La langue de la politique au Congo-Brazzaville

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Cet ouvrage met en évidence le rôle des événements et des pratiques politiques dans la conduite langagière des sujets parlants qu'il présente comme une réponse à un stimulus. L'auteur montre le nouveau rôle du français (langue refuge) et la manière dont cette langue est parlée dans le Congo-Brazzaville contemporain en proie à des conflits politiques et ethniques.
Publié le : dimanche 1 avril 2012
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EAN13 : 9782296485594
Nombre de pages : 238
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LA

LANGUE

AU

DE

LA

POLITIQUE

CONGO-BRAZZAVILLE

Du même auteur aux Éditions L’Harmattan :

La langue française au Congo-Brazzaville. Manifestation de
l’activité langagière des sujets parlants
, 2007.
Coréférents et synonymes du français écrit et parlé au Congo-
Brazzaville. Ce que dire veut dire
, 2007.
La langue française et le fait divers au Congo-Brazzaville. Quand
les mots prennent la parole
, 2008.
Grammaire et lexique munukutuba. Congo-Brazzaville,
République Démocratique du Congo, Angola
, 2009.
La langue française et le fait divers en Afrique noire francophone
,
2009.
La langue de la nourriture, des aliments et de l’art culinaire au
Congo-Brazzaville
, 2009.
Essai sur la traduction : faits divers et lexique français-
munukutuba
, 2010.
La langue de l’école au Congo-Brazzaville
, 2010.

© L’Harmattan, 2012
5-7, rue de l’École-polytechnique ; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-96937-7
EAN : 9782296969377

Jean-Alexis M
F

UOTOULA LANGUE DE LA POLITIQUE
AU CONGO-BRAZZAVILLE

et

Contexte sociopolitique
comportements langagiers

Études Africaines
Collection dirigée par Denis Pryen et François Manga Akoa

Dernières parutions

Alhassane CHERIF,
Le sens de la maladie en Afrique et dans la
migration. Diagnostic, pronostic, prise en charge
, 2012.
Mahamadou MAÏGA,
Les peuples malien et africains : 50 ans
d’indépendance ou de dépendance ?
, 2012.
Sylvain Tshikoji MBUMBA,
Le pouvoir de la paix en Afrique en quête
du développement
, 2012.
Hygin Didace AMBOULOU,
Traité congolais de procédure civile,
commerciale, administrative, financière et des voies d’exécution
, 2012.
Jean-Nazaire TAMA,
Droit international et africain des droits de
l’homme
, 2012.
Khalifa Ababacar KANE,
Droit portuaire en Afrique. Aspects juridiques
de la gestion et de l’exploitation portuaires au Sénégal,
2012.
Ibrahim GUEYE,
Les normes de bioéthique et l’Afrique
, 2012.
Jean-Bruno MUKANYA KANINDA-MUANA,
Les relations entre le
Canada, le Québec et l’Afrique depuis 1960
, 2012.
Célestin NKOU NKOU,
Manuel de gestion simplifiée
, 2012.
Jean-Pierre MISSIE,
Histoire et sociologie de la pauvreté en Afrique,
Regards croisés sur un phénomène durable
, 2012.
André MBATA MANGU,
Barack Obama et les défis du changement
global. Leçons pour le monde, l’Afrique et la politique étrangère
américaine
, 2012.
Clotaire SAULET SURUNGBA,
Centrafrique 1993-2003. La
politique du Changement d’Ange Félix Patassé
, 2012.
Elliott Anani SITTI,
Investir en Afrique pour gagner
, 2012.
Edgard GNANSOUNOU,
En finir avec le franc des économies
françaises d’Afrique
, 2012.
Philippe NKEN NDJENG,
L’idée nationale dans le Cameroun
francophone, 1920-1960
, 2012.
Pierre Esaïe MBPILLE,
Les droits de la femme et de l’enfant : entre
universalisme et africanisme
, 2012.

À

tous

ceux

à

qui

je

de

v

is

ce

livre

A
nt.
ch

p.
C
oréf.
dir.,
fém.,
indir.,
intr.,
loc.,
m

sc.,
n.,
nom.,
pers.,
plur.,
précéd.,
prép.,
pron.,
pronom.,
sing.,
suiv.,

yn.
tr.,
v.,

.,

A
bréviations de mots


ntonyme.
ch

pitre.
coréférent.
direct.
féminin.
indirect.
intr

nsitif.
locution.
m

sculin.
nom.
nomin

l.
personnel.
pluriel.
précédent.
préposition.
pronom.
pronomin

l.
singulier.
suiv

nt.
synonyme.
tr

nsitif.
verbe.
voir (indic

tion de renvoi).

Préambule


es conditions socio-politiques peuvent-elles – en cert

ines
occ

sions – être indispens

bles pour comprendre des

ctes de
l

ng

ge ?
E
n quelle mesure – d

ns l

diversité des contextes –
le l

ng

ge devient-il politique ?

elles sont les questions qui
sont déb

ttues d

ns ce livre qui entreprend de croiser
linguistique
et
politique
désorm

is strictement

rrimées.
C
ette dém

rche tend
à
soutenir l’idée que le l

ng

ge –
véhicule d’un contenu inform

tif – est de n

ture intrinsèquement
soci

le et politique.

es enjeux soci

ux, en effet, sont essentiels
à
l



lis

tion des «

ctes de l

ng

ge », en même temps que ceux-ci
contribuent de m

nière décisive

ux rel

tions entre les hum

ins,
à
l

vie en société, et
à
l

politique en t

nt que ce qui est rel

tif

ux

ff

ires publiques.

dimension socio-politique du l

ng

ge n’est
plus

lors seulement qu’une sorte d’objet pur, rel

tif
à
des
structures et contr

intes logiques.

dimension intrinsèquement
culturelle et soci

le du l

ng

ge ne s

ur

it –

u risque d’en perdre l

spécificité – être reniée.
E
n repren

nt l

théorie des «

ctes de l

ng

ge » et l

question
des perform

tifs, en étudi

nt ce que cette théorie peut

pporter
à
une

n

lyse des phénomènes politiques, cet ouvr

ge montre toute
l’

ctu

lité de l

mise en g

rde de
B
ourdieu soulign

nt que le
l

ng

ge ne peut

gir seul et que lorsqu’il
 
utorité de f

ire des
choses, not

mment d

ns le dom

ine de l

politique, il ne g

gne
cette

utorité que de m

nière déléguée – c’est-
à
-dire en ét

nt
inscrit d

ns des rel

tions soci

les permett

nt

u locuteur d’

voir,
p

r s

p

role, un cert

in pouvoir sur les interlocuteurs.

el est le
c

s de l’ordre, du discours
à
dimension politique – du discours

utorisé qui ne peut se f

ire v

loir comme tel

utrement que p

r
une construction – soci

lement déterminée – du contexte soci

l de
réception et d’interprét

tion.

is ce que cet ouvr

ge montre

vec force, c’est le f

it que
cette

rticul

tion entre enjeux socio-politiques et f

its

9

l

ng

giers explicite une donnée essentielle : l

m

llé

bilité du
l

ng

ge hum

in qui f

it très vite son utilité comme indic

teur
du ch

ngement soci

l.

e comportement linguistique se modifie
en même temps que le contexte socio-politique, l’ivresse du lieu
donn

nt

u l

ng

ge le réconfort « physique » et « mor

l » dont
il

besoin.

10

C
hapitre 1
Les langues au
C
ongo-
B
razzaville

1-1.
À
quoi donc renvoie l’expression « parler
la même langue » ?


e
C
ongo – officiellement

épublique du
C
ongo
1
– dont l

popul

tion ét

it estimée
à
3 702 314 h

bit

nts
2
en 2005, se
c

r

ctérise p

r une diversité et une multiplicité des l

ngues en
cont

ct.

gr

nde m

jorité d’entre elles sont des l

ngues b

ntu

pp

rten

nt
à
l

f

mille

iger-
C
ongo et relèvent de qu

tre gr

nds
ensembles : le groupe koongo, le groupe téké, le groupe mbochi et
le groupe s

ngh

.

n sign

le cepend

nt l’existence d’un groupe de
l

ngues non b

ntu relev

nt de l

sous-f

mille oub

nguienne et
p

rlées d

ns l’extrême nord, près de l

frontière

vec le
C

meroun
et l

C
entr

frique (

ueffélec
A
. et

i

ngoun

A
., 1990).

rès

1
 
épublique du
C
ongo, dit
C
ongo-
B
r

zz

ville, est une république multip

rtite
à
régime présidentiel, en ce que le président est
à
l

fois chef de l’
É
t

t et chef du
gouvernement.

i le pouvoir exécutif est

ux m

ins du gouvernement, le pouvoir
législ

tif en rev

nche est p

rt

gé entre le gouvernement et les deux ch

mbres du
p

rlement.
A
v

nt l

guerre civile de 1997, le système gouvernement

l du p

ys
ét

it simil

ire

u système fr



is.
A
y

nt pris le pouvoir,
D
enis

ssou

guesso
suspendit l

constitution

doptée en 1992.

nouvelle constitution –

doptée p

r
référendum en 2002 – retourne

u modèle

ntérieur,

vec un m

nd

t présidentiel
de sept

ns et un p

rlement bic

mér

l.

e pouvoir exécutif est

lors constitué du
président de l
 
épublique (depuis le 25 octobre 1997), et du premier ministre

sidore

voub

(depuis le 7 j

nvier 2005).
A
vec le dép

rt de ce dernier
à
ce poste
le 15 septembre 2009, il n’est plus de premier ministre en

épublique du
C
ongo.

e p

rlement est doté de deux ch

mbres, l’
A
ssemblée n

tion

le et le

én

t.

première compte 153 membres élus pour cinq

ns d

ns des circonscriptions
à
siège
unique, le second compte 66 membres élus pour six

ns p

r les conseils de
communes et de dép

rtements.

e

rti congol

is du tr

v

il est l

rgement
m

jorit

ire.

es p

rtis d’opposition sont

utorisés, m

is il est

dmis qu’ils n’ont
guère l

ch

nce d’

ccéder

u pouvoir.
2

ources :

he

ord
F

ctbook,
C

A
, 2006.

11

loc

lisées, d

v

nt

ge l

ngues de communion plutôt que de
communic

tion, les quelques soix

nte-dix l

ngues ethniques que
compte l
 
épublique du
C
ongo ne dép

ssent guère le territoire
occupé p

r l

commun

uté ethnique qui leur

donné le jour.
E
lles
se déploient en pure or

lité, et leur fonction est strictement
vern

cul

ire (

foutou

.-
A
., 2000 : 8).
E
n plus de ces l

ngues vern

cul

ires, se sont développées
deux l

ngues
à
fonction véhicul

ire : le ling

l

et le munukutub


ppelé encore kitub

, serv

nt pour les communic

tions et les
éch

nges socioéconomiques – de plusieurs régions
à
l

fois du
p

ys et donc p

rlées p

r l

m

jorité des popul

tions de ces
régions

u moins pour l’essentiel – entre popul

tions de l

ngues
ethniques différentes.
C
es deux l

ngues sont

ussi présentées
comme « l

ngues n

tion

les », c’est-
à
-dire comme l

ngues de l

n

tion ou du peuple et reconnues comme telles p

r l’
É
t

t.

rce
que l

l

ngue, c’est

ussi de l

politique, l

constitution de l


épublique du
C
ongo du 20 j

nvier 2002 d

ns son

rticle
6 stipule en effet :
«

’hymne n

tion

l est l

«
C
ongol

ise ».

devise de l
 
épublique est «

nité,

r

v

il,

rogrès ».

e sce

u
de l’
É
t

t et les

rmoiries de l
 
épublique sont déterminés p

r l

loi.

l

ngue officielle est le fr



is.

es l

ngues n

tion

les
véhicul

ires sont le ling

l

et le kitub

. »
F
orce est de const

ter
ici que si le
C
ongo-
B
r

zz

ville ne mène officiellement

ucune
politique linguistique contre les l

ngues

utochtones de
communic

tion ethnique, ni

ucune en leur f

veur non plus, il
« refuse » cepend

nt de les « reconn

ître » et de leur donner un
st

tut officiel.
E
n rev

nche, p

r leur utilis

tion hégémonique d

ns
le p

ys – vis-
à
-vis des l

ngues de communic

tion ethnique –, le
ling

l

et le kitub

, seules l

ngues endogènes utilisées
à
l

télévision et
à
l

r

dio, ont pour voc

tion de souder l’unité
n

tion

le ou p

r l’extension de leur utilis

tion p

rmi tous les
résidents du territoire ét

tique, quelle que soit l’origine ethnique
de ch

cun, de p

rticiper
à 
ffermir ce qui forme un c

r

ctère
d’ensemble et d’h

rmonie entre les
C
ongol

is.
C
es deux
l

ngues donc – du f

it de cette espèce de brevet d’existence qui
leur est donné – sont en quelque sorte promues
à
l

lumière.

elevons d’

illeurs ici l

difficulté qu’il y

– du f

it de
l’import

nce comp

r

ble de ces deux l

ngues, du f

it que l

compétition entre elles existe bien, et p

rce que l

l

ngue

12

n

tion

le s’impose d

ns un p

ys non seulement p

r l

volonté
politique et intellectuelle, m

is

ussi et surtout p

r l’

dhésion
du peuple concerné –,
à
exclure l’une des deux pour

dopter une
l

ngue n

tion

le unifi

nte.

es politiques linguistiques –
entendues comme toutes politiques conduites p

r un
É
t

t ou une
org

nis

tion intern

tion

le
à
propos d’une ou plusieurs l

ngues
d

ns les territoires relev

nt de s

souver

ineté, pour en modifier
le corpus
3
ou le st

tut, génér

lement pour en conforter l’us

ge,
p

rfois pour en limiter l’exp

nsion, ou même œuvrer
à
son
ér

dic

tion,
etc.
– ont toujours pris une import

nce p

rticulière
d

ns les
É
t

ts multilingues.
C
’est

ussi – p

rce que l’us

ge de
toute l

ngue s’insère

lors nécess

irement d

ns des r

pports
soci

ux, des rel

tions de pouvoir ou des phénomènes
identit

ires – un sujet sensible, f

ce
à
l’hégémonie de l’une ou
l’

utre l

ngue.
C
omment ces conflits – du f

it de l

coexistence
des l

ngues, surtout qu

nd l’une d’elles est issue de l

colonis

tion – sont ou peuvent-ils être résolus, not

mment d

ns
l

vie politique ?

uffit-il de p

rler l

même l

ngue pour se
comprendre et b
â
tir l’unité n

tion

le ?

rler l

même l

ngue
est certes commode et une condition nécess

ire pour
communiquer, m

is – p

rce que le l

ng

ge peut être m

nipulé
et utilisé
à
des fins perverses – cette condition n’est p

s
suffis

nte pour se comprendre et b
â
tir l’unité n

tion

le.
À
quoi
donc renvoie l’expression « p

rler l

même l

ngue » ?

our

ut

nt peut-être ces deux l

ngues sont-elles décrétées
conjointement « l

ngues n

tion

les » – d

ns un p

ys où les
hostilités commun

ut

ires ethniques sont loin d’être r

res
4

3

ne politique linguistique peut consister
à
f

ire évoluer le corpus d’une l

ngue en

dopt

nt un système d’écriture, en fix

nt le voc

bul

ire p

r l’ét

blissement de
lexiques ou de dictionn

ires, en

rrêt

nt les règles gr

mm

tic

les et
orthogr

phiques, en f

voris

nt l

cré

tion terminologique pour en limiter les
emprunts

ux l

ngues étr

ngères,
etc.
A
joutons qu’une politique linguistique peut
même tout simplement consister
à
modifier le nom d’une l

ngue, comme nous le
voyons ici

vec le
munukutub


ppelé

ussi officiellement
kitub

.
4
A
lors que les premières élections congol

ises ont lieu en 1959, celles-ci donnent
lieu
à
des

ffrontements entre milit

nts politiques.
A
lors qu’il

ccède
à
l’indépend

nce le 15

oût 1960, le p

ys conn

ît ensuite plusieurs ch

ngements de
régime, plusieurs

ss

ssin

ts politiques et p

sse du m

rxisme-léninisme

u
libér

lisme économique […].
A
près un soulèvement génér

l en 1990, une nouvelle
constitution est

doptée en 1992 et le régime renoue

vec le multip

rtisme […].

e

13

simplement pour tenter de g

rder l

p

ix soci

le p

r quelques
f

cilités d’expression, en l’

bsence de l

ngue n

tion

le vr

ie
unific

trice.
C
’est le choix d’une l

ngue n

tion

le – choix
politique et reg

rd mor

l
à
l

fois destiné
à
reb
â
tir un consensus
n

tion

l mis en c

use p

r l

crise identit

ire – qui crée l’identité
et le lien n

tion

l, et qui devient quelques génér

tions plus t

rd
une l

ngue m

ternelle – entendue comme l

ngue

pprise en
premier p

r l’enf

nt et

ssimilée de m

nière inconsciente et non
intentionnelle – pour l

gr

nde m

jorité de l

popul

tion
concernée.
C
’est une l

ngue qui n

ît de l

vie de l’

omme, l

vie de l

société, l

vie du monde, une l

ngue qui crée en
ch

cun des perspectives en même temps qu’elle donne de
l’

mpleur et de l

profondeur
à
l

vie de tous,
à
tr

vers les
sciences, l

philosophie et l’

rt, une l

ngue qui relie l

conn

iss

nce et l’

ction, une l

ngue qui en plus de conduire
à
un

rt de s’exprimer conduit
à
un

rt de vivre ensemble, une
l

ngue qui ne tend donc p

s seulement
à
interpréter le monde,
m

is
à
le tr

nsformer.

force de l

l

ngue n

tion

le, c’est de
rest

urer un lien entre les concitoyens et le monde réel, de
reb
â
tir une économie de l’être-

u-monde, une intelligence de ce
qu’il est.

recherche d’une l

ngue commune
à
tout un peuple

C
ongo conn

ît ensuite une succession de trois guerres p

rticulièrement r

v

geuses,
provoqu

nt d’import

nts dég
â
ts (1993, 1997, 198-1999).

es premiers

ffrontements ont lieu entre les p

rtis

ns du président

sc

l

issoub

et ceux du
m

ire de l

c

pit

le
B
ern

rd

olél

s.
A
ussi peut-on lire d

ns

ouvibidil

G
.-

.
(2000 : 226-232, vol.

) :
« […]



venue de l’

A
, unique voie d’

ccès

ux
qu

rtiers d’extrême sud de l

c

pit

le, est coupée.
E
lle est creusée à plusieurs
endroits p

r des milit

nts drogués.

ls

gressent toute personne étr

ngère à leur
p

rti, les non l

ri et tous ceux qui s’entêtent encore à

ller tr

v

iller, y compris les
fonctionn

ires de l’

qui ont leurs bure

ux de l’

utre côté du fleuve
D
joué
[…]

es m

nifest

nts dispersés p

r l

fusill

de du
CCF
se ruent sur le m

rché

ot

l de
B

congo.

succurs

le de l

B

nque

CB
est pillée.

es m

g

sins

ussi, m

is les c

sseurs sélectionnent.

es dépôts et commerces des origin

ires du

ool sont ép

rgnés.
D
es inscriptions à l

cr

ie sign

lent sur les portes des
m

g

sins, ceux qu’il ne f

ut p

s toucher.

n

ur

it dit une opér

tion prép

rée à
l’

v

nce.

es m

nifest

nts s’

ch

rnent p

rticulièrement sur les m

g

sins des
étr

ngers, m

is tous ne sont p

s touchés.

e m

g

sin de

me

imi-

dingou,
homme du pouvoir, est pillé et s

cc

gé, en r

ison de ses origines

ibolek. »
[…].

r l

suite,

y

nt f

it

lli

nce, les p

rtis

ns du président

sc

l

issoub

et ceux
du m

ire de l

c

pit

le
B
ern

rd

olél

s comb

ttent les supporters de l’

ncien
président
D
enis

ssou-

guesso, v

inqueur de l

guerre civile.

14

exige d’

bord que ce peuple vive d’une
vie un

nime
:
â
me
collective qui se crée, évolue et disp

r

ît

vec l

fin du groupe,
même si le moi, l

conscience, peut ré

gir contre cette fusion
d

ns l

collectivité, prendre des dist

nces

v

nt de revenir
à
elle.

nt que l

n

tion rester

divisée en groupes fermés – et
p

rce l

l

ngue n

tion

le doit opérer, d

ns le contexte
spécifiquement congol

is, une synthèse entre des tend

nces
opposées –, comment se prop

ger

it une l

ngue endogène
commune ?
A
pporté p

r le colonis

teur

u 19
e
siècle, p

rlé et écrit p

r
une élite intellectuelle et politique du p

ys, utilisé pour les

ctes
officiels et
à
tous les nive

ux de l’enseignement –
à
c

use de l

multiplicité des l

ngues endogène ? –, le fr



is est l

l

ngue
officielle de l
 
épublique du
C
ongo.

ngue m

jorit

ire,
l

ngue de l’
É
t

t et de son

dministr

tion donc, le fr



is est
f

vorisé – puisque de p

r son st

tut de l

ngue officielle, on

ugmente

insi s

visibilité –

ux dépends d’

utres l

ngues
p

rlées d

ns le territoire relev

nt de l

souver

ineté n

tion

le.

position domin

nte du fr



is et l

situ

tion de dominées
des l

ngues endogènes semblent en f

it perçues ici comme les
m

rques d’une évolution inéluct

ble f

ce
à
l

quelle les
volont

rismes politiques ser

ient impuiss

nts.

elon l

D
élég

tion de l

l

ngue fr



ise et

ux l

ngues de
F
r

nce
(2006), il ser

it p

rlé p

r 30% de l

popul

tion congol

ise.
D
isons tout de suite cepend

nt que ce n’est p

s une science
ex

cte que de mesurer combien de personnes p

rlent une
l

ngue : qu’est-ce que cel

veut dire que p

rler une l

ngue ?
F

ut-il prendre en compte les locuteurs qui l

p

rlent comme
l

ngue première, ou l

ngue seconde, ou ceux qui l

b

r

gouinent ?

elon une étude de

ssoumou

. et

ueffélec
A
.

.-

. (2007), 88% des
B
r

zz

villois de plus de 15

ns
décl

rent

voir une expression

isée
à
l’écrit en fr



is.

résente sur l’ensemble du territoire congol

is, et utilis

nt le
fr



is
à
tous les nive

ux et de f

çon exclusive, l’institution
scol

ire f

vorise d

v

nt

ge l

diffusion de cette l

ngue : le t

ux
de scol

ris

tion se situ

nt entre 90 et 95%.
A
vec un t

ux de
57%, l’

lph

bétis

tion est un

utre élément qui contribue
à
l

diffusion de cette même l

ngue (

foutou

.-
A
., 2009
e
).

uoi
que l’on

it pu en dire cepend

nt, cette l

ngue côtoie en f

it

15

quotidiennement les l

ngues endogènes ; les sujets qui p

rlent
le fr



is recourent

ussi

ux l

ngues endogènes, l

l

ngue du
colonis

teur n’

y

nt pu éliminer – tout

u moins p

s encore –
les l

ngues endogènes
à
c

use sinon d’un sentiment, du moins
d’une volonté consciente de résist

nce de l

p

rt des différentes
commun

utés ethno-linguistiques de se reconn

ître d

ns l

l

ngue du colonis

teur.
E
n rev

nche, nous voyons ici
à
quel
point, bien que inég

lement rép

rties sur le territoire n

tion

l,
les différentes l

ngues en présence sont reliées entre elles p

r
les pr

tiques l

ng

gières des bilingues qui les font se côtoyer,
provoqu

nt des interférences phonétiques, lexic

les, synt

xiques,
etc.,
et qui font que les l

ngues de communic

tion ethnique
gr

vitent

utour des l

ngues de communic

tion interethnique
(ling

l

, munukutub

) qui gr

vitent
à
leur tour

utour du fr



is.
C
e qui veut dire que c’est le fr



is – l

ngue
à
r

yonnement
politique, économique, culturel très import

nt, qui dép

sse
l

rgement les frontières du p

ys – qui, en définitive, semble être
ici le pivot de gr

vité – en t

nt que centre d’

ttr

ction en vertu de
l

gr

vit

tion
5
– du système.

ubiss

nt son

ttr

ction, p

rce que
son influence est d’une gr

nde puiss

nce, tout
C
ongol

is, ou
presque, ressent en effet sinon le besoin, du moins l

nécessité de
pr

tiquer cette l

ngue, voire de l’utiliser – d

ns m

intes
circonst

nces –
à
l

pl

ce de s

l

ngue de communic

tion
ethnique ou du ling

l

et du munukutub

.
D
evenue très vite l

ngue exclusive de l’enseignement, elle se
diffuse cepend

nt

ussi de m

nière spont

née

u h

s

rd des
cont

cts entre locuteurs lettrés et non lettrés (

foutou

.-
A
., 2000 :
9).

our be

ucoup de sujets l’

pprentiss

ge du fr



is se f

it donc

5

e terme de « gr

vit

tion » est employé depuis l’époque de

ewton
(1643-1727) pour désigner le méc

nisme de l’

ttr

ction résiduelle
mutuelle

giss

nt
à
dist

nce entre les objets, indépend

mment de l

n

ture spécifique de l

m

tière dont ils sont constitués.

ewton
comprend que les objets s’

ttirent les uns les

utres et que l

gr

vit

tion
est une force.

l est en effet le premier
à
penser que l

pes

nteur, qui f

it
tomber une pomme d’un

rbre vers le sol, n’est p

s limitée
à
une
cert

ine dist

nce de l
 
erre, m

is que son

ction doit s’étendre
be

ucoup plus loin, même jusqu’
à
l

lune (…).
E
n f

is

nt des c

lculs, il

prouvé que l

chute de l

pomme et le mouvement circul

ire de l

lune

utour de l
 
erre sont c

usés p

r l

même force : l

gr

vité.

16

sur le t

s, p

r

pproxim

tions successives, et surtout sous forme
d’une l

ngue strictement or

le et non normée
à
leurs yeux.
A
ussi
son us

ge est-il m

rqué p

r le souci d’effic

cité et d’économie
d’effort, ce qui finit p

r réduire cette l

ngue
à
n’être qu’un
instrument de communic

tion.

ien d’étonn

nt

lors que les
énoncés produits s’éc

rtent du fr



is dit de référence.

1-2.
C
e que les hommes recherchent, ce n’est
pas

pécialement telle ou telle conduite
langagière…
D
epuis les dernières guerres civiles de l

décennie 1990 qui
ont secoué le
C
ongo – p

rce que le ling

l

6
est perçu comme l

l

ngue des ressortiss

nts du

ord, le munukutub

ou kitub

7
comme l

l

ngue des ressortiss

nts du

ud – le fr



is, ne
conn

iss

nt plus de frontière, est devenu l

l

ngue refuge des
C
ongol

is pour ne p

s tr

hir leurs origines géogr

phiques et
ethniques.
A
ussi, f

ce

ux violences exercées p

r les milices
à
l’encontre des ethnies

dverses, les
C
ongol

is se sont réfugiés d

ns
les fiefs respectifs de leur groupe ethnique certes, m

is

ussi d

ns
un cert

in type de comportement l

ng

gier qu’il convient
d’

n

lyser et de comprendre.
C
e qui

donné lieu, entre 1993 et
1999,
à
un vérit

ble ch

ssé-croisé de réfugiés entre les qu

rtiers
sud et les qu

rtiers nord de l

c

pit

le congol

ise, les

ris
rejoign

nt
B

congo

ppelé

ussi

r

jevo, les

ibolek
rejoign

nt

filou surnommé
B
eyrouth, pour ne plus subir les ex

ctions des
C
obr

s, troupes

rmées

dverses et v

inqueurs de l

dernière
guerre civile.
D
epuis lors, les
B
r

zz

villois ont pris l’h

bitude de

6

ngue du fleuve et des éch

nges commerci

ux, le ling

l

est surtout p

rlé d

ns
le

ord du
C
ongo et
à
B
r

zz

ville où ses locuteurs h

bitent princip

lement les
qu

rtiers nord (

oto-poto,

oung

li,

uenzé,

l

ng

ï,

ik

lou).
7
C
ompréhensible p

r les locuteurs

y

nt pour l

ngue m

ternelle une des v

riétés
di

lect

les koongo, le munukutub

est p

rlé le long du chemin de fer reli

nt
B
r

zz

ville
à 
ointe-

oire.
C
’est l

l

ngue véhicul

ire du

ud du p

ys, not

mment
à 
ointe-

oire l

c

pit

le économique.

l

comme limite nord,
B
r

zz

ville où ses
locuteurs occupent les qu

rtiers sud (
D
i

t

,

filou-

out

b

l

,

B

se,

piss

,

kélékélé,
B

congo).

17

limiter les dépl

cements interqu

rtiers, ou

lors qu

nd ils sont
obligés de les f

ire – p

rce qu’ils s

vent qu’un individu qui ne
pr

tique p

s l

l

ngue d’une ethnie donnée est tout de suite
identifié comme étr

nger et est repoussé p

r les membres de
l’ethnie considérée –, ils se g

rdent bien de tr

hir leur origine
ethnique
8
– entendue comme groupement hum

in homogène d

ns
l

culture, l

l

ngue,
etc.
– ou géogr

phique en

y

nt recours

u
fr



is plutôt qu’

ux l

ngues loc

les congol

ises.
«
C
’est que,
observe justement
D
ominique

goïe-

g

ll

(1999),
l’ethnie est,
p

r n

ture, quête perm

nente du sein m

ternel, recherche

nxieuse d’intégrité et d’intimité qui pousse

u repli de soi sur soi,
et engendre l

phobie de l’

utre comme

utre, et donc d

ngereux.

’ethnie sur ces b

ses opère une division dichotomique du monde
entre les bons (nous) et les méch

nts, les

utres qu’il f

ut pour
notre survie fuir ou comb

ttre. «



utre, s’il n’est p

s moi, je
veux, ou bien qu’il le devienne, ou bien qu’il disp

r

isse ».

promesse d’enrichissement que représente l’

utre différent n’est
p

s ce que nous s

isissons d’

bord, f

ce à lui.
E
t l’

ltérité et l

différence brut

lement pl

cées f

ce à f

ce dev

nt une

utre

ltérité et une

utre différence, loin de s’

juster en une heureuse et
bénéfique complément

rité, produisent du désordre, si n’intervient
quelque principe de régul

tion qui les intègre

u sein d’une

lli

nce productrice d’ordre.

l

die ou péché, peu importe.

’import

nt c’est de s

voir ce qu’on en f

it, comme dit le
philosophe.

our n’

voir p

s voulu s

voir ce qu’il f

ll

it en f

ire,
et comment le f

ire, le
C
ongo-
B
r

zz

ville est depuis les
éch

uffourées de 1959 jusqu’à l

tr

gédie d’

ujourd’hui, le
thé
â
tre désolé où, c

mpés ch

cun sur leurs positions et sép

rés
p

r un fossé de h

ine et de s

ng régulièrement él

rgi et

rrosé
s’

ffrontent les p

rticul

rismes culturels dont il est f

it. »
C
ertes une ethnie se différencie des

utres ethnies p

r son
mode de vie, le type d’économie, que p

r l

« religion », m

is il
reste que l

l

ngue est l’un des plus nets instruments et des plus

8

n voit une complicité profonde entre le rejet de l’étr

nger sur l

b

se de l’ethnie et
le jeu des mots sur l

notion même d’ethnie péjorée p

r le locuteur congol

is :
ethnis

tion, ethniser, ethnodémocr

tie, ethno-région

l, ethno-région

liste.

oir

ussi
les jeux de mots
à
p

rtir de ce qui fonctionne ici comme un synonyme de « ethnie »,
l

« tribu » :
trib

l, trib

lis

tion, trib

liser, trib

lisme, trib

liste, tribodémocr

tie,
tribu-cl

sse, tribucr

tie.

oir ch

pitre 3.

18

spect

cul

ires signes de l’ethnicité.

l

ngue nous importe
tellement, elle nous touche si profondément qu’il f

udr

it

voir
perdu tout sentiment pour demeurer indifférent
à
ce qui
concerne s



lité.

l

ngue fr



ise, devenue intégr

lement
m

rch

ndise, devient l

m

rch

ndise vedette de l’esp

ce
communic

tionnel congol

is.
E
lle est

cquise et pr

tiquée p

r
les
C
ongol

is spont

nément d

ns les multiples expériences
suscitées p

r le cont

ct

vec leur environnement immédi

t,
selon des r

pports sensibles tout

ussi immédi

ts.
C

r le but
visé est cl

ir et toujours le même : p

rvenir
à
l’existence du
locuteur.
C
e qui implique justement l

prise en compte du vécu
existentiel qui plonge ses r

cines d

ns le plus intime de
l’expérience subjective et sociologique.
C
e que les hommes
recherchent ce n’est p

s spéci

lement telle ou telle conduite
l

ng

gière, m

is ce en vue de quoi ils ont telle ou telle conduite
l

ng

gière.
B
ien plus, on voit ici comment le l

ng

ge lui-même
devient le vecteur d’une idéologie, comment il construit un
cert

in nombre de représent

tions idéologiques qui s’imposent
à
une commun

uté linguistique comme ét

nt l

vérité sur
cert

ines choses (discours coloni

listes ou de type

nticoloni

liste, discours officiel ou de type contest

t

ire,
etc.
).

l ser

it désorm

is intéress

nt de voir comment ce type de
discours peut créer de m

nière perform

tive l

définition de ce
dont il p

rle, et comment il peut p

rfois réussir
à
l’imposer d

ns
l



lité, d

ns l

construction de normes de perception.
A
insi – le st

tut officiel et les

v

nt

ges de toutes n

tures
liés
à
l

conn

iss

nce du fr



is ét

nt

ut

nt de f

cteurs qui
f

vorisent son exp

nsion –, il

ssure désorm

is son

venir

ux
côté des l

ngues endogènes.

i

ssoumou

. (2001 : 73-78)
donne une indic

tion sur le nombre de locuteurs et l

vit

lité de
cette l

ngue en

ffirm

nt que 88% des
B
r

zz

villois de plus de
15

ns décl

rent

voir une expression

isée
à
l’écrit en fr



is,
cette donnée reste prob

blement en deç
à
de l



lité qu

nt
à
l’us

ge proprement dit de cette l

ngue, puisque l’étude ne tient
compte que de ceux qui écrivent le fr



is.

ont donc éc

rtés
ceux qui comprennent, p

rlent, lisent – ceux qui pr

tiquent
seulement or

lement – cette l

ngue, s

ns pouvoir l’écrire.

es
fonctions du fr



is

u
C
ongo débordent celles qui lui ét

ient

ssignées j

dis – école,

dministr

tion,
etc.
– pour

ssumer celles

19

qui ét

ient réservées

ux l

ngues endogènes (f

mille, m

rché,
etc.
).
A
ussi pouvons-nous const

ter

ujourd’hui que be

ucoup de
C
ongol

is commencent
à 
ssimiler le fr



is non p

s p

r l’étude
de l’

lph

bet, l

lecture et l’écriture, l

construction consciente et
intentionnelle d’une phr

se, l

définition et l

signific

tion d’un
mot, l’étude de l

gr

mm

ire,
etc.
, m

is de m

nière inconsciente et
non intentionnelle.

e développement du fr



is

u
C
ongo et en
A
frique fr

ncophone se f

it donc de plus en plus de b

s en h

ut, ce
qui n’est p

s le c

s du développement de l

l

ngue étr

ngère qui
s’opère de h

ut en b

s
9
.
D
e ce point de vue – p

rce qu’

ucune
l

ngue n’est étr

ngère en soi, p

rce que ce n’est que d’un point de
vue existentiel qu’une l

ngue peut être dite étr

ngère – le fr



is
n’est plus, sociologiquement p

rl

nt, l

ngue étr

ngère en
A
frique
fr

ncophone.
A
rticul

nt des p

r

mètres

ussi bien individuels que
sociologiques donc, il se tr

nsmet

ux individus d

ns le processus
d’

pprentiss

ge et de soci

lis

tion/individu

tion
10
.

l émerge de
l’inter

ction même des individus dont l

dyn

mique constitue
concrètement l



lité soci

le, son

cquisition s’effectu

nt d

ns un
mouvement qui v

de l’extérieur du sujet vers l’intérieur, l

conscience en t

nt que conn

iss

nce qu’

le sujet p

rl

nt de ses
pensées, de ses sentiments, de ses

ctes, de s

conduite l

ng

gière,
et de son r

pport
à
l’objet l

ng

gier d

ns un univers soci

l donné.
C
’est l



lité soci

le qui détermine le comportement l

ng

gier du
sujet p

rl

nt.

écessité soci

le, p

rce que point de cont

ct entre
les êtres, r

pport
à
l’

utre, expérience du monde d

ns lequel on vit,
le comportement l

ng

gier, en effet, ne se meut p

s d

ns une
fiction que l’être p

rl

nt se construir

it, m

is bien d

ns l

vie réelle


vec ses règles et ses obst

cles – d

ns l

quelle il trouve s

r

ison
d’être et son

ccomplissement.
C
’est d

ns l

vie réelle – l

vie de
ch

que jour – que le sujet p

rl

nt cherche
à
p

rvenir
à
l

communic

tion,
à
l

connivence,
à
l

communion

vec

utrui, en
même temps qu’il court le risque d’une rupture, d’une exclusion,
d’une excommunic

tion.
11

9

e sujet p

rl

nt

ssimile
à
l’école une l

ngue étr

ngère tout

utrement qu’il
n’

pprend s

l

ngue m

ternelle.

n peut dire que cette

ssimil

tion prend de plus
en plus –

ujourd’hui – une voie directement opposée
à
celle qu’emprunte le
développement du fr



is

u
C
ongo.
10

oir p

r exemple l’

rticle «
G
r

nd

i

ri », ch

pitre 3.
11

oir ch

pitre 4.

20

C
hapitre 2
Une langue qui s’ouvre à l’espace
et qui se laisse pénétrer par lui

C
h

cun s

it que toute l

ngue viv

nte ch

nge
à
tout moment, et
non seulement p

rce qu’il s’y crée en perm

nence des formes
nouvelles pour des objets nouve

ux ou des notions récentes, m

is

ussi p

rce que l

l

ngue elle-même est une org

nis

tion
d’éléments dépend

nts et solid

ires entre eux qui lui donnent s

forme, s

cohérence.

end

nt longtemps, on

cru qu’
à
p

rtir du
moment où c’est
à
p

rtir de

ris que s’est diffusé le fr



is, il
f

ll

it p

r conséquent p

rler cette l

ngue – p

rtout – comme on
l’enseigne, comme elle est supposée être p

rlée
à 
ris, comme on
l

rêve.

n

longtemps cru qu’elle dev

it être consensuelle et
uniforme

ux qu

tre coins du monde.

is cette l

ngue, d

ns s

pr

tique quotidienne – en
F
r

nce ou

illeurs – est loin de conn

ître
l’uniformité.
E
lle bouge, elle évolue, elle diverge const

mment et
inévit

blement

vec les individus, les univers soci

ux, et les
circonst

nces qui

ccomp

gnent s

pr

tique, t

nt il est vr

i que ses
formes sont influencées p

r les h

bitudes loc

les.
C
’est l
à
qu’il
convient, d

ns les termes d’
A
ndré

rtinet d

ns

lter

. (1998 :
9), de r

ppeler qu’une l

ngue est, tout ensemble, le support de l

pensée – une f

çon d’ordonner s

représent

tion du monde – et un
instrument de communic

tion qui permet

ux gens de s’entendre.

elon son éduc

tion, selon ses goûts, ch

cun mettr

l’

ccent sur l

priorité de l’une ou l’

utre de ces fonctions.

réflexion d’
A
ndré

rtinet est intéress

nte en ce qu’elle incite
à 
pporter une

ttention toute p

rticulière

ux us

ges de ch

que l

ngue viv

nte
d

ns son c

dre géogr

phique.
à
où elle prend son essor et où elle
puise son dyn

misme.
à
où elle se déforme et se forme, riche des
us

ges linguistiques loc

ux et de l

rencontre d’

utres ré

lités.

21

2-1. Le français dit de « référence »
impose-t-il toujours – partout – sa loi ?

e p

rcours proposé d

ns cet ouvr

ge permet de nu

ncer
très nettement l’idée l

rgement rép

ndue selon l

quelle c’est le
fr



is dit de référence, le fr



is tel qu’il est supposé être
p

rlé p

r le locuteur n

tif, le fr



is enseigné qui impose
toujours – p

rtout – s

loi.
B
ien

u contr

ire, il montre que les
c

r

ctéristiques du fr



is ici ou l
à
sont le produit de l’histoire
des peuples qui le p

rlent (voir ch

p. 4).

es c

r

ctéristiques
sont une histoire fortement

ssujettie
à
l

géogr

phie.

ci ou l
à
,
en effet, l’objet l

ng

gier est imprégné de l

culture, des
symboles, des p

ys

ges et des odeurs du lieu de son utilis

tion
et de son

ppropri

tion, t

nt il est vr

i qu’il f

it

lors
l’expérience d’

pp

rtenir

u lieu, de vivre selon ses rythmes,
d’

voir pour destinée s

destinée, forcé qu’il est d’être
à
l’im

ge
même du lieu h

bité et d’exister

utrement qu’
à
l

surf

ce des
choses.
C
’est
ici,
donc, est comme l’

rtère qui distribue le s

ng
d

ns le corps du l

ng

ge et qui r

mène p

r conséquent l

vie
d

ns ses tissus.
E
n vérité, l

l

ngue nous pl

ce dev

nt un
p

r

doxe.
D
’une p

rt, l

l

ngue réfère – p

r del
à
les lieux, si
repér

bles soient-ils –

u « l

ng

ge universel ».

es différentes
m

nifest

tions n’ont

lors rien de purement circonst

nciel.

r
del
à
ses m

nifest

tions, mieux
à
tr

vers leur multiplicité et leur
diversité, une même dimension de l’expérience de l’homme –
sorte de toile de fond – se réitère

vec insist

nce.
D


utre p

rt,
l

l

ngue p

rlée p

r une commun

uté donnée – écl

tée, toujours
d

ns un questionnement p

ssionné du lieu – porte en elle de l

géogr

phie, où un enjeu ontologique vient se signifier.
E
n cel

,
elle n’est j

m

is qu’un fr

gment du réel env

hi p

r l

luminosité du « lieu t

ngible ».

l

ngue

pp

r

it

lors
à
l

fois
comme ce que nous

vons de plus propre, de plus singulier, de
plus c

r

ctéristique et de plus commun, de plus commun

ut

ire,
de plus universel.
D
’où ce v

-et-vient fertile entre le « l

ng

ge
universel » et l

l

ngue p

rlée p

r une commun

uté donnée.

22


ous le disons « lieu t

ngible », ce lieu
12
– cet univers, cet
esp

ce –, pour l

r

ison qu’il inc

rne

ux yeux du sujet p

rl

nt
l

« ré

lité », celle qu’il conn

ît, celle qui le surprend et le
ch

rme, l’émeut, le c

ptive, l’enthousi

sme
à
tel point qu’il l

croit don perm

nent.
C
’est ce « lieu t

ngible » qui devient corps
du l

ng

ge.
E
t cette perception s’exprime p

r des mots – p

rce
qu’ils p

rlent – toujours prêts
à
en rendre toute l’

mpleur,
comme celle que le locuteur congol

is envis

ge lorsqu’il p

rle –
une telle cré

tivité ne se révéler

it-elle p

s comme une
célébr

tion de l

l

ngue et une

dor

tion de l

force du
signifié ? – d’
ethnodémocr

tie,
de
guerrocr

tie,
de
c

méléon
politique,
de
mbébisme, etc.
(voir ch

p. 3 et 4).

rce qu’elle
veut s

isir le réel, très vite l

l

ngue monte les éch

f

ud

ges de
l

construction, elle ch

rge son b
â
ti p

rce qu’elle ne peut – pour

morcer l

vérité d

ns le réel, pour remédier
à
l

crise même du
l

ng

ge – s’h

bituer
à
des tr

v

ux monotones.

our m

nifester
s

profondeur sp

ti

le – cette connexion f

milière et

ffectivement très étroite

vec le « lieu t

ngible » –, elle

llège
son l

ng

ge de s

surch

rge de termes « inutiles »

u profit de
ceux qui ne ser

ient p

s ici vides de subst

nce
13
.

l

ngue se
tr

nsforme continuellement tout en s’ouvr

nt

u lieu qui
ch

nge, et
à
l’im

gin

tion.
E
lle se ch

rge d’énergie qu

nd elle
ne contr

rie point l

libre expression de l

pensée vouée
à
l’événement de l’immédi

t, qu

nd elle s’ouvre
à
l’esp

ce et
qu’elle se l

isse pénétrer p

r lui, qu

nd elle donne l

p

role
à
l

terre, qu

nd elle entre d

ns l

terre, qu

nd elle devient elle-
même cette terre pour être

ppréciée comme telle, qu

nd elle
remue les mots et même en invente
14
, qu

nd les mots ne sont
point privés du mouvement qui compose le sens, p

rce que,
quel qu’il soit, un énoncé se produit et se comprend toujours sur

12
D
u l

tin
locus,

une v

leur géogr

phique qui entretient des rel

tions

vec
d’

utres lieux.

l se différencie

lors de l’esp

ce en ce qu’il est unique et peut
donc se définir comme une p

rtie de l’esp

ce réel.
C
f.

e
D
ictionn

ire
étymologique de l

l

ngue fr



ise,
1938,
É
d.

rousse.
13

oir p

r exemple :
milit

ro-f

sciste, mili-tueur, ch

mp

gné, politic

illerie,
politic

rdiose, politique biph

sique, homme du 5 février, kilikiliser, etc.
14

oir p

r exemple :
démocr

chie, démocr

ticide […], ethniser, ethnodémocr

tie,
ethno-région

l, ethno-région

liste […], guerrocr

tie, guerrologie […],
politic

illerie, politic

rdiose […], etc.,
ch

p. 3.

23

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