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Langage et identité chez les Ndambomo du Gabon

De
312 pages
L'auteur situe les implantations actuelles des Ndambomo du Gabon avant de s'intéresser à la question de leur identité, examinée sous trois angles : l'identité culturelle, l'identité historique et l'identité linguistique. Une esquisse de la grammaire ndambomo est proposée (phonologie, morphologie, syntaxe) ainsi qu'un lexique ndambomo-français-anglais de près de 1200 mots.
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Pither Medjo MvéLangage et identité
chez les Ndambomo du Gabon
Ce livre porte sur une communauté méconnue : les Ndambomo du Langage et identité Gabon, qui vivent au centre et à l’est du pays.
Dans la première partie, l’auteur situe leurs implantations chez les Ndambomo du Gabon
actuelles avant de s’intéresser à la question de l’identité ndambomo.
Cette question est examinée sous trois angles : l’identité culturelle,
l’identité historique et l’identité linguistique. L’étude montre que le
ndambomo est une langue moribonde, qui a cessé d’être transmise
aux jeunes. Cette première partie s’achève sur de nouvelles
hypothèses sur le parcours qui a dû conduire les Ndambomo jusqu’à
leur habitat actuel. Dans la deuxième partie, on trouve une esquisse
de la grammaire ndambomo (phonologie panchronique, éléments
de morphologie et de syntaxe). L’étude révèle en particulier la
grande variabilité qui semble la caractériser. Enn, la troisième et
dernière partie renferme un lexique ndambomo-français-anglais
de près de 1 200 mots.
Après avoir soutenu sa thèse à Lyon (France) sur la
phonologie panchronique des parlers fang (Gabon)
et ses implications historiques, Pither MEDJO MVÉ
s’intéresse à présent à l’étude des langues et peuples
du Gabon, en s’inscrivant dans une approche
pluridisciplinaire. L’auteur séjourne actuellement à
Lyon, où il prépare une habilitation à diriger des recherches.
Pither MEDJO MVÉ est un linguiste gabonais. Il est maître-
assistant au département des sciences du langage de l’université
Omar Bongo (Libreville, Gabon).
Photographie de couverture : 123RF
ISBN : 978-2-343-00682-6
32e
f
Langage et identité chez les Ndambomo du Gabon
Pither Medjo Mvé






Langage et identité
chez les Ndambomo du Gabon























Études africaines
Collection dirigée par Denis Pryen et François Manga Akoa

Dernières parutions

André ENGAMBÉ, Impôt colonial et résistance des populations
du Congo, 2013.
Bouopda Pierre Kamé, Kamé Samuel. Aux fondements du
régime politique camerounais, 2013.
Paulin KIALO et Flora EKOZOWAKA NGUEMASSA, Un projet de
barrage hydroélectrique au Gabon. L’affaire Kongou, 2013.
Paulin KIALO, Les proverbes de la forêt chez les Pové du
Gabon, 2013.
Daha Chérif BA, Cultures populaires en Sénégambie.
L’exemple des Fulbe (1512 – 1980), 2013.
Stéphanie NKOGHE, L’éducation traditionnelle fang en
mutation, 2013.
Prof. KIMPIANGA MAHANIAH, Kasa-Vubu, Lumumba et
l’indépendance du Congo. 1956-1960, 2013.
Hilaire KOUOMEGNE NOUBISSI, Centralisation et
décentralisation au Cameroun. La répartition des compétences
entre l’État et les collectivités locales, 2013.
Myriam LEGENNE, Soins et altérité, 2013
Kyalondawa NYABABA, Les Pygmées face à une modernité
économique et religieuse importée. Les enjeux de l’inscription
du christianisme dans une culture africaine de frappe
écologique, 2013.









© L'HARMATTAN, 2013
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-00682-6
EAN : 9782343006826 Pither MEDJO MVÉ





Langage et identité
chez les Ndambomo du Gabon













L’Harmattan




DU MÊME AUTEUR



Introduction à la langue et la culture des chasseurs-
cueilleurs Bakoya (Région de Mékambo, Gabon), W.J.G.
Möhlig & B. Heine, coll. « Grammatical Analyses of African
Languages », vol. 40, université de Cologne, Rüdiger Köppe
Verlag, 208 p.



Ndambomo libúle !

« Les Ndambomo sont nombreux !»
(Dicton ndambomo)

«The Ndambomo are numerous !»
(Ndambomo proverb)

Remerciements
Je remercie le laboratoire Dynamique du Langage (DDL) de Lyon,
qui a financé les enquêtes sur le ndambomo par le truchement du
projet Espace, Territoires & Sociétés. Je suis également reconnaissant
envers le Laboratoire d’Anthropologie (LABAN) de Libreville, en
particulier Raymond Mayer, dont l’implication personnelle a
grandement facilité les enquêtes de terrain.
Je remercie par ailleurs Denis Creissels (DDL, Lyon), Larry M.
Hyman (University of California, Berkeley), Lolke Van der Veen
(DDL, Lyon), Gérard Philippson (DDL, Lyon & INALCO, Paris)
Raymond Mayer (LABAN, Libreville & DDL, Lyon) et Leandro Di
Domenico (DDL, Lyon) pour leurs commentaires ou suggestions.
Leurs remarques et critiques avisées m’ont permis d’améliorer la
qualité du livre. Denis Creissels a relu en particulier la partie
consacrée à la morphosyntaxe, domaine dans lequel je m’investis
depuis peu.
Christian Fressard, ingénieur de recherche et responsable du
service informatique à DDL, s’est occupé quant à lui de l’aspect
cartographique, notamment la localisation exacte des implantations
actuelles des Ndambomo du Gabon. À cet effet, je ne peux que lui
exprimer ma reconnaissance.
Par ailleurs, j’adresse mes remerciements à Edmond Gervais Peindi
pour sa participation dans l’enquête de terrain.
Enfin, last but not least, je salue et remercie mes collaborateurs
ndambomo de la région de Booué. Ils ont tous contribué de près ou de
loin à la réalisation de cet ouvrage consacré à leur langue, leur identité
et, par conséquent, leur culture.
C’est donc à eux que je dédie ce livre, qui est pour moi bien plus
qu’un livre de linguistique. C’est un hommage que je veux rendre à
cette communauté, qui se trouve à la croisée des chemins.

7 Préface
Cet ouvrage de Pither Medjo Mvé sur les Ndambomo confirme
l’intérêt que l’auteur porte à l’étude des langues et peuples du Gabon,
son pays d’origine. Ce livre paraît quelques temps après celui qu’il
vient de consacrer aux chasseurs-cueilleurs Bakoya (ou Bakola) de la
région de Mékambo (Medjo Mvé 2011).
Ce premier essai, sur une langue qui n’avait pas encore eu de
description linguistique, présente la phonologie synchronique, la
phonologie diachronique, la morphosyntaxe puis le lexique.
Un des mérites du livre est qu’il porte sur une communauté
méconnue, et surtout, menacée d’extinction. En fait, la situation
linguistique des Ndambomo reflète bien l’état de précarité dans lequel
se trouvent la plupart des langues du Gabon, dans la mesure où plus de
la moitié d’entre elles comptent moins de mille locuteurs ‘actifs’
(Hombert 2009). Dans les conditions actuelles de son évolution le
ndambomo, qui compte quelques dizaines de locuteurs seulement,
court le risque de s’éteindre dans moins de vingt-cinq ans.
L’étude de l’identité ndambomo n’est pas examinée uniquement
sous son aspect linguistique. L’ouvrage passe en revue les données
géographiques, anthropologiques et historiques qui caractérisent cette
identité ndambomo.
Convaincu que la linguistique peut contribuer à une meilleure
connaissance de l’histoire des peuples et cultures à tradition orale,
l’auteur n’hésite pas à sortir des sentiers battus. Ainsi, s’appuyant sur
les acquis du passé, il propose de nouvelles hypothèses sur le
peuplement de l’énigmatique ‘groupe kota-kele-seki’, auquel
appartiennent les Ndambomo. Il considère en effet que les membres
du sous-ensemble ‘kele’, qu’on rencontre un peu partout au Gabon
mais bien souvent avec des noms différents, font probablement partie
des anciens occupants de la région. Les membres du sous-ensemble
‘kota’ quant à eux, qui sont linguistiquement différents, pourraient les
avoir trouvés sur place, avant que tout le groupe ne se disperse,
d’abord au nord de l’Ogooué, puis un peu plus tard au sud de
l’Ogooué. Les Ndambomo font peut-être partie des nouveaux
arrivants, bien qu’ils semblent avoir adopté la langue des autochtones
kele-ngom d’après l’auteur. Quant aux Seki, qui sont classés B21
9(Maho 2009), ils pourraient appartenir au groupe A90 (Kaka Group),
comme l’avaient déjà proposé d’autres auteurs (Jacquot 1983, Bastin
& Piron 1999, Bastin et al. 1999).
Dans leur parcours, des Ndambomo semblent s’être assimilés à
d’autres groupes bantu. C’est ce que suggère notamment leur vieil
adage Ndambomo libule (« les Ndambomo sont nombreux »).
Un des crédos de l’auteur est qu’il y a un lien entre les faits de
langue synchroniques (faits du présent) et les faits de langue
diachroniques (faits du passé) mais aussi entre le langage et le
contexte social. Ainsi, l’étude postule que la variation linguistique
peut être appréhendée et analysée dans la dynamique présente. Dans le
cas du ndambomo, la variation linguistique, qu’elle soit phonologique,
morphosyntaxique ou lexicale, pourrait s’expliquer par le contact des
langues et des cultures. Les Ndambomo cohabitent en effet avec
d’autres communautés bantu souvent plus nombreuses. Ils parlent
leurs langues, et finissent par adopter certaines de leurs traditions (cas
de l’adoption du rituel de circoncision du mungala).
Un autre aspect de ce contact est qu’avec ses nombreux emprunts
ou doublets, il est parfois difficile d’identifier l’identité du
ndambomo. Dans la région de Booué, les langues auxquelles le
ndambomo emprunte des unités ont surtout pour noms le samayi
(B203), le sake (B251) et, à un degré moindre, le kota (B25). Ainsi,
dans la langue des Ndambomo, l’emprunt linguistique semble se
manifester aussi bien au niveau de la phonologie (emprunt de son) que
de la morphosyntaxe (emprunt d’une forme) et du lexique (emprunt de
mot).
Au niveau de la description linguistique, l’auteur tient compte des
données des autres langues du groupe ‘kota-kele-seki’, ce qui permet
de mieux appréhender la place du ndambomo à l’intérieur de cet
ensemble. Il en tire la conclusion suivante : l’identité ndambomo est
extrêmement fragile.
Par ailleurs, cet important ouvrage nous éclaire sur la situation
linguistique qui prévaut particulièrement dans la région située à
l’ouest de la province de l’Ogooué-Ivindo, province qui illustre peut-
être le mieux la diversité linguistique du Gabon.
Le livre comporte un lexique inédit d’environ 1200 termes, qui
combine ‘lexique de base’ et ‘lexique spécialisé’. Il donne ainsi un
aperçu significatif de la richesse culturelle des Ndambomo du Gabon.
10Mais il s’agit là d’une richesse qui, aujourd’hui, se trouve bien « à la
croisée des chemins », pour reprendre la formule de l’auteur, dans la
mesure où elle court le risque de se perdre sans laisser de trace
durable. Ce livre répond donc à un besoin évident, celui de contribuer
à la sauvegarde d’une partie du riche patrimoine culturel africain.
Enfin, dans sa conception, l’ouvrage se situe – et ce n’est pas l’un
de ses moindres mérites – dans une longue tradition de recherches
collectives en linguistique et en anthropologie, au sein du laboratoire
Dynamique du Langage de Lyon, fédérateur de chercheurs du Nord et
du Sud qui, depuis plus de vingt-cinq ans, s’intéressent aux langues et
aux cultures du Gabon.

Jean-Marie HOMBERT
11
Sommaire

Remerciements ................................................................................... 7
Préface ................................................................................................. 9
Sommaire .......................................................................................... 13
Conventions ....................................................................................... 17
Introduction générale ....................................................................... 19
Partie I Territoire, histoire & identité ........................................... 29
Chapitre 1 Domaine territorial des Ndambomo du Gabon ............. 31
1.1 un ‘pays’ morcelé ......................................................................... 31
1.2 Les Ndambomo de l’Ogooué-Ivindo ............................................ 35
1.3 Présence dans le sud-est du Gabon et au Congo .......................... 38
1.4 La ville de Booué et le département de La Lopé 41
Chapitre 2 La question de l’identité ndambomo ............................. 47
2.1 Identité culturelle ndambomo ....................................................... 47
2.2 Identité historique ndambomo ...................................................... 60
2.3 Identité linguistique : langue et histoire ....................................... 83
Chapitre 3 Point sur les recherches et enquête de terrain ............ 109
3.1 Recherches sur les Ndambomo .................................................. 109
3.2 Principales conclusions de Peindi (2010) ................................... 111
3.3 Méthodologie de l’enquête et recueil des données ..................... 113

13Partie II Éléments de description du ndambomo ....................... 121
Chapitre 1 Éléments de phonologie synchronique125
1.1 Structure syllabique .................................................................... 125
1.2 Système vocalique ndambomo ................................................... 128
1.3 Système consonantique .............................................................. 133
1.4 Système tonal ............................................................................. 139
Chapitre 2 Éléments de phonologie diachronique ........................ 141
2.1 Évolution de la structure syllabique ........................................... 141
2.2 Évolution du système vocalique ................................................. 142
2.3 Évolution du système consonantique ......................................... 143
2.4 Évolution du système tonal ........................................................ 145
2.5 Évolutions diachroniques plus récentes ..................................... 146
Chapitre 3 Éléments de morphologie et de syntaxe ...................... 149
3.1 Principales classes nominales du ndambomo ............................. 150
3.2 Les pronoms sujets ou substitutifs .............................................. 172
3.3 Codage du possessif en ndambomo ............................................ 174
3.4 Codage du démonstratif .............................................................. 180
3.5 Codage du connectif ................................................................... 186
3.6 Aspects de la coordination ......................................................... 190
3.7 Formes du préfixe verbal (PV) ................................................... 190
3.8 Tableau récapitulatif des préfixes du ndambomo ....................... 192
3.9 Formation de noms dérivés ........................................................ 195
3.10 Construction causative ............................................................. 196
3.11 Principes de la numération en ndambomo ............................... 197
3.12 La numération dans quelques langues kota-kele ...................... 199
3.13 Note sur le ‘qualificatif’ en ndambomo ................................... 200
143.14 Fragments de la conjugaison .................................................... 201
3.15 Ordre des mots dans la phrase .................................................. 208
Partie III Lexique Ndambomo–Français–Anglais ................... 213
Conclusion ....................................................................................... 263
Références bibliographiques ......................................................... 275
Annexes ........................................................................................... 287

15Conventions
A. Symboles phonétiques nd Ndong
Nous indiquons en gras (ci- ŋg (= ng) Ngoma, Nguema
dessous) les équivalents
orthographiques des symboles
• Voyelles phonétiques utilisés dans ce
i vite livre. Ces signes sont attestés
en français, anglais, ou dans les e été, passer
langues du Gabon.
ɛ mer, fer
a aller • Consonnes
ɔ or p comme dans père
o dos b beau
u cou t terre
ə le k cœur, queue
s sel
• Tons
z zone
 ton haut (H)
∫ (=ch) chien
̀ ton bas (B)
ʒ (=j) Jean
ton moyen (M)
m matin
^ ton descendant (Dt)
n nom
ˇ ton montant (Mt)
ɲ pagne
 ton haut abaissé ( H)
r fer
 relèvement tonal
ŋ parking
[ ] écriture phonétique
w angl. white
/ /phonologique
l lune
- frontière de morphème
y voyage, fille
. frontière de syllabe
ʧ (= tch) match, catch
* reconstruction
ʤ (= dj) angl. jean’s,
> a évolué en jogging
→ se prononce mb mbolo (« bonjour »)
17
̄Int. intransitif / contexte
Interr. interrogatif ~ variante libre
Locat. locatif
B. Autres symboles MI morphème interrogatif
N nom Ø morphème zéro
N. scient. nom scientifique B ton bas
NEG négation C consonne
Num. numéral G glide
Omnicl. nom omniclasse H ton haut
Par ext. par extension N consonne nasale
PD préfixe dépendant S semi-voyelle
PI préfixe indépendant V voyelle
Pl. pluriel Ǹ nasale syllabique
PN préfixe nominal Adj. adjectif
POSS possessif Angl. anglais
PREF préfinale Appel. appellatif
PREP préposition Cat. catégorie grammaticale
PRES présent CAUS causatif
Pron. pronom Cl. (ou CL) classe nominale
PST passé CONJ conjonction
PV préfixe verbal DEM démonstratif
RAD radical EXT extension
Sing. (ou sg.) singulier FIN finale
TAM time aspect Fr. français
modality
FV voyelle finale
Tr. transitif
GEN génitif
V voyelle ou verbe
Gén. nom générique
Var. variété d’une espèce
i.e. in extenso
IMP impératif
18Introduction générale
Lorsque j’ai commencé à mener des enquêtes sur le ndambomo
parlé à Booué dans les années 2006-2007, peu de chercheurs s’étaient
penchés sur la situation de cette langue du Gabon. Au Gabon même,
un pays qui représente à lui tout seul une sorte de petite ‘Tour de
Babel’ linguistique, avec une soixantaine de langues à l’intérieur de la
grande ‘Tour’ africaine, peu de personnes connaissent l’existence de
cette langue. La plupart des Gabonais seraient incapables de situer
l’endroit exact où habitent les locuteurs du ndambomo, et bien peu
pourraient prétendre en avoir rencontrés dans leur vie. Mais le
ndambomo est loin d’être la seule langue du Gabon que le grand
public ignore, dans un pays qui compte un peu plus d’un million
d’habitants et plus de soixante langues.
Dans les grands centres urbains, certains Ndambomo peuvent
passer pour des ‘Kota’ ou sont considérés comme tels. Pour Jacquot
(1983 : 69), c’est sans doute l’importance numérique des locuteurs du
kota au sein du groupe B20 qui « amène certaines communautés à
dire qu’ils parlent « bakota » avant de préciser le nom exact de leur
idiome ». Nous pensons que, même si dans ces contextes le terme
‘kota’ s’emploie comme un nom générique englobant quasiment tous
les membres du groupe B20 (le Kele Group de Guthrie 1953 & 1971
ou celui de Maho 2009), il ne rend pas compte de la complexité de ce
groupe. J’ai déjà abordé cette question des ‘raccourcis identitaires’
dans Medjo Mvé (2011), en examinant brièvement le cas des
chasseurs-cueilleurs Bakoya (ou Bakola) de Mékambo. Les
Ndambomo désignent d’ailleurs ces derniers au moyen du terme Mì ŋ-
kòl ɛ̀ (sg. Ǹ-kòl ɛ̀). Les Bakoya font partie du même groupe
linguistique que les Ndambomo (cf. Medjo Mvé 2011).
On peut regretter que les anthropologues et les historiens gabonais
n’aient pas encore songé à étudier cette question des ‘masquages
identitaires’ de manière systématique, que ce soit au sein du groupe
kota-kele ou sur d’autres groupes ethniques. Minko (2008) a tenté
néanmoins de décrire dans une perspective sociolinguistique ce
qu’elle a appelé le « marquage identitaire » dans le contexte du
Gabon. Cette étude sociolinguistique a analysé les jugements que les
Gabonais portent sur leur propre façon de parler le français. Les
19données recueillies dans cette étude se situaient dans le prolongement
du projet de recherche « Sociolinguistique de Libreville » (années
1999 & 2000) mené conjointement par des chercheurs de l’École
Normale Supérieure (ENS) de Libreville et ceux de l’Université
d’Aix-en-Provence (France). Minko (2008 : 162) a fait l’hypothèse
que le français du Gabon portait en lui les germes, ou plus exactement
« la marque des cultures locales », pour reprendre ses propres termes.
D’après cette auteure, l’étude de ce français parlé permettrait en
particulier de situer l’origine ethnolinguistique du locuteur à travers
son accent. Cette étude met en lumière une possible corrélation entre
l’identité linguistique et l’identité géographico-ethnique du
francophone gabonais. L’étude sociolinguistique était basée sur la
technique du locuteur masqué (Matched Guise Technique) et un
échantillon d’environ 120 personnes. Elle a montré notamment que le
groupe fang (A75) était le mieux identifié, suivi du groupe sira-punu
(B40). Par contre, l’identification des membres du groupe ngwè-
myènè (B10) était mauvaise. Mais cette étude n’a malheureusement
pas pris en compte les locuteurs du groupe qui nous intéresse ici, le
groupe B20, et encore moins ceux du ndambomo plus spécifiquement.
Pour plus de détails, nous renvoyons à Minko (2008).
Dans le passé, certains auteurs n’avaient pas hésité à utiliser le
terme ‘kota’ dans un sens extrêmement large. Ainsi, l’ethnologue
1Perrois (1970 : 20) précise qu’il emploie « le terme Ba-kota pour
désigner l’ensemble des tribus kota par opposition à la tribu des
Kota-Kota souvent appelés Bakota ». Encore une fois, un tel usage
n’est pas satisfaisant car il masque la complexité du groupe B20. Je
signale par ailleurs qu’il y a des doutes au sujet de la pertinence même
de l’item ‘kota-kota’ qu’évoquait déjà Jacquot (1983), de même par
ailleurs que sur l’existence d’un prétendu ‘fang-fang’ (A75), qui serait
une espèce de ‘fang pur’ qu’on trouverait – dit-on – dans la région de
Minvoul. Il faut savoir que jusqu’à présent, aucune étude scientifique
rigoureuse n’a encore permis de valider la pertinence de ces deux
catégories. Il vaut donc mieux pour le moment les considérer avec
beaucoup de recul, faute de ‘preuves’ formelles.
Perrois (1970) avait curieusement rangé les populations obamba et
ndumu dans son groupe « ba-kota » qui, d’après lui, serait constitué
des « Bakota du Nord » et des « Bakota du Sud ». Les Obamba et les

1 Noter le trait d’union.
20Ndumu faisant partie des « Bakota du Sud », comme les Ndasa,
Wumbu et Akele. Ce type de regroupement n’est plus utilisé de nos
jours. Il est évident que Perrois (1970) s’est appuyé sur des critères
culturels pour aboutir à cette conclusion. Cependant, l’auteur ne
précise pas quels traits culturels permettent d’établir un tel
regroupement. Les linguistes ont démontré depuis longtemps que les
Obamba (classés B62) et les Ndumu (B63) parlent une langue bantu
qui appartient clairement au groupe linguistique B60 et non au groupe
B20 (cf. Guthrie 1971). Par ailleurs, même dans son sens restreint,
l’homogénéité linguistique du groupe kota-kele (groupe B20 de
Guthrie 1971) est maintenant mise en doute par de nombreux
chercheurs. Sur ce terrain-là, on peut dire que les arguments ne
manquent pas. En effet, il n’est pas raisonnable de poser un groupe
B20 unique, alors que les Ndambomo (B204) et les Mahongwe
(B252), pour ne citer que ce cas, ne se comprennent absolument pas.
Nous allons donc revenir sur la question de l’unité ou de la diversité
du B20 dans la rubrique sur ‘l’identité ndambomo’.
Ovono Bikoro (2001) avait consacré son mémoire de maîtrise à la
description phonologique du ndambomo. C’est à notre connaissance la
seule tentative de description qui existe pour cette langue (nous y
reviendrons). Du côté des inventaires et des classifications, le nom du
ndambomo apparaît pour la première fois dans l’inventaire de
Kwenzi-Mikala (1987), grâce aux recherches menées dans le cadre de
l’Atlas Linguistique du GABon (projet ALGAB). Kwenzi-Mikala
(1987) a donc rangé le ndambomo à l’intérieur du groupe B20 (Kele
Group), au sein de ce qu’il avait appelé dans un premier temps l’unité-
langue « mekana-menaa », qu’il va rebaptiser quelques années plus
tard « mekona-menaa ». Kwenzi-Mikala (2008 : 18) précise que ce
cette unité-langue comprendrait « l’akele, le ndambomo, le wumvu, le
seki, l’ung ɔm, le mbangwe, le sighu et le sake ». Il précise que les
locuteurs qui font partie de ce sous-groupe se localisent dans les
provinces du Haut-Ogooué, de l’Ogooué-Lolo, de l’Ogooué-Ivindo,
de la Ngounié et du Moyen-Ogooué (cinq provinces sur neuf). Dans
l’autre sous-groupe, qu’il a dénommé mekona-mangote, on trouverait
les langues suivantes : kota, benga, hongwe, ndasa, samayi. Ces cinq
langues se localisent dans trois provinces du Gabon : Ogooué-Ivindo,
Ogooué-Lolo et Estuaire.
Dans sa dernière synthèse, le linguiste Maho (2009) a rangé le
ndambomo avec le code B204 à l’intérieur du B20-Kele Group. C’est
21cette même référence que nous emploierons le plus souvent dans cet
ouvrage. Néanmoins dans Maho (2009), le ndambomo, comme le
« metombola », n’est pas localisé sur la carte que l’auteur propose. On
constate par ailleurs que le koya, langue des chasseurs-cueilleurs,
n’apparaît pas non plus dans cet inventaire (cf. Medjo Mvé 2011).
Les locuteurs du ndambomo sont des Ndambomo : bì ∫í báyó
ntàmpòmò, disent-ils « Nous sommes des Ndambomo »). Un
locuteur est un Ndambomo (máyô ntàmpòmò « Je suis
ndambomo »).
Si la langue ndambomo n’est pas mentionnée dans les premières
classifications des linguistes (cf. Jacquot 1978), cette langue n’est pas
citée non plus dans la dernière version de la base de données de
l’Ethnologue (Lewis 2009), alors que Van der Veen (2006) l’a
mentionné dans un article qui traite de la situation linguistique du
Gabon. Il est vrai qu’environ une langue B20 sur trois (10 langues sur
16) n’est pas citée dans Lewis (2009). Les 10 langues qui y sont
mentionnées sont les suivantes : wumvu, sighu, seki, sake, u ŋgɔm,
ndasa, mbangwe, mahongwe, kota, kele. En revanche, des langues
comme le samayi, le koya, le tumbidi, le metombolo, le mwesa ou le
ndambomo n’en font pas partie. Dans son article « Les langues du
Gabon : état des connaissances », Hombert (1990a : 31) avait relevé
qu’une des différences entre l’inventaire de Jacquot (1978) et celui de
Kwenzi-Mikala (1987) est que ce dernier a cité le ndambomo, alors
qu’il n’apparaît pas dans Jacquot (1978).
Peindi (2008) a souligné qu’il était très difficile de trouver des
documents quelconques portant sur les Ndambomo. Ce dernier note
qu’à la mairie de Booué, en dehors du registre des naissances et des
décès, la documentation de base sur les Ndambomo est presque
inexistante, tandis qu’à la préfecture du département de la Lopé, seuls
quelques relevés du recensement de la population (RGPH) de 2003
sont disponibles. Le ndambomo présente donc, comme on peut le voir,
des carences du point de vue de la documentation.
À côté du manque de descriptions linguistiques, une des facettes de
cette langue est qu’elle compte peu de locuteurs. Autre constat : il
semble que la langue ne soit plus transmise de la mère à l’enfant.
Comme c’est le cas de la plupart des langues du Gabon, le ndambomo
est sans doute une langue en voie d’extinction, ou tout au moins une
langue sévèrement menacée. Toutes ces raisons m’ont conduit à
mener des enquêtes sur cette communauté. Je dois préciser qu’avant
22ces enquêtes, je n’avais personnellement jamais eu le moindre contact
avec aucun membre de ce groupe, dont je n’ai découvert l’existence
qu’à travers des écrits de chercheurs en sciences humaines et sociales.
Ainsi, pendant ma vie d’étudiant en linguistique, même si je
connaissais plus ou moins le nom de cette langue grâce aux
enseignements reçus à la Faculté des lettres et sciences humaines
(FLSH), j’ignorais totalement à quel endroit du Gabon se situaient ses
locuteurs. Le fait que le ndambomo fasse partie du groupe B20 a
constitué également un argument important en faveur de v notre
choix. Comme nous l’avons noté plus haut, pendant longtemps ce
groupe est resté en dehors des préoccupations des linguistes. Cette
méconnaissance était liée surtout au fait qu’il s’agit d’un groupe
hautement éclaté et plutôt hétérogène. Heureusement, les choses ont
tout de même évolué depuis quelques années. Ainsi, les travaux sur
les langues de ce groupe se sont multipliés.
Pourtant, certaines recherches ethnologiques ou historiques sur le
egroupe B20 datent de la seconde moitié du XX siècle. C’est le cas
notamment de l’essai de Perrois (1970) intitulé Chronique du pays
kota (Gabon). Bien que son ouvrage traite des migrations « ba-kota »
de façon générale, l’auteur s’est penché néanmoins sur le cas
spécifique des déplacements ndambomo. Dans ce document, on trouve
notamment une carte qui résume les migrations des populations sake
et ndambomo. Nous avons d’ailleurs repris l’essentiel de ses
conclusions ici même. Nous les avons complétées avec nos propres
données. Dans la deuxième partie de son ouvrage, Perrois (1970)
donne un bref aperçu du contenu de quelques archives coloniales
traitant de la pénétration européenne en pays kota. Il s’appuie en
particulier sur certains auteurs de l’époque, tels que Compiègne &
Marche (1873-1874), Pierre Savorgan de Brazza (voyages de 1875-
1878 & 1883-1886) ou Paul Crampel (1888-1889). Certains vieillards
ont d’ailleurs gardé le souvenir du passage des explorateurs ayant
eséjourné dans la région dans la seconde moitié du 19 siècle.
En ce qui concerne la taille de ces groupes, Soret (1955 & 1961) a
donné quelques indications sur leur nombre. Mais il est évident que la
plupart des chiffres qui apparaissent ci-dessous sont à revoir.
A-Kele : 6300
Ba-Kota : 9300
Ba-Wumvu : 7000
23Bu ŋgɔm (‘Bongom’) : 2600
Mahongwe : 4100
Tumbidi : 600
Mbangwe : 2400
Mi-Ndassa : 2500
Mi-Sigu (‘Mississiou’) : 200
Ba-Sake : 2800
Samayi : 3400
Ndambomo : 1100
J’ai conduit les enquêtes linguistiques sur la langue des Ndambomo
assisté d’Edmond Peindi, qui venait alors de démarrer une thèse de
doctorat en anthropologie à l’Université Omar Bongo (UOB). Ce
dernier est ndambomo du côté maternel. Sa mère était originaire du
village d’Akoba, situé sur l’axe Booué-Koumameyong. On notera au
passage que c’est un village qui est quasiment abandonné aujourd’hui,
alors que ce fut un grand village ndambomo il n’y a pas si longtemps.
L’histoire de ce village peut d’ailleurs être mise en parallèle avec
l’histoire de la langue des Ndambomo, qui est aujourd’hui moribonde.
L’enquête sur le ndambomo a été financée grâce au projet ACI
(projet Espace, Territoires & Sociétés) du laboratoire Dynamique du
Langage (UMR 5596, Université Lumière-Lyon2 & Centre National
de la Recherche Scientifique, France).
Mais cet ouvrage est aussi le résultat d’un projet de recherche initié
par deux laboratoires : le LABAN (LABoratoire d’ANthropologie de
l’Université Omar Bongo, Libreville, Gabon) et le laboratoire
Dynamique du Langage (DDL). Le programme de recherche que j’ai
conduit sur le terrain au Gabon avait pour titre « Dynamiques
Culturelles et Linguistiques chez les Ndambomo du Gabon ». C’est
dans ce même cadre qu’Edmond Peindi a effectué ses enquêtes de
terrain lorsqu’il a débuté sa thèse. Nous présentons brièvement les
conditions dans lesquelles se sont déroulées ces enquêtes au chapitre 3
de la première partie. En ce qui concerne les travaux récents sur le
ndambomo, la thèse de doctorat de Peindi (2010) représente un des
moments importants des recherches anthropologiques menées sur
cette communauté depuis cinq ans environ (nous y reviendrons). Le
présent ouvrage constitue quant à lui la première synthèse complète
des recherches linguistiques sur ce groupe.
24Notre intérêt pour les langues et peuples du groupe kota-kele ne
date pas d’aujourd’hui. Comme je l’ai signalé plus haut, je viens
notamment de publier un ouvrage sur la langue des Bakoya de la
région de Mékambo (département de la Zadié). Il s’agit d’un groupe
de chasseurs-cueilleurs qui parlent maintenant une langue bantu B20.
En tant que linguiste, je considère que toutes les langues du monde
sont dignes d’intérêt. Mais il ne suffit pas de le dire. Il faudrait
commencer par les décrire toutes, et correctement. On peut penser que
l’étude de toutes les langues de l’humanité pourrait permettre de
mieux décrire la faculté générale de langage, une des propriétés
cognitives les plus représentatives de l’homme.
À travers la publication de cette étude, qui est à la fois linguistique
et culturelle, nous voulons finalement rendre hommage à la
communauté ndambomo elle-même, dont la langue et la culture sont
peut-être appelées à disparaître à brève échéance si rien n’est fait,
comme nous allons tenter de le montrer dans cet ouvrage. Ce livre
tombe donc à pic – pourrait-on dire – car l’état de santé de cette
langue bantu pourrait se dégrader très rapidement, compte tenu de la
situation sociolinguistique extrêmement difficile dans laquelle elle se
trouve. Cet ouvrage résonne par ailleurs comme une sorte d’alerte qui
fait écho à l’appel lancé il y a une dizaine d’années par Hagège (2000)
dans Halte à la mort des langues. Ce dernier pense que d’ici 2100,
4500 langues du monde, sur un total d’environ 5000, auront disparu.
On peut par ailleurs regretter que la plupart des linguistes gabonais
rechignent à produire des descriptions grammaticales des langues de
leur pays, alors que la majorité de ces langues se trouvent à la croisée
des chemins. Paradoxalement, même lorsque de bonnes descriptions
linguistiques existent (cf. thèse d’État de Mba-Nkoghe 2001 sur le
fang-atsi A75D), elles demeurent inaccessibles au grand public.
Certains chercheurs locaux préfèrent s’intéresser à la situation
sociolinguistique des langues dans l’espace national (inventaires des
langues, classification, effets du contact entre ces langues, etc.), à leur
acquisition par les enfants, ou encore uniquement au rapport entre les
langues et l’histoire de leurs locuteurs, etc.
Ce livre tente donc d’une certaine façon de réduire le déficit
général en la matière. On peut néanmoins souhaiter que d’autres
études soient réalisées dans la même perspective car le temps de ces
langues est compté. Cet ouvrage pourrait également intéresser les
25jeunes ndambomo, et en particulier ceux qui souhaitent en savoir
davantage sur leur langue ou leur histoire.
L’ouvrage comprend trois parties.
Dans la première partie, je tente d’identifier et de localiser la
langue ndambomo et les Ndambomo dans l’espace géograhique
gabonais, avant de mener une discussion autour de la question de
l’identité ndambomo. Cette question est examinée à son tour sous trois
principaux angles : l’identité culturelle, l’identité historique et
l’identité linguistique. La question de l’identité linguistique
ndambomo nous amènera, d’une part à tenter de situer la place que le
ndambomo occupe au sein du groupe B20, et d’autre part à proposer
une nouvelle classification des langues de ce groupe. Cette première
partie va s’achever sur de nouvelles hypothèses sur les parcours
migratoires ayant conduit les Ndambomo et certains membres du
groupe kota-kele jusqu’à leur habitat actuel. À ce sujet, nous allons
tenir compte aussi bien des données linguistiques que des données
phylogénétiques disponibles. Nous verrons que l’histoire des
Ndambomo est étroitement liée à celles des groupes qui se situent
dans son sillage. Nous fournirons au passage quelques clefs sur la
vitalité du ndambomo et tenterons de répondre à la question de savoir
si cette langue bantu a des chances de survivre.
Dans la deuxième partie, j’entreprends une esquisse de description
grammaticale de la langue ndambomo (phonologie panchronique,
éléments de morphologie et de syntaxe).
La troisième et dernière partie contient un lexique ndambomo–
français–anglais de l’ordre d’environ 1200 items ndambomo. Mais il
ne s’agit pas d’un lexique brut. Des informations morphosyntaxiques
essentielles accompagnent chaque entrée lexicale (catégorie
grammaticale, nombre, appariement ou classe nominale). Nous
souhaitons que cette interface linguistique trilingue ndambomo–
français–anglais permette au public non-francophone d’accéder au
moins au lexique ndambomo, en particulier le public anglophone.
Nous allons clore cette introduction générale en insistant sur le fait
que nous avons choisi de décrire, aussi bien la langue, que certains
aspects de la culture et de l’identité ndambomo, si tant est que cette
identité existe. Nos analyses prennent en compte l’impact des facteurs
socioculturels sur la langue, dans le sens de Labov (1994) ou de Baker
(2006). Ce dernier souligne que : « Language cannot be divorced from
26the context in which it is used . Language is not produced in a
vacuum… ». Nous pensons en effet qu’il est difficile de traiter
exclusivement de la langue d’une communauté en occultant tout du
contexte socioculturel ou historique du groupe qui parle cette langue
(notamment contact avec d’autres groupes ou cultures, bilinguisme
des locuteurs, etc.). Pour nous, il est par ailleurs évident que la langue
et la culture sont deux domaines de la cognition qui sont intimement
liés. Ce n’est donc pas par hasard que nous avons choisi de traiter la
question de l’identité ndambomo en nous appuyant principalement sur
la langue de cette communauté.
27
Carte 1 : Carte générale du Gabon.

28

Partie
I

Territoire, histoire & identité