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Les langues de France au XXIe siècle

306 pages
L'ensemble des langues de France autres que le français, dont le nombre a été officiellement arrêté à 75, qu'elles soient territorialisées comme les langues "régionales" de la métropole ou comme celles des DOM-TOM, ou non-territorialisées comme celles issues d'une immigration plus ou moins ancienne, font désormais l'objet d'une vaste recherche collective qui vise à donner de ces langues une présentation rigoureuse et établir des transversalités.
Voir plus Voir moins

LES LANGUES DE FRANCE AU XXIe SIÈCLE: VITALITÉ SOCIOLINGUISTIQUE CULTURELLES

ET DYNAMIQUES

L'Harmattan, 2007 5-7, rue de l'Ecole polytechnique;

@

75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.Er harma ttan l@wanadoo.Er
ISBN: 978-2-296-03767-0 EAN : 9782296037670

Sous la direction

de

Carmen ALÉN GARABA TO & Henri BOYER

LES LANGUES

DE FRANCE

AU XXIe SIÈCLE: VITALITÉ SOCIOLINGUISTIQUE ET DYNAMIQUES CULTURELLES

L'Harmattan

Sociolinguistique CoUection dirigée par Henri Boyer
La Collection Sociolinguistique se veut un lieu exigeant d'expression et de confrontation des diverses recherches en sciences du langage ou dans les champs disciplinaires connexes qui, en France et ailleurs, contribuent à l'intelligence de l'exercice des langues en société: qu'elles traitent de la variation ou de la pluralité linguistiques et donc des mécanismes de valorisation et de stigmatisation des formes linguistiques et des idiomes en présence (dans les faits et dans les imaginaires collectifs), qu'elles analysent des interventions glottopolitiques ou encore qu'elles interrogent la dimension sociopragmatique de l'activité de langage, orale ou scripturale, ordinaire, médiatique ou même «littéraire». Donc une collection largement ouverte à la diversité des terrains, des objets, des méthodologies. Et, bien entendu, des sensibilités. Déjà parus Carmen ALÉN GARABA TO, L'éveil des nationalités et les revendications linguistiques en Europe (/830-1930), 2005. Henri BOYER (sous la dir.), De l'école occitane à l'enseignement public: vécu et représentations sociolinguistiques, 2005. Josette VIRASOL VIT, La dynamique des représentations sociolinguistiques en contexte plurilingue, 2005. Patrick CHARAUDEAU (dir.), La voix cachée du tiers, 2004. Ksenija DJORDJEVlé, Configuration sociolinguistique. nationalisme et politique linguistique: le cas de la Voïvodine, hier et aujourd'hui, 2004. Henri BOYER (Éditeur), Langues et contacts de langues dans l'aire méditerranéenne, 2004. A. BOURDEAU, L. DUBOIS, J. MAURAIS, G. MCCONNEL, Colloque international sur l'Ecologie des langues, 2003. H. BOYER et CH. LARARGE (dir.), L'Espagne et ses langues: un modèle écolinguistique ?, 2002. C LAGARDE, Des écritures {( bilingues ». Sociolinguistique et littérature, 200] . H. BOYER et P. GARDY (coord.), Dix siècles d'usages et d'images de l'occitan: des troubadours à l'internet, 200] . P. DUMONT, L'enquête sociolinguistique, 1999. L. FERNANDEZ, L'Espagne à la Une du Monde (1969-1985).

Présentation
L'ensemble des langues de France autres que le français, dont le nombre a été officiellement arrêté, en 1999, par Bernard Cerquiglini, à 751, qu'elles soient territorialisées métropole ou comme celles comme désormais Langues Langue collective celles issues l'objet, d'une à l'initiative comme les langues "régionales" de la des DOM-TOM, ou non-territorialisées plus ou moins Kremnitz ancienne, Sociale font des à la de Georg (Université "Histoire d'une jamais vaste de Wien)

immigration

et sous la responsabilité de France"2, Française

scientifique avec le soutien

du Collectif de France, qui n'avait

de la Délégation

Générale

et aux Langues une recherche

recherche

de longue haleine en vue de la publication

d'une HiJtoire soàale été entreprise

des langues de France:

jusqu'à présent. L'originalité de ce projet ambitieux réside certes dans son objectif d'exhaustivité (toute relative car on ne dispose pas sur tous les idiomes dans l'ouvrage coexistence France" avec aujourd'hui: concernés sa démarche des mêmes délibérément sur données sCientifiques) mais également de de sociolinguistique la longue durée, qUi, à l'instar des "langues

Dix siècles d'usages et d'images de l'ocàtan3 fait toute sa place à la (problématique), la seule langue le français. vise à donner des langues de la France une présentation mentionnés) des travail collectif visera à proposer cette perspective, l'un des moyens nationale/officielle de France jusqu'à

Cette recherche rigoureuse transversalités. des traitements

et d'établir

entre elles (au sein des domaines et pour

Un autre axe du même transversaux

1 Les languesde France,Rapport aux ministres de l'Education et de la Culture et de la Communication, avril 1999. 2 G. Kremnitz, C. Alén Garabato, K. Bachmann, H. Boyer. F Broudic, D. Caubet, F. Pic,]. Sibille. Le secrétariat est assuré par Ch. Bock. 3 H. Bayer, Ph. Gardy, coords, (2001), Dix sièclesd'usageset d'imagesde tortitan. Des troubadoursà l'Internet, L'Harmattan, Paris. 7

envisagés

est l'organisation

de rencontres

thématiques.

La première

de

ces rencontres s'est tenue à l'Université Paul-Valéry de Montpellier les 8 et 9 décembre 20061. Elle s'est focalisée sur des expressions culturelles de divers types: chanson, théâtre, manifestations festives, bandes dessinées, discours médiatiques... qui utilisent une langue évidemment en situation de contact, d'abord minoritaire de France, avec le français mais

éventuellement avec d'autres langues et/ou dialectes selon des modalités variables (alternance, mélange, etc.) et des proportions tout aussi variables. C'est la quasi-totalité nous présentons ici. Nous pensons rendre compte des dynamiques des interventions au Colloque de Montpellier que

que cette publication, de manière exhaustive culturelles

qui ne prétend évidemment de la vitalité sociolinguistique d'aujourd'hui, complexe sur un ensemble

pas et livre de

dans la France plurilingue inédites,

des informations, le plus souvent pratiques et de représentations.

Carmen

Alén Garabato

Henri Boyer

1 "Vitalité sociolinguistique et création culturelle en langues de France aux XX" et XXIe siècles. Usages et représentations" co-organisé par le collectif HSLF (http://www.langues-de-france.org), l'Atelier de recherche n sociolinguistique t d'étude e e des représentations-ARSER / Laboratoire DIPR.c'\LANG (http://recherche.univmontp3.fr/ dipralang/) et l'Equipe REDOC (Université Montpellier III) (Comité d'organisation: Carmen Alèn Garabato, Henri Bayer, Marie-Jeanne Verny). 8

Les publications périodiques en langue d'oc, vecteurs de diffusion de la culture occitane
Carmen Alén Garabato ARSER-DIPRALANG (EA 739) Université Paul-Valéq

La presse est un secteur difficile à conquérir La lenteur arrivent Espagne avec laquelle certaines langues à s'introduire dans ce domaine

pour une langue minoritaire. en voie de normalisation C'est le cas en dans les journaux en témoigne.

du galicien ou encore du catalan peu présents

par rapport au castillan, bien qu'il s'agisse de langues qui ont une norme officielle, qui sont enseignées, utilisées dans l'administration. L'occitan, pourtant absent de la grande presse nationale quotidiens française, régionaux a trouvé (Tarn Libre,

une petite place dans quelques

La Dépêche du Midi, Centre Presse, Le Cantalien, La Marseillaise, La Lozère Nouvelle ) dans de brèves chroniques, dans le meilleur des cas hebdomadaires. Mais outre d'expression est présent paraissent cette présence significative centaine mais marginale de publications dans la presse qui

française, actuellement

l'occitan

(seul ou en alternance

avec le français) périodiques

dans une bonne

dans le Sud de la France. les par de de

A un ou deux cas près on ne trouve pas dans ces publications principes directeurs de la communication médiatique, imposés l'impératif de captation et qUi constituent ce qu'on appelle le « contrat communlcation médiatique»: principes de sérieux (de la crédibilité

9

l'information), de plaisir (faire du spectacle) et d'empathie!, Si la captation des lecteurs est importante pour leur survie, leurs stratégies ne sont pas celles des médias en français, et il semblerait que dans publications périodiques le contrat de communication soit bien différent. ces

L'étude posthume de Georges Bonifassi2 sur la presse régionale de Provence en langue d'oc a mis en évidence l'importance des périodiques dans l'élaboration de la doctrine félibréenne, ainsi que le grand nombre de titres qui existaient 1914)3, Mais les études durant la période qu'il étudie (des origines à sur la presse occitane de 1950 à nos jours sont excepte quelques recherches

d'après mes connaissances rares4, si l'on ponctuelles sur telle ou telle publications,

1. Le corpus Dans ma communication j'analyserai un corpus composé de plusieurs

numéros de majoritairement

116 publications périodiques parues en France, très dans le Sud (dont la plus ancienne fut créée en 1854 et

1 G. Lochard, H. Boyer, La wmmunimtion médiatique, Paris: Ed. du Seuil, 1998, p.lO 2 G. Bonifassi, La presse régionale de Provence en Langue d'oc. Des origines à 1914, Presses universitaires de Paris-Sorbonne, 2003. 3 Glaudi Barsotti avait signalé l'importance du foyer marseillais dans la Renaissance occitane dans une série d'articles: « Un sègle de premsa occitana a Marselha (1840-1940) premièra partida », LengaJ 9,1981, p. 39-91 ;« La premsa occitana a Marselha », LengaJ 10, 1981, p. 37-62;« Un sègle de premsa occitana a Marsellla (1840-1940) tresena e darriera partida », Lengas 11, 1982, p. 79-100. . Lors de l'Université d'été de Nîmes de 1994 quatre interventions furent consacrées aux médias, dont trois s'intéressaient à la presse éCrite. Elles ont été

publiées dans les Actes de l'Umversité d'été 1994, tviA.RPOC

-

IEO 30 (réunis par

p.142-148 ; J ordi Peladan) : Alain Roch, «La premsa occitana es d'inventar», Claudi Barsotti, «A prepaus dei medias », p.158-164,; Jacques Taupiac, «La premsa occitana », p.165-183. 5 On peut signaler celle de 1. Cohen « Lo bichard e la !enga : tmages de la langue Sarpoulet, occitane dans La Faraf'a », Lengas, 32, 1992, p. 95-117 ; Jean-Marie Les débuts des "llie/ams de Biarn e Gascougne", Presses Universitaires de Bordeaux, 2005..

10

les plus récentes en 2005) où l'occitan est plus ou moins présen{ Les exemplaires analysés sont tous parus après 1995. Dans ce corpus se trouvent des périodiques qui ont un s1ècle et demi d'existence qui viennent d'être créés2. Evidemment il ne faut pas penser et d'autres que toutes

les revues fondées au cours des 150 dernières années font partie du corpus, les périodiques (très nombreux d'ailleurs) disparus avant la fin des années 90 étant exclus. Les publications universitaires telles que Lengas ou La France latine ou Textes oecitam, à objectif scientifique, même si elles accueillent parfois des articles en langue d'oc, ont été aussi exclues car leur public et leur objectif sont bien différents. Je n'ai pas tenu compte non plus des publications où l'occitan est pratiquement « résiduel» l'occitan et qui ne portent occitanes titre ou pas un titre ou sous-titre et si elles apparaissent Par contre en langue occitan, même S1 y était parfois présent dans les répertoires et cIlÙ

de publications est présent, portent publient une étude un Finalement,

consultés' sous-titre

toutes celles où l'occitan d'oc ont qui été retenues4.

même si ce n'est que dans une toute petite proportion ont été exclus les journaux à part, régionaux

périodiquement et qui méritent considérer

des chroniques

ou des suppléments

en occitan,

ainsi que les publications

que l'on peut

1 J'ai publié récemment deux articles qui rendent compte de l'évolution du corpus constitué: "Regard sociolinguistique (depuis le XXle siècle) sur la production de pénodiques en langue d'oc dans la deuxième moitié du XXe siècle. Premières analyses", Lengas 57, 2005 (183-193) (108 publications analysées) ; "Fonctionnement sociolinguistique des publications périodiques en langue d'oc", Colloque International de l'Association Internationale d'Etudes Occitanes, Bordeaux 12-18 septembre 200, actes à paraître (112 publications analysées). 2 Quelques lmes de ces publical:1ons se trouvent dans le répertoire de G. Bonifassi, La presse régionalede Provenceen Langue d'oc. Des originesà 1914, Presses universitaires de Paris-Sorbonne 2005. 3 Par exemple Lettres et arts septimaniens;Echos de Provence,Bulletin des amÙ du Viei! Ar/es; A!manach du Va! Borgne... 4 Je n'ai considéré que les périodiques dont j'ai pu me procurer au moins un exemplaire. La collaboration des responsables des publications à été un élément fondamental dans cette enquête car sans cette collaboration l'obtenl:1on des exemplaires aurait été bien souvent impossible. Je tiens à remercier vivement tous ceux et celles qui ont répondu à mon appel en m'envoyant (en général) gracieusement un ou plusieurs exemplaires de leur publication et qui m'ont souvent fourni des renseignements précieux les concernant. 11

éphémères une promotion

(liées à un collectif d'étudiants

limité dans le temps,

comme

peut l'être festif).

ou les organisateurs

d'un événement

L'hétérogénéité est la caractéristique la plus importante de ce corpus. De nombreuses publications ne sont en réalité que de simples bulletins de liaison entre les membres d'une association. Beaucoup d'entre elles sont très modestes quant à la qualité formelle (quelques feuilles agrafées, par exemple) mais d'autres présentent une qualité professionnelle indéniable. Quant aux contenus, la même hétérogénéité est à signaler: on trouve des revues qui se soucient de la qualité des articles ou textes de création publiés et des revues pour qui le critère de qualité ne semble pas être prioritaire.

2. Qui publie? Plus de la moitié de ces revues sont publiées par des associations qui ne dépendent directement ni du mouvement du Félibrige ni de l'IEG. Ces associations, éventuellement partis politiques ou syndicats sont très diverses; pour la plupart elles concernent une région, une province historique ou une ville.
IEO F élibri e Autres associations Parti politI ue Syndicat
.

culturelles

Ré ani Conseil Général

20% 15% 58% 3% 2% 2%

3. La périodicité La plupart des publicatiOns du corpus paraissent quatre fois par an ou se présentent comme des publications trimestrielles!
Mais beaucoup de publications ont de vraies difficultés pour maintenir la périodicité (manque de moyens personnels ou matériels) et il n'est pas
1 Ce qui peut leur permettre de bénéficier d'un numéro de CPP AP conséquent des avantages fiscaux et des réductions des coûts d'expédition. 12 et par

rare de trouver des numéros doubles ou triples. Le tableau que je présente ci-dessous rend compte de la périodicité déclarée dans la revue et, le cas échéant, de celle que j'ai pu (avec plus ou moins de fiabilité) supposer:

Périodicité ? hebdomadaire quad1"imest1"iel semest1"iel annuel bimest1"iel mensuel
t1"imest1"iel

publications 1 1 3 10 131 15 24

0/0 1% 1% 3% 9% 10% 13% 21%

TOTAL OBS.

49 116

42% 100%

4. La répartition géographique
Ces publications départements: départements ailleurs couvrent toutes les régions occitanes mais pas tous les dans les et du Gers. Par linguistique : deux paraissent je n'ai pas trouvé sont (pour l'instant) en dehors de publication de l'espace

de la Creuse, des Landes, éditées

de la Haute-Loire déplacés»

6 publications

occitan et servent

de lien entre les « occitans

dans le Rhône, deux en Seine-Saint-Denis suivante montre la répartition des département en domaine historiquement

et deux autres à Paris. La carte publications périodiques par occitanophone :

1 Parmi lesquelles Lou boufo-Iesco de 5 aman qui se présente comme « Bulletin de l'assouciacioun Prouvençalo que pareira quand poudra» mais qui parait une fois par an depuis 1999 (avant elle paressait deux fois) 13

5. La dynamique de création et la graphie
Bien que beaucoup leur création car on n'a retenu s'affaiblir, de périodiques aient disparu quelques annees après

(pour la plupart

ceux-là ne font pas partie de notre corpus encore à la fin des années 90 du et se sont installés. Loin de est constante: de siècle. depuis le nouvelles ont vu

que ceux qui existaient de création

XXe siècle), nombreux la dynamique

sont ceux qui durent

de revues

début des années 1990 une quarantaine le jour, la plupart

de publications

ayant traversé le changement

Immanquablement ces revues sont confrontées à la question de la norme et de la graphie!. La plupart font le choix entre la graphie dite classique et la graphie mistralienne. Deux publications seulement font un autre choix

1 Sur la question de la norme en occitan voir par exemple: Kremnitz, G., « Le travail normatif en occitan», H. Bayer, Ph. Gardy (dirs), Dix siècles d'u.ra,ge.ret d'images de l'occitan. De.r Troubadoun à l'Internet, Paris, L'Harmattan, 2001, p. 21-42 ; Sibille, J., « L'occitan ou langue d'on>, B. Cerquiglini (dir), Les langue.r de France, Paris: PUF, 2003, p. 173-190.

14

orthographique, deux graphies.

et 6 autres acceptent (Plus ou moins ouvertement) les Le tableau suivant rend compte de la graphie des revues de création:

du corpus par décennie

?

1854
-

1900
-

1950
-

1960
-

1970
-

1980
-

1990
-

2000
-

1899 Gr. classique Gr. mistral. Les deux
-

1949
4

1959
-

1969 2

1979 15

1989 14

1999 22 9

2

3

1

L "

4

5

4

13

5

3

1

-

-

-

-

3

2

-

Autre graphie

-

-

-

-

-

1

-

1

-

Quelques revues qui utilisaient la graphie mistralienne (ou une autre) ont changé pour la graphie dite classique dans une époque relativement récente (le cas contraire, à ma connaissance, ne s'est pas produit). Il y a actuellement 5 périodiques qui se réclament félibréens et qui utilisent la graphie classique: - La Cabreta. Revista deiFelibriged'Auvèrnha,
- Lo
-

Bornat. Revue Pélibréenne du Périgord,

Lemouzi, revuefranco-limousine,
Viro-S oulèu, Flonssènt toiti !z mes souto l'afflat de Felibre de Paris Guiena.

- Lou - OLT

La voz de Carcin e Nauta

15

Par ailleurs « febusienne»

Reclams. Escola Gaston Pebus qui a adopté aussi la graphie classique!.

suivait

la graphie

Pour quelques-unes des publications périodiques du corpus, la question de la norme est une préoccupation centrale qui se reflète pendant des années dans ses pages de façon parfois obsessionnelle: le cas le plus représentatif est celui de La Cabreta. Cette publication a adopté d'abord la graphie mistralienne (ou patois an te) pour changer de graphie à la fm des années 1960 après un long et âpre débat qui a commencé au lendemain de la création de la revue en 1885 et continue encore aujourd'hui2. En tout état de cause, on peut voir que la dynamique de création constante qu'on vient de signaler existe quelle que soit la graphie utilisée, bien qu'à partir des années 70 la création en graphie classique soit quantitativement toujours beaucoup plus importante. Tout cela montre que ces publications ont trouvé leur public et qu'elles ont des abonnés qui leur sont fidèles, même si les difficultés pour capter des abonnés et pour les fidéliser sont importantes comme le montrent les (r)appels fréquents et insistants que les responsables lancent aux lecteurs. Le principe de captation, comme dans d'autres médias, est la condition de leur existence, mais la captation se fait en général sur d'autres bases: appel au militantisme, à la défense de la culture des ancêtres, au maintien des liens dans la communauté (village, association, réseau.. .).

! On peut lire les raisons de l'adoption de la graphie classique et de l'abandon de la graphie « febusiana» dans un « Editoriau» signé par son Directeur M. Romieu, (fuclams, Genèr, heurèr, març 1998). 2 Voir à ce propos C. Alén Garabato, « Le discours sur les normes graphiques en conflit dans les publications périodiques en langue d'oc », Colloque International "Discours et savoirs sur les langues (ancien(ne)s et modernes) dans l'aire méditerranéenne", octobre 2006, organisé par T. Arnavielle et Ch. Camps (Béziers, Centre Du Guesclin, Université Montpellier III). Actes à paraître. 16

6. La diffusion
L'une des caractéristiques de beaucoup de ces publications est leur confidentialité: en général elles ne font pas trop d'effort pour dépasser leur sphère (souvent réduite) de diffusion (association, cercle..,). Rares sont celles que l'on peut trouver à la vente, en dehors de l'association qui les distribue donnent parmi ses membres ou à des abonnés. Beaucoup de revues (Mairie, des exemplaires aux institutions qui les soutiennent

Région...) ou aux bibliothèques locales. D'autres sont à la vente dans le commerce local ou lors de manifestations festives. Certaines de ces publications sont envoyées à l'étranger: Gai Saber, Oi"cz'tans,Camins d'estiu, Provençau à l'esm!o, Estudis Oaitans,...
locale et

Mais pour
dont

la plupart
sont

la diffusion
plus

est

/

ou concerne

un réseau

les membres

ou moins

nombreux intérêts contrée d'appartenance une version

et

partagent culturels

(parfois

de

loin) et

les

memes

(essentiellement ou d'une région. électronique

et linguistiques)

/

ou le sentiment

à une culture ancrée dans les traditions De plus en plus certaines disponible sur l'Internet

d'un village, d'une ce qui leur permet et donc à un

revues ont également

d'arriver à un public éclaté d'un point de vue géographique, réseau ouvert de lecteurs. Mais compte de ces tenu des circonstances, est relativement on peut considérer importante. Elle

que la diffusion parfois

revues

est même

surprenante. En l'état actuel de ma recherche1 je peux dire que le tirage dépasse dans la plupart des cas les 200 exemplaires par numéro et peut aller bien Canta au-delà: 500 pour pour Lo Bornat, 550 pour L'Armana Lo gai saber et dison Prouvençau a !'esm!o, 600 pour Lo Lugarn, 650 pour Camim d'eJtiu, 800 pour Grelh, 1000 Oaitània, Prouvençau ou Me Prouvenço; 1200 pour Ou pais mentonaS{~ 1750 pour Li Nouvel!o di Prouvenço, 2000 pour La setmana, 2300 pour !etro, 3500 évidemment pour Oi"cz'tans,2500 pour Lou Felibrige a !a (ces renseignements m'ont été des revues). Prouvenço d'aro, ...

fournis par les responsables

1 J'ai pu connaître le tirage de plus de 50% des publications 17

7. L'alternance Quelle

des langues ou la graphie utilisée pour la langue d'oc,

que soit la diffusion

l'occitan et le français se partagent l'espace dans la plupart de ces revues, mais la proportion de français et d'occitan varie beaucoup, pas seulement d'une publication à l'autre, mais aussi souvent et de façon significative d'un numéro 1. On pourrait à l'autre. pourtant identifier un groupe relativement important où

la langue d'oc est la seule langue utilisée. Ce sont des revues qui utilisent l'occitan comme si elle était la langue normale d'une communauté normale d'un point de vue sociolinguistique. Deux cas sont alors possibles; a. Deux éditions: l'une pour francophones. Deux langues territoire sortait l'autre occitan, entièrement deux éditions identiques en occitan, occitanophones se partageant l'une entièrement et l'autre pour (inégalement) le éditée, et en français laisser

la revue Institut occitan, qui à cessé d'être ce qui pouvait

imaginer

l'existence d'une communauté où ces deux langues auraient cohabité de façon équitable et harmonieuse et de deux sortes de publics: l'un qui comprend l'occitan et l'autre qui ne le comprend pas mais qui s'intéresse à la culture d'oe. C'est un cas rare de gestion des langues dans les périoàiques où l'occitan du domaine occitan. et le

b. Des revues

est la seule langue absent: La votz de Nauta

de rédaction Guièna,

français est (pratiquement) nouvello de ProuvenFo, alt. Flouregian, Bulletin de lIEO presque peut vont est écrit en occitan utiliser faire son apparition). jusqu'à

La targo, Lou Limbert nimesen, Li TaJor! Lou ou le français de ce groupe en langue prouvenf'1tI ... Tout

Erau, Armana Certaines

(mais exceptionnellement publications les toponymes

systématiquement

d'oc que ce soit dans les adresses ou dans le corps du texte: Occitans!, Deman un paÙ, Paraulas de Novelum, La setmana, La palanC'a 16, Tio! La revista que bolegal, Lo leberaubre, Plumalhon, ProuvènFo aro, La FaraFa. ..

1 Revue disparue 18

2. Dans

le cas opposé

on trouve

des publications

où la présence

de

l'occitan est minimale (encore qu'elle peut varier d'un numéro à l'autre), que nous avons retenues parce qu'elles portaient un titre occitan: Lemouzi, Linha imaginot, Info{~' Ou PaiS Mentounaes; Lo contaire dau Jabron; Ok 'Oe,. L'Olivié (diparu enjuillet 2002); La Galipote. Sem d'Auvernha, lac'hem paJ; Paste! (qui eJt devenu l'Esmmbz). Mais la plupart la distribution des publications ne rentrent pas dans ces deux groupes et

des langues est très variable aussi bien quant à la fréquence les procédés de gestion des deux langues:

qu'en ce qui concerne

alternance de textes rédigés en occitan et de textes rédigés en français qui peut être plus ou moins équilibrée ou ne pas l'être du tout.
Certaines publications utilisent l'occitan prioritairement pour le domaine de la création: poésie, contes, théâtre.

..

que ce soit sous forme de citation/ s dans un texte écrit en français ou qu'il s'agisse d'un texte entièrement rédigé en occitan.

le français a parfois un emploi qu'on pourrait qualifier de « fonctionnel »:
-

traduction

(systématique

ou non) des textes rédigés en

occitan - glossaires - contact exemple) - certaines de l'occitan avec le lecteur (bulletin abonnement, par

revues donnent

des règles de prononciation

8. Les sujets traités J'ai tenté de les recenser dans les différentes publications du corpus, mais évidemment je n'ai pu consulter qu'un nombre limité de numéros de chacune d'entre elles. L'observation de celles pour lesquelles 19 je disposais

d'un nombre important d'exemplaires différents montre que la thématique de ces publications est assez régulière d'un numéro à l'autre. Le graphique sujets traités: suivant donne un aperçu global des publications et des

Graphie classique

Création
Discours

39 33

épi I métalinguistique culturel coutumes, histoire

Agenda Folklore,

Preacriptions lexicaos, Vie de Analyse Autrea Rubr~ues Autrea Politique

orthograph~ues, grammaticalea...

rassocot"n littéraire sujets sociaux ludiquea langues générale minoritaires

Graphie mistralienne

Création
Vie de Folklore, Prescript"ns lexicalea, Analyse Dooours Agenda Rubriquea Autres Autres Politique littéraire épi I métalinguist~ue l'association coutumes, histoire

orthographiquea, grammat<ales...

culturel ludiques languea sujets minoritairea sodaux

générale

Dans romans,

l'ensemble théâtre, Plus

des publications contes, chansons, de la moitié

c'est la création BD) qui occupe publient de théâtre,

(poésie, plus

extraits

de

la place

la plus des

importante. régulièrement

des revues

ou moins

des poèmes,

des pièces

des chansons,

contes et moms fréquemment des bandes dessinées. Des revues comme O,~ Prouvençau à l'estolo, Association culturelle provençale de Ventabren, L'Astrado, La Leberaubre, Lo terraire, La TaJ;go,Lou Cano un de Nissa, OC'Ok,

20

Pastel, Lo senhal, Deman un Pais
toute) leur place à la création textes d'auteurs connus

ou Jorn consacrent

littéraire

et artistique

toute (ou presque avec la publication de Les sérieux, sont présents

ou tout à fait inconnus

ou même anonymes.

études ou commentaires littéraires, dans un quart des revues analysées.

plus ou moins

Mais un nombre important de ces publications périodiques sont aussi un moyen d'annonce d'événements festifs etlou revendicatifs: concerts, bals, théâtre, récitals, présentation de livres, manifestations... ; plus d'un tiers des revues font justement spécialisées militantes occitanes: ce type d'annonces dans la diffusion L'Agenda et quelques-unes se sont d'informations culturelles I Béarnés), LA dau.

Culturau (de L'Ostau

Bulletin d'informacion sus l'actualitat cu/turala IJccitana, Pre,fènci de ProuvènfO. Buletin de l'Unioun Prouvençalo, Bulletin de l'In,ftitut d'E,ftudiJ occitam. Section de.rpartamentala d'Erau, Lo eaulet, Doc d'oc, LA Calanca, L'occitan Farra Barra, Infoc~ Tafort... La vie de l'association de publications: sur les Assemblées quelques-unes naissances) presque rendent est aussi affichée la moitié d'entre ou d'autres compte dans un nombre elles publient réunions très important des informations (mariages,

générales,

de travail ou festives,

de la vie sociale des abonnés

... ou du décès

de tel ou tel membre.., importantes entre les revues qui utilisent

On peut trouver

des différences

la graphie mistralienne et celles qui utilisent la graphie classique. Ce sont les premières qui privilégient le plus la création culturelle et la vie de l'association, ainsi que le folklore et la cuisine ou l'histoire. revues à graphie classique ces sujets sont, proportionnellement, présents politique d'autres culture préservatif, car d'autres linguistique, langues occitane l'écologie, préoccupatiom de revendication, ou d'autres important sont abordées: sujets de norme, Dans les moins de sur le de la

les questions (les OGM,

les informations sociaux

minoritaires est toujours

la santé.. .). Leur rôle en tant que vecteurs mais ces publications

donnent

une image moins figée de l'occitanité.

21

10. Pour ne pas conclure
La presse en plus Issue occitane joue un rôle très important mais de nombreux diverses culturelles et dans une société défis restent établie par des de plus nonsur

desoccitanisée, d'associations

à surmonter.

professionnels, réduit points pas

la thématique

est très fréquemment occitane. en quantité (supérieure l'actualité déjà connue à informer rendre

limitée et centrée

la vie de l'association de collaborateurs

ou sur la matère limite

Par ailleurs le nombre les différents n'est donc et de le à une exception medias,

et en variété à un mois

de vue. La périodicité le contenu: car elle est prioritaire

prèsl) conditionne beaucoup Toutes contenu

extérieure par

à l'Association

d'autres art, nature, voire

de revues se limitent ces circonstances des publications.

de la vie de l'association répétitif

sujets intemporels

(voire passéistes) peuvent

: folklore,

littérature... ennuyeux

On ne peut pas comparer de la presse remplissent qui les soutient 1. en Français. ces publications

le fonctionnement Il est conditionné

de ces publications par les fonctions unes: une région, cercles...

à celui que

au sein de la communauté

qui les élabore,

et qui les lit. On peut en citer quelques les hens avec une culture,

Maintenir

une

ville/village. 2. Informer

C'est le rôle des bulletins des manifestations

d'associations, militantes,

festives,

des parutions

de livres, qui autrement

ne seraient pas connues possible...

car la distribution

dans les librairies n'est pas toujours

3. Faire connaître

(dans un cercle nécessairement

limité) les

créations occitanes, fondamentalement littéraires. Certains auteurs y trouvent le seul support de diffusion de leurs textes.

--1 Il s'agit de La setmana, qui, à vocation professionnelle et en concurrence avec la presse d'expression française, échappe d'ailleurs à la plupart des considérations que nous ferons dans ce qui suit. 22

4. Contribuer

à la diffusion

d'une certaine

norme

en publiant

des

textes à teneur prescriptive

(règles de prononciation

ou d'écriture,

lexiques, études grammaticales...) 5. D'une n'importe façon plus minoritaire: quel sujet en occitan montrer que l'on peut écrire sur (modestement)

et donc contribuer

à la normalisation de la langue 1. Quoi qu'il en soit, le maintien et le renouvellement constant d'une presse

en langue d'oc est un signe de vitalité endéniable.

1 Cette function

est évidemment

replie par La se/mana 23

Le web amazigh : spécificités des pratiques langagières et contact avec le français
Noureddine Bakrim
Note introductrice: L'émergence du phénomène du web identitaire et identificatoire amazigh
-

toutes

nuances

dialectologiques

et variationnelles

confondues

- avait

suscité de la part des analystes un intérêt particulier que quelques uns d'entre eux ont approché dans leurs travaux. On notera l'article de Daniela Merolla (2002: 121-131) sur la diaspora amazighe et son action culturelle dans les pays d'accueil où elle consacre une partie à la création de pages web et de sites amazighs, nous lui devons le fait d'avoir forgé le concept en nommant cette pratique (amazigh Net). Un autre article important est celui de Mena Lafkioui (à paraître) qui traite des transformations de l'oralité sur le web. Le phénomène, dans le sens de réalité passagère a cédé la place au phénomène au sens que lui donne Kant, à savoir le prof1l d'un objet observable et perceptible par un sujet connaissant. Ce qui est observable nous est donné par les sites internet dont le nombre et la variété de régularité éditoriale, d'ancrage institutionnel (web associatif ou pas) et de concepts créatifs nous a suggéré cette étude. Il faut noter que la fragilité et l'éphémère qui caractérisent le web imposent à une telle étude des limites dues essentiellement au caractère mouvant et changeant des localisations sur la toile dont seul le titre ou le nom est la garantie de destination puisqu'il constitue une promesse d'énonciation (pignier&Drouillat 2004: 81-82). A cela s'ajoute l'absence d'une règle d'authentification claire qui explicite que le discours est énoncé par un énonciateur ou des énonciateurs définis, sauf pour quelques sites, 25

associatifs notamment où des méta-informations sont disponibles, il en est de même pour l'aspect interactif de ces sites qui ne permet pas toujours facilement de constituer des corpus du point de vue quantitatif puisque le pseudo ne présente pas une garantie de fiabilité de la différence et de la variation, un internaute pouvant utiliser plusieurs pseudos et donc énoncer la chose et son contraire. Enfin, le contexte social de l'objet étudié n'est pas clair non plus, se réfère-t-on à une situation d'immigration où le point de vue est orienté vers le pays d'origine ~a région d'origine ou langue d'origine) dont le ou les créateurs du site créent un simulacre langagier et spatial, aidés par le contenu du mot site comme emplacement, lieu d'énonciation et d'intersubjectivité? Sinon le point de vue est tourné vers le pays de naissance et dans ce cas il est permis de se demander si le pays d'origine (d'où sont originaires les parents) ne constituerait-il pas une nostalgie identitaire, dont la surface textuelle ou des parties du discours (comme interdis cours) gardent la trace ou est-il au contraire une affirmation consciente que les ressources du discours permettent de valider? Même dans les corpus «hors ligne », les critères d'identification (Akinci, De Reuiter et Sanagustin 2004: 1623) ne répondent pas toujours efficacement à la question de qui parle quoi et où. Ces questions ne préjugent donc en rien de la rigidité des cas auquels nous avons affaire mais sont plutôt motivées par les visions voire les politiques identitaires et linguistiques des pays européens dans lesquels ces sites ont été conçus et qui sont intéressantes à mettre en parallèle ici et plus spécialement celles de la France. La politique linguistique française a connu plusieurs changements d'orientation et de point de vue et plus particulièrement vis-à-vis des autres langues en usage sur le territoire français, depuis le « délivrez-nous de nos patois» de l'abbé grégoire Gudge 2002: 40) qui constituait un véritable exemple de réaction centralisatrice jusqu'à la charte des langues régionales ou minoritaires renforcée par le rapport Cerquiglini, où le discours sur ces langues se veut à la fois comme un « juste milieu» entre l'aménagement rationnel et la protection écologique (Cerquiligni 1999) En posant la condition de la tradition en France devant la langue ou la variante à reconnaître ce rapport évoque clairement le principe de restriction ou d'aménagement de la variation, où le berbère (avec l'arabe 26

maghrébin) est même donné comme l'exemple de ce que peut être une langue minoritaire de France 0angue non-territoriale) : De nombreux citoyens des départements français d'Afrique du Nord parlaient l'arabe ou le berbère. Certains, pour des raisons sociales, économiques ou politiques (en particulier les harkis) se sont installés en France métropolitaine, sans cesser d'être des ressortissants français; ils vivent encore, et parlent leurs langues, ou bien leurs descendants ont conservé une pratique bilingue. Cette situation semble correspondre exactement à celle des langues régionales ou minoritaires visées par la Charte Cette pratique bilingue constatée par le rapport serait-elle une motivation pour la création et l'usage de sites web? Si motivation il y a, quelles sont les stratégies textuelles mises en œuvre ici?

1.

Présentation
voudrions

de l'objet:
examiner les phénomènes de contact avec le français comportera donc le et

Nous

dans des textes verbaux

et non verbaux,

notre corpus

les deux composantes langagières. rapport des deux orthographes:

Concernant la composante verbale, l'orthographe française conf1rmée

l'orthographe eXpérimentale de l'amazigh et les références au français, pour la composante non-verbale nous porterons un intérêt aux logos des sites. Les sites dont sont relevés les exemples du corpus sont tous conçus en France avec une forte dominante de Français d'origines amazighes marocaines les sites: et à base associative, nous voudrions maintenant présenter des www.amazighweb.com, et d'interaction conviviale www.musikamazigh.com, où cohabitent (forums) avec des relais ou encore

www.mondeberbere.comIls.agit espaces de discussions de publication des annonces comprennent globale s'inspirent référencement 'partenaires' . de type journalistique

de sites généralistes,

faisant l'écho à l'actualité

des différentes activités associatives. Souvent ces sites se et se conçoivent comme faisant partie d'une pratique permet Presque sites de réaliser, tous c'est un code dont des espaces désignés ils de plus ou moins. d'autres possédent souvent

que l'hypertextualité

amazighs

comme

27

2. Composante

verbale: écart et eXpérimentation

2.1. Le rapport de deux orthographes:

L'orthographe est une interface intéressante entre plusieurs systèmes normatifs: le système normatif de la morpho-phonologie, la norme graphémique d'une écriture, le système normatif du lexique et la norme (ou les normes) sociale et institutionnelle de la langue, en tant que telle elle permet de voir le rapport multiple des scripteurs à leur produit et les différents écarts à l'œuvre. En effet, deux écarts sont à l'œuvre dans nos sites: l'écart de la norme écrite du français vers la norme orale ou vers la norme écrite d'une autre langue (souvent comme recours exotique) et l'écart "expérimental" de la norme orale de la variante de l'amazigh en question vers une recherche d'une norme souvent influencée par l'orthographe française. Nous remarquons que les deux pratiques s'entrecroisent puisque le profil sociolinguistique des scripteurs, bilinguïsme entre une langue de l'origine (Ll) et une langue seconde, pourrait permettre le découpement de deux valeurs ajoutées du web: celle de l'émulation (Bittner 2003 : 180-181) de la norme orale en écrit et de la réinvention d'une orthographe alternative pour le français et celle de l'expérimentation et de la mise en écrit pour une langue qui investit l'interface électronique pour inventer sa visibilité. Voyons maintenant ce que les énoncés nous suggèrent de ce double écart, pour cela nous voudrions dresser un tableau concernant huit posts (huit contributions) appartenant à des échanges de forums et contenant du français et du tachelhit (amazigh du sud-oust marocain) :

Posts

Ecarts de l'orthographe

française

Expérimentation l'orthographe Tachelhit

de de

1. certes ily a des différences selon !es témézares...parcontre tu as employé beaucoup de mots arabe comme tajbanite, ba3wid, Ikass ( kasseune), ahouli mais je comprends tt a lai nous aussi on en utilise ds la vie de tous les jours... ;-)

- attacher les deux parties de la concessive (par contre) tt pour tout, a pour la préposition à et élimination du [t] muet.

-

- témézar : usage de l'accent grave de l'orthographe française pour rendre la voyelle haute Iii dans le pluriel de tamazirt (timizar), l'aperture vocalique est très rare dans les variantes de l'amazighe (quelques

28

variantes 2Je rajoute éklé (le lezard) un mot que ma mère :-D utilise souvent par contre pour le transcrire en mot français je sais pas si c'est la bonne écriture :-? 3. lahcen a dégainé plus vite que ton ombre!! :-D mais merci kan meme! sinon, je voudrais rajouter quelques trucs mais pas maintenant parce qu'il est 1h passée (:-0) etya licoule demain. alorsje leferais demain! :-D :-D de l'accent - suppression aigu de lézard. - accent voyelle

touarègues) aigu pour rendre la

I il (ikli)

- Usage exotique du [k] pour rendre les graphèmes [q]+ lu], suppression du rd] muet. du sujet - Suppression (il), attacher le pronom de lieu et la forme conjuguée du verbe (avoir). - Reprise ironique en transcription de accen t l' immigré maghrébin licoule pour /'école.

4. çapart dans tout les sens ;8 chamn son tour nom da diou.

- Reprise ironique en transcription de l'accent immigré maghrébin da pour de et diou pour dieu. - hésitation sur la transcription exacte: rajout du [e] sonnant

5. Titrite ou titrit ou titri!t? Le e est superficielje crois. wahaha désolé Ouar.;::azatnar, tu i"",,,! l'avais dit avant. .'U 6. encore une fois il nefaut pas retranscrire le chleuh" à la française"... "oeil" s'écrit "!titt" il n'y a pas de "E" 7. a dah y 30une rbi oukan yak a amlal ????? wak wak der guessent avec alzheimer I!!! cparce ke je sui vieille etje ne m'assume pas!!! - phonétiser le présentatif

sur le le It/.

- Introduire une norme interne, un contrôle métalinguistique issu d'une certitude. - usage du caractère numéral 3 pour rendre pharyngale fricative sémitique de tachelhit la ~e

- le [k] exotique au lieu du « que », la suppression du [s] muet.

aïn de l'arabe), peut être une imitation du graphème utilisé en publication latine de tachclhit (3 mais avec dents à droite) - der pour digh [je suis partie dans elles) ouje suis perdue avec Alzheimer, le le] du français pour la voyelle haute de tachelhit et le [r] pour la vélaire fricative,

29

guessentpour gisent: gu pour rendre la vélai1:eplosive I g/, le le] pour rendre la vovelle haute Ii/. 8. Madawa tinite a Brahim ????
tu sais pas que même en cas d'explosion nue/éaire qui raseraient tte la planète, seuls les
blattes su17JÎvraient I!!! alors je

- tte comme abréviation
sténograpruque toute. - Suppression « ne». - Phonétiser le présentatif « c'est ». - Abréviation pr de « pour » de la pour

-

transcription non désambigüisée de ma d awa (mais que dis-tu donc ?).

particule de négation

-

rajout

du e pour dentale de

peux te dire que l'odeur de Meymoune, c de la rigolade pr elle .....

sonner la plosive tachelhite.

A première vue, nous pouvons remarquer que les écarts de l'orthographe française produits ici appartiennent à une koinè contemporaine qui investit plusieurs interfaces et concerne de plus en plus des jeunes et des moins jeunes: internet, téléphone portable, publicité et audio-visuelle et que l'on peut considérer comme une «déconstruction» consciente, subversive d'une norme qui paraît comme un blocage à la fluidité de la parole dans un contexte d'interaction, où les valeurs de rapidité, de réactivité sont les résultats de l'instantanéité et la co-présence qu'introduit internet, d'où l'élimination de ce qui est considéré par cette koinè comme superflu: accents, graphèmes muets ou la synecdoque du présentatif dans "cOO. eux exemples, cependant, laissent croire à une D appropriation ironique et d'auto-dérision de cette orthographe en reprenant à l'intérieur de cette koinè des éléments de la pronociation supposée (stigmatisée ou pas) de la première génération maghrébine (licoule,nom da diou). Du côté de l'orthographe de l'amazigh tachelhit, la tendance est à la construction contrairement à ce qu'on a remarqué en haut. Cette construction subjective et ne subissant pas un quelconque cadre de standardisation, se fait par le biais des éléments graphémiques et visuo-graphiques de la langue seconde éliminés pour la plupart dans l'énoncé français: les accents, la voyelle lei, le [r] pour rendre le Irl
grasséyé de tachelhit, le g + u de différenciation avec le

I gl

pour

rendre

la vélaire plosive de tachelhit. Enfin, les hésitations et l'émergence d'un contrôl montre la volonté chez les scripteurs de normaliser leur orthographe en tachelhite. Cela nous renvoie au statut de tachelhit 30