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Langues et éducation dans la Caraïbe

De
191 pages
Il est préférable de donner l'enseignement aux enfants dans une langue qu'ils connaissent plutôt que dans une langue qu'ils ne comprennent ni ne parlent. La colonisation a imposé de façon quasi inévitable la langue du colonisateur comme medium éducatif. L'accès à la langue coloniale a néanmoins favorisé l'émergence d'une classe moyenne indispensable au colonisateur pour la mise en valeur du pays.
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Langues et éducation dans la Caraïbe

La revue des universitaires haïtiens et caribéens dans le monde

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Recherches Haïtiano-Antillaises
DIRECTEURS Fritz Calixte Edelyn Dorismond REDACTEUR EN CHEF Fils-Lien Ely Thélot ADMINISTRATION Marie Ensie Paul COMITE SCIENTIFIQUE Jean-Marie Théodat Pierre-Henri Tavoillot Daniel Véronique Marcel Dorigny Marie R. Paul-Nzamba Natacha Giafferi Pierre Vernet COLLECTIF DE REDACTION Darline Cothière James Darbouze Luc Maille Lefranc Marie Meudec Perpétue Vendredi Philomé Robert Renel Exentus Schallum Pierre Stéphane Alix Tatiana Urie Yves Lifène Roger DIRECTEUR DE LA COMMUNICATION Jean Josué Pierre GRAPHISME Fabrice Vatan Couverture : “sans titre” Frankétienne © 2008 - tout droit réservé - reproduction interdite Revue publiée par le "Centre de Recherches Normes, Echanges et Langage"

Liminaire Penser l'éducation dans la Caraïbe Par Edelyn Dorismond ..........................................................

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I- Analyses et Réflexions I.1- La question de l'éducation dans le contexte des sociétés modernes: Entretien avec le professeur Alain Renaut ............................. 15 I.2- Enseñar el Caribe para que el Caribe exista Par Yolanda Wood .......................................................... I.3- La laïcisation de l'école publique au Brésil Par Serge Alain Nzamba .......................................................... II- Analyses et Perspectives II.1- La problématique de l'enseignement en milieu bilingue Par Robert Chaudenson .......................................................... 31 45

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II.2- Pour une didactique revisitée du français en milieu post-colonial Par Darline Cothière-Robert ....................................................... 85 II.3- La problématique des langues d'enseignement à l'école haïtienne Par Renel Exentus .......................................................... 93 II.4- Pratiques langagières dans les Antilles françaises: le phénomène de l'alternance codique Par Stella Cambrone .......................................................... 107 II.5- La loi Taubira et l'enseignement de la traite négrière en France Par Marie Paul-Nzamba .......................................................... 129 III- Histoire Autrement III.1- Aimée Césaire: cet autre éducateur du genre humain! Par Josué P. Dahomey .......................................................... IV- Art, littérature et culture… IV.1- Haïti, le dire du spiralisme: Entretiens avec Franckétienne et Jean-Claude Fignolé

153

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163 175

IV.2- La poésie comme lieu de sens et de culture Par Fils-Lien Ely Thélot ..........................................................

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V- Compte Rendu de Lecture V.1- Compte rendu de lectures croisées de L'aventure ambiguë, de La réforme de l'éducation en Allemagne au dix-huitième siècle et Le maître ignorant Par Darline Cothière et Fritz Calixte ............................. 181 V.2- Journal for Francophone Postcolonial Studies Par Kathleen Gyssels .......................................................... 185

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Liminaire Penser l'éducation dans la Caraïbe Edelyn Dorismond

La question de l'éducation dans la Caraïbe ! D'entrée de jeu, nous sommes confrontés à la question dont nous ne saurons nous détourner. Il s'agit de savoir à quoi renvoie le prétendu mot-signe, qui en tant que tel, devrait dé-signer un quelque chose extérieur dans le monde, ou de la réalité : à quoi renvoie ce que nous appelons la Caraïbe ? Faut parler de la Caraïbe ou des Caraïbes ? Hésitation qui doit être interrompue si nous devons tenter de formuler notre question, qui est celle de l'éducation dans la Caraïbe. Nous suspendons pour le moment où l'éducation doit être mise en problème, vu que le lieu où cette éducation est appelée à être mise en forme et en exécution n'est pas encore précisé. Il nous faut, au préalable, une "pensée" de la Caraïbe. Existe-t-il quelque part dans le monde une Caraïbe, la Caraïbe ? Si tel est le cas, comment l'appréhenderions-nous géographiquement ? Culturellement ? Politiquement ? Economiquement ? Il n'existe que des caraïbes, des sociétés caraïbes qui, prises dans des problèmes économiques, politiques tentent de cheminer vers "une" Caraïbe, dont nous avons peine à trouver la concrétude dans des déterminations institutionnelles pertinentes, mais que nous voulons comprendre dans le sens d'un idéal-type, d'une idée régulatrice qui semble apporter aux îles caraïbes, dans leur fragilité entière, une consistance liée à la globalité. Dans la mesure où cette Caraïbe jouit d'une vertu globalisante rendant possible une sorte de repérage des îliens, dans la mesure où la dimension archipélique trouble autant qu'elle conforte dans un semblant d'unité, la Caraïbe demande à être prise au sérieux, et de ce sérieux, tenter son avènement au moyen d'une patience historique, d'une compréhension des embûches des héritages coloniaux, d'une lucidité pratique vigilante. C'est dire que nous n'entreprendrons pas un refus de la Caraïbe, en revanche, nous nous efforcerons de penser l'opportunité de son avènement, partant de cette possibilité que lui confèrent les tentatives intégrationnistes et les discours qui les structurent. Il s'agira de méditer son effectivité dans une longue durée à venir. L'éducation est pour nous le pilier qui supportera
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cette initiative. Toutefois, nous ne savons pas encore en quoi faut-il parler d'abord des Caraïbes et non de la Caraïbe qui est reléguée dans un projet que les insulaires doivent davantage construire que postuler; en quoi fautil attendre la résolution de ce problème, si résolution il y a, avant de poser la question de l'éducation dans la Caraïbe ? Il n'y a que des îles caraïbes. Les Caraïbes représentent un groupe d'îles ou des groupes d'îles. En réalité, l'invalidation d'une dénomination au singulier pour désigner ce groupe d'îles n'explique pas encore le malaise que nous avons à penser la Caraïbe. Cela ne fait pas encore sa diversité. Elle représente un groupe (ou des groupes) dont la pluralité hérite de la diversité des puissances coloniales qui ont occupé ces îles. En structurant ces îles selon leur mode propre de représentation du monde, leur mode d'organisations politiques, en imposant leurs systèmes de communication au moyen desquels les colonisés insulaires ont informé leur monde colonial, les puissances européennes ont institué une différenciation de ces îles à laquelle nous sommes confrontés aujourd'hui encore. Dès lors l'archipel devient l'espace des lieux marqué par la diversité linguistique, par la diversité d'organisations sociales, économiques et politiques. Vue sous cet angle, on ne saurait appréhender la Caraïbe qu'à partir des catégories de la diversité, de la pluralité; donc, la Caraïbe, au singulier, est à définir. A la multiplicité des îles s'ajoute une surdétermination coloniale. De cette surdétermination par l'histoire, il faut signaler la place des "élites" de ces sociétés caribéennes qui s'agitent entre un nationalisme insulaire1, une ouverture pan-insulaire où l'appartenance à une Caraïbe supposée notre lieu commun, notre chose commune est entretenue. Le problème que nous voulons formuler prend son allure selon le mouvement de balancier que nous observons chez les "élites" des sociétés insulaires. L'idée de Caraïbe a toujours été mobilisée, au fond, en vue de penser des entités plus grandes qui protégeraient les îles de leur fragilité. A en croire Fred Constant2 qui a étudié le comportement des élites de la Caraïbe anglophone, des tentatives ont été entreprises, mais toujours pour être rejetées en fin de compte par les élites qui ont du mal à
1- Ce nationalisme est à tout le moins paradoxal: il peut prendre la forme d'un refus de toute influence du pouvoir métropolitain qui risque d'endiguer les privilèges des autorités locales. Dans ce cas ce nationalisme peut se manifester par le fait de brandir la Caraïbe comme lieu de solidarité. Mais contre l'idée de la Caraïbe, on peut rencontrer des mouvements d'attachement à la métropole, justifié par les appartenances séculaires, en reléguant au second plan l'appartenance caribéenne. 2- Constant F., "Constitution communautaire, insularité et identité politique dans la caraïbe anglophone", in Revue française de science politique, vol. 42, n° 4-6, 1992, p. 618-635. A nous en tenir à certaines réserves liées à la spécificité des sociétés anglophones caribéennes, les analyses de Fred Constant rejoignent dans ses grandes lignes une étude que Justin Daniel a réalisée sur la question de l'identité et de la politique dans les Antilles françaises, nous y rencontrons le même mouvement de pendule entre le pôle identitaire qui consiste à s'affirmer dans une identité spécifique sans lien avec la France et l'appartenance à la Métropole que les longs temps d'histoire ont cimentée. Daniel Justin, “L'espace politique aux Antilles”, in Ethnologie française, 2002/2, tome XXXVII, p. 589-600.

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souffrir la réduction en peau de chagrin de leur autorité interne, alors qu'elles s'inclinent à proposer la formation de structures pan-insulaires ou trans-insulaires, supportées difficilement, dès que de leur propre sécurité interne est menacée par leur connivence aux anciennes Métropoles. Alors la question de la Caraïbe advient au moment où les sociétés caribéennes se trouvent dans des moments historiques inconfortables. C'est en ce sens que la Caraïbe devient une idée-promesse. La Caraïbe est l'avenir des sociétés insulaires. C'est dans cette perspective que nous comprenons les tentatives d'intégration, la "régionalisation" par laquelle les pays s'arcboutent sur un projet de commercer ensemble, de faire rencontrer les cultures, néanmoins, au moyen d'orientations politiques frileuses. Donc, il est possible de parler de la Caraïbe; il s'agit d'un projet de faire advenir une globalité des îles caribéennes, dans laquelle elles se donneront un projet commun et "sécurisant". Revenons, à présent, à notre question inaugurale: en quoi l'éducation est-elle en question dans la Caraïbe ? Nous répondrions en faisant ce constat: "le nouvel ordre mondial fondé sur des échanges plus libres se présente comme une menace pour les petits pays moins développés de l'hémisphère américaine"3. Les sociétés insulaires ne se suffisent pas, elles doivent se regrouper. Ce n'est pas tout: en tant que les intégrations engendrent une compétitivité entre les sociétés insulaires, en tant que leurs économies sont soutenues par des statuts préférentiels des Etats-Unis, de l'Europe, elles se trouvent forcément en déphasage par rapport au changement des productions, elles risquent de se voir engoncées dans une marginalité handicapante. Les auteurs, cités ci-après, suggèrent que "la possibilité pour les économies de la Caraïbe semble résider dans la poursuite d'une stratégie de croissance économique basée sur l'exportation de services"4. Pour eux, il s'agit de la "tendance du futur" des économies qui ne possèdent pas les grandes industries de production. L'intérêt de cette analyse économique pour notre problématisation est qu'elle nous permet de penser la question de l'éducation dans la perspective économique de l'intégration, pour l'orienter en dernier lieu vers la question de la créativité caribéenne par laquelle nous pourrons réinventer notre place dans le système-monde sans être à la remorque des économies "humanitaires"5. "La question est alors de savoir dans quelle mesure les pays de la Caraïbe pourraient forger avec succès des alliances pour protéger leurs intérêts et améliorer le niveau de vie de leurs citoyens dans le nouvel environnement où les intérêts organisés règnent en maîtres
3- Pantojas-Garcia E. et Dietz J. T. L, "L'ALENE, restructurations économiques et industrialisation centrée sur l'exportation dans la Caraïbe", in Pouvoirs dans la Caraïbe, 1996-1997, n° 8-9, p. 87. 4- Op. cit, p. 95. 5- Nous utilisons cette expression pour désigner le mode d'assistance pratiqué dans l'économie mondiale qui prend bien l'allure des aides humanitaires. Or ces stratégies économiques ne résolvent en rien le problème que pose le système global qui se structure sur le déséquilibre économique et financier. Alors les économies humanitaires sont des espérances illusoires au bien-être.

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et sont capables de résister aux pressions gouvernementales en jouant un pays contre un autre"6. En d'autres termes, comment penser l'autonomie de la Caraïbe ? L'éducation est en question dans la Caraïbe quand il revient de savoir comment penser notre intégration dans la mondialisation, quand cette intégration exige une réalité, une "sensibilité" caribéenne. Au passage, nous tenons à déplorer le peu d'attention qui est accordé à ce problème. Notre objectif, en pensant à ce numéro, était de regrouper autant que possible des travaux en éducation comparée qui nous permettraient déjà de dresser un inventaire de ce qui a été déjà fait, le mode de traitement que la question a reçu chez les spécialistes. La surprise a été grande, lorsque nous avons constaté que peu de chercheurs explorent ce champ qui devient indispensable pour introduire la Caraïbe dans ce qui se fait actuellement par la nécessité de l'intégration régionale ou la marginalisation. Nous avons pensé qu'une tentative de concevoir l'éducation dans ce contexte de régionalisation offrirait des pistes de réflexion, des éléments de réponse qui stimuleraient ou éclaireraient les orientations politiques, économiques et culturelles. Peu d'articles se consacrant à des études transversales des systèmes éducatifs des sociétés caribéennes ont été, en fin de compte, collectés; dans le cadre de ce numéro, peu d'études de synthèse ont été proposées. Faut-il y voir le signe d'un retard des sciences humaines et sociales dans la compréhension transversale de la Caraïbe ? Par éducation, nous entendons l'activité par laquelle on transmet aux individus le mode de structuration de l'ordre social ou mondial, en explicitant les règles qui régissent les mécanismes de fonctionnement de ces ordres. Elle est aussi l'activité d'élaboration de capacité critique et créatrice qui permet de répondre à l'ensemble des enjeux et des crises que suscite l'entrave des structures vétustes dans leur confrontation avec le "nouveau" qui représente une dimension fondamentale de notre condition temporelle et historique. Dans ce cas, l'éducation dans la Caraïbe, doit proposer des outils qui nous aideront à surmonter plusieurs difficultés. D'abord, il y a lieu de reprendre pour notre compte à la fois le problème des élites et leur rapport au pouvoir dans la Caraïbe, pouvoir qui prend l'allure générale de luttes ethniques ou raciales. Ensuite, il faut bien repenser le mode d'être des pouvoirs centraux avec le "peuple" ou la "masse", en tout cas avec la société "civile" qui, en générale, est mobilisée au profit des partis politiques, des syndicats et leurs partisans. Il
6- Op. cit, p. 97.

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reviendrait d'instituer une université caribéenne dont l'objectif fondamental serait d'élaborer des travaux qui diagnostiqueront les handicaps du pouvoir dans les sociétés caribéennes qui ne cesse, en dépit de tout, de singer le geste colonial de la domination et de l'exclusion. Ensuite, opérer des études culturelles et sociales transversales dont le mérite reviendrait à transmettre aux insulaires, aux moyens des études des histoires, des cultures, ce qu'ils partagent en commun; faire advenir une "sensibilité" caribéenne établie sur les éléments d'histoire partagés, sur la communauté de fragilité géographique et économique, de domination néolibérale. Enfin, l'éducation de la Caraïbe devrait nous conduire à une capacité à mobiliser ce qui a constitué l'élément de résistance face aux puissances coloniales. Il reviendra de formuler dans une posture théorique et intellectuelle cette résistance culturelle (nous nous référons à la créolisation que nous n'entendons pas dans le sens mondialisant que lui accorde Edouard Glissant. Dans les Caraïbes, la créolisation est d'abord un mode d'être résistant contre la domination totale qu'a instituée le système colonial européen, relayé par les Etats-Unis). Que la capacité à critiquer, c'est-à-dire à faire le choix entre ce que nous devons admettre et ce que nous devons reconduire, devienne des finalités de l'éducation dans la Caraïbe. En résumé, l'éducation dans la Caraïbe doit répondre, partant des contraintes et des formes de dépendance, de domination qu'imposent les organisations commerciales et économiques internationales, aux besoins d'une modalité caribéenne liée à son histoire. En cela, l'éducation sans être un support neutre devra avoir pour finalités de faire advenir une potentialité, une capacité critique et créatrice qui, elle-même, devra négocier pertinemment avec les exigences des institutions internationales. Nous comprenons bien que cette éducation doive transiter par une réflexion préalable sur ce qui a contribué au devenir de la Caraïbe, son histoire; mais sur le manifester de cette histoire par la domination, par la résistance, par la création qui s'exprime dans les langues, les cultures et l'art. En ce sens, nous considérons que la créolisation n'est pas seulement avènement du monde mondial, mais c'est l'advenir que la Caraïbe a manifesté dans son mode à négocier avec les dominations coloniales des puissances européennes et néocoloniales des Etats-Unis.

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Numéros disponibles :

ETAT ET SOCIÉTÉ CIVILE DANS L’ARC ANTILLAIS Recherches haïtiano-antillaises N° 2 Ce numéro est une prospection sur plusieurs phénomènes communs aux nations de la Caraïbe. Il s'agit d’initier une réflexion sur les relations que peuvent entretenir les Etats et leurs sociétés civiles, par-delà les images paradisiaques ou d'infortune qu'inspirent les cartes postales. Face à la difficulté d'édification d'un régime de gestion concertée de la chose publique, les Antilles ou l'Afrique ne pourraient-elles pas puiser dans leurs vécus pour appliquer le libre jeu des institutions, l'alternance politique et ainsi faire participer les individus dans la gestion de leur devenir ? ISBN : 2-7475-8461-5 / 226 pages prix : 20,00 Pour commander: administration@crenel.fr

COMMENT HABITER LA CARAÏBE ? Identité et diversité culturelle Recherches haïtiano-antillaises N° 3 Qu'est-ce qui fait la singularité de l'habitat Caraïbe ? Il s'agit d'une terre en partance vers son lieu d'ancrage et qui mélange des traits de cultures amérindiennes, européennes, africaines, indoues... qui composent son patrimoine créole. Les disparités sont multiples dans cette région, mais elles n'empêchent nullement aux millions de femmes et d'hommes qui habitent les territoires caribéens de trouver leur espace/temps idéal. ISBN : 2-7475-9840-3 / 198 pages - prix 17,50 Pour commander: administration@crenel.fr

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I- Analyses et Réflexions

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LA CARAÏBE ENTRE HISTOIRE ET POLITIQUE Recherches Haïtiano-antillaises N°4 La tentation est grande d'envisager l'histoire de la pensée politique caribéenne à travers les prismes ethnocentriques de la vieille Europe et des nouveaux maîtres du monde. Ce numéro propose une redécouverte des idées politiques caribéennes : haut lieu des kinêsis identitaires, véritable carrefour intercontinental, la Caraïbe ne constitue pas un simple réceptacle d'idées politiques venues d'ailleurs. Son histoire est ponctuée des différentes formes de luttes contre l'oppression et l'assimilation. Ce livre tente de saisir l'universalité de ces idéaux et leur spécificité en pays Caraïbes. ISBN : 2-296-00912-3 / 238 pages - prix 21,00 Pour commander: administration@crenel.fr

VAUDOU, SANTÉRIA, CANDOMBLÉ… LES PRATIQUES RELIGIEUSES DANS LA CARAÏBE Recherches Haïtiano-antillaises N°5 En Europe, la lutte pour la laïcité fut menée en vue d'une émancipation de l'Etat de la Religion. Il conservait, dans cette partie du monde, une identité, au moins, minimale, et était une structure spécifique inféodée ou asservie par la Religion. Mais dans la Caraïbe, le problème ne reçoit pas seulement cette tournure. Avant même que l'Etat ne fût asservi, avant même qu'il ne fût vassalisé il s'était trouvé pris dans le dispositif discursif et imaginaire de la colonisation, du colonialisme, du discours religieux qui les a entretenus en structurant les "mentalités" et rendant sinueux l’histoire de la laïcisation dans l’Arc antillais. ISBN : 978-2-296-04247-6 / 190 pages - prix 17,00 Pour commander: administration@crenel.fr

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La question de l'éducation dans le contexte des sociétés modernes:
Entretien avec le Professeur Alain Renaut La crise de l'éducation est une crise nécessaire… Il n'y a pas de sociétés modernes sans crise de l'éducation. Alain Renaut

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Abstract: Nowadays education is regarded as part of the core of principles which manage democratic modernity in fair and organized societies. This focus on education is due to the fact that the concept of education embodies the gist of the individual autonomy, understood as capacity to be educated. However, the very meaning of education, its role, and its best possible relation to an open society, remain under question. Exploring these questions linked to education, Sociologists have come to recognize a crisis of education in the modern societies. Nonetheless, philosopher Alain Renaut recognizes primarily, in the so-called "crisis of education", the ultimate consequence of what himself indicates more widely as "the end of authority". The position of the philosopher does not consist in a nostalgic glance which it would be necessary to restore in education. He provides here a lucid diagnosis, indicating notably that the end of authority, and in particular the end of authority in the field of education, is consubstantial to the dynamic of the open societies. Therefore, we have to invent new means, new tools and new ideas to face a new challenging task of education. Thus, we have to start by the right questions posed by our time: how understand and conceive freedom as related to education in a modern time characterized by the end of authority? How can education assure equal opportunity as prerequisites of a just society? How a State, nowadays, can fulfil its commitment to promote universal education? How far a State can go and must go in its commitment in favour of education? With Professor Alain Renaut, we attempt to tackle these questions listed above, and try to reach the most rational answers. Keywords: authority, education, modern societies. Résumé: La question de l'éducation se trouve aujourd'hui au centre des principes régissant la modernité démocratique d'une société qui se veut juste, équitable et bien ordonnée. Cette centralité est due au fait que le concept d'éducation porte en lui-même l'ultime fondation de l'autonomie du sujet, à savoir son éducabilité. Aujourd'hui plus que jamais, alors que l'éducation, dans les sociétés pluralistes et libérales, occupe de plus en
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plus cette place centrale dans la vie des citoyens, le sens même de la notion d'éducation, son rôle, son orientation et son articulation à l'ensemble de la société font problème. Comprendre ces problèmes que les sociologues de l'éducation n'ont de cesse d'indiquer depuis plusieurs décennies maintenant comme une crise de l'éducation, c'est comprendre à la base ce que le philosophe Alain Renaut, identifie au premier chef comme primordialement une "fin de l'autorité" inscrite au cœur même de la dynamique des sociétés démocratiques, et qui requiert d'autres modes d'approches qu'il faut inventer dans la sphère de l'éducation notamment. D'où les interrogations: comment se pose la question de la liberté dans son articulation à l'éducation, dans une dynamique démocratique caractérisée par "la fin de la l'autorité" ? Comment, à partir de l'éducation, assurer l'égalité des chances comme prérogative d'une société juste et solidaire ? Quel peut être le sens aujourd'hui de l'engagement de l'Etat dans le fait de promouvoir l'éducation pour tous ? Quelles sont les limites de cet engagement, c'est-à-dire in fine ses réelles conditions de possibilité ? C'est sur cet ensemble de problèmes que nous allons nous pencher, dans le cadre de cet entretien avec le professeur Alain Renaut, pour en examiner quelques tenants et aboutissants et en extraire certaines pistes de solutions envisageables. Mots-clés: autorité, éducation et sociétés modernes. Auteur de près d'une trentaine d'ouvrages aujourd'hui, Alain Renaut est professeur de philosophie éthique et politique à l'université de ParisSorbonne. Directeur de l'Observatoire Européen des Politiques Universitaires (OEPU), il a notamment publié: Les Révolutions de l'université. Essai sur la modernisation de la culture, Calmann-Lévy, 1995; Que faire des universités ?, Bayard, 2002; Egalité et Discriminations. Un essai de philosophie politique appliquée, Seuil, 2007. Qu'est-ce que l'éducation aujourd'hui ? Comment peut-on éduquer et pour quelles finalités ? Il faut d'abord revenir sur les deux points que vous aviez notés à savoir l'éducation face à l'exigence de liberté et l'éducation face à l'exigence d'égalité. Parce que c'est à partir de là que l'on peut répondre à la question: qu'est-ce que l'éducation aujourd'hui et comment on peut éduquer. Il était inévitable que dans les sociétés modernes, dans les sociétés démocratiques que le choix des valeurs qui caractérisent la démocratie, c'est-à-dire les valeurs de la liberté et de l'égalité, modifie profondément l'éducation, modifie profondément le fonctionnement de l'appareil éducatif. La raison principale en est que dans sa version ancienne (antique
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Donc s'il y avait un domaine qui correspondait à l'esprit des sociétés anciennes, aux valeurs des sociétés anciennes, c'était parmi d'autres, en tout cas pas moins que d'autres, le domaine de l'éducation, qui donc a été structuré, pendant des siècles voire des millénaires par les valeurs des sociétés régies en termes et sous le mode de la tradition et de la hiérarchie. Alors avec la naissance des sociétés modernes, évidemment par définition l'éducation va être l'un des secteurs les plus mis en crise par les mutations normatives de ces sociétés. Quand vous passez d'un monde régi par la tradition à un monde régi par la liberté, un monde où c'est à chaque époque l'individu ou le groupe qui choisit les règles selon lesquelles il agit ou conçoit la vie bonne, évidemment l'idée de transmission en est bouleversée. De même quand on vit dans des sociétés qui considèrent que tous les êtres humains naissent et demeurent libres et égaux en droit, l'idée de hiérarchie qui caractérisait l'acte éducatif, qui était au centre de l'acte éducatif en prenant la forme de ce dénivelé qui nous parait analytiquement constitutif de l'activité éducative, en est profondément fragilisée. Donc contrairement à ce qu'explique H. Arendt, par ailleurs très bien, dans ses essais sur la crise de l'éducation et la crise de la culture, il n'a pas fallu attendre les années 1960 et les Etats-Unis pour qu'elle surgisse. La crise de l'éducation, je dirais, est intrinsèquement comprise dans la modernisation des sociétés. Donc, il n'y a pas de société moderne où l'éducation ne soit pas en crise. Il n'y a pas société moderne où la question de savoir ce qu'est l'éducation désormais, ce que peut être l'éducation
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La question de l'éducation dans le contexte des sociétés modernes

et médiévale), plus généralement dans les sociétés pré-modernes, l'éducation correspondait de façon particulièrement emblématique aux dispositifs de ces sociétés. C'était des sociétés régies par les valeurs de la tradition et de la hiérarchie et ceci dans tous les secteurs. Mais il est bien évident que plus particulièrement dans le domaine de l'éducation, ces valeurs de la tradition et de la hiérarchie étaient prégnantes, parce que l'éducation consiste à toute époque à transmettre un contenu, à transmettre des savoirs, des façons de penser, des façons d'agir qui sont déjà acquises. Donc la transmission a quelque chose à voir avec la tradition, et il était particulièrement compréhensible que l'appareil éducatif fût régi et structuré par l'idée et par la valeur de la tradition. De même il était compréhensible que l'appareil éducatif fût tout particulièrement régi par la valeur de la hiérarchie, car quand on transmet un contenu ou un savoir à des enfants ou à de jeunes adultes, voire à des adultes qui ne le possèdent pas, il s'instaure une sorte de dénivellation ou de dénivelé entre celui qui transmet et celui qui reçoit et ce n'est pas difficile de s'apercevoir que cette dénivellation, ou ce dénivelé, correspond particulièrement bien à une structuration du rapport entre les individus par l'idée de hiérarchie.

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Entretien avec le Professeur Alain Renaut

désormais, comment elle peut fonctionner donc comment éduquer, ne se pose. C'est uniquement les discours réactifs, réactionnaires ou nostalgiques, qui peuvent penser qu'il y a un modèle de l'éducation qu'on pourrait réactiver. Ce qui n'a aucun sens. Car cela voudrait dire qu'il y un secteur des sociétés modernes où les deux dynamiques de libération et d'égalisation peuvent être mises entre parenthèse ou peuvent être exclues et qu'on va continuer à faire fonctionner une espèce de sanctuaire isolé du reste de l'espace social et continuant d'être régi par des principes de hiérarchie et les valeurs de la tradition. Personnellement je crois que ça n'a aucun sens. Donc la crise est nécessaire, elle peut sans doute trouver des issues et des atténuations, mais nous la traversons nécessairement, et pas par accident, ni à cause des bêtises qu'auraient commises telle ou telle génération à partir des années 60, ou tel ou tel responsable de l'appareil éducatif dans tel ou tel pays. Qu'il y ait des politiques qui aient accentué la crise ou qui n'aient pas su la comprendre et inventer des bonnes réponses pour le bon traitement de cette crise, ce n'est pas douteux. Je ne mets pas au même niveau toutes les manières de traiter la question politique de savoir aujourd'hui comment éduquer dans des sociétés démocratiques. Mais enfin il faut savoir qu'on est placé face à une crise nécessaire. Une fois posée et démontrée que la crise l'éducation est nécessaire et ceci à partir des mutations normatives ou des choix de valeurs qui caractérisent ces sociétés, une autre question corollaire à la première s'impose et qui peut se formuler comme suit: vous avez écrit tout un livre sur "la fin de l'autorité", notamment de l'autorité du maître, de l'autorité à l'école, où vous montrez que la fin de l'autorité est liée à la structure même de l'évolution des sociétés démocratiques et qu'au lieu de s'investir dans des réverbérations nostalgiques sur une restauration de l'autorité, il vaut mieux repenser à nouveaux frais la question du rapport d'autorité, en tenant compte de l'autre à éduquer comme, bien que différent, fondamentalement et démocratiquement égal. Quel peut-être le sens de l'autorité aujourd'hui dans l'espace éducatif d'une dynamique démocratique caractérisée par l'égalité (ou pour parler en langage tocquevillien, une dynamique de modernité caractérisée par l'égalisation des conditions) ? C'est un peu la même idée. L'autorité, c'était dans les sociétés anciennes, même si elle a subsisté autant dans les sociétés modernes avec une fragilisation croissante, l'autorité c'était la manière de faire fonctionner le pouvoir, c'était une façon de concevoir et de pratiquer le pouvoir. Là je reprends l'analyse d'Hannah Arendt, qui sur ce point là est juste, et qui expliquait très bien dans son article sur la question de
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Alors avec la naissance des sociétés modernes qui sont des sociétés fondées sur l'égalité, il est bien clair que ce sont les hommes eux-mêmes, les êtres humains eux-mêmes qui, comme peuples par exemple, deviennent la source, le fondement unique de tous les pouvoirs. De ce point de vue, l'ajout constitué par l'autorité tend à disparaître et il disparaît relativement vite politiquement (les grandes révolutions américaines puis françaises de la fin du XVIIIème siècle, les déclarations des droits de l'homme font que, dans un esprit rousseauiste ou lockéen -peu importec'est l'ensemble des citoyens qui devient la source unique de tous les pouvoirs, sans qu'il y ait une source transcendante s'ajoutant à cette source humaine, trop humaine, purement humaine. De ce fait le pouvoir se situe avec les citoyens dans une relation d'égalité. C'est simplement celui qui émane du concursus ou du consensus des volontés particulières et dont la transcendance par rapport aux volontés particulières est très relative. Il ne
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La question de l'éducation dans le contexte des sociétés modernes

Entretien avec le Professeur Alain Renaut

l'autorité que le concept ou la valeur d'autorité avait été inventée au fond par les Romains, par la société romaine, où l'autorité (en latin auctoritas, et venant du verbe augere) signifie une certaine forme d'ajout. Donc il y a autorité quand on ajoute à un pouvoir légal un surplus, ce que j'ai appelé un surpouvoir, et qui ne se fonde plus dans la définition purement institutionnelle ou juridique de ce pouvoir -qu'il s'agisse du pouvoir politique, éducatif et même du pouvoir des parents dans l'espace de la famille- quand il s'ajoute à la définition législative, juridique de ce pouvoir un surplus ou surpouvoir qui puisait traditionnellement (au sens fort du terme, au sens fort des sociétés traditionnelles) sa source en général dans une forme de transcendance, qu'il s'agisse de la transcendance d'un ordre du monde qui donnait à certains par nature la place qu'ils étaient censés occuper dans cet ordre du monde qui leur donnait une supériorité sur d'autres, qu'il s'agisse de la volonté divine, qu'il s'agisse de la transcendance des ancêtres sur les individus présents hic et nunc dans une société… toutes ces fondations d'un pouvoir sur un ajout de type transcendant faisait que le pouvoir nimbé d'une telle dimension d'autorité, nimbé d'un tel ajout, était un pouvoir qui ne se discutait pas. Le symbole le plus clair c'est le pouvoir des prêtes, mais le pouvoir politique de fondation théologique -de l'antiquité au Moyen-Âge et même jusqu'à la révolution française- avait aussi cette structure. Le roi se réclamant de l'onction divine avait évidemment un pouvoir indiscutable bien supérieur à la définition purement institutionnelle. Disons que l'ajout d'une dimension d'autorité au pouvoir avait pour effet d'absolutiser le pouvoir, c'est-à-dire de délier le pouvoir de toute limite, parce qu'il y avait là des figures de pouvoir qui, par définition, dépassaient toute forme de discussion, de contestation, de résistance (on ne résiste pas à un pouvoir sacralisé par son origine, par sa fondation transcendante).

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