//img.uscri.be/pth/cbbab3867dd14c9e9f989e854a4c7414da44f3cd
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 18,75 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

La sémiotique : de la narrativité à la mise en discours

De
247 pages
Les contributions de ce volume cernent les différentes facettes du faire sémiotique en charge des discours, de type narratif, littéraire, poétique, philosophique, iconique, en rapport avec la culture, écrite ou orale, du Maroc et de la Méditerranée. "La revue des deux rives/Europe-maghreb" s'honore de publier les Actes de ce colloque en hommage à Georges Maurand.
Voir plus Voir moins

L

A
Numéro spécial en hommage à Georges Maurand

R
E

La sémiotique:

de la narrativité

à la mise en discours

V
U

Coordonné par Michel Quitout & El Mostafa Chadli

E
DES DEUX RIVES
EUROPE-MAGHREB

la Reuue des BeuH Riues
EUROPE-MRGHREB
Périodique paraissant tous les ans Cette revue pluridisciplinaire, ouverte à la communauté scientifique, entend s'attacher à la compréhension des sociétés et des cultures de la Méditerranée pour mieux développer le dialogue et l'échange entre ses deux rives et notamment entre l'Europe et le Maghreb.
RECOMMANDA TIONS A UX A UTEURS ET GUIDE POUR LA PRÉPARA TION DES MANUSCRITS

Toute proposition d'article doit parvenir à la revue (voir adresse) en deux exemplaires accompagnés de la disquette de saisie (Formatée Mac). Les articles doivent mentionner un titre le plus court possible (~ 50 caractères), le nom de l'auteur (ou des auteurs), prénom, fonction, institution d'origine, adresse, n° de téléphone, de fax et de l'E-mail. Les articles ne devraient pas excéder en principe 60 000 signes (avec police Times ou MesTimes (pour les arabisants), 12pts ,.paragraphes simples interligne avec espacement 12 pts ,. marges: 4 cm de chaque côté. Les titres et sous-titres seront numérotés comme suit: 1, 1. 1, 1.1.1., etc. Le texte sera saisi de préférence sous Word. Les notes (peu nombreuses) 8pts sont présentées en bas de page, auront un appel numérique (exposant, sans parenthèses ni espace et en numérotation continue). Les graphiques, tableaux, schémas et autres illustrations seront fournis sur feuilles séparées ,. leurs dimensions maximum de bord à bord sera de 12 cm de largeur et de 19 cm de hauteur. Leur emplacement dans le texte sera indiqué. Leur source première, s'ils ne sont pas originaux, sera claire,ment mentionnée. Les références en cours de texte devront respecter certaines règles: "les mêmes résultats ont été obtenus par certains chercheurs (Durand, 1997 et Decault, 1995), mais le débat continue avec des opinions inverses (voir notamment Huc 1992a et 1992b)". Un résumé de 100 mots accompagnera le manuscrit ,. il sera fourni sur une feuille séparée. Les annexes, numérotées en chiffres romains, seront placées après les références bibliographiques. Celles-ci seront placées en fin de texte et présentées par ordre alphabétique selon les normes AFNOR (NF 44 005). Exemples: MARTINET A., 1996 : Éléments de linguistique générale, Paris, Armand Colin. COURTÉS 1., 1982 : "Motifs et types dans la tradition folklorique, problèmes de typologie", in Littérature, 45, pp. 67-80. Les articles ayant déjà fait l'objet d'une publication (même partielle) ne peuvent être republiés sauf accord préalable de la direction de la revue et de la maison d'édition. Si l'article proposé à "la Revue des deux Rives" a déjà fait l'objet d'une quelconque publication, veuillez le signaler. Les opinions exprimées dans les articles et les documents reproduits dans ce support n'engagent que la responsabilité de leurs auteurs

Numéro

spécial en hommage à Georges Maurand
Professeur des Universités Emérite Université de Toulouse Le Mirail

-

La sémiotique: de la narrativité à la mise en discours

N°5

Actes du Colloque International du même nom organisé à la faculté des Lettres et des Sciences Humaines Dhar El Mahraz Fès

-

= .9 "S CI :8 u ~
r.n ~ 8tU = M "ë dtJ c o "i u 1:: ..c cu ~

23

- 24 février
Assia Bouavad

2007

Avec la collaboration de

L'Harmattan

la Renue des DeuH Rines
EUROPE-MRGHREB

FONDATEUR
Michel Quitout

COMITÉ DE PA TRONAGE Fernand Bentolila, Université Paris V ; Pierre Bourdieu, EHESS, Paris; Dominique Caubet, INALCO-Paris ; Louis-Jean Calvet, Université De Provence; El Mostafa Chadli, Université Mohammed V-A gda l, Rabat; Joseph Courtés, UTM ; Alain Ducellier, UTM ; Abdelkebir Khatibi, Université de Rabat & fURS; Samaha Khoury, Bordeaux /II ; Henri Lamarque, UTM ; Pierre Larcher, Université de Provence & IREMAM ; Abdellah Laroui, Académie du Maroc; Ahmed Moatassime, Paris I & CNRS; Michael Peyron, AI Akhawayn University-Ifran, Maroc; Paul Rivenc, Professeur émérite, UTM ; Mohand Ti/matine, Université de Cadiz; Edgard Weber, Université Toulouse /I. COMITÉ DE LECTURE M. Ahda, Université d'Agadir; Daniel Baudot, Bordeaux /II ; Anouar Ben Msila, Université de Meknès; A. Elfakir, Université de Brest; A. El Omari, Montréal; Nicole Koulayan, Université Toulouse /I ; Henri Lamarque, Université Toulouse /I ; Abdelhaq Razky, Université fédérale du Para-Brésil; Mansour Sayah, Université Toulouse /I ; Julia Sevilla Munoz, Université Complutense, Madrid; Edgard Weber, Université Toulouse /I ; Th. Zaboot, de Tizi Ouzou.

COMITÉ

DE RÉDACTION

Daniel Baudot, Bordeaux /II ; Mansour Sayah, Université Toulouse JI ; Nicole Koulayan, Université Toulouse /I ; Edgard Weber, Université Strasbourg Il.

CORRESPONDANCE ET MANUSCRITS Michel QU/TOUT 8, cheminement le Tintoret, n° 3 311 00 Toulouse COMMANDES Editions de l'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole Polytechnique 75007 Paris Tél: 0140467920/ Fax: 0143258203
@ L'HARl\-IATTAN, 2008

5-7, rue de l'École-Polytechnique;

75005 Paris

ISBN: 978-2-296-05004..4 EAN : 9782296050044

SOMMAIRE

Editoria I
Michel QUITOUT & El Mostafa CHADLI

'9

Georges MA U RAND Retour sur un voyage

11 (Allocution lors du colloque)

Professeur des Universités Emérite, Université de Toulouse-Le Mirail
Michel BALLABRIGA Avant-propos Université de Toulouse-Le 23 Mirai! ... 25

Abdallah MDARHRI-ALAOUI... Hommage à Georges Maurand

Université Mohammed

V, Agdal-

Rabat
-----------------------

Ahmed BACHNOU La poétique du normatif

...27 ou la sémiotique du savoir

Faculté des Lettres et des Sciences Humaines, Dhar El Mahraz - Fès
An 0 ua r BEN M SI LA. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ..
43

Analyse

sémiolinguistique

du texte

littéraire

Faculté des Lettres et des Sciences Humaines, Meknès
Assia BOUA y AD Procédés mis au service 53 de la signification

Faculté des Lettres et des Sciences Humaines, Dhar El Mahraz - Fès
El Mostafa CHADLI Perspectives et enjeux de la sémiotique 71

Université Mohammed
Joseph COURTES Plan de l'expression

V, Agdal-

Rabat.
83

et perception

Professeur des Universités Emérite, Université de Toulouse-Le Mirail.

Souâd EL A YA CHI
La femme-lumière dans la poésie lyrique du melhoun

105

Faculté des Lettres et des Sciences Humaines, Dhar El Mahraz - Fès

Selma EL MAADANI
Perception
«

113 phoriques dans la nouvelle de Abdelfattah Kilito
et la femme»

et tensions
homme

Le jeune

Faculté des Sciences de l'Education,
Youssef Linéarité EL YAACOUBI du verbal et métaphorisation

Souissi- Rabat
... 127

de l'iconique

Faculté des Lettres et des Sciences Humaines, Dhar El Mahraz Jacques
Sémiotique

- Fès
... 133

FONT ANILLE...
des passions, quête du sens

...
et rencontres interdisciplinaires

Université de Limoges & Institut Universitaire Khalid HADJI L'isotopie: de la filature extrait d'A. RIMBAUD
à la reconstitution

de France
153 Approche d'un

corrélative.

Faculté des Lettres et des Sciences Humaines, Dhar El Mahraz - Fès
Khadija HASSALA Modalités et production du sens dans une fable de Ka/ila wa Dimna d'Ibn AI Muqaffaa Faculté des Lettres et des Sciences Humaines, Dhar El Mahraz - Fès 169

Bernoussi SAL TANI
La construction du désert dans Les Ecrits de Maupassant sur Le Maghreb

183

Faculté des Lettres et des Sciences Humaines, Dhar El Mahraz - Fès
Sa ia TAS RA. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ..
1 93

Marrakch

médine de Claude

allier:

une ville-texte

Faculté des Lettres et des Sciences Humaines, Dhar El Mahraz - Fès
Il ham TAZI De la pratique 207 discursive: une cause peut en cacher une autre

Faculté des Lettres et des Sciences Humaines, Dhar El Mahraz - Fès
Touria UAKKAS Présence sémiotique et quête de l'absolu de Mohamed Berrada 217 dans le roman Lumière fuyante

Faculté des Lettres et des Sciences Humaines, El Jadida. Ahmed YOUCEF Sémiotique: entre science et philosophie 227

Université d'Oran

SOMMAIRES

DES NUMEROS

PRECEDENTS

Sommaire du premier numéro Mélanges. Sommaire du deuxième numéro Les langues oralesdans les pays méditerranéens: situation,enseignement & recherche. Sommaire du troisième numéro L'enseignement du FLE dans les pays méditerranéens.

239 241

243

Sommaire du quatrième numéro
Langues de France et français d'ailleurs.

245

***********************

l'énonciation

ou la narratologie, a eu

pOllr conséquence la reconsidération de son parcollrs 111éthodologique et même théorique avec la problématique des passIons. Aussi, le passage d'une sémiotique
livraison de La revue

EDITORIAL:
Cette nouvelle

de l'action, cimentée par la narrativité, à une sémiotique des passions, oblige-t-ille sémioticien à reconfigurer son parcours d'analyse, à revoir les postulats de base, C0111111e celui de la superficialité de la 111anifestation textuelle, et à prendre, à son corps défendan f, les figures et les
aléas de la nÛse en discours.

des

deux

rives/Europe-Maghreb un événement au Professeur spécial: le

matérialise hommage

Colloque International de Sémiotique en Georges Maurand, organisé, à Fès au Maroc, les 23-24 février 2007 par le Département de Langue et de Littérature Françaises de la faculté des Lettres et des Sciences

Humaines de Fès - Dhar El Mahraz, en
partenariat avec l'UFR de Sémiotique, Communication et Sciences de discours de la faculté des Lettres et des Sciences HU111ainesde Rabat. Le thème en était: «La sémiotique:
mise en discours

de la narrativité à la
», un thème cher à notre

Professeur des Universités Emérite. La sélniotique de ['Ecole de Paris, qu i se démarque, sémiotiques tou t aussi bien des antérieures 'sémiologiques'

que de la sémiotique 'logique' américaine,

s'est constituée tout le long de la deuxième moitié du XXème siècle, comme une discipline autonome et à fort pouvoir intégrateur, à l'intérieur de la région des sciences du langage. Cette
capacité à intégrer dans son dispositif des

Ce repositionnement sur une sémiosis interrelationnelle et plurielle oblige le sémioticien à repenser son dispositif sémantique et discursif en termes de syntaxe intermodale, d'aspectualisation, de tensivité et de configurations lexico-sémantiques. Le parcours génératif de la signification se trouve réarticulé en trois composantes, étagées en trois niveaux, et de valeur inégale. Parallèlement à cette évolution, des travaux, conlme ceux d'Umberto Eco, senlblent ouvrir la voie à une approche des textes littéraires du point de vue de la réception. Sémiotique de l'action,
sén1iotique des passions, sémiotique de la

éléments ou des procédures observées dans d'autres secteurs du savoir, tels que la pragmatique, la linguistique de

réception, sémiotique de la conlmunication et de l'information sont autant de lieux du faire sémiotique, de pratiques discursives et de confrontations méthodologiques,face au

9

texte, à l'image, à la combinaison des deux, voire aux procédés de synthèse numérique. Les contributions qui suivent, de sémioticiens marocains et français, cernent les différentes facettes du faire sémiotique en charge du discours, de type narratif, littéraire, poétique, philosophique, iconique ou filmique, en rapport avec la culture, écrite ou orale, du Maroc et de la Méditerranée. «La revue des deux rives/EuropeMaghre b s'honore de publier les Actes de ce Colloque en hommage à un maître qui a su, par ses qualités humaines, pédagogiques et scienti-fiques, abreuver aux sources de son savoir, un nombre important de chercheurs marocains, et
})

maghrébins en général, venus en France étancher leur soif de connaissances. Par ce Colloque, certains lui rendent hommage, en prolongeant, par delà la Méditerranée, mêmes, anciens son œuvre et sa de Georges pensée. Les auteurs de ces lignes, euxélèves Maurand, s'associent aux contri-buteurs de ce volume, pour saluer ce grand maître et lui rendre hommage pour les services rendus à la science universitaire. Par cette heureuse initiative, cette revue confirme sans aucun doute une de ses plus belles missions, à savoir: établir des ponts entre ces deux rives, par les rencontres intellectuelles, le dialogue inter-culturel et l'échange des savoirs.

Michel Quitout & El Mostafa Chadli

10

Retour sur un voyage « allocution lors du colloque »
Georges MA URAND Professeur des Universités Emérite Université de Toulouse-Le Mirail

Arrivé, franchi même, le terme d'une carrière, j) est bon de se retourner, de jeter un regard sur le parcours accompli, d'y rechercher une cohérence, comme à propos d'un texte. Plus modestement, on se bornera à repérer et identifier quelques éléments de continuité, étant entendu qu'on n'est pas le mieux placé pour rendre compte de sa propre trajectoire. Le temps permet toutefois de se voir à distance comme un autre; et si la vie peut alors se lire comme une sorte de ]ivre, comment ne pas reconnaître le bien-fondé de ]a phrase de Montaigne: « Je n'ai pas plus fait mon ]ivre que mon )jvre ne m'a fait, livre consubstantiel à son auteur, d'une occupation propre, membre de ma vie »1. J'ajouterai pour ma part, fidèle à la pensée de l'auteur des Essais: « Je n'ai pas plus appris à mes amis que mes amis ne m'ont appris, savoir à nous consubstantiel, d'une occupation commune, membre de nos vies ». Au fil des ans s'est précisée une thématique d'enseignement et de recherche autour de ]' approche des textes, explicite à ]a fin, implicite au début. Le passé se donne mieux à lire à partir du présent. Un premier rapprochement vient à l'esprit: traduire une version latine ou grecque, pour l'élève que j'ai été, procède de la même démarche intellectuelle que « monter» les champs lexicaux d'un texte. Dans les deux cas il s'agit d'une entrée progressive dans le sens global d'une unité de signification. En 1980, dans l'introduction à 1'« Approche narrativo-discursive de ]a Fable, le Corbeau et le Renard », il était recommandé: «Les champs lexicaux ne peuvent se construire qu'une fois que le texte a été longuement lu et relu »2. Pour ce qui est de la version, le texte est lu dans un premier temps sans l'aide, où plutôt sans l'écran du dictionnaire; chaque lecture apporte une lueur de sens nouvel1e. Les solidarités sémiques se mettent progressivement en place, les sèmes s'appellent de mot en mot, de proche en proche, de loin en loin. Par où se vérifie « la fonction poétique» de la communication verbale ainsi formulée par R. Jakobson: « la fonction poétique projette le principe d'équivalence de l'axe de
1 Essais, IL I. 2 Georges Maurand~ « Le Corbeau et le Renard~ Approche narrativo-discursive du Groupe de Recherches Sénlio-linguistiques, EHESS-CNRS. IL ] 7. ] 980.

». Documents

Il

GEORGES

MAURAND

la sélection sur l'axe de la combinaison»} ; le grand linguiste vient juste de préciser ces termes: « la sélection est produite sur la base de l'équivalence (axe paradigmatique), de la similarité, de la dissimilarité, de la synonymie et de l'antonymie, tandis que la combinaison (axe syntagmatique), la construction de la séquence repose sur la contiguïté ». Le mécanisme se vérifie à l'évidence dans le montage des champs lexicaux; ceux-ci exploitent la projection d'unités sémiques, ou sèmes, à proximité ou à distance, le long de l'axe syntagmatique de la combinaison. Les mots porteurs du même sème forment un champ lexical, que l'on peut aussi appeler thème, entendu au sens courant du terme, comme sujet de discours. Nous faisons l'hypothèse que le lecteur d'une page de Tacite construit lui aussi du sens, échafaude une signification globale en s'appuyant implicitement sur la « fonction poétique» de Jakobson; l'adjectif « poétique» doit s'entendre au sens étymologique de «créatrice de sens» (le verbe grec poiein signifie « faire). Sans doute la composante lexicale n'est-elle pas la seule à intervenir dans l'élaboration du sens textuel; la dimension syntaxique et plus largement grammaticale entre aussi en jeu selon les mêmes « deux modes fondamentaux d'arrangement utilisés dans le comportement verbal: la sélection et la combinaison »2 et leur interaction au sein de la fonction poétique. A utre plongée dans le passé, autre préfiguration de l'analyse lexicosémantique d'un texte: la description phonologique d'une langue3. De même que le contenu d'un phonème est formé de l'ensemble des traits distinctifs pertinents (phèmes) qui le différencient des autres phonèmes, de même le contenu sémantique d'un lexème, ou sémème, est formé de l'ensemble des sèmes qui le différencient des autres sémèmes; de même qu'un même phème (unité de son) est commun à plusieurs phonèmes, de même un même sème (unité de sens) est commun à plusieurs lexèmes. Il y a pourtant une différence entre les deux ordres d'organisation: alors que les phonèmes et traits distinctifs phoniques forment pour une langue donnée des inventaires clos, sémèmes, sèmes et champs lexicaux sont à reconstruire pour chaque texte particulier. Le premier exercice peut être considéré comme objectif, reproductible à l'identique par chaque phonologue; le second est subjectif, sans pour autant être arbitraire car justifiable: deux analyses en champs lexicaux (ensembles de mots ou lexèmes comportant un même élément sémantique ou sème) débouchent sur des classements et inventaires souvent proches, jamais identiques, puisque chaque usager des textes aborde ceux-ci avec une compétence sémantique propre. Le travail consiste dans la rencontre de deux compétences en tant que deux façons d'être au monde, celle du lecteur et celle qui est inscrite dans le texte. Or la
} Essais de linguistique générale, 2 R. Jakobson, ouvrage cité.
3

p. 220, Editions de Minuit, 1963.

On se reportera pour une description phonologique à la thèse de Mme Touriya Zemmama
et Phonologie du Parler arabe de Fès, UTM, 1975.

Laabi : Phonétique

12

ALLOCUTION

première varie avec la personnalité de chacun; la seconde aussi d~ai]]eurs : j] n'est pas deux fables de La Fontaine qui donnent lieu au montage des mêmes champs lexicaux. C'est la raison pour laquelJe à l'école, au co]]ège, au lycée et à l'université, un temps est parfois prévu pour une mise en COI11mun travaux, des et une discussion sur les différents montages, les différents arrangements, qui doivent tous être contrôlés par la saisie globale du sens textuel. Même alors, quand on s'est mis d'accord sur une « plate-forme» du sens (expression proposée par les élèves d'un CM2), quand « la compréhension individuelJe... se transforme en compréhension collective»], elle demeure « subjective» ; mais, et c'est beaucoup, elle a gagné en cohérence, en niveau d'intelligibilité. La subjectivité tient au fait que pour nous, dans le cadre de l'analyse textueIJe, la notion de sème est une notion relative et pas absolue. Les données du texte permettent de dégager des sèmes particuliers et non pas des classifications et taxinomies préétablies. « Lors de l'analyse de la composante sémantique d'un discours... le caractère minimal du sème est donc relatif et repose sur le critère de la pertinence de la description »2. Dans les premiers temps de notre recherche, le côté par trop mécanique du montage des champs lexicaux, avec leurs colonnes et alignements de mots apparemment coupés du discours, a pu en rebuter certains. Cet aspect du travail était dû à la volonté de corriger le caractère un peu flou des isotopies3, du moins dans la pratique des textes, et de mettre entre les mains de nos élèves un outil pédagogique approprié à leur âge. Le travail une fois terminé, jaillissait parfois la question aussi inattendue que désagréable: « Et maintenant, qu'est-ce qu'on en fait des champs lexicaux» ? Il a été tenu compte de cette critique. C'est ainsi que dans le travail intitulé: « Le bateau ivre: un paysage accompli4 », l'étude est rédigée de teUe sorte qu'elle puisse être lue indépendamment des tableaux des champs lexicaux. On se débarrasse de « l'échafaudage» comme disait l'un de nous. Oui, mais à condition d'avoir assuré la solidité de la murai]]e. Donner l'il1usion d'accéder directement, intuitivement, par la grâce d'un exceptionnel sens littéraire, à l'essence poétique du texte ne relèverait pas d'une honnête pédagogie. Ceci dit, la remarque était fondée, les tableaux des champs lexicaux ne sont qu'un programme d'usage. Malgré la prégnance des champs lexicaux, dès le début de notre recherche, notre démarche s'est appuyée sur d'autres composantes des textes, comme en
]

Pierre Marillaud, «Les champs lexicaux à récole élémentaire et au collège », Document de recherche en linguistique textuelle, p. 216, C.P.L.T., 2. 1979. 2 Sémiotique, dictionnaire raisonné de la théorie du langage, A.-J. Greimas. J. Courtés. p. 333. Hachette. 1993. 3 D~ns l'avant-propos du Document sur le Corbeau et le Renard précédemment cité. Joseph Courtés écrit: «L'établissement des champs lexicaux peut être interprété en termes d'Ïsotopie, non seulement figurative mais aussi thématique ». 4 Le Paysage, pp. ) 25 à 144, CALS., 1993. 13

GEORGES

MAURAND

témoigne, par exemple, le schéma qui sous-tend l'analyse Apollinaire, « Mai »1. 1- Champs lexicaux. 1 - 1 Tableau des champs lexicaux. 1 - 2 Configuration et répartition des champs lexicaux. 2- Syntaxe. 2 - 1 Temps et situation de communication. 2 - 2 Modalisation (déclarative,...). 2 - 3 Aspect (perfectif/imperfectif). 2 - 4 Voix et actants sémantiques. 2 - 5 Articles. 2 - 6 Liaisons (connecteurs grammaticaux). 3- Rhétorique. 3 - 1 Personnification. 3 - 2 Métaphore. 3 - 3 Clichés. 4- Prosodie. 5- Champ sémantique.

du poème de G.

On entend par champ sémantique l'ensemble des ramifications sémantiques groupées autour d'un thème; celui-ci a pour prédicat l'ensemble des champs lexicaux. Dans le cas présent, le thème est « Mai », le titre du poème, mis en scène selon trois plans d'énoncé, trois points de vue: le protagoniste situé dans le paysage, le narrateur décrivant le paysage, le poète philosophe transformant le paysage en symbole. Le tableau du champ sémantique est donné en annexe de ce document. On comprend pourquoi le Centre de recherche s'appelait C.P.L.T. (Centre pluri-disciplinaire de linguistique textuelle), ancêtre de l'actuel C.P.S.T. (Centre pluridisciplinaire de Sémiolinguistique textuelle). A l'orée des années 80 eut lieu la rencontre avec la sémiotique dite Greimassienne. Notre approche des textes s'en trouva enrichie, notamment par la prise en compte systématique de la composante narrative qui devint, avec les champs lexicaux, l'un des deux pôles majeurs de l'analyse textuelle. Une présentation méthodique des concepts mis en œuvre dans l'analyse narrative des textes a été faite par Michel Naude au début du volume intitulé: Ecriture et Traduction2 avec des exemples très simples à l'appui, à l'intention des enseignants des premier et second degrés. Sont retenus, entre autres, les
I Colette Aragon, « Etude d'un texte d'Apollinaire », Document de recherche en linguistique textuelle, C.P.L.T., 1978. 2 « Introduction à la sémiolinguistique textuelle », avec application à un article du journal Le Monde (daté du 6-7-1985) : Travaux d'Hercule (éditorial), Ecriture et traduction, CALS 1985, pp. 5 à 15.

14

ALLOCUTION

concepts suivants: transformation, état, actant, énoncé d'état, énoncé de faire, compétence, programme narratif, schéma narratif: manipulation et contrat, sanction (rétribution ou punition). La mise en œuvre à un niveau plus profond de la structure élémentaire de la signification (le carré sémiotique) vient également s'insérer dans la méthode; tout cela sans renoncer aux précieux apports des composantes proprement linguistiques (grammaire, rhétorique, prosodie). C'est dans cette nouvel1e perspective qu'a été analysé par exemple un passage de Germinal (Zola) : « le travail du mineur »). Une nouvelle étape a été franchie avec la prise en compte de la composante argumentative du discours étroitement liée à la polyphonie énonciative (O. Ducrot, J-CI. Anscombre, mais aussi E. Roulet, J. Moeschler et J.-B. Grize). Voici à titre d'exemple le schéma d'analyse simpHfié de la fable de La Fontaine: « Le vieux chat et le jeune souris »2. ] - Vers une thématique du texte par les champs lexicaux. 2 - Segmentation du texte. 3 - Analyse narrativo-discursive comme construction d'une signification organique. Dans cette troisième partie, ce n'est pas la composante narrative (déroulement des Programmes narratifs) qui scande la marche de l'analyse, mais la composante discursive: 3 - ] Les discours des personnages. 3 - 2 La requête de la Jeune Souris. 3 - 3 La riposte du Vieux Chat. 3 - 3 - ] Sanction du discours de la Jeune Souris. 3 - 3 - 2 Verdict du Vieux Chat. 3 - 4 Le récit ou discours du narrateur. 3 - 4 - 1 L'épisode de la Jeune Souris. 3 - 4 - 2 L'épisode du Vieux Chat. 3 - 5 La morale ou discours de ]' énonciateur. Ainsi priorité est reconnue au texte-discours par rapport aux adjuvants de l'analyse et de l'intelligence du sens que sont les champs lexicaux, les structures narratives, argumentatives, énonciatives et métriques. Il n'est pas question de prendre ici parti quant au problème de savoir «qui gouverne qui », entre les structures narratives et les structures discursives. On se reportera pour une discussion théorique, à l'ouvrage de M. El Mostafa ChadlP. Notre souci est de construire un outil d'analyse textuelle adapté aux différents niveaux
1 La lecture des textes et l'outil informatique, p. 59-81. C.A.L.S.. 1990. 2 Lire La Fontaine, G. et C. Maurand, C.A.L.S., 1992. 3 Sémiotique, vers une nouvelle sémantique du texte, notamment pp. 23 et suiv. Série: Essais et études, n° 10, Rabat, ] 995.

15

GEORGES

MAURAND

d'enseignement. D'ailleurs, structures narratives et structures argumentatives sont toutes deux des composantes du raisonnement. Alors, quelle est la dominante? Platon développe une rationalité narrative, Aristote une rationalité argumentative. Nous-même avons analysé un conte de Maupassant: «Aux champs »1 comme un raisonnement narratif. Ecoutons M. Anouar Ben Msila : «Le texte devient le lieu d'entrecroisement de la narrativité et de l' « argumentativité » ; raconter et persuader vont de pair, et c'est l'imbrication de ces deux composantes qui nous amène à opter pour l'approche sémiolinguistique globale et intégrée »2. C'est la même démarche que suit Yves Dakouo dans lecture du poème de Jacques Guégane, « La Génisse rousse »3 : 1 - L'organisation lexicale (tableaux et commentaires des champs lexicaux) destinée à dégager une sémantique dite statique. 2 - La segmentation, justifiée par les critères énonciatifs, argumentatifs et métriques. 3 - La progression sémantique, fondée sur les structures cognitives, énonciatives, narratives, syntaxiques, lexicales, phoniques, et surtout symboliques du poème. Celui-ci se révèle être une vaste métaphore humaine et cosmique; il raconte I'histoire d'une quête, d'abord simplement affective, puis cosmique, et enfin mythique par la recherche de l'unité primordiale. Si le mot prend sens dans le texte, il prend également sens hors du texte, c'est-à-dire dans tous les contextes, à commencer par celui des dictionnaires. C'est ainsi qu'à côté des textes, nous avons développé l'analyse sémantique de mots porteurs d'une signification complexe, de mots en attente de textes. Soit le mot «valeurs» que nous avons étudié dans l'article «Dire les valeurs aujourd'hui, préalable à l'étude sémio-pragmatique »4. Il s'agit, en s'appuyant sur un grand nombre de constructions grammaticales, de fonctions syntaxiques et sémantiques, d'abord de déterminer les potentialités sémantiques du lexème « valeur(s) » : prédicat évaluatif, classe d'objets mentaux, concept proprement dit, acteurs sociaux; de montrer ensuite qu'en termes de narrativité, les valeurs se rangent du côté de la compétence, et qu'en termes de pragmatique elles sont du côté des arguments; enfin de construire un champ sémantique à partir des sèmes qui constituent le signifié discursif du lexème «valeur(s)). Mis en discours celui-ci peut s'énoncer ainsi: «Les valeurs sont des systèmes de croyances et de forces, fondées sur des relations de différence, de hiérarchie et de conflit qui, participant d'une rationalité relative, c'est-à-dire variable dans le
1 Le raisonnement, pp. 71 à 80, CALS, 1992. 2 De l'Espace-texte, approche sémiolinguistique des récits d'Edmond Amran El Maleh, p. 20, Faculté des Lettres et Sciences humaines de Meknès, Editions Okad, Mars 2003. 3 « Jacques Guégane, le poète des sens: lecture de la Génisse rousse ». Poésie et Modernité, p. 53 à 76, CALS, 1991. 4 Argumentation et Valeurs, p. 71 à 95, C.A.L.S., 1994. 16

ALLOCUTION

temps et dans l'espace, font partie de la réaHté, non pas sur le mode de l'être, mais celui du devoir-être ». IJ s'agit là du champ sémantique du mot ou lexème « valeurs ». Qu'il soit appliqué à un lexème isolé, ou à un texte représenté par un lexème (le titre du texte par exemple, ou tel autre titre donné au texte et désignant le thème dominant), le champ sémantique relève de la sémasiologie : jl vise, en partant des signes minimaux (ou des lexèmes) la description des significations. Aux différents moments de notre démarche, l'accent a été mis tantôt sur le contenu, tantôt sur la forme; mais nous avons veillé à ne pas perdre de vue leur nécessaire complémentarité. Il est temps de faire un pas de plus et de dire qu'une approche globale du sens textuel doit mettre en évidence l'adéquation d'une forme et d'un contenu. Or, nous venons de poser la définition du style. Le philosophe G .-G. Granger, qui nous a mis sur le chemin de cette définition, situe le « concept» de stylistique dans le « rapport des structures et de leur contenu, rapport dont le caractère universel est de laisser indéterminée la question d'antériorité respective] ». Au terme «rapport» nous substÏtuons celui d' « adéquation» - nom d'action - pour mettre en évidence que le style n'est pas un résultat, mais un travail continu entre deux pôles: travail d'adaptation !l'une forme et !l'un contenu, et non pas d'une forme ~ un contenu. Dans son Art Poétique, le poète Eugène Guillevic livre le même message en termes limpides: « L'arbre S'enracine dans la terre, Le poème dans ce qu'il devient ». Les auteurs de Sémiotique, Dictionnaire raisonné de la théorie du langage2, A.-J. Greimas et J. Courtés, n'ignorent pas le terme de style, mais estiment qu'« il est difficile, sinon impossible d'en donner une définition sémiotique ». Dans un autre livre, Sémiotique des passions3, postérieur il est vrai au précédent, deux sémioticiens retiennent la formule pluriel1e de « styles sémiotiques» dont ils réservent J'étude « pour la sémiotique à venir ». Ils se contentent, à plusieurs reprises, de les rattacher à un faire modalisé et « stéréotypé» ou encore à « une modulation tensive figée et potentialisée ». Une conception du style sensiblement éloignée de celle qui vient d'être exposée. Par le style en effet, le texte régénère le langage, fait advenir chaque fois une nouvelle « façon d'être, d'agir », en entendant « façon» (à rattacher à « faire », comme nous l'avons suggéré) comme quelque chose de constitutif et de non séparable de l'être, du voir, de l'agir... ; c'est une façon (aspectualisation) de voir, mais si je n'ai pas

] Essai d'une philosophie du style, GiHes-Gaston Granger. p. 187 Ed. Odile Jacob~ 1968. 2 Sémiotique, dictionnaire raisonné de la théorie du langage, A. J. Greimas et 1. Courtés. Hachette.. 1979. 3 Sémiotique des passions, A. -J. Greimas et J. Fontanille. Editions du Seuil, ] 991.
~

17

GEORGES

MAURAND

cette façon, je ne vois pas »1. C'était la définition de Michel Ballabriga, sémiolinguiste. Voici la parole du poète, Lorand Gaspar. L'originalité de l'artiste, c'est « le regard soudain lavé de celui qui voit ou revoit les choses comme si c'était la première fois ». Or, ajoute-t-il deux pages plus loin, « seule l'assimilation totale d'une technique - par exemple la peinture - peut donner, au bout de toute une vie de travail, accès au spontané2 ». Il en va de même pour qui reçoit, accueille l' œuvre d'art, en l'occurrence le poème: tendre vers cette vision nouvelle des choses offertes par le poème, moyennant un infini travail sur les mots. Non qu'il faille sous-estimer l'éblouissement direct devant la beauté d'un texte, au contraire il faut se donner les moyens de la savourer, cette beauté intuitivement entrevue. Ailleurs, s'interrogeant sur ce qu'est écrire, le poète parle d' « expérience vécue3 », de « circulation rétablie entre la partie et un tout », d' « irrigation entre éléments isolés », grâce à quoi, ajoute-t-il en conclusion, « un autre pourra non seulement faire vivre ces mots, habiter ces figures, mais aussi s'y éclairer ». Estil meilleure justification des champs lexicaux, de la lecture sémiotique? Est-il meilleure saisie de cette catégorie majeure du langage qu'est le style? Et sans l'appui, sans la béquille du métalangage. Le style est atteint si l'on arrive à « habiter» le texte; non pas habiter dans l'espace du texte, celui qui est
représenté par le texte

- la

Normandie

de Maupassant

ou le Maroc d'E.-A.

El

Maleh - mais habiter « l'espace-texte» pour reprendre le titre du travail d'Anouar Ben Msila4.Message du texte? Il faudrait dire: « surmessage )}5, comme le philosophe du style, G. G. Granger. Mais si « le poème s'enracine dans ce qu'il devient », comme l'écrit E. Guillevic, son devenir s'arrête-t-iI à la dernière ligne du poème et de ses commentaires? Non! Guillevic lui-même, qui dédie son Art poétique à La Fontaine, continue à sa manière d'écrire des Fables, fidèle au message, au « surmessage » hérité du célèbre fabuliste. En d'autres termes, il reste fidèle à un style, après se l'être approprié, l'avoir intériorisé, fait sien, aussi inimitable que celui de Jean de La Fontaine. La poésie de Guillevic s'éclaire singulièrement dans le sillage de La Fontaine. Le philologue Jean Bollack, spécialiste des premiers philosophes grecs a aussi, avec les mêmes éléments de recherche, travaillé sur l' œuvre de Paul Celan, son contemporain. Au sujet de cette expérience il écrit: « J'ai donc

1 « Définition du style: Approche sémiotique », Michel Ballabriga, p. 28, Le style, C.A.L. S., 1994. 2 Apprentissage, Lorand Gaspar, « Vivre et écrire », p. 63 et 66, Peyrolle, éditeur, 1994. 3 Feuilles d'observation, Lorand Gaspar, Gallimard, 1986. 4 De l'espace-texte, approche sémiolinguistique des récits d'Edmond Amran El Maleh, Anouar Ben Msila, Faculté des Lettres et Sciences humaines de Meknès. 5 G. G. Granger, livre cité, p. 195. 18

ALLOCUTION

décidé d'apprendre le « celanien », car il s'agit d'une langue dans la langue »1. Ne serait-ce pas une belle définition du style, « une langue dans la langue» ? Il nous est arrivé, modestement, d'écrire dans « la langue» de tel ou tel poète, ultime et nécessaire étape d'une lecture sémiotique. En voici un exemple: dans un stage de formation continue destiné aux maîtres du second degré, à la suite d'une lecture sémiotique d'un poème d'Henri Michaux, « Elnportez-moi », chacun a essayé de continuer le voyage dans le sens du texte à travers un poème personneF. Les jeunes élèves sont friands de telles compositions, comme ]'ont fait les « Moyens» d'une Maternelle à Toulouse, en 1993. Comment ne pas citer deux de leurs «fabliettes », écrites, dessins à l'appui, au cours d'une « activité éducative» menée sur le thème des Fables de La Fontaine3 . Jolie tortue Si tu marches lentement Ce n'est pas à cause du vent Mais ta carapace est lourde Et tu as le temps. Poisson d' Avril. Poisson d'Avril Ne tient qu'à un fi], Raconte des histoires Qu' iI ne faut pas croire; Mais il nous fait rire Et quand il fait beau Il sort de l'eau Poisson d 'Avril! Avec ce rappel, la boucle est bouclée entre l'Ecole Primaire du début de carrière et l'Ecole Maternelle revisitée sur le tard, en passant par les étapes du Secondaire et du Supérieur. Boucle également bouclée dans l'espace maghrébin entre]' école du village de Beni Aïssa (Sud Tunisien) et J'université de Fès, aujourd'hui. Et tout le long du chemin, un continuel échange de savoirs et de savoir- faire4.
} Le Monde des Livres du 2 février 2007, p. 12. 2 « Un poème d'Ho Michaux: du lire à l'écrire », Ecriture et Traduction, 1985. 3 « Echo des Fables », Le Style, pp. 197-200, C.A.L.S.~ 1994.

pp. 17-23. C.A.L.S..

4 Nous faisons nôtre la recommandation d'Assia Bouayad Benadada : « Il n'existe pas une méthode capable de cerner la cohérence d'un texte et sa vérité ». La meiHeure solution est de tendre vers « le point de rencontre de plusieurs méthodes », Une analyse sémio-linguistique ]9

GEORGES

MAURAND

Publications de M. Georges MAURAND
1962 Etude littéraire des Caractères de Théophraste, diplôme d'Etudes Supérieures, Faculté des Lettres de Toulouse. 1971 - Phonétique et Phonologie du parler occitan d'Ambialet (Tarn), thèse d'état, Faculté des Lettres de Toulouse. 1974 - « Contribution à l'étude du rôle syntaxique de l'intonation », Grammatica III, Faculté des Lettres de Toulouse. 1974 - « Analyse linguistique de texte: vers les fondements d'une méthode (application à un texte de Proust, « Un amour de Swann ») », Grammatica IV, Université de Toulouse-IeMirail. - « Approche linguistique d'un texte latin: Tacite, Annales I, 65 », Bulletin de la Société toulousaine d'Etudes Classiques, n° 172. 1975 - Analyse du sens dans un texte français, avec application à un extrait de Regain de Giono, « Les labours d'Automne» », BREF (Bulletin de Recherche sur l'Enseignement du Français), Université François Rabelais, Tours. 1976 - « Contribution à l'étude de la diglossie franco-occitane en milieu rural », Revue des Langues Romanes, tome L XXXII, Montpellier III. 1977 - Document de Recherche en Linguistique textuelle I, CPLT (Centre Pluridisciplinaire de Linguistique Textuelle), Université de Toulouse-Ie-Mirail. : - «Etude d'un texte de Juan Marcé, « Ultimas tardes con Teresa» ». - « Etude d'un texte de Rousseau, extrait des Confessions.» - « Etude d'un extrait des Mémoires d'Outre-Tombe, de Châteaubriand, « Inégalité des fortunes» ». - «Le problème des géminées en Occitan central », Via DonÛtia, Annales de l'Université de Toulouse-Ie-Mirail. 1978 - Document de Recherche en Linguistique textuelle II, CPLT (Centre Pluridisciplinaire de Linguistique Textuelle), Université de Toulouse-Ie-Mirail : « Etude des modalités narratives dans un discours politique, « le Bon Choix» de Giscard d'Estaing ». - « Morphologie verbale de l'Occitan: Approche d'un diasystème », Mélanges Louis Michel, Université Paul Valéry, Montpellier. 1979 - Colloque d'Albi Langages et Signification (CALS) : « La Laitière et le Pot au Lait, Analyse sémiolingistique ». - « La Superstition: de la Lexicologie à la Sémiotique ». 1980 - «Latence des phonèmes consonantiques à la finale des mots en occitan », Mélanges Henri Guiter, Université de Perpignan. - CALS: tome I, Le Laboureur et ses enfants, de 1. de La Fontaine, « Préliminaires à l'Analyse sémiotique: Lexique, Narrativité, Enonciation ». - CALS: tome II, Analyses textuelles. « Le Savoir et le Croire dans le discours ». 1981 - CALS: Le Pouvoir et le Dire. 1982 - CALS: Le Rythme avec Henri Meschonnic. « Pour ne pas clore le débat ». - CALS: tome II, Les Animaux malades de la Peste, de 1. de La Fontaine, Essai d'interdisciplinarité. « Lecture sémiolinguistique de la fable; Etude prosodique de la fable ». - « Eléments d'une approche lexico-sémantique d'un texte littéraire », Actes sémiotiques VI, EHESS (Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales), Paris. 1983 - CALS: Argumentation et Valeurs. « Dire les Valeurs aujourd 'hui ».
de la Mère du Printemps de Driss Chraibi, p. 287. UTM, 1989. On pourrait parler alors de » sémio-diversité ».

-

20

ALLOCUTJON

- Langue française N° 61, Pratiques sémiotiques de "Ecole Elén1entaire, « Sémiotique et enseignement du Français », Larousse. - Linguisticae investigationes, De la SyntG.."1;e Pragmatique, « Un exemple de rapport à la entre fonctions syntaxiques et sémantiques: actants/acteurs ». J. Benjamins. Amsterdam. 41!ml! Colloque du SEL (Séminaire d'Etudes Littéraires). Université de Toulouse-IeMirail. Le Personnage en question: « Le Personnage: du nommé à l'innommé ». 1984 - Hommage à A.-J. Greimas: Exigences et Perspectives de la Sémiotique, «Grammaire des Actants et grammaire des Cas. un même objectif ». J. Benjamins.
AITIsterdam.

- CALS: Ecriture et Traduction. « L'Enonciation de récriture chez Victor Hugo dans Pasteurs et Troupeaux (Les Conten1plations). 1985 - CALS: Le Conte. « Lecture sémio-pragmatique d'un conte littéraire: La Ficelle de Maupassant ». - « Les trois Voleurs de TolstoÏ », étude sémiolinguistique. 1986 - CALS: Nouvelles Recherches en Gram n1aire. «Eléments d'une grammaire de l'Imparfait » - « De la signification à propos de l'Incipit de Journaux de Voyage de Lorand Gaspar ». 1987 - CALS: Lire et Enseigner le Texte et l'Image. Valeurs et Culture. « Analyse d'un poème de Claude Roy: La nuit ». - SEL: Espaces. «De l'espace dans le texte à l'espace-texte ». PUM (Presses Universitaires du Mirail). - « Etude argumentative d'un article de presse, « Sur un silence », par André Mandouze. Mélanges offerts au Pr Vergin, Cahiers du Centre Interdisciplinaire des Sciences du Langage, UTM. 1988 - CALS: La lecture des Textes et l'Outil Infornlatique, « Analyse sémiotique d'un extrait de Feuilles d'Observation de Lorand Gaspar» ; 1989 - CALS: Le Dialogue. «Le Loup et l'Agneau de La Fontaine. ou le NonDialogue» . - VERSANTS - Stylistique et Littérature: «Lecture d'un poème de Baudelaire par la construction des Champs lexicaux: Spleen », A la Baconnière, n° 18, Suisse. 1990 - CALS: Poésie et Modernité. « Un poème de l'avènement: Demain dès l'aube de Victor Hugo ». - « Un poème de la Modernité: A une passante de Baudelaire ». - REVUE FRANCO-NIGERIENNE n° 1 : « Montage des champs lexicaux dans un texte de Proust extrait de Du côté de chez Swann », UTM/U. de Niamey. 1991 - CALS: Le Raisonnement. «Raisonnement narratif dans un conte de Maupassant: Aux chanlps ». - Lire La Fontaine. Analyses de Fables. UTM. 1992 - CALS: Le paysage. «De la grammaire du paysage: approche d'une notion complexe ». - « Le Bateau Ivre de Rimbaud: un paysage accompli ». 1993 - CALS: Le style. « Approche sémiotique de la notion de style ». - « Le style des Fables de La Fontaine ». 1994 - Sémantique et Rhétorique sous la direction de M. Ballabriga. Ed. Champs du signe, « Rhétorique et Communication poétique ». - CALS: La communication. «La communication: une structure. des formes. des règles, mais aussi un art, une éthique».

- « Le travail

du Mineur dans Germinal de Zola ».

21

Avaut-propos

Miellel BALLABRlGA Université de Toulouse-Le Mirail

Quand Michel Quitout m'a proposé d'écrire quelques lignes en avantpropos à ce volume de textes sémiotiques en hommage à Georges Maurand, j'en ai ressenti honneur et plaisir extrêmes, sentiments qui ne vont pas forcément ensemble... Honneur et plaisir d'être associé à cet hommage envers un professeur et un chercheur qui fut et demeure notre guide et je remercie très vivement mes col1ègues d'outre-Méditerranée de cette proposition qui m'est une très amicale attention. Honneur et plaisir de prendre connaissance des travaux de recherche en sémiotique menés sur l'autre rive, travaux riches et précis tant du point de vue des objets étudiés que des axes d'investigation. Divers objets et types de discours sont ici soumis au regard analytique et critique des sémioticiens, entre autres: religion, littérature, poésie, théâtre, manuel scolaire, discours politique, publicité... L'oral n'est bien sûr pas oublié. Du côté des méthodes et théories, la sémiotique se taine la part du lion, déclinée dans toutes ses variétés successives - sémiotique narrative, passionnelle, tensive - pour construire des objets interprétés qui soient des totalités ouvertes en prise et aux prises avec la question primordiale de la sémiosis, avec des significations organiques non oublieuses de J'importance et du poids de j'iconique. L'interprétation, au moins autant que la génération, est au cœur des problématiques sémiotiques et on a plaisir à constater Je développement d'études de sémantique interprétative. Si un objet peut-être pluri-sémiotique et nécessiter un plan médiateur, un enjeu épistémologique important est bien celui de l'interdisciplinarité, par exemple entre sémiotique et sémantique, dont la complémentarité passe probablement par une médiation également; j] est probable qu'une interdisciplinarité profitable s'instaure dans une transdisciplinarité où peut apparaître un objet commun à construire pour pouvoir établir le dialogue disciplinaire.

23

MICHEL

BALLABRIGA

La sémiotique est probablement entre science et philosophie, pour reprendre Je thème d'une séance, et que ce soit dans l'interprétation des praxis culture1les ou des identités culturelles, une de ses tâches actuelles (et urgentes ?) est peut-être bien celle de la constitution d'une sémiotique de la culture/des cultures, dans la perspective herméneutique de la transmission. Cette transmission - que J'on reçoit et que l'on modifie pour la transmettre à notre tour - Georges Maurand l'a initiée pour nous, ses disciples et ses amis. Il se trouve, par une heureuse coïncidence, et purement fortuite ce qui lui donne encore plus de valeur, qu'un autre amical hommage va être rendu à Georges Maurand par les membres du Centre Pluridisciplinaire de Sémiolinguistique TextueHe qu'il a fondé en 1975. Symbolique façon de rapprocher encore « les deux rives », les cultures et les êtres qui les font vIvre. Le cours d'eau - et de la vie - garde toujours la mémoire de la source qui, bien qu'en amont, l'accompagne toujours, présente et intimement liée à lui...

24