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Le Nom en Grec Moderne

De
336 pages
C'est dans une perspective à la fois théorique et pédagogique qu'est ici proposée une étude novatrice des déterminants en grec moderne (articles, démonstratifs, interrogatifs, exclamatifs, indéfinis). Par sa richesse en exemples variés, ce livre met en relief les nuances sémantiques des différents déterminants, ainsi que les convergences et les divergences entre le grec et le français.
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Marqueurs et opérations de détermination

Collection "ETUDES GREC,QUES" dirigée par Renée-Paule Debaisieux La collection "Etudes grecques", créée en 1995, est consacrée au domaine

néo-hellénique, et se donne pour objectif de publier:
- des "introuvables" : ex : textes de voyageurs français des xvmème et XIXème siècles, des ouvrages bilingues: textes anciens, composés en grec moderne, assortis de leur traduction et de commentaires, - des textes contemporains (d'auteurs français) de critique littéraire, d'histoire, d'histoire de l'art, de géographie, - des traductions d'ouvrages grecs de référence (critique littéraire, histoire...). Ouvrages parus: Edmond ABOUT, La Grèce contemporaine (1854) [présenté et annoté par Jean Tucoo-Chala] Paul CALLIGAS, Thanos Vlécas [traduit, présenté et annoté par Marie-Paule MassonVincourt] en édition bilingue, avec annotations de Marie-Paule Masson- Vincourt : Réflexions historio graphiques Des Prisons Voyage à Syros, à Smyrne et à Constantinople Joëlle DALÈGRE, La Thrace grecque, populations et territoire Renée-Paule DEBAISIEUX, Le Décadentisme grec dans les œuvres en prose (1894-1912), Le Décadentisme grec: une esthétique de la déformmion Ioannis KONDYLAKIS, Patoukhas [traduit et présenté par Vassiliki et PieITe Coavoux] Marie-Paule MASSON-VINCOURT, Paul Calligas et la fondation de l'Etat grec Charles-Sigisbert SONNINI, Voyage en Grèce et en Turquie (1801) [présenté et annoté par Patrice Brun] Henri TONNET, Histoire du roman grec, des origines à 1960 Mario VITTI, Introduction à la poésie de Georges Séféris

@ L'Harmattan, 1998 ISBN: 2-7384-6988-4

lrini Tsamadou-Jacoberger

LE NOM EN GREC MODERNE
Marqueurs et opérations de détermination

L'Harmattan 5-7,rue de l'École Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L 'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

A Bertrand, Marie et Ariane

REMERCIEMENTS
Ce travail a été publié grâce au soutien du Conseil Scientifique de l'Université des Sciences Humaines de Strasbourg. Il est issu d'une thèse de doctorat d'Etat soutenue en novembre 1995 à l'Université de Paris VII. Je tiens à remercier les personnes qui ont contribué par leurs conseils et leurs encouragements à la réalisation de ce travail, et tout particulièrement - Monsieur le Professeur Antoine Culioli, directeur de cette recherche, pour tout ce que m'ont apporté sa théorie, ses analyses, son enseignement, mais aussi pour les discussions que nous avons eues sur les problèmes théoriques qui m'ont intéressée durant ces années. Pour les conseils qu'il m'a prodigués et l'intérêt qu'il a manifesté pour mon travail, je lui exprime toute ma gratitude. - Monsieur le Professeur Henri Tonnet, Madame le Professeur Zlatka Guentchéva et Monsieur le Professeur Marc Hug pour leurs pertinentes remarques et leur disponibilité. - Monsieur le Professeur Astérios Argyriou pour ses encouragements constants et sa compréhension qui m'ont permis de mener de front mes tâches d'enseignement et de recherche. - Monsieur le Professeur René Arnaud qui m'a conseillé de poursuivre cette recherche. - Monsieur Jean Lallot pour ses critiques et suggestions. - Rhéa Delveroudi, Calliope Panthier et Sophie Vassilaki pour nos fructueuses discussions et leurs précieuses remarques sur l'ensemble des problèmes dont il est question dans cette étude.

AVANT-PROPOS

L'objectif de ce travail est de traiter les phénomènes linguistiques de la détermination nominale en grec moderne, et, par ce biais, de contribuer accessoirement à l'étude contrastive de cette langue. Il s'agit par conséquent d'un travail pouvant présenter à la fois un .intérêt théorique, dans la me~ure où la détermination nominale sera abordée selon la théorie d'énonciation et consti... tuera en quelque sorte l'application de cette dernière au grec, et un intérêt pédagogique, dans la mesure où, en repérant directement ou indirectement les divergences et les convergences du grec avec le français par rapport aux phénomènes de détermination, il pourrait contribuer à l'enseignement du grec en tant que langue étrangère. Plus spécifiquement, la présente étude sera axée sur des déterminants associés au nom commun et au nom propre, c'està-dire sur les articles (dét. zéro, indéfini et défini ), les démonstratifs, les indéfinis, les interrogatifs et les exclamatifs. Notre analyse se situe dans le cadre de la théorie énonciative élaborée par A. Culioli. Dans cette perspective théorique, l'objet de toute étude linguistique est l'énoncé qui constitue le résultat de l'interaction d'un ensemble d'opérations dont les traces sont conservées en surface sous forme de marqueurs. Très schématiquement, il s'agit des opérations concernant le niveau prédicatif, à savoir le niveau de la constitution de la relation prédicative ordonnée et orientée, et des opérations énonciatives, ces dernières permettant l'ancrage direct d'une relation prédicative ainsi constituée dans les coordonnées énonciatives abstraites, c'est-à-dire l'énonciateur et les paramètres spatiotemporels.

Dans cette théorie, les déterminants sont envisagés comme des traces d'opérations énonciatives qui sous-tendent tout énoncé. Notre tâche consistera donc à analyser les différents déterminants afin de les ramener à l'opération énonciative de base sous-jacente dont ils sont les marqueurs. Nous verrons toutefois que les déterminants n'entretiennent pas
avec les opérations sous-jacentes des rapports fixes et absolus,

dans la mesure où une opération peut être marquée lexicalement et morphologiquement par des unités différentes. Par ailleurs, un marqueur qui renvoie à une opération de base propre peut, selon l'énoncé, renvoyer aussi à d'autres opérations. C'est du lien non absolu existant entre une opération et sa trace -dans notre cas un déterminant- que surgit la synonymie apparente entre marqueurs, ainsi que la compatibilité d'un même marqueur avec, différents contextes. Aussi, dans ce travail, nous proposons nous de définir dans un premier temps l'opération sous-jacente à laquelle renvoie par excellence un déterminant, et d'identifier par la suite les opérations qui s'y ajoutent en fonction de l'énoncé. Compte tenu de ce qui précède il est clair que pour com,prendre les opérations faites au niveau d'un nom associé à un déterminant, il ne faudra pas l'examiner isolément mais en relation avec l'énoncé dont il fait partie. A cet effet nous tiendrons compte des rapports que le groupe nominal entretient globalement avec la relation, prédicative (l'ordre des mots, la place du nominal -antéposé ou postposé- le type de l'énoncé s'inscrivant ou non dans l'assertion, la référence du prédicat, etc.). Pour mieux comprendre et mettre au clair les spécificités d'un marqueur nous serons amenée à effectuer une série de manipulations sur l'énoncé de départ. Ces dernières permettront, par la confrontation du marqueur en question avec d'autres marqueurs ainsi que par des paraphrases de l'énoncé, de dégager les conditions d'acceptabilité nécessaires de cet énoncé et de mettre en évidence les valeurs propres du déterminant en question. En outre, notre analyse est fondée sur des énoncés relevant de la langue standard. Par langue standard, nous n'entendons rien de plus que la langue courante, orale et écrite, dépourvue d'éléments dialectaux, argotiques ou autres, autrement dit une forme de langue actuelle, orale ou écrite non marquée. Il s'agit 10

d'énoncés tirés de la presse, de la langue parlée, ou des romans. Il faudrait également noter que nous ne citons pas les références des ouvrages d'où ont été tirés les énoncés qui illustrent notre travail. Il s'agit là d'un choix délibéré de notre part dans la mesure où nous avons considéré qu'ils constituent des énoncés généralement attestés ne caractérisant ni un auteur ni un style particuliers, ne portant pas sur des phénomènes limites de la détermination nominale. Notre travail comprend huit chapitres et est articulé de la manière suivante: - Le chapitre I porte sur les fondements théoriques et méthodologiques de notre approche, sur la définition du groupe nominal en général et sur le système nominal du grec. - Le chapitre II est consacré à l'étude du déterminant zéro. L'hypothèse émise étant que ce déterminant renvoié à la notion, c'est-à-dire à une opération sur la qualité. A partir de cette opération de base, nous procédons à l'examen de constructions impliquant un enchaînement d'autres types d'opérations énonciatives sous-jacentes. - Le chapitre III traite du dét. indéfini Éva~, qui en tant que trace d'une opération d'extraction par excellence peut également impliquer des opérations autres, tels le parcours, la quantifiabilisation et une opération sur la qualité. A cet égard, la comparaison du dét. 0 avec l'indéfini présente un grand intérêt. - Le chapitre IV est consacré à l'étude des emplois du dét. défini qui sont ramenés à deux opérations fondamentales: l'opération de fléchage et celle de parcours. Ainsi, lorsque le défini renvoie à un fléchage, il sert essentiellement à particulariser qualitativement une occurrence, tandis que lorsqu'il renvoie à une opération de parcours, l'occurrerice en question a une valeur générique, distributive ou exclamative. Dans la dérnière partie de ce chapitre nous étudions l'emploi du dét. défini associé aux noms de qualité et dégageons les propriétés spécifiques qui caractérisent cet emploi du dét. défini par rapport à celles étudiées précédemment. - Le chapitre V est consacré aux démonstratifs et plus spécifiquement à l'étude de aVT6~, éKé{V()~, TÉTOL()~t T6ao~. Bien e que fondamentalement traces d'une opération de fléchage chacun de ces marqueurs implique des opérations supplémentaires. Il

Ainsi, aVTô:; établit une relation d'identification à l'opposé de éKéLVO:; ui établit quant à lui une relation de différenciation. q De même, TÉTOLO:; Tôao:;, tout en introduisant une qualificaet tion, se différencient par rapport au type de cette dernière, TfTala:; portant sur la qualité et Tôao:; sur la quantité. - Le chapitre VI est consacré aux marqueurs interrogatifs et exclamatifs qui sont considérés comme des traces par excellence d'une opération de parcours. Par ailleurs, ces marqueurs font partie d'énoncés qui s'inscrivent dans un plan entre celui de l'assertion et de la non assertion. C'est en tenant compte de ces deux propriétés communes que nous nous proposons de les étudier parallèlement. - Le chapitre VII porte sur la classe complexe et hétérogène des indéfinis et plus particulièrement sur KaTTolo:;,KaTL, Kat'Él'as-/ TlTTOTé, Kaeé, KaeÉva:;, ôÀo:;, et quelques indéfinis de nombre. - Enfin le chapitre VIII, dernier chapitre de ce travail, traite de l'emploi des déterminants avec le Npr en grec. Cette étude nous permettra d'illustrer le fonctionnement des déterminants en révélant les opérations dont ils sont la trace.

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CHAPITRE I Fondements théoriques et méthodologiques.

Nous nous proposons d'étudier la détermination nominale en grec, et plus spécifiquement les déterminants associés au nom grec, selon la théorie des opérations élaborée par A. Culioli (1985). Dans la perspective de cette théorie, le travail du linguiste consiste en l'étude à la fois des régularités linguistiques et des phénomènes fugaces qui, pour des raisons de subjectivité, ne sont pas stabilisés. C'est la prise en compte de la systématicité de la langue, mais aussi de sa fugacité, qui constitue à nos yeux la grande originalité de cette approche et son intérêt pour notre propre travail. Traiter du domaine de la détermination nominale signifie travailler sur des énoncés, c'est-à-dire des suites textuelles caractérisées par des phénomènes complexes relevant du niveau sémantique, syntaxique et énonciatif. Il nous semble que la théorie énonciative permet d'appréhender ce domaine dans toute sa complexité, grâce à l'appareil conceptuel dont elle dispose. Il s'agit d'un système métalinguistique ramené à des sous-systèmes de règles et d'opérations permettant de représenter les énoncés afin de les classer, de les manipuler et de les traiter. Les énoncés sont envisagés comme des agencements de marqueurs, manifestés par les morphèmes, les particules, mais aussi la prosodie, l'intonation, etc., qui sont les traces d'un ensemble d'opérations. Ainsi, un marqueur tel que le déterminant défÏni représente un enchaînement d'opérations qui selon les langues et les contextes seront nécessaires ou possibles. L'objectif d'une étude comme la nôtre est, par conséquent,

de définir l'opération fondamentale représentée par un marqueur, qui peut également renvoyer à d'autres opérations. La compatibilité d'un marqueur avec une opération de base et avec d'autres opérations reflète le caractère à la fois régulier et irrégulier, stable et variable, homogène et hétérogène de toute langue. La définition des marqueurs proposée par J. J. Franckel (1989) nous semble particulièrement éclairante à ce sujet. Selon lui, les marqueurs sont considérés comme des signaux, des traces d'opérations échappant à tout effet figuratif et à toute valeur stable. La pluralité des valeurs associables à un marqueur
.

"résulte de spécifications différentes d'une seule et même opération invariante clont ce marqueur est la trace. Cet invariant n'est pas immécliatement accessible à l'analyse. En effet, un Inarqueur s'inscrit toujours dans un enchaînement d'opérations au sein duquel il joue un rôle spécifique qu'il est souvent très d~fficile de dissocier de celui des autres marqueurs constitutifs. de cet enchaînement. D'autre part, ce rôle n'est pas directement caractérisable en terme de valeur sémantique. Le'" risque est toujours présent d'attribuer à un marqueur les propriétés de
l'enchaînement à travers lequel on l'appréhende localement. "(p. 13)

Par ailleurs, il est évident que les opérations de,détermination effectuées dans le domaine nominal ne pourront être cernées que par une étude détaillée de leurs traces qui sont, entre autres, les articles, les démonstratifs, les indéfinis, les exclamatifs et les interrogatifs. Cette étude vise, par conséquent, à appréhender, à travers les différentes valeurs de ces marqueurs, à la suite d'une analyse détaillée du contexte et des contraintes qui régissent leur apparition l'opération invariante dont chacun d'entre eux est la trace. Tout énoncé résulte de l'interaction d'un ensemble d'opérations sur trois niveaux: - le niveau notionnel qui permet le passage de l'extralinguistique au linguistique et qui implique la constitution des notions-représentations mentales captées partiellement par les mots. Il s'agit de représentations d'objets dans le langage auxquelles sont associées des propriétés primitives résultant des propriétés physico-culturelles, c'est-à-dire des propriétés liées à la culture et à l'histoire d'une communauté linguistique donnée. 14

La notion, par exemple, de l'objet 'chien' aura la forme '() être chien I avec tout ce que cela implique comme propriété primitive relevant du domaine cognitif, par ex.: [- humain], [+ animé], [- état], [- processus] etc. L'association aux notions de propriétés primitives permet d'établir des relations primitives entre les différentes notions. Il s'agit de relations de type ordonné au sens où l'on a un terme source et un terme but notés par a et b respectivement. L'ordre de la relation primitive dépend des propriétés primitives des deux termes par ex.: la propriété primitive [+Agent] s'associe plutôt au terme source, la propriété [+Patient] au terme but. Ainsi, à ce niveau entre la notion 'manger' et les notions 'garçon' et 'tarte' il y aura constitution d'une relation primitive fondée sur les propriétés primitives, typiques de ces notions. A partir de ces notions on établit une relation < garçon a - tarte b - manger> et une spécification. Nous avons affaire à un "contenu de pensée", à une représentation relevant essentiellement de l'activité cognitive. - le niveau prédicatif: la relation primitive subit à ce niveau une opération d'orientation. Les termes de la relation primitive par ex.: < garçon a - tarte b > vont être orientés par rapport à <manger> qui sert de relateur. C'est par des opérations effectuées à ce niveau qu'il est précisé si une relation est active, relation orientée vers la source a, ou passive, -relation orientée vers le but b. La mise en relation entre deux arguments par l'intermédiaire du prédicat aboutit à un schéma prédicatif dont le premier argument constitue le terme de départ de la relation prédicative -le cOJ;I1plémentde rang zéro (Co) - et le deuxième argument -le complément de rang 1 (C1)1 - instancié en seconde position constitue le terme d'arrivée. - le niveau énonciatif: la relation prédicative va ensuite être déterminée par rapport à un système de coordonnées énonciatives notéSit, i.e. par rapport à un système de référence défini par les paramètres spatio-temporels (T) et le sujet énonciateur (S). Ce système comprend un repère énonciatif-origine noté Sit0 (S@, T@ ), un repère de locution noté Sit1 (SI, Tl) et
I Cf Guillemin-Flescher (1981).

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un repère de l'événement auquel réfère la relation prédicative noté Sit2(S2, T2). Les opérations impliquées à ce niveau vont construire des valeurs référentielles telles que la détermination qualitative et quantitative, l'aspectualité et la modalité qui permettront à la relation prédicative d'acquérir le statut d'énoncé2. En effet, c'est la construction des valeurs référentielles par le biais de ces opérations qui fait qu'il y a signification et que l'ac-

tivité langagière est signifiante 3.
Il s'ensuit que tout phénomène linguistique implique un jeu complexe d'opérations à la fois prédicatives et énonciatives. Ainsi, comme le souligne A. Culioli (1973:87)"Lentement nous passons d'une linguistique des états à une linguistique des opérations. Peu à peu nous entrevoyons que le langage est une incessante mise en relation (prédication, énonciation), grâce à quoi des énonciateurs, en tissant un jeu structuré de ré.férences, pro{luisent un surplus d'énoncés et repèrent une pluralité de
significations.

Cependant, bien que la mise en relation entre les trois niveaux soit fondamentale et indiscutable, il semble qu'un phénomène linguistique puisse privilégier les opérations d'un seul niveau. Ainsi, par exemple A. Culioli (1990:91-113) considère qu'il existe à côté d'une opération primitive de négation une opération construite de négation. De même, les phénomènes liés à la diathèse privilégient les opérations d'orientation effectuées au niveau prédicatif, alors que ceux liés à la détermination nominale et verbale privilégient davantage les opérations énonciatives.
Pour A. Culioli (1975: 10r' Enoncer, c'est construire un espace, orienter, déterminer, établir un réseau de valeurs référentielles, bref un système de repérage. Tout énoncé est repéré par rapport à une situation d'énonciation qui est définie par rapport à un premier sujet énonciateur S@ et à un temps d'énonciation T@." 3 Ci Culioli, (1968:108)"L'activité langagière est signifiante: c'est parce qu'il y a, dans la comm.unication, des opérations aux deux bouts que les énoncés prennent un sens (opérations complexes, car tout émetteur est en même temps, c'est-à-dire au même Inoment, récepteur et réciproquement); mais on ne peut affinner que les mots ont un sens sans être ramené à une conception outillère du langage, conçu comlne un instrument dont la finalité explicite serait la cOlnmunication entre des sujets universels qui, comlne on le sait, se partagent le bon sens. "
2

"

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Un autre concept de la théorie énonciative, fondamental au demeurant pour l'étude de la détermination et auquel on .fera appel souvent lors de notre analyse, est le concept de repérage. On entend par repérage une relation entre deux termes dont l'un revêt le rôle de repère et l'autre le rôle de terme repéré. Il s'agit d'une opération primitive effectuée par le biais de l'opérateur de repérage £. signifiant" est repéré par rapport à". Dans ce travail l'opération primitive de repérage s'exprimera essentiellement par la valeur d'identification et la valeur de différenciation localisation. Lors d'une identification, par ex.: 7c) llaploï (a) éLvaL TJ TTPÜ)TéVOVaa raMlaç (b). TTJç <a é b> «Paris est la capitale de la France.»
(a) TTJT7}5"b). <a £. b> ( o rLr1VVT}5" éLvaL cf>OL

«Jean est étudiant», le terme qui sert d'identifieur est le repère et le terme identifié est le repéré. Lors d'une différenciation, le repère sert à localiser le terme repéré comme dans une construction possessive telle que:
o TTaTÉpa5"(a) TOU TTaL8Lov(b). <a £. b> «Le père de l'enfant», dans laquelle l'occurrence 0 TTaTÉpaç est localisée par rapport à
TOU TTaL8LOV.

Compte tenu de ce qui précède, il est évident qu'un nominal faisant partie d'un énoncé doit être lié à la fois à une représentation physico-culturelle et à un système de référence par rapport auquel il est situé et dont les marqueurs auxquels il est associé sont les traces. Une étude portant sur la détermination nominale doit, par conséquent, tenir compte de l'ensemble des opérations dont l'enchaînement aboutit au nominal déterminé. Ainsi, tout nominal est attaché et renvoie à une notion qui, selon A. Culioli (1981, 1985, 1989), correspond à un système complexe de représentations constitué à partir d'un faisceau de propriétés physico-culturelles. La notion a un caractère prédicatif, c'est -à-dire qu'elle correspond à une relation prédicative du type 'être X' par exemple '( )être chien'. A ce stade elle n'a pas de propriétés extensionnelIes et elle ne peut donc pas être quantifiée.

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Il s'agit d'une représentation intensionnelle, dont la propriété fondamentale est l'insécabilité. Ensuite, la notion va pouvoir être déterminée quantitativement. Elle va subir différentes opérations dont la première est la quantifiabilisation ou fragmentation. C'est l'étape de la construction du domaine notionnel muni d'une classe d'occurrences abstraites caractérisées par cette notion. Plus spécifique-' ment, l'opération de quantifiabilisation correspond à la construction du domaine notionnel qui, comparé à un espace topologique, comporte, du point de vue qualitatif, quatre zones: l'intérieur (I) qui définit la zone de la notion p de 'vraiment p '; le centre attracteur qui représente l'archétyp~, le prédicat par excellence avec lequel on comparera toute occurrence; la frontière, zone intermédiaire entre ce qui est p et ce qui n'est pas p et l'extérieur (E) qui définit la zone de 'vraiment pas p'. Grâce à l'opération de fragmentation, la notion peut être individuée et avoir des propriétés extensionnelles. Alors que la notion est qualitative, la notion fragmentée, elle, renvoie à des occurrences abstraites quantifiables bien qu'indiscernables qualitativement. Ainsi, les occurrences appartenant à une classe par exemple chien, toutou, clebs, fox, teckel vérifient une propriété commune; celle de 'être chien'. Cette propriété commune les rend qualitativement non-distinguables. En revanche, elles se distinguent les unes des autres d'un point de vue quantitatif. La non-distinguabilité qualitative renvoie à une opération de qualification, qu'on notera QLT, et l'individuation à une opération de quantification qu'on notera QNT. Nous dirons qu'une notion est qualitativement déterminée lorsqu'elle est qualitativement délimitée, et entretient un rapport d'altérité qualitative avec d'autres notions. De même, elle est quantitativement déterminée lorsqu'elle est délimitée dans le temps et.dans l'espace et entretient un rapport d'hétérogénéité avec d'autres notions. L'opération de quantifiabilisation constitue à la fois une opération QNT et QLT4 et c'est elle qui associe à la notion
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La notation QNT QLT représente une catégorie abstraite dénotant la quantité et la qualité respectivement. Lorsque nous aurons affaire à des occurrences

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la propriété [+quantifiable]. Elle est, par conséquent, incompatible avec toute notion ayant la propriété [+compact, insécable] comme: beauté, courage, intelligence, etc. Si la notion associée a la propriété [+discontinu], par exemple: iivre, voiture, chat, etc. l'opération de quantifiabilisation sert à construire une classe d'occurrences abstraites; si, en revanche, la notion associée est [+dense] par exemple: fariné, sucre, huile, etc. on a affaire à une fragmentation de quotités. Une fois la notion quantifiabilisée, il est possible d'introduire une nouvelle opération permettant d'extraire de la classe d'occurrences une occurrence (ou une quotité) et de la localiser par rapport aux paramètres situationnels, c'est-à-dire de lui attribuer une valeur référentielle. Par l'intermédiaire de cette opération d'extraction, l'occurrence extraite n'est plus abstraite, mais acquiert le statut d'une occurrence réelle ou imaginaire, située dans le temps et l'espace énonciatifs. Il est évident que lors d'une extraction, on privilégie le paramètre QNT par rapport à. QLT. L'occurrence extraite, bien qu'indiscernable qualitativement des autres occurrences de la classe, se distingue de celles-ci en raison de sa délimitation par rapport à Sit. Une occurrence extraite peut ensuite être déterminée par rapport à une nouvelle situation. Dans ce cas, nous avons affaire à une sorte de reprise de l'occurrence extraite par une nouvelle occurrence identifiée à celle-ci, c'est l'opération de fléchage. Avec cette opération on introduit une ré-identification qualitative. Bien que supposant une détermination quantitative, c'està-dire l'existence d'une occurrence extraite, cette opération renvoie en premier lieu à une caractérisation qualitative QLT. Le marqueur privilégié de cette opération est le déterminant défini. Ainsi dans: E~cpayaTO yÀVKÔ.<il y a un gâteau> «J'ai mangé le gâteau.» To aVToK[VT}TO TT}5" ÀÉvT}5". Hélène a une voiture> E < «La voiture d'Hélène», l'existence d'une occurrence permet l'introduction par le déterminant - désormais dét. - défini d'une n~uvelle occurrence
situées, nous emploierons la notation Qnt Qlt. Enfin, nous utiliserons QNT QLT pour dénoter la généricité (à ce sujet voir également CuliolL 1990:177-213).

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identifiée qualitativement à la première. Généralement nous distinguons deux types de fléchage: le fléchage contextuel et le fléchage situationnel, selon que l'élément est identifié par rapport au contexte linguistique ou .

situationnel.

Une dernière opération qu'on peut effectuer sur le domaine d'occurrences construit à partir d'une notion est le parcours. Cette opération consiste à parcourir l'intérieur ou l'extérieur du domaine notionnel sans pouvoir ou vouloir distinguer une seule occurrence. C'est l'opération qui aboutit à des valeurs tels le générique, l'indéfini et le haut degré. L'opération de parcours peut également impliquer une opération d'extraction ou de fléchage. Ainsi, combinée à une opération d'extraction - parcours rugueux - l'opération de parcours sert à préserver les discontinuités qui caractérisent les occurrences distinctes, par exemple, lors de l'emploi de "un" générique. Combinée à une opération de fléchage - parcours lisse - elle préserve la propriété commune des occurrences en atténuant les discontinuités, par exemple, lors de l'emploi de "le" générique. I. 1. Problématique générale sur le Groupe Nominal.

Nous avons vu que, dans une perspective énonciative, l'énoncé est envisagé comme le produit d'un enchaînement d'opérations. Dans le domaine nominal, ces opérations aboutissent à la construction d'une séquence comprenant un nom et des marqueurs, à savoir des déterminants. La problématique générale sur la détermina~ion nominale oppose systématiquement le nom qui sert de tête' lexicale à l'intérieur de cette séquence, et la séquence elle-même considérée comme l'association de ce nom avec les marqueurs et appelée selon les auteurs groupe nominal, syntagme nominal, nominal etc. Avant de procéder à l'étude de la détermination nominale en grec, nous nous proposons de définir ce qu'on entend généralement par groupe nominal - désormais GN - ou nominal, de mettre en évidence les propriétés syntaxiques et sémantiques qui lui sont rattachées et de voir comment ce dernier est envisagé par la théorie des opérations. 20

En règle générale, la définition du GN relève à la fois de ses propriétés linguistiques et de sa valeur référentielle. Toute étude linguistique du GN renvoie à une approche complexe à la fois morphologique, syntaxique et sémantique, dans la mesure où elle décrit des propriétés linguistiques du GN dans une langue donnée, à savoir son organisation interne, ses. fonctions syntaxiques, son sémantisme. Toute étude référentielle du GN porte quant à elle sur la valeur référentielle du GN découlant de son association à la réalité extralinguistique. Ainsi distingue-t-on généralement: - les ON qui renvoient à des particuliers et qui ont une référence spécifique, par ex. :
L;uvavTT]aa TO rLO T1]S"MaplaS".

«J'ai rencontré le fils de Marie», - les ON qui renvoient à des espèces et qui ont une référence générique, par ex. : H rpaÀaLva éLvaL OrjÀaaTLKo. «La baleine est (litt. mammifère) un mammifère», - les GN non spécifiques dont le référent ne peut pas être identifié et est indéterminé, par ex. :

Tou apÉaéL va TP{JéL Kapaf.1ÉÀéS".
«Il aime manger des bonbons.» Par ailleurs, la valeur référentielle d'un ON est tributaire de la valeur référentielle de l'énoncé dont il fait partie et plus particulièrement des propriétés référentielles du prédicat. Les exemples .:
a. Ta TTaL8La TTpÉTTéL TTLVOUV va (imperfectif) TTOÀV

raÀa. b.Ta TTaL8LaTTpÉTTéL TTLOUV va (perfectif) TTOÀV raÀa. «Les enfants doivent boire beaucoup de lait», illustrent bien la relation étroite qui existe entre la référence du GN et celle du prédicat. Dans (a) et (b) la valeur référentielle du ONsujet, générique et spécifique respectivement - est déterminée par celle du prédicat qui, en raison de ses propriétés aspectuelles [+ imperfectif] [+ perfectif], renvoie dans (a) à du générique et dans (b) à du spécifique. Regardons maintenant comment le GN est défini par des linguistes qui, tout en travaillant essentiellement sur

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le français (à l'exception de R. Langacker) soulèvent des questions intéressantes quant à la problématique générale sur le ON. Par ailleurs, les analyses proposées illustrent bien, nous semblet-il, des aspects fondamentaux de cette problématique. Nous exposons successivement les définitions issues des travaux de O. Van Hout (1973), M. Wilmet (1986), J. CI. Milner (1978) et R. Langacker (1991, Vol. II)5. Dans la démarche de O. Van Hout, influencée par la mathématique ensembliste et relationnelle, un syntagme nominal est considéré comme une suite ordonnée d'unités linguistiques, de mots, dont les relations créent une signification pour le tout. Ainsi une structure nominale telle que la fille de Minos et de Pasiphaé est appelée syntagme nominal car elle est formée d'un ensemble de mots dans un certain ordre doté de signification et, d'autre part, elle est équivalente à un nom en l'occurrence Phèdre. Aussi, pour cet auteur, un syntagme nominal est un ensemble de signifiants alignés selon un certain ordre et un ensemble notionnel signifié. A partir de cette définition, il distingue trois types de syntagmes nominaux: le syntagme nominal analytique la .fille de Minos et de Pasiphaé; le syntagme synthétique Phèdre, elle (le nom propre ou le pronom) et le syntagme nominal à marquant zéro par l'effacement du complément dans l'exemple Le roi boit ( ) . Tout syntagme nominal forme un sous-ensemble dans l'univers du discours, un univers réduit, conventionnel et subjectif, dans lequel s'inscrit l'acte de communication. Ainsi, dans un univers de discours, un syntagme nominal tel que les puces pourra se décomposer en quantificateur les portant sur l'étendue des éléments et en qualificateur puces portant sur la nature des éléments. Selon Van Hout les quantificateurs constituent une classe hétéroclite d'unités linguistiques occupant la tête du syntagme et pouvant se substituer l'une à l'autre, comme par exemple une, deux, trois, quatre, un, des, la,
5

Nous tenons à souligner que le' GN a fait l'objet d'étude d'un très grand nombre de linguistes. Au cours de notre analyse nous aurons l'occasion de faire allusion à des travaux qui présentent un intérêt particulier par rapport au grec. A titre indicatif toutefois nous citons les travaux de E. Benveniste (1948, 1950), K. Donnellan (1966), CI. Blanche - Benveniste et A. Chervel (1966), J.-CI. Chevalier (1966), E. Bach (1968), S. Karolak (1975, 1989).

22

douze, quelques, beaucoup de, peu de, mes, ces, certains, une troupe de, une armée de, etc. Ces quantificateurs, appelés traditionnellement déterminatifs ou déterminants, constituent, selon Van Hout, la vaste classe des articles subdivisée fondamentalement en trois sous-classes: "- ceux qui nous fournissent le nombre d'éléments appartenant à l'ensemble: un, deux, trois...; - ceux qui nous informent si l'ensemble est une totalité ou une partie, une pluralité ou un singleton, une réalité ou le vide: les, des, aucun, quelques...; - ceux qui, en plus de la quantification, nous fournissent une qualification relationnelle: mon, ma, mes, ton, ta, tes,... ce, cet, cette, ces... etc. "( 1973 :47)

Pour Marc Wilmet le syntagme nominal est une séquence ordonnée de mots comprenant un substantif, qui est le noyau du syntagme, et ses déterminants avec leurs expansions. La cohésion du syntagme est assurée par l'accord au niveau du genre et du nombre et par les ligateurs comme les prépositions, les pronoms relatifs, les conjonctions de s1J.bordination. Les déterminants associés au substantif servent à le circonscrire dans son extensité ou dans son extension. Par extensité Wilmet entend la quantité d'êtres ou d'objets auxquels un syntagme nominal est appliqué, alors que l'extension porte sur l'ensemble des êtres ou des objets auxquels un syntagme nominal est appliqué. A partir de ces deux concepts, il classifie les déterminants en quantifiants comme: aucun, chaque, plusieurs, un, deux, le, de (du, de la), zéro etc.; en caractérisants comme les adjectifs qualificatifs, les numéraux ordinaux, autre, même, les possessifs etc.; et en quantifiants-caractérisants, impliquant à la fois la notion d'extensité et d'extension,. par exemple certain, quel, nul, tel etc. Les analyses du GN et des déterminants proposées par Van Hout et Wilmet s'inscrivent, nous semble-t-il, dans une problématique davantage grammaticale que linguistique. Il s'agit en effet de descriptions sémantico-Iogiques des déterminants et du GN, influencées considérablement par la logique et la mathématique: ces descriptions s'inscrivent d'une certaine manière dans la tradition grammaticale classique française. En d'autres termes, Van Hout et Wilmet, partant de la dichotomie de 23

Nicolas Beauzée (1767) 'compréhension/étendue' qu'ils redéfinissent, nous proposent une théorie plutôt grammaticale que linguistique des déterminants, dans la mesure où le GN y est envisagé de manière isolée, comme une structure d'éléments ordonnée et dotée de signification indépendamment de tout acte d'énonciation. Or, à notre avis, ce qui est à l'origine à la fois de la complexité et de l'intérêt du GN et de sa détermination est le jeu entre le niveau prédicatif et le niveau énonciatif. Pour Langacker, en revanche, qui se situe dans le cadre théorique de la Grammaire Cognitive, le facteur crucial pour comprendre l'organisation interne du GN est sa fonction sémantique. Ainsi se propose-t-il de définir la structure des GN en se fondant sur la différence sémantique qui existe entre un Nom -désormais N- et un ON (nominal). Selon Langacker, un simple N renvoie au "type" dans la mesure où il sert à identifier des entités qui représentent la même classe sans pour autant s'attacher à une occurrence particulière de cette dernière. En revanche, ON renvoie à des occurrences à la fois quantifiées et ancrées dans l'événement énonciatif>. Ainsi par exemple la différence entre un N comme cuillère et un ON comme la cuillère est que le N renvoie au "type", alors que le ON à une occurrence de ce type. Ces fonctions sémantiques sont représentées par la structure syntaxique du ON7. Dans la structure d'un ON le type est représenté par unN qui avec un adjectif ou d'autres
6

Cf Langacker (1991:53) "The selnantic content of a simple noun like site amounts to nothing more than a type specification: it specifies the basis for identifying various entities as being representatives of the saIne class but it is not tied to any particular instance of that class. This type specification is rendered more specific in complex expressions such as convention site (...) On the other hand, a full nominallike the site, an excellent site ( ...) presupposes instantiation of the type in question and designates one or more instances.. Note that information is furnished concerning. both the number of instances and their status vis-à-vis the speech-act participants (the latter through the definite/ indefinite contrast)" "First a nominal provides some indication of quantity, either in absolute terms (e.g. three cats) or proportionally (most cats). Second, a nOlninal effects the grounding of the designated instances. i.e. how they relate to the speech event and its participants (the ground)".
1

ibid.(54)...Thesesenlanticfunctions tend to be reflectediconicallyin a nomi-

nal's structure. Its type specification is normally provided by the head noun along with any adjectives or other modifiers that render it more precise. Together these fornl a kind of nucleus, which resists disruption by extrinsic elenlents.

24

modificateurs forment un noyau: chat noir, auquel dans une deuxième étape viennent s'ajouter des éléments extrinsèques tels les quantifieurs : trois chats noirs. Les éléments effectuant l'ancrage du GN ne s'ajoutent qu'en dernier lieu: ces trois chats noirs. Un GN présuppose par conséquent l'instanciation du type et désigne une ou plusieurs occurrences quantifiées et ancrées dans l'énonciation8. L'intérêt et l'originalité de l'analyse de Langacker par rapport aux approches de Van Hout et de Wilmet tiennent, à notre avis, à la distinction faite entre type et instance, qui rappelle partiellement la distinction entre notion et occurrence de la théorie des opérations. Dans l'analyse de Langacker, cependant, cette distinction sémantique sert essentiellement à rendre compte de la structure syntaxique du GN envisagée sous forme de strates (Nominal< Noun (1)- Quantifiers (2)Grounding expression (3)). Dans cette perspective le type correspond à un simple N et l'occurrence correspond à un GN quantifié et ancré dans l'événement énonciatif par des éléments extrinsèques. Dans la théorie des opérations, en revanche, les concepts de notion et d'occurrence ne concernent pas le système nominal uniquement. La notion renverrait à un système de représentation complexe précédant toute classification en nom, verbe etc., et l'occurrence quant à elle à des événements énonciatifs respectivement. Jean-Claude Milner (1978:332) considère que la différence entre le GN et le N se situe au niveau de la référence et que l'opposition GN Il N reflète l'opposition référence actuelle Il référence virtuelle. Pour lui"..La référence actuelle n'est rien d'autre que la relation unissant un objet du monde et sa désignation; elle ne peut valoir que pour les groupes nominaux (N") pris en leur entier, et employés effectivement dans un énoncé. La référence virtuelle, en revanche, concerne les unités lexicales hors tout emploi particulier(...). Elle ne définit aucune
Thus a quantifier is generally added as a separate layer external to the nucleus (...) Moreover. a grounding expression is usually appended as the outermost layer, reflecting its status as the predication most extrinsic to the characterization of the designated entity r,.
s

ibid.(54) "Specifically, I propose that every nominal profiles a thing

construed as an instance of some type and further incorporates some specification of quantity and grounding. "p. 54. 25

relation

en acte entre un objet et ..\'a{Iésignation

{le langage,

son

statut est intérieur au système langagier: c'est en fait le sens (Sinn) linguistique d'une unité lexicale isolée et non pas la r~férence (Bedeutung) d'un groupe nominal inséré dans un énoncé." Le GN est, par conséquent, doté d'une référence actuelle, il est effectivement employé dans un énoncé et entretient une relation avec un objet de la réalité extralinguistique. Le N, aù contraire, est doté d'une référence virtuelle qui ne concerne pas un objet de la réalité extralinguistique mais les conditions d'une référence possible. Le N est une unité lexicale et il n'est pas effectivement employé dans un énoncé. Nous constatons que, dans les approches présentées ci-dessus les déterminants sont considérés comme des accompagnateurs du nom et jouent un rôle crucial dans la définition du GN (syntagme nominal, nominal, etc.). Ce sont eux en fait qui permettent au nom de former un GN d'un point de vue syntaxique, c'est-à-dire d'avoir une structure interne et une assise (grounding). La distinction analogique entre N et GN, type et occurrence, référence virtuelle et référence actuelle, illustre à nos yeux une tendance linguistique qui consiste à séparer la syntaxe de la sémantique. Il nous semble toutefois que dans une étude sur la détermination nominale, ce qui est important, c'est le va et vient entre la syntaxe et la sémantique et que par conséquent une séparation entre ces niveaux n'a pas de sens. L'approche énonciative présente par rapport aux thèses précitées un avantage considérable: elle permet d'appréhender la détermination nominale dans toute sa complexité, c'est-à-dire comme un enchaînement d'opérations prédicatives et énonciatives. Dans une telle démarche, les déterminants sont des marqueurs permettant à une relation prédicative, et non uniquement à un nom, de se situer paF rapport à un système de référence défini par les coordonnées énonciatives. I. 2. Le système nominal en grec moderne. En grec, les catégories grammaticales du cas, du genre et du nombre jouent un rôle important dans la détermination nominale. Nous allons examiner successivement comment s'expriment ces catégories dans la langue et en quoi exactement consiste leur importance au niveau de la détermination. 26

I. 2. 1. Le cas, vu par la grammaire traditionnelle, correspond à un ensemble de marques morphologiques caractérisant les langues à déclinaison et à un ensemble de fonctions syntaxiques. Pour A. Culioli9, le cas constitue la trace d'un certain nombre d'opérations. Il renvoie à un ensemble de fonctions et de valeurs et sert à établir fondamentalement des relations. C'est' sous cet aspect que nous envisagerons le cas dans le présent travail. A l'intérieur de l'énoncé, le cas marque la fonction sujet (agent ou patient), complément d'objet, complément de nom, etc. HpOé 0 ridvV!]ç (nominatif) «Jean est arrivé»; E£8a Ta riGvV!] (accusatif) «J'ai vu Jean»; Ta (3L(3)..£O TOU rLdvv1] (génitif) «le livre de Jean». Il peut établir également une relation entre l'énoncé et la situation d'énonciation, c'est-à-dire le temps et l'espace,et marquer le mouvement, la direction, la durée, l'itération etc. lldlù aT1]~1JJdTpa (Groupe Prépositionnel,désormais GP)«Je vais à Patras»,T1]v KvpLaKr] TTa£(lV TÉVLÇ (accusatif) "Le (ce) dimanche je joue au tennis". Enfin, le cas établit une relation entre l'énoncé et le sujet énonciateur lorsque par exemple il marque que l'agent d'une action est sujet ou complément d'agent: 0 llÉTpOÇ É(3a</Jé a aTT£L(actif)' «Pierre a T T
peint la maison», To aTTL (3dcjJTT]Ké TL aTTO TOV JIÉTpO (passif)

«La maison a été peinte par Pierre» ou si un terme de la relation est mis en valeur etc. En grec, la catégorie du cas s'exprime par les quatre cas morphologiquement marqués: le nominatif, l'accusatif, le génitif, le vocatif et par les prépositions. La fréquence d'emploi de ces cas varie et dépend de facteurs intralinguistiques et extralinguistiques tels le contexte, le niveau de langue, le locuteur, la région etc.lO Le nominatif est le cas du sujet et des termes (l'attribut etc.) qui s'y réfèrent dans la même phrase. Sont également marqués au nominatif les noms dans leur emploi absolu comme dans les
I}

Cf Alpha Encyclopédie, p.7. A ce sujet Mackridge (1985:54) écrit" The nOlllinative and accusative are by far the fnost frequently used cases, the genitive being used perhaps less than half as fi-equently as either of these_ The vocative is the least frequently used case, being usable only in a lifnited number of circunlstances. " p. 54.
tO

27

entrées de dictionnaire ou les noms en exclamation: TL eÉal1a! "Quel spectacle!" Le nominatif peut également quoique rarement, être construit avec des prépositions: J/aéL ria TTpÔé8poS" (nominatif) (litt. il va pour président) «il se présente pour se faire élire président», etc. L'accusatif est le cas du complément d'objet et des groupes prépositionnels. Le génitif est le cas du complément de nom, de l'objet indirect, de l'objet indirect en concurrence avec les compléments prépositionnels, ainsi que de quelques prépositions d'origine savante comme VTTÉpen faveur « de» , l1éTafu «entre», KaTa «contre» etc. Enfin, le vocatif est le cas de l'interpellation ou de l'invocation, le cas par lequel on adresse la parole à l'interlocuteur ou on marque la volonté d'attirer son attention. Par ailleurs, nous considérons que chacun de ces cas renvoie à des opérations linguistiques et énonciatives spécifiques. Ainsi, le génitif est la trace de l'opération de localisation et en tant que tel il joue un rôle important dans la détermination nominale. C'est cette valeur de localisateur qui explique la compatibilité du génitif avec la thématisation dans les constructions avec les verbes à trois actants tels ÀÉw «dire» etc. dans

lesquelles le génitif est employé en variation libre avec un GP,
par ex.:
Iov KwaTa, TOU El TTETT]V aÀf]eELa. litt. à Costas lui (génitif) a dit la vérité.

I. 2. 2. La catégorie du genre, correspondant à la fois à un ensemble de marques morpho-syntaxiques et à un système classificatoire, est toujours vivante en grec qui distingue trois genres, le masculin, le féminin et le neutre. Le genre est marqué morpho-syntaxiquement par l'accord au niveau des déterminants, des adjectifs et des pronoms. Le système classificatoire du grec correspond à une classification d'ordre partiellement sémantique, mais aussi partiellement arbitraire. La tendance générale pouvant être l'accqrd du genre grammatical avec le genre naturel. Souvent les noms de parenté et de métier, les prénoms et les noms de famille distinguent le masculin du féminin. Lorqu'il s'agit de noms d'animés, le genre non-marqué est le neutre TO aKvÀ{ «le chien», le masculin 0 aKuÀoS"

28

«le chien» pouvant à la fois désigner le mâle et l'espèce. Notons toutefois des contre-exemples comme: T] yaTa «le chat», T] aAéTTov«le renard», T] p1TéKaTŒa bécasse», T] cptJJKlale «la « phoque», T] cpaAalva«la baleine» etc. qui tout en étant féminins indiquent' l'espèce. Le féminin correspond généralement au genre marqué et ne peut désigner que la femelle, par ex.: TO aAoyo (neutre) «le cheval» ( mâle ou espèce) mais T] cpopa8a (féminin) «la jument» (uniquement la femelle) ; 0 ŒKVAoç (masculin) «le chien» en. tant que mâle ou représentant de l'espèce mais T] ŒKvÀa(féminin) «la chienne» (uniquement la femelle). Par ailleurs, il existe une relation entre: - le genre et la personne: dans les constructions impersonnelles, on emploie p.ex. le neutre élval a8vvaTov «c'est impossible», élval 1Tl(Java«il est probable», élval XprjŒlpo «il est utile» etc. - le genre et le nombre: il y a un lien entre le neutre pluriel et le collectif, par ex. Ta É1Tl1TÀa mobilier», Ta a8Épcpla «le «les frères et soeurs», Ta 1Té()éplKa «les beaux parents»; le féminin et le collectif, par ex.: T] appaOla «le trousseau de clefs», T]PVPPT]YKLG fourmilière» etc.; le masculin en wvaç «la et le collectif, par ex.: 0 éAal{Jvaç «l'oliveraie» etc. - le genre et les marques sémantiques de la diminution et de l'augmentation: le neutre - associé ou non aux suffixes de diminution - et le diminutif, .par ex.: TO KapÉKÀl«la petite chaise ou la chaise haute», TO ayopaKL «le petit garçon», TO KOpLŒaKl«la petite fille»; le masculin en -apoç et le féminin T en -apa, -{ap)Ôvaet l'augmentatif, par ex.: 0 1Tal8apoç «le super mec», 0 KoplTŒapoS"«la super nana», T] aVToKLVT]Tapa «la super bagnole», T] yvvaLKapa «la super pépée», T] Œ1TL TŒ pava «l'énorme maison» etc. Setatos (1984:393-397) s'inscrivant dans la tradition de la grammaire de Triandaphyllidis soutient que la grande diversité qui caractérise la déclinaison nominale en grec est due à la nécessité de distinguer clairement les trois genres. Il résume le rôle croissant de la catégorie du genre en grec moderne par rapport au grec ancien en deux points: - en grec ancien la déclinaison nominale était fondée sur la distinction des thèmes ("apxala éÀÀT]VlKrj ()épaTLKrj
29

KÀ-lar]").

En revanche, en grec moderne la déclinaison

('VéOéÀ.À1]VlKr}KÀ-{aT]'YéVulV") emble être de plus en plus fondée s

sur la distinction du genre naturel (par ex.: TTarr}p «père», J1r}TT}P «mère»> TTaTÉpas-,J11]TÉpa) ainsi que d'autres types de distinction d'ordre naturel (par ex.: taille, âge, rapports familiaux, etc.). - en grec moderne, le genre grammatical n'est plus marqué s'il ne reflète pas une distinction au niveau du genre naturel (sexe). Ainsi, le participe présent par ex.: H Mapia J1LAdéL'YpacpovTas-. «Marie parle en écrivant», ne correspond plus qu'à une forme invariable (alors qu'en grec ancien on a une forme marquée par rapport au genre 'Ypacp{ùv<masculin, 'Ypacpovaa<féminin, 'Ypacpov<neutre) puisque la distinction de sexe n'est plus pertinente. Par ailleurs, Colaclides (1964) souligne qu'en grec moderne la distinction des noms en masculins, féminins et neutres est liée à la présence ou l'absence des marques sémantiques telles que la diminution ou l'augmentation caractérisant la classe des animés/inanimés et le sexe caractérisant les humains et certains animaux. Ainsi, selon cet auteur le neutre est marqué ("it is the neuter which is the marked") par rapport au diminutif. En effet, en grec moderne le neutre est le seul genre qui peut revêtir la fonction des suffixes de diminution, par ex.: T] apKov8a
«l'ours» TO apKov8L «l'ourson», 1] TTaTTLa«la cane» TO TTaTTi

«le canard, la petite cane» etc. De même, le neutre marque le diminutif lorsqu'il est associé à des suffixes de diminution, par ex.: 0 avOplùTTOS- l'homme» TO av()p{ùTTaKL «le petit « homme», 0 aLToç «l'aigle» TO aLToTTovAo «l'aiglon» etc. En revanche, par rapport à l'augmentatif, c'est,le non-neutre qui est le genre marqué, par ex.: 1] j1VTT]«le nez;) 0 j1VTOS-«le grand nez», 0 AaLJ1o::, le cou» 1] À-alj1apa «le grand cou», TO TTaL8i « «le jeune» 0 TTal8apos-«le super mec» etc. De même par rapport

au sexe c'est le non-neutre qui est marqué, par ex.: 0 aVL<f;Loç «le neveu» 1] aVL<f;La nièce», tandis que le neutre désigne «la le terme générique, par ex.: TO avi<f;L neveu/la nièce» etc. «le Aussi, l'attribution d'un genre aux emprunts peut également nous indiquer comment la catégorie du genre fonctionne en grec. Selon Anastassiadis (1990), l'incorporation d'un emprunt dans le système du genre d'une langue est régie 30

par une série de règles complexes et hiérarchisées. Sans ignorer le rôle de facteurs extralinguistiques par ex.: le statut bilingue du locuteur etc., l'auteur souligne trois tendances générales: (i) l'accord entre genre grammatical et genre naturel en ce qui concerne les emprunts animés (intégrés ou non intégrés aux paradigmes de déclinaison grecque): par ex.: 17 paVTa/l "la dame" , 0 VTÉTEKTt(3«le détective», 0 1TÀaatÉ «le placier>}, o /lETP «le maître d'hôtel», 0 aEc/> chef cuisinier», 0 P1TOUP«le (ouds- «le bourgeois», 17 ÀÉ817«lady», 1] aouc/>pa(ÉTa «la suffragette» etc. (ii) le maintien du genre qu'a le mot dans la langue source pour les emprunts inanimés (non intégrés morphologiquement), par ex.: 1] aTpaftov «1'attraction»,1] /lTToudT «la boîte de nuit», 1] paVTaÀt TÉ «la mentalité» etc. (iii) l'attribution du genre neutre pour les emprunts inanimés non intégrés morphologiquement aux paradigmes de déclinaison du grec, par ex.: TO a/l1Ta(oup «rabat-jour», TO aTtÀ «le style», TO papouO «le mammouth» etc.

I. 2. 3. Le catégorie du nombre implique un système d'opérations, un système classificatoire (singulieJ1'pluriel) et un ensemble de marques morpho-syntaxiques. Il s'agit d'une catégorie importantet' dans la mesure où les opérations de détermination y sont associées: les opérations concernant la quantité telles que la fragmentation et l'extraction; les opérations concernant la quantité et la qualité telle que le fléchage; les opérations concernant le générique par exemple le parcours. A partir du moment où intervient le nombre, la notion est quantifiabilisée et quantifiée, c'est-à-dire appréhendée par
Il Langacker (1991: 145) souligne également l'importance du nombre pour la détermination nominale, qui, à son avis, effectue l'instanciation du type. Il écrit: " In fact, l'lll1nber can be thought of as effecting the instantiation of a type.(...).,ve saw that a numberless count-noun stem (e.g. cat) can either be used as such (cat lover) or else subjected to one of the two derivational processes. The first is pluralization. ",'hich effects both instantiation and replication to yield the conception of a nlass comprising indefinitely many instances of the designated type (thus defining a higher-order type specification). The second is a zelv derivation ",'hereby any noun that specifies a type can also be construed as designating a single instal1ce of that type. "

31

des occurrences individuables. Or, il apparaît que tous les noms ne se comportent pas de la même façon par rapport au nombre. Ainsi, par ex., alors que des noms comme KovpaYLo«courage», éuyÉvéLa «politesse», Kpaal «vin», aÀévpL «farine» etc. ne peuvent pas vraiment subir une opération de nombre-, des noms comme (3L(3Àlolivre», aVTOKlv7]TO « «voiture» etc. sont parfaitement compatibles avec ce type d'opération. A. Culioli12dans son article sur le marqueur 'quelque' considère que le fonctionnement des noms dans la langue dépend de leurs propriétés physicoculturelles et de leur rapport au nombre. Il distingue trois types de N, selon leur fonctionnement: (i) ceux qui ont un fonctionnement discon~inu (discret), qui peuvent être quantifiés et dont il est possible d'individuer des occurrences comme: aKvÀos-«chien», KapÉKÀa«chaise», IlOÀv(3L «crayon» etc. Il est clair que l'opération cruciale avec ce type de Nest QNT. (ii) ceux qui ont un fonctionnement compact et qui ne peuvent pas être quantifiés. Dans cette catégorie entrent surtout les N dits prédicats nominalisés entretenant une relation avec un pré-

dicat et interdisant tout dénombrement possible:
«patience», 8vvall1J «force»,
TTpoaoxIJ

vTTolloV1j

«attention» etc. Avec

les N compacts c'est QLT qui joue un rôle important. Toutefois, le marqueur par excellence QNT Évas- est également compatible avec ce type de N dans certains contextes13, par ex.: Mou IllÀT}aé Ilé IlLa évyÉvéLa ! (renvoi au haut degré) «Il m'a parlé avec une politesse!» EXéL IlLa aTTavLa vTTolloV1j.(propriété différentielle) litt. il a une rare patience. «Il a une sacrée patience.» ElvaL Éva TÉpas- !(fragmentation / quantifiabilisation) «C'est un monstre !», (iii) ceux qui ont un fonctionnement dense et qui peuvent être quantifiés par l'intermédiaire d'un dénombreur (Éva KLÀ6 «un kilo», Éva TTonjpL «un verre» etc.) par ex.: (dxap1J «sucre», aÀévpL «farine», VépO «eau» etc. Il s'agit, en effet, d'une catégorie deN mixte impliquant à la fois QNT et QLT dans la mesure
12

13

Cf Chapitre III sur Éva!:J-.o.

Cf. Sophie Fisher et J. J. Francke} (1983).

32

où le dénombreur sert à prélever une certaine quantité de N. Cette classification, fondée sur les propriétés primitives et physico-culturelles des N, n'est pas fixe et peut varier selon les situations et le contexte14. Ainsi, des N appartenant à la classe des denses ou des compacts peuvent fonctionner comme desN discrets par ex.:
KpaaL

«vin», KpaaLa «vins»;

EçrjYTJaTJ «explication»

EçTJyr}aELg.

«explications» etc. Avec Kpaala «vins» nous avons affaire à la fois à une opération QNT QLT. Nous énumérons en fait des qualités, des variétés de vin. Avec EçTJyr}aElS" «explications» le N prédicatif au pluriel n'est plus envisagé comme une action comme un N processif- n1ais comme le résultat de l'action comme un N stablet5. La référence au générique fait également appel à des opérations associées au nombre: H cjJaÀalva ELval eTJÀaa'TlKÔ. «La baleine est (litt. dét. 0) un mammifère.»
Ol cjJaÀalvES"ELvaL eTJÀaaTlKa. «Les baleines sont des mammifères.» *]\Illa cjJaÀalva ELval OTJÀaaTlKo. «Une baleine est un mammifère.» *if>aÀalvES" ELval OTJÀaaTlKa. «*Des baleines sont des mammifères», malS: Eva TTal8L TTpÉTTEl a aKOVEl TOUS"YOVELS"TOU. v «Un enfant doit obéir à ses parents.»
14

A ce sujet aussi Francis Corblin (1987 :24) écrit:
S~ily a bien seI11ble-t-ilun systèl11e général qui dénol11bre des quantités stan-

dardisées relativel11entà une pratique (ici alÏ1nentaire). l'utilisation de ce systèl11e pour tel produit est pell prévisible et variable selon les situations: deux haricots verts déno111bre bien des gousses (voire des graines). ou bien des ou rations (dans un restaurant par exe111Ple ). ,Soit. panni d'autres. trois types de dénoI11bre,.nents: 1 - sous-espèce: Je cultive trois haricots verts 2 - individu exel11plaire: Il reste deux haricots verts sur l'assiette 3 - quantité standardisée pOlir line pratique: Et déux haricots verts pour le 22!"
15

"

Cf Milner (1982: 123-139).

33