Les politiques linguistiques canadiennes

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Au Canada, la question linguistique est au cœur de la vie politique nationale depuis des décennies, à tel point qu'elle joue et continuera vraisemblablement de jouer un rôle décisif dans la détermination de l'unité du pays. L'importance considérable que revêt la question linguistique pour le Canada a attiré l'attention mondiale et la coexistence de politiques linguistiques très nombreuses fait du Canada un laboratoire pour la comparaison des politiques linguistiques en même temps qu'elle crée aussi des pommes de discorde.
Publié le : jeudi 1 janvier 2004
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EAN13 : 9782296340701
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LES POLITIQUES LINGUISTIQUES CANADIENNES
Approches comparées

2003 ISBN: 2-7475-5418-X

@ L'Harmattan,

Sous la direction de

Michael A. MORRIS

LES POLITIQUES LINGUISTIQUES CANADIENNES
Approches comparées

Avec la collaboration de

Jacques MAURAIS, Yaroslav BILINSKY, Louise FONTAINE, Michel PAILLÉ, Normand LABRIE et Charles CASTONGUAY

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37
10214 TOt'ino

ITALlE

Espaces Discursifs Collection dirigée par T/lierry BIllot
La collection Espaces discursifs rend compte de la participation des discours (identitaires, épilinguistiques, professionnels...) à l'élaboration / représentation d'espaces qu'ils soient sociaux, géographiques, sYlTIboliques, territorialisés, communautaires,... - oÙ les pratiques langagières peuvent être révélatrices de lTIodificationssociales. Espace de discussion, la collection est ouverte à la diversité des terrains, des approches et des lTIéthodologies, et concerne - au-delà du seul espace francophone - autant les langues régionales que les vernaculaires urbains, les langues minorées que celles engagées dans un processus de reconnaissance; elle vaut également pour les diverses variétés d'une lTIême langue quand chacune d'elles donne lieu à un discours identitaire; elle s'intéresse plus largement encore aux faits relevant de l'évaluation sociale de la diversité linguistique.

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CHAPITRE 1
APERÇU COMPARATIF DES POLITIQUES LINGUISTIQUES 1 CANADIENNES

L'importance

des politiques linguistiques canadiennes

Au Canada, la question linguistique est au cœur de la vie politique nationale depuis des décennies, à tel point qu'elle joue et continuera vraisemblablement de jouer un rôle décisif dans la détermination de l'unité du pays. De nombreux groupes ainsi que les provinces et le gouvernement fédéral y trouvent leurs intérêts et abordent chacun à sa façon la question de la langue et de l'unité nationale. William Mackey a résumé en ces termes l'importance de la question linguistique pour le Canada: «Aucun pays n'a autant investi dans la politique linguistique que le Canada et, en particulier, le Québec. » (Bourhis 1984, Préface, xi) L'importance considérable que revêt la question linguistique pour le Canada a attiré l'attention mondiale du point de vue tant des leçons que l'expérience canadienne est à même d'offrir, que de celles que l'expérience d'autres pays pourraient apporter au Canada. Du côté positif, le Canada peut être perçu comme un laboratoire pour la comparaison des politiques linguistiques, vu la multiplicité des mesures prises en vue de promouvoir telle ou telle version de la diversité culturelle et linguistique. Ainsi, une étude faisait récemment état de treize politiques linguistiques canadiennes, l'une pour chacune des dix provinces, deux autres pour deux des territoires (qui sont maintenant au nombre de trois), outre la politique linguistique fédérale (Corbeil 1997; aussi voir la carte ci-dessus). Du point de vue négatif, la coexistence de politiques linguistiques aussi nombreuses tend à produire des pommes de discorde malgré le partage de certains objectifs. Tandis que, dans l'ensemble, les politiques
1 Michael A. Morris, Clemson University, ÉUA

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linguistiques canadiennes cherchent d'une façon ou d'une autre à promouvoir l'identité de la sphère politique en cause, des mesures visant à soutenir une identité provinciale ou nationale n'ont pas touj ours été facilement compatibles les unes avec les autres. L'une des leçons, quoique trompeuse, souvent reprise aux États- Unis à propos des politiques linguistiques canadiennes tient à la menace que fait peser sur l'unité nationale la multiplication des politiques linguistiques tendant à renforcer la diversité culturelle et linguistique. Compte tenu des enjeux de la politique linguistique, les comparaisons ne sont pas toujours rigoureuses et il arrive, comme dans l'exemple ci-dessus, qu'elles soient faussées. Il n'est pas nécessaire que les comparaisons soient, comme le veut l'adage, désobligeantes mais elles le seront certes si elles ne sont que ponctuelles ou occasionnelles. Tel a été trop souvent le sort des comparaisons touchant les politiques linguistiques canadiennes. Nombre de travaux ont néanmoins jeté les bases d'une comparaison systématique et nous entendons, dans le livre que voici, nous en prévaloir afin de pousser la recherche un peu plus loin en proposant une approche comparative plus systématique à l'égard des politiques linguistiques canadiennes. Notre projet émane d'une séance que j'ai organisée au XVIIIe Congrès mondial de l'Association internationale des sciences politiques (AISP) tenu à Québec, au Canada, du 1er au 5 août 2000. Chaque contribution à cette séance a ensuite été révisée pour publication en mettant expressément l'accent sur la comparaison. Une communication électronique suivie entre les collaborateurs et l'éditeur a permis d'assurer l'intégration des articles. En outre, l'éditeur scientifique (citoyen américain travaillant aux États-Unis) a pu effectuer plusieurs voyages au Canada pour y présenter des communications durant la mise au point du manuscrit et a donc été en mesure de poursuivre la discussion avec la plupart des auteurs de cet ouvrage. Je tiens à remercier tout particulièrement l'Université Clemson pour son appui constant, y compris son financement de nombreuses tournées de conférences et son assistance en matière de secrétariat.

Chapitre 1 - Aperçu comparatif des politiques linguistiques...
La méthode comparative appliquée aux politiques linguistiques canadiennes

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Un livre récent sur la politique comparée nous procure une justification claire et solide pour la mise en application de la méthode comparative à diverses disciplines et à divers pays. Cette justification comprend un intérêt pour la diversité linguistique, appliqué aux États-Unis mais qui convient tout spécialement au Canada: «La croissance de plus en plus rapide et étendue des technologies des communications de même que la mondialisation de l'économie ont rendu plus utiles que jamais l'exposition à des cultures politiques différentes et leur compréhension. L'étude des politiques comparées permet à l'étudiant de maximiser son appréciation de sociétés dont les valeurs se distinguent des nôtres et y sont souvent opposées. Il ne nous est plus permis de regarder de haut les pays avec lesquels nous partageons cette planète ni de nous payer le luxe de les méconnaître. Les étudiants des États-Unis ont tout à gagner de la méthode comparative. La société américaine s'écarte graduellement de son unilinguisme et les tendances démographiques sont en train de produire une population d'une diversité ethnique et religieuse sans précédent. En nous servant de nos propres systèmes sociaux et politiques comme points de référence, il nous faut explorer les défis et les possibilités que nous offre l'analyse des histoires, des cultures, des religions, des processus et institutions politiques différents des nôtres.» (Slann, à paraître) L'application de la méthode comparative aux politiques linguistiques canadiennes présente trois difficultés qu'il convient de souligner d'emblée. La première, c'est que malgré leur grande utilité les comparaisons ne sont pas très nettes. Elles nous aident, notamment, à préciser ce que des politiques linguistiques différentes recèlent de distinct et de commun, mais la façon d'atteindre cet objectif n'est pas évidente. Le contexte d'une politique linguistique étant complexe et changeant, les comparaisons peuvent devoir, pour saisir ce dynamisme, examiner et évaluer sous divers angles de multiples aspects des

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politiques linguistiques. Les auteurs de nos chapitres ont donc joui de la marge de manœuvre nécessaire à la logique de la comparaison qu'ils avaient choisi de faire, sans que tous les chapitres soient assujettis à une méthode rigoureuse. Il en ressort de riches comparaisons mais au prix d'un parallélisme un peu flou entre les chapitres. Deuxièmement, les comparaisons sont nécessairement de nature multidisciplinaire. Étant donné la diversité des politiques linguistiques en ce qui a trait à l'emphase qu'elles mettent sur certains aspects et à leur évolution, notamment en matière d'administration, d'économie, de géopolitique, de droit et de sociolinguistique, il importe que la comparaison des différentes politiques linguistiques à l'échelle nationale et infranationale saisisse cette réalité multidisciplinaire. Cette approche exigeante se trouve réalisée ici grâce aux spécialisations diversifiées de nos auteurs. Tous oeuvrent dans un certain nombre de disciplines, mais il est permis d'attribuer à chacun d'eux une orientation principale. La discipline de Morris est en relations internationales, Maurais est linguiste, Bilinsky se spécialise dans les études slaves, Fontaine est politologue, Paillé est démographe, Labrie se concentre sur la sociolinguistique et Castonguay est mathématicien. La gamme des orientations et des approches personnelles saura, nous l'espérons, nous aider à saisir le dynamisme de la réalité multidisciplinaire. Des approches et des méthodologies aussi différentes ont toutefois pour effet, répétons-le, d'amoindrir le parallélisme entre les chapitres. Troisièmement, compte tenu des approches variées qu'entraîne la méthode comparative, il devient difficile d'intégrer en un tout les leçons et les observations éparses. Nous avons tâché de pallier de deux façons à cette difficulté inhérente à la méthode comparative. Ainsi que nous l'avons mentionné, les communications constantes entre les auteurs ont contribué à promouvoir l'intégration des diverses approches. De plus, nous veillons dans la présente introduction à fondre ensemble les conclusions et à signaler des orientations que pourrait prendre à l'avenir la recherche comparative systématique.

Chapitre 1 - Aperçu comparatif des politiques linguistiques. .. Il Ces difficultés énoncées, précisons les trois étapes de notre application de la méthode comparative aux politiques linguistiques canadiennes. La première consiste en un tour d'horizon des travaux dans ce domaine. Puisque peu d'ouvrages ont abordé jusqu'ici les politiques linguistiques canadiennes dans une optique résolument comparative, nous nous concentrerons sur ceux qui l'ont fait et n'accorderons qu'une attention sommaire aux publications ayant une portée comparative plus tangentielle. Cependant, avant de livrer un aperçu de la documentation pertinente, il convient d'exposer la manière dont le livre est organisé. Les politiques linguistiques canadiennes y sont identifiées et systématiquement évaluées au moyen de quatre ordres de comparaison (première partie: comparaison de pays; deuxième partie: comparaison de questions; troisième partie: comparaison de groupes et quatrième partie: comparaison d'institutions). Il est possible de comparer les uns aux autres des pays ou des entités politiques subordonnées comme, aux ÉtatsUnis, des États et, au Canada, des provinces (première partie). Dans les deuxième et troisième parties, les politiques linguistiques canadiennes sont comparées en mettant l'accent sur certaines questions (deuxième partie) ou certains groupes (troisième partie). Les comparaisons des deuxième et troisième parties seraient plutôt de nature transversale en regard de celles de la première partie qui reposent sur de solides lignes de démarcation entre pays ou entités politiques. Les questions mises en comparaison dans la deuxième partie portent sur la relation entre, d'une part, les modèles de population et la migration et, d'autre part, les politiques linguistiques canadiennes. Dans la troisième partie, il s'agit de comparaisons transversales entre groupes du fait que ces derniers ne s'insèrent pas parfaitement dans les limites d'entités politiques établies, comme celles des pays et des provinces. Les groupes ainsi comparés peuvent constituer une partie seulement d'une entité politique ou bien déborder les frontières de cette entité à l'échelle nationale, voire transnationale. Le chapitre 6 s'intéresse, par exemple, aux francophones de la province de l'Ontario mais s'ouvre sur la comparaison d'autres groupes plus

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étendus. Parmi les autres groupes canadiens à l'étude, il y a les anglophones et les francophones dans l'ensemble du Canada ainsi que, en contrepartie, les groupes linguistiques au Québec. La quatrième partie compare les politiques linguistiques à l'intérieur du Canada et au-delà. La documentation pertinente peut commodément être répartie entre nos quatre sortes de comparaisons. Dans la mesure où les ouvrages existants dans le domaine des politiques linguistiques canadiennes comportent des comparaisons, cellesci ne concernent en général qu'un seul des quatre aspects que nous avons exposés. Les publications qui correspondraient à chacun de nos quatre ordres de comparaison sont rares et, nous l'avons dit, bon nombre de celles que nous citons ci-dessous dans notre survol de la documentation ne sont pas de nature rigoureusement comparative. Nous en faisons néanmoins brièvement état parce qu'elles tendent vers la comparaison et peuvent être tenues, par conséquent, pour être de nature «précomparative». Ainsi, des études ayant relaté les caractéristiques de diverses politiques linguistiques canadiennes n'examinent pas ordinairement les liens qui existent entre elles ou ne les comparent que de manière superficielle, mais elles fournissent la matière brute de comparaisons qui seraient, elles, systématiques. Éparses et fragmentaires, les études comparatives sont difficiles à identifier. Même celles qui sont de nature comparative sont incomplètes car elles n'abordent que très partiellement l'un de nos quatre ordres de comparaison. Il est permis d'affirmer qu'il n'y a jamais eu de tentative systématique pour comparer les politiques linguistiques canadiennes et que le livre que voici tente de combler ce vide. Par contre, c'est grâce aux diverses contributions existantes qu'il nous est maintenant possible d'offrir une approche comparative plus systématique. Notre deuxième étape en vue d'appliquer la méthode comparative aux politiques linguistiques canadiennes réside dans la répartition des quatre ordres de comparaison mentionnés ci-dessus. Les collaborateurs ayant tous touché à l'analyse comparative dans leurs publications antérieures, ils ont accepté

Chapitre 1 - Aperçu comparatif des politiques linguistiques. .. 13 dans le cadre de notre mandat d'élargir et d'approfondir leur travail comparatif (qu'on pourrait qualifier plus précisément de « pré-comparatif»). Chaque chapitre du livre est organisé en fonction de son intérêt dominant selon l'un de nos quatre ordres de comparaison. Il peut, bien entendu, y avoir chevauchement entre les ordres de comparaison, et la plupart des chapitres cidessous font appel à plusieurs de ces ordres. Cependant, chaque chapitre accorde une attention prioritaire à un ordre de comparaison particulier. Il s'agira ensuite de faire brièvement la synthèse de chaque partie sous trois aspects. 1) Nous présentons un bref résumé de chaque chapitre en montrant comment il s'insère dans la partie du livre où il est placé et de quelle façon il développe la perspective de la comparaison pertinente. 2) Nous faisons ensuite ressortir la contribution propre à chaque chapitre et montrons comment les travaux antérieurs de l'auteur se relient à son chapitre du livre et viennent l'étayer. Nous voyons en outre quelle est la contribution de chaque chapitre à la documentation existante. 3) Nous nous intéressons enfin aux incidences que chaque étude pourrait avoir sur la recherche future, toujours du point de vue de la comparaison. La troisième étape en vue d'appliquer la méthode comparative aux politiques linguistiques canadiennes consiste à tracer des avenues à la future recherche comparative et systématique. Quoi que ce livre puisse ajouter aux études antérieures en comparant de manière systématique les politiques linguistiques canadiennes, il restera beaucoup à faire. Mais précisément parce que la méthode comparative est si prometteuse, le présent ouvrage pourrait fort bien inspirer de nouvelles études de cette nature. Nous signalerons à la fin de ce chapitre quelques voies susceptibles d'être productives et, en guise de conclusion, nous reviendrons sur des observations générales découlant de l'ensemble de notre travail tout en invitant les intéressés à poursuivre cette recherche comparative. Le présent chapitre, qui présente un aperçu comparatif des politiques canadiennes, sert de contexte aux quatre ordres de comparaison qui suivent en décrivant d'abord la méthode

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comparative puis en la reliant aux politiques linguistiques canadiennes. Après avoir énoncé les contributions majeures de la documentation existante à chacun des quatre ordres de comparaison, nous signalons ce qu'ajoutent aux travaux antérieurs les divers chapitres du livre en raison, notamment, de leur approche comparative plus systématique. Nous indiquons par ailleurs des avenues dans lesquelles la recherche comparative pourrait s'engager à l'avenir. Il y a longtemps que je m'intéresse à la politique comparée, ainsi qu'en témoignent de nombreuses publications en la matière portant sur certains pays et certaines questions. Parmi mes études comparatives, je mentionnerai mes livres sur l'expansion maritime dans le tiers monde et sur les politiques maritimes dans les Caraïbes (voir, par exemple, Morris 1987 et 1994). J'ai également comparé les politiques relevant du droit de la mer en Amérique latine et en Afrique ainsi que les relations de pouvoir en Argentine, au Chili et dans l'Antarctique (voir, par exemple, Morris 1979 et 1990). Au cours de la dernière décennie, mon intérêt pour la comparaison s'est étendu à la politique linguistique. Ainsi, dans l'introduction à un article de revue intitulé « The United States in Comparative Perspective» que j'ai rédigé à titre d'éditeur dans le cadre d'un numéro thématique spécial portant sur le multiculturalisme et la politique linguistique, j'ai comparé les approches et les politiques linguistiques des États-Unis à celles du Canada et de quelques pays latino-américains (Morris 1995). Dans un volume récent co-édité avec Jacques Maurais, je compare dans un article les approches du Canada, du Mexique et des ÉtatsUnis en matière de diversité linguistique dans le contexte de l'intégration nord-américaine (Morris 2003). Alors que j'adopte pour point de référence à la comparaison des politiques linguistiques américaines et canadiennes l'approche des États-Unis, Maurais, dans le chapitre 2 de ce livre, situe cette comparaison canado-américaine dans une perspective canadienne. Mon point de vue sur la politique linguistique des États- Unis est moins sévère que celui de Maurais et gravite vers le libre marché, explication que partage Labrie dans le chapitre 6 ci-dessous. Notre livre s'ouvre aux

Chapitre 1 - Aperçu comparatif des politiques linguistiques. .. 15 divergences d'opinions, et toutes les grandes politiques linguistiques qui y sont étudiées (qu'il s'agisse de politiques provinciales comme celle du Nouveau-Brunswick, de l'Ontario et du Québec aussi bien que de la politique du gouvernement fédéral canadien) passent au crible de la critique. En faisant ressortir les contrastes à l'échelle tant nationale qu'internationale, la méthode comparative tend également à élargir la critique à la politique linguistique d'autres pays (notamment, celle des États-Unis pour Maurais et celle de l'exUnion soviétique pour Bilinsky). Puisque ce livre ne craint pas la critique, la diversité même des points de vue exprimés trace de nouvelles avenues à la recherche. Les politiques linguistiques sont complexes de nature et contestables du fait qu'elles s'adressent à des entités dynamiques dans un monde de plus en plus interdépendant. Puisque l'identité culturelle et linguistique est une question délicate qui ne se laisse pas facilement encadrer par des initiatives gouvernementales, on ne saurait s'étonner que les politiques linguistiques fassent souvent l'obj et de la controverse et ne répondent pas toujours aux attentes des critiques. Il ne s'agit pas de clouer au pilori les politiques linguistiques en général mais plutôt de montrer les formidables défis qu'elles doivent surmonter dans un monde qui évolue rapidement vers l'interdépendance. Cela étant, la comparaison entre les politiques et les approches linguistiques peut contribuer à orienter aussi bien les décideurs que les groupes linguistiques. Les leçons qui sont touj ours difficiles à tirer sur le plan militaire ne le sont pas moins sur celui des affaires linguistiques, bien qu'il demeure impérieux de persister à vouloir reconnaître les approches constructives et viables et à les distinguer de celles qui ne le sont pas. Première partie. Comparaison Survol de la documentation pertinente La position du Canada en tant que pays bilingue s'inscrit dans la politique fédérale et contraste avec la promotion du français faite par le Québec sur son territoire provincial. Cette de pays

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opposition fédérale-provinciale qui remonte assez loin dans le temps a donné lieu à un grand nombre d'études qui comparent la situation canadienne à celle d'autres pays bilingues ou multilingues. Ces études tendent à montrer qu'il est possible de tirer des leçons de la comparaison avec ces autres pays. Les comparaisons internationales concernent notamment la Belgique, la Catalogne (en Espagne) et la Suisse qui, comme le Québec, possèdent jusqu'à un certain point des dispositions linguistiques particulières touchant certains groupes établis dans des régions de leur territoire national. Dans BalI (1997), par exemple, un chapitre compare les politiques linguistiques en Belgique, au Canada et en Suisse. Une analyse soignée de Rocher et Marcotte compare sous divers angles la législation linguistique de la Catalogne et du Québec pour conclure que malgré des différences significatives, chacune a un effet pratique et symbolique important (Rocher et Marcotte 1997). Les comparaisons entre la Catalogne et le Québec sont assez fréquentes mais nous nous bornerons à souligner un livre (Tremblay et Pares i Maicas 1987) qui constitue la tentative la plus complète pour comparer deux entités politiques à l'intérieur d'un pays. La méthode adoptée consiste à traiter un même thème au moyen de deux chapitres, l'un sur la Catalogne et l'autre sur le Québec. Des dix-neuf chapitres du livre, deux concernent la politique linguistique et, conformément à la méthode du couplage, le premier porte sur le Québec (chapitre 10) et le second sur la Catalogne (chapitre Il). Un dernier et bref chapitre commente en conclusion les couplages présentés, mais comme la politique linguistique ne constitue que l'un des dix sujets à l'étude, les comparaisons linguistiques qui n'occupent que cinq pages ne peuvent être autrement qu'abruptes et superficielles. Une autre étude (Milian i Massana 1994) compare les droits linguistiques dans cinq pays (la Belgique, le Canada, l'Italie, l'Espagne et la Suisse) en mettant l'accent sur l'éducation. Bien que cette comparaison à caractère multiple soit intéressante, l'objet de l'étude demeure assez restreint.

Chapitre 1 - Aperçu comparatif des politiques linguistiques. .. 17
Une autre comparaison en matière de politique linguistique a ceci d'inhabituel qu'elle s'intéresse au soutien accordé aux minorités linguistiques au Canada et dans un pays du tiers monde, le Cameroun (Robinson 1994). Si les principes qui fondent la promotion des langues minoritaires au Canada et au Cameroun sont semblables, leur mise en œuvre dans un pays du tiers monde se complique au plus haut point en raison des problèmes de développement, y compris celui de la pénurie de ressources. Dans le domaine de la politique linguistique, un autre genre de comparaison concerne le Canada et son vaste voisin du sud, les États-Unis. Une étude porte sur les débats qui ont eu lieu au Canada et aux États-Unis respectivement à propos du bilinguisme et des minorités linguistiques mais sans établir entre eux de comparaison (Kalantzis, Cope and Slade 1989, chapitre 2, «The Language Question: Key Debates »). Mackey (1983) s'est demandé dans quelle mesure l'expérience canadienne en matière d'aménagement linguistique peut s'appliquer aux États-Unis, question qu'il examine soigneusement sous l'angle des contrastes entre la situation des deux pays. L'auteur n'en tire pas à proprement parler de leçons, mais le contraste peut renseigner les décideurs sur les mesures qui ont été fructueuses ou non dans chacun des pays. Dans une étude plus récente, Mackey compare le bilinguisme au Canada et aux États-Unis (Mackey 2003). Dans un autre domaine comparatif, la question linguistique canadienne est liée à l'intégration nord-américaine. Selon une publication récente du Conseil de la langue française du Québec (Fréchette 2001), il est possible de promouvoir la diversité linguistique dans le contexte de l'intégration nord-américaine et, à cette fin, l'auteur estime que le Québec pourrait, de concert avec le gouvernement fédéral canadien, jouer un rôle de premier plan. D'autres études touchant l'intégration seront citées plus loin puisque leur intérêt principal ne consiste pas à comparer des pays les uns aux autres.

18 Survol des chapitres de la première partie

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Chapitre 2, La question linguistique aux États- Unis d'Amérique, au Canada et au Québec: quelques éléments de comparaison, Jacques Maurais. Jacques Maurais compare les politiques et les pratiques linguistiques des États-Unis à celles du Canada et du Québec. Il prend soin de démontrer les perceptions erronées de la politique linguistique fédérale du Canada et, tout particulièrement, de la politique linguistique provinciale du Québec qui circulent aux États-Unis. Maurais s'inquiète de ce que les distorsions ne sont pas simplement le fait de secteurs extrêmes de l'opinion publique américaine mais qu'elles sont de surcroît partagées par des personnes tenues pour être raisonnablement bien informées. Il corrige les malentendus qui entourent les politiques linguistiques canadiennes en faisant valoir que la politique linguistique québécoise est constructive du fait qu'elle veut défendre par des moyens démocratiques une minorité francophone vivant au sein de majorités anglophones tant au Canada qu'en Amérique du Nord, et qu'elle devrait donc constituer pour d'autres un point de comparaison positif plutôt que négatif. Par ailleurs, les francophones forment au Québec une majorité importante et peuvent, dans ce contexte, être considérés comme une majorité linguistique régionale. Alors que les comparaisons vite faites entre les politiques linguistiques canadiennes et américaines regorgent, y compris dans la presse populaire, les approches aussi rationnelles et documentées que celles de Maurais sur cette question sont beaucoup trop rares. À part sa comparaison approfondie des politiques linguistiques canadiennes et américaines du chapitre 2, Maurais se penche sur une autre comparaison, courante mais généralement erronée, soit entre Puerto Rico et le Québec. Il arrive trop souvent que les observations sur les politiques et les pratiques linguistiques de ces deux entités politiques qui relèvent respectivement des États-Unis et du Canada dénaturent la réalité linguistique de l'une et de l'autre. Les politiques linguistiques de Puerto Rico et du Québec soutiennent à juste titre les droits linguistiques de minorités qui font partie d'une

Chapitre 1 - Aperçu comparatif politiques linguistiques... 19 des
entité politique plus vaste bien que chacune constitue sur son propre territoire une maj orité linguistique régionale. De plus, au Québec, les droits de la minorité anglophone sont protégés et la Charte de la langue française reconnaît en outre des droits aux minorités autochtones. Par conséquent, la loi qui protège une minorité linguistique n'est ni subversive ni irresponsable en ce qu'elle restreindrait, comme on l'affirme ou le laisse souvent entendre, la langue dominante du pouvoir central, c'est-à-dire l'anglais. Bien que le gouvernement fédéral canadien soit officiellement bilingue et que les deux langues officielles aient un statut d'égalité, il est bien entendu que l'anglais a beaucoup plus d'importance et est beaucoup plus utilisé dans les milieux anglophones du Canada. Non seulement Maurais fait diverses comparaisons dans le chapitre 2, mais ses travaux antérieurs en comportent par ailleurs entre d'autres pays et le Canada. Parmi les chercheurs qui ont étudié de façon sérieuse le Canada en regard d'autres pays, Maurais est celui dont les comparaisons en matière de politique linguistique sont les plus soutenues et les mieux documentées. Il a mieux fait que tout autre à cet égard. Dans un essai sur les politiques linguistiques dans les Pays baltes offert en conclusion à un recueil d'articles de revue qu'il a édité, Maurais fait un rapprochement entre ces politiques et l'approche québécoise en aménagement linguistique (Maurais 1998). Cette dernière approche, de nature participative, est comparée à celle qui a cours dans les Pays baltes et qui ressemble à l'approche catalane axée sur la normalisation de la langue. Dans les deux derniers cas, la langue locale a été réprimée sous l'effet d'une longue dictature, et l'accession à la démocratie a permis la revendication des droits linguistiques régionaux. La situation s'est encore compliquée dans les Pays baltes du fait que les lois linguistiques adoptées après l'ère soviétique ont dû à maintes reprises être révisées sous les pressions des pays d'Europe et des groupes de défense des droits de la personne afin que les normes démocratiques occidentales soient respectées. Ce que l'approche québécoise peut apprendre aux Pays baltes, c'est qu'il faut percevoir le changement linguistique comme un processus

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de longue haleine qui exige énormément de patience, de sorte qu'il y a lieu de mettre sur pied un organisme chargé de surveiller le déroulement des changements accomplis. Dans le cadre d'une autre comparaison entre la législation linguistique du Québec et celles d'anciennes républiques soviétiques (Maurais 1991a et 1994), l'auteur compare divers aspects de l'aménagement linguistique. Il s'en dégage une importante similitude en ce que, partout, une majorité linguistique locale s'est efforcée de contenir la langue d'une minorité, locale elle aussi, qui avait cependant été celle de la majorité dans l'ancienne fédération. Dans un travail connexe, Maurais compare l'aménagement linguistique au Québec et en Finlande (Maurais et P. Laporte 1991b). Il avertit le lecteur du risque qu'il y a à comparer des pays entre eux, surtout si l'on tente d'appliquer à un contexte culturel particulier des institutions ou des pratiques linguistiques propres à un autre contexte tout à fait différent. En Finlande, par exemple, les districts bilingues ont bien fonctionné, mais ils n'ont jamais été mis en pratique au Canada. La Commission Laurendeau-Dunton sur le bilinguisme et le biculturalisme (ou Commission BB) avait recommandé au gouvernement fédéral canadien l'établissement de districts bilingues sur le plan des services, mais la proposition de transformer le Québec tout entier en un vaste district bilingue était inacceptable pour les Québécois. Maurais a édité en matière d'aménagement linguistique un ouvrage majeur (Maurais 1987) qui trace le profil d'intervention de neuf pays différents. L'auteur y analyse dans un article la démarche du Québec tandis que d'autres chapitres traitent de l'aménagement linguistique de pays ou d'entités politiques souvent mis en rapport avec le Québec (notamment, la Belgique, la Catalogne et la Finlande). Bien que le livre ait eu l'ambitieux mandat d'énoncer les principales caractéristiques de l'aménagement linguistique en général et dans les neuf pays sélectionnés, il renferme peu de comparaisons. Le dernier chapitre, de Jean-Claude Corbeil, comporte dans son titre une invitation à une approche comparative (Maurais 1987, 553,

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«Vers un aménagement linguistique comparé ») mais se limite à un bref tour d'horizon touchant certaines différences et ressemblances entre pays dans le domaine de l'aménagement linguistique au moyen d'études de cas. Dans sa préface, Joshua Fishman (Maurais 1987, 4) dit espérer que le livre entraîne à l'avenir des comparaisons plus systématiques: « La parution de ce nouvel ouvrage collectif, qui tire sa force de l'expérience canadienne française (à la fois à l'intérieur et à l'extérieur du Québec), fait espérer que de nouveaux points d'intérêt se manifesteront dans les travaux en matière d'aménagement linguistique. Des comparaisons entre les formes d'aménagement linguistique du français a) en France même, b) au Québec et c) ailleurs au Canada pourraient donner naissance à des études comparatives semblables dans lesquelles une même langue serait analysée dans des contextes politiques, démographiques et culturels différents. » Dans une autre publication dont il est l'éditeur, Maurais (1992 et 1996) étudie les langues autochtones à l'intérieur des frontières politiques du Québec et la manière dont les gouvernements québécois ont traité les langues et les groupes en question. Étant donné que ce livre concerne des entités politiques et territoriales, il en est fait état dans la première partie ci-dessous, bien qu'en raison de l'accent mis sur les langues et groupes autochtones il pourrait figurer dans la troisième partie (où les comparaisons portent sur les groupes). Plusieurs chapitres de ce livre s'orientent vers la comparaison. Dans son article d'introduction, l'auteur compare la situation des langues autochtones dans divers pays des Amériques (Maurais 1992, 1-60), et le chapitre que signe François Trudel compare les approches des gouvernements canadien et québécois à l'égard des langues autochtones (Maurais 1992, 151-182). Dans un article ultérieur, Maurais (1995) compare l'enseignement des langues autochtones au Québec et dans d'autres provinces canadiennes pour conclure que le Québec s'acquitte de ce devoir mieux que toute autre province. Dans le cadre d'un autre article, Maurais (1993) établit une comparaison entre la politique linguistique globale du

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gouvernement québécois touchant l'ensemble de la province, son approche particulière touchant les langues autochtones à l'intérieur de la province, de même que l'approche provinciale relativement à celle du pays tout entier. Il en conclut que le Québec a poursuivi de multiples politiques linguistiques dont toute la complexité se révèle au moyen d'une comparaison de cette nature. Ainsi que Maurais le soutient ailleurs (1997, 2003), l'expérience québécoise et canadienne en aménagement linguistique pourrait inspirer d'autres pays. La principale leçon qui en découle c'est que le français, tout en étant majoritaire au Québec, se situe dans le vaste contexte d'une Amérique du Nord où domine l'anglais. Les locuteurs francophones des Amériques doivent par conséquent collaborer avec d'autres groupes linguistiques en vue de promouvoir les langues nationales. Les abondants travaux de Maurais où il compare le Canada et le Québec à d'autres pays confirment l'utilité de l'approche comparative. Sa dernière comparaison canado-américaine du chapitre 2 est importante et bien documentée, mais Maurais reconnaît que pareille comparaison nécessiterait une analyse beaucoup plus fouillée. Le chercheur a à son actif maintes autres comparaisons intéressantes autant pour le Canada que pour d'autres pays. Les comparaisons entre plusieurs pays sont prometteuses au même titre que la comparaison cruciale entre les États-Unis et le Canada. Si bien que la comparaison de pays demeure pour la recherche future un domaine important à explorer. Chapitre 3, On ne badine pas avec les langues vivantes: les politiques linguistiques canadiennes d'un point de vue comparatif, Yaroslav Bilinsky Le professeur Bilinsky établit une comparaison relativement nouvelle entre les politiques linguistiques canadiennes et celles de pays issus de l'ex-Union soviétique ou faisant partie de l'Europe orientale. L'Union soviétique a longtemps réprimé les aspirations ethniques et linguistiques de ses républiques et de ses voisins communistes, ce qui a contribué à la désintégration du bloc de l'Est. S'appuyant sur le fait que la fin de la guerre

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froide n'a pas calmé toutes les tensions ethniques et linguistiques de cet immense territoire, Bilinsky met le Canada en garde contre toute tentative de s'opposer à la quête du Québec pour son identité culturelle et linguistique. Par contre, les conclusions tirées de ces comparaisons doivent être considérées d'un oeil critique puisque l'expansion de l'anglais à l'échelle planétaire s'effectue en général de façon volontaire alors que l'expansion du russe a, quant à elle, surtout été imposée. Bilinsky en conclut qu'en matière de langue, il est difficile tant au Canada que dans les anciens États communistes d'atteindre le juste équilibre entre le principe des droits individuels ou de la liberté de choix et celui des droits collectifs ou de la terri toriali té. Compte tenu que les comparaisons mettant en cause le Canada ont eu tendance jusqu'ici à ne toucher qu'un assez petit nombre de pays, l'intervention de Bilinsky est rafraîchissante. L'auteur est particulièrement bien placé pour comparer le Canada et les anciens pays communistes, ayant publié abondamment sur la politique de ces derniers, entre autres sous l'angle de la question linguistique. Ce point de comparaison mérite d'être fouillé plus avant, tout comme il importe d'élargir le champ des comparaisons entre pays dans l'intérêt du Canada ou des pays pour qui l'expérience canadienne pourrait être pertinente. Deuxième partie. Comparaison de questions Survol de la documentation pertinente Ainsi qu'on le verra, les enj eux tendent à se chevaucher (deuxième partie) et, par surcroît, les groupes démographiques maj eurs ne cessent d'interagir à propos de ces diverses questions (troisième partie). Puisque la recherche témoigne de cette interaction, nous discuterons de cet aspect aussi bien dans la présente partie que dans la suivante, en fonction de ce que les sources mentionnées auront voulu accentuer. L'orientation principale de chaque publication détermine l'endroit où elle a été placée.

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