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La modalité, le mode et le texte spécialisé

De
134 pages
Le locuteur crée un lien avec son discours par le système de la modalité, et avec son interlocuteur par le système des modes. Ce recueil d'articles traite la modalité et le mode dans les textes spécialisés (scientifique, médical, politique, juridique …) du moyen âge à nos jours. Il constitue un apport important pour les chercheurs et les étudiants du français et de l'anglais qui s'intéressent aux formes et aux fonctions dans les textes spécialisés.
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Textes réunis par David Banks
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Textes réunis par David Banks La modalité, le mode et le texte spécialisé
E R L A EQUIPE DERECHERCHE ENLINGUISTIQUEAPPLIQUEE Directeur : David Banks Equipe d’Accueil EA4249 HCTI « Héritages & Constructions dans le Texte et l’Image » Faculté des Lettres et Sciences humainesVictor-Segalen 20, rue Duquesne – CS 93837 29238 Brest Cedex 03 © L’Harmattan, 2013 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-336-30114-3EAN : 9782336301143
Introduction
La modalité est un concept bien connu des linguistes. Néanmoins, selon la langue étudiée, l’étendue de ce concept varie. En anglais, la modalité logique, qui exprime l’intervention du locuteur dans son énoncé, traduite prin-cipalement, mais pas exclusivement, par un système subtil d’auxiliaires, est de mise. Ce système, riche en retombées sémantiques, mais redoutable pour les apprenants non anglophones, a généré une vaste littérature. En français, la modalité logique a fait couler moins d’encre, mais on inclura sous le terme "modalité", ce qui est géré par les modes (déclaratif, interrogatif, etc). Les modes, en anglais, seraient distingués comme étant une question demood. Ainsi, les études qui constituent ce volume adressent-elles une série de ques-tions à travers ce champ. Les auxiliaires de modalité anglais ont leur origine dans les verbes perfecto-présents du vieil-anglais. C. Roméro démontre, à travers une étude de quatre traités de médecine, datant du septième au neuvième siècle, que les auxiliaires naissants, ainsi que les adverbes modaux, et le subjonctif, auraient un sens plutôt radical, et qu’un usage épistémique se développe seulement vers la fin de cette période. Dans ma propre contribution, je présente une comparaison de l’usage de la modalité dans les deux premiers périodiques savants, leJournal des Sçavans, en français, et lesPhilosophical Transactions, en anglais, tous deux parus pour la première fois en 1665. La revue française recourt moins à l’usage des formes modales, et elle utilise proportionnelle-ment moins la modalité dynamique, à l’avantage des modalités épistémique et déontique. Les différences entre les deux périodiques peuvent être imputées aux choix éditoriaux. C. et D. Labbé utilisent l’outil informatique afin d’analyser le discours des hommes politiques francophones (français et canadiens). Parmi les pré-sidents français, J. Chirac se distingue par son utilisation de "falloir". Les premiers ministres français auraient une propension à utiliser la modalité plus que leurs homologues canadiens. G. Lozachmeur considère la modalité dans le discours médical vulgarisé. Elle étudie le discours oral et écrit de M. Ruffo, ainsi que des brochures de prévention médicale. On y relève des modes impératif, jussif, aléthique et assertif dans le discours de M. Ruffo, tandis que les brochures s’avèrent assertives, épistémiques et déontiques.
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Le discours juridique en anglais fournit le champ d’étude d’I. Richard. Les auxiliaires utilisés sont très fortement du type radical, notammentshallet may. Cependant, le sens peut être modifié par des éléments péri linguistiques tels que le statut de l’énonciateur. Ainsi, ce qui se présente comme recom-mandation peut avoir la force d’un ordre. D. Decotterd étudie l’usage de la modalité dans les journaux locaux britanniques. La dernière contribution, celle de M. Bournot-Trites, concerne les appre-nants du français langue étrangère, dans le programme d’immersion française au Canada. On remarque que ces élèves créent leur propre dialecte de français "immersion". Cependant, il n’y aurait pas de fossilisation, et leur progrès en grammaire est plus rapide que sur le lexique. Ainsi, sans vouloir prétendre à une exhaustivité impossible, ce volume présente une réelle contribution aux analyses de la modalité. Les études qui s’y trouvent sont variées, touchant de nombreux aspects de la modalité dans le texte de spécialité. Elles sont issues des Nouvelles Journées de l’ERLA No. 11, colloque qui a eu lieu à l’Université de Bretagne Occidentale de Brest, le 19 novembre 2010. Je tiens à remercier G. Lozachmeur, co-organisatrice de cette manifestation, et F. Dourfer pour la mise en page.
David Banks
L’utilisation de la modalité dans quatre traités de médecine en Vieil-Anglais :Bald’s Leechbook, Herbarium,LacnungaetQuadrupedibus
Introduction
CÉliNe RoméRo UNiverSitÉ de ReiMS ChaMpagNe-ArdeNNe
Les textes sur lesquels nous avons choisi de travailler,Bald’s Leechbook, Herbarium,Lacnunga etQuadrupedibussont tous des textes médicaux, traitant de remèdes divers concernant les maladies connues et inconnues aux e e VII etIX siècles.D’un point de vue historique, c’est à cette période que le roi Alfred a fédéré le royaume des îles britanniques, et par là-même, qu’il a aussi unifié la langue anglaise à cette époque, mais dans une certaine mesure, puisqu’il existe des dialectes en vieil et moyen-anglais. Comme le souligne André Crépin, "le vieil-anglais avait réalisé deux koinès [une koinè est une langue commune plus ou moins unifiée] : la langue de la poésie, caractérisée par des traits des Midlands et du Nord, et le west-saxon littéraire de l’école e d’Aethelwold, évêque de Winchester au Xsiècle" (Crépin 1994, 91). Le vieil-anglais (VA) n’a que peu de choses en commun avec l’anglais contem-porain (AC) : un système casuel existe, ainsi que différentes conjugaisons et modes, lesquels avaient tous des terminaisons spécifiques. C’est dès cette période que la langue évolue et se forge pour qu’elle puisse devenir celle que nous connaissons de nos jours. D’un point de vue de la modalité dans le domaine verbal – ce sur quoi nous allons nous focaliser – l’opposition radical / épistémique n’apparaît pas encore. Les ancêtres des verbes modaux, que l’on nommait les verbes per-fecto-présents, avaient quasiment tous une lecture radicale à cette époque, la lecture épistémique ne faisant son apparition qu’à la période tardive du e vieil-anglais, c’est-à-dire vers le XIsiècle (nous donnerons la définition de la modalité radicale et épistémique dans la section suivante).
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CÉliNe RoméRo
Cependant, la modalité existe bel et bien dans le domaine qui nous inté-resse, et les énonciateurs vieil-anglais avaient à leur disposition un certain nombre d’outils linguistiques leur permettant d’apporter de la subjectivité à leurs énoncés. C’est pour cette raison que nous traiterons de l’acception large de la modalité dans le domaine verbal : nous nous intéresserons bien évidem-ment aux verbes perfecto-présents (qui sont les items les plus représentatifs et conscients de la modalité), mais aussi aux adverbes, qui ne seront pas tous dits "de modalité" (nous traiterons des adverbes de manière et de concession), et aux temps (surtout l’opposition entre le mode indicatif et le mode subjonctif, lequel existait morphologiquement en VA). Aussi, dans un premier temps, nous traiterons des verbes perfecto-présents apparaissant dans des énoncés fléchés "subjonctif" (soit le verbe aura effec-tivement une morphologie "subjonctif", soit ce seront des énoncés introduits par l’adverbe "if" par exemple) dans les différents traités de médecine, et pour chacun des exemples, nous élargirons les énoncés en regardant le co-texte pré-cédent et suivant les exemples que nous analyserons. Nous soulignerons ensuite l’utilisation que font les différents énonciateurs des adverbes, notamment les adverbes de modalité, de concession et de manière, qui dénotent tous une notion de subjectivité de la part de ceux qui les utilisent, et qui par extension soulignent l’utilisation de la modalité dans son sens large.
Modalité dans les textes médicaux
Quelques définitions
Sans que nous n’entrions dans les détails, il est communément admis qu’il existe deux grands types de modalité en anglais (et dans les autres langues) : la modalité radicale et la modalité épistémique, notamment dans le domaine verbal. La modalité radicale est toujours celle qui précède his-toriquement et chronologiquement (ainsi que cognitivement) la modalité épistémique. La modalité radicale est la modalité dite de l’action. La moda-lité épistémique, quant à elle, est la modalité dite du savoir (de l’énonciateur sur le ou les co-énonciateurs). Précédemment, nous avons souligné qu’à la période vieil-anglaise, où ont été écrits les textes que nous étudions, la seule "modalité" à la disposition des locuteurs dans le domaine verbal était la moda-lité radicale, donc la modalité de l’action. Or dans des textes médicaux qui proposent moult remèdes, nous ne pouvons logiquement concevoir que toute modalité rencontrée n’appartienne qu’à la modalité radicale. De plus, il est aussi communément admis dans la grammaire qu’il existe différents types d’adverbes, parmi lesquels nous trouvons les adverbes de modalité : ils permettent à un énonciateur de faire part d’un savoir non partagé
L’utiliSatiON de la MOdalitÉ daNS quatre traitÉS de MÉdeciNe...
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par son ou ses co-énonciateurs sur un fait bien précis de son énoncé. Mais, tout comme les lectures dites épistémiques que l’on peut faire des verbes perfecto-présents, les adverbes de modalité se trouvent en moins grand nombre par rap-port aux autres types d’adverbes dans les textes qui nous intéressent (puisqu’il semblerait que les adverbes de modalité apparaissent en plus grand nombre à la même période que les perfecto-présents ayant une lecture épistémique).
Les verbes perfecto-présents
Comme nous l’avons déjà souligné, les verbes perfecto-présents sont les ancêtres des verbes modaux. Tous ne sont pas devenus les verbes modaux tels que nous les connaissons en anglais contemporain : certains ont disparu (comme les verbesunnanetmunan), d’autres ont changé de statut grammatical (comme le verbewitan), d’autres encore ont acquis un double statut (comme les verbesdurran etþurfan) oune sont pas encore grammaticalisé (comme le verbeagan).Outre le fait d’appartenir à une classe particulière (en plus de celle des verbes forts et faibles), ils avaient une particularité morphologique : il possédait une forme passée (c’est celle d’un parfait) mais avaient une valeur de présent, ils ne signifiaient pas une action, mais le résultat d’une action. Il est vrai qu’à la période VA, la lecture des verbes perfecto-présents était toujours majoritairement radicale (les énoncés existent toujours par rapport à une situa-tion, et donc ne sont jamais entièrement neutres), les lectures épistémiques de ces verbes n’apparaissant qu’à la période tardive du VA – ce qui coïncide avec le processus de grammaticalisation qui se met en place dans la langue, c’est-à-dire qu’un item lexical change de statut pour devenir un item gram-matical. Cependant, nous ne pouvons pas exclure le fait que la "modalité" e e épistémique n’ait droit de cité entre les VIIet IXsiècles : elle prend alors une autre forme, laquelle aura toujours un lien fort avec le contexte et avec les intentions de l’énonciateur. Il est intéressant de souligner qu’à la différence de l’anglais contemporain, le mode subjonctif existe (morphologiquement) en VA, et qu’il est beaucoup utilisé, la langue possédant même une conjugaison particulière pour marquer les formes du subjonctif présent et passé. C’est, entre autre, par ce biais que les énonciateurs marquent leur subjectivité et l’utilisation qu’ils font de la notion d’épistémicité. Tout comme pour la notion de modalité, nous entendrons la notion de "mode subjonctif" au sens large du terme : nous considérons que c’est le mode personnel du verbe, qui est d’abord considéré comme étant propre à exprimer une relation de dépendance ; de nos jours, il est considéré comme le mode de la tension psychologique – volonté et sentiment – et de la subjectivité – doute et incertitude. Ce qui sied parfaitement à un énonciateur (prioritairement VA) qui possède un savoir certain et qui veut le partager avec son ou ses co-énonciateurs qui en sont privés.