Nature et fonctions de la métaphore en science

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L'auteur apporte une réflexion sur le thème de la métaphore en langue de spécialité afin de sortir de la vision traditionnelle où la métaphore n'existerait guère que pour la satisfaction des amateurs de littérature. Souvent formée à partir de vocables de la langue générale on parle ainsi en cardiologie de bruit de galop, de clé de sol ou encore de coeur de lion, mais la métaphore terminologique peut également être composée sur la base de formants grécolatins comme le souffle mésocardiaque.
Publié le : mardi 1 septembre 2009
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EAN13 : 9782296232778
Nombre de pages : 213
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À mes parents, Manuel et Eulalie. Pour leur soutien. Et pour leur présence au fil de ma vie.

Remerciements
Monsieur le Professeur Philippe THOIRON & Madame le Professeur Teresa LINO Ma première dette de reconnaissance s’adresse à Mr. Philippe Thoiron, Professeur émérite à l’Université Lumière Lyon2, et à Madame Teresa Lino, Professeur à l’Université Nouvelle de Lisbonne, pour la confiance qu’ils m’ont témoigné au long de ces années, pour leur soutien inconditionnel et leur enthousiasme à toute épreuve. Que tous les deux soient assurés de toute mon estime, de la marque de mon profond respect et de toute mon amitié. Docteur Sabine PLOUX Il me tient aussi à cœur de vous témoigner ma gratitude, dont l’amitié et le soutien indéfectible m’ont été des plus précieux. Membres du CRTT/TERMIP/ISC-CNRS Un grand merci à tous les membres du CRTT de l’Université Lumière Lyon2, du Centre de Recherche de Lexicologie, Lexicographie et Terminologie de l’Université Nouvelle de Lisbonne, et les membres de l’Institut des Sciences Cognitives-CNRS de Lyon, avec qui j’ai eu des échanges privilégiés, que ce soit sur le plan scientifique, culturel ou tout simplement humain. Docteur(s) Margarida OCHOA & Pierre ZALESSKY Fidèles amis des bonnes et des mauvaises vagues qui m’ont toujours soutenu sans jamais se défaire de leur sourire. Je souhaite vous faire part de mon infinie gratitude pour votre amitié solide et enthousiasme contagieux. Docteur Maria-Eugénia POULET Soyez remerciée pour votre implication particulière sans qui je ne me serais sans doute pas lancée dans l’aventure métaphorique. Je souhaite rendre ici un hommage respectueux au Professeur Jacques Poulet qui s’est éteint en 2007. Aujourd’hui, nous restons partagés entre l’émotion et le plaisir d’évoquer sa personnalité extraordinaire et la douleur d’une cicatrice qui ne se referme pas. Docteur Rosa QUEIRÓS Je tiens à vous exprimer ma profonde reconnaissance pour les nombreuses discussions partagées, vos conseils toujours stimulants et surtout votre présence amicale. Docteur Manuela Augusto Je souhaite vous adresser un remerciement tout particulier pour votre amitié et sincérité.

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Docteur Luiz MACIEL Mes remerciements vont aussi au Docteur Luiz Maciel, cardiologue, pour son dévouement, son professionalisme et sa patience. Madame le Professeur Ieda ALVES & Madame le Professeur Maria Aparecida BARBOSA Soyez particulièrement remerciées pour l’accueil chaleureux qui m’a été réservé lors de mon séjour au Brésil. Je vous exprime toute mon amitié. FCT Je tiens à remercier la Fondation pour la Science et la Technologie (FCT), Ministère de la science, Technologie et de l’enseignement supérieur, pour son soutien financier lors de la réalisation de ce travail de recherche. Docteur Alfredo CARDOSO À celui qui m’inspire la détermination, le courage et le goût de l’excellence. Trouvez ici l’expression de mon amitié la plus sincère. Docteur Rita GOMES Femme d’exception, femme de réflexion. Soyez ici remerciée de ces moments exceptionnels, passés et à venir, que nous partageons. Docteur Rosa LOURENÇO Femme de contraste et de vérité qui marque de son empreinte tous ceux qui croisent sa route. Soyez ici assurée de mon amitié. Docteur Horácio BARRA Droiture et rigueur. Nous avons affronté des coups de vents ensemble, mais nous avons tenu bon la barre. Soyez ici remercié de ce que notre rencontre m’apporte. Docteur Graciete TEIXEIRA Nos vies se suivent avec un respect mutuel et une amitié qui laissent une trace sans fin dans notre sillage. À mes Ami(e)s de longue date Caroline Bourdenet, Yann Billefod, Deolinda Cardoso, Armando Sobral, Isabel Jardim, Vera Lúcia Ribeiro da Silva, Jeannette et Gérard Deveaux, Jean-Marie Lambert, Amélie et Francine. Les mots ne seront jamais assez forts pour vous remercier de tous ces moments intenses passés ensemble.

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Docteur(s) Madalena ESPERANÇA E PINA, José Luis DÓRIA & Madalena ADÃO Je tiens à saluer tout particulièrement le travail du Docteur Madalena Esperança e Pina, Professeur d’Histoire de la médecine, le Docteur José Luis Dória, Professeur d’Histoire de la médecine, le Docteur Madalena Adão, cardiologue, exerçant tous à la Faculté des Sciences Médicales de Université Nouvelle de Lisbonne. Sans ces alliés cliniques, j’aurais certainement glissé quelques erreurs lors de la recherche des équivalents en portugais. Docteur Manuel SILVA MARQUES Affection et tendresse pour mon compagnon d’utopies qui est un maillon essentiel dans ma vie et qui reste cher à mon cœur à jamais. Manuel et Eulalie Mes chers parents, vous êtes les artisans de ce que je suis devenue. Vous m’avez permis d’être ce que je suis aujourd’hui. Soyez ici remerciés de votre précieux héritage. Fati Ma petite sœur, grande par son talent à elle. Ma princesse dont le regard scintille en moi les chaudes braises du bonheur. Et Manu qui mérite le bonheur qui l’entoure, et tu en mérites plus encore. La vie que tu mets dans tes chants est à l’image de celui que tu es. … et à tous ceux que j’oublierais de citer ici.

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Avant-Propos
Le présent ouvrage, qui s’appuie sur un projet terminographique bilingue, par l'intermédiaire de l'élaboration d'une base de données françaisportugais dans le domaine de la cardiologie, est centré sur l’intérêt de l’auteur pour la métaphore. Celle-ci est traitée non pas comme ornement mais comme élément constitutif de la pensée. La question de la métaphore dans la réflexion et l'activité scientifiques est donc posée ici et c’est sur le domaine de la médecine que Isabelle Oliveira a choisi de faire porter ses travaux. Ce choix est très révélateur. Quand on parle de médecine et qu'on se préoccupe de classification (ce qui est bien le lot commun de tout terminologue) on ne sait trop s'il faut parler de science ou d'art. Nous avons certes à faire à un vieux débat, sur lequel on peut rappeler ici1 les propos d’un éminent lyonnais, Claude Bernard, dans ses Principes de médecine expérimentale, écrits entre 1858 et 1877 : La médecine n'est pas une science ; c'est un art ; par conséquent, son application est inséparable de l'artiste. […] D'abord, qu'est-ce que la médecine ? Est-ce un art, est-ce une science, ou même un assemblage de sciences ? Les définitions ont tout dit et chaque auteur les a faites d'après son point de vue. La médecine a donc été considérée comme un art, comme une science propre ou même comme assemblage de sciences. Où est la vérité ? Elle n'est dans aucune de ces opinions exclusives. La médecine est un art, c'est évident ; elle est une science, c'est également incontestable. En effet, dans toutes les connaissances humaines, il y a à la fois de la science et de l'art. La science est dans la recherche des lois des phénomènes et dans la conception des théories ; l'art est dans l'application, c'est-à-dire dans une réalisation pratique en général utile à l'homme qui nécessite toujours l'action personnelle d'un individu isolé. Aussi le caractère de l'art est-il d'être éminemment personnel, non susceptible de se transmettre ; la science pure, au contraire, est impersonnelle et peut se transmettre à tous. (p. 221, édition électronique2)

Ces lignes d’avant-propos sont écrites à Lyon. Cette édition électronique a été réalisée par Gemma Paquet, bénévole, professeure à la retraite du Cégep de Chicoutimi à partir de : Claude Bernard (1813-1878), Principes de médecine expérimentale Ou de l’expérimentation appliquée à la physiologie, à la pathologie et à la thérapeutique (Écrits entre 1858 et 1877), Paris : Les Presses universitaires de France, 1947, 308 pages. Collection: Bibliothèque de philosophie contemporaine. Consultable à http://classiques.uqac.ca/classiques/bernard claude/principes_medecine_exp/principes.html
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Quand Isabelle Oliveira traite de la métaphore elle se préoccupe sans cesse de rassurer le lecteur et de dire qu’elle ne s’intéresse pas à ce qu’elle appelle un "fard ornemental" (ce qui relèverait de l'art probablement) mais à un processus cognitif (ce qui nous rapproche sans doute de la sphère scientifique). En résumé, métaphore et médecine apparaissent à l’auteur, peut-être à son corps défendant, comme les éléments d'un couple idéal, ou infernal, selon les cas. On les verra se combattre et se déchirer, on les verra aussi s'unir et se compléter3. L’auteur a choisi la cardiologie parce que c'est un domaine en forte expansion, dans lequel l'innovation technologique tient une large place. Elle en attend donc un large recours à ce qu’elle appelle l'outil métaphorique. Il convient d’observer d’emblée que l'hypothèse selon laquelle tout secteur innovant, techniquement ou scientifiquement, est demandeur de terminologie est une hypothèse qu'on a peu de chances de falsifier. Mais Isabelle Oliveira va plus loin en précisant à quel type de néologismes elle s’attend. Et elle donne dans ce volume de nombreux exemples qui confirment son choix et justifient l'itinéraire qui a conduit à cette préférence néologique. L’approche de la métaphore comme processus de dénomination est mise en avant ici et mérite d’être relevée compte tenu de la fréquence des travaux de recherche sur la métaphore dans lesquels on regarde les textes, le discours. Y compris lorsqu'il s'agit de travaux sur les langues spécialisées. En abordant le problème sous l'angle du processus de dénomination l’auteur a pris des risques, tel que celui du dérapage entre langue et discours, qu'elle a remarquablement maîtrisés grâce au recours à une synergie entre textes et dictionnaires. Isabelle Oliveira se livre à une présentation consciencieuse des spécificités de la terminologie, ce qui lui permet, compte tenu des thèmes qu'elle veut traiter, de mettre en évidence les liens de la terminologie avec d'autres disciplines telles que la sociologie et, par le truchement de la métaphore, avec les sciences cognitives. L’auteur poursuit ainsi les réflexions du CRTT4 sur l'archi-concept5 et les approches cognitives de la terminologie multilingue en y intégrant les processus métaphoriques qui se mettent en œuvre dans la dénomination. Lorsque Isabelle Oliveira développe, dans la composante la plus longue de ce travail, la nature de la métaphore en terminologie elle va de l'approche traditionnelle à l'approche conceptuelle. Les travaux classiques sont abordés (Richards, Black, Lakoff, Johnson, Ricoeur, Le Guern, Fauconnier et Turner)
Voir aussi à ce propos Jacques Poirier, La médecine est-elle un art ou une science ?, Paris : Bureau des longitudes, 2004. 4 Centre de Recherche en Terminologie et Traduction de l’Université Lumière Lyon 2. 5 « Notion d'« archi-concept » et dénomination», Meta, Vol. 41/4, p. 512-524
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mais l’auteur s'est livrée, à partir de la lecture de ces auteurs, à un examen soigné et bien ciblé en direction de ses préoccupations. Elle a ainsi évité de faire un nième travail sur la métaphore en général sans toutefois escamoter les problèmes fondamentaux pour son propos. C’est ainsi que sont traitées les relations entre métaphore, analogie et induction et qu’est montré leur intérêt dans la démarche scientifique. La métaphore de langue générale est mise en relation, à des fins de comparaison et de caractérisation finale, avec la métaphore de langue de spécialité. Le lecteur trouvera ici une distinction bien argumentée même si, avec prudence et lucidité, l’auteur ne souhaite pas trancher définitivement la question. On peut voir d’ailleurs dans la cohabitation d'une terminologie populaire vernaculaire et d'une terminologie supposée scientifiquement normalisée des éléments qui sont autant d’invitations à une étude diachronique. À travers la comparaison français-portugais pour les métaphores de la langue générale est abordée une question qui n'est pas sans lien avec les aspects cognitifs des processus métaphoriques. Il y a là matière à réflexion et, évidemment, la question se pose de savoir si les métaphores terminologiques présentent les mêmes particularités. On voit ainsi poindre à travers la question une hypothèse sous-jacente relative à une plus grande homogénéité translinguistique du lexique spécialisé. Le lecteur pourra trouver ici des éléments de réponse à la question posée par l’auteur elle-même "la métaphore terminologique, qu'est-ce que c'est ? ". On notera que l’auteur s'intéresse en permanence à la genèse des termes métaphoriques, mettant ainsi l'accent sur les questions de diachronie. Elle évoque la métaphore vive, bien ancrée dans son discours et, à ce stade, incapable d'en sortir. Et montre que la métaphore de spécialité, ou métaphore terminologique, parce qu'elle n'est plus vive mais devenue conventionnelle, peut se libérer de son contexte originel pour s'intégrer dans un autre. Et au terme de son évolution, par un « réglage conventionnel », elle est devenue terme. Et parce qu'elle est terme elle peut migrer. Isabelle Oliveira montre bien que le spécialiste devient l'usager privilégié de ce terme métaphorique sans être conscient du processus de sa création. Elle insiste, à juste titre, sur ce point avec la conscience que s'il n'en était pas ainsi le risque de dérapage terminologique, donc communicationnel, réapparaîtrait. En effet, une métaphore morte peut toujours être réveillée. On verra, à l'aide de l'exemple "bruit de galop", que ce que l’auteur appelle l'aspect pernicieux de la connotation peut aussi être bénéfique lorsque la métaphore est remise en discours par un locuteur qui précisément vise à la réactivation. Par exemple pour des motifs didactiques.

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Dans la troisième partie de son ouvrage Isabelle Oliveira intervient sur les diverses fonctions assumées par la métaphore et elle centre à nouveau l'étude sur la terminologie médicale. Pour elle le recours à la métaphore est lié, dans plusieurs cas, à une forme de faillite des autres modes de dénomination. En particulier dans les premières étapes de l'explication et de la théorisation. C'est la fonction heuristique de la métaphore terminologique qui est étudiée aussi et le lecteur est conduit à rejeter l'idée d'une antinomie entre métaphore et "scientificité". Cette scientificité est traditionnellement, et surtout dans le domaine médical, véhiculée par les termes dits savants dans lesquels les formants grécolatins abondent. On pose donc la question de la diffusion des connaissances du domaine au "grand public" et on en arrive à la vulgarisation. Le caractère apparemment paradoxal de la situation n’échappe pas à l’auteur. On constate en même temps que le terme métaphorique est indispensable pour les échanges entre spécialistes parce que c'est un terme (avec les propriétés inhérentes à cette entité), et qu'il est tout aussi indispensable au grand public parce que c'est une métaphore. Isabelle Oliveira voit bien que ce paradoxe n'est qu'apparent. La nature même de ce type de terme fait qu'il a toutes les qualités pour être utilisé strictement par les uns, qui parfois n'ont rien d'autre à leur disposition, et librement par les autres. Ce qui n'est pas le cas du terme savant confixé typique qui conduit à l'incompréhension et au rejet dans le grand public. L'incompréhension du grand public, comme l'interprétation fautive d'étudiants en cours de formation médicale, peuvent être liées à l'évolution diachronique des termes. Le travail d’Isabelle Oliveira fait une bonne place à la dimension historique et son étude de cinq termes est éclairante car elle met en évidence les aspects cognitifs et sociologiques de la terminologie ainsi que les relations qu'ils entretiennent. C’est aussi par l'intermédiaire de ces termes métaphoriques, que l’auteur montre que le domaine de la cardiologie n'est pas monolithique. Il existe là aussi des différences de registre. Ces différences de registre ont des conséquences sur l'usage que l'on peut faire de la métaphore terminologique dans un cadre didactique. Isabelle Oliveira n’hésite pas à aller à l'encontre des idées établies selon lesquelles la métaphore est un dangereux vecteur de confusion. Pour elle la métaphore terminologique a pour fonction d'expliquer, d'informer, de faciliter la pensée et d'étendre la compréhension du monde exprimé par la langue.

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Au-delà du travail conduit par Isabelle Oliveira le lecteur perçoit que les outils terminographiques bilingues constituent des ressources dont l'utilité dépasse largement les emplois classiques, pourvu que leur conception soit suffisamment réfléchie. Les réflexions sur la métaphore terminologique en sont ici un excellent exemple. Elles ont permis d'avancer parce qu'elles ont mis en évidence plusieurs des facettes de la terminologie. L’auteur a eu recours aux dimensions cognitives, diachroniques, comparatives et ce volume démontre qu'elle a su les mettre en relation avec l’efficacité souhaitée pour aider à une meilleure maîtrise des concepts. Philippe Thoiron

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Introduction
Aujourd’hui, la métaphore n’est plus l’apanage exclusif des écrivains, mais touche tout individu de toutes entreprises. En effet, elle ne s’inscrit pas uniquement dans le domaine littéraire, mais aiguillonne aussi dans les sciences. Il nous a fallu opérer un choix qui s’est porté sur le thème de la métaphore terminologique dans le domaine de la cardiologie qui est une science en pleine ébullition. L’analyse de la métaphore en langue de spécialité constitue un champ d’investigation encore très récent. Toutefois, Meyer dans son article « Metaphorical Internet Terms in English and French » (1998 : 523) nous fait observer que c’est seulement à partir des années 70 que la métaphore en tant que phénomène de la langue générale a commencé à attiser la curiosité de certains cognitivistes, lexicologues et terminologues (par ex : Pavel 1993, Thoiron 1994, Assal 1995, Knowles 1996, Meyer et al. 1997). Ainsi, nous avons donc décidé d’entamer une recherche sur la métaphore terminologique afin de contribuer à la réflexion sur un thème encore très peu développé, ce qui a nourri notre motivation. À ceci s’ajoute notre volonté de sortir de la vision traditionnelle de la métaphore puisque nous avons avancé, par opposition à la métaphore comme fard ornemental qui existe pour la satisfaction exclusive des passionnés de littérature, une métaphore qui surgit en science. Dans cette perspective, l’analyse de la métaphore en cardiologie a représenté une aventure ambitieuse car c’est vouloir démontrer qu’elle n’est pas une simple façon de parler, mais aussi un élément constitutif de notre pensée et de notre expérience du monde. Autrement dit, nous avons toujours gardé à l’esprit que concepts et termes évoluent dans deux univers distincts, qu’il convient de dissocier. En effet, la pensée se manifeste dans le langage sous forme d’expression métaphorique, ce qui nous permet de distinguer : - le concept métaphorique qui est une image abstraite, - le terme métaphorique qui est la retombée linguistique de notre façon de concevoir l’image abstraite. À présent, il convient de cerner les objectifs que nous nous sommes fixée : l’objectif majeur de cette analyse fut d’apporter une réflexion et une contribution sur la nature et les différents rôles tenus par la métaphore dans la terminologie médicale. Nous ne nous sommes pas intéressée à la métaphore en tant que procédé de discours, mais surtout en tant que processus de dénomination. Nous avons considéré que le problème de la dénomination doit être envisagé essentiellement en langue puisque ce ne sont pas des dénominations provisoires que nous analysons mais bien des dénominations définitives dans la terminologie de la cardiologie.

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Nous avons vu également que quelle que soit la langue sur laquelle on a travaillé, on a constaté l’existence de métaphores opératoires dans les dénominations. Nous nous sommes aperçue aussi que la dénomination métaphorique est enracinée dans l’expérience physique, mais aussi dans les expériences culturelles et les relations sociales. Dans cette analyse sur la métaphore en terminologie plusieurs questions viennent à l’esprit : Qu’est-ce que la métaphore terminologique ? À quoi sertelle ? Est-elle bâtie de la même façon dans les deux langues étudiées ? Obéitelle aux mêmes fonctions dans ces deux langues ? Dans un premier temps, nous nous sommes penchée sur la nature de la métaphore dans la terminologie médicale qui obéit à un mode d’emploi particulier. Nous nous sommes intéressée à la notion de terminologie qui a été l’objet d’étude si particulier qui nous réunira ici, dont l’autonomie progressive dans le champ universitaire ne lui permettra pas pour autant de lui conférer une épistémè propre à se fonder totalement en tant que discipline. Plutôt que d’imaginer la terminologie comme une continuité de la lexicologie, il s’agit de comprendre ce qui la fonde, tout en admettant que précisément ce qui la fonde est une absence de légitimité propre. Nous défendons qu’il ne s’agit pas comme pour Dante entrant aux enfers « d’abandonner toute espérance », mais au contraire précisément de commencer à poser des jalons théoriques qui donne à la discipline une certaine circonférence. Pour ce faire, il faut se rendre maître de quelques éléments de base légués par Wüster que l’on enrichira par une érudition plus vaste et plus fine de ce champ d’étude. Nous devons également être à même de situer la terminologie dans un contexte social, politique, économique, philosophique… et de démontrer en quoi la terminologie tisse des liens indissolubles avec son temps, ses prédécesseurs et ses contemporains. Dans un deuxième élan, nous nous sommes demandée si on devait proscrire la métaphore de l’activité scientifique ou être tentée d’accepter un style spécialisé. Est-il légitime d’opposer science et métaphore ? N’y a-t-il pas de rationalité dans la métaphore ? Il semblerait d’après notre analyse que ce ne soit pas une antinomie que nous trouvions entre science et métaphore, mais plutôt une sympathie calculée. En effet, nous avons vérifié que la métaphore est légitimée en science à condition qu’en soient repérées les limites. Pour avoir sa place dans le monde des sciences, la métaphore demande à être reconnue, et cette consécration peut-être décrite comme une sorte de verdict marquant ainsi une fermeture de la frontière littéraire. Ainsi, sortie de son enfermement littéraire, la métaphore ne nous plongera plus dans un monde déroutant où s’opère sans cesse un dérèglement systématique des règles habituelles du langage. En effet, la métaphore n’est pas considérée ici dans son emploi traditionnel comme une déviation par rapport à la norme du langage, comme un simple aspect ornemental du langage. Par la suite, nous avons tenté de cerner la nature de la métaphore terminologique en utilisant diverses formes d’approche.

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Pour procéder à son identification, nous avons dessiné une démarche de travail autour de quatre phases : le fil conducteur de cette recherche d’identité a été tracé par un mouvement qui partira des travaux d’Aristote à Black pour arriver à une analyse de la métaphore dans un cadre plus général et par la suite nous ferons un détour par la lexicologie pour finir par une percée en sciences cognitives. Une approche comparatiste des conceptions antiques et modernes nous aidera à éclairer et expliciter la nature de la métaphore en terminologie. Nous avons d’abord essayé de réfléchir sur le statut de la métaphore dans la tradition conçue par Aristote et poursuivie par Cicéron et Quintilien. Dans cette perspective, la métaphore représentait alors un moyen subtil utilisé par les auteurs éloquents afin de modeler leurs pensées et de soigner leur style, avec l’idée sous-jacente d’un modèle dit substitutif où il est toujours possible de suppléer l’expression métaphorique par un terme propre. En effet, il s’agit d’une approche restrictive de la métaphore, qui suppose une substitution d’un terme propre par un terme imagé basée sur une relation de ressemblance. Précisons tout de même que les deux termes doivent renvoyer à un même référent de l’univers extralinguistique. Ainsi, la théorie traditionnelle demeure enfermée dans une perspective lexicaliste puisque nous avons une métaphore comme figure de mot. Plus tard avec I.A. Richards (1936), nous nous sommes confrontée à de nouvelles directions de la théorie de la métaphore qui rétablit les droits du discours et restitue à la rhétorique son amplitude. À partir des années 1960, une autre conception de la métaphore a vu le jour, dont on doit les premières esquisses chez Black (1962) qui identifie trois catégories principales : la théorie de la substitution, de la comparaison et de l’interactionnisme. C’est la théorie interactionniste qui présente un intérêt particulier pour notre analyse. Dans cette conception, connue sous le nom de « théorie de l’interaction », la métaphore ne serait pas simplement fondée sur l’existence de ressemblances mais aurait pour fonction de créer ces ressemblances à partir d’un domaine-source et d’un domaine-cible. C’est déjà un changement essentiel qui mènera aux théories de la métaphore comme figure conceptuelle, comme opération de l’esprit, dont la première fonction est de nature cognitive et non pas rhétorique. Lors de l’analyse de la métaphore dans un cadre plus général nous nous sommes aperçue qu’elle opère par analogie et substitue un référent à un autre en établissant un lien sémantique entre les deux. La métaphore comme procédé de dénomination se caractérise dans le(s) sème(s) sélectionné(s) par la médiation d’une seconde entité extralinguistique. En conséquence, on parlera de métaphore lorsque les termes qu’elle met en jeu appartiennent à des univers sémantiques différents. Autrement dit, en extrayant des mots du lexique courant, on les affecte d’un ou plusieurs sèmes non prévus dans le programme de sens d’origine.

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Nous avons fait aussi une incursion en lexicologie qui nous permettra d’éclairer une des questions phares de ce sujet, à savoir : en quoi la métaphore en langue générale se distingue-t-elle de la métaphore en langue de spécialité ? Les caractéristiques propres de la métaphore sont-elles présentées comme étant identiques, différentes ou complémentaires de celles de la métaphore en langue générale ? La question est complexe, et il semble assez difficile d’apporter des réponses définitives. Cependant, nous avons essayé d’apporter quelques éléments de réponse. Tout porte à croire que la métaphore terminologique comporte des traits spécifiques qui fondent son autonomie par rapport à la métaphore en langue générale. La métaphore connaît des dissensions depuis l’essor des sciences cognitives qui apportent quelques correctifs aux positions rhétoriques traditionnelles. La métaphore a dû être repensée à la lumière des plus récentes études cognitives qui mettent en valeur sa nature et son importance. Le réexamen de la métaphore en sciences cognitives par Lakoff et Johnson (1985) nous dévoile une figure omniprésente dans la vie quotidienne, non seulement dans le langage, mais dans la pensée et l’action. Par le truchement de ces auteurs, nous constaterons que la métaphore n’est pas seulement présente dans le terme que le spécialiste utilise, mais elle est surtout présente dans le concept d’où l’appellation de « métaphore conceptuelle ». Cela signifie que, selon les cognitivistes, toute catégorisation des objets, tout acte de compréhension relève d’une métaphorisation propre non pas à l’objet mais à la pensée. Nous en profitons au passage pour rappeler que le principe même de la métaphore consiste à comprendre un phénomène ou à appréhender un concept, dans les termes utilisés pour la description d’autres phénomènes, d’autres notions ou concepts. Nous avons vu également que pour analyser le transfert métaphorique, il est nécessaire de distinguer deux notions essentielles : le domaine-source et le domaine-cible. La notion clé pour envisager la métaphore comme opération cognitive réside dans l’acte d’avouer que, dans la métaphore, il y a deux concepts qui fonctionnent, qui opèrent simultanément. Dans cette conception, la métaphore est perçue en tant que phénomène psychologique systématique d’appréhension d’un nouveau concept au moyen de la projection (mapping) d’un schéma conceptuel préalable sur les concepts émergeants. Plus tard, nous avons retrouvé les travaux de Fauconnier et Turner (1994) qui partent du principe que la métaphore manifeste sa force cognitive dans le transfert de signification entre deux espaces d’entrée correspondant au domainesource et au domaine-cible, et le sens métaphorique ne se créera que dans un troisième espace mixte (blend), surgi de la tension entre les deux premiers. L’intérêt essentiel des travaux de ces deux auteurs s’arrête à la notion de « blend » qui complexifie quelque peu la théorie de Lakoff et Johnson. Nous avons poursuivi notre étude avec une métaphore de spécialité qui influe sur les limites de nos catégories.

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Nous avons vu que métaphoriser consiste surtout à apprendre à penser, à s’ouvrir une infinité de nouvelles connections, de nouveaux modes de catégorisation de l’expérience. Ainsi, la métaphore peut étendre les catégories existantes en ajoutant de nouveaux membres. Pour comprendre l’organisation interne des catégories et la complexité des phénomènes d’appartenance nous avons eu surtout recours à la théorie de la ressemblance de famille qui permet l’assimilation de la métaphore. Dans un premier chapitre, nous avons tenté de déterminer l’identité de la métaphore terminologique. Qu’est ce qui la singularise ? En effet, la métaphore, c’est important, voire essentiel en science, mais la métaphore terminologique, qu’est-ce que c’est ? Il n’y a sans doute pas de réponse simple à cette interrogation. En mentionnant les différents aspects de la métaphore de spécialité, nous n’avons pas oublié pas que nous opérons à l’intérieur de la langue médicale. Le vocabulaire de la cardiologie est une sorte d’organisme vivant dont les pulsations sont tantôt courtes et nous échappent, tantôt longues et nous sont donc perceptibles. De là, ce mouvement dialectique permanent entre métaphore vive et métaphore morte qui est le moteur de renouvellement des connaissances. Nous avons observé, dans un premier temps, l’apparition de métaphores vives qui, selon les cas, se transformeront en métaphores mortes qui seront alors adoptées par la communauté scientifique. Dans notre optique, la métaphore vive se présente comme un conflit conceptuel ouvert sur un nombre indéfini d’interprétations possibles du milieu communicatif qui l’accueille alors que la métaphore terminologique est un agent systématique de structuration et de mise en forme de sens. Ainsi, la métaphore terminologique reflète une métaphore lexicalisée qui fait partie de la langue en tant que système alors que la métaphore vive non lexicalisée appartient à la parole puisqu’elle traduit des manifestations spontanées du langage, lieu de variations individuelles. En langue de spécialité, la métaphore vive s’arrête où commence la métaphore terminologique. Par la suite, nous avons découvert dans la métaphore de spécialité une métaphore conventionnelle dont les usagers de la terminologie de la cardiologie se servent de façon automatique et naturelle, sans avoir à fournir le moindre effort d’interprétation. Notons que le spécialiste emploie la métaphore de spécialité sans être conscient de son processus de création. En effet, le terme métaphorique, marqué de ses origines perd toute traçabilité à mesure qu’il entre dans le stock lexical de la cardiologie. Enfin, la métaphore terminologique suppose un ensemble de règles stables valables pour tous les membres d’une communauté scientifique. Nous avons essayé d’établir une classification de nos constituants à substrat métaphorique en les associant à des domaines de provenance. Très rapidement, nous rappelons qu’en cardiologie, la perception auditive est une des voies courantes, avec le champ visuel, par lesquelles le spécialiste accède à la connaissance.

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La métaphore auditive retentit en raison de l’utilisation du stéthoscope et laisse libre cours à l’imagination du spécialiste alors que la métaphore visuelle surgit grâce à l’imagerie médicale qui vise à objectiver le réel en évacuant autant que possible la part de l’imaginaire des individus. En effet, les idées s’expriment mieux quand on les expose au moyen de métaphores attrayantes. La deuxième partie examine les diverses fonctions assumées par la métaphore dans la terminologie médicale. Est-ce que le spécialiste use d’un emploi particulier de cette figure à caractère spécialisé ? Par ailleurs, la métaphore nous conduit aussi à nous interroger sur son fondement. Pourquoi l’homme de science se voit-il parfois dans l’obligation de recourir à cette figure de style ? Nous pouvons déjà apporter une première réponse qui est sa capacité à dénommer et à briser les barrières du langage. Ainsi, de nombreux savoirs scientifiques ne peuvent être exprimés autrement que métaphoriquement, surtout dans les premières tentatives d’explication et de théorisation. Dans un deuxième chapitre, nous avons étudié la fonction heuristique de la métaphore terminologique et son rôle ainsi que sa place dans la fabrication de théories scientifiques. La métaphore est-elle un outil de découverte en science ? Comment la métaphore guide-t-elle la découverte et fournit-elle des cadres conceptuels structurant les hypothèses ? Comment juger de la fécondité et de l’intérêt d’une métaphore lors d’une découverte scientifique ? Les métaphores sont elles éliminées du discours scientifique après la phase de découverte ? Il n’est pas simple de répondre à ces questions, mais il est indéniable que la métaphore occupe une place de choix dans les découvertes scientifiques. Dans ce qui suit, nous avons vu que la métaphore en tant que procédé de dénomination permet une mise en images de notions abstraites, donnant de ce fait une forme linguistique à des schémas conceptuels. La métaphore de spécialité devient alors acteur de la théorie, et sous cet angle nous pouvons émettre l’idée que métaphore et scientificité ne sont pas antinomiques. Nous pouvons aussi d’ores et déjà avancer que la métaphore assume une fonction de médiation à un double niveau : d’abord elle sert de moyen à la formulation d’une découverte scientifique et, ensuite, nous observerons plus en avant de notre étude qu’elle crée également une passerelle entre le spécialiste et le reste de la communauté permettant ainsi une meilleure compréhension du phénomène. Par ailleurs, nous ne pouvons pas nous dérober devant le constat que toute nouvelle réalité impose une nouvelle dénomination car ce qui n’est pas dénommé ne peut pas exister durablement. Nous nous sommes alors intéressée à la nomination catachrétique qui détient une capacité à exprimer l’indicible. Le spécialiste a recours à la nomination catachrétique pour répondre à des besoins terminologiques pressants où il va s’appuyer sur un programme de sens courant d’une unité lexicale de la langue courante. Très souvent un terme métaphorique est le seul moyen disponible pour dénommer certaines innovations scientifiques.

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Dans le cas de la cardiologie, nous nous sommes aperçue que certaines réalités ne peuvent être dénommées que par métaphore puisque aucun terme savant ne lui correspond. La dénomination métaphorique est donc ici première et vient combler une lacune. Ainsi, la métaphore est un procédé important d’enrichissement lexical car elle exerce une influence créatrice sur la science, sur notre langage et sur la façon dont nous pensons. Nous faisons donc ici un constat : la création lexicale fait appel à des procédés variés qu’il est possible de ramener à trois grands ensembles : d’une part, nous ne pouvons éviter d’évoquer la néologie morphologique et la néologie par emprunt. D’autre part, nous retrouvons la néologie sémantique où la métaphore ne crée pas de nouveaux mots, mais en déplace tout simplement le sens. Cela consiste en l’application d’un terme à un concept nouveau en fonction d’un lien analogique avec le concept d’origine. Nous avons examiné le rôle de la métaphore dans la pensée créative et le développement de nouvelles catégories dans le temps. En effet, la métaphore terminologique loin d’être morte, demeure une ressource dynamique et vivace de la créativité lexicale. Nous pensons qu’il est heureux que les langues de spécialité, à l’instar de la langue générale, fassent appel à l’outil métaphorique dans le renouvellement du lexique pour mieux habiller leurs concepts. La dimension diachronique sera au cœur de nos préoccupations car elle nous a autorisé à prendre conscience de l’origine de nos termes métaphoriques, du lien analogique qui a permis leur émergence dans le domaine de la cardiologie. L’étymologie permet de mieux sensibiliser à la dimension du sens, de rationaliser les acquisitions du vocabulaire et de faciliter l’accès aux domaines de spécialité. L’étude en diachronie aide à comprendre que le déploiement des termes dans de nouveaux contextes s’accompagne alors d’une transformation de leur concept. Nous avons observé également que la métaphore de spécialité possède une mémoire culturelle et historique, ce qui nous incite à penser que la métaphore terminologique introduit la dimension diachronique dans la langue de spécialité, alors que la terminologie a négligé les transferts dans le temps. La métaphore a une densité culturelle et historique puisque le nouveau vient s’y couler en réempruntant des chemins déjà balisés. Il est important alors d’étudier le passé d’un terme métaphorique, son parcours sémantique ou son évolution en diachronie. Cette nécessité s’impose en terminologie. La métaphore de spécialité sera également analysée dans un contexte herméneutique où nous lui avons attribué une fonction de substitution qui redécrit la réalité et dans ce cas nous sommes revenue à la vision traditionnelle de la métaphore qui serait une solution alternative ou une autre façon de dénommer une réalité qui existe déjà. Toutefois, rappelons qu’en langue de spécialité la métaphore ne peut se concevoir dans une simple fonction ornementale.

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Notre réflexion sur la métaphore terminologique nous a conduit également à réfléchir sur le rôle important qu’elle occupe dans un contexte de vulgarisation où le spécialiste a notamment recours à celle-ci comme moyen d’explication de concepts complexes vis-à-vis du grand public. En effet, ne peut-on pas remplacer le terme savant par une métaphore plus révélatrice dans certaines situations de communication ? Pourquoi ne parlerait-on pas plutôt de « aorte en bouclier » que de « pseudocoarctation de l’aorte » ? Dans un souci de vulgarisation, nous avons vérifié que le recours à la métaphore constitue une autre façon très efficace de concrétiser l’information et d’en faciliter la compréhension. Nous avons découvert comment la métaphore de spécialité peut « humaniser » la science et la rendre beaucoup plus accessible au néophyte. Toutefois, notons au passage que la métaphore terminologique est réservée dans l’esprit des spécialistes à la vulgarisation des connaissances, mais reste toujours considérée comme un outil scientifique. Envisagée dans cette perspective, on peut se demander pourquoi certaines métaphores restent stricto sensu limité aux spécialistes alors que d’autres sont très vite acquises par le grand public. Finalement, la métaphore terminologique s’inscrit en socioterminologie puisque nous avons vérifié l’existence de niveaux de langues de spécialité. Il nous a paru utile d’attirer l’attention sur les stratifications qui compartimentent la langue de la cardiologie. Le phénomène métaphorique témoigne clairement de l’importance des stratifications de la langue de spécialité qui fut longtemps considérée comme monolithique. En cardiologie, on pourrait dire de façon simplifiée, que des doublets de termes se détachent, l’un savant et l’autre métaphorique. En effet, le spécialiste n’est pas un individu isolé coupé du monde, mais appartient bien à une classe sociale, à une communauté linguistique d’où la présence de niveaux de langue qui permettent de nouer le dialogue avec un public profane. Dans le domaine de la cardiologie, nous avons constaté la présence de deux degrés de spécialisation : un niveau savant et un niveau métaphorique de semi-vulgarisation. On a affaire à des différences de registres avec des implications sociolinguistiques. Le deuxième chapitre expose aussi les potentialités et les limites de l’utilisation didactique de la métaphore terminologique. L’emploi didactique de la métaphore mérite d’être davantage exploré afin d’aider les étudiants à construire plus facilement la connaissance scientifique en partant de leur propre construction conceptuelle. S’agit-il de métaphores qui comportent un certain potentiel didactique ? Dans cette optique, la métaphore de spécialité permet de percevoir l’objet avec familiarité et évidence et, loin d’être un vecteur de confusion, elle est un véhicule de compréhension. L’intérêt des conceptualisations métaphoriques, dans un cadre didactique, apparaît quand elles rendent disponibles des réalités abstraites. Nous avons noté que la métaphore fournit des schémas conceptuels pour structurer le monde qui

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nous entoure ; elle élargit, pour ainsi dire, l’horizon théorique de l’étudiant. Il s’agit d’une métaphore explicative qui peut fonctionner comme une sonde facilitant la compréhension et l’éclaircissement. Ainsi, nous pensons que la métaphore terminologique a pour fonction d’expliquer, d’informer, de faciliter la pensée et d’étendre la compréhension du monde exprimé par la langue. La troisième partie de cet ouvrage aborde le problème de l’équivalence puisqu’il s’agit d’un travail de mise en rapport de termes bilingues. Pour les besoins de cette recherche, nous avons considéré le français comme langue de départ. Nous avons décidé de présenter une mise en regard de nos termes métaphoriques français suivis de leurs équivalents en portugais. Dans ce chapitre, nous nous sommes attachée à expliquer les différents rapports d’équivalence rencontrés dans le domaine d’application de la cardiologie. Une étude des types d’équivalences en fonction de la série CMF-CMPCMI nous a permis d’obtenir une meilleure lisibilité des problèmes concernant l’équivalence des termes de cardiologie entre le français et le portugais. Pour un meilleur entendement, nous avons fini par séparer les familles de séries. Nous précisons que l’on a appelé ici « famille » le groupe de séries qui englobe le même nombre de CMF. Enfin, nous avons noté que c’est au sein de la famille 2** que les différences entre CMF et CMP sont les plus nombreuses. (L’abréviation CM sous-entend « constituant métaphorique », P pour « portugais », F pour « français » et I pour « identiques »). Nous nous sommes inspirée du schéma introduit par Thoiron (1994) afin d’illustrer les situations qui apparaissent dans la mise en correspondance de nos équivalents dans une optique bilingue. Dans cette analyse se détachent deux cas de figure dans le processus d’équivalence : T1 = T2 pour C1 = C2 et T1 T2 pour C1 = C2. (Avec T pour « terme », C pour « concept » puis 1 et 2 pour « langue-source » et « langue cible » respectivement). Nous avons alors vérifié que l’acte de traduction ne pose pas de problème particulier lorsque T1 = T2 pour C1 = C2 ce qui n’est pas le cas lorsque T1 T2 pour C1 = C2. Nous avons traité plus particulièrement de ce dernier cas qui fait surgir des problèmes de traduction entre unités structurales. Nous nous sommes consacrée notamment au cas particulier des métaphores auditives où l’on a remarqué que les deux langues analysées n’opèrent pas la même structuration de la réalité référentielle, donnant lieu à des concepts spécifiques à chaque culture. Ainsi, la métaphore permet l’identification de déterminismes généraux expliquant la variété des manifestations observables des phénomènes. Nous nous sommes interrogée sur les avantages de la comparaison interlinguistique. En effet, est-ce que les approches comparatives sont utiles dans une situation d’apprentissage ? L’ouverture définitionnelle représente une ressource puissante dans la saisie langagière du monde, de l’individualité et de l’invention. Nous pouvons ainsi enrichir nos connaissances à travers le prisme d’une seule langue lorsque nous disposons d’un terme savant et d’un terme métaphorique ou de deux termes métaphoriques.

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