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Lexique de la linguistique français-anglais-berbère

De
194 pages
Issu d'un mémoire de magister, ce lexique a pour langue-source le français et pour langues-cibles l'anglais et le tamazight (berbère). La langue berbère ne disposait pas jusqu'à présent d'une terminologie de la linguistique permettant l'enseignement de cette langue. Venant à point nommé combler cette lacune, le présent dictionnaire constitue un outil original de décodage (compréhension) et d'encodage (production et traduction) de textes linguistiques pour francophones, anglophones et berbérophones.
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LEXIQUE DE LA LINGUISTIQUE FRANÇAIS- ANGLAIS-BERBERE
Précédé d' un essai de typologie des procédés néologiques

2007 5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr

@ L'Harmattan,

ISBN: 978-2-296-04145-5 EAN : 9782296041455

AI Aziz BERKAI

LEXIQUE DE LA LINGUISTIQUE FRANÇAIS- ANGLAIS-BERBERE
Précédé d'un essai de typologie des procédés néologiques

L'Harmattan

Présentation
Ce travail reprend en partie celui d'un magister préparé par nousmêmes sous la direction du Professeur s. Chaker1, soutenu avec la mention
«très honorable» et ayant pour intitulé :~~ Essai d'e1aboration d'une terminologie de la linguistique en tamazight. Un travail qui avait pour langue-

source le français et pour langue-cible le tamazight (berbère). L'anglais est ajouté ici pour élargir l'audience de la publication, qui pourrait ainsi s'adresser à un public plus large comprenant, en plus des berbérophones, des francophones et des anglophones, puisque un lexique, a fortiori récent, de la linguistique français-anglais n'étant pas disponible. Les lexiques bilingues et plurilingues qui existent - que nous avons exploités ici - sont
soit très anciens comme le lexique de la terminologie linguistique de

J.

Marouzeau (1951), soit ne concernant qu'une partie de la terminologie de la linguistique, comme le dictionnaire bilingue de la phonétique et des sciences de la parole de I. MacKay qui traite essentiellement de phonétique (v. bibliographie). Le lexique est introduit par un long exposé sur la néologie et les procédés néologiques, afin de permettre au lecteur, intéressé par cet aspect, de mieux le saisir au niveau de ce travail.

La langue-source est ici le français et les langues-cibles l'anglais et le berbère dont les équivalents sont ainsi donnés en italique, et séparés par deux-points «:». L'entrée est donnée en caractère gras, l'équivalent en berbère étant souligné pour être mieux distingué. Il est suivi, le cas échéant et lorsqu'il s'agit d'un nom, par son état d'annexion et pluriel abrégés, donnés entre parenthèses. Pour la recherche/élaboration des équivalents en berbère, nous avons privilégié le travail sur des racines panberbèrei, en observant la recommandation des différents ateliers de l'INALCO depuis celui de 1996, selon laquelle la néologie/terminologie doit être commune à l'ensemble des usagers de cette langue. Chaque proposition dénominative sera suivie d'un commentaire entre deux crochets. Ce commentaire consistera à expliquer le mode de création de la dénomination et à donner l'attestation de la racine dans trois parlers différents, de préférence dans les grands
s. Chaker est Professeur des Universités, directeur du Centre de Recherches Berbères à l'Institut National des Langues et Civilisations Orientales (INALCO)de Paris. 2 Est considérée ici comme panberbère une racine attestée au moins dans trois parlers éloignés les uns des autres: ghadamsi-chleuh-mozabit, kabyle-tamazight (parler du Maroc central)-touareg, par exemple.
1

8

Lexique de la linguistique

parlers en termes de locuteurs, ou dans trois parlers suffisamment éloignés pour s'assurer du caractère « panberbère » de la racine. Si, par contre, la dénomination proposée est reprise aux lexiques spécialisés berbères, le commentaire porterait sur son étymologie. Même dans le cas des termes disponibles dans les lexiques spécialisés,nous n'avons retenu que ceux qui sont attestés au moins dans deux lexiques, dans le cas où la racine n'est pas panberbère, en plus de ceux qui sont déjà consacrés par l'usage, en particulier dans l'enseignement du berbère. L'application du principe en terminologie de la bi-univocité entre notion et dénomination nous a permis d'éviter les problèmes de la polysémie, de la synonymie et de l'homonymie qui sont de grandes sources de confusion, en particulier dans les communications scientifiques et techniques qui exigent le maximum de clarté et de précision. La terminologie arabe souffre de ce problème à cause du manque de coordination dans l'élaboration des terminologies, faites à partir de deux langues-sources: le français et l'anglais, selon que le pays est une ancienne colonie française ou anglaiseJ. R. Achab4a déjà signalé dans sa thèse de doctorat ces problèmes pour la terminologie berbère. L~applicationde ce principe nous a donc permis d'éliminer les synonymes, très nombreux en

langue-source.Nous avons, par exemple, désigné cacuminal, cérébral et rétroflexe, qui sont des synonymes, ar la mêmedénomination.Quantaux p
homonymes, également nombreux, ils sont dénommés différemment. C'est cet aspect essentiel qui différencie, à titre comparatif, ce travail des travaux antérieurs, qui diffère d'eux aussi par d'autres aspects: travail, contrairement aux travaux antérieurs où il s'agit seulement d'une "tendance" ; usage de nouveaux procédés néologiques non encore exploités en berbère; - indication des sources lexicographiques utilisées, avec le sens précis des racines en langue commune. Cette exigence nous a contraints à établir systématiquement l'étymologie des termes repris aux lexiques modernes, en particulier celle de l'ensemble des termes relevant de la grammaire, attestés dans tajerrumt n tmazi]'t (grammaire berbère) et consacrés par l'usage spécialisé (l'enseignement).

- panberbérité

« systématique»

des racines lexicales utilisées dans ce

-

3

Osman Muhammed

(Ussama), 1998, Recherche méthodologique de la création

terminologique en langues de spécialité, vocabulaire de l'informatique en arabe, Thèse de doctorat nouveau régime, sous la dire de Mme Odette Petit, Université de la Sorbonne Nouvelle, Paris III, p. 512. 4 Achab (Ramdane), 1996, La néologie lexicale berbère (1945-1995), PEETERS, Paris.

Présentation

9

La finalité de tout travail terminologique étant l'élaboration d'un lexique ou dictionnaire qui doit être mis à la disposition de l'usager. Et c'est à lui qu'échoit la responsabilité de délivrer les "certificats de naissance", mais aussi - pour ne pas dire surtout - de "décès" pour les "nouveau-nés". Les expériences d'aménagement du lexique à travers le mondes montrent l'importance quantitative des néologismes boudés par l'usage. Y. Avinéri qui est l'un des néologues et aménageurs les plus connus de l'hébreu moderne, n'a réussi à faire "élire" que 15%seulement de ses créations6.

5

voir à ce propos l'imposant ouvrage en plusieurs tomes intitulé: la réforme des

langue, réalisé sous la direction de I. Fodor et C. Hagège. 6 Masson (Miche!), 1983, La renaissance de l'hébreu, in La réforme des langues, sous la

dir. de Fodor (I.) et Hagège (C.),Hambourg, Buske, Vol. II.

Alphabet, abréviations

et symboles

11

L'alphabet utilisé pour la transcription du berbère Lettres de l'alphabet utilisé Equivalent en Alphabet Phonétique International (A.P.I) a i u b/v

g h h j k I

a i u b c S C tS d dlo (fricative apicale sonore) d (fricative apicale sonore oç pharyngalisée) f f g g/J (fricative palatale sonore)
d3

m n q
"'(

h (laryngale fricative sonore) n (pharyngale fricative sourde) 3 c/ç (fricative palatale sourde) I m n
q (vélaire fricative sonore) "'( r/rÇ s sç tie (fricative apicale sourde)


r (simple ou pharyngalisée) s sourde s (sifflante pharyngalisée) t

t (apicale occlusive sourde
pharyngalisée) w x y z z (sifflante pharyngalisée)
£

w x j z sonore zç l (fricative pharyngale sonore)

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Lexique de la linguistique

Abréviations
act. : actif adjv: morphème adjectivisateur an. : analogie aor. : aoriste aor. int. : aoriste intensif E.A: état d'annexion étym.: étymologie (v. tableau de l'étymologie des termes repris aux lexiques spécilisés berbères dans la dernière partie du livre) fact. : morphème factitif fict. : fictif Kb n.a.d : racine kabyle non attestée dans les dictionnaires L.C: langue commune L.S: lexiques spécialisés (berbères)
M.L.B : manuel de linguistique berbère, de Salem Chaker

mod. : modalité morph. : morphème n. : nom n.a : nom d'agent n.a.v: nom d'action verbale n.c : nom concret n.d.c : nom déverbatif concret nomin. : morphème nominalisateur n.v: nom verbal part. : participe pas. : passif PB: panberbère (racine attestée au moins dans trois dialectes éloignés les uns des autres) P.K: Petite Kabylie pl. : pluriel poss. : possession préf. : préfixe prét. : prétérit priv. : privatif (préfixe ou morphème) récip. : réciproque (morphème) sch. : schème sing. : singulier suf. : suffixe syn. : synonyme tab. :tableau (des préfixes et suffixes) v. :voir

Alphabet, abréviations

et symboles

13

vs : versus (opposition) Symboles utilisés

* : a) placé en exposant, après un terme, indique que celui-ci est l'objet d'un traitement terminologique et possède un équivalent en berbère. b) placé avant une forme lexicale, indique que celle-ci est hypothétique ou potentielle.
> <

: le terme aprèsprovientdu terme avantle symbole. : le terme avant provientdu terme aprèsle symbole.

Abréviations (dictionnaires, lexiques et glossaires)
A.Mb : glossaire: ayt-Embarek, notes d'enquête linguistique de Genevois (H.) B.S : dictionnaire français-berbère (dialecte des Beni-Snous) de Destaing (E.) eh : vocabulaire français-berbère (tachelhit) de Destaing (E.) ehn : glossaire: étude sur le dialecte berbère de Chenoua, de Laoust (E.) e.V.B : Catégorie du vocabulaire de la langue berbère, de Abdesslam (A.) ehw : dictionnaire français-chaouia, de Huyghe (G.) D.A.V: dictionnaire abrégé du vocabulaire redressé de la langue berbère, de Abdesslam (A.) D.U.B : dictionnaire universel bilingue français-tamazight de Idres A. et Madi R. E.L.e : glossaire: cours de berbère marocain, dialecte du Maroc central, de Laoust

(E.) F.I, II, III, IV : dictionnaire touareg-français,dialecte de l'Ahaggar de Foucauld

(eh. de)
Gd : Ghadames -11-Glossaire, de Lanfry Ù.) H.G.H : vocabulaire: l'habitation kabyle, de Huyghe (G.) H.S : lexique des mathématiques, in mathématiques récréatives, de Sadi (H.) Kb : dictionnaire kabyle-français de Dallet Ù-M) Kbb : lexique kabyle-français (glossaire) de Boulifa (S.) Kbh : dictionnaire français-kabyle, de Huyghe (G.) KbhII: dictionnaire kabyle-français, de Huyghe (G.) L.B.M: lexique de berbère moderne, propositions des enseignants du D.L.C.A, 1999/2000, Béjaïa. L.I : lexique d'informatique, de Saad-Bouzefran (s.) L.M : lexique des mathématiques, numéro spécial de la revue Tafsut L.P : lexique de poche illustré de Arav Benyounes L.S: lexique scolaire, brochure du séminaire national des enseignants de tamazight, Béjaïa.
M.A : Allain (M.) : scène de vie agricole M.eh.B : mots et choses berbères, de Laoust (E.)

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Lexique de la linguistique

Miw : amawal-iw de M. Chemim Mw : Amawal n tmazirt tatrart (lexique de berbère moderne) Mwj : amawal n tjerrumt in Tajerrumt n tmazirt, de Mammeri (M.) Mwjr : amawal n tjerrumt (3 pages), de Rabhi (A.) Mws : tamawalt usegmi. Vocabulaire de l'éducation de Boudris (B.) Mwn : lexique de l'e1ectricité, de Chemim (M.) Mwz : amawal azerfan (français-amazighe), de Ahmed Adghirni, A. Afulay et Lahbib Fouad. Mz : dictionnaire mozabite-français, de Delheure Û.)
SW : le dialecte de Syouah (glossaire)

Tg: dictionnaire ouargli-français de Delheure Û.) Tg : lexique français-touareg, dialecte de l'Ahaggar de Cortade Û.M.) Tz : dictionnaire tamazight-français, de Taïfi (M.) Z, AS : lexique: étude sur le dialecte berbère Zaian, Aït Sgougou, de Loubignac (v.)

Introduction: essai d'une typologie des procédés néologiques La néologie en tant que pratique langagière est sans doute née avec la naissance de la langue elle-même, puisque un mot n'est autre qu'un « néologisme qui a réussi ». Cependant,il faut attendre la fin des années soixante « pour trouver le début de la relance généralisée, organisée, de la néologie dans les pays les plus industrialisés et le début du rôle catalyseur de la néologie dans les pays préindustrialisés qui se sont engagés sur la voie de l'aménagement linguistique et terminologique, passée l'étape de l'indépendance politique »1. Cette période est en effet très riche en changements à tous les niveaux: tant au niveau politique et culturel, avec les indépendances nationales, qu'au niveau scientifique et technique avec le développement de l'informatique et la conquête spatiale. Le moteur essentiel de la néologie est en effet le changement qui entraîne de nouvelles réalités, concrètes ou abstraites, à dénommer. Lemot « terrorisme» par exemple et ses équivalents en tamazight et en arabe ne sont connus en Algérie qu'avec l'avènement de ce phénomène en 1992.Si ce mot n'existait pas dans l'Amawal(lexique de berbère moderne) à ce moment-là, il aurait sans doute été créé ou tout simplement emprunté à l'un des deux codes présents sur le marché linguistique. L'attitude à l'égard de cette activité est plurielle et va du rejet pur et simple au nom du purisme linguistique, c'est le cas par exemple de Vaugelas qui déclarait au XVIIesiècle qu' « il n'est pas permis à qui que ce soit de faire de nouveaux mots, non pas même au souverain (.u)»2,jusqu'à l'apologie de cette pratique illustrée par le propos du grand réformateur de l'estonien J. Aavik qui écrivait que « (u.) la langue est un outil, la langue est une machine. C'est pourquoi il ne faut pas la regarder avec les yeux du biologiste qui ne s'intéresse qu'à constater les phénomènes et à les expliquer, mais au contraire avec les yeux d'un homme d'action, de l'ingénieur, du technicien qui s'applique à agir sur les phénomènes pour les utiliser à son profit et à ses fins »3, en passant par une position plus nuancée, intermédiaire entre les deux autres, illustrée par Voltaire qui écrivait qu' « un mot nouveau n'est pardonnable que quand il est absolument nécessaire, intelligible et sonore »4.F. Gaudin et L. Guespin
1

Boulanger

Ù.-C.), 1989, L'évolution du concept de néologie, in actes du colloque organisé

à Bruxellesles 25-26 mars 1988. Centre de terminologie de Bruxelles, p. 199. 2 Duponchel (l.), 1972, Contribution à l'étude lexicale du français de Côte-d'Ivoire.
Problèmes de néologie et enseignement du vocabulaire, Université
3

d'Abidjan, p. 17.

Daoust (D.) et Maurais Ù.), 1987, L'aménagement linguistique, in politiques et aménagement linguistique (sous la dir. de J. Maurais), Gouvernement du Québec, p. 32. 4 Duponchel (l.), op. dt., p. 17.

16

Lexique

de la linguistique

relèvent le caractère « paradoxal» du soupçon que fait peser l'attitude du courant puriste sur la néologie en ce sens que l' « insécurité linguistique» qu'il provoque a « pour conséquence de faire préférer des mots anglais à des mots français nouveaux dont on n'ose pas faire usage, car ils ne sont pas « dans le dictionnaire» », et de conclure que « le purisme peut donc favoriser l'emprunt »5. A propos du dictionnaire comme source d'attestation et de reconnaissance des mots et des néologismes, J.-C. Corbeil6 invite à le «démystifier» en insistant sur sa qualité relative: « c'est un outil d'un certain type et d'une certaine qualité, rien de plus» et rétablit le rapport de dépendance entre mot et dictionnaire: « l'existence d'un mot ne tient pas au dictionnaire, c'est l'existence du dictionnaire qui tient aux mots: pas de mots, pas de dictionnaire ». Les attitudes à l'égard de la néologie sont aujourd'hui nettement plus favorables et le temps n'est plus où seul« Un souverain, ou un favori, ou un principal ministre» pouvait créer de nouveaux mots, comme le suggérait Vaugelas au XVIIe siècle. La néologie est aujourd'hui « l'une des composantes de l'avenir de la langue et, en cela, elle nous concerne tous, usagers autant que spécialistes», écrivait Quémada7. Jean-Claude Boulanger affirme vingt ans plus tard que cette dernière « ne végète plus derrière les grandes problématiques actuelles de la linguistique» et qu' « indiscutablement, la néologie vit maintenant en filigrane des grands courants actuels de la politique, de l'économie, de la culture et de la société

en général »8. Selonle même auteur9la néologien'est plus seulementle
processus de création de nouveaux mots, mais renvoie à cinq démarches différentes que nous résumerons comme suit: Leprocessus de création d'unités lexicalesnouvelles, par le recours conscient ou inconscient aux mécanismes habituels de créativité linguistique d'une langue; L'étude théorique et appliquée de la créativité lexicale: procédures de formation des mots, critères de reconnaissance, d'acceptabilité et de diffusion des néologismes; aspects sociaux et culturels de la néologie, etc. ; L'activité institutionnelle, organisée systématiquement afin de recenser, de créer, de consigner, de diffuser et d'implanter les néologismes dans le cadre d'une politique de la langue;
5

Gaudin (F.) et Guespin (L.), 2000, Initiation à la lexicologie française: de la néologie aux
Editions Duculot, p. 236.

dictionnaires,
6
7

Corbeil O.-C.), 1971, Aspects du problèmenéologique,in la Banquedes mots n02, p. 136.
Quémada Boulanger (B.), 1971, A propos de la néologie: essai de délimitation des objectifs et des
in la Banque des mots n° 8, p. 137.

moyens d'action,
8
9

O.-C), op. cit., p. 200.

Idem, p. 202-203.

Introduction

17

La tâche d'identification des secteurs spécialisés nouveaux ou récents, ou comportant des lacunes en matière terminologique, et qui exigent une intervention; Un ensemble de rapports avec les dictionnaires, surtout en fonction de deux aspects: l'utilisation du dictionnaire en tant que filtre de reconnaissance des néologismes et l'analyse du traitement de la néologie à l'intérieur des dictionnaires.

La néologie est depuis quelques temps l'objet, notamment dans le cadre de la terminologie, de réflexions poussées et d'essais de structuration et de formalisation donnant naissance à des concepts très opératoires comme ceux d' « acceptabilité», «implantation», etc. J.-C. Boulanger, toujours lui, affirme que tout en n'ayant accès qu'à une faible partie de la documentation relative à ce thème, il a répertorié plus de 1000 titres d'ouvrages (articles, livres, thèses, etc.) publiés sur la néologie de la langue française, pour la seule période qui s'étend de 1960à 1980.Ce qui explique l'intérêt de la communauté scientifique pour cette activité, désormais « sortie du maquis linguistique où elle s'était tapie (...)»10.
1. Néologie et néonymie

En terminologie, on distingue deux types de création du lexique: la néologie qui consiste à créer en langue commune et la néonymie qui concerne la création lexicale dans les langues de spécialité. Cette dichotomie tient sa pertinence surtout dans le fait que la néologie est spontanée, ce qui n'est pas le cas de la néonymie qui répond à un besoin de communication bien exprimé. Le tableau ci-dessous illustre les principales différences entre les deux types: Néonymie Néologie - La création répond toujours à un - Lacréation est spontanée; besoin de communication bien - Le néologisme appartient à la exprimé; langue commune (L.C) ; - La durée de son état - Le néonyme appartient à une langue néologique est longue avant de spécialité (L.S); de passer dans l'usage ou de - La durée de son état néonymique est disparaître; en générale réduite avant de passer dans l'usage; - Sa datation est le plus souvent hypothétique... - Sa datation est souvent très précise...
10 Boulanger O.-C.), 1984, Quelques observations sur l'innovation lexicale spontanée et sur l'innovation lexicale planifiée, in Banque des mots n° 27, p. 04.

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Lexique de la linguistique

L'élaboration d'un néonyme répond à des critères bien identifiés par les disciplines qui s'occupent de l'aménagement de la langue; des critères dont l'importance varie en fonction de la situation sociolinguistique de la langue en question. J.-A.Fishman les résume presque - mais à sa manière de sociolinguiste bien avisé - en écrivant qu' « il importe peu que les mots soient nouveaux (et parfois aussi l'écriture, de même qu'une partie du système morphosyntaxique et la majeure partie du système sémantique), ce qui importe, c'est qu'ils sonnent juste, qu'ils donnent l'impression d'être justes de par leurs éléments, leurs accents et leurs connotations traditionnelles; il faut que la nouveauté donne l'impression d'être familière, authentique, de nous appartenir, particulièrement dans un contexte où «les autres» se sont moqués de nous, nous ont exploités, aliénéset assimilés»11. C'est une analyse d'autant plus juste que le critère de «motivation», considéré souvent comme important en terminologie, semble n'avoir aucune importance dans le cas de tamazight. Des termes comme azul (salut), amazigh(berbère), par exemple, qui ne sont pas du tout motivés en kabyle, se sont pourtant très vite imposés dans l'usage, grâce à leur euphonie et à leur caractère hautement communicatif. Achab12 constate dans sa thèse ce fait, «paradoxal» pour lui, qu'en néologie berbère ce sont plutôt les néologismesnon motivés (idlesculture, adlislivre, tasertitpolitique, tilelliliberté, etc.) qui sont consacrés par l'usage, alors que ceux qui sont motivés sont relativement peu nombreux à l'être.
Voici les critères auxquels doit satisfaire un néonyme et qui nous semblent pertinents pour son acceptabilité13 :

L'unité notionnelle: le néonyme doit satisfaire au principe fondamental en terminologie (comme discipline scientifique) de la bi-univocité entre dénomination et notion. C'est-à-dire qu'à une notion il ne doit théoriquement correspondre qu'une dénomination et une seule. Ce qui exclue la synonymie, la polysémie et l'homonymie qui sont des facteurs de confusion en terminologie. Lalangue technique ou scientifique ne doit pas chercher la variété mais la vérité. Etant entendu que ce critère n'a de sens qu'a l'intérieur d'un domaine de la science ou de la connaissance bien déterminé. Le terme eau,par exemple, est « un liquide incolore et inodore,
11

Fishman

O.-A.), 1983, Aménagement

et norme linguistique en milieux linguistiques

récemment conscientisés, in la norme linguistique, textes colligés et présentés par E. Bédard et). Maurais, p. 387. 12 Achab (R.), 1996, La néologielexicaleberbère(1945-1995), PEETERS,Paris, p. 308. 13 voir à ce propos la grille ayant inspiré la notre, proposée par G. Rondeau, 1984,
Introduction à la terminologie, gaëtan morin éditeur, pp. 134-135.

Introduction

19

transparent et indispensable à la survie », pour le commun des mortels, «une substance composée d'hydrogène et d'oxygène », pour un chimiste, « un liquide dont le point de congélation est O°c et le point d'ébullition lOO°c», pour un physicien, etc. Donc un terme n'a de vrai sens que dans un domaine de science ou de connaissance bien précis. Ainsi, en berbère les termes comme arbib (adjectif, en grammaire et beau-fils, excroissance, appendice, en langue commune), tirri (voyelle,en phonétique et cri, appel, en langue commune), afeggag(radical,en grammaire et chevron de charpente, en langue commune), etc., ne posent aucun problème, ni de polysémie ni d'homonymie en grammaire, bien au contraire, ils présentent l'avantage d'être motivés, ce qui peut faciliter leur implantation, et a posteriori elle l'est manifestement bien.

La conformité aux règles de la langue: c'est ce que Fishman, cité plus haut, appelle sociolinguistiquement « sonner juste» et que les linguistes traduisent par grammaticalité, c'est-à-dire le caractère morphophonologique qui permet à un terme de s'intégrer dans la langue sans qu'il soit perçu comme un «corps étranger», donc susceptible d'être rejeté. C'est comme la greffe en chirurgie où l'implant doit être génétiquement compatible avec l'organe sur lequel il doit être implanté pour qu'il ait plus de chance de prendre. C'est par ce critère que des termes comme micro (ordinateur)ou portable se sont intégrés dans la langue kabyle (variété algérienne du berbère), après s'être transformés morphologiquement en amikro et aportabl.La voyelle [0] est une variante combinatoire de ru], apparaissant dans des environnements emphatiques: [aYfom](le pain, la galette), [a40] (le vent), etc. ; et la consonne [p] est une variante expressive ou sociolinguistique, apparaissant dans le langage féminin et dans certains
emprunts au français: Reppwi (Rebbi, Dieu), yeppwa (yebbwa, yewwa, il est cuit), tapwalt (le poêle), etc.

La dérivabilité : c'est la capacité qu'a un terme de se laisser transformer d'une catégorie grammaticale à une autre par les procédés de dérivation morphosyntaxiques. Un terme dont le signifiant est court présente une plus grande dérivabilité. En arabe, par exemple, on a d'abord traduit microscopepar midjlat al-daqqaq,mais lorsqu'on a voulu traduire unité microscopique,alwihda almidjlawiyaal-ddaqqaqeyaétait lourd et un peu
compliqué comme équivalent, on l'a donc simplifié en alwihda almidjlawiya ;

par la suite, pour régler franchement le problème, on a proposé un autre équivalent plus court, à savoir almidjher. L'euphonie: un néonyme ne doit pas présenter de grandes difficultés de prononciation, pour qu'il soit accepté. Bien au contraire, il doit permettre une grande facilité de prononciation, donc d'usage. Les termes azul(salut),

20

Lexique de la linguistique

anzi (proverbe), par exemple, qui ne sont plus des néologismes, parce que bien intégrés dans la langue, étaient des adaptations fautives à partir de ahul et anhi touaregs : on a remplacé le h touareg par le z des parlers du nord, comme si dans chacune de ces deux régions une seulement de ces deux consonnes était attestée. Mais une faute heureuse puisque les consonances de azul et anzi sont clairement plus agréables que celles de leurs étymons touaregs, et leur succès l'a bien montré. La correspondance à un besoin: un néonyme répond toujours à un besoin de communication clairement exprimé. Cette communication se charge de l'intégrer dans l'usage et de lui faire perdre, par conséquent, son caractère néonymique. Ce besoin peut être celui de dénommer une nouvelle notion ou réalité, comme il peut être celui de dénommer autrement, dans sa langue propre, une notion déjà existante, en remplaçant, par exemple, un emprunt fait à une langue « dominante» qui est en situation de diglossie avec la première. L'exemple de néologismes comme azul (salut), tanemmirt (merci), tilelli(liberté), et tant d'autres en kabyle, illustre bien ce besoin de communiquer autrement dans une langue maternelle débarrassée de « signes» de« moquerie», d' « aliénation» et d' « assimilation», pour reprendre les termes de Fishman. Ce besoin de communiquer autrement est très important et explique en partie le succès de ces néologismes et le fait qu'une langue n'est pas simplement un « outil» ou un « ustensile» de communication, mais «un lieu d'investissements symboliques» et de concentration d'émotions diverses. Si la langue était simplement un moyen de communication, les hébreux n'auraient pas un instant pensé à dépenser tant de temps et d'énergie à ressusciter leur langue, qui était morte depuis le deuxième siècle, alors qu'ils possédaient majoritairement le même outil de communication qui était le yiddish. Cette définition de la langue comme « un simple outil de communication» nous semble être celle des partisans de l'idéologie diglossique, version Ferguson, qui vise à substituer les langues « dominantes» aux langues «dominées», minorées ou minoritaires, comme l'explique si bien la sociolinguistique catalane, en incitant implicitement leurs locuteurs à utiliser le meilleur « outil ». Lebesoin donc de communiquer autrement ou de communiquer tout court est important pour qu'un néologisme s'implante. Aces critères on peut ajouter deux autres de moindre importance: La motivation: caractère qui permet à un terme d'être facilement reconnu. C'est une sorte de «reconnaissabilité» qui facilite la compréhension. C'est donc un critère souhaitable dans la mesure où il peut être satisfait.

Introduction

21

La «licence néologique»: nous avons calqué ici le concept en littérature de licence poétique qui permet à son détenteur d'avoir une certaine liberté d'usage de sa langue. Un néologisme a en effet plus de chance de survivre s'il est créé par un personnage auquel on reconnaît une certaine maîtrise de la langue, un grand écrivain par exemple, que lorsque le créateur est un personnage anonyme, même s'il a par ailleurs une grande maîtrise de la même langue. le mot « négritude» a survécu sans doute parce que son concepteur est un certain Sedar Senghor. Beaucoup de néologismes en tamazight sont passés dans l'usage grâce, en partie, à la notoriété et respect dont jouissait leur créateur auprès des berbérophones, en l'occurrence l'écrivain et grand militant de la cause berbère M. Mammeri.

Ces critères énoncés, c'est au final l'usage qui confère et qui ôte le caractère néologique ou néonymique à un terme. « Il ne suffit pas qu'un mot soit relevé comme emploi inédit pour que du même coup il mérite d'être qualifié néologisme. Un néologisme n'existe réellement que s'il entre
dans un certain usage », écrit L. Guilbert14 dans sa créativité lexicale. Il ajoute

plus loin que c'est la répétition de l'acte de création qui installe le néologisme « individuel» dans « la société du lexique»; le néologisme ainsi lexicalisé perd, du coup, sa qualité de néologisme pour devenir un mot « socialement établi ». 2. Typologie des néologismes De nombreuses typologies sont proposées par des linguistes et autres néologues ou terminologues, mais rares sont celles qui prétendent à l'exhaustivité. La plupart rangent les différents procédés dans trois grands « moules », souvent sans souci de détail: la néologie de forme qui consiste à créer un nouveau terme (ou mot) sur la base d'une nouvelle dénomination, la néologie de sens qui est la création d'un nouveau terme sur la base d'une nouvelle notion en rapport avec une dénomination déjà existante, et la néologie par emprunt qui consiste dans le transfert d'un terme d'une langue dans une autre langue. Maisla difficulté réside dans le classement de certains néologismes dont la formation peut relever à la fois des différents procédés, ou d'autres néologismes qui sont tout simplement difficiles à classer dans tel ou tel type. Où peut-on ranger, par exemple, un néologisme obtenu par changement de catégorie grammaticale? Les linguistes sont partagés à ce propos entre ceux qui considèrent qu'il s'agit de la néologie sémantique puisqu'elle n'entraîne pas de changement au
14

Guilbert (L.), 1975, La créativité lexicale, Paris, Larousse, p. 44.