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L'éveil des nationalités et les revendiactions linguistiques en Europe
(1830-1930)

Sociolinguistique Collection dirigée par Henri Boyer
La Collection Sociolinguistique se veut un lieu exigeant d'expression et de confrontation des diverses recherches en sciences du langage ou dans les champs disciplinaires connexes qui, en France et ailleurs, contribuent à l'intelligence de l'exercice des langues en société: qu'elles traitent de la variation ou de la pluralité linguistiques et donc des mécanismes de valorisation et de stigmatisation des formes linguistiques et des idiomes en présence (dans les faits et dans les imaginaires collectifs), qu'elles analysent des interventions glottopolitiques ou encore qu'elles interrogent la dimension sociopragmatique de l'activité de langage, orale ou scripturale, ordinaire, médiatique ou même «littéraire». Donc une collection largement ouverte à la diversité des terrains, des objets, des méthodologies. Et, bien entendu, des sensibilités. Déjà parus Remi BaYER (sous la dir.), De l'école occitane à l'enseignement public: vécu et représentations sociolinguistiques, 2005. Josette VIRASOL VIT, La dynamique des représentations sociolinguistiques en contexte plurilingue, 2005. Patrick CHARAUDEAU (dir.), La voix cachée du tiers, 2004. Ksenija DJORDJEVlé, Configuration sociolinguistique, nationalisme et politique linguistique: le cas de la Voi'vodine, hier et aujourd'hui, 2004. Henri BOYER (Éditeur), Langues et contacts de langues dans l'aire méditerranéenne, 2004. A. BOURDEAU, L. DUBOIS, J. MAURAIS, G. MCCONNEL, Colloque international sur l'Ecologie des langues, 2003. H. BOYER et CH. LARARGE (dir.), L'Espagne et ses langues: un modèle écolinguistique ?, 2002. C LAGARDE, Des écritures « bilingues ». Sociolinguistique et littérature, 2001. H. BOYER et P. GARDY (coord.), Dix siècles d'usages et d'images de l'occitan: des troubadours à l'internet, 2001. P. DUMONT, L'enquête sociolinguistique, 1999. L. FERNANDEZ, L'Espagne à la Une du Monde (1969-1985). M. GASQUET -CYRUS et alIi, Paroles et musiques à

Marseille. Les voix d'une ville, 1999.

Coordonné par

Carmen Alen Garabato

L'éveil des nationalités et les revendications linguistiques en Europe
(1830-1930)

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique; FRANCE
L'Harmattan Hongrie Espace Fac..des L'Harmattan Sc. Sociales, BP243, Kinshasa Pol. et Adm. ;

75005 Paris

Konyvesbolt Kossuth L. u. 14-16

L'Harmattan Italia Via Oegli Artisti, 15 10124 Torino ITALlE

L'Harmattan Burkina Faso 1200 logements villa 96 12B2260
Ouagadougou 12

KIN XI
-

1053 Budapest

Université de Kinshasa

ROC

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan @ wanadoo.fr harmattan! @wanadoo.fr

L'Harmattan, 2005 ISBN: 2-296-00052-5 EAN : 9782296000520

@

Les communications rassemblées dans cet ouvrage ont été présentées au :
COLLOQUE INTERNATIONAL

L'éveil des nationalités et les revendications linguistiques en Europe (1830-1930)
2 - 3 juin 2005
UNIVERSITÉ PAUL-VALÉRY Site de Béziers (Centre Du Guesclin)
organ

isé par

l'Atelier de Recherche en Sociolinguistique et d'Etude des Représentations
(Laboratoire DIPRALANG . EA 739, Univ. Montpellier III)
En collaboration le Centre d'Etudes Catalana Occitanes
l'Université

avec (Université d'Etudes Montpellier Occitanes III)

et le REDOC Internationale

le Departamento de Filoloxia Galega de

de Santiago de Compostela l'Institut de Sociolingüistica

et l'Association

COMITE SCIENTIFIQUE: Henri Boyer (Université Fernandez Provence), Santiago

Paul-Valéry),

Christian

Camps

(Université

Paul-Valéry), Francisco

Rei (Universidade de Philippe Gardy (CNRS, de Compostela), Philippe

Santiago de Compostela), Paul Garde (Université de Université Paul Valéry), Ramon Marino (Universidade de Martel (CNRS, Université Paul-Valéry), Georg Kremnitz (Université de Perpignan), de recherches bretonnes (Institut de Sociolingüistica Patrick Sériot Bordeaux). Xavier Lamuela (Universitat de et celtiques, Université de Catalana), Anton Santamarina de Lausanne), Anne-Marie

(Universitat Wien), Christian Lagarde Girona), Yves Le Berre (Centre Bretagne occidentale), Ernest Querol

(Universidade de Santiago de Compostela), Thiesse (EHSS, Paris), Alain Viaut (CNRS,
COMITE D'ORGANISATION: Carmen

(Université

Alén Garabato

(carmen.alen-qarabato@univ-montD3.fr),

Henri Boyer

(henrLbover@univ-montD3.fr),

Christian Camps (christian.camDs@univ-montD3.fr), (ksenia@wanadoo.fr),Philippe Martel (DhiliDDe.martel@univ-montD3.fr)

Ksenija

Djordjevic

PRESENTATION

Carmen ALÉN GARABA TO

Les textes réunis dans cet ouvrage sont issus du Colloque International " L'éveil des nationalités et les revendications linguistiques en Europe (1830-1930) " organisé par l'Atelier de Recherche en Sociolinguistique et d'Étude des Représentations (Laboratoire DIPRALANG - EA 739, Univ. Montpellier III) en collaboration avec le Centre d'Études Occitanes et le REDOC (Université Montpellier III)les 2 et 3 juin 2005.

On sait que le XIXe siècle et une partie du XXe siècle se sont caractérisés en Europe par l'éclosion de " Renaissances" culturelles et linguistiques que l'on ne peut pas séparer de l'émergence de sentiments nationalitaires, voire de l'affirmation de nationalismes. Nous avons choisi une période d'un siècle pendant laquelle se sont déroulés la plupart de ces mouvements. Ce colloque international et le présent ouvrage s'inscrivent dans un questionnement scientifique bien actuel et qui a fait l'objet de diverses publications qui visaient bien souvent un cas de nationalisme concret et étaient donc limitées à une communauté. Cependant quelques ouvrages de synthèse ont paru ces dernières années: E. Hobsbawm, Nation et nationalisme depuis 1780, Paris, Gallimard 1992; P.
Sériot (éd.), Langue et nation en Europe centrale du XVIIIe siècle à nos jours, Cahiers

de l'ILSL, n. 8, 1996 ; D. Baggioni, Langues et nations en Europe, Paris, payot 1997 ; A.-M. Thiesse, La création des identités nationales: Europe, XVIII-XXe Siècle, Paris, éd. Du Seuil, 1999 ; Langue(s) et nationalisme(s), Mots. Les langages du politique n. 74 coordonné par H. Boyer, 2004... Les travaux présentés durant le Colloque et publiés ici ont permis d'analyser plusieurs de ces Renaissances qui ont concerné des langues non officielles et dont la finalité était d'agir sur la conscience des peuples afin de (re)construire l'identité collective, en évaluant le poids de la question linguistique dans cette (re)construction. Des cas très divers ont été traités concernant l'ensemble de l'Europe (de l'Irlande à la Turquie, de la Finlande à la Galice) et des langues de familles diverses: des langues

indoeuropéennes d'autres familles l'hébreu.
Outre l'éclaircissement mouvements

pour la plupart (romanes, celtes, slaves...) mais aussi appartenant linguistiques comme le finnois, le hongrois, le kurde, le mordve

à ou

les cas particuliers des porteurs rapports de revendications ici publiés

évoqués, (directs

plusieurs

communications qui ont pu exister en Europe. des très travaux

ont contribué entre différents

à

ou indirects) nationalitaires de la diversité des débats

Les textes qualité jours des interventions, de Colloque. Je voudrais, l'ensembles accepté des de prononcer

attestent

présentés durant

et de la les deux

qui ont suscité

enrichissants

au nom

du Comité et tout

d'organisation,

remercier le Professeur

de leur Paul

présence qui a

intervenants

particulièrement inaugurale.

Garde

la conférence

Naturellement le sujet du colloque est loin d'être épuisé: de nombreux questionnements demeurent. En particulier, il reste à établir un bilan des succès et des échecs de ces mouvements, singulièrement en ce qui concerne leur dimension sociolinguistique. Mais ce sera sûrement l'objet d'une autre rencontre scientifique...

Conférence inaugurale

l'EVEil NATIONAL PAR lA lANGUE: PARCOURS TYPE (LE SLOVENE) ET VARIANTES
Paul GARDE

Université de Provence
0.1. Notre colloque est consacré aux efforts déployés en Europe depuis deux siècles pour promouvoir des langues jusque-là négligées, en liaison avec l'éveil des sentiments nationaux. L'idéal serait d'aboutir à une sorte de typologie des mouvements de ce genre. Vaste projet, qui reste encore bien au-delà de nos forces. Je voudrais modestement contribuer à sa réalisation ultérieure en esquissant une liste des questions qui se sont posées à ces mouvements, et auxquelles ils ont répondu de façon diverse. Cet inventaire sera dressé d'abord à propos d'une langue dont le parcours me paraît typique: à son propos se sont posés tous les problèmes possibles, et elle a donné à chacune les réponses qui sont parmi les plus ordinaires. J'ai choisi le slovène, idiome slave situé au cœur de l'Europe linguistique, puisque voisinant immédiatement avec le monde roman (Italie) et germanique (Autriche). J'énumèrerai d'abord, à propos du slovène, les questions posées et les réponses apportées. Puis je reprendrai ces mêmes questions en cherchant à recenser pour chacune, à partir de quelques exemples, les types de réponses possibles. 0.2 Mais auparavant je voudrais souligner l'universalité de ce phénomène d'éveil linguistique. s'agit dans chaque cas de créer (ou d'essayer de créer) une " langue nationale standardisée, écrite et capable de tout exprimer, sur la base de parlers qui n'ont pas au départ ces caractéristiques. C'est en Europe un phénomène presque universel, et il est impossible de donner une liste finie des idiomes qui l'ont connu. On peut simplement exclure une dizaine de langues déjà standardisées et officialisées longtemps avant la fin du XVIIIesiècle. Ce sont quatre langues romanes: français, italien, espagnol, portugais; cinq germaniques: anglais, allemand, néerlandais, danois, suédois; une slave: le polonais (mais pas le russe qui, comme

nous le verrons, a subi luiaussi ce processus de standardisationtardive).

En revanche cette évolution affecte peu ou prou des dizaines, sinon des centaines, d'idiomes de ces trois mêmes familles et de plusieurs autres: celtique, balte, finno-ougrienne, basque etc., sans qu'il soit possible d'exclure à coup sûr aucune langue, dialecte ou sous-dialecte en affirmant que le processus en question n'y a même pas commencé. On pourra toujours invoquer des tentatives, même avortées, de standardisation du nissart, du bable, du kachoube ou du guègue... On peut fixer à la liste une limite supérieure, mais pas de limite inférieure.

1. Le slovène Le slovène, comme les autres langues considérées, a subi en deux cents ans un ensemble d'évolutions socio-linguistiques, qui ont nécessité un bon nombre
d'innovations proprement linguistiques

1.1 Évolutions socio-linguistiques 1.1.1 Situation de départ: L'historien slovène Peter Vodopivec a pu écrire: " Die Slowenen standen in der Mitte des 18. Jahrhundert gesellschaftlich und kulturell auf einer ahnlicher Stufe wie die Bretonen " 1 (Vodopivec 1999 : 29). Et de fait, à la date indiquée, ce qu'on appelle aujourd'hui" slovène" représentait seulement un ensemble de parlers locaux fortement différenciés, pas enseignés, rarement écrits avec des tirages confidentiels, et n'étaient utilisés que dans la communication quotidienne surtout à la campagne, ainsi que dans la prédication religieuse. Il n'existait pas de conscience nationale slovène et aucune ambition politique. 1.1.2-Situation d'arrivée: au XXle siècle le slovène est la langue officielle unique d'un État indépendant. Ilest écrit et sert de langue d'enseignement à tous les niveaux, jusqu'à l'Université, selon une norme bien fixée, abondamment décrite. Ilest employé en toutes circonstances et sur tous les sujets par toutes les classes de la société. La norme commune a commencé à se substituer aux parlers locaux, surtout dans les villes. 1.1.3-Chronologie: l'évolution s'étend de la fin du XVIIIeà la fin du XXe siècle. Les prémisses de la promotion du slovène apparaissent sous le " despotisme éclairé" de Joseph Il (1765-1790) : c'est alors que la langue locale est introduite dans l'enseignement primaire, et qu'elle apparaît dans l'œuvre poétique de Valentin Vodnik (1758-1819). La période d'épanouissement est la première moitié du XIXe siècle, avec le linguiste Jernej Kopitar (1780-1844) et l'œuvre d'un très grand poète, France Preseren (1800-1849). Dans la deuxième moitié du siècle, la littérature se développe, et dans les années 1870-1880 le slovène devient langue d'enseignement dans
1
Il

Au milieu du XVIIIe siècle, les Slovènes
au même niveau que les Bretons
If

se trouvaient,
P. G.)

du point de vue économique

et

culturel,

(traduction

10

d'assez

nombreux

lycées

(Bernard

1996: 104). En 1918, dans le cadre de la

Yougoslavie, une université de langue slovène est créée à Ljubljana, et le slovène devient langue de fait des institutions locales. A partir de 1945 il est langue officielle d'une république fédérée, et dès lors son usage effectif dans toutes les fonctions possibles ne cesse de se développer. En 1991, la Slovénie devient indépendante, avec le slovène comme langue officielle exclusive. 1.1.4-Ambitions politiques. Au XIXe siècle, le mouvement garde un caractère purement linguistique et culturel. La nation en formation ne songe pas à constituer un État. Si à partir de 1867, par la voix de ses députés, elle défend ses droits culturels au parlement de Vienne, sa loyauté envers les Habsbourg n'est pas entamée avant 1918. A cette date, avec la chute de l'empire, le mouvement national préexistant entraîne tout naturellement l'adhésion volontaire à la Yougoslavie. Au sein de celle-ci le particularisme politique slovène est bien marqué dès le début, il est légitimé par le fédéralisme de 1945, mais il ne débouchera sur une volonté d'indépendance que dans les années 1980. 1.1.5-Langue dominante à affronter. Depuis un millénaire,les provinces slovènes subissent le poids écrasant d'une langue dominante, l'allemand, seul écrit, seul employé dans toutes les institutions et dans l'enseignement, seul utilisé par les classes dominantes. Au début du XIXe siècle, le linguiste Kopitar n'écrit qu'en allemand; la poésie de Preseren est en slovène, mais toute sa correspondance personnelle en allemand. Au XXesiècle l'allemand, même ayant perdu toute position officielle, reste universellement connu et facilement employé par tous jusqu'après la Deuxième Guerre Mondiale. C'est seulement dans la deuxième moitié du XXesiècle, sous la Yougoslavie fédérale, qu'il devient peu à peu une langue étrangère parmi les autres. Le rôle de l'italien est marginal, car il n'est langue dominante que pour une toute petite partie des Slovènes, ceux des régions côtières, notamment de Trieste. Le poids du serbo-croate à l'époque de la Yougoslavie reste mineur. 1.1.6 Diffusion. Au départ, les parlers slovènes sont limités à la paysannerie, ainsi qu'au bas-clergé qui en est issu. Toutes les classes supérieures parlent allemand. La promotion de la langue est due à celle d'une petite bourgeoisie et d'une intelligentsia de souche paysanne: tous les "éveilleurs", au début du XIXe siècle, appartiennent soit à ces nouvelles classes, soit au clergé. Dès lors, dans la deuxième moitié du siècle, il devient de plus en plus possible de s'embourgeoiser sans se germaniser. Au XXesiècle, toutes les classes de la nation parlent slovène. Ceux, aristocrates ou fonctionnaires autrichiens, qui avaient définitivement renoncé à cette langue sont tenus pour étrangers. Ils ont quitté le pays, spontanément ou chassés en 1945. 1.1.7 Recherche d'antécédents historiques. La jeune langue écrite se développe sur des bases nouvelles, sans réelle continuité avec une tradition écrite antérieure. Mais cet éveil veut être un réveil, il se cherche des précédents

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historiques. Ceux-ci peuvent être réels et récents: le slovène a été écrit à l'époque de la Réforme par des auteurs protestants, notamment Primoz Trubar (1508-1586), mais cette littérature n'a guère survécu à la Contre-réforme catholique. Ils peuvent être non 'moins réels, mais d'une antiquité quasi-fabuleuse: on redécouvre les Feuillets de Freising, manuscrit slovène du Xlo siècle. Enfin, ils peuvent être mythiques: Kopitar professe qu'au IXesiècle le "vieux slave" de Cyrille et Méthode n'était autre chose que du vieux slovène, alors qu'en fait il s'agit de vieux bulgaromacédonien

1.2-lnnovations linguistiques Cette évolution socio-linguistique suppose un travail sur la langue ellemême, qui doit être mené à bien par les "éveilleurs" leurs successeurs. et 1.2.1 Choix d'un nom- En 1808, Kopitar publie une Grammaire de la langue slave en Carniole, en Carinthie et en Styrie (Kopitar 1808) : la langue est définie du point de vue de sa classification génétique (slave) et de sa répartition géographique (trois provinces), mais ne reçoit pas de nom spécifique. L'auteur nous apprend qu'elle est appelée en Carniole "carniolien" (ail. krainisch, slov. kranjski), en Carinthie et en Styrie "slave" (ail. windisch, d'où frovende; slov. slovenskl), bien qu'il s'agisse de la même langue. Lui-même et ses successeurs réussiront bientôt à imposer le dernier de ces noms, slovenski, désormais spécialisé dans la désignation d'une langue nationale, et traduit par ail. slovenisch, fro slovène. L'unification du nom marque l'identité de la langue et symbolise celle de la nation. 1.2.2 Délimitation. Le slovène se distingue sans peine des langues voisines d'autres familles: italien, allemand, hongrois. Mais comment se délimite-t-il par rapport aux autres langues slaves, et plus particulièrement à son voisin immédiat, le croate? La dialectologie ne donne pas de réponse irréfutable. Aussi il ne manquera pas, dans la première moitié du XIXesiècle, de tentatives pour agrandir le slovène au détriment du croate, lorsque Kopitar (1810), et après lui son disciple serbe Vuk Karadzié (1849), présentent comme "slovènes" les parlers kajkaviens de la région de Zagreb, qui sont au cœur de la Croatie. Inversement le mouvement illyrien, né en Croatie veut confondre le slovène dans un grand ensemble linguistique dit "illyrien", dont la forme standard est celle (fondée sur le dialecte stokavien) qu'adoptent à la même époque les Croates. Il se trouve même un grand poète, Stanko Vraz (18101851) natif de Slovénie, plus précisément de Styrie, non loin de la Croatie, pour adhérer à ce mouvement et écrire en "illyrien",c'est-à-dire en croate; si bien qu'il est classé dans la "littérature croate" par les manuels yougoslaves (Barac 1963: 118120) et post-yougoslaves (Pavletié 1991 : 249-252). Mais dès le milieu du XIXesiècle, ces incertitudes n'ont plus cours. La limite des deux langues, comme des deux nations, se fixe ne varietur sur une très ancienne frontière politique, qui fut jadis celle entre le royaume hungaro-croate et le Saint-Empire, plus tard entre les parties autrichienne et hongroise de l'empire des Habsbourg, aujourd'hui frontière croato-

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slovène. Elle n'est plus contestée par personne, quels que soient les tracés capricieux des faisceaux d'isoglosses. 1.2.3 Choix d'un type de langue. Fidélité au vernaculaire ou respect d'une tradition savante? Sur ce point les Slovènes n'ont pas hésité un instant, et leur réponse a été radicale: ils ont choisi la langue parlée, et c'était d'autant plus naturel qu'il n'y avait aucun véritable héritage savant autochtone pour la concurrencer. 1.2.4 Choix d'une base dialectale. Faut-il fonder le nouveau standard sur un seul dialecte, et si oui lequel? ou créer une sorte de koinê sur la base de plusieurs dialectes? Les parlers slovènes sont très différents les uns des autres, et pas toujours mutuellement compréhensibles. Le standard a été fondé sur les ceux d'une seule province, la Carniole, mais à l'intérieur de celle-ci il réunit des éléments de deux sous-dialectes, ceux de Haute-Carniole (Gorenjsko) et de Basse-Carniole (Dolenjsko). On est donc en présence d'un compromis entre les solutions monodialiectale et pluridialectale. 1.2.5 Choix d'une écriture. En Slovénie, pays catholique, l'alphabet latin avait toujours été seul employé. Mais les sons propres au slovène, et en particulier les consonnes palatales, avaient longtemps été notés de façon disparate. C'est en 1839, à l'instigation de Janez Bleiweis, qu'est adoptée la graphie appelée gajevica (du nom de Ljudevit Gaj, qui avait introduit en croate cette solution, inspirée de l'usage tchèque). Elle consiste à noter les chuintantes par des lettres surmontées de crochets: c, S, z, et les sonantes palatalisées par des digrammes : Ij, nj. Ce procédé, commun au slovène et au serbo-croate, est resté inchangé depuis. 1.2.6 Choix d'une orthographe. Il ne pouvait être question pour le slovène d'une orthographe traditionnelle, puisqu'il n'y avait pas de vraie tradition. Mais le principe choisi ne fut pas purement phonétique, comme en serbo-croate. Il fut, comme dans la plupart des autres langues slaves, morphonologique. L'écriture ne note pas la neutralisation des oppositions consonantiques de sonorité, par exemple l'assourdissement d'une sonore en fin de mot (grad" château" prononcé grat). En outre, certains oppositions phonologiques, trop différentes d'un dialecte à un autre, ne sont pas notées: ainsi (comme en italien) la différence entre e et 0 ouverts et fermés. 1.2.7 Procédés d'enrichissement du lexique. Le nouveau standard doit exprimer une foule de notions dont le vernaculaire n'avait pas besoin, le vocabulaire doit donc être considérablement enrichi. Comment seront formés les nouveaux mots: par emprunt à des langues étrangères, ou par calque d'une source étrangère à l'aide d'éléments autochtones? Le slovène, au XIXesiècle, a résolument choisi la seconde solution, formant tous ses nouveaux mots à partir d'éléments slaves. C'est seulement au XXe siècle, et dans le seul domaine des sciences dures, que certains éléments gréco-latins ont été introduits.

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2. Panorama des autres solutions Il ne s'agira ici que d'une revue d'ensemble des différentes réponses apportées ici ou là en Europe aux mêmes questions, à partir de quelques exemples qui m'ont paru révélateurs. Il ne saurait être question d'être exhaustif, et les indications sommaires données ici demanderaient encore des vérifications minutieuses par les spécialistes de chaque domaine.

2. 1 Évolutions socio-linguistiques 2.1.1 Situation de départ. La quasi-table rase que connaît le slovène au milieu du XVIIIesiècle est la situation la plus fréquente pour les langues non-officielles de toute l'Europe, à l'ouest comme à l'est, depuis l'irlandais et l'occitan jusqu'au lituanien et à l'albanais. Mais elle n'est pas la seule. Des traditions écrites vivaces, fondées sur le vernaculaire, et conservées par une littérature importante, se rencontrent chez certains peuples catholiques, par exemple en hongrois et en croate. Ailleurs existent des traditions écrites plus prestigieuses encore, mais elles se fondent sur un héritage savant, et sont peu compréhensibles aux populations. C'est le cas des peuples orthodoxes, chez qui le grec ancien (pour les Grecs) et le slavon (pour les Russes, les Bulgares et les Serbes) servent de langue écrite profane en même temps que de langue religieuse. De même, en pays musulman, le turc ottoman, seul écrit, est très éloigné du turc parlé. Deux de ces langues: le slavon russe et le turc ottoman, sont officielles dans de puissants empires. Ces pays aussi connaîtront, dans la période considérée, un bouleversement linguistique lié à l'idée nationale. 2.1.2 Situation d'arrivée. Comme le slovène, des dizaines de langues européennes ont acquis, dans la période considérée, le statut de langue officielle d'un État, remplissant toutes les fonctions possibles dans la société. Dans d'autres cas, cette évolution a avorté, et on retrouve à l'arrivée presque la même situation qu'au départ. Les efforts déployés ont certes abouti parfois à des résultats non négligeables, parfois à des chefs d'œuvre littéraires, mais ces réalisations ne sont vraiment prises en compte ni par l'État, ni par la société. C'est le cas des langues dites "régionales" en France, comme l'occitan et le breton, et de même du sarde, du gaélique écossais, du sorabe, et de bien d'autres. Cette issue est plus fréquente à l'ouest de l'Europe qu'à l'est. Les situations les plus remarquables sont celles où il y a distorsion entre la reconnaissance par l'État et l'usage par la société. Un cas-limite est celui du catalan, qui n'est pas la langue officielle de l'État (tout en étant reconnu par celui-ci à un niveau très élevé), mais qui est d'usage universel avec toutes les fonctions possibles dans la société. Inversement, l'irlandais est officiel dans l'État, mais presque personne ne le parle.

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De façon moins marquée, la situation du basque se compare à celle du catalan, quoique son extension dans la société soit moindre. Celles du romanche, du biélorusse, ou même, à un moindre degré, de l'ukrainien, rappellent celle de l'irlandais: la reconnaissance officielle ne suffit pas à assurer à ces langues une utilisation vraiment générale et plurifonctionnelle sur leur territoire. Le cas du corse est particulièrement complexe: il faudrait donner sa place au faible niveau de reconnaissance officielle qu'il a déjà reçu, et mesurer la différence entre son usage vernaculaire étendu et son emploi plurifonctionnellimité. 2.1.3 Chronologie. Le slovène se caractérise par un parcours particulièrement étalé dans le temps. Ses débuts (prémisses au XVIIIe siècle, épanouissement dans la première moitié du XIXe) sont communs à la plupart des langues en cause. Mais il y a aussi ces renaissances linguistiques qui éclosent bien plus tard, au XXe siècle: l'albanais vers 1900, le maltais et le " nouveau turc" (oz türk) entre les deux guerres, le macédonien en 1945... Dans presque tous ces cas, la politique a joué un rôle majeur dès le début, alors qu'en slovène elle n'apparaît qu'en milieu de parcours. Le slovène a en commun avec le macédonien, le slovaque et les langues de l'URSS qu'il n'est devenu la langue officielle d'un État pleinement indépendant qu'à la fin du XXesiècle. La plupart des autres langues qui ont obtenu ce statut y sont parvenues plus tôt, au XIXesiècle ou dans les deux premières décennies du XXe. 2.1.4 Ambitions politiques. Si elles sont relativement tardives chez les Slovènes, elles sont présentes beaucoup plus tôt chez beaucoup d'autres peuples. Elles ne visent pas nécessairement à l'indépendance pure et simple, mais souvent à une forme de fédéralisme, qui parfois n'est qu'une étape vers une revendication d'indépendance qui apparaît plus tard. Les Slovènes ne contestaient pas leur situation de république fédérée avant les années 1980, le débat sur l'indépendance possible est animé chez d'autres peuples jouissant d'une importante autonomie, comme les Catalans, les Basques, les Flamands, etc. Ailleurs une telle aspiration est niée, sincèrement ou par un phénomène d'auto-censure. Existe-t-iI des mouvements d'éveil linguistique dont aucun acteur, à aucune époque, n'ait jamais nourri aucune arrière-pensée politique? Posée de façon aussi radicale, la question appelle probablement une réponse négative. Le félibrige luimême n'a pas ignoré de telles aspirations, très subtilement analysées par Robert Lafont (1954: 141- 151). L'étude du discours et du non-dit de chacun appelle une analyse fine de chaque mouvement dans chaque pays, et relève autant de la politologie que de la socio-linguistique (cf. Lacorne et Judt 2002). 2.1.5. Langues dominantes à affronter.Le cas le plus simple est celui où le mouvement se heurte à une seule langue dominante, portée à la fois par l'État et par la société. peut s'agir d'une langue entièrement différente, comme l'allemand pour " les Slovènes, les Sorabes ou les Romanches, le français pour les Bretons ou les Flamands, l'anglais pour les Gallois, l'espagnol pour les Basques; ou d'une langue

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proche parente, comme le français pour les Occitans, le castillan pour les Catalans ou les Galiciens, l'italien pour les Sardes. Ces cas simples concernent surtout l'ouest et le centre de l'Europe, aux langues officielles anciennement implantées. Parfois la langue dominante dans la société n'est pas celle de l'État. Au XIXe siècle, la Finlande, bien que sous domination russe, avait pour langue dominante le suédois, et la Norvège suédoise le danois; c'est "contre" ces langues que se sont faites les renaissances du finnois et du norvégien. Ailleurs l'obstacle est une langue savante, ayant aussi une fonction religieuse: le latin officiel en Hongrie jusqu'au milieu du XIXe siècle, le slavon dans les pays slaves orthodoxes, le grec ancien en Grèce. Souvent, la langue nouvellement promue a deux "adversaires" à vaincre. Dans les franges occidentales de l'empire tsariste, l'idiome local se heurtait à la fois au russe de l'administration et aux langues des classes dominantes: allemand en Estonie et Lettonie, polonais en Lituanie, Biélorussie et Ukraine. Plus tard, à l'époque soviétique, et même après l'indépendance, seul le russe reste en lice face à la langue nationale. En Hongrie, celle-ci se heurte à la fois aux positions du latin, longtemps officieldans le royaume, et de l'allemand, langue de l'empire. Cas plus embrouillés encore: trois "adversaires" pour le bulgare: deux langues d'Église, l'une autochtone, le slavon, l'autre étrangère, le grec, et une langue impériale, le turc. Le croate, lui, trouve sur sa route quatre ou même cinq obstacles: le latin de l'Église et de l'ancien royaume hongrois, l'italien dans la Dalmatie et l'Istrie ex-vénitiennes, l'allemand de tout l'empire des Habsbourg, le hongrois dans la Hongrie nationaliste de 1867 à 1918, et après cette dernière date le serbe dans l'État yougoslave. Pour l'Albanie ou la Macédoine, la complexité des situations sociolinguistiques successives donne le vertige. 2.1.6 Diffusion. Il est fréquent que, comme en Slovénie, la promotion de la langue soit le fait d'une élite nouvellement formée de souche paysanne, avec un rôle important du clergé, mais il existe des situations différentes. Dans certains cas, la langue s'était conservée aussi dans tout ou partie des classes dominantes, comme en Hongrie. Certains clergés se sont opposés à la diffusion de la langue populaire, ainsi en Serbie. Au XXe siècle, c'est souvent l'État qui a été l'instigateur de la promotion d'une langue, ainsi en Macédoine, et parfois il s'est appuyé avant tout sur des spécialistes étrangers à la langue considérée, ainsi à Malte et pour de nombreuses langues de l'URSS. Les voies de la diffusion réussie ou manquée sont complexes, et une analyse sociologique fine est nécessaire pour chaque cas. 2.1.7 Recherche d'antécédents historiques. L'omniprésence de cette recherche dans les mouvements nationaux du XIXesiècle a été bien mise en lumière par Anne-Marie Thiesse (1999). Certains peuples se découvrent des trésors littéraires éclatants et authentiques, comme la poésie lyrique occitane, le Kalevala finnois, les poèmes épiques serbes, la littérature croate de la Renaissance, les textes tchèques de l'époque hussite, l'ancienne littérature irlandaise. Si ces modèles anciens

16

n'existent pas, on les fabrique, selon l'exemple donné dès 1761 en Écosse par James Macpherson publiant le poème Fingal, prétendument traduit du gaélique et attribué au mythique barde médiéval Ossian. On a reconnu depuis longtemps la supercherie patriotique tchèque qu'a été le Manuscrit de Dvür Kralové publié en 1817 par Vaclav Hanka, et on discute encore sur l'authenticité du Dit de la troupe d'Igor',

poème russe publié en 1800 et présenté comme
langue nouvellement promue revendique

remontant

au XIIe siècle.

Chaque

une filiation

ancienne,

que la continuité l'estonien, qui

d'une tradition écrite existe ou non. Rares sont les langues, renoncent à se réclamer d'un héritage littéraire d'autrefois.

comme

2.2 Innovations

linguistiques

2.2.1 Adoption d'un nom. La coexistence initiale de plusieurs désignations pour un même idiome est fréquente. On peut relever différents types de concurrence, comme on l'a déjà vu dans le cas du slovène, entre des noms ethniques ou régionaux (rusyns'kyj "ruthène" ou ukraïns'kyj "ukrainien"), étatiques ou ethniques ("ottoman" ou "turc"), traditionnels ou repris de l'antiquité (ta romeïka "roméique" ou ta ellinika "grec"), étrangers ou autochtones ("valaque" ou "roumain", avec pour ce dernier remplacement de la forme populaire rumânesc par la variante savante românesc). Le choix peut être plus vaste, entre un nom savant inspiré de l'antiquité, plusieurs noms régionaux,un nom pluri-ethnique, et enfinun nom ethnique ("illyrien" ; "dalmate", "slavonien", "bosnien" etc. ; "serbo-croate"; "croate"). Comme on le voit

dans tous ces exemples, le nom qui a définitivementriomphé t

(donné

icien dernier)

n'appartient pas toujours au même registre, et le choix se fixe plus tôt ou plus tard, mais partout il est unique et définitif. La volonté d'unification du nom est caractéristique de tout mouvement national. Cependant il est aussi des cas où cette volonté n'a pas abouti et où les
hésitations

sont encore courantes, comme entre "provençal"et "occitan",ou entre

"flamand" et "néerlandais", Si l'on recensait tous les emplois réels, les cas de ce genre seraient encore plus nombreux, et pour chacun l'éventail des choix encore plus vaste.
famille 2.2.2 Délimitation. Les conflits de délimitation à l'intérieur d'une même de langues qui ont surgi dans le passé sont multiples. Longtemps on a cru que leur solution appartenait aux linguistes, d'où bien des vaines polémiques à partir de critères prétendument scientifiques, en réalité fort incertains. Il serait sage aujourd'hui d'admettre que la réponse appartient aux populations intéressées.

Signalons seulement les questions qui sont encore aujourd'hui plus ou moins pendantes: bulgare et macédonien, roumain et aroumain (la question du "moldave" semble tranchée), peut-être ukrainien et ruthène, catalan et valencien, enfin l'éternel débat sur les diverses parties de l'ensemble dit "serbo-croate". Mais

17

partout, à tout moment, revendication identitaire.

un nouveau

problème

peut être soulevé

par une nouvelle

2.2.3 Choix d'un type de langue. Standard fondé strictement sur le vernaculaire ou respect d'une certaine tradition? La première solution, qui est celle du slovène, se retrouve en slovaque, lituanien, letton, estonien, finnois, toutes langues de peuples catholiques ou protestants qui n'avaient pas de vraie tradition écrite autochtone; et aussi chez des orthodoxes voulant rompre avec leur tradition: les Serbes (tradition slavonne), les Ukrainiens (tradition slavo-russe) et les Macédoniens (tradition slavo-bulgare). Car l'héritage slavon est au contraire sauvegardé par les Russes et les Bulgares. En Europe occidentale, la volonté de rupture avec la tradition semble être plus rare. De toutes façons, il ne s'agit jamais que de vernaculaire ou de tradition réinterprétés par les réformateurs de la langue.
Les cas les plus intéressants sont ceux où les deux solutions ont été en concurrence, ce qui aboutit à des faits de diglossie. C'est ce qu'on observe chez les Grecs (katharevousa archaïsante et dimotiki calquant l'usage réel), chez les Tchèques ("tchèque littéraire" incorporant des archaïsmes phonologiques et morphologiques de l'époque hussite, et "tchèque parlé", aujourd'hui parfois écrit,

résolument moderne), et chez les Norvégiens (boksmal sur des parlers ruraux).

traditionnel

et nynorsk fondé

2.2.4 Choix d'une base dialectale. La solution monodialectale a été naturellement préférée par les peuples possédant un centre important, comme les Tchèques (Prague) ou les Catalans (Barcelone), mais parfois aussi c'est un dialecte rural et même excentré qui a été choisi: celui du Nord-Est pour les Bulgares, celui d'Herzégovine pour les Serbes et les Croates. Ici deux peuples aux traditions différentes ont choisi en 1850 une même base dialectale. Cette décision commune n'a pas empêché les standards de rester distincts par d'autres traits, et, malgré les espoirs nourris par certains durant quelques décennies, n'a amené aucune convergence des deux nations. Ailleurs le standard d'un peuple voisin est adopté "clés en mains": les Flamands de Belgique, au-delà de leurs dialectes, ont eu recours au standard néerlandais fixé depuis longtemps aux Pays-Bas. Ici la convergence linguistique est totale, mais la divergence des nations demeure. La solution pluridialectale s'impose chez d'autres peuples, par exemple les Finnois.

Là encore, l'attentionse portera sur les cas où les deux solutions sont en concurrence. Ainsi en occitan, où la norme mistralienne est monodialectale (provençal rhodanien)et la norme occitane pluridialectale.
2.2.5 Choix d'une écriture. Dans la plupart des cas, le choix de l'alphabet est prédéterminé par la tradition religieuse, mais il y a des exceptions. L'alphabet latin a remplacé en 1866 le cyrillique chez les Roumains, qui revendiquaient ainsi leurs racines latines; il a été généralisé en 1908, en signe d'unification de la nation, chez les Albanais, qui jusque là se partageaient, selon leur religion, entre trois alphabets: arabe, grec et latin. /I a remplacé l'alphabet arabe en 1930 chez les Turcs, en signe

18

de modernité et de rejet des racines islamiques. L'URSS l'a imposé dans les années 1920 à un grand nombre de langues parlées sur son territoire, en signe d'internationalisme léniniste, puis l'a remplacé dans les années 1930-40 par le cyrillique, prélude à la russification stalinienne. L'Azerbaïdjan indépendant est revenu aujourd'hui aux lettres latines, qui le rapprochent de la Turquie. 2.2.6 Choix d'une orthographe. Le principe purement phonétique a été adopté par certaines langues: serbe et croate, macédonien, biélorusse, turc, finnois, estonien. Plus fréquent est le principe morphonologique, qui conserve une certaine unité dans la notation de chaque morphème. Mais une orthographe traditionnelle, étymologique, est conservée par des langues qui peuvent se réclamer d'un héritage ancien important: irlandais, tchèque, grec. En outre toutes les langues, slaves et non-slaves, usant du cyrillique, sauf le serbe et le macédonien, ont une notation traditionnelle particulière du phonème /j/ et, s'il y a lieu, de la mouillure des consonnes, qui les éloigne sensiblement du principe phonétique ou morphonologique qu'elles observent par ailleurs. Des conflits sont possibles. Le principe phonétique, appliqué strictement par les Serbes, s'est implanté plus lentement chez les Croates; il Ya rencontré jadis et y rencontre encore parfois de fortes résistances. En occitan sont en usage deux graphies concurrentes, l'une qui veut être phonétique (mistralienne), l'autre traditionnelle (occitane). 2.2.7 Procédés d'enrichissement du lexique. Il ne s'agit pas ici des mots entrés à date diverse dans les vernaculaires pour les besoins de la vie quotidienne, mais de ceux créés depuis deux siècles pour répondre aux besoins de la pensée et de la technique modernes. Pour ceux-ci la voie de la facilité a toujours été l'emprunt aux sources gréco-latines eUou à la langue dominante. Ces deux notions se confondent pour les langues romanes, qui ont toujours emprunté cette voie. Ailleurs l'emprunt à la langue localement dominante est partout rejeté, mais le remède n'est pas partout le même. Dans l'ancien empire ottoman (en bulgare, serbe, albanais) les mots de la langue jadis impériale, le turc, bien que très nombreux dans le vocabulaire courant, ont été strictement exclus des nouvelles créations lexicales, mais les emprunts aux sources gréco-romaines et occidentales ont été largement accueillis. Au contraire plus au nord, dans les anciens empires autrichien et allemand et dans les pays riverains de la Baltique, s'est manifestée une tendance à rejeter tous les emprunts, aussi bien aux sources gréco-romaines qu'aux langues localement dominantes, notamment l'allemand, et à calquer les formations étrangères à l'aide d'éléments autochtones, slaves, finno-ougriens ou baltes, selon les cas. C'est ce qu'on observe en slovène, croate, hongrois, tchèque, slovaque, lituanien, letton, estonien, finnois, etc. On remarquera que ce trait est une des sources de divergence

19

entre le serbe, qui emprunte, et le croate, qui calque. Ainsi la "géographie" se dit geografija en serbe, mais zemljopÎs (de zemlja "terre" et pisati "écrire") en croate (cf. Unbegaun 1932). Ajoutons que les langues de l'URSS (sauf celles des pays baltes) ont emprunté massivement au russe, et à travers celui-ci au fonds occidental et grécolatin. Ces solutions apparaissent ici dans leur résultat final, mais l'histoire de chaque mouvement national est riche de toutes les controverses auxquelles elles ont donné lieu.

L'inventaire esquissé ci-dessus des questions posées et des types de réponses possibles est évidemment fragmentaire, nécessairement superficiel. Pour le compléter, il faudrait une masse énorme d'informations et un minutieux travail d'analyse. Sans aucun doute d'autres questions se posent, et plusieurs des cas cités ici le sont de façon très approximative. Il conviendrait aussi d'établir des corrélations entre les divers traits, de rechercher dans quelle mesure l'un est conditionné par l'autre, et le résultat final par tel ou tel des critères retenus. Faut-il poser le problème en termes de succès ou d'échec? Cela supposerait une définition préalable des objectifs poursuivis ou souhaitables. Si, comme l'affirme Vodopivec, les Slovènes et les Bretons étaient au même niveau vers 1750, lesquels sont aujourd'hui gagnants ou perdants? A chacun de l'apprécier. Mon objectif a été seulement de proposer une grille utilisable pour des recherches comparatives ultérieures.

Biblographie

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20

LACORNE LAFONT
PA VLETlé

(Denis), (Robert),

JUDT

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(éd.),

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ou l'illusion, Paris, Plon. knjiga hrvatskog pjesnistva (" Le livre d'or "), Zagreb, Matica hrvatska. (Anne-Marie), 1999, La Créationdes identitésnationales.Europe
Seuil.

XVlllo-xxo siècle,

Paris,

UNBEGAUN

(Boris),

1932, " Le calque

dans les langues

slaves

littéraires

",

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Opladen-Wiesbaden, Westdeurscher
Verlag,

in MELClé (Dunja), éd., Der Verlauf und Konsequenzen,

p. 28-39.

COMMUNICATIONS

REFERENCES SOCIOLINGUISTIQUES

EUROPEENNES

DANS l'ŒUVRE DE MANUEL MURGUIA {GALICIA, 1833-1923}

Carmen ALÉN
ARSER-Laboratoire DIPRALANG

GARABA IMontpellier

TO

III

Le XIXe siècle représente pour le galicien le début de sa " renaissance". La (faite déjà au XVIIIe siècle par le Padre Sarmiento) d'un passé " découverte" prestigieux pour la langue galicienne ouvre la voie à sa réhabilitation. Un mouvement de défense de la langue galicienne, prenant appui sur les débats politiques de nombreux intellectuels, se développe alors, en même temps que l'on assiste à la
renaissance de sa littérature. En 1861 sont organisés les Xogos Florais de A Coruna,

(inspirés de ceux qui avaient eu lieu en Catalogne en 1859) et dans lesquels le galicien était réservé à la poésie (les discours se faisant en castillan) et en 1863 est publiée le premier ouvrage entièrement rédigé en galicien (Cantares Gallegos de Rosalia de Castro). Commence ainsi le Rexurdimento, entreprise de récupération linguistique, littéraire et culturelle qui fera surgir un processus de construction nationalitaire et établira les bases du fait national différentiel galicien qui débouchera plus tard sur la revendication d'un espace politique propre (Maiz 1984 : 43). Loin d'être centré sur un seul homme, le Rexurdimento galicien est le résultat des efforts de nombreux intellectuels qui, par leur contribution (en castillan ou en galicien) au débat politico-culturel et/ou par leurs ouvrages littéraires en galicien, ont œuvré pour la récupération de la conscience linguistique et identitaire. Parmi ces hommes et ces femmes se trouve Manuel Murguia (1833-1923) et sa femme, la poétesse Rosalia de Castro, mais aussi Manuel Pintos, Alfredo Branas, Saco Arce, Eduardo Pondal, Manuel Curros Enriquez, Valentin Lamas Carvajal et bien d'autres. Ce que je veux montrer dans cette intervention est que cette renaissance, dans une région pauvre et de difficile accès, située à l'extrémité de l'Europe, fut un mouvement ouvert et attentif à ce qui se passait à

développée occidentale l'extérieur.

Avant de centrer mon intervention sur Manuel Murguia, je voudrais signaler que malgré la distance géographique et les difficultés des communications entre la Galice et le reste du monde, les nouvelles sur les mouvements de revendication politique et/ou linguistique d'autres peuples qui étaient en train de se produire au delà

de nos frontières et d'encouragement

arrivaient en Galice. aux Galiciens.

L'actualité

européenne

a servi ainsi d'exemple

C'est la Renaissença catalane qui va inspirer le plus le Rexurdimento. En un article de A. de la Iglesia (publié à A Coruna1 deux ans après) rendait compte des Jeux Floraux célébrés à Barcelone (lesquels suivaient le mouvement

1859

provençal)
trouvait preciosa ciencia

le 1er mai de la même année et déplorait la situation dans laquelle se

la littérature galicienne, en même temps qu'il pronostiquait" la pléyade que ahora saludamos no morirc~ sin ver en Galicia los torneos de la gaya 2". Quelques mois après la publication de ce texte, le 2 juillet 1861, seront

organisés

à A Coruna et à Pontevedra,

dans le droit fil de ceux célébrés

en

Catalogne, les premiers Xogos Florais de Galicia. D'autres Jeux seront organisés par la suite, parmi eux ceux de Pontevedra en 1884 auxquels participe le poète catalan Victor Balaguer, qui manifeste dans le discours prononcé à cette occasion son soutien à la cause galicienne (on peut voir dans Hermida (1992 : 121) les réactions à son discours) 3; quelques années plus tard, on le verra, Murguia participera lui aux Jocs Florals de Catalunya. Mais des nouvelles d'autres peuples plus lointains arrivent aussi en Galice. Des revues galeguistes (A Monteira, La Patria Gallega) rendent compte de certains événements qui s'étaient produits à l'étranger et qui pouvaient servir d'exemple aux Galiciens. En voici deux exemples cités par C. Hermida (1992 :275) concernant la Provence et la Pologne:

La revistafrancesa y regionalistaLe Mois cigalier, comunica à sus lectores la noticia de haberse dado principio en la Iglesia de San Lorenzo de Marsella à una serie de sermones provenzales que predica el popular orador sagrado, presbftero Javier de la Fourriere. Seria de oir a ciertas gentes si en cualquiera de nuestras comunidades se predicase en gallego !4
1 Juegos (reproduit
2 "

Florales,

Galicia.

Revista

Universal

de este

Reina,

A Coruna, 7 (1-1-1861) :106

dans Hermida 1992a)
Ue

la pléiade précieuse que nous saluons aujourd'hui ne mourra pas sans voir en Galice les

tournois du Gai Savoir"

traduis en note les citations des textes en galicien, castillan ou

catalan) 3 Mais il ne faut pas se tromper, la Galice n'était pas la Catalogne: la langue galicienne, utilisée pour la poésie, fut absente des discours prononcés lors de ces Jeux (Hermida 1992 :256). Il faudra attendre les Jeux Floraux de Tui de 1891 pour entendre des discours prononcés en galicien. (Marino 1998 : 392) 4 "La revue française et régionaliste Le Mois cigalier, fait savoir à ses lecteurs que dans l'Église de San Lorenzo de Marseille a commencé une série de sermons provençaux prêchés par le populaire orateur sacré, l'abbé Javier de la Faurriere [il s'agit en réalité de l'abbé de la Fourvière] Il faudrait entendre certaines personnes si dans une de nos communautés on prêchait en galicien! "

26

El ministro de Cultos de Alemania, Mr de Zetliz, ha dictado una acertada, autorizando à los profesores de Polonia para que puedan explicar en la lengua dei pais [...] Esta explicacién, por los polacos.1 dice el Moniteur de Rome, ha sido acogida

disposicién ensenar y

con gran satisfaccién

La presse se fait aussi écho de tout signe qui pouvait montrer la réception de la littérature galicienne en dehors de la Galice comme le signale R. Marino, avec cet exemple révélateur:
6 francés y-ô italiano traducens'as obras poétecas de Pondal, ô aleman y-ô ingrés a non compreta Hestérea d'a literatura Gallega, de Besada ; estudea con atencén 0 principe Bonaparte 0 noso ideoma, literatos como Teéfilo Braga confesan 0 desarrollo prodixioso d'a nosa literatura y-aprécean-a n-o que vale, a Academia Castillan pubric'a manifica edicién d'as cantigas gallegas d'o Rei Sabeo... !qu'importan, pois, os ataques y-os despreceos d'unhos poucos escrusivistas
doumatizantes
!2

de

soutien

Avant de finir cette partie introductive il faut signaler (matériel et moral) et d'ouverture à l'extérieur
les Galiciens émigrés. En effet, la Galice étant

un élément important du mouvement de
une terre d'émigration,

Rexurdimento:

surtout à partir de la première moitié du XIXe siècle, les Galiciens émigrés, rassemblés dans les Centros Gallegos, ont joué un rôle politique, social et culturel très important. Parmi eux, pendant l'époque qui nous concerne, il faut souligner le Centro Gallego de La Habana, le plus actif de ceux qui existaient à l'époque (Marino 1998: 431-437). Ce centre culturel joua un rôle important dans le mouvement régionaliste des la fin du XIXe siècle. On y publie de nombreuses revues et livres écrits entièrement ou partiellement en galicien. Ainsi le rappelle ManuelMurguiaen 1890, lors de sa conférence prononcée à la Lliga de Catalunya :
nuestro Centro Gallego de La Habana constituye, en unién de los que se conocen en el resto de la isla de Cuba, la expression mas clara y efectiva de nuestro regionalismo. Todo él esta en cuerpo y alma con Galicia [...]. Aquella sociedad, 1 "Le ministre des cultes d'Allemagne, Mr. Zetliz, a pris une disposition juste, en autorisant les professeurs de Pologne à enseigner et à expliquer dans la langue de leur pays [...] Cette explication, dit le Moniteur de Rome, fut accueillie avec une grande satisfaction par les Polonais" 2 "Les poèmes de Pondal sont traduits en français et en l'allemand, l'incomplète Histoire de la Littérature Galicienne de Besada est traduite en l'allemand et en l'anglais; le prince Bonaparte étudie attentivement notre idiome, des intellectuels comme Teéfilo Braga reconnaissent le prodigieux développement de notre littérature et l'apprécient dans a juste valeur, l'Académie Castillane publie une magnifique édition des cantigas galiciennes du Roi Sabio... Qu'importent, donc les attaques et le mépris de quelques exclusivistes dogmatisants", Montenegro, "Un xuiceo honroso para Galicia", A Monteira 39 (28-06-1890),308 (fragment cité par Marino

1998:391). 27

cuya importancia no se canace bien, parque en Madrid, de donde todo irradia, no se quiere conocer nada que no salga de su sena 0 en él busque la vida; cuenta entre sus socios 10mas rico, 10mas inteligente, 10mas entusiasta de la colonia gallega en aquella capital: 6.173 socios, cuyas cuotas anuales [...] permiten sostener un establecimiento de enselianza [...] facilita pasaje gratis a aquellos de sus paisanos que par enfermedad necesitan restituirse al pais y no cuentan con medias para ello [...]. Cuando una desgracia imprevista castiga cualquiera de nuestras comarcas, recibe antes que el oficial (cuando 10recibe) el auxilio que le envia aquella benéfica

sociedad [oo] Es mas, no hay casa que interese a Galicia0 que contribuyaa hacerla
conocida y respetada que no cuente con la ayuda dei Centra 1

***
Manuel Murguia est l'un des intellectuels de l'époque qui a le plus contribué

à la formation d'une conscience identitaire galicienne. Auteur, entre autres, d'une Historia de Galicia en cinq volumes (1865, 1866, 1888, 1891, 1913) il collabore régulièrement à de nombreux journaux et revues. Intégré à la mouvance régionaliste, il parle cependant sans hésitation et tout au long de sa vie de la " nation galicienne "2 dont les principaux éléments constitutifs sont le territoire, la race, la langue et l'histoire:
Tiene territorio perfectamente delimitado, raza, lengua distinta, historia y condiciones especiales creadas gracias a esa misma diversidad, y par 10 tanto necesidades que ella s610 mide en toda su intensidad, aspiraciones que ella s610 sabe a donde lIegan. Constituye, pues, una naci6n, parque tiene todos los caracteres propios de una nacionalidad. Suiza no tiene mas poblaci6n, ni Bélgica mas territori03. 1 notre Centre Galicien de la Havane constitue, avec ceux que l'on connaît dans le reste de " l'île de Cuba, l'expression la plus claire et effective de notre régionalisme. Il est entièrement de cœur et d'âme avec la Galice [...] Cette société, dont l'importance est peu connue, car à Madrid, d'où tout se propage, on ne veut rien connaître qui n'en émane ou qu'y cherche la vie; elle compte parmi ses membres les hommes les plus riches, les plus intelligents, les plus enthousiastes de la colonie galicienne dans cette capitale: 6.173 membres, dont les cotisations annuelles [...] permettent le soutien à un établissement d'enseignement [...], fournissent un voyage gratuit à ceux qui parmi ses compatriotes, à cause de la maladie, ont

besoin de se rétablirau pays et n'en ont pas les moyens[...]. Quand un malheur imprévu
s'abat sur une de nos contrées, celle-ci reçoit l'aide de cette société bénéfique avant que n'arrive l'aide officielle (si elle arrive) [...]. Mais de plus, il n'y a rien qui pourrait intéresser la Galice ou qui pourrait contribuer à la faire connaître et à la faire respecter qui ne compte avec l'aide du Centre". Manuel Murguia, "Origenes y desarrollo del regionalismo en Galicia", La Espana Regional; 1. VIII,1890 (reproduit dans Risco 1976 :139-140)
2

Sur la constructionthéorique de la Nationgaliciennechez Murguiavoir Maiz 1984 : 239 et

suiv, 3 "Elle a un territoire parfaitement délimité, une race, une langue distincte, une histoire et des conditions spéciales créées grâce à cette diversité même, et donc elle a des besoins qu'elle seule est capable d'évaluer dans toute leur intensité, des aspirations dont elle seule connaît l' ampleur. Elle constitue donc une nation, car elle présente toutes les caractéristiques d'une

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Mais à cela Murguia ajoute un facteur important: la conscience et la volonté: " Lengua distinta, se ha dicho siempre, distinta nacionalidad. Sintiéndolo asi Galicia, se tuvo constantemente por naci6n de hecho. [...] "1. Ce facteur, constant dans sa pensée, il l'emprunte à Mancini2,comme il reconnaît en 1889 : Segun Mancini,y es definicionque aceptamos, " nacion es una comunidadnatural de hombres que, unidos en una vida comun por el territorio, el origen, las costumbres y la lengua tienen concienciade esa comunidad" 3.
Homme d'une grande culture il connaît les travaux des auteurs européens les plus importants de son époque, qu'il n'hésite pas à citer abondamment. Tout au long de ses ouvrages et articles nous trouvons de nombreuses allusions, des titres d'ouvrages ou des citations d'historiens, de philosophes, de linguistes, d'écrivains... européens. La liste est longue et variée. Outre des auteurs espagnols, il cite fréquemment des ouvrages publiés en France, que ce soit d'auteurs français, ou des traductions d'autres langues au français; plus rarement, des ouvrages écrits en anglais. La liste (non exhaustive d'ailleurs) de plus d'une centaine d'auteurs étrangers et d'ouvrages cités donnée par V. Risco (1976), pour la plupart contemporains de Murguia, montre sa culture et son ouverture aux idées venues d'Europe: G. Humboldt, Michel Bréal, Amédée Thierry, Hersart de la Villemarqué, Max Müller, E. Renan, Ricard, Prudhomme, Diez Ses articles abordent divers sujets anciens ou actuels: la littérature (cf. " La literatura de los pueblos eslavos "4), l'histoire (cf. " Dei uso de las legumbres en Grecia y en Roma5), la politique (cf. " Parnell "6 à propos de l'homme politique irlandais Charles Stewart Parnell), Verdi "7 ou " Cantos populares de Inglaterra "8)... la musique (cf. Giuseppe

Par ailleurs il fait allusion à plusieurs reprises à des événements historiques et sociolinguistiques qui se produisaient dans d'autres pays: la France, l'Italie, l'Angleterre... mais aussi la Hongrie, la Pologne... :

nationalité. La Suisse n'a pas plus de population, ni la Belgique plus de territoire". "El regionalismo (II)", La Val de Galicia, Coruna, 28 février 1989 ((reproduit dans Murguia e La Val de Galicia, 2000 : 129) 1 UA langue différente on a toujours dit nationalité différente. Il va ainsi pour, la Galice qui s'est toujours considérée comme une nation dans les faits". El regionalismo gaI/ego (1889) : 47 2 Sur Ie concept de nation chez Murguia voir Maiz 1984: 216-307 3 "D'après Mancini, et nous acceptons sa définition, la nation est une communauté naturelle d'hommes qui, rassemblés dans une vie commune par le territoire, l'origine, les moeurs et a langue, ont la conscience de cette communauté", El regionalismo gaI/ego (1889) : 51 4 Museo Universal, 1867(reproduit dans Duran 1998 : 214-228) 5 Museo Universal, 1868 (reproduit dans Duran 1998 : 239-243) 6 La Val de Galicia, 15-X-1891 (reproduit dans Duran 1998: 281-283, il donne une date erronée)
7 Museo Universal, 8 Museo Universal, 1862 (reproduit dans Duran 1998 : 182-185) 1868 (reproduit dans Duran 1998 : 234-238)

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