//img.uscri.be/pth/cf37818893f5be0cb3995b16f255cb5be835045e
Cet ouvrage fait partie de la bibliothèque YouScribe
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le lire en ligne
En savoir plus

La diversité du français et l'enseignement de la langue en Afrique

De
179 pages
Cet ouvrage s'inscrit dans le cadre des études sur le français en francophonie, mais sans se limiter aux pays francophones. Grâce à des notices décrivant pays par pays, à partir d'exemples significatifs, quelques particularités du français en Afrique, il présente une réflexion sur les grands thèmes du contact entre le français et les langues autochtones: les rapports entre "le français d'Afrique " et la langue française, la notion controversée de "français d'Afrique", l'opportunité d'adopter ce français d'Afrique, les méthodes d'enseignement à adopter ainsi que les matériels pédagogiques à élaborer.
Voir plus Voir moins

PREFACE

Langue vivante, depuis des siècles langue diplomatique, instrument de communication internationale et moyen d’instruction, donc facteur déterminant du destin de millions d’êtres humains à travers le monde, le français a commencé sa carrière en Afrique polyglotte au XVIIe siècle. Or, la coexistence ou le contact du français et des langues autochtones n’a pas été sans conséquences pour les Africains qui l’apprennent, pour le français lui-même, pour les langues africaines en contact avec le français et pour les systèmes éducatifs des pays qui l’ont adopté comme moyen d’instruction ou comme matière à apprendre. Nombreuses sont les études qui ont été consacrées au contact français/langues africaines. Elles cherchent, en général, à définir « le français d’Afrique » ou « le français en Afrique ». Le présent ouvrage, La diversité du français et l’enseignement de la langue en Afrique, s’inscrit dans le cadre des études sur le français en francophonie. Il présente certains des grands thèmes du contact français/langues autochtones tels que : i) les rapports entre « le français d’Afrique » et la langue française en général ; ii) la notion même de « français d’Afrique » qui, selon certains, suggère entre autres choses « qu’on veut continuer à marginaliser l’Afrique qui ne serait plus alors qu’un vaste champ de fouille où des chercheurs en mal de fortes sensations viendraient s’égayer à bon compte à ses dépens » ; iii) l’opportunité d’adopter « le français d’Afrique », si l’on arrive à en définir les contours, comme la variété de français à enseigner et à parler, en n’oubliant pas l’importance de la communication internationale ou transnationale la plus étendue, donc le besoin d’une uniformité relative vis-à-vis d’autres variétés de français dans le monde entier ; et iv) les méthodes d’enseignement à adopter ainsi que les matériels pédagogiques appropriés à élaborer pour l’acquisition rapide et efficace du français langue seconde ou étrangère en Afrique.

La diversité du français et l’enseignement de la langue en Afrique

La préoccupation majeure du didacticien est d’assurer une bonne acquisition de la langue enseignée. Il a donc besoin tout d’abord d’une maîtrise de sa langue ; cette maîtrise doit être active. Une connaissance des types de langue à enseigner s’avère ainsi indispensable ; d’où la nécessité de définir les variétés du français et en Afrique et ailleurs. Dans la mesure où le français à enseigner en Afrique ne doit pas être trop divergent du français commun ou international (cf. E.N. Kwofie 1985 : 18-22), on aurait intérêt à se renseigner également sur les pratiques des pays « plurilingues » comme le Canada et la Belgique ; et cela afin de mieux répondre aux besoins des pays d’Afrique, en particulier des pays anglophones. Les recherches dont le présent ouvrage est le fruit ont été financées par l'AUPELF-UREF, devenue AUF, dans le cadre de son programme d'échanges entre départements d'études françaises. Nous voudrions ainsi d'abord exprimer notre gratitude à l'Agence universitaire de la Francophonie dont l'octroi d'une bourse a rendu possible notre séjour de trois mois à l'Université de Montréal et pour l'appui de tous ses réseaux de chercheurs concernant la langue à la publication de cet ouvrage. Nos remerciements s’adressent également à : – Monsieur le Professeur André Clas, Directeur du GRESLET, Université de Montréal, dont l’accueil chaleureux, la bienveillance, l’offre de l’espace de travail et du matériel ainsi que l’encouragement ont rendu possible la réalisation de notre projet de recherche. – Madame Danièle Latin, alors Coordonnatrice scientifique du réseau « Étude du français en francophonie », tant pour ses suggestions détaillées, qui ont contribué à l’amélioration de notre chapitre sur la lexicosémantique du français en Afrique, domaine auquel elle a fait de nombreux apports, que pour ses encouragements. – Messieurs Atibakwa Baboya Edema, Stagiaire post-doctoral au GRESLET, et Nazam Halaoui, Chercheur au GRESLET pour leur appui moral et le prêt des livres.

8

– Monsieur le Professeur Claude Germain, Université du Québec à Montréal (UQAM), pour le don de quelques-uns des livres de la collection « Le point sur… » qu’il dirige et de celle de Robert Galisson « Didactique des langues étrangères ». – Monsieur le Professeur Richard Patry, Directeur du Département de linguistique et de traduction, Université de Montréal, pour avoir facilité nos recherches dans les bibliothèques de l’Université de Montréal. – Monsieur Hardson Udoma Assam pour son appui tant matériel que moral.

9

CHAPITRE 1 LE FRANÇAIS : UNE LANGUE SANS CONTOURS ?

1.1 La langue française en Afrique : généralités
La langue a été définie de diverses façons. Pour d’aucuns, à l’instar de Ferdinand de Saussure, c’est un système où tout se tient. On reconnaîtra qu’il s’agit bien là de la structure du système ; en d’autres termes, la structure aux yeux de certains spécialistes prime sur toute autre considération. Il y est fait référence aussi à l’homogénéité du système qu’est la langue. Pour d’autres épousant une vue plus fonctionnelle ou sociologique, la langue est un système de signes vocaux, de sons, qui permet aux hommes de coopérer et de s’entraider ; c’est l’ultime et le plus profond fondement de la société. La langue ne se conçoit, en effet, que dans la société. Aussi peut-on dire d’elle qu’elle est l’instrument de socialisation le plus important qui soit mis à la disposition des hommes, qu’elle soit écrite ou non ; la langue, on le sait bien se parle avant d’être écrite. Elle peut être un élément unificateur ou de désagrégation. Sur le plan individuel, la langue permet à l’homme en tant que membre de société de s’exprimer dans toutes les situations où il se trouve. Il est ainsi vrai que l’usage que fait l’individu d’une langue ne peut pas être indépendant de son statut ou rang social d’une part, et de sa compétence linguistique d’autre part. Par conséquent, nous croyons pouvoir dire que les usages linguistiques des membres d’une communauté donnée peuvent servir d’indices de la stratification de cette communauté. Pierre Guiraud (1969 : 23) affirme que la classe sociale est un facteur important de la différenciation linguistique. Considérant la langue comme « un produit historique », Edward Sapir (1921 : 147-170) en identifie trois types de variation : linguistique (dialectal), historique et individuel. On dira, en bonne logique, que la
11

La diversité du français et l’enseignement de la langue en Afrique

variation linguistique peut être phonétique et phonologique, morphosyntaxique et lexicale. La variation ou diversité linguistique, qui implique à la fois la pluralité des langues et la variation interne d’une même langue, a deux dimensions principales : temporelle et géographique, et cela parce que les hommes, « consommateurs » des langues, vivent dans le temps et l’espace. La variation s’explique par la différence des modes de vie, des cultures et des milieux sociaux. Qu’une langue soit maternelle, étrangère, « imposée », « surimposée », « superposée » ou seconde ne change rien au fait que toute langue naturelle existe sous forme de variétés et de variantes, en dépit de l’unité ou de l’homogénéité sous-jacente. La facilité d’expression et la compréhension de la langue varient certes d’un individu à l’autre probablement en fonction du niveau d’instruction et de ce que nous appelons depuis longtemps le degré d’intégration linguistique du locuteur dans le milieu social où la langue concernée s’utilise. L’intercompréhension implique une relative uniformité des idiolectes des membres de la communauté linguistique ; autrement dit, c’est, à notre avis, l’entrecroisement sémantico-formel des systèmes linguistiques des individus. Elle existe dans la collectivité linguistique sans que les membres de cette collectivité perdent chacun ses idiosyncrasies langagières. Les observations faites par Aurélien Sauvageot (1957 : 218) sur le français, langue maternelle, sont révélatrices ; elles impliquent à la fois l’unité et la diversité du système que constitue la langue : Mais si chaque individu, à quelques exceptions près, utilise simultanément plusieurs variantes de la langue, il n’existe pas une langue qui serait le moyen d’expression exclusif d’une classe déterminée de la population. Dans l’état actuel des choses, le français sous ses différents aspects, avec ses étagements divers est bien l’unique moyen d’expression de l’ensemble de ceux qui le reconnaissent pour langue maternelle. Il n’est pas l’instrument de telle ou telle classe de la société française. C’est ce qu’a révélé, notamment, l’investigation instituée pour déterminer les fondements du Français Élémentaire. En gros la langue est bien la même pour tous et, quand on en vient à sa forme dite « normale », elle atteste une rare homogénéité d’un individu à l’autre, quelles que soient les distinctions de classe, les degrés d’instruction ou les différences géographiques. Un paysan de la montagne du Doubs ne parle pas très diffé-

12

remment d’un intellectuel parisien ou d’un ouvrier de la région lyonnaise, etc. La reconnaissance de plus en plus croissante de l’existence de langues ou langages de spécialité, de multiples français, par exemple, correspondant à différents domaines d’activité humaine, confirme de plus qu’il y a une diversité de français, et à tous les niveaux linguistiques. L’élaboration de terminologies/lexiques/dictionnaires, par exemple sous l’égide du Conseil International de la Langue Française, travaux qui correspondent à des disciplines, techniques et sciences aussi variées que la médecine, l’aéronautique, l’océanologie entre plusieurs autres, est certes preuve du besoin de la « normalisation de la communication internationale spécialisée ». Que de tels recueils soient ceux de lexies importe peu (Voir également la Bibliographie (1988-1998) du Réseau LTT de l'AUF, coordonnée par André Clas, pour des titres relatifs aux plans théorique et pratique de la traduction, et L. Guilbert (1973 : 6)) Il semble inévitable que la gamme de variétés d’une langue transplantée s’élargisse. On ne s’étonne guère que le visage de la langue française ne soit pas resté le même que celui qu’elle avait au début de son implantation. Le problème de la détermination du degré de sa transformation réside en ce que les caractères initiaux du français ne sont pas connus des spécialistes ou chercheurs : il aurait fallu « des albums phonétiques » pour retracer le chemin qu’a fait la langue française dans les diverses parties du monde où elle se trouve. Quoi qu’on en dise, le français en Afrique est une langue transplantée de la France essentiellement. Une langue imposée, le français n’est pas parlé par tous les Africains. Il a toutefois servi de moyen unificateur, tout d’abord pour les pays de l’Afrique d’expression française, puis de « cordon ombilical » entre la France et les pays africains, exception faite pour la Belgique et ses colonies. Le français a servi et sert encore de langue d’instruction, d’administration ou de gouvernement, ainsi que de création artistique. Mais combien homogène était le français transmis aux Africains des « possessions françaises » par les Français ? Si le français des possessions françaises, aux contours plutôt imprécis, restait des décennies durant la langue de communication des seuls pays francophones d’Afrique et d’ailleurs, c’est-à-dire hors de France, son usage s’est étendu
13

La diversité du français et l’enseignement de la langue en Afrique

et s’étend aujourd’hui à des horizons auparavant insoupçonnés. C’est pourquoi on sent de plus en plus le besoin d’« aménager » la langue. Quelle que soit la motivation politique de la très récente « appropriation » par le Nigeria du français comme langue seconde, on peut y voir un bon exemple de la volonté politique africaine de faire du français un instrument de solidarité africaine et de communication officielle à l’échelle du continent africain, et même du monde. Peut-être le Nigeria aurait-il peu à peu les mêmes droits ou privilèges dont jouit tout pays francophone d’Afrique en devenant membre de la francophonie, et cela en dépit de son passé. Ancienne colonie britannique, ses ressortissants bénéficient déjà des octrois de bourses plus nombreux pour les études en France dans diverses disciplines. On enseigne le français depuis plus d’un demi-siècle dans certains des pays anglophones d’Afrique, du niveau secondaire au niveau universitaire. Il est ainsi à espérer que l’exemple du Nigeria sera suivi par d’autres pays anglophones, et que ces derniers participeront par là à la francophonie. Où en est la « balkanisation linguistique » dont les pays africains étaient censés souffrir pendant l’ère coloniale ? Remarquons que si le plurilinguisme des pays africains – et cela entraîne nécessairement leur « balkanisation linguistique » ou, en termes plus généraux, leur cloisonnement – créait des difficultés d’intercompréhension, donc de coopération, de solidarité, ou d’« entente cordiale », on peut dire aujourd’hui, à en juger du moins par l’expérience vécue, que « l’importation » des langues de culture, en l’occurrence le français et l’anglais, a facilité, dans une large mesure, la communication internationale et même nationale. On ne se demandera pas ce que l’on faisait pendant la période de formation de cette petite « coterie » qui devait assurer l’intercommunication entre les administrateurs coloniaux et leurs sujets ; on ne s’interrogera pas non plus sur les conséquences « psychosociales » du contact langues autochtones ou africaines/langues de culture pour l’individu aussi bien que pour les collectivités concernées. Pour le moment, posons simplement pour réflexion les quelques questions pertinentes qui suivent : Les pays anglophones deviendraient-ils bilingues au XX1e siècle comme le Cameroun qui pratique officiellement un bilinguisme anglo-français depuis son indépendance ? Les pays francophones feraient-ils l’inverse ? En d’autres termes, les pays francophones s’approprieraient-ils l’anglais ? De quelles
14

façons ces deux langues se propageraient-elles dans le cadre plurilingue des pays africains ? L’appropriation d’une langue étrangère a des avantages aussi bien que des désavantages (voir E. N. Kwofie 1977). Notre propos ici n’est pas de faire la campagne pour l’adoption ou le rejet du français. Observons toutefois que la coopération est une condition préalable au développement économique, scientifique et technologique et que seules auront droit de cité dans le monde du XXIe siècle les collectivités qui savent tirer profit de leur patrimoine linguistique. Or, celui-ci est l’ensemble des langues se trouvant sur le territoire de chaque pays africain, y compris les langues « imposées » et « surimposées » ou « superposées » que sont indifféremment le français et l’anglais en Afrique. Ces deux langues ne sont plus, comme on l’a souvent dit, les langues seules de la France et de l’Angleterre. Elles sont tombées dans « le domaine public », et chaque pays a donc droit de préconiser le statut que chacune d’elles mérite. Notre préoccupation majeure est de réexaminer les problèmes théoriques, descriptifs et méthodologiques qui se rapportent à la variation de la langue française en Afrique. Le présent travail ne prétend nullement être le dernier mot qui puisse être dit sur le français en Afrique ; il se veut une modeste contribution aux discussions qui se sont multipliées ces cinq dernières années. Nous nous placerons dans une perspective qui puisse se dire objective et pragmatique.

1.2 Les problématiques de la description de la langue française en Afrique.
Nous fondant sur nos propres enquêtes sur le terrain (E.N. Kwofie 1968) et les quelques esquisses qui étaient à notre portée, nous avions suggéré que l’on devait, pour des raisons d’ordre méthodologique et descriptif, reconnaître l’existence de plusieurs variétés de français en Afrique (E.N. Kwofie 1977 La langue française en Afrique Occidentale Francophone. Quelques aspects sociolinguistiques et linguistiques). Nous avons réaffirmé cette idée en 1985 (E.N. Kwofie Teaching French as a Second Language in Africa : Issues in Applied Linguistics, pp. 418). En 1986, Ngalasso, dans une communication « La polyfrancophonie africaine », présentée lors du XVIIIe Congrès International de Linguisti15

La diversité du français et l’enseignement de la langue en Afrique

que et de Philologie Romanes, déclarait à propos des « variétés du français en Afrique » que voici : On peut essayer de reconnaître toutes les variétés du français pratiqué en Afrique par le biais de l’histoire, de la géographie et de l’étude sociale. À l’intérieur de ces grandes aires il est ensuite possible de reconnaître d’une part des spécificités nationales (sénégalaises, ivoiriennes, togolaises, burkinabé, guinéennes, camerounaises, congolaises, zaïroises, rwandaises, malgaches, mauriciennes, etc.) et d’autre part des spécificités ethniques (wolof, diula, ewe, peul, kongo, lingala, swahili, merina, créole, etc.). Ces distinctions n’empêchent évidemment pas l’existence de formes ou expressions supralocales voire panafricaines observables non seulement au niveau lexical mais aussi au niveau de la matière phonique ou grammaticale. Eu égard à la multiplicité ou diversité des nations, des sociétés ou des pays où s’implante ou s’est implanté le français, on peut bien s’interroger sur le visage ou l’image actuels de la langue. Gabriel Manessy (1978 : 91) avait déclaré, il y a vingt-deux ans, à propos de la description du français en Afrique que : Le français d’Afrique noire est pour le linguiste un objet étrange dont l’existence, affirmée par de nombreux auteurs et rarement mise en doute [...] paraît évidente à distance, mais dont la substance s’évanouit dès qu’on prétend la définir et l’analyser. Écrivant huit ans plus tard, Pierre Dumont (1986 : 45-46) expliquait l’insuccès des linguistes qui s’étaient penchés sur la description du français en Afrique dans les mots qui suivent, changeant ainsi de perspective : Les efforts entrepris par les linguistes pour dégager une typologie de ces différentes variétés de français n’ont pas été couronnés de succès parce que les critères retenus, d’ordre phonique, morphologique ou sémantique ne peuvent pas rendre compte des variations sociales, c’est-à-dire du véritable usage qui est fait de la langue par ceux qui la parlent. Faisons remarquer que quelle que soit son appartenance à une école linguistique (et il y a plusieurs écoles et tendances en linguistique), tout
16

linguiste cherchant à décrire une langue doit se fonder sur un corpus linguistique valable, des données orales et ou écrites, selon les cas, en se donnant des critères acceptés ou normaux en linguistique. Les niveaux d’analyse qu’énumère Dumont sont ceux mêmes auxquels se placera le linguiste qui cherche à présenter une description exhaustive. Seul un chercheur inexpérimenté manquerait, sur le terrain, de constituer un corpus approprié à ses objectifs. On peut donc s’étonner que tous les linguistes qui travaillaient sur le français en Afrique entre 1966, date où la sociolinguistique reprochait déjà à la linguistique structurale la « nuisibilité » de l’idée d’homogénéité de la langue, et 1986, année où Dumont écrivait, n’aient su réviser leur méthodologie, et soient restés dans l’ornière. Faute donc de précisions sur les « critères retenus », nous dirions que le problème tenait à la désignation de « français d’Afrique » qui implique un français unique pour le continent africain. On observera en passant que ce syntagme au sens ambigu est d’un usage courant (cf. Dumont 1990 et Calvet 1978 entre autres). Et pourtant, du point de vue méthodologique, la reconnaissance d’un seul français africain impose l’uniformité des traits, donc la confusion des variétés, ou plutôt la non reconnaissance de variétés. Il suffirait alors, dans la recherche, simplement de retrouver les mêmes traits à travers ses données. Or, seule la collecte des données selon les couches sociales ou milieux sociolinguistiques permet la comparaison « interstratique ». Tant que les recherches sur le français se poursuivent, on brossera difficilement un tableau définitif ou complet de cette langue. La linguistique diachronique nous apprend que toute langue évolue, qu’elle soit en contact ou non. Le contact des langues implique nécessairement celui des hommes, membres de sociétés. Quoique la société renferme les garants de la norme de référence : littéraires et institutions sociales, l’évolution de la langue ne se conçoit pas en dehors de la société. En d’autres termes, les milieux sociaux jouent un rôle primordial dans l’évolution linguistique. Il se pose ainsi en Afrique la question de comment identifier les causes de la variation du français. Les variétés du français sont-elles dues au contact langues africaines/français ? Les causes de la transformation du français en Afrique sont-elles les mêmes que celles qui s’appliquent au français en France ? Qu’est-ce qui distingue le français en Afrique de celui de la France ? Qu’y a-t-il d’insolite à chercher à définir le français d’Afrique par rapport à tout autre français, y compris celui de la France ? Le chercheur doit-il se choisir un cadre théo17