//img.uscri.be/pth/1a983f675856096a1901b83645c2136f5fc7b2ab
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 13,50 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

La Mosaïque Linguistique

De
232 pages
Ce livre analyse certaines situations minoritaires linguistiques dans une globalisation économique de plus en plus présente dans les pays industrialisés. Alors, prenons le train des minorités linguistiques, à la recherche de cette mosaïque, qui nous entraînera en Catalogne, au Pays-Basque et en Ecosse. Nous irons également dans le canton des Grisons en Suisse et en Bretagne française. La deuxième partie du voyage nous emmène dans le paysage des langues de la migration en Italie, en Allemagne, aux Etats-Unis et en Suisse.
Voir plus Voir moins

Vous aimerez aussi

LA MOSAÏQUE

LINGUISTIQUE

Regards éducatifs sur les pays industrialisés

@ L'Harmattan, 1998 ISBN: 2-7384-7172-2

Soledad Perez (ed.)

LA MOSAÏQUE LINGUISTIQUE
Regards éducatifs sur les pays industrialisés

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique
75005 Paris

- FRANCE

L 'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

LA MOSAIQUE LINGUISTIQUE: REGARDS EDUCATIFS SUR LES PAYS INDUSTRIALISES
Soledad Perez « La Mosaïque Linguistique: Regards éducatifs sur les pays industrialisés» 1 est un thème fort actuel qui permet d'analyser certaines situations minoritaires linguistiques dans une globalisation économique de plus en plus présente dans les pays industrialisés. Les sociétés connaissent des mutations socio-économiques importantes, les acteurs dynamisent certains secteurs comme, la création d'entreprises qui permet un processus d'accélération de la création, de la diffusion et de l'application d'idées novatrices. Ces profondes mutations structurelles (progrès technologiques, vieillissement de la population) engendrent des capacités d'adaptation des marchés économiques à l'intérieur et à l'extérieur des sociétés. A l'opposé, les systèmes éducatifs ont été analysés et ressentis par les acteurs économiques comme inertes, stagnants avec une bureaucratie si pesante qu'ils ont eu des difficultés à faciliter des changements innovateurs (Hanhart, Perez, à paraître). Pourtant, la mondialisation de l'économie et des échanges internationaux caractérise le monde d'aujourd'hui et oblige à des changements significatifs dans le monde de l'éducation. Les contenus des formations ainsi que le profil des compétences et des aptitudes à inculquer ou les modalités des apprentissages sont redéfinis dans un processus complexe en mutation constante. Quels sont donc les enjeux des systèmes éducatifs, enclins dans plusieurs pays, à accepter les
I Nous tenons à remercier les auteurs, L. de Soysa et M. Mboup pour leur aide. Enfm, une pensée pour Patrice, mon fils Mathias et mes parents.

7

particularités linguistiques de minorités pour mieux les intégrer dans l'Etat-nation et par là-même dans le processus de la mondialisation? Nous relevons ici un véritable paradoxe entre une mégasituation, floue, difficile à cerner pour les populations et des situations minoritaires très pragmatiques avec des revendications culturelles et linguistiques. La mondialisation est caractérisée entre autres par les procédures de libéralisation des marchés en cours depuis les années 80, le progrès technologique avec l'extension des modes de communication et d'information virtuels, par un accroissement des échanges internationaux mais aussi par l'apparition d'oligopoles mondiaux à la suite de nombreux mouvements de fusion (Chesnais, 1994). Nous pouvons citer quelques exemples de l'influence de la mondialisation dans le domaine de l'éducation: accès aux autoroutes de l'information via Internet, échanges d'étudiants, d'enseignants et de chercheurs via des programmes comme Erasmus, Socrates ou Leonardo, nécessité de privilégier des langues majeures comme l'anglais, mobilité et apprentissage tout au long de la vie. n est important de constater qu'apprendre une langue permet une mobilité à l'intérieur et à l'extérieur du pays. En fait, la langue maternelle et la ou les autre(s) langue(s) majeure(s) ou non d'ailleurs, n'auront pas le même statut à l'intérieur d'un Etat. Nous pouvons nous rendre compte que les raisons économiques facilitent les mobilités linguistiques mais dans certains cas les mouvements linguistiques tendent au contraire à se cristalliser dans leur territoire et à veiller à leurs frontières réelles ou fictives. Rien de bien étonnant quand nous regardons de plus près certaines minorités linguistiques qui ont

8

été dévalorisées tout au long de leur histoire et dont nous aurons un aperçu avec certaines contributions. Les Etats-nations ont exploité la question linguistique pour s'approprier de l'idée de la nationalité et ont tenté de créer une homogénéisation culturelle pour normaliser le territoire national comme la détermination de la langue officielle, administrative et juridique par exemple. L'assimilation linguistique a été recherchée par nombre d'états pour renforcer la langue majeure c'est-à-dire la langue du groupe dominant et a engendré une méconnaissance des autres langues nationales, les rabaissant au niveau de langues inférieures. Avec le temps, les stratégies culturelles et linguistiques des Etats-nations ont visé à fonder de nouvelles solidarités qui ont obligé les élites à intégrer les minorités nationales dans les sociétés tout en sachant que cela dépend du degré d'acceptation des valeurs dominantes et l'accès aux ressources par les minorités. En effet, ces minorités ont subi des pressions constantes et continuent d'en supporter les conséquences, ce qui les amène par inertie ou facilité, par utilité ou souci d'efficacité, pour la promotion sociale, à privilégier une langue majeure et à laisser de côté un parler maternel moins diffusé et moins valorisant pour certains, même s'ils conservent un attachement affectif au passé familial (Breton, 1981). A l'opposé, elles peuvent envisager de faire tout le contraire, c'est-à-dire de revendiquer le droit à la différence; ce droit à la différence étant défini comme la reconnaissance de cultures, d'institutions, de langues différentes. La conquête de ce droit passe par la reconnaissance de la langue, la revalorisation du parler maternel. Le droit à l'éducation dans la langue minoritaire, régionale ou de migration est également défendu et revendiqué par les minorités. Nous entendons par langue minoritaire, la 9

langue maternelle qui est donc transmise par la mère et la cellule familiale et qui occupe une place essentielle dans la vie de l'individu. C'est la première marque du groupe, du milieu sur l'individu. Nous pouvons dire que même si la langue maternelle est supplantée par la langue majeure, elle joue un rôle fondamental dans ce sens qu'elle détermine le système de valeurs, la façon de penser. La langue maternelle caractérise également l'appartenance socioculturelle de l'individu. Il est donc important de constater qu'il existe une diversité de situations minoritaires dans le monde qui sont régies par des contextes nationaux socio-politiques, économiques, culturels et éducatifs et qu'elles peuvent être perçues comme particulières et uniques selon les acteurs concernés. Cet ouvrage a donc l'originalité de présenter des situations régionales linguistiques et de la migration dans les pays industrialisés. Le lecteur se rendra compte au fil de sa lecture qu'il existe beaucoup de similitudes et de différences entre les cas étudiés. Nous nous intéresserons aux pays développés tout en reconnaissant que les pays du Sud offrent des perspectives à la fois identiques et opposées. A notre avis, la Mosaïque Linguistique serait représentée par une société égalitaire où toute minorité garderait son identité culturelle et linguistique tout en participant à la construction d'une société nouvelle par l'apport de cultures linguistiques diverses. Certains diront que cette définition est utopique et d'autres irréaliste mais nous tenons à cet apport plein d'espoir pour une société basée sur une nouvelle redéfinition des concepts d'égalité et de citoyenneté. Elle représente l'espoir de mieux se connaître, de s'accepter honnêtement, enfin de vivre ensemble dans une société plurielle. Par conséquent, toute minorité peut se définir par un groupe de personnes qui a 10

des caractéristiques propres comme la langue, la culture, la religion, avec ou. sans territoire et qu'elle les modifie et les interprète dans des relations sociales interethniques afin de construire une identité propre qui lui permette de se confronter à une situation spécifique d'interactions. Les particularités changeront d'une minorité à l'autre avec une pondération plus ou moins importante des caractéristiques. En ce qui concerne les minorités linguistiques régionales, nous définirons le concept de région en affirmant que la région détermine un espace géographique, socio-historique, politique et économique tributaire de l'Etat-nation, dépendant du pouvoir central, avec une certaine autonomie selon les cas. Ainsi, la région linguistique aura son aire linguistique c'est-àdire qu'elle comportera le domaine d'une langue normalisée communautaire, de culture, locale, consolidée, fixée à partir de langues ou de dialectes. De même que les préoccupations culturelles jouent un rôle symbolique dans les revendications et les mouvements régionaux sans toutefois transformer les effets réels du développement régional, la langue constitue souvent l'élément déterminant d'une prise de conscience menant à des revendications d'autonomie ou de séparatisme. Les facteurs linguistiques associés à d'autres (économiques, sociaux, politiques, éducatifs), peuvent donner naissance à des sentiments d'identité collective. Les chercheurs se sont enthousiasmé pour le thème des minorités régionales linguistiques. Plusieurs études comme celles de Berger (1972), de Touraine et al (1981), de Furter (1983), de Keating (1996) et d'autres ont été menées dans des domaines comme la sociologie politique, l'éducation comparée, l'économie, la linguistique et d'autres disciplines. 11

Ils relèvent tous dans leurs études la multiplicité de situations minoritaires qui varient d'une région à l'autre et d'un pays à l' autre. C'est bien cette diversité des minorités linguistiques qui sera présente dans la première partie de l'ouvrage. Alors, prenons le train des minorités linguistiques, à la recherche de cette mosaïque, qui nous entraînera en Catalogne et au Pays-Basque, en Ecosse. Nous irons également dans le canton des Grisons en Suisse et puis, nous nous arrêterons en Bretagne Française. Ferrer étudie en particulier les situations éducatives de la Catalogne et du Pays-Basque. Il analyse les textes juridiques qui régissent l'entente entre ces minorités historiques linguistiques et l'Etat Espagnol. Les deux communautés espagnoles ont vécu des histoires régionales différentes. Au Pays-Basque, une réintroduction progressive de la langue est instaurée; elle était à l'origine parlée par les paysans, les classes dirigeantes préférant le castillan pour différentes raisons. Actuellement, l' euskera est plébiscité par la classe politique depuis un certain temps déjà. Forte de son économie, la Catalogne entend bien renforcer sa langue ce qui ne va pas sans heurts avec les populations non catalanes. Deux situations intéressantes dont nous parle Ferrer et qui nous font penser à ceux qui pensent à l'Espagne unitaire et aux autres qui relèvent la diversité des Espagnes. Les époux Matheson nous convient à l'étude de l'Ecosse pour analyser de manière systématique les difficultés sociohistoriques qui sont associées à la nature plurilingue de la société écossaise. Ils examinent la situation précaire des différentes langues écossaises qui ont été dévalorisées au profit de l'anglais, langue de la culture dominante. Les similitudes de 12

l'Ecossais, par exemple, avec l'anglais n'ont pas arrangé sa situation, les écossais étant persuadés de parler un mauvais anglais. Ils insistent sur le monde socio-économique qui a privilégié les écossais parlant l'anglais au détriment des autres. Ils s'interrogent également sur la situation des langues écossaises dans le système éducatif Gurtner, Cathomas et Carigiet nous invitent à partir pour le canton des Grisons où ils continuent à mener une recherche sur le romanche et sa représentativité au sein de la population. Le romanche a été la langue majoritaire en 1850 mais connaît une érosion au fil du temps et n'est parlé en 1990 que par 17% de la population. Afin d'essayer de sauver cette langue, différentes mesures ont été prises par la Confédération Helvétique, par le Canton et les Communes. Ces différentes caractéristiques sont observées dans ce chapitre. Les auteurs analysent également la présence du romanche dans les média ainsi que la situation éducative du romanche et ses différents modèles. La Bretagne, région ffançaise, longtemps dominée par la France au niveau linguistique essaie de réintégrer sa langue grâce au travail des différentes associations et aux revendications de plusieurs mouvements historiques qui n'ont pas arrêté de réclamer leurs droits et de se défendre contre l'Etat français pour essayer de sauver le Breton qui semblait voué à une disparition lente mais certaine. Perez analyse les contextes historique, économique, juridique et éducatif de cette langue. Elle se demande si le Breton sera une languemusée, c'est-à-dire une langue qui se meurt, qui ne vit que par des activités culturelles et folkloriques ou une languerenaissance, une langue qui essaie de subsister par tous les moyens aux niveaux culturel, linguistique et éducatif 13

La deuxième partie du voyage nous emmène dans le paysage des langues de la migration en Italie, en Allemagne, aux EtatsDnis et en Suisse. Tout d'abord, Allemann-Ghionda analyse les situations minoritaires linguistiques en Italie et en Allemagne où le concept « langues minoritaires» concerne autant les situations des langues minoritaires régionales que celles de la migration. Elle dresse un bilan sur les bases légales qui concernent les situations minoritaires dans les deux pays. Elle relève que les deux Etats se sont ouverts surtout après la deuxième guerre mondiale. Cette ouverture n'a pas empêché les orientations monolingues des Etats et se retrouve dans l'habitus des écoles ce que l'auteur a longuement étudié. Néanmoins, la situation éducative des langues minoritaires semble relativement développée dans les deux pays et un besoin de recherche au sujet de cette problématique est ressentie par différents acteurs comme les chercheurs, les gestionnaires de l'éducation et les familles. Akk:ari nous parle des minorités linguistiques aux Etats-Dnis. En premier lieu, il analyse l'occupation territoriale et l'invasion linguistique des communautés indigènes. L'histoire parle d'elle-même et démontre la politique de génocide culturel et linguistique mise en oeuvre par les écoles fédérales indiennes. En deuxième lieu, il étudie les conditions de l'espagnol qui représente un enjeu linguistique très important en raison du nombre d'hispanophones installés dans le pays. La communauté afro-américaine, quant à elle, est divisée entre ceux qui pensent que l' ebonies représente encore un facteur de marginalisation et ceux qui y voient la reconnaissance de leur langue et de leur culture. Enfin, l'auteur analyse de manière comparative les trois situations minoritaires tout en 14

démontrant qu'elles ont été abordées jusqu'à maintenant comme des instruments sur le chemin de la «maîtrise de l'anglais» . Barata relève et parle de son expérience de coordinatrice des cours de langue et de culture portugaises à Genève. Elle étudie les différents contextes des élèves portugais par rapport à l'enseignement genevois. Elle se penche en particulier sur la situation des néo-arrivants. L'institutionnalisation de ces cours est une conséquence de l'arrivée de la démocratie au Portugal. C'est à partir de 1977, que les citoyens ont acquis le droit à l'éducation dans leur langue quand ils sont résidants à l'étranger. Les enjeux de l'intégration des enfants dans le système genevois représentent des défis que les différents acteurs-décideurs essaient de relever par plusieurs expériences dont nous parle l'auteure. Ainsi, hors de la tendance uniformisatrice, certains pays se sont tournés vers la pluralité linguistique. L'exemple de la Suisse que nous décrit Perregaux nous montre la coexistence et les échanges de cultures diverses. L'auteure relève que la question des langues nationales et donc des liens établis entre les groupes linguistiques se retrouve dans de nombreux débats politiques. Perregaux s'interroge sur la cohésion nationale et l'ouverture internationale. Elle regarde de près la situation des langues à l'école tout en proposant de nouvelles reformulations et elle termine par répondre à la question qu'elle s'est posée à savoir: quelles langues pour quelle Suisse? « La Mosaïque Linguistique» est représentée par toutes ces contributions avec des approches théoriques différenciées qui apportent un regard critique et nouveau par rapport aux systèmes éducatifs des pays industrialisés qui ont inséré dans 15

leur curriculum des enseignements de langues minoritaires régionales ou de la migration. Nous ne prétendons pas dresser un tableau exhaustif des phénomènes minoritaires ni de nous lancer dans des débats théoriques au sujet de la nation, par exemple2, qui ont été déjà beaucoup discutés. Cet ouvrage a l'originalité de regrouper des écrits de cultures distinctes représentées non seulement par les auteurs mais aussi par les thèmes choisis. Alors, commençons donc le voyage... dans la Mosaïque Linguistique et ses paysages diversifiés. Bibliographie BERGER, S. (1972) Bretons, Basques, Scots and other European nations, Journal of interdisciplinary history, 3. BRETON, R. (1974) Géographie des langues (Paris, PUF). CITRON, S. (1994) Au tableau noir de notre histoire, Autrement, 144, pp.112-139. CHESNAIS, F. (1994) La mondialisation du capital (Paris, Syros). CORDELIER, S. (1995) Nations et nationalismes, La Découverte, Paris, Les Dossiers de l'Etat du Monde. COUFFIGNAL, G. (1993) Le régime politique de l'Espagne (Paris, Montchrestien). FUR TER, P. (1983) Les espaces de la formation (Bern, Lang) HANHART, S., PEREZ, S. (A paraître) Les multiples facettes des systèmes éducatifs. KEATING, M. (1996) Naciones contra el Estado (Barcelona, Ariel).

2 Voir à ce sujet, Cordelier S. (1995), Keating M. (1996), Martinet G (1994), Philip C. (1996). 16

MARTINET, G. (1994) Le réveil des nationalismes français (Paris, Seuil). PHILIP, C. (1996) Au-delà et en deçà de l'Etat-nation (Bruylant). TEDESCO, JC. (1997) Le renouveau de l'éducation comparée, in C., Kodron et al (Eds) Education Comparée, défis- médiations- pratiques. Mélanges offerts à w: MUter pour son 70e anniversaire (Bôhlau, Verlag). TOURAINE, A., DUBET, F., HEGEDUS, Z., WIEWORKA, M. (1981) Les pays contre l'Etat. Luttes occitanes (Paris, Seuil).

17

PREMIERE

PARTIE:

LES MINORITES REGIONALES LINGUISTIQUES

L'ESPAGNE DES COMMUNAUTES AUTONOMES ET LES DROITS LINGUISTIQUES
Ferrém Ferrer

Introduction L'Espagne des Communautés Autonomes et les droits linguistiques est le thème de cette contribution qui requiert une contextualisation particulière sur le rôle que l'Etat central a - et doit avoir - en relation avec les Communautés Autonomes Espagnoles. Aussi, est-ce dans ce sens là, que nous aimerions effectuer cet apport en montrant les idées et les faits les plus significatifs qui permettent de comprendre la complexité du problème des langues des différentes régions espagnoles. Notre contribution se centrera essentiellement sur la Catalogne, et abordera également certains traits distinctifs du Pays Basque. En fait, ce choix n'est pas aléatoire dans la mesure où ces deux Communautés Autonomes représentent des « nationalités historiques» et elles possèdent une langue différente du castillan.1 Ainsi, nous développerons des thèmes comme l'Espagne et l'Etat des Autonomies, l'éducation et les langues en Catalogne, les modèles linguistiques du PaysBasque. L'Espagne et l'Etat des Autonomies La question linguistique en Espagne et l'intégration de cette question dans le système éducatif sont deux thèmes qui requièrent d'abord l'explication de faits définissant un pays qui
I

Il existe des différences significatives entre ces langues et le castillan: pour

quelqu'un qui parle castillan, il est plus facile d'apprendre le catalan que la langue basque. Nous remercions L. M. Naya, professeur d'éducation comparée à l'Université du Pays Basque, pour les observations pertinentes qu'il a faites. 21

a commencé sa dernière période démocratique il y a un peu plus de 20ans. L'Espagne a bien évidemment eu d'autres périodes démocratiques, avant la dictature franquiste (19391975), mais nous nous centrerons sur la description et l'analyse de la dernière de ces périodes. L'approbation, par référendum de la Constitution en 1978, marque le début de ce qu'on appelle « L'Etat des Autonomies». La « Carta Magna» a quatre caractéristiques qui permettent une meilleure compréhension: Il s'agit d'un texte approuvé par tous les partis politiques du Parlement espagnol et qui connaît un grand succès dans la société espagnole. Il établit les bases d'un régime démocratique moderne et met fin aux années d'interdiction des libertés fondamentales. Il définit un nouveau cadre politico-administratif ainsi qu'un processus de décentralisation politique qui permet de satisfaire de nombreuses aspirations des territoires de tradition nationaliste. Tout cela a été conçu sans renoncer à défendre l'unité de l'Etat espagnol (puelles, 1995, p.87).2 C'est le début du processus de mise en oeuvre des Statuts d'Autonomie dans chacun des territoires faisant partie de l'Etat espagnol - Catalogne, Galice, Pays Basque, Andalousie...pour établir des structures de gouvernement, ainsi que leur dénomination et leur champ d'action.

2 La constitution est approuvée trois ans après la mort du général Franco. TIfaut signaler que, malgré les élections générales de 1977 et l'existence d'un parlement démocratique, l'armée était encore un pouvoir factice, et elle comptait avec la présence entre ses filières, en général, de militaires qui avaient lutté contre le "séparatisme régional" des basques et des catalans pendant la Guerre Civile espagnole. Tout cela rendait difficile la rédaction d'une Constitution dans une perspective autonomiste et fédéraliste.

22

En ce qui concerne ce point, il faut rappeler l'article 2 de notre Constitution: «La Constitution est fondée sur l'unité indissoluble de la Nation espagnole, patrie commune et indivisible de tous les Espagnols, et reconnaît et garantit le droit à l'autonomie des nationalités et des régions qui en font partie ainsi que la solidarité entre elles toutes ». Cependant, comme nous l'avons déjà mentionné, la Constitution n'est que le départ du développement d'un nouveau modèle d'Etat: l'Etat des Autonomies. Le processus de configuration des Autonomies se distingue par les caractéristiques suivantes: . Sa complexité: il existe de grandes différences entre les Communautés Autonomes. Ainsi, certaines ont une langue propre et différente du castillan alors que d'autres Communautés comme l'Andalousie parlent le castillan. Certaines ont leur histoire politique comme territoire différencié, et d'autres, par contre, ont initié leur histoire avec l'approbation de la Constitution. . Sa généralisation: les mêmes critères sont appliqués de façon homogène pour tout l'Etat espagnol, afin de ne pas établir de trop grandes différences comparatives entre les Communautés Autonomes. . Son application graduelle: le développement de l'autonomie est appliqué à différents rythmes selon les Communautés.
Ainsi, les « nationalités historiques» - comme la Catalogne, le Pays Basque et la Galice - ont pu acquérir leur degré

d'autogouvernement rapidement, et ce, avec le plus de pouvoir possible (Jouvenel, Roque, 1993, p.275). Il faut signaler qu'au cours de ce processus, initié juste après l'approbation de la Constitution et qui se termine principalement au milieu des années 80, la classe politique 23

identifie le binôme « démocratie-autonomie» par opposition au binôme «autoritarisme-centralisme », et que cette identification se retrouve dans la culture politique de la population. Il est également intéressant d'expliquer la répartition des pouvoirs entre l'administration centrale et l'administration autonome. Il existe deux types de compétences: les compétences exclusives de l'Etat: celles qui figurent dans l'article 149.1 de la Constitution. Les compétences que les Communautés Autonomes peuvent assumer: celles figurant dans l'article 148 de la Constitution. Malgré tout, cette délimitation législative suppose que, en pratique, il y ait trois types de compétences qui coexistent: . celles qui sont exclusives de l'Etat, . celles qui sont exclusives de la Communauté Autonome, . celles qui sont partagées, ce qui suppose que l'Etat établisse des normes de base d'action pour tout le territoire espagnol, avec un degré de concrétisation propre à chaque Communauté Autonome et que chaque Communauté Autonome les développe et les favorise. C'est dans le troisième groupe des compétences partagées que se trouve l'éducation, ce qui implique que beaucoup d'auteurs identifient le modèle d'Etat espagnol comme étant entre un modèle d'Etat à traits régionalistes et un modèle d'Etat fédéral authentique. Il est aussi intéressant d'analyser le traitement réservé aux langues dans la Constitution espagnole. Dans son 3ème article, cette dernière stipule: « 3.J. Le castillan est la langue officielle de l'Etat. Tous les espagnols ont le devoir de la connaître et le droit de l'utiliser.

24

3.2. Les autres langues espagnoles seront aussi officielles dans les autres Communautés Autonomes et ce, en fonction des statuts propres à chacune. 3.3. La richesse des différentes modalités linguistiques de l'Espagne est un patrimoine culturel qui fera l'objet d'une protection et d'un respect tout particulier ». Il est possible de dégager deux idées de base sur le traitement réservé aux langues des Communautés Autonomes qui en sont pourvues (Naya, Etxague, Lukas, 1995): le castillan et les
langues propres l'euskera, des Communautés Autonomes

-

le catalan,

et le galicien

-

sont des langues officielles sur le

territoire des Communautés Autonomes. Par conséquent, les deux langues doivent bénéficier du même statut social et d'un degré d'utilisation équivalent. Malgré le point susmentionné, la seule langue obligatoire demeure le castillan, tandis que le devoir de connaître le catalan, l'euskera, le galicien... n'existe pas. Tout cela implique donc une situation de déséquilibre évident entre le castillan et les autres langues de l'Etat espagnol. Education et langue en Catalogne Afin d'aborder la question du catalan dans l'enseignement en Catalogne, il faut d'abord se référer au contexte historique, politique et culturel. Nous aimerions aborder quelques traits caractéristiques qui permettent de comprendre la situation que nous analyserons ci-après.3 L'histoire démographique de la Catalogne a été marquée par deux faits: une baisse significative et prématurée des indices de
3

Afin de sélectionner ces caractéristiques et en vue de donner des

informations sur ce sujet, nous nous sommes fondés sur le rapport prospectif concernant la Catalogne: Jouvenel, H.; Roque, A.: Cata/unya a /'horitzo 20JO. Enciclopèdia Catalana, Barcelona, 1993,382 pp. 25