713), fut ouverte d'enseignement catalanes, du castillan:

l'institutionnalisation

de la "Real Academia

(1717) regroupant
ouvrages consacrés

tous les centres

le but de contrôler

et de castillaniser

les élites

à la codification

Diccionario de la lengua castellana (1716), Ortografia de la lengua castellana (1726), et Diccionario de Autoridades (1726-1739) en six volumes. Le nouveau pouvoir s'attacha ainsi à revendiquer l'usage officiel d'une seule et unique langue.
Conscient de la nécessité

de

renforcer

l'unité

pour

un plus

grand

rayonnement

de

la Nation,
obligèrent Lettres, (1771)

dès le début de son règne, Charles ces derniers

IIIaccentua

le processus.
en castillan

Dès le 17
de Valence"
et, le 23 juin

mars 1764, les "Ordonnances de la Corporation 1768, l'instruction royale d'Aranjuez
la Latinité et la Rhétorique imposa

des Marchands "l'enseignement
castillane."

à rédiger leur documentation

des
(FERRER

premières
I GIRONÈS castellana

[...] en

langue

1986 : 281-283).

Après la

publication royale

de la Gramatica

de la lengua

du 24 décembre 1772 imposant le castillan comme langue de la vie économique; en 1778 le gouvernement interdit la prédication en catalan dans les églises de Majorque; le 22 septembre 1780,le Comte
parut l'instruction

de Floridablanca obligea toutes les écoles à enseigner la grammaire de la Real Academia de la Lengua; en 1784 et 1787, le basque fut interdit dans les établissements de Guipuzcoa ; et en 1799, 1801, puis 1807, l'usage des langues autres que le castillanfut prohibé dans le domainede la culture:

22
« Ne pourront œuvres être jouées, chantées, en langue

ou dansées
castillane.

dans aucun

théâtre

d'Espagne

des

non composées

» (FERRER I GIRONÈS 1986 : 60, 284).

Toutes ces dispositions modifièrent à ce point la considération dont bénéficiaient jusqu'alors les langues dites "propres" que nombre d'hommes de lettres natifs des territoires périphériques se livrèrent à une péjoration de ces langues. Pour le catalan, l'exemple le plus célèbre est celui de Capmany i Montpalau qui, en 1786 puis 1791, qualifia le catalan de langue:
« vieillie dans la plupart de ses vocables [...] ancienne, provinciale, morte désormais pour la République des Lettres. » (HINA 1986 : 71-76).

Un phénomène analogue se produisit en Galice: "Parler galicien, c'est mal parler", inculquait le pouvoir central aux Galiciens et, en 1866, B. Pueyo considéraitcette langue comme:
« un symbole montagnes civilisateur. du retard galiciennes, dans lequel subsistent les habitants des campagnes du mouvement et un obstacle qui gêne et paralyse la rapidité

» (DOMINGUES 1999 : 41-42).

L'attachement du gouvernement central à éradiquer certaines langues ne fut donc pas seulement imprimé depuis la Castille; il bénéficia du concours de divers intellectuels natifs des territoires périphériques. Il est vrai qu'à cette date, l'Espagne comme le reste de l'Europe subit l'influence de deux éléments majeurs: la doctrine universaliste de la langue française et la Révolution de 1789. La première fut basée sur la reconnaissance et la défense d'une supériorité du français sur toute autre langue, considération qui donna lieu en Espagne à une authentique surenchère profitant exclusivement à la langue de l'empire. Ainsi, Benito Jer6nimo Feij60 écrivait dans son Teatro critico universal de 1726 : « Nous ne concéderons [...] aucun avantage à la langue française sur la langue castillane[oo.] pour aucunede ces qualités[propriété,armonie et abondance], a h l
langue française ne l'emporte sur la castillane.
» (FEIJOO, 1968 : 216-231).

Puis, lorsque Française

Rivarol

publia

son célèbre

Discours sur l'Universalité

de la Langue de la lengua

(1783), à son tour Juan Pablo Forner publia ses Exequias

castellana:
« Érigeons un monument à l'immortalité de cette langue puisque l'ignorance immortelle; et perpétuons, autant n'a point permis de la rendre que faire se peut, les

excellences qu'elle a eues. » (FORNER,

1956 : 5-6.)

23 Quant à la Révolution de 1789, son incidence fut encore plus forte. Dès le calme rétabli, le pouvoir français mit tout en œuvre pour anéantir les patois considérés comme des "vestiges de l'obscurantisme et de ngnorance" et pour imposer la langue de la "Déclaration des Droits de l'Homme, de la Liberté, de la Raison, du Progrès et des Lumières". Nous ne mentionnerons ici que la position de rAbbé Grégoire, attaché à démontrer un lien étroit entre "patois/langue régionale" et "immoralité/déviance/perniciosité", notamment dans son Rapport sur la nécessité et les moyens d'anéantir les patois et d'universaliser l'usage de la langue française du 6 juin 1794. Au lendemain de la Révolution, la politique "linguicide" de la France visant à éradiquer les langues régionales pour renforcer l'unité du territoire et favoriser le rayonnement de la Nation fit donc école: c'est en aspirant à consolider un État organisé et puissant, au regard notamment de run de ses plus proches voisins, que l'Espagne s'est également engagée à poursuivre le combat contre la diversité linguistique. Pareil combat ne put, toutefois, parvenir à un terme exclusivement favorable au castillan, en raison d'un extrême degré de ruralité lié à un niveau d'alphabétisme très bas, éléments qui permirent en bien des endroits une exposition toute relative aux mesures castillanisatrices du gouvernement. Par ailleurs, les langues régionales commencèrent à bénéficier d'un soutien appuyé de diverses

personnalités. Au plan national, les

"I/ustrados"

promoteurs de l'usage du

castillan, condamnaient davantage le latin et les langues étrangères que les parlers régionaux. La castillanisation du système éducatif pouvait même être entendue dans le respect des langues régionales, comme chez Jovellanos qui écrivait en référence au majorquin :
« Dans la mesure où cette langue est celle que les enfants apprennent en premier, celle qu'ils parlent dans leurs premières années [... L il est clair qu'elle mérite une

attentionplus grande que celle que nous luiavons donnée jusqu'à ce jour. » (SANCHIS GUARNER 1963 : 92). À son tour, tout en accordant une place de choix au castillan,
galicien,

lorsqu'il

traitait

du

le Père

Martin

Sarmiento

écrivait:

« [L'élève] doit apprendre sa langue vulgaire native dans toute son extension possible, la castillane s'il est castillan, la galicienne s'il est galicien. » (AYMES, 1983 : 9-48). Au plan régional, les langues tant propres furent des également milieux plusieurs l'objet intellectuels ouvrages, de diverses que des non pas en dans l'espace figurent

tentatives responsables Galice

de sauvegarde, politiques. où l'éveil

de la part

Les premiers

publièrent

fut plus tardif, Au Pays Basque,

mais au Pays Basque parmi les exemples

et, surtout,

catalanophone.

les plus significatifs

Eskuarazko

hastapenak

latin ikhasteko ('Recueil en langue basque pour

24
apprendre le latin'), Eskuararen hastapenak ('Rudiments du basque') de Joanes Etcheberri, Eusqueraren berri onac ('Les bonnes nouvelles du basque') de Agustin Cardaberaz et, surtout, la Gramatica Vasca, El imposible vencido, arte de la lengua bascongada (1729), le Diccionario Trilingüe deI Castel/ano, Bascuence y Latin (1745), puis la Corografia0 Descripci6nGeneral de la Muy Noble y Muy Leal Provincia de GUipulcoa (1756) de Larramendi, parfois considéré comme l'initiateur des premiers débats sur l'identité du peuple basque. En territoire catalanophone, parurent la Gramàtica Catalana embellida ab dos ortografies i ab ap6strofe pera correctament escriurer en extens i apostrofada la lIengua catalana de Josep Ullastre (1743), la Controvèrsia sobre la petfecci6 de /'idioma català de Fra Agusti Eura (1749), et l'Apologia de /'idioma català vindicant-Io de les impostures d'alguns estrangers que 10acusen d'aspre, incult i escàs d'Ignasi Ferreres (1750), ouvrages rédigés en Catalogne dans le but de diffuser un catalan plus tard qualifié de IInormativisé". Aux Baléares, bien qu'écrivant en castillan, B. Serra signa l'une des apologies les plus exaltées de la langue catalane appelée "limousine" conformément à l'usage dominant de l'époque: "La langue limousine [...] s'est conservée de façon beaucoup plus pure [aux Baléares] qu'en d'autres lieux." (FERRANDOFRANCÉS I 1993 : 148). Enfin, à Valence, l'entreprise fut conduite par Ros i Hebrera, porteur d'une vision quasiment "iIustrada " de l'enseignement, par Galiana i Cervera, qui proposa la réédition de grands classiques de la littérature catalane, et par les représentants d'un courant intellectuel propre à ce XVIIIesiècle valencien, les "Novators ", emmenés par G. Mayans i Siscar qui associait dans ses revendications le retour des "Furs" et une plus grande reconnaissance du catalan de Valence: « Les Dialectes de la Langue Limousine sont la langue Catalane, la langue Valencienneet la langue Majorquine[...] De toutes les trois, la plus douce et la plus
gracieuse est la Valencienne» (MAYANSY SISCAR 1981 : 1,58).

Les responsables politiques se mobilisèrent, pour leur part, en juillet 1760 pour soumettre aux Cortes de Castille un document dénonçant l'imposition linguistique opérée en matière de religion dans les territoires catalanophones, au regard notamment de la politique conduite dans le Nouveau Monde: « Aux Indes, où les habitants
[oo.]

sont incapables d'exercer le ministère

ecclésiastique, les curés doivent comprendre et parler la langue de leurs paroissiens. La condition des paysans catalans, valenciens, majorquins doit-elle être pire que celle

des Indiens?

» (FERRER I GIRONÈS

1986 : 34).

Jamais le souverain n'accéda à cette requête. Néanmoins, la démarche était lourde de sens: pour la toute première fois, les représentants politiques d'un territoire bilingue saisissaient officiellement le pouvoir pour revendiquer un droit à

25 user de leur langue régionale; pour la toute première fois, une action était conjointement entreprise par les territoires catalanophones placés sous administration castillane, signe d'une cristallisation et d'une structuration plus évidentes d'un ensemble de revendications régionalistes.

Le tournant du XIXesiècle
Au début du XIXe siècle, cet attachement aux traits différentiels de certains territoires et à l'usage d'une langue propre s'accentua, notamment lors de l'invasion de l'Espagne par les troupes napoléoniennes. Au-delà de divers affrontements idéologiques, la mobilisation des Espagnols peut, il est vrai, être interprétée comme un élan authentiquement nationaliste dans le sens de la protection d'une Nation Espagne une et unifiée. Si certaines régions créèrent diverses juntes locales, puis des juntes provinciales, pour participer au conflit, toutes furent en effet coordonnées par une seule et même junte centrale instituée dans le but de chasser le "roi intrus". Plus encore, l'arrivée des troupes napoléoniennes favorisa l'émergence d'un authentique espagnolisme. Dans cette mobilisation massive contre l'envahisseur français, l'union de certaines régions à la Castille se fit pourtant davantage par défaut que par adhésion aux idées du souverain espagnol. Axe principal de l'invasion, l'espace catalanophone souhaita se préserver d'un lourd traumatisme et entendit exprimer prioritairement, non pas son attachement à la politique centralisatrice du monarque espagnol, mais son ressentiment à l'encontre du peuple français. Le déroulement des opérations militaires et civiles est éclairant sur ce point. Après s'être singularisés en créant la première junte locale du Sud et du Levant (25 mai 1808), plusieurs Valenciens (Pujalte, Borrull...) demandèrent à l'État de doter chaque junte d'un pouvoir législatif fort, proposèrent la création d'une structure fédérale, et se prononcèrent en faveur de la restauration du régime "forai". Tout en participant à un combat national, certains territoires continuèrent ainsi à se démarquer de la Castille et à affirmer une identité singulière. Quant au dénouement de cet épisode national, il fut à la base des aménagements linguistiques du XIXe siècle. Sans doute effrayée par le poids grandissant des revendications régionalistes, l'Espagne sembla tout d'abord disposée à reconnaître son pluralisme, l'article 11 de la Constitution de Cadix de 1812 annonçant:
« Dès que les circonstances politiques de la Nation le permettront, une division plus convenable du territoire espagnol sera effectuée au moyen d'une loi
constitutionnelle. » (TIERNO GALVAN

1979 : 28)

26
Néanmoins, politique foraux d'une nécessité traitement reprise renforcé la "Pepa" fut sur de nombreux historiques. régionales du territoire. d'enseignement des langues linguistique Aucun Ainsi, points une négation article ne fut consacré politique en établissant de la personnalité aux anciens droits fois la sans la fut Après en faveur l'adoption des régions ni aux identités uniformisation d'une éducation aucun d'une dans

et la classe

se prononça

pour la première de 1812 annonça du royaume Dans l'usage suscitèrent surprendre.

de masse,

la Constitution

d'un plan général

public prévu pour l'ensemble et des cultures discriminatoire une monarchie judiciaires régionales. ne saurait

ce cadre, du castillan

politique

que Ferdinand

VII eut rétabli les procédures religieuse

absolutiste,

(1825), l'enseignement (1827), et au
de nouvelles

sein de

l'institution

(1828). Ces dispositions

mobilisations, périphériques

dont la publication et de leurs langues.

de divers travaux faisant l'éloge des territoires Si au Pays Basque et en Galice les exemples Vascongadas en

furent peu nombreux

(Noticias Historicas de las Tres Provincias

que se procura investigar el estado civil antiguo de Alava, Guipuzcoa y Vizcaya y

el origen de sus Fueros [1806-1808] de Llorente, Apologia de la lengua vascongada [1803] de P. P. de Astarloa ; A Alborada, grand poème en galicien de N. Pastor Diaz), en territoire catalanophone, cette période fut à coup sûr
déterminante. Outre la Gramàtica i apologia de /a lIengua cata/ana (1815) de Ballot i Torres, Lo Somni (1831) du Valencien Vicent Salvà, et la première version moderne en catalan de la Biblia (1832), vit le jour l'un des textes majeurs de l'historiographie catalane, l'ode A la Pàtria de Bonaventura Caries Aribau, publiée
le 24 août 1833 dans la revue officiel de la "Renaixença Au-delà tiers El Vapor, considérée comme l'acte de naissance
" catalane. mouvementée

de la période

de l'invasion napoléonienne, ce

premier

forte et systématique entre le processus "castillano-centralisateur" de la Nation Espagne et l'expression des particularismes: face à l'affirmation d'une entité politique puissante et unie, diverses régions périphériques, au premier rang desquelles la
marqué alternance

du XIXe siècle fut

donc

par une

devenue

Catalogne,

entendaient

lutter contre tout élan d'uniformisation.
majeure vint précipiter

Prise immédiatement après, une décision rapport de forces centre/périphérie: la du Ministre

et officialiser le
politico-territoriale

nouvelle

organisation

du

Développement

Javier de Burgos (30 novembre 1833) qui établit
En dépit du regroupement instaura une administration
adoption

la division du territoire en 14 régions et 49 provinces.

des provinces de même langue et culture,
plus centralisée
drapeau

ce texte dispositions

par le biais de diverses

unificatrices:

du

rouge et or (1843), création de la Garde Civile (1844), rédaction du Code Pénal (1848) et du Code Civil(1851), homogénéisation des systèmes fiscal

27
et monétaire, métrique allant réconcilier régressions souveraineté la Constitution soumettre prévoyait aux dans unification le sens carlistes des unités de poids et de mesures, gouvernement rédigea de la centralisation: et libéraux, le Statut Royal adoption de 1834 du système (destiné territoriale), de 1812 et les aux régions des pouvoirs), (proposant de ce texte à de la à décimal... Puis, chaque un texte constitutionnel l'organisation traitement

il ne prit pas en compte aucun

la Constitution forte personnalité

de 1837 (ce compromis du Statut nationale, "non-nata" électeurs historique),

entre le texte progressiste de 1845 (dotée aucune

Royal de 1834 n'accordait la Constitution de 1856, le choix elle n'envisageait entre

d'une négation

décentralisation de 1869 ou

et la Constitution monarchie administrative).

république,

une décentralisation espagnol

exclusivement fut donc marqué

Le XIXe siècle organisé, raison

par un centralisme se manifestèrent catalanophone,
mallorquina

plus

fort,

plus

pour laquelle que politique.

les particularismes Dans l'espace

à nouveau, au plan culturel,

tant au plan culturel

parurent
Baléares,

de multiples
Amengual

travaux
une

défendant
Gramàtica

une identité
de la lengua

singulière.
que Aguil6
"langue

Aux lies
(1835), puis i Fuster
parlée

publia

un Diccionario s'attacha par quatre

mallorquin-castellano-Iatin sa conception d'Espagnols". de Bofarull unitaire En

(1841-1878), de la langue

tandis

à défendre millions

catalane:

Catalogne,

Barcelona de poésies

vindicados

(1836),

furent publiés Los Condes de les Memorias para ayudar a formar un

diccionario criticode los escritorescatalanesde Torres Amat(1836),et le recueil La Gayter deI Llobregat (1841), dans lequel Rubi6 i Ors abordait le
du territoire catalan:

thème de l'indépendance littéraire

« La Catalogne peut encore aspirer à l'indépendance: non pas à l'indépendance politique,car elle pèse bien peu en comparaison avec les autres nations [...] maisà
l'indépendance littéraire [...] Le catalan est doux [...] il est aussi riche que n'importe quelle autre langue issue du latin [...] il s'adapte à la versification autant ou, peut-être plus, que les autres}) (MARTIN000 : 84). 2 En 1843, parut La Verdader Calalà, catalan; le catalan à partir de 1859, les premiers des cercles dans littéraires premier périodique intégralement dits modernes rédigé en

"Jeux Floraux"

firent passer publia une histoire et, de 1865 à

à la rue;

de 1860 à 1863, Victor résolument périphérique;

Balaguer

son Historia de Cataluna y de la Corona de Aragon, qui popularisa de la Catalogne une perspective 1874, pas moins de 32 nouveaux 4 000 exemplaires); Lamarca fit paraître Père Labèrnia en 1839, son Ensayo périodiques tandis en catalan

virent le jour. À Valence, la revue El Licea, Lluis et le

parut en 1837 la revue El Mole, entièrement

rédigée en valencien (1 er tirage à
valenciano-castellano,

que fut créée diccionario

de un

de la IIengua cata/ana ; en 1841, Villarroya i Sanz composa ses premiers vers; en 1844, furent édités les journaux bilingues El
son Diccionari

28 Cresol et La Oonsayna; en 1847, El Tabalet et El Sueco; en 1851, Josep Escrig publia son Oiccionari valencià-castellà; en 1857, Teodor Llorente publia ses premiers poèmes en valencien dans El Conciliador; et, à partir de 1859, furent célébrés les premiers "Jeux Floraux" valenciens. Quant au plan politique, à partir de 1850, divers représentants commencèrent à exprimer avec davantage de déterminisme leur ressentiment à l'encontre du pouvoir central, comme le montre cette interpellation véhémente du député Joan Prim aux Cortes en 1851 :
Les Catalans sont-ils condamnés à être éternellement gouvernés comme un pays conquis et, quand pense-t-on leur rendre les garanties constitutionnelles auxquelles ils ont droit? [...] Les Catalans sont ou ne sont-ils pas des Espagnols? Sont-ils vos colons ou vos esclaves? [...] Si vous ne les voulez pas comme Espagnols, partez de chez eux; laissez-les car ils n'ont pas besoin de vous. » (ROSSINYOL : 30) 1974
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D'autres revendications prirent corps le 18 mai 1869 autour d'un projet de fédération des territoires de l'ancienne couronne d'Aragon à l'initiative de Valenti Almiral\. D'autres actions furent conduites par les formations carlistes, revendiquant, comme à Valence dans les discours d'Antonio Aparisi, la réhabilitation des "Furs" sans pour autant vouloir attenter à l'unité de l'Espagne. Au Pays Basque, tandis que fut composé par Iparraguirre l'hymne à l'Arbre de Guernica, Gernikako arbola (1851), apparut une littérature rédigée en castillan mais diffusant les mythes constitutifs des futures revendications nationalistes basques (idéalisation lyrique du milieu rural, vision légendaire du passé et croyance en une unité raciale ou ethnique), et se développèrent en Alava et en Biscaye des conflits politiques carlistes porteurs eux aussi d'une forme d'expression particulariste, comme l'indique Joseph Pérez:
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Les revendications autonomiques vont prendre de plus en plus de place dans le
» (PEREZ 1998 : 99).

carlisme, et on peut voir en lui l'une des racines du nationalisme basque
contemporain.

En Galice, en 1846, fut créée la "Junte Supérieure du Royaume de Galice", dotée d'un journal, La Revoluci6n, dans lequel Antolin Faraldo, auteur en 1843 d'une proposition d'indépendance, prédisait:
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Traînant

jusqu'ici

une existence déshonorante, 1999 : 62-63).

transformée en une véritable

colonie de la Cour, la Galice va se relever de son humiliationet de son
abattement. » (DOMINGUES

La presse, bien que majoritairementrédigée en castillan, commença à se faire
l'écho à travers un nombre conséquent de titres d'un esprit régionaliste et de la valeur littéraire du galicien, précédant, à partir de 1861, les premiers "Jeux