La langue soninké

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Publié le : dimanche 1 janvier 1995
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EAN13 : 9782296303379
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LA LANGUE SONINKÉE Morphosyntaxe et sens

Du même auteur: Chants traditionnels du pays soninké, L'Harmattan, 1991 (prix Robert De1avignette) . Notules de rêves pour une symphonie amoureuse, 1994, Éditions Nouvelles du Sud.

Ousmane Moussa DIAGANA

LA LANGUE SONINKÉE Morphosyntaxe et sens
à travers le parler de Kaédi (Mauritanie)

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de L'École Polytechnique 75005 Palis

1995 ISBN: 2-7384-3290-5

@ L'Harmattan,

parents, ~ la mémoire de mes Daouda Anthioumana, A mes fils Moussa et À mon frère ,Dieydi pour ses travaux de pionnier et pour le souvenir formateur que j'ai gardé de lui lorsque, à l'âge de neuf-dix ans, je l'accompagnais, tout fier de porter son magnétophone, dans les familles du vieux quartier de Gattaga, lors de ses enquêtes sur la

langue et la culture soninkées,
" A tous ceux qui ont contribué à ma formation.

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Remerciements
Cet ouvrage est la version légèrement remaniée de ma thèse de doctorat d'État ès-Lettres soutenue en décembre 1984 à l'Université Paris V (René Descartes Sorbonne) sous le titre: Le parler Sonlké de Kaédi - Mauritanie, Syntaxe et sens. Mes remerciements s'adressent à la regrettée Denise François-Geiger - Paix à son âme - qui avait dirigé ce travail avec efficacité et rigueur; aux autres membres du jury, Claude Hagège, Suzanne Platiel, Denis Creissels et Frédéric François, pour leur enseignement respectif et leurs remarques jugicieuses; à Mahamadou Maréga, mon interlocuteur principal, pour sa disponibilité et sa collaboration active; à mon frère M'Bou Diagana, pour les encouragements qu'il n'a cessé de me prodiguer tout au long de mes études ainsi que pour les déplacements qu'il m'a permis d'effectuer pour continuer mes recherches; à ma femme Manthita Tandia, pour son affection profonde et son attention constante. Sans ses incitations incessantes, ce travail serait resté lettre morte, sous sa forme de thèse, dans le silence de l'oubli; à mon cousin Djimé Diagana, pour son fidèle apport matériel; à mon ami Ahmed Touderti, pour ses conseils précieux et son hospitalité; à tous ceux qui m'ont aidé et plus particulièrement à Anne BehaghelDindorf.

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ABREVIA nONS déf. = défini préd. =prédicatif indo = indéfini post =postposition sub. = subordinatif E = emphatique na n = infinitif intransitif na + = infinitif transitif > dérivé de ar. = arabe pul. = pulaar sn = soninké non acc. = non accompli FnFI =fonne non fonctionnellement indépendante NA = complétant NE = complété s.b. = schème de base AV = complétant verbal EN = complété nominal Num. = numéral DE = détenniné DA = déterminant qE = qualifié qA = qualifiant log. = logophorique dém. = démonstratif p.d.m. = particule dicto-modale Notation des éléments phoniques Se reporter au rappel phonologique dans l'introduction générale pour identifier les caractérisations phoniques du système, néanmoins nous signalons les faits suivants: les voyelles nasales sont affectées d'un tilde sous-écrit: ex. kàbé "la dent" gljb6 "le boeuf' etc. . les voyelles longues sont notées au moyen de redoublement des voyelles fondamentales: ex. gaarè "le fil" sfinè "l'année", "la biche"
ff. opt. = optatif loco locatif I = indice temporel réf. = réflexif reI. relatif int. interrogatif vs. = versus info = infinitif der! = dérivatif BN base nominale BV = base verbale SS structure syntagmatique nég. = négation VS = versant syntagmatique VL = versant lexicalisé p = prédicatif (seulement dans les schèmes d'énoncés) N = nominal LV = lexème verbal

=

= =

=français

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o = objet
C = circonstant P = prédi cat A = adjectif EN = énoncé nominal EV = énoncé verbal tot. = totalisateur P = énoncé non marqué P' = énoncé marqué

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tùuré "l'éléphant" - les consonnes géminées sont notées au moyen du redoublement de la consonne fondamentale: ex. t àmmé "la lance" kil t t è "le reste" etc. -les tons sont notés au moyen des diacritiques suivants sur les voyelles (V) : I

V= ton bas: le dè de yidè V = ton moyen: 'b a rama "une marmite"(sans diacritique sur la voyelle) - l'accent principal est noté au moyen d'une barre sur la syllabe: 'barama - l'accent secondaire au moyen de deux barres 'sital"le "une bouilloire"
Sons ne relevant pas du système

V = ton haut: yidè "la hache"

~ (ar.) 1 (ar.)
~ (ar.)

= sifflante

emphatique

= pharyngale

= laryngale

s z
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= chuintante sourde = " sonore
(ar.)

=dentale emphatique
= interdentale.

e (ar.)

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INTRODUCTION

GÉNÉRALE

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~J

La présente introduction s'inspire largement du développement détaillé qui a servi à introduire notre thèse de 3è cycle (O. M. DIAGANA, 1980). Aussi, nous aurons tendance à insister davantage sur certains aspects de ce précédent travail qui prennent un relief tout particulier dans la problématique actuelle de notre sujet axée sur syntaxe et sens, sans nous départir de certaines considérations générales nécessaires à la compréhension du cadre ambiant dan lequel les Soninkés vivent. C'est dire que notre démarche s'explique, en somme, par la mise en oeuvre d'une procédure au rebours des présentations traditionnelles qui n'établissent pas de liens avec l'analyse linguistique proprement dite. Nous entendons privilégier l'examen des affinités entre syntaxe et environnement socio-culturel au sein de l'analyse; ce qui nous permettra: de pallier l'absence des liens, précédemment évoquée; et de nuancer les rapports faits de langue/faits de culture de société en termes d'affinités et non de covariance (cf MARCELLESIet GARDIN, 1974, pp. 223-226). Nous procéderons ensuite al.! rappel des principaux traits phonologiques et morphologiques de la langue pour aboutir enfin à la caractérisation du corpus qui a servi de base à notre description. Les Soninkés forment une communauté dont l'histoire remonte au Ghana des chroniqueurs arabes et au Wagadou de la tradition orale dispml! selon le mythe à cause de la passion amoureuse qui poussa Maamadi Sefedunxoté à tuer le Bfidà (serpent python), génie protecteur des Soninkés, pour préserver sa fiancée Siya du sacrifice annuel. Ce meurtre serait la cause de leur dispersion et expliquerait, symboliquement aujourd'hui, au-delà des conditions objectives, leur émigration à travers certaines métropoles d'Afrique et d'Europe, voire d'Asie. D'après la tradition la septième tête du Bfidà qui était aussi blanche que le clair de lune avait proféré la parole fatidique selon laquelle pendant sept mauvaises années et sept mauvais jours les Soninkés seraient condamnés à l'errance et que le ciel de Wagadou ne ferait plus pleuvoir de l'or. À ce mythe non dénué au reste de considérations historiques, s'opposent les recherches scientifiques qui attribuent la dislocation de l'Empire soninké en 1073 à différentes causes dont notamment le phénomène almoravide et les contradictions internes. Aujourd'hui ils vivent principalement dans les pays suivants de l'Afrique Occidentale: Mali, Mauritanie, Sénégal, Gambie mais aussi la Haute Volta (ou Burkina Faso), la Guinée et leur nombre s'élèverait à un million de locuteurs (cf cartes). Selon les ethnies avec lesquelles ils cohabitent, ils sont désignés différemment: Marka par les Bambara, Sm'akollais par les

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Pulaar et Wolof, Wakore par les Songhay, Guenguer par les Maures pour ne citer que les appellations les plus répandues (cf thèse de 3è cycle). Ces dénominations sont autant de lectures de leur histoire, de leur personnalité et de leur mode d'insertion dans d'autres milieux par leurs voisins. Précisons cependant qu'entre eux, ils n'utilisent que l'appellation soninkée de façon générale. Leur société se stmcture selon la hiérarchie suivante: les hÔorà (les nobles ou hommes libres), répartis entre détenteurs de la chefferie (pouvoir), marabouts (moodinu) et familles exclues du pouvoir politique et religieux; les iiàxàmalà ou les castés divisés en tàgo "les forgerons" (tàgà-n-xullù "forgerons blancs" orfèvres, bijoutiers et tàgà-n-blnnù "forgerons noirs" = ceux qui travaillent le fer), les jàaru et gèsèru "les griots" (mais de fonctions différentes) et les ga'rqkà "les coordonniers"; enfin les esclaves ou kàmÔ divisés eux-mêmes en des groupes de conditions différentes. La complexité de cette stmcture générale varie selon les régions. Notons en revanche qu'en dépit de ces groupements spécialisés et de cette hiérarchie intangible, l'agriculture et le commerce demeurent les activités principales des Soninkés et leur source de revenu essentiel. Ce sont les seuls dénominateurs susceptibles d'être communs entre les différentes strates de l'organisation sociale quoique le système foncier pour ne prendre que cet exemple ne soit pas fondé sur une répartition égale des terres. Il importe de signaler la division du travail entre hommes et femmes, division qui reste tributaire, de l'organisation sociale. C'est ainsi qu'à Kaédi I les femmes hoorà2 pratiquent surtout la teinture et tirent substance du commerce des pagnes et des boubous teints; les femmes iiàxàmalà et kàmo outre les cadeaux dont elles peuvent bénéficier des services rendus à leurs alliés ou maîtres dans les manifestations diverses de la vie de la communauté, se livrent à de nombreux travaux: poterie, coiffure et excision pour les forgerons; coiffure, tatouage pour les femmes des cordonniers; travaux agricoles pour les femmes kàmo etc. Cette esquisse générale gagnerait à être approfondie dans le sens de la complexité des rapports socio-économiques au regard de l'évolution actuelle de
I

KAÉDI (quartier Gattaga) constitue le lieu de l'enquête. C'est une ville située au sud de la

Mauritanie, au bord du fleuve Sénégal. Elle comprend 22.000 habitants dont environ 4 à 6000 Soninkés impliqués dans une situation de bilinguisme généralisé. Ils parlent tous pulaar à des degrés différents. Ils cohabitent avec les Haalpulaar non soninkaphones qui sont en majorité
(les 2/3 de la population), mais aussi avec les maures (haratines surtout

= esclaves

maures

affranchis) dont le nombre s'agrandit en raison de la paupérisation des campagnes. 2 Autrefois certaines femmes hOoropossédaient des champs d'arachide, de gombo, d'indigo et de coton. L'abandon de ces cultures féminines (surtout les deux dernières) est liée probablement à l'introduction des produits importés. Au Gadiaga, par contre, les cultures féminines (riz, indigo, coton, légumes) semblent concerner toutes les composantes sociales mais selon des modes d'organisation distincts (cf bibliographie: M. CHASTANET, "cultures et outils agricoles en pays soninké"). 16

la situation et des nombreux changements qui sont intervenus dans la société (politiques étatiques, scolarisation, montée de l'islam,condamnation de l'esclavage, émigration). Mais quoiqu'on en dise, les faits restent têtus du point de vue de l'étanchéité de l'organisation sociale et de ses corollaires matrimoniaux (nous y reviendrons). À cela s'ajoute la famille qui est organisée en structure patrilinéaire et virilocale. Aussi l'endogamie reste le mode privilégié du régime matrimonial en tant que moyen de reproduction de l'organisation familiale et de la hiérarchie sociale et moyen de la recherche de la cohésion sociale. Cela veut dire que le mariage préférentiel est celui qui se fait avec la fille de l'oncle maternel quelle que soit la strate sociale. Là aussi s'érigent des barrières quant à l'union entre individus de strates différentes. La pratique de cette endogamie se relativise tant soit peu dans la mesure où un noble peut épouser une femme esclave à condition qu'elle soit affranchie mais il ne peut se marier avec une femme iiàxàmâlà en raison probablement de l'influence de l'islam. Un fait qui se rapporte exclusivement au cas de Kaédi (lieu de l'enquête linguistique) montre qu'à une certaine période historique, les anciens décidèrent d'un commun accord d'interdire le mariage de leurs filles avec les Pulaar, conséquence probable de leur importance numérique faible par rapport à ces derniers et de leur attachement à leur langue et à leur culture qui étaient menacées par les mariages inter-ethniques. Cet état de fait perdure quoiqu'une certaine tolérance, par la force des choses, soit aujourd'hui permise. En revanche, les garçons sont relativement plus libres dans leur choix. Du point de vue religieux, les Soninkés appartiennent tous à la religion musulmane mais celle-ci n'est pas coupée des cultes ancestraux dont les tenants sont surtout représentés par les castes (forgerons, cordonniers, griots) et par les esclaves voire selon certains informateurs de certaines régions par les familles guerrières. C'est dire combien la pratique de l'islam en pays soninké, comme partout ailleurs en Afrique de l'Ouest a subi une forte influence des structures traditionnelles pré-existantes et des croyances et représentations symboliques qui leur sont liées. Cela se répercutera, comme nous le verrons sur la langue sous forme de "scories" formelles, de traces souvent très discrètes ou sous forme de structuration lexicale dont la réalité synchronique questionne la période antérieure à l'avènement de l'islam. À côté de cette coexistence vécue entre la religion musulmane et les croyances ancestrales on note l'existence des confréries s'attachant toutes à l'islam mais s'opposant sur la base de l'interprétation de certains points théologiques. Les Soninkés sont tous grosso-modo membres de la confrérie tidjanya qui connut une scission à cause de la surérogatoire "Djawaharatu al kamâl(i) [zawaharatu 'laI kamaal(i)] "la perle de perfection". Il a en résulté deux voies: la voie des tidjanistes à onze grains (i.e. prononcer la surérogatoire onze fois) et la voie des tidjanistes à douze grains (i.e. prononcer la surérogatoire douze fois) ]7

Toutes les deux se trouvent à Kaédi. La première est représentée par Cheikh Hamalla considéré par tous les fidèles comme chef spirituel. Cette voie se subdivise en deux branches: - une branche restée très fidèle à l'enseignement du maître et dont le lieu de rassemblement à Kaédi est la Zaawiya (Jâawfyà); - et une branche représentée par Yaqub Sylla (Yaaxuuba Sil'la décédé en 1989) installée à Gagnoa, en Côte d'Ivoire. Ce groupe bien que se réclamant de Cheikh Hamalla se distingue du précédent par l'introduction de différentes réformes religieuses et sociales. À Kaédi le lieu de rassemblement de ses fidèles est le s'imo-n-kci (ou la maison en dur). Quant aux tidjanistes à douze grains, ils sont appelés par ailleurs les Omariens (d'El Hadj Omar, Chef spirituel), et ont pour lieu de prière la grande mosquée de Kaédi (ou llÙsfidè). Nous venons dans les pages à venir que certaines structures syntaxiques ne sont pas indifférentes à ce découpage religieux. Enfin au plan linguistique, leur langue, classée parmi les langues mandé3 (famille Niger-Congo selon la classification de Greenberg) connaît différents dialectes entre lesquels existe une intercompréhension quasi-totale. Ceux-ci sont réductibles à quatre selon différents traits dont le plus saillant reste le trait phonique. Ainsi on distingue entre dialectes déterminés par

1. l'utilisation du [fJ qui ne subit aucune modification au contact d'une nasale.
Ce trait caractérise les régions du Guidimakha CGidimaxa). 2. l'utilisation du [f] se réalisant [p] après nasale. Ce trait caractérise la région du Gadiaga (Gàjâagà). 3. l'utilisation du [h] se réalisant [p] après nasale. Ce trait concerne les régions du Djahounou (Jaa'hunu) du Guidimé 'Gidim"mé du Djombokho (JQ'boxo). 4. l'utilisation du [f] et du [h] sous forme de variantes libres (préférentiellement à l'initiale) mais se réalisant [p] après nasale dans le parler de Kaédi; parler auquel réfère la description en question. Cette instabilité (surtout remarquable à l'initiale des monèmes à la différence de la position interne) pourrait s'expliquer par deux facteurs: - le facteur migratoire qui les poussa dans la première moitié 18è siècle à quitter leurs habitats traditionnels Dyafounou (Jaa'funu), Guidimmé
3 Dans les sous-répartitions au sein des langues mandé nous constatons simplement les faits suivants : - LAVERGNEDE TRESSAN considère le soninké comme la plus ancienne des langues mandé; - DELAFOSSE le classe parmi le sous-groupe mandé-tan selon le terme qui a pour signifiant [ta] et qui signifie "dix". En soninké 'tammu (variante [t;!]). - N.E. WELMERS et R.W. LONGS le classent dans le groupe nord de la division nord-ouest. R.W. LONGS manifeste cependant ses doutes par un point d'interrogation. - J.M.C. THOMAS et Anne BEHAGHEL dans La linguistique africaniste française (1980) essaient une synthèse des différents travaux de classification en regroupant dans le groupe ouest, les sous-groupes nord et sud-ouest. 18

('Gidim"mé), l'ancien Bâlou (Baalù), Diara (Jaa'ra dans le Kingui) et probablement le Gadiaga (Gàjaagà) pour se retrouver dans un même creuset à Kaédi. Les conséquences linguistiques de cette migration auraient été un brassage de parlers et de dialectes différents qui se traduit synchroniquement par une variation libre de [f] et de [h] quoique la réalisation [h] soit dominante; - le facteur de mobilité intellectuelle qui les conduisit à Wâwoundé ('Waawundè) et à Dembankâni (D£ba-n-kaa'ni) au Sénégal, pour étudier les livres sacrés. Il en résulta une utilisation quasi-systématique de [f] dans le commentaire des textes religieux (à l'exclusion des autres traits différenciateurs des parlers, par exemple le morphème -nil-nu du pluriel) ainsi que dans la poésie religieuse; - le facteur d'emprunt aux langues en contact qui usent de [f] entre autres: pulaar, arabe, français etc. Il nous semble que les autres dialectes ne sont pas à l'abri de cette mobilité et de cet échange de circulation ou de ces contacts qui relati visent tant soit peu les discriminants sans pour autant occulter les traits dominants de chaque aire dialectale. À cette caractérisation générale des dialectes qui masque la complexité des lignes isoglossiques et les traits additifs de morphologie, de lexique et de syntaxe susceptibles de la nuancer, il importe de souligner que le soninké, dans son histoire, a connu deux types d'évolution liés à des phénomènes de contact. Une évolution en profondeur se traduisant par l'existence d'un phénomène de mélange avec le zénaga (langue berbère de Mauritanie). Cela a engendré une langue soninkée berbérisée aux plans morphologique et phonique et accessoirement lexical. Cette langue appelée azer servait d'outil d'intercommunication entre les tribus et de véhicule du commerce. EUe a quasiment disparu aujourd'hui,son usage reste confiné exclusivement d'après certains témoignages dans le cadre familial à Tichitt. Ses liens avec le girganké encore parlé au nord du Mali suscitent bien des interrogations. C'est dans ce même ordre de problématique historique qu'il conviendrait de citer le bozo et le marka dafing qui posent d'énormes problèmes du point de vue de leur constitution par rapport au soninké et la réduction des fonctions de celui-ci en une fonction épico-lyrique résiduelle (les gèsèru du Niger chantant en soninké mais ne le parlant plus) et en une fonction sacrée dans certaines régions de la Gambie (Koutin et Birkama4), de la Casamance (Djinany)4, de la Guinée (à Niokolokoba)5 où selon nos informateurs, le marabout traduit d'abord le texte religieux en soninké avant de le faire dans la
4 Témoignages fournis par Mamadou GUASSAMA, étudiant préparant un doctorat de 3è cycle à Paris V (au moment de la rédaction de ce travail sous sa forme de thèse), originaire du Sénégal. 5 BATHILY Ibrahima Diaman, "Notices socio-historiques sur l'ancien royaume soninké du Gadiaga "in Bulletin del'l.F.A.N, t. XXXI, série B, na 1, présentées, annotées et publiées par Abdoulaye BATHILY, p. 49. 19

langue locale. Cela témoigne d'une part, du rôle important de diffuseurs de l'islam qu'ils ont joué dans toute l'Afrique de l'Ouest aidés par leur propension au commerce; ce qui leur valut le titre de mànlnkà-m6d, d'autre part de la pelte de leur identité linguistique dans un processus déterminé probablement par leur faiblesse numérique. Une évolution sous forme d'emprunts: celle-ci est motivée par diverses déterminations: économique, sociale, religieuse, politique, etc et concerne les différentes langues avec lesquelles le soninké a été en contact: contact soit direct, soit indirect. Pour nous en tenir à la localité qui nous concerne (Kaédi), nous noterons le pulaar, l'arabe (coranique), le français. Quant au wolof6 et le hassanya, ils ont fait l'objet d'emprunts moins nombreux. Ces différentes langues impliquent des domaines sémantiques d'emprunt propres à chacune d'elle dont l'explication réside dans le type de relation historique entretenu. Elles constituent en plus du zénaga (berbère) dont on connaJ't peu de choses, les termes d'une compétition symbolique qui caractérise la situation sociolinguistique au niveau national. Rappel phono logique Il consistera à la présentation du système des phonèmes, prosodique (tonalité et accentuation) et de la structure syllabique.

du système

Système des phonèmes Le système des phonèmes du soninké, tel qu'il ressort de notre thèse de 3è cycle repose sur un ensemble de sous-systèmes: - sous-système des consonnes (fondamentales et géminées); - sous-système des voyelles (voyelles orales: brèves et longues et voyelles nasales).
1. SOUS-SYSTÈME DES CONSONNES FONDAMENTALES

bilabiales dentales palatales vélaires uvulaires Ipl It! Iql Ici Ikl Ibl Idl Ijl Igl lm! Inl Iftl IrJl Ixl
---------------------------Isl, Ill, Ir l, Ihl

6 L'emprunt au wolof s'élargit ces demières années dans deux domaines: rareté du poisson d'eau douce) et le domaine culturel

domaine alimentaire (plats, noms de poissons de mer consommés de plus en plus, suite au tarissement du neuve :=
(types de danse, mode vestimentaire).

20

Note: [wJ et [yJ sont les variantes de lu! et de Iii car elles ne s'opposent dans aucun contexte, mais leur réalisation est consonantique. Nous avons même relevé trois occurrences dans lesquelles, [yJ est géminée et indique une tendance à la phonologisation : xiyyè "le cerf", kàyyê "le cahier" (emprunt), kiyyè "le melon" opposables à xéyè "l'héritage", et kàyé "le cai1cédrat" et kiyé "le soleil". Quant à [wJ, rien de semblable n'a été noté. Dans la présentation des exemples, cependant, nous les noterons.

Les consonnes phono logiquement géminées: leur rendement fonctionnel est très faible, il s'agit des: bilabiales dentales palatales vélaires It t/ Ikkl Ibbl Innl Imm/ I j jl Ig91 1111 Innl II) 1)1
Innl, lfifil, l!JfJ/, sont le résultat d'une transphonologisation. Des raisons de commodité d'analyse expliquent également la présence de Iql dans le système des consonnes fondamentales sinon il est tout à fait possible de soutenir son statut phonologique géminée en le notant Ixx/. Compte tenu de notre transcription à la limite du phonologique et du phonétique, voire du morphologique, nous avons maintenu, à l'instar de [yJ et de [wJ, les réalisations géminées suivantes: [-pp-), [-dd- J, [-cc- J dans le texte. Il existe aussi des consonnes prénasalisées en soninké mais elles représentent une réalité très marginale.

Note: Imml,

2. SOUS-SYSTÈME DES VOYELLES

Il se répartit en trois types de voyelles:
a) Les voyelles orales brèves Degré d'aperture Aperture minima 2è degré d'aperture Aperture maxima b)Les voyelles longues Degré d'aperture Aperture minima 2è degré d'aperture Aperture maxima c) Les voyelles nasales Degré d'aperture Aperture minima 2è degré d'aperture Aperture maxima Antérieur 1 e Central Postérieur u 0 Antérieur Il ee Central Postérieur uu 00 Antérieur 1 e Central Postérieur u 0

a

aa

a

21

L'opposition des voyelles n'est attestée qu'en position interne. À la finale, il se produit une triple neutralisation au bénéfice unique des voyelles brèves, les archiphonèmes J, E, A, D, 0 qui en résultent ne seront pas non plus notés pour des raisons de commodité de présentation.
3. TONALITÉ ET ACCENTUATION

Le soninké est une langue qui combine tons et accent. Cette réalité complexe se traduit par l'existence de schèmes mélodico-accentuels qui en constituent les composantes pertinentes. Les tons ponctuels qui ne sont attestés que dans de I \ rares monosyllabes sont au nombre de trois: le ton haut Y, le ton bas Y et le ton moyen Y; ils n'ont pour support que la voyelle ou la nasale syllabique n. Les tons modulés ne sont pas pertinents, ils se réalisent au niveau du ton haut final des monèmes devant pause et manifestent une tendance à l'allongement de la voyelle. On les trouve aussi dans de rares monèmes grammaticaux résultant d'un figement : d6àré "là-bas", d6àké "là-bas", d60mé "ensemble"; kgdu "ainsi". Dans la suite du travail, nous opérons exclusivement avec la notion de schème quand bien même celui-ci se réduirait à un ton ponctuel (accentué ou non). Les schèmes attestés sont les suivants: H,B,M pour les monosyllabes; HB, BH, MM, HH pour les dissy1labes; HHB, HBH, BBH, BHB, MMM, HHH pour les trisy1labes. Ces schèmes ne sont pas stables; ils sont susceptibles de connaître des modifications notables selon les contextes ou les fonctions des constituants syntaxiques dans lesquels ils sont impliqués. Cela nous conduit à remarquer que le schème mélodico-accentuel jouit aussi en soninké d'une fonction qui se révélera d'une extrême importance dans notre étude qui est sa relation à la grammaire. Certains schèmes sont spécifiques au nom M(M...), d'autres au verbe HH(H) à l'exception de certaines formations nominales composées et de deux constituants: 'gdnni "le passé", yé'ru "l'année dernière". Notons enfin que certains éléments grammaticaux n'ont pas de tons propres (pronoms personnels, prédicatifs etc.). Ceux-ci sont, soit contras tifs par rappo11 au ton précédent, soit liés contextuellement à des fonctions syntaxiques. En ce qui concerne l'accent, il coïncide généralement avec la plus grande hauteur. Mais quelques précisions s'imposent. - les dissyllabes hétérotones (HB, BH) portent l'accent sur la sy1labe à ton haut. ex. sugô "la chèvre"; g61lè "le travail" goré "le hameçon"; go1lé "le mortier" - la dissyllabe homotone haute porte préférentiellement l'accent sur la première syllabe; il en est de même des trisyllabes de même nature.

o à 'kâtu

"frappe-le"

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'gannt "le passé" à 'naxata "fais-le quatre fois" - les dissyllabes homotones à schèmes moyens qui correspondent à la forme indéfinie conservent l'accent primitif attesté dans le schème hétérotone. ex. 'sugo "une chèvre" go're "un hameçon" 'golle "un travail" gol'le "un mortier" Quant aux monosyllabes à schème haut ou à schème moyen, ils portent toujours l'accent. - les trisyllabes à schème HHB est généralement accentué sur la première syllabe haute ('HHB) : 'bâramà (ar.) "la marmite" 'k6r6mè "l'écorce" 'tuniI)è "l'hyène" à l'exclusion des contextes déterminés par l'existence de 'géminées, de voyelles nasales associées à la deuxième syllabe haute. Dans ce cas, c'est cette dernière qui est généralement porteuse de l'accent. ex. xu'nlgè "le genou" ka'laI) 1Jè"la chausse-trappe" xa'rallè "le tamarin" nap'palè "le trépied" - les trisyllabes à schème HBH sont également accentuées sur la première syllabe haute: ex. 'k~bàré "la gomme arabique" 'séllI)é "le poulet, le gallinacé" 'surùmmé "la chaîne". - quant aux trisyllabes à schème BBH et BHB qui ne comportent qu'un seul ton haut; la syllabe porteuse de l'accent sera, à l'instar des dissyllabes hétérotones, la syllabe à ton haut. ex. yàxàré "la femme" xàràbé "le mors" gIribé "la louche" yiràamé "le pagne" etc. - lorsque tous les schèmes trisyllabiques se convertissent en schème moyen7 (schème de l'indéfini), ils conservent leur accent primitif. Notons cependant que
7 Notons que le schème moyen n'est pas toujours (comme nous le verrons) le résultat de la conversion d'un schème hétérotone, il existe bien des monèmes qui sont structuralement définis par le schème moyen. On y compte beaucoup de noms propres, de noms claniques ou d'autonomes: xuba'ne "demain" Gy'do "nom de personne féminine" Mal'le "nom de personne masculine" koyi'ta "nol,TIclanique" etc. 23

le schème 'HHB converti et le schème HBH converti ne se distinguent que par l'existence de l'accent secondaire supporté par la deuxième syllabe haute du schème HBH. Illustration générale: 'HHBm >. 'MMM et "M'MM (conditionnement géminées ou les voyelles nasales). 'HBHmmm>'MM"M BB'H--m-m> MM'M B'HB m> M'MM

déterminé

par les

Remarque par rapport à la notation employée Compte tenu de la coi'ncidence dans certains contextes entre ton haut et syllabe accentuée, nous nous proposons dans la suite de ce travail de faire l'économie de la notation de l'accent; à l'exclusion de tous les contextes où intervient un conditionnement ou un schème homotone (moyen ou haut). En outre, il conviendrait de souligner que les faits d'accentuation prennent une dimension non aisée à appréhender lorsqu'ils s'inscrivent dans les formations composées. C'est ainsi que nous aurons tendance à placer l'accent sur l'une des syllabes du membre hétérotone sous réserve du comportement des unités monosyllabiques ou de ce11ainscomposés adjectivaux; ex. bâr£lm£l-'kébà"le couvercle de la marmite" barama-'keba "un couvercle de marmite" bar£lm£l-'ta"'baram£l-t£lselon les informateurs "le pied de marmite" 'sappf-n-ràxé "la personne sans valeur". Notre notation des tons étant tonologique, nous ferons abstraction des réalisations modulées à l'exclusion des cas de figements précédemment cités ou des cas significatifs liés à l'évolution grammaticale. - la structure syllabique s'appuie sur une combinatoire régulière formée de la suite consonne (C), voyelle (V) = CV, le sémantème a tendance à s'actualiser canoniquement dans le type CVCV. S'y ajoutent des types moins fréquents relevant des monosyllabes CV, des trisyllabes CVCVCV voire des quadrisyllabes. Il existe tout un paradigme de formes périphériques, marginales: 1) la forme V réduite à certains personnels: 1], a, 0, i, correspondant respectivement à la 2è. personne du singulier, 3è. personne du singulier, 1ère personne du pluriel, 3è. personne du pluriel, à quelques rares termes soninkés: a/yi "non", le reste est constitué de trois noms de poisson: (w)qjÔhè, àl'luxùné, qd{isè. Elle est attestée à l'initiale de certains termes empruntés à l'arabe et au français: arabe: £laXl "le frère, le semblable" £lllà "Dieu"

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àlhâdi "dimanche" àbly6 "l'avion" àsfibù "l'acide 2) la nasale syllabique n; 3) la forme eve... résultant de l'amuïssement de certaines voyelles xlr(l)sé "le vieillard", 'xort{ "se presser", gùrdd "la souche" etc. ou d'emplois idéophoniques pouvant connaître une réalisation géminée de la dernière consonne: 'tdl(l) "idéophone d'une blancheur éclatante" 'k{r(r) "idéophone de la noirceur, 'kos(s) "idéophone de la siccité" etc. 4) la forme eev... concerne les cas de prénasalisation où la première consonne représente une nasale. La plupart de ces cas constituent des emprunts au pulaar sauf ngàràmdandè "espèce de poisson" et certains éléments grammaticaux (nta, ntaxa "expression de la négation) ou certains prénoms (MBere, MBU etc.). pulaar: ndâadà "l'épervier" ngâllà "le coup de tête" mb6nnà "variété de tourterelle" etc. français Rappel morphologique Nous le restreignons à deux faits: 1) le premier est à conditionnement phonique, il concerne les modifications consonantiques qui sont issues du contact entre la nasale homorganique ou une voyelle nasale à la suture monématique et un terme commençant par l'une des consonnes suivantes: [s], [y], [w], [r], [1], [x], [f], [hl, [ml ees réalisations sont les suivantes: n+s> [fic-] n + y - __m> [fifi-] n + w - __m> [1)1)-]
n + r - n___> [11-]

n + 1> [11-] n + x - n___> [1)q-] n + f - ---~-> [mp-] n+h> [mp-] n + m - __m> [mm -] Elles affectent aussi le contact avec un terme commençant par une voyelle (termes généralement empruntés). Dans ce contexte la nasale se réalisera, quelle que soit la voyelle ou le type, comme une nasale vélaire géminée. n + voyelle -nn>1)1) 2) Le deuxième a trait à l'amuïssement de la voyelle finale d'un terme au contact d'un pronom personnel représenté par une voyelle. La voyelle amuie sera notée entre crochets [ ].

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Au terme de ces considérations générales, il convient de procéder à une présentation succincte du corpus grâce auquel cette présente étude a pu être possible: - un corpus de textes diversifiés, recueillis au moyen de magnétophones différents, à des époques différentes. Certains ont été effectués soit directement par nous; d'autres indirectement (c'est-à-dire soit par un parent, soit par "repiquage" dans les foyers) ; - un corpus de textes oraux passés à l'écrit, il s'agit des contes, des chants épiques, des poèmes modernes etc. qui ont fait l'objet de publication; - un corpus de relevés d'énoncés spontanés consignés dans un carnet-baladeur lors de notre séjour en 1982 à Kaédi Guillet-septembre 1982) en prenant toujours soin de noter les caractéristiques sociolinguistiques des informateurs et les conditions de production des énoncés; - enfin nous notons notre propre intervention dans la production des faits moyennant toujours leur confrontation avec celle des autres. Bien que nous ayons eu recours dans notre étude de tous ces corpus variés pour rendre compte de la complexité des faits linguistiques situés à différents niveaux, nous avons néanmoins opéré avec trois types de corpus différenciés selon leur degré d'exploitation: - un corpus de base représenté par le récit de notre informateur principal Mahamadou Maréga (M.M.) relatant sa vie au nuiysi "université religieuse traditionnelle" et son voyage en France. Il s'agit du même corpus que celui que nous avons utilisé pour notre thèse de 3è cycle. Il comporte deux heures d'enregistrement, transcrites et traduites. C'est dans le cadre de ce type de corpus qu'il convient de mentionner les notes consignées dans notre carnet-baladeur et notre propre production; - un corpus de consultation plus sené constitué de plusieurs enregistrements: a) un enregistrement spontané, pris sur le vif, relatif à des sujets divers, conversation courante, dialogues:

l'arrivée d'une amie de la famille, venue de l'étranger

. . .procès traditionnel

groupes de jeunes (de 6 ans à 30 ans) = 2 h ; groupes de femmes d'âges différents (de 25 à 70 ans) à l'occasion

de

rendu par le chef du village Moussa Dieydi Diagana

= 45 mn

;

(M.D.D. décédé en 1986 à l'âge de 96 ans), enregistrement à l'insu des participants. b) un enregistrement provoqué:

.récit historique d'un lapassage de des Soninkés parsur l'héritage mm) ;Amadou .commentaire de dispersion Cheikh Khalil M.D.D. (30 par
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Bouya Diagana (A.B.D.) = 30 mm ;

rituelles (condoléances, bénédiction) par Bouya HaHma Tandia (B.H.T. décédée en 1992) = 30 mn ; histoire des Tandia racontée par Samba Halima Tandia (S.H.T. décédé en 1986) de Gory (Mauritanie) = 30 mn ; . contes, devinettes, par un groupe de jeunes dont l'âge varie entre 10 ans et 25 ans (lh30). c) Un corpus de consultation plus lâche: poèmes religieux de Al Hadji Touré écrits en caractères arabes par notre père (M.D.D.) que nous avons retranscrits; d'autres textes du même auteur, obtenus à Paris par le procédé de repiquage dans les foyers (90 mn) ; textes religieux enregistrés lors des veillées reHgieuses au Zaawiya de Kaédi, poèmes consacrés à Cheikh Hamalla (lh) ; exégèse du coran par: Foodiyé8 Bakhôré Alpha Diagana, Imam de la mosquée de Kaédi, décédé en 1990 à Kaédi (4 h), par Issa Tandjigora, originaire du Gadiaga par repiquage dans un foyer (3h), et enfin par Cheikh Bomou, originaire de Sambankânou (Djahounou) chez qui nous avons suivi de Décembre 1983 à Décembre 1984 des cours de théologie (en auditeur libre) portant sur le commentaire et la traduction des Hvres suivants en soninké : le Coran, le muwata de Ibn Maalik, les maqamaat de Hariiri, les Hadiths de Boukhâri etc. ; transcription par Fofana Doulo (ouvrier en France, ayant sui vi des cours de soninké dans le cadre de l'A.P.S. : Association pour la Promotion du Soninké) du livre de Al-Akhdari (fi al-ibaadaat) d'après le rite mâlikite (60 p.) ; chansons et poèmes profanes; chansons nuptiales et de circoncision, enregistrées à Kaédi (4h) ; chansons nuptiales et de circonstances des femmes du Djafounou et du Guidimaka repiquées dans les foyers (2h) ; chansons et poèmes militants des années 1972/1973 en Mauritanie Oh) ; poèmes des jeunes poètes soninkés (originaires de Kaédi) ; épopée soninké de Tanba Siré (cassettes et livre de O. M. Diantioko) (3 h).

. formules

.
. .

.

. . . . . . .

Nous ne saurions citer tous ceux qui nous ont fourni des informations ni les membres de tous les groupes signalés précédemment ni enfin tous les Soninkés originaires des autres aires dialectales que nous avons côtoyés dans les foyers ou dans le cadre de certains milieux formels (alphabétisation en soninké, enseignement théologique de Cheikh Bomou). Ce travail est le leur et porte dans chaque page leur empreinte. Qu'ils en soient remerciés. Nous nous contenterons seulement de présenter notre informateur principal et de décrire ses caractéristiques socia-linguistiques. Mahamadou Maréga (M.M.) est né à Kaédi en 1951, parle le soninké qui est sa première langue mais aussi le pulaar qu'il a appris en bas âge. Il a étudié l'arabe coranique, d'abord à Kaédi et ensuite à Dembankaani (Sénégal). Il
8 Titre donné à celui qui est habilité à traduire le coran Cf6odlyé).

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connaît passablement le français depuis qu'il est venu travailler en France. Il l'écrit et le lit depuis un certain temps. Il réside en ce moment à Paris où il travaille comme conducteur de taxi après avoir été ouvrier à SIMCA. Il est marié. À Kaédi, il appartient à la couche des h6oro (nobles).

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INTRODUCTION THÉORIQUE RELATIVE À LA PROBLÉMATIQUE DE L'ANALYSE
SYNT AXIQUE

Décrire la langue du point de vue de sa syntaxe nous semble une entreprise qui pose le problème de l'élucidation de ce concept par rapport à une tradition descriptive qui sacrifie à la complexité de la réalité linguistique une approche circonscrite au "noyau dur", c'est-à-dire à l'examen des fonctions syntaxiques. Cette perspective, envisagée dans le cadre qui est le nôtre - perspective structuraliste dans son développement fonctionnaliste - implique une limitation de l'analyse au "strictement linguistique", précaution méthodologique certes, garante de la scientificité de la théorie, mais aussi phobie du vertige "sémiologique" dans lequel sont pétris les faits. La contestation de la linguistique dite pure ou "linguistique du noyau dur" : phonologie, morphologie, syntaxe, a vu naître des courants divers: sociolinguistique, ethnolinguistique, analyse du discours, pragmatique etc. préoccupés entre autres par la relation langue/société. Ces courants essaient de se forger un cadre méthodologique propre à leur objet afin de se constituer en disciplines autonomes. Ceci continue d'alimenter le débat entre tenants d'une conception "moniste" de la linguistique et les tenants du "droit à la différence. Les premiers estiment que la sociolinguistique (il en est de même des autres) n'est rien d'autre que la linguistique; ce qui présuppose une conception élargie de l'étude de la langue ancrée dans le tissu de la culture, au sens ethnologique du terme. Pour les autres, la relation langue/société s'inscrit dans une problématique nouvelle et s'opère par une coupure épistémologique qui légitime un développement séparé. Il nous semble, quelle que soit l'issue de ce débat que seule la pratique tranchera, une ambiguïté demeure au niveau de la façon dont les tenants de la conception moniste envisagent cette problématiqu~. Affirmer que la sociolinguistique n'est rien d'autre que la linguistique revient à se couper d'une vision étriquée des faits de langue et à opter pour une démarche nouvelle qui reste à définir. En même temps, cela revient à se placer à un niveau de conceptualisation du langage en parfait accord avec l'orientation des disciplines nouvelles. Mais c'est dans les méthodes, dans la diversité des problèmes que celles-ci soulèvent et essaient de rendre compte que la conception moniste cesse d'être intelligible. D'où l'intérêt de spécifier la démarche linguistique par rapport à son ancrage dans l'articulation langue/société par le relais du sens. Nous ne disposons pas d'une histoire de la linguistique tentant de synthétiser les observations souvent pertinentes sur la langue et la réalité socio-culturelle que l'on trouve parsemées dans divers ouvrages, notamment les ouvrages

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philosophiques ou les traités de grammaire. Cette histoire reste à faire. Elle aurait permis de situer dans ce parcours l'avènement de cette linguistique à promouvoir. Mais en nous fondant sur des lectures disparates et plus particulièrement sur certains enseignements parmi lesquels celui de Claude HAGÈGE sur la typologie, nous croyons savoir que l'irruption des considérations pragmatiques ou logiques dans la question-langue remonte bien loin. Elle a pris des formes différentes selon les écoles et quelquefois selon les soubassements poli tico- idéologiques. Il suffit pour cela de méditer par exemple les rapports grammaire/théologie chez les anciens latinistes pour les lesquels Dieu ne doit pas être mis à l'accusatif (Dieu ne peut pas être mis en cause) mais aussi chez les grammairiens arabes dont les conceptions se sont cristallisées dans les deux écoles: celle de Basra et celle de Kûfa. Ces deux écoles se distinguaient par leurs méthodes respectives. La méthode de Kûfa était analytique et se fondait sur le fait que "la source première de la "grammaire est tout le matériel linguistique recueilli avec sa diversité. Il leur suffit qu'il soit bien attesté dans la tradition du langage arabe. Aussi leur méthode favorite d'argumenter est-elle de citer en vers"9 . Quant à l'école de Basra représentée par des grandes figures telles que AIKhaliil, Siibawayhi etc., sa méthode repose sur l'analogielO et se résume dans cette longue citation de WEIL à laquelle nous accédons par l'intermédiaire de FLEISCH: "De même que Allah, Ie Coran en tant que parole de Allah, est aussi l'intelligence pure et simple. Comme la langue du Coran est la règle du langage pour la langue arabe, l'Intelligence et la Perfection divines doivent trouver aussi leur expression partout dans la construction, l'organisation de la langue arabe. Les Grecs sciemment avaient identifié parole et pensée, lois du langage et lois de la pensée, les grammairiens musulmans inconsciemment firent l'identification langue arabe et Intelligence Absolue"ll et FLEISCH de commenter: "étudier la langue arabe ce fut donc rechercher l'expression de la Sagesse divine, de la Justice divine, de l'Harmonie divine à l'oeuvre, se traduisant" (et cela non seulement en morphologie mais en syntaxe). Le grammairien était ainsi amené à découvrir "les mystères de la langue". Le principe de l'analogie fait penser à la conception mécanique du "reflet" qui a entretenu et continue à entretenir bien des voies de la réflexion linguistique. Pour ne citer que quelques cas éloquents, le problème de l'ordre des mots (génitif), avait déjà amené, au début du XXè siècle certains chercheurs, à des considérations souvent audacieuses: le Père SCHMIDT (1926) proposant une interprétation anthropologique consistant à relier la place du génitif au type de
9 Henri FLEISCH, Traité de philologie arabe, vol. 1 p. 8. 10 La lutte entre ces deux écoles et les implications méthodologiques qui la sous-tendent évoquent dans une certaine mesure la dispute au 1el' siècle de notre ère entre anomalistes (représentés par l'école de Pergame) et analogistes (Aristarque et les Alexandrins). cf G. MOUNIN, Histoire de la lingui-ftique de,f originaux au XXè ,\'iècle, Paris, PUF, 1974, pp. 96-97. II Henri FLEISCH, Traité de philologie arabe, vol. 1, p. 2. 32

société, C. BALL y (1932) liant sa conception de "séquence anticipatrice" et "séquence progressive" au mode de compréhension, non sans trace de subjectivisme (cf. pp. 201 et 202 à propos de la comparaison entre le français et l'allemand). C'est dans la même période historique que l'hypothèse SAPIRWHORF s'appuyant sur la langue en tant que vision du monde voit le jour. Elle signe l'acte de naissance d'une approche anthropologique où les faits de langue (aspects...) sont tenus comme composante indispensable. Cela se poursuivra avec l'école française de sociologie et d'ethnologie. On aurait pu citer les grammaidens de Port-Royal, le débat autour de l'ordre des mots (A. RIVAROL/E.B de CONDILLAC), N. MARR, J. STALINE, A. GRAMSCI et bien d'autres mais les considérations de ceux-ci dont le degré d'importance n'est pas le même, restent théoriques ou quelquefois impressionnistes; elles ne se traduisent pas dans un examen des faits de langues. Elles ont cependant le médte de mettre le doigt sur des problèmes qui sont au centre des préoccupations actuelles. Cet aperçu ne se veut nullement historique; nous en avons ni la compétence ni la prétention; il se veut l'évocation de certains sursauts de la réflexion sur le langage; le terreau conscient ou non sur lequel la sociologie du langage, les disciplines récentes (disciplines à tirets) ont dû prendre leur envol. Ce développement actualisé aujourd'hui dans des directions de recherche qu'il serait prétentieux de dénombrer toutes, inscrites à des degrés différents dans la problématique du langage saisie à la confluence des variables diverses, questionne la description linguistique sous l'aspect qui nous intéresse ici, en l'occurrence la syntaxe. Autrement dit, quelle est la stratégie syntaxique propre à rendre compte des faits linguistiques pris dans des réseaux sémiotiques12 ou expérimentiels 13 ? Comment sortir de l'ornière d'une syntaxe réduite aux fonctions? à une simple combinatoire inter-monématique ? Comment, selon l'expression heureuse de Denise FRANÇOIS, la syntaxe participe-t-elle à l'élaboration du sens? Sur ces questions,il n'existe pratiquement pas de réponse efficiente, c'est-àdire une théorisation claire de ces articulations syntaxe/sens dans un plan global de description. Ce qui ne veut nullement signifier l'intérêt que des linguistes de différents horizons ont su apporter sur tel ou tel aspect d'un fait linguistique particulier ou sur des considérations générales. À ce sujet, l'apport de E. BENVENISTE (entre autres), sa sensibilité vive aux faits de culture, de société et de syntaxe est d'une source inestimable
12 Nous entendons par sémiotique, le sens produit ou ses effets variés du point de vue des traits de caractérisation sociale, culturelle et symbolique. Autrement dit, c'est la relation au sens saisi par le formel. 13 L'expérimentieZ, c'est l'expérience faite sens. Il est dans une relation quasi synonymique avec l'utilisation que nous faisons de sémiotique. Quant à sémantique qui revient dans certains endroits de notre étude, il consiste en un mode de caractérisation très générale du sens. 33

d'information. Nous ne trouvons de preuve à cela que cette formule, percutante, d'une très grande beauté, qu'il donne du sens: "On aura beau faire: cette tête de Méduse est toujours là, au centre de la langue, fascinant ceux qui la contemplent"14. On est ici loin de l'anti-mentalisme sous ses dehors traditionnels ou modernes. Loin de la complaisance à s'en tenir au strictement linguistique. Fonctionnalisme et sens

Le modèle rigoureux que André Martinet a élaboré pour rendre compte des faits syntaxiques accorde très peu de place au sens quand bien même celui-ci se trouve au centre de la définition qu'il propose de la syntaxe,étude des fonctions formulées en tennes de mise en rapport linguistique con-espondant aux relations entre éléments de l'expérience. Cette conception générale se traduira par une analyse strictement linguistique mettant en oeuvre des procédés et des fonctions qui sont à la base du modèle fonctionnaliste de la syntaxe. Le sens, exprimé par les rapports syntaxiques, s'actualisera aussi dans d'autres paliers de la description notamment la synthématique et l'axiologie. Ce dernier concept constitue le pôle sur lequel se précise le point de vue de MARTINET sur l'intégration du problème du sens dans une stratégie descriptive. Il s'agit d'être prudent et de faire preuve de rigueur scientifique - d'où la justification d'un terme nouveau, axiologie, désignant l'étude des valeurs des monèmes grammaticaux. Il s'agit de se démarquer de la sémantique de Bréal vue comme entreprise philologique, mais aussi des tentatives de Louis HJELMSLEV, de Bernard POTTIER et des manifestations diverses et modernes de la sémantique. L'axiologie selon la définition de l'auteur couvre d'une part un domaine restrictif: les monèmes grammaticaux et d'autre part il procède de la même manière que la phonologie, d'où la définition analogique: l'axiologie est à la sémantique ce que la phonologie est à la phonétique. En d'autres termes, l'axiologie implique un domaine de définition circonscrit strictement à une langue particulière à la différence de la sémantique qui relève du général et de l'universel. Ce point de vue minimaliste du rapport syntaxe/sens chez André MARTINET tranche avec certaines hypothèses que l'on trouve sous sa plume, par exemple ses considérations sur langue et société, aidé en cela par ailleurs, par l'examen des langues à construction ergative: "Si l'on accepte l'hypothèse que l'évolution linguistique est sous la dépendance de l'évolution des besoins communicatifs de la société, on peut poser que l'existence de l'un ou l'autre type dépend, au moins en partie, de la structure et du degré d'évolution de la communauté linguistique,

14E. BENVENISTE, Structures et analyses, Problèmes de linguistique générale, 1. l, p. 126. 34

la complexité des rapports syntaxiques reproduisant, jusqu'à un certain point, la complexité des rapports sociaux"15 (souligné par nous). Cela nous amène à évoquer de façon cursive d'autres tentatives plus avancées à propos du rapport syntaxe/sens dans une stratégie globale de description. En 1974 paraît Linguistique générale (théorie et description) de Bernard POTTIER caractérisé par une grande importance donnée à l'analyse sémique (perspective sémiologique), ensuite nous notons l'effort plus rigoureux et plus suggestif qui se dégage de la démarche de Claude HAGÈGE selon les trois points de vue16 : point de vue morphosyntaxique (ou point de vue 1), sémanticoréférentiel (ou point de vue 2) et le point de vue énonciatif-hiérarchique (ou point de vue 3). Ces trois points de vue entretiennent des relations très étroites dont l'examen dépasse le cadre de cette introduction. Ils permettent une organisation de l'énoncé de telle sorte que faits de syntaxe et de sens s'éclairent mutuellement dans une cohérence globale. Ils gagnent cependant à être complété de façon explicite, par le chapitre V de la structure des langues intitulé "Personne, société et langue"l? Dans la même optique s'inscrivent les préoccupations de Denise FRANÇOIS dont les réflexions développées dans les trois articles suivants: 1. "Tâches/investissements contenus et conduites linguistiques" en collaboration avec Frédéric FRANÇOIS; 2. "Dans quelle mesure la syntaxe participe à l'élaboration du sens tout en gardant sa spécificité" (mars 1978); 3. et "Réflexions sur lees) "modèle(s) de description fonctionnaliste" (1979) (cf. bibliographie), constituent le moteur de la perspective suivie dans cet ouvrage. Nous nous contenterons d'en donner un résumé. Ces réflexions reposent sur une nouvelle conception de la syntaxe, inscrite dans l'élaboration du sens et se développent dans la conjonction de trois composantes: Première composante. La sign~fication propre des unités (ou sens lexical) : la prise en compte de cette première composante justifie la dimension lexicale qui apparaîtra à plusieurs endroits de notre analyse. Deuxième composante. L'apport situationnel: il s'agit de tout l'univers signifiant, de toutes sortes de variations liées aux situations d'interlocution; au social, au culturel; aux tâches/objectifs/contenus etc., en se gardant de tout mécanisme fondé sur la notion de "reflet". Troisième composante. La mise en relation des unités linguistiques dans la linéarité: la syntaxe. La syntaxe conçue comme telle est en elle-même porteuse de signification. Elle participe à l'élaboration du sens, sans s'y "diluer", c'est-à-dire en gardant sa
,

15 A. MARTINET, De l'expression libre des rapports syntaxiques à la nécessité de les explimer, à paraître dans les Actes du Colloque sur la glossogénétique, Paris, UNESCO, 1981, p. 3. 16 Claude HAGÈGE, Three newpoints on the Organization of linguistic utternances, The sixth LACUS (Linguistic Association of Canada, the US forum), Calgary, 1979. pp. 68-77. 17 Claude HAGÈGE, La structure des langues, Paris, PUF (Que sais-je ?), 1982, pp. 95-125 (voir aussi chapitre II).

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spécificité qui est d'établir des rapports entre unités (ou fonctions) par l'entremise des procédés (ordre, autonomie intégrée ou conférée + moyens prosodiques). La conjugaison de ces trois composantes qui ne veut pas dire superposition ou démarche linéaire mais imbrication, croisement, fonde l'économie de l'élaboration du sens. Elle prendra dans chaque langue une coloration particulière selon des ressources propres. C'est ainsi que nous sommes amené à préciser notre démarche syntaxique par rapport à ce cadre méthodologique général qui relève d'un point de vue maximaliste. L'effort qui sous-tend ce travail est bien de susciter l'émergence au niveau des faits de syntaxe de toute la cristallisation du sens, en portant, si possible une attention soutenue aux composantes précédemment évoquées. Cela suppose au niveau méthodologique une appréciation hiérarchique des trois composantes en faveur ici de la composante syntaxique, noyau irradiant du sens, mieux, sédimentation du sens. Autrement dit, nous resterons dans le cadre d'un plan où les faits linguistiques amplement décrits se venont complétés par des infOlmations extra-linguistiques qui leur sont intimement associées. Une attention particulière sera attachée aux marques linguistiques (morphèmes, ordre de séquences etc.) qui permettent de médiatiser l'univers signifiant, souvent en collaboration avec des êtres lexicaux. Cela nous conduira à remarquer que l'articulation syntaxe/sens tout en couvrant la langue de façon générale a tendance à dominer du point de vue de l'expression morphématique ou des caractéristiques socio-culturelles la zone des relations déterminatives (syntagmes complétif, qualificatif et leurs versants composés, certains domaines thématiques entrant dans ces relations tels que les parties du corps, les termes de parenté etc.). Cette zone est fortement structurée sémiotiquement, elle constitue l'un des supports de "l'anthropocentrisme des cosmologies linguistiques"18 du point de vue l"échelle axiologique des êtres en langue"18 (i.e. la hiérarchie constitutive des valeurs des unités linguistiques). Quant aux fonctions syntaxiques, leur apport significatif est d'un autre ordre. Il a une incidence socio-culturelle moins large. Tout se passe comme si les éléments non nécessaires, plus précisément les fonctions non primaires représentaient le focus du "bouillonnement" et de la complexité du sens. Il existe cependant des cas d"'indexation culturelle" (i.e. de relation à une manifestation culturelle cristallisée) révélés par des fonctions primaires sur lesquelles nous aurons l'occasion de revenir. Autres caractéristiques: Cette étude syntaxique prendra en considération les faits morphologiques au sens traditionnel du terme ainsi qu'au sens où la forme sert à manifester la fonction. Cela tranche avec la conception de André MARTINETselon laquelle la morphologie étudie la variation des signifiants sans
18 Claude HAGÈGE, La structure des langues, Paris, PUF (Que sais-je '1), 1982, p. 116. 36

variation des signifiés; elle intégrera dans l'interprétation synchronique la dimension diachronique (syntaxe diachronique, grammaticalisation) ; enfin elle essaiera de bénéficier de l'apport de la typologie selon les enseignements respectifs de HaUls et de HAGÈGE.
Organisation syntaxique de la description

Elle s'articule autour de trois modalités de la syntaxe prises dans les réseaux du sens.
1. LA SYNTAXE DES CONSTITUANTS

Elle consiste en une combinatoire syntaxique tel qu'un élément central (nom, verbe) est défini strictement par ses modalités spécifiques et uniquement cellesci. La syntaxe des constituants ne se préoccupe pas des fonctions bien que son existence liée à l'énoncé implique nécessairement une relation par rapport à la prédication. Comprise en ces termes, la syntaxe des constituants définit: le constituant syntaxique, c'est-à-dire le terme formalisé pour remplir une fonction syntaxique; l'opposition verbo-nominale sur la base des discriminants morphématiques (nominants pour le nom et prédicatifs verbaux pour le verbe) ; le point de départ d'une démarche didactique qui se développe en une graduation complexe déterminée par l'enjeu de la prédication.
2. LA SYNTAXE DES STRUCTURES DÉTERMINATIVES LEXICALES

Elle implique une approche syntaxique qui ne prend en considération que des unités nominales structurées dans des syntagmes tels qu'un élément noyau reçoit des déterminations lexicales. Elle comprend deux entrées: une entrée relative à une structuration hiérarchisée et une entrée concernant une structuration non hiérarchi sée. Tout comme la syntaxe des constituants l'examen de la syntaxe des structures déterminatives lexicales ne constitue pas une étape de l'étude des fonctions quoique des contraintes d'exposition, parfois, nous y conduit par anticipation. Tout constituant syntaxique identifié sur la base de la syntaxe des constituants ou de la syntaxe des structures déterminatives lexicales remplit nécessairement des fonctions primaires ou secondaires ou le rôle de prédicat si les conditions contextuelles sont réunies. Il n'y a de restriction à cette règle générale que le cas où le constituant révélé par la syntaxe des constituants est un constituant verbal. Autrement dit, celui-ci

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est intimement lié à la prédication et ne connaît que très marginalement (en tant qu'infinitif) la fonction primaire-sujet.
3. LA SYNTAXE DE L'ÉNONCÉ

Elle vise à opérer sur un ensemble plus vaste où les relations entre unités syntaxiques sont déterminées par rapport au prédicat. Elle étudie les fonctions syntaxiques, en dégage l'identité en mobilisant tous les faits de forme et de sens qui leur sont attachés. Elle comprend la bipartition: énoncé simple se développant en énoncé verbal et énoncé nominal, et énoncé complexe éclairé par la sous-répartition précédente. On notera que dans notre stratégie descriptive, les classes syntaxiques ne font pas l'objet d'un inventaire préalable. Elles sont identifiées dans le cadre des trois modalités de la syntaxe, au fur et à mesure que l'analyse se développe. Cette identification est fondée soit sur la combinabilité (recours aux modalités spécifiques), soit sur la compatibilité (coexistence entre des classes sur la base des relations parfaitement définies à l'exclusion des modalités spécifiques), soit sur les fonctions (selon les classes). Enfin, il sera question dans l'analyse qui va suivre de langue à classes. Cette expression a trait à un type de langue où un membre de la corrélation singulier/pluriel est communément appelé classe. Pour éviter toute confusion avec la classe précédemment évoquée, nous prenons soin d'ajouter l'expression "à genres multiples" qui signifie la prise en considération des corrélations singulier/pluriel dans leur ensemble et non pas un membre de la con-élation c'est-à-dire le singulier ou le pluriel. Lorsque nous aurons traité les trois modalités de la syntaxe cOlTespondant aux trois premières parties de cet ouvrage: - syntaxe des constituants et syntaxe des structures déterminatives lexicales, - syntaxe de l'énoncé simple (= 3è modalité), - syntaxe de l'énoncé complexe (= 3è modalité), nous ajouterons une quatrième partie portant sur la structuration du lexique et religion. Ces quatre parties sont révélatrices d'une stratégie globale de description inscrite dans l'élaboration du sens du message.

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PREMIÈRE PARTIE SYNTAXE DES CONSTITUANTS ET DES STRUCTURES DÉTERMINATIVES LEXICALES

CHAPITRE 1 LE NOM ET SES NOMINANTS DANS LE CADRE DE LA SYNTAXE DES CONSTITUANTS: SYSTÈME DES NOMINANTS

L'existence d'une classe syntaxique appelée nom se fonde sur l'association d'une base lexicale et de morphèmes majeursl9, c'est-à-dire d'unités grammaticales spécifiques pour l'identification du nom mais aussi par l'éventail de fonctions qu'elle est apte à assumer (fonction sujet, objet, circonstant) à la différence du verbe caractérisé par son pouvoir exquis (au sens étymologique) de prédication sans que celui-ci soit une priorité exclusive. C'est ainsi que le développement de l'analyse révélera l'aptitude du nom à assumer le rôle de prédicat au moyen de divers outils appelés tantôt prédicatifs nominaux, tantôt "auxiliaires de prédication20. Nous réservons dans l'étude des énoncés l'examen des fonctions syntaxiques pour nous intéresser exclusivement dans cette partie aux morphèmes que fondent l'identité du nom ou nominants21 différenciés en nominants articulés en défini/indéfini et nominants portant sur le nombre; à leurs implications sémantiques et sémiotiques; à leur dimension diachronique et au dynamisme synchronique qui les anime.

A. L'articlaison
C'est un moyen commode de recouvrir l'emploi polysémique des notions sémantico-grammaticales de détermination et de définition. Ce phénomène tel qu'il est désigné pourrait paraître très dangereux à cause de la fortune qu'il a reçu dans les langues indo-européennes et sémitiques et d'une tendance affirmée chez les africanistes à éviter l'utilisation de ce terme et pour cause. Certes, la démarche de ceux-ci ne s'explique pas par un artifice descriptif ou par une volonté aveugle de démarcation de ces langues fondamentalement orales par rapport à celles qui sont définies par ]a scriptualité mais plutôt par deux raisons principales qui sont indépendantes.
19 M. HaUlS, Plan de description systématique des langues négro-africaines, Afrique et langage, n° 7, p. 6. 20 D. FRANÇOIS, Les auxiliaires de prédication, in Mélanges G. Mounin, La linguistique, 1975, pp. 31-40. 21 C. HAGÈGE, La structure des langues, Paris, PUF, 1982, pp. 75-80. Nous n'employons ce terme que dans le sens strict de morphème spécifique du nom (morphème majeur de HaulS) contrairement à l'utilisation large qu'en fait son auteur.

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La première est historique: elle fait référence à ces productions des missionnaires souvent très entachés d'ethnocentrisme qui appliquent de façon très mécanique les catégories grammaticales des langues occidentales sur les langues africaines. Ce traitement par analogie constitue, une méthode dangereuse et non scientifique contre laquelle s'opposent des procédures plus ou moins adaptées, appuyées sur des théories nouvelles qui cherchent à se fonder sur des critères valides pour classer les faits linguistiques et par conséquent leur assigner un corps métalinguistique adéquat. Ce regard neuf sur les langues, nourri d'un effort de scientificité, quoique très relatif, est né d'une coupure épistémologique fondamentale (avènement du structuralisme) se développant en d'autres "coupures". Il représente la deuxième raison. Il nous rappelle cette phrase sur laquelle Houis ne cessait d'insister dans son séminaire: "Toute description d'une langue est une théorie sur cette langue". Tout en adhérant à cette proposition qui ne manque pas de pertinence, nous croyons d'une inestimable portée didactique, le besoin de justifier dans toute description l'emploi des termes soit par rapport à leur réalité métalinguistique originelle; ou par référence à l'utilisation qu'en fait un auteur; ou enfin par référence à une utilisation inédite, ou à une utilisation élargie, précisée par rapport à une autre. Notre recours ici au terme d'articlaison se justifie par la polysémie des notions qui lui sont consacrées dans les descriptions, surtout celle de détermination qui permet dans ce travail de caractériser certains types de syntagmes; et par l'adéquation entre son emploi dans les grammaires traditionnelles et le comportement des signes attestés en soninké même si dans certains cas les contenus sémantique, sémiotique et expérimentiel sont différents. En soninké le nominant désigné sous le terme de "article" manifestera la bipolarité : d~fini, ind~fini.
1. STRUCTURATION DES SIGNIFIANTS DE L'ART/CLAISON

L'unité lexicale de citation spontanée, lorsqu'elle se réfère au nom porte en elle ses nominants. Elle intègre les marques caractéristiques de son identité intrinsèque. C'est une unité syntaxiquement prête. Elle reçoit dans la terminologie de Maurice HaUls la dénomination heureuse de constituant syntaxique, troisième dimension (ou dimension synthétique) d'une taxinomie des unités, différenciée sur la base de l'autonomie syntaxique (= constituant) et de la non-autonomie syntaxique (morphème; lexème élargi ou non à des dérivatifs). Le constituant syntaxique est un signe dans le sens de combinatoire d'un rang supérieur apte dans le cadre de l'énoncé à assumer les fonctions syntaxiques. Il est conçu sur l'axe syntagmatique et il est formalisable .du point de vue des schèmes d'énoncé. 42

Comment se manifestent les sign~fiants de l'articlaison ? Ils se manifestent sous forme d'une nasale syllabique n associée à un schème hétérotone sous l'accent; ou sous forme d'un morphème zéro (0) associé quant à lui au schème ho moto ne soumis également à l'accent. Dans le premier cas, il s'agit du nominant défini et dans le second du nominant indéfini. L'articIaison apparaît comme un complexe mû par une solidarité étroite entre deux signifiants de nature différente, n/0 et un signifiant pro sodique diversifié à lamesure des schèmes mélodico-accentuels22 attestés dans la langue. La diversification qui n'apparaît qu'au niveau du défini renforce de ce fait le signe conçu comme forme de citation spontanée. Nominant d~fini
==H'H

(1) sa'maqè n d[à] à 'xffi[f] f tà n 1)a Iserpent! déf/prédllui/mordre/l ui/pi edlde/post.1 "le serpent l'a piqué au pied" (2) yàxàrU n 0 s~à wu 'ri lIes femmes/déf./préd/jouer/hier nuit! "Les femmes ont organisé une danse hier nuit".
Nominant ind~fini

B, relatif à l'exemple (1) et BB'H, relatif à l'exemple (2)

Il s'obtient grâce à la commutation de n avec 12> assortie de la commutation du
schème hétérotone accentué à l'initiale avec le schème homotone dont la place de l'accent correspond à celle du schème primitif. L'accent du schème de l'indéfini se reconnaît en fonction de celui du défini. Ainsi, nous aurons comme contrepartie indéfinie: (I) sa'maqe 0 d[a] à 'xffi[f] f ta n 1)a Iserpen t!ind./préd/le/mordre/l ui/piedl déf/pos t.I "un serpent l'a piqué au pied" ici le nominant est ainsi formalisé M'MM-0 (2) yaxa'ru 0 0 s~à wu 'ri Ifemmes/ind./préd/jouer/hier nuit!
22 L'expression, schème mélodico-accentuel que nous affectons dans le cadre de l'articlaison, au défini et à l'indéfini pourrait être sujet à caution à propos de l'indéfini qui s'interprète tonalement comme la régulation de l'hétérotonie au bénéfice de l'accent. Ce comportement pourrait induire à l'hypothèse selon laquelle le défini a pour support le schème tonal zéro, autrement dit, le schème accentuel, quoique cette hypothèse soit théoriquement défendable et révélatrice du mouvement dynamique ou de la division des tâches entre tonalité et accentuation. Il nous paraît plus prudent et plus proche de la réalité d'opérer avec la complexité prosodique en termes de schème mélodico-accentuel c'est-à-dire un complexe défini par l'imbrication tonalité/accentuation quand bien même au niveau de l'indéfini le schème moyen, résultat du nivellement du schème hétérotone, serait interprétable comme l'absence de ton.

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"des femmes ont organisé une danse hier nuit" le nominant formalisé est MM'M-0 D'autres exem les: Schème de base = schème du défini

Schème moyen

= schème

de l'indéfini

e "une clochette" Si la conjonction signifiant prosodique et signifiant phonématique semblent d'une régularité productive, il existe cependant des cas où le support de l'articlaison n'est révélé que par l'un des signifiants à quoi s'ajoute le contenu lexical prégnant de l'item en question. Dans le contexte de l'énoncé révélateur, le nominant défini peut être rendu possible en l'absence de n par le schème hétérotone : - lorsque la base nominale appartient à la catégorie des noms propres de personne, de lieux; à certains termes de parenté; à certains théonymes; à toute chose personnifiée (contes...) (cf complémentation). - lorsque la base nominale est attestée devant pause à 0 dàgâ dèbé (n IJà) /il/préd./aller/le village/le post) = "il est allé au village" n--n--kàanu (n IJà) = "il est allé au village (maison) n ngùnné (n IJà) = "il est allé en brousse" i hàaju n ntà xàrâIJ IJè (n IJâ) Ide leur/besoin/déf/préd/étude/ (déf/post) "ils ne s'intéressent pas aux études" - lorsque interviennent des contraintes rythmiques (poésie et chant) ex. 0 t[i] C yugà (n) m~dâ 'j!!gille wâ h60r6 'yugà (n) m~dâ J<;!gille(chanson d'amour) /je/préd/dire/je/préd/l'homme/vouloir/de grande taille/ /noble/l'homme/vouloir/de grande taille/ "Je dis que j'aime l'homme quand il est élancé l'homme noble quand il est élancé". Quant au nominant indéfini, son signifiant zéro facilite son interprétation mais il est remarquable de noter que même dans ce contexte son actualisation sans la postposition yi ou ya qui lui est généralement cooccurrente mais pas exclusivement ou le pronom indéfini yo'go "quelconque" qui a tendance à le supplanter montre bien que le schème mélodico-accentuel moyen est à même de

n

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traduire, à lui seul, le nominant. Nous aurons l'occasion de revenir sur le rapport entre articlaison et postposition dans le chapitre consacré aux indicateurs de fonction.
2. SCHÈME PROSOD/QUE ET CONTENU LEXICAL

Dans tous les exemples qui précèdent l'articlaison dans sa face définie ou indéfinie s'opère sur la base des relations paradigmatiques entre complexes de signifiants dont la solidarité est bien établie ou entre un aspect de ces complexes en l'occurrence le signifiant prosodique. Cette harmonie se trouve contredite dans les contextes où le constituant nominal est manifesté par un schème moyen. Ces cas s'appliquent, de façon privilégiée aux noms propres qui contiennent en eux-mêmes le trait défini. ex. Je'gi 0 girf gùnné m[à] à nà n 'y~qi /J/préd/quitter/la brousse/jusqu'à/il/préd/se laver! "Diégui est revenu des champs, il s'est même lavé" Cette contradiction entre schème prosodique et l'articlaison relativise non seulement leur solidarité mutuelle mais inciterait à mettre le contenu défini au compte seul du lexique. L'incorporation du défini en l'absence de toute expression de l'indéfini, donc de toute possibilité paradigmatique exclut d'emblée l'existence de nominant et place l'analyse du point de vue des déterminations sémiotiques dans l'échelle axiologique (cf complémentation). Mais lorsque l'item est structuré prosodiquement en cOlTélation avec le défini sàns qu'il soit convertible en homotonie moyenne ou accompagné de n nous considérons dans ce cas le signifiant comme un nominant. Par exemple: défini non accompagné de n + schème hétérotone sans contrepartie indéfinie à schème homotone moyen. a. H~dà 0 sàaré tl '1Ç.-yugo H. /préd/accoucher/de/ un garçon/ Heinda a accouché d'un garçon" Hédà = HB sans n b. Allà d[à] à dèemâ m[à] à g[ââ] â wàllâ /Dieu/préd/le/ aider /jusqu'à/il/ sub.lle/voir / "Dieu l'a aidé jusqu'à ce qu'il l'ait trouvé" Allà = HB sans n. Ces cas sont révélateurs de l'existence possible de zones fortement connotées du point de vue l'échelle axiologique dans son versant sacré, anthroponymique, toponymique etc. Le locuteur recourra à l'item yo 'go "quelconque" pour l'expression de l'incertitude.

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3. STRUCTURATION TERNAIRE DE L'ARTICLAISON

Il est des contextes dans lesquels la structuration de l'articlaison n'obéit plus à une opposition binaire ou à une manifestation unaire (échelle axiologique) mais à une opposition ternaire. Elle est cependant moins fréquente que celle à deux termes en raison des contraintes sémantiques et morphologiques (cf. infra). Elle s'exprime comme suit: a. articlaison supportée par la complexité schème tonal hétérotone + n pour l'expression du défini; b. articlaison supportée par l'hétérotonie seulement pour l'expression d'un indéfini du premier degré;
c. articlaison supportée par l'homotonie moyenne + 0 pour l'expression d'un

indéfini de second degré à coloration subjective. Ce contexte met en oeuvre une modulation intonationnelle spécifique et exerce sur la voyelle finale du constituant indiqué une longueur sensible. Il exige en outre un contexte large c'est-à-dire une explication de l'énoncé sous forme d'expansion, pour mieux caractériser l'objet de focalisation du locuteur ou en déterminer les circonstances d'actualisation. Soit les deux énoncés suivants: (1) à dà gôdè n 'sâgara lil/prédlle bracelet/déf/ramasserl "il a ramassé le bracelet" à dà gôdè 'sagarâ "il a ramassé un bracelet" à dà 'gode 'sagara [= 'godee] à gaa 'din! "il a ramassé un certain bracelet quand il venait" (2) môodi n ya ni lIe marabout I déf I E I préd I "c'est le marabout" môodi ya ni lIe marabout/E/prédl "c'est un marabout" 'moodi 0 ya ni a xàlbé n gà nta xènnè lun maraboutlind/E/préd/de luilIa plume/déf/sub/préd/tomber/ "C'est un marabout dont la plume ne tombe pas" = est inspirée. Lorsque la structuration est ternaire, l'homotonie indéfinie de l'opposition binaire a tendance à correspondre à l'articlaison supportée par l'hétérotonie seulement. Notons aussi que les schèmes BH ou BBH entrent difficilement dans cette opposition ternaire, c'est là une contrainte morphotonale dont la relation à l'incompatibilité sémantique ne nous semble pas explicable. Au niveau de l'énoncé marginal, le pouvoir d'accessibilité d'une unité substantivale en termes de prédicat sans support contextuel, permet l'existence 46

d'un constituant syntaxique où le locuteur est à même d'opérer un choix entre un nominant prosodique défini (= hétérotonie sous l'accent) et un nominant pro sodique indéfini (= homotonie sous l'accent). Ces énoncés sont fréquemment liés à la relation question-réponse: ex. à dà ma'ni wàri? - jàrlJé "le lion" /il/prédlquoi/voir/ - jari)e "un lion" "qu'a-t-il vu ?" Leur existence réduite uniquement à une unité nominale implique l'économie des nominants n/0 au seul profit des nominants prosodiques. Cela n'a pour explication possible que l'absence d'une suite contextuel1e. La solidarité entre signifiants prosodiques et signifiant phonématique est une solidarité agissante pour l'expression de l'artic1aison. L'existence d'un seul aspect concrétisé par l'opposition au niveau pro sodique ou au niveau phonématique n'est pas interprétable comme indice d'un processus dynamique compte tenu de sa marginalité mais plutôt comme irruption du sémiotique ou de l'expérimental imposant aux faits ses restrictions de sélection.
B. Le nombre

La corrélation de nombre s'appuie en soninké sur l'opposition singulier/ pluriel. Son comportement synchronique ne peut se comprendre et s'expliquer que sur la base d'une analyse diachronique permettant de dégager les différents états qui ont ponctué son développement interne.
1. EssAI D'INTERPRÉTATION DIACHRONIQUE

Le système du nombre se fonde synchroniquement sur l'existence de trois marques: -u, -0, -nu exprimant le pluriel et cel1e de leur absence dont les supports vocaliques à la mesure des cinq voyelIes fondamentales i, e, a, u, 0 permettant de rendre le singulier. Nous reviendrons en détail sur leur fonctionnement, leur dynamisme et leurs implications expérimentielles. L'hypothèse d'une interprétation diachronique,qui pose comme difficulté majeure l'inexistence pour une langue orale de documents-témoins et datés, s'est révélé possible grâce à un examen lexico-statistique des données s'élevant à peu près à mille items. Ene abonde dans le sens de l'identification à un état fort antérieur de morphèmes du singulier distincts de ceux du pluriel. Autrement dit, le système du nombre dont la corrélation morphématique était nette, a connu synchroniquement une évolution qui s'est traduite par la généralisation au singulier de toutes les marques du pluriel. Ces considérations générales s'appuient sur les faits et les justifications qui vont suivre: si l'accession des morphèmes actuels du pluriel (-u, -0 ou -nu) au

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rang du singulier a abouti à un support vocalique quinaire, la configuration dichotomique qui s'imposait, aurait été du type: singulier -e, -a, -i pluriel -0, -u Ce schéma est à notre avis très simple pour rendre compte de la complexité du cours de l'évolution.
Les d~fférents états d'évolution des marques de la corrélation Ils seraient ponctués des trois étapes suivantes: de nombre.

Première étape ou état le plus ancien Cet état serait caractérisé par le cas de figure que voici. Singulier Pluriel radical + e radical + i (ni?) +a +u +0 Le signifiant -e Il est fondamentalement la marque du singulier. Cela se justifie par les facteurs suivants: - il n'entre jamais dans l'expression du pluriel; - c'est la voyelle terminale la plus fréquente. Sur 1041 items lexicaux au singulier, 491 sont affectés de -e, soit 47,16%; - le nombre étant inscrit dans les cardinaux, il est symptomatique de constater que seul 'baane "un" qui exprime la non-pluralité est terminé par -e tandis que ,les autres unités de 2 à 19 intègrent les signifiants de la pluralité. -0 hil'l-o "deux" .
sik'k-o "trois"

naxa't-o "quatre" kara'g-o "cinq" et -u tu'm(m)-u "six" fiee'r-u "sept" see'g-u "huit" kaa'b-u "neuf" 'tamm-u "dix" (par attraction harmonique). Ce constat est conforté par l'accord qui s'établit entre les dizaines et tous les cardinaux terminés par -e et la non pluralité assignée au déterminé nominal (cf les numéraux pour plus de détails"). ex. 't<,!-hill-efiogo'm-e "vingt dromadaires" ka'm-e lemi'n-e "cent enfants" 'wujun-e lemi'n-e "mille enfants"

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Expression dynamique: elle présente hic et nunc les faits dans une série évolutive animée par la caractérisation fluctuante23 des marques du nombre. Synchroniquement, il est attesté des séries du type: étape 2 = (synchronie dynamique) : kQb-é "le sein" (de moins en moins usité) coexistant avec kQb-6 "le sein" (sa caractérisation plurielle est aussi de moins en moins usitée) aboutit à kQb6-nù "les seins" (forme quasi exclusive). Nous aurons l'occasion de revenir sur le processus dynamique sous-jacent aux faits du nombre avec beaucoup plus de détails. Le sign(fiant -a . Son statut morphématique du singulier se justifie essentiellement par le fait qu'il n'est attesté à la finale des noms simples que pour exprimer le singulier, d'une part; d'autre part, qu'il vient numériquement en seconde position 203 sur 1041 soit 13,25%. Le signifiant -a est une marque secondaire par rapport à -e. Sans fonder les numéraux comme référence radicale à toute explication du nombre, nous remarquons que parmi les cinq finales vocaliques, seule a n'apparaît pas au niveau des cardinaux. Concernant le pluriel, la stabilité des signifiants -u et -0 comme marques du pluriel autorise à les inscrire dans l'état ancien du système de la pluralité quand bien même le pourcentage que représente -0 synchroniquement est assez faible par rapport à celui de -u. Le développement qu'ils ont connu dans l'état actuel de la langue correspond à de nouveaux besoins interprétables en termes de structuration sémiotique et de profondeur expérimentielle; quant à -i, il serait un morphème très ancien qui subsiste encore dans les parlers du Guidimakha et du Gadiaga sous la forme -ni. Il s'applique aux monosyllabes dont l'inventaire en soninké ne dépasse guère la trentaine. ex. ka > kàa-nî "les maisons" sî > sli-nî "les chevaux" ji > jii-nl "les eaux" etc. ainsi qu'aux bases affectées de -0, de -u et de -a au singulier. Dans le parler de Kaédi, rien de tel n'existe. La coexistence de -ni et de -u n'est pas possible mais plutôt celle de -nu (apparaissant dans les contextes indiqués à propos de n ) et de -u. Cela pose le problème des signifiants -nu et -u en termes de différence et de variantes (cf configuration synchronique). Cependant l'examen des cardinaux a attiré notre attention sur l'existence d'un suffixe -i qui attesterait un état résiduel synchroniquement désincarné.
23 Les termes de fluctuation et de variation libre sont utilisés ici dans le même sens et ne réfèrent pas à leur contenu phonique. 49

étape 1 = kQb-é "le sein"

> kQb-6 "les seins"

(I) i dà ja'xo 0 sikki kàri /ils/préd/mou tons/ind/trois/tuer/ "ils ont tué trois moutons" (2) i dà jàxo n sikki kàri "ils ont tué les trois moutons". Notre hypothèse se fonde sur les remarques suivantes: - les cardinaux (de 2 à 10) inscrivent le pluriel faisant ainsi coïncider contenu arithmétique et pluralité linguistique. La forme -i serait de ce fait justifiée. La marque -i est dialectalement attestée comme indiquant le pluriel; elle ne saurait être interprétée comme une alternance vocalique à l'instar des composés ou du syntagme adjectival en raison des spécificités suivantes: postposition de la forme alternée alors que dans les autres cas, elle se situe à la suture morphologique, ex. xùso "la jeune fille" - xùs-ù hà'r~pàré n 0 mùufié "la belle jeune fille a souri" ; immuabilité du schème tonal par rapport à la mobilité qui caractérise les autres, non compatibilité avec le défini n qui s'accole ici à son noyau, intimité non observée par ailleurs. Il importe de noter que toutes les modifications vocaliques qui s'opèrent au niveau de la succession des cardinaux (à l'exclusion de 'baane) expriment non pas la forme non fonctionnellement indépendante (ou alternance) mais bien la marque du pluriel. Ces différentes caractéristiques, à notre avis, militent en faveur de -i en tant que marque ancienne du pluriel dans les dialectes où il n'est pas synchroniquement vivant. Le témoignage des cardinaux le relègue au niveau de la détermination et implique un accord tournant à vide. Son faible rendement au singulier est l'indice de son inaptitude à remplir ce rôle (cf dynamisme). Deuxième étape Singulier +e radical + a +i Pluriel +u radical + 0 +nu

Cette deuxième étape serait caractérisée par le déplacement du -i de la sphère du pluriel vers celle du singulier et de l'apparition d'un nouveau morphème -nu en guise de morphème compensatoire. -nu constitue l'équivalent du -ni des parlers du Guidimakha et de Gadiaga. Il serait une variante de -u dont la forme nasale n pourrait être considérée comme une épenthèse qui n'est pas innocente, du reste, dans l'interprétation des rapports entre morphématisation et morphologie des bases. En soninké, les morphèmes du pluriel -u et -0 (probablement -i aussi à l'origine) s'actualisent par effacement des marques du singulier, d'où notre recours à la notion de radical (CVe). Cette mutilation de la base ne facilite pas 50

l'identification du constituant de citation à la différence du -nu qui révèle une structuration de la langue en termes d'" analyticité", l'existence du -n u manifestant le constituant dans son intégralité. Troisième étape Singulier e radical + a
1 u o nu

Pluriel u radical + 0 nu

Cet état de langue est l'aboutissemént du processus dialectique qui anime le nombre. Il constitue la physionomie actuelle du système caractérisée par la montée des signifiants -u, -0 et -nu dans la sphère du singulier. Ceci rend la dichotomie singulier/pluriel aléatoire au profit du sémantisme des unités. Ainsi une unité sera reconnue au singulier lorsqu'elle est opposable au pluriel sous réserve de restriction de sélection, car deux signifiants identiques ne sont pas concevables à la fois comme marque du singulier et du pluriel.
Essai de reconstruction de l'évolution du nombre

Etape 1 singulier e radi cal +
a

pluriel i (ni ?) radical + u o

Etape 2 singulier e radical + a
1

pluriel (radical + i à l'état de débris ?) u radical + 0 nu

Etape 3 (configuration synchronique) singulier pluriel e u radical + a radical + 0 1 nu u o nu

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Cet aperçu historique souffre, à n'en pas douter, de beaucoup de lacunes et d'insuffisances qui auraient permis d'éviter cette "sérénité" dans la présentation des faits. II est certain que les formes ont la vie dure; elles ne disparaissent pas comme par enchantement; elles persistent dans leurs fonctions originelles même si de nouvelles fonctions exercent sur elles une attraction agissante. Ce mouvement de balancement peut même aboutir à un figement de la fonction initiale vidée de sa substance, stigmate d'une synchronie lointaine. II n'est pas exclu d'autre part que ce qui est principal (par ex. marque du pluriel (-i ,-u ou -0) soit attesté de façon secondaire et marginale dans le même état de langue (comme forme du singulier). La marginaIisation, il est vrai, est dans la plupart des cas, source" d'êtres linguistiques" nouveaux. Reste à envisager le système du point de vue de son fonctionnement synchronique et du dynamisme qui l'anime. 2. CONFIGURATION SYNCHRONIQUE SYSTÈME DU À ce stade où le singulier s'élargit de tous les signifiants du pluriel, il devient malaisé de procéder à la bipolarité du nombre sur la base des marques attestées. Nous estimons cependant que cela est possible à condition de préciser les faits suivants: les supports vocaliques liés à une base nominale ne sont des nominants que lorsqu'ils ne représentent pas la forme en dépendance (alternance relevant des composés ou des syntagmes adjectivaux); (1) yug-u -n-'d6r6kè "le boubou d'homme" (> yugà "l'homme", dàràké "le boubou") (2) yugu-n-'d6r6k-à "les boubous des hommes" Dans (1) et (2) u de yug-u n'est pas un nominant, par contre -e et -0 de 'd6r6kè/-à le sont: - lorsque leur contenu permet de les situer dans la corrélation singulier/pluriel. Cette restriction s'applique spécifiquement aux nominants de la non-pluralité représentés par : -u, -0 et -nu (cf exemple) quant à -e, -a, -i, ils ne se caractérisent synchroniquement que par leur inaptitude à exprimer le pluriel; - enfin lorsque mélodiquement ils sont affectés d'un ton contrastif par rapport au(x) tones) qui les précèdent (de rares contre-exemples sont attestés).
Inventaire des nominants du nombre et degré d'affinité Le système se présente comme suit:

Singulier e radical + a
I u o nu

Pluriel u radical + 0 nu

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Il découle du dépouillement d'un corpus de 1041 termes simples dans lequel sont exclus les composés et les dérivés. Nous y avons inclus cependant les emprunts à l'arabe, au pulaar, au français voire à l'anglais qui sont à des degrés divers intégrés. L'exploitation de cette liste qui n'est du reste que l'élargissement des termes actualisés dans des différents textes, aboutit au commentaire suivant: a) Les marques du singulier (1) la marque-e C'est la marque par excellence du singulier. Sur un corpus de 1041 termes, 491 sont représentés par -e, soit 47,16%. Le morphème qui lui est coné1atif au pluriel est -u soit 71,28% ex. dèb-é > dèb-u "les villages" g~bar-è > g~bar-ù "les guitares traditionnelles" xàràb-é n> xàràb-u "les mors" hQc-è n-> hQc-ù "les graines" sùug-é > sùug-u "les chants" 'turuIJ-è > 'turuIJ-ù "les hyènes" Les marques secondaires du pluriel qui lui sont associées: -0 = 10,99% : elle est conditionnée dans beaucoup de cas par l'harmonisation vocaJique totale, de type progressif traduit par le même signifiant vocalique: ex. bàt-én n--> bàt-o "les trous" soom-èn > s60m-à "les lèvres" k6h-è n > k6h-à "les nuques" jàgàd-é > jàgàd-6 "les épis" fiàgàm-é n> fiàgàm-6 "les dromadaires" On trouve aussi quelques cas de non-conditionnement: k~b-é ~> k~b-6 "les dents" mèx-é n> mèx-6 "les fers" fiéx-è n> fiéx-à "les poissons" tàg-é > tàg-6 "les forgerons" gàar-é--n > gàar-6 "les mensonges" etc. -nu: s'applique aux seules occurrences suivantes (1,42%) : . glda-nù hàabâ-nù sàaxa-nù klslma-nù évolution mùkk-u "les frères, ses frères" "les pères, ses pères" "les pères, ses mères" "les grands-pères ou ses grands-pères" (coexistence de deux pluriels) : > mùkku-nù "les hôtes"

termes de parenté:

gld-é u-> hàab-é > sàax-é n-> klslm-é ~-> telmes connaissant une mùkk-é >

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(2) la marque-a Elle représente 19,50% soit 203 termes sur 1041. Les morphèmes de la pluralité qui lui sont corrélatifs sont: -nu qui lui est le plus intimement associé soit 42,36%. Son aptitude à la variation libre avec -0 explique qu'à l'origine celui-ci était d'une importance numérique nettement supérieure. La preuve en est que le nom en -a déterminé par les cardinaux, a tendance à ne manifester que la forme -o.
(3) la marque -i

Elle totalise 124 termes soit Il,91 % et n'établit de corrélation de pluralité qu'avec -nu (81,45%) ex. xat-l >'xatf-nù "du lait" (lait, exception à la règle du contraste tonal) jaas-I > jaasl-nu "les sabres" tàal-f > tàalf-nù "les proverbes" xaalls-f > xaallsi-nù "l'argent" sf > sli-nu "les chevaux" etc. ElIe constitue l'une des marques qui atteste le plus de mots empruntés soit la moitié de l'ensemble qu'elle représente. Ce rapport à l'emprunt est probablement lié au phénomène de "remplissage" vocalique gui supplée les syllabes finales non couvertes. ex. kâasl> [('laI) ka'ls(u)] (ar.) "le verre" 'wâxât-I> [('laI) wagt(u)] "l'heure" xéer-I> [Clal) qayr(u)] "le bonheur" 'xâbUr-l> [Clal) gabr(u)] (ar.) "le tombeau" 'lâsil-I> [('laI) asl(u)] (ar.) "l'origine; euphémisme pour désigner le den-ière d'une personne" céen-I > [s En] (fr.) "la chaîne" s60y-1 > [swa] (fr.) "la soie p6t-l> [po] (fr.) "le pot" kées-I> EkES](fr.) "la caisse" etc. wàIfs-1 > [valiiz] (fr.) "la valise" léegàl-f> leegal (pu!.) "le quartier) c6ggàIf> coggal (pu!.) "le troupeau" etc. (4) la marque-u ElIe se caractérise par trois éléments: - son taux d'occurrence est J'un des plus faibles: 82 soit 7,87%, conséguence de son inaptitude originelIe ; - tout comme -i, le morphème du pluriel qui lui est corrélé, est représenté exclusivement par -nu: ex. klmm-u > kImmu-nù "les cuisines" muq-ù > mugù-nu "les babouches"

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