Mémento grammatical et orthographique de berbère

De
Publié par

Cet ouvrage s'adresse en premier lieu aux lycéens qui passent l'épreuve facultative de berbère au baccalauréat. C'est une grammaire abrégée et pratique de 3 variétés berbères proposées à cette épreuve: le kabyle, le chleuh et le rifain. L'essentiel de la morphologie et de la syntaxe y est exposé, le système de notation est expliqué et des indications sur l'orthographe sont fournies tout au long de l'ouvrage.
Publié le : mardi 1 février 2011
Lecture(s) : 202
EAN13 : 9782296453036
Nombre de pages : 227
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

MÉMENTO GRAMMATICAL ET ORTHOGRAPHIQUE DE BERBÈRE
Kabyle – Chleuh - Rifain

Tira - Langues, littératures et civilisations berbères Collection dirigée par Kamal Naït-Zerrad Cette collection est consacrée aux études littéraires, linguistiques, didactiques et de civilisation berbères ainsi qu’à la littérature proprement dite (roman, théâtre…) qu’elle soit en berbère ou sous forme bilingue. Outre les publications originales, elle remettra à la disposition des chercheurs et du grand public des ouvrages de première importance, aujourd’hui épuisés, sur l’histoire, la langue et la culture berbères. La collection contribuera ainsi non seulement à enrichir les études scientifiques par la publication de travaux de recherche, mais également à la diffusion d’une meilleure connaissance d’un monde berbère éclaté. Déjà parus Kamal Naït-Zerrad (éd.), Articles de linguistique berbère, Mémorial Vycichl Djamel Benaouf, Timlilit n tɣermiwin / la ville-rencontre, roman en kabyle Abdallah El Mountassir, Dictionnaire des verbes tachelhitfrançais (parler berbère du sud du Maroc) Kamal Naït-Zerrad, L’officiel des prénoms berbères (bilingue français – kabyle) Abdallah Boumalk, Manuel de conjugaison tachelhit (Langue berbère du Maroc) Moh Si Belkacem, Chroniques de la Kabylie martyrisée (textes en français et en tamazight) Salem Zenia, Tifeswin - Printemps [poésie] Abdallah El Mountassir, AMARG, Chants et poésies amazighs (Sud-ouest du Maroc) Kamal Naït-Zerrad, Linguistique berbère et applications

Kamal Naït-Zerrad
Langues et Cultures du Nord de l’Afrique et Diasporas Centre de Recherche berbère (Inalco)

MÉMENTO GRAMMATICAL ET ORTHOGRAPHIQUE DE BERBÈRE
Kabyle – Chleuh - Rifain

© L’Harmattan, 2011 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-54324-9 EAN : 9782296543249

PRESENTATION

Ce mémento est le deuxième volet d’une série consacrée à l’épreuve de berbère au baccalauréat dont le premier constitue les Annales des épreuves de berbère au baccalauréat, paru en 20061. De même que pour les Annales, ce mémento grammatical et orthographique comporte trois parties correspondant aux trois variétés berbères (kabyle, chleuh et rifain) proposées à l’épreuve. Elles sont décrites de manière indépendante pour des raisons de cohérence et de simplicité d’utilisation. Il ne s’agit donc nullement d’un ouvrage de linguistique mais d’une grammaire de base pour les lycéens dans laquelle l’essentiel de la morphologie et de la syntaxe est exposé de manière simple. Pour chaque variété berbère, le système de notation (transcription) utilisé est expliqué et des indications sur l’orthographe sont fournies tout au long de l’ouvrage.

On trouvera dans les Annales une introduction générale au berbère, une présentation de l’épreuve et une bibliographie détaillée (voir bibliographie).

1

6

CARTE DE LA BERBEROPHONIE
(Copyright LACNAD-CRB, K. Naït-Zerrad, INALCO, Paris)
Les régions berbérophones correspondent aux zones hachurées

7

I- KABYLE - TAQBAYLIT

1 INTRODUCTION
Le kabyle – taqbaylit – est le principal dialecte berbère d’Algérie. C’est la langue maternelle et usuelle de la majorité de la population de Kabylie. Le kabyle n’est pas homogène : il existe par exemple des différences - phonétiques et lexicales en particulier – entre les parlers occidentaux et orientaux de la Kabylie. La langue présentée ici est une sorte de « kabyle commun » : les différences entre les parlers (surtout liées à la phonétique), indiquées dans le chapitre suivant, sont réduites et surmontées à travers l’alphabet et la notation usuelle employés. Pour une présentation et une bibliographie plus détaillées, on pourra se référer aux « annales du baccalauréat » (voir la bibliographie).

12

2 ORTHOGRAPHE
2.1 L’alphabet
parole être debout porter sur le dos chat manger citer ouvrir pied tondre main brume rater puiser laisser oui défendre surpasser guérir quelque chose bouillir voler être ṭ u w x y z m imi n ini ɣ iɣi alɣ°em q aqerruy aq°rab r s ṣ t aru sin ṣedded itri [iṯri] ntu ttu [ttsu] iṭij ul awren axxam ax°nac yiwen izi bouche dire petit-lait chameau tête cartable, gibecière écrire deux être rouillé étoile être enfoncé oublier soleil cœur semoule maison liège un mouche racine dos

a awal b bedd bibb c amcic č ečč d ader ldi ḍ aḍar [aḍar] e lles f afus g agu [aḡu] zgel ag°em[aḡ°em] eǧǧ ih ḥudd if jji kra [ḵra]

ǧ h ḥ i j k

rkem ak°er [aḵ°er] l ili

ẓ aẓar ɛ aɛrur

Dans la transcription phonétique (entre crochets [ ]), le trait sous ou sur la consonne indique une spirante : ḇ, ḏ, ḡ… (voir § 2.3).

I- KABYLE

13

2.2

La tension

La tension consonantique est fondamentale en berbère. La consonne tendue doit être prononcée avec force. Il faut bien faire la différence entre une consonne simple et une consonne tendue car le mot a une signification différente selon la prononciation. La tension est représentée par une double lettre : ifeɣ « je surpasse » ifis « hyène » yeffeɣ « il est sorti » iffis « trèfle »

2.3

Les consonnes spirantes

Une consonne occlusive est émise en ne laissant aucun passage à l’air, elle ne peut être prolongée (en français : « t », « d », etc.). Au contraire, une consonne spirante peut être prolongée, elle est émise en laissant un petit passage à l’air. En kabyle, les consonnes b, d, g, k et t sont en règle générale prononcées spirantes [ḇ, ḏ, ḡ, ḵ, ṯ]. La prononciation occlusive est contextuelle et toujours prévisible (à quelques exceptions près). Il n’y a donc pas de distinction entre spirantes et occlusives à l’écrit : l’occlusive (comme k dans rkem « bouillir ») et la spirante (comme k dans akal [aḵal] « terre ») sont représentées par la même lettre. La prononciation de la lettre ṭ est toujours occlusive : aṭarus « petit chien », celle de ḍ est en général toujours spirante : aḍu [aḏ̣u] « vent ». Exemples avec les deux prononciations :

14
spirantes abruri udi ger occlusives ambaṣi ldi rgem ezg efk tilkit ntu

b d g

grêle beurre entre

k t

akal tili

terre ombre

condamné ouvrir insulter convenir ; séjourner donner pou être fiché

après après après après après après après

m l r z f l n

2.4

Les consonnes emphatiques

L’emphase concerne quelques consonnes (d, t, z, s) qui sont prononcées en reculant la langue vers l’arrière (vers le pharynx). Elles sont notées par un point sous la lettre : ḍ : aḍar « pied » ṭ: iṭij « soleil » ẓ: aẓar « racine, veine » ṣ: ṣegged « chasser » On peut ajouter l’emphatique ṛ qui est facultative à l’écrit étant donné que les ambigüités sont très rares : on peut par exemple écrire taṛuka ou taruka « quenouille ». D’ailleurs, la prononciation emphatique du « r » est en général due à une consonne emphatique dans le mot : aḍar est prononcé [aḏ̣aṛ] Signalons que dans certains l’emphatique ḍ est prononcée ṭ. parlers kabyles,

2.5

Les affriquées

Les caractères č et ǧ de l’alphabet sont des affriquées, ils sont constitués de deux sons prononcés en même temps :

I- KABYLE č = ǧ = t + ch d+j = = [tch] [dj]

15

Deux autres affriquées sont attestées dans la langue mais elles ne sont pas notées car d’une part, elles ne sont pas connues partout et d’autre part, elles ne sont qu’une prononciation locale : [dz] qui vient de la consonne tendue zz : igezzem « il est en train de couper » prononcé dans la plupart des parlers kabyles [igeddzem] mais dans d’autres [igezzem]. [ts] qui vient de la consonne tendue tt : ttu « oublier » prononcé dans la plupart des parlers kabyles [ttsu] mais dans d’autres [ttu].

2.6

Les labio-vélarisées

Les consonnes g, k, ɣ, x, et q sont parfois accompagnées d’un arrondissement des lèvres, qui est l’amorce d’un w (noté avec un °) comme dans : ak°er ag°ad ou ou aker « voler, dérober » agad « avoir peur »

Ce phénomène (appelé labio-vélarisation) n’est pas connu dans certains parlers kabyles. A l’intérieur d’un mot, la labio-vélarisée bb° (pratiquement toujours tendue) n’est qu’une réalisation locale de la tendue ww. Ailleurs, cette dernière se réalise gg°. On adoptera donc la notation ww et on écrira par exemple :

16 • yewwi (ou iwwi) « il a emporté » (prononciations locales [yewwi], [yebb°i], [yegg°i]). Dans certains parlers, on dit yiwi, sans tension du w. • yewweḍ (ou iwweḍ) « il est arrivé » (prononciations locales [yewweḍ], [yebb°eḍ], [yegg°eḍ]). Dans certains parlers, on dit yiweḍ, sans tension du w. Dans certains parlers kabyles, la labiovélarisation distingue deux mots (qui sans cela seraient homonymes et homographes), comme par exemple : iregg°el « il fuit » / ireggel « il bouche » D’autres parlers ne font pas la différence et la notation de la labiovélarisation peut, pour cette raison, être facultative. On écrira : agem ou ag°em « puiser » ; ak°el ou akel « fouler ; marcher sur » ; etc.

2.7

La voyelle « e »

La voyelle « e » (voyelle zéro ou schwa) est notée en général pour empêcher une suite de trois (parfois deux) consonnes et faciliter ainsi la prononciation et la lecture :
irdn ikrri aglzim uccn udm > > > > > irden ikerri agelzim uccen udem blé mouton pioche chacal visage

La règle ne vaut pas quand une consonne tendue est suivie d’une consonne puis d’une voyelle :
tazzla > tazzla course

Son instabilité dans le mot indique que ce n’est pas une vraie voyelle comme a, i ou bien u. Les exemples

I- KABYLE

17

suivants montrent le déplacement ou la disparition de cette voyelle :
prononciation gzem gezmeɣ kkseɣ kkesɣ-as ifassen ifassn-is écriture gzem gezmeɣ kkseɣ kkseɣ-as ifassen ifassen-is

coupe ! j’ai coupé j’ai enlevé je lui enlevé mains ses mains

La place de cette voyelle à l’écrit est celle du mot isolé (nom ou verbe conjugué). Elle est notée en initiale dans les verbes à l’impératif de la forme eC(C) : (C représente une consonne) eg « faire », enz « être vendu », ečč « manger »…

2.8

Les assimilations

L’assimilation se produit au contact de deux sons. L’un des deux disparaît ou se modifie, l’autre se transformant en général en tendu, parfois avec apparition d’une labiovélaire. Elle n’est pas notée à l’écrit. Le tableau suivant en donne des exemples avec les variantes de prononciation :
écriture n wemɣar n yemɣaren deg wexxam ɣef wakal du vieux des vieux dans la maison sur la terre prononciation wwemɣar, bb°emɣar, gg°emɣar, pp°emɣar ggemɣaren, yyemɣaren degg°exxam, deggexxam ɣeffakal

18

écriture am wergaz d taqcict d teqcict i yeččan a d-tas comme un homme c’est une fille avec la fille qui a mangé elle viendra (vers ici)

prononciation ammergaz ttaqcict, ttsaqcict tteqcict, ttseqcict igeččan addas

Les assimilations à l’intérieur d’un mot sont conservées : les mots appartiennent en effet au lexique. Exemple : ayaziḍ « coq » tayaziḍt > tayaziṭ « poule »

Dans ce cas, et par convention, le résultat de l’assimilation est noté par une consonne simple (ici « ṭ » au lieu de « ṭṭ »).

I- KABYLE

19

3 LES CATEGORIES DE MOTS
On peut répartir les mots en 4 grandes catégories : • Les nominaux : les noms (substantifs et adjectifs), les noms de nombre, les pronoms personnels, les pronoms démonstratifs, les pronoms indéfinis • Les verbes • Les adverbes • Les particules (préposition, conjonction, présentatif, démonstratif, orientation, etc.) Les pronoms et certaines particules seront présentés avec la catégorie (verbe, nom, etc.) dont ils dépendent.

3.1

Les nominaux
3.1.1 Les noms : substantifs et adjectifs

D’un point de vue morphologique, le substantif et l’adjectif se comportent de la même manière : ils varient en genre (féminin, masculin), en nombre (singulier, pluriel) et en état (libre, annexion). En général, un nom est composé d’un radical accompagné d’éléments indiquant le genre, le nombre, etc. : aɣrum « pain » : a - ɣrum est un nom masculin composé d’une voyelle initiale a et du radical ɣrum. tafunast « vache » : t – a – funas - t est composé d’une marque de féminin t au début et à la fin, d’une voyelle initiale a et du radical funas.

20 3.1.1.1 Le genre : masculin et féminin ♦ Le nom masculin commence en général par une voyelle initiale a, i ou u : afus iles ul main langue cœur

♦ Le nom féminin se forme généralement sur le masculin par la préfixation et la suffixation de t : amɣar isli vieil homme → tamɣart vieille femme fiancé → tislit fiancée

(Le t suffixé de quelques mots féminins est prononcé parfois [ts], par exemple : tabrat se prononce [tabrats].) – Il exprime ou désigne le diminutif, la femelle ou le nom d’unité d’un collectif (végétaux, animaux). Il peut également avoir un sens dépréciatif ou péjoratif : Diminutif : axxam maison → taxxamt chambre Femelle : aydi chien → taydit chienne Nom d’unité : azemmur olives → tazemmurt olivier aweṭṭuf fourmis → taweṭṭuft fourmi Dépréciatif : argaz homme → targazt h. efféminé – Beaucoup de noms féminins n’ont qu’un « t » préfixé, ils ne proviennent pas d’un nom masculin : tasa targa tili timess foie canal ombre feu

I- KABYLE

21

– Quelques noms féminins se forment sur le masculin avec l’apparition d’une semi-voyelle w ou y avant le t final : aɣerda « rat » → taɣerdayt « souris » ameksa « berger » → tameksawt « bergère » – Certains féminins dérivent d’une racine différente du masculin : argaz iḥiqel homme perdrix (m.) → → tameṭṭut tasekkurt femme perdrix (f.)

Remarques : ♦ Il existe quelques noms féminins qui commencent par une voyelle : ulli brebis (f. pl.) ♦ Certains noms - masculins ou féminins - n’ont pas de voyelle initiale, en particulier beaucoup de noms de parenté : laẓ seksu beṭṭu weltma mmi yelli yemma baba … faim couscous séparation ma sœur mon fils ma fille ma mère mon père

♦ Quelques termes – appartenant surtout au lexique botanique – commencent par la semi-consonne « w » : waḥrir coquelicot wajdim herbe à peignes waɣzen ogre

22 ♦ Les emprunts à l’arabe non kabylisés conservent l’article original. Ils peuvent commencer par une consonne tendue suite à l’assimilation de l’article arabe :
féminin masculin lɛafya feu lmus couteau ddunit monde, bas-monde ssuq marché

Formes kabylisées : tamdint « ville » , taktabt / taktubt « livre », etc. ♦ Les emprunts au français non kabylisés conservent également l’article : lagar « gare », lapulis « la police », etc. Formes kabylisées : abriki « briquet », taberwiṭ « brouette », etc. 3.1.1.2 Le nombre : singulier et pluriel Le kabyle possède un singulier et un pluriel. En général, la voyelle initiale a du singulier devient i au pluriel, tandis que les voyelles initiales i et u restent inchangées. On distingue trois types de pluriel : A. Le pluriel externe : on ajoute un suffixe sans modifier le radical. B. Le pluriel interne : une voyelle (ou plus) du radical se transforme en une autre voyelle ou disparaît (c’est l’alternance vocalique). C. Le pluriel mixte : combinaison des deux pluriels précédents avec parfois une consonne simple qui devient tendue ou l’inverse. En général, le « t » suffixé du féminin disparaît.

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.