Norme(s) et identité(s) en rupture

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Cette livraison des Cahiers Internationaux de Sociolinguistique renvoie à une préoccupation centrale de la sociolinguistique urbaine : faire valoir les tensions, sinon les conflits, non seulement entre les différents groupes sociaux qui occupent et structurent l'espace dit urbain, mais encore la façon dont les individus tentent de concilier leurs habitus de tous ordres avec des contraintes et processus toujours situationnels. Les normes qui sont ici globalement questionnées relèvent des normes identitaires urbanisées et la rupture dont il est question rend compte de la complexité de reconfigurer un espace langagier de référence lorsque celui-ci est fragmenté par la mobilité.
Publié le : lundi 2 janvier 2012
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EAN13 : 9782296477728
Nombre de pages : 189
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NORMES ET IDENTITÉS EN RUPTURE
MIGRANCE, PLURILINGUISME ET SÉGRÉGATION DANS L’ESPACE URBAIN
CAHIERSINTERNATIONAUX DESOCIOLINGUISTIQUEDirigés par Philippe BLANCHET et Thierry BULOT Comité de rédaction(par ordre alphabétique)
Armstrong Nigel (Université de Leeds, Royaume-Uni), Bertucci Marie-Madeleine (Université Cergy-Pontoise, France), Blondeau Hélène (Université de Floride, Gainsville, USA), Boudreau Annette (Université de Moncton, Canada), Calvet Louis-Jean (Université de Provence, Aix, France), Erfurt Jurgen (Université de Frankfort sur le Main / Allemagne), Feussi Valentin (Université François Rabelais, Tours, France), Gadet Françoise (Université Paris X, France), Hambye Philippe (Université Catholique de Louvain, Belgique), Heller Monica (Université de Toronto, Canada), Huck Dominique (Université de Strasbourg, France), Jones Mari C. (Université de Cambridge, Royaume-Uni), Klaeger Sabine (Université de Bayreuth, Allemagne), Gudrun Ledegen (Université Rennes2-UEB, France), Lounici Assia (Université d’Alger, Algérie), Marcellesi Jean-Baptiste (Université de Rouen, France), Messaoudi Leila (Université de Kénitra, Maroc), Moussirou-Mouyama Auguste (Université de Libreville, Gabon), Pöll Bernhart (Université de Salzburg, Autriche), Rispail Marielle (Université Jean Monnet, St Etienne, France), Robillard Didier de (Université François Rabelais, Tours, France), Singy Pascal (Université de Lausanne, Suisse), Telmon Tullio (Université de Turin, Italie), Rada Tirvassen (Université de Maurice), Tsofack Jean-Benoît (Université de Dschang, Cameroun), Vicente Angeles (Université de Saragosse, Espagne). Ligne éditoriale Les CAHIERSINTERNATIONAUX DESOCIOLINGUISTIQUEont pour vocation première de rendre compte des recherches et réflexions en cours sur la pluralité linguistique, notamment – mais pas exclusivement – dans l’espace francophone (en y incluant le territoire français) et d’assurer, par la confrontation des modèles théoriques et des méthodes diverses dans le champ, la rencontre des différents courants constitutifs de la sociolinguistique contemporaine. Sans que cela soit exclusif, les travaux publiés doivent permettre de faire valoir la pertinence des approches qualitatives en sociolinguistique et de structurer la discipline en proposant systématiquement de questionner les théorisation(s), méthodologie(s) et cadre épistémologique de la recherche présentée et leur pertinence pour la connaissance des situations et phénomènes observé(e)s. La langue de diffusion privilégiée des CAHIERSINTERNATIONAUX DE SOCIOLINGUISTIQUEest le français (orthographe recommandée ou non), mais des textes dans les autres langues de diffusion scientifique sont effectivement attendus (sous réserve des compétences linguistiques des membres du comité de rédaction).
Les CAHIERSINTERNATIONAUX DESOCIOLINGUISTIQUE publient des numéros thématiques une à deux fois par an sous la responsabilité scientifique d’un-e ou plusieurs chercheur-es qui en assurent également le travail de coordination.
Les CAHIERSINTERNATIONAUX DESOCIOLINGUISTIQUEdes articles acceptent isolés relevant de la discipline qui paraissent dans la rubrique « Varia » ainsi que des comptes-rendus d’ouvrages et/ou de livraison de revue. Ces textes sont soumis au Comité de rédaction pour proposition de publication. Les CAHIERSINTERNATIONAUX DESOCIOLINGUISTIQUErenvoient pas les ne documents envoyés de manière isolée en cas de non-publication.
Sous la direction de THIERRYBULOT
Avec la collaboration d’Anne Morillon
NORMES ET IDENTITÉS EN RUPTURE
MIGRANCE, PLURILINGUISME ET SÉGRÉGATION DANS L’ESPACE URBAIN
Cahiers Internationaux de Sociolinguistique 2011 Maquette de couverture : Pierre du Guiny
L’Harmattan
Mis en page sous la responsabilité des Cahiers Internationaux de Sociolinguistique
© L’Harmattan, 2011 5-7, rue de l’École polytechnique, 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-56669-9 EAN : 9782296566699
INTRODUCTION1 NORMES ET IDENTITÉ ENRUPTURE
1 CONCEVOIR LA LÉGITIMATION DES ESPACES URBAINS:MIGRANCE ET MIGRATION2 Le thème de ce volume renvoie à une préoccupation centrale de la sociolinguistique urbaine : faire valoir les tensions, sinon les conflits, non seulement entre les différents groupes sociaux qui occupent et structurent l’espace dit urbain, mais encore la façon dont les individus tentent de concilier leurs habitus de tous ordres avec des contraintes et processus toujours situationnel(le)s (Agier, 1999). De fait, si les normes qui sont ici globalement questionnées relèvent des normes identitaires (Ledegen et Bulot, 2008 : 8), au sens où «elles sont à rapporter, à corréler à un faisceau d’attributs sociolinguistiques certes non consensuels mais cependant sans cesse réinvestis dans les discours des acteurs comme communs, voire communautaires; Bulot,», la rupture dont il est question (Martini, 1993 2008)rend compte de la complexité de reconfigurer un espace (dont langagier) de référence lorsque celui-ci est fragmenté par la mobilité ; que 1  Thierry Bulot, PREFIcs EA 3207 Université de Rennes 2, PRES Université Européenne de Bretagne, GIS Pluralités Linguistiques et Culturelles, thierry.bulot@univ-rennes2.fr2  Au terme de quatre années de réflexion, le PREFics (Plurilinguismes, Représentations, Expressions Francophones - information, communication, sociolinguistique -CREDILIF EA3207 / université de Rennes 2) a organise en 2008 une journée de bilan invitant des institutions et acteurs de terrains et des chercheurs du domaine à questionner les interrogations théoriques et méthodologiques (par exemple la documentarisation des recherches) qui ont structuré les travaux du programmePlurilinguisme et ségrégation dans l’espace urbain.La journée de recherche avait souhaité envisager, en proposant un espace de parole et de discussion à une diversité d’acteurs, de méthodes et de théories,les modalités d’une intervention transdisciplinaire destinée à lutter contre l’exclusion des minorités sociales (particulièrement les migrants) toutes les fois que le langage et les langues sont impliquées. Cinq contributions sont directement issues de cette journée (Valentin Feussi, Vincent Veschambre, Angélina Etiemble et Anne Morillon, Claire Lesacher, Jeanne Meyer) mais ont été reprises pour assurer la cohérence de cette livraison ; et trois autres ont été sollicitées sur des aspects spécifiques.
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Thierry Bulot
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celle-ci soit perçue ou vécue, elle demeure pour chacun de ses acteurs, pour chacun de celles et ceux qui la subissent, voire la choisissent, un enjeu identitaire essentiel. Dans ce contexte, il est clair que les migrants ont à tenter de concilier, de dénier, de (dé)construire a) les processus de (dé)légitimisation des espaces de la migration – la migrance – b) les situations toujours plurilingues mais plus encore marquées par la prégnance des langues diasporiques (Simonin, 2010) et sur les usages et sur les représentations sociolinguistiques et enfin c) les dynamiques ségrégatives, qui, pour autant qu’elles soient inhérentes aux sociétés urbaines dans la mesure de la spécialisation portée à l’extrême des zones, engagent les logiques discriminatoires dominantes et dominées.
En ce sens, cette livraison des Cahiers Internationaux de Sociolinguistique tente de mettre en regard (par entre autres les perspectives différenciées de la géographie sociale et de la sociologie) différentes 3 situations sociolinguistiques , toujours urbaines, où le rapport à la migrance ne relèvent pas systématiquement des conceptions dominantes et où la mobilité est perçue dans la complexité quasi-sociolangagière de ses effets. Elle tente de poser, de manière plus ou moins explicite au moins pour la part sociolinguistique du volume, quelques-unes unes des modalités possibles d’une intervention sociolinguistique, d’une approche résolument glottonomique des situations urbanisées. 2 CONTRIBUER À DÉFINIR LINTERVENTION SOCIOLINGUISTIQUE? La majorité des contributions porte sur la situation rennaise ; il s’agit en effet de rendre compte tout autant de la territorialisation des migrants dans le quartier du Blône (Angélina Etiemble et Anne Morillon) que des pratiques discriminantes à l’embauche pour un métier à contact constant avec la clientèle, dès que l’accent est perçu comme étranger (Jeanne Meyer) ; ou encore de l’analyse d’une action de marrainage entre femmes migrantes installées et femmes migrantes « entrantes » pour ce qu’elle montre que la discrimination n’est pas uniquement l’affaire des groupes a priori non discriminants (Claire Lesacher) ; et enfin du discours que tiennent sur elles-mêmes et leur mobilité des jeunes femmes chinoises (Anne-Cécile Gilbert). Face à ces situations sociolinguistiques spécifiques (Rennes et son agglomération porte une conception bienveillante du migrant que l’on accueille), les discours tenus sur le quartier Malakoff (Nantes) donnent à voir comment les quartiers d’habitats dits populaires (ceux qui sont quasi-3  Où la posture du/de la chercheur(e) et de ses méthodologies constituent également la situation.
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dédiés aux migrants dont le plurilinguisme ne constitue pas une valeur ajoutée et qui tendent à exister aussi à Rennes) sont catégorisés, conçus pour être des habitats finalement non pérennes (Vincent Veschambre) et dégagés de toute patrimonialisation (patrimonialisation qui existe bel et bien comme le montre le texte d’Angélina Etiemble et d’Anne Morillon d’ailleurs). 4 Rennes est aussi présentée comme une ville marquée par le bilinguisme où, pour le moins en discours et en identité, le français est en présence d’une autre langue, la langue régionale comme cela peut l’être en parie à Lausanne. On y perçoit que la législation linguistique (entre autres) faite aux étrangers, aux migrants, que la prise en compte ou non du plurilinguisme à des effets sur la légitimation des espaces et partant de celles et ceux qui l’occupent et peuvent/ savent en être dépositaires (Spomenka Alvir). C’est en partie le cas de Madrid (Diego Carrobles Muñoz) qui, parce que la ville se construit comme monolingue (en fait délaisse toute gestion active du plurilinguisme des migrants), laisse à voir une gestion glottopolitique libérale des ses espaces ; et l’on sait qu’une telle politique profite d’abord à ceux qui ont les moyens symboliques d’en profiter. La dernière situation sociolinguistique 5 n’est pas européenne : Douala est certes plurilingue (ce qui dans les discours culturellement hégémoniques ne peut que constituer un atout) mais est surtout traversée (via des processus de mobilités complexes) par des dynamiques ségrégatives (Valentin Feussi) pour partie héritée et pour partie constituée.
Continuer de présenter une à une les contributions n’a pas vraiment de sens, compte tenu de ce qui était initialement en projet (cf. note 2); certes on identifie des terrains très différents comme lesenfants de rueà Douala(Valentin Feussi) ou lesfemmes chinoises de Rennesil semble plus mais pertinent de rendre compte de ce qui les rassemble : toutes (sinon peut être celle de Diego Carrobles Muñoz qui est plus sur une approche constative spécifique auxLandscape Studies)sont sur une démarche de type « ethno- », ou ce qui prévaut ce sont certes les usages des locuteurs et locutrices, mais également une réflexion sur la position du/de la chercheur(e) par rapport à ses observables. Autrement dit, elles posent à des degrés divers les 6 impératifs méthodologiques d’une intervention sociolinguistique : l’obligation d’une contextualisation critique, la nécessité de la dimension
4 Au moins celui affiché sur les plaques de rue (voir Bulot, 2005). 5 Au seul sens géographique du terme. 6  Qui implique, en sociolinguistique urbaine, que l’on s’attache à penser à la durabilité des espaces urbains (Bulot, 2011).
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réflexive et ses conséquences méthodologiques tant pour l’analyse que pour les interprétations, la construction altéritaire des observables. Le volume est en cela aussi un appel à rompre avec les identités professionnelles héritées – un(e) sociolinguiste est d’abord un(e) chercheur(e) – et à construire, avec la société civile et les acteurs de terrain, ce qui doit devenir également un métier, une pratique de recherche transférée à l’intervention. 3 BIBLIOGRAPHIEAGIER M., 1999,L’invention de la ville, Editions des Archives contemporaines, Paris, 176 pages. BULOT T. et LEDEGEN G., 2008, « Langues et espaces (Normes identitaires et urbanisation) », dans Cahiers de Sociolinguistique (Nouvelle Série) 13, Presses Universitaires de Rennes, Rennes, 5-14. BULOT T., 2005, « Discours épilinguistique et discours topologique : une approche des rapports entre signalétique et confinement linguistique en sociolinguistique urbaine », dans Signalétiques et signalisations linguistiques et langagières des espaces de ville (configurations et enjeux sociolinguistiques), Revue de l'Université de Moncton Vol 36 / n°1, Université de Moncton, Moncton (Nouveau-Brunswick / Canada), 219-255. BULOT T., 2008, « Normes et identités en rupture: la fragmentation des espaces », dansMehrsprachigkeit in frankophonen RäumenMeidenbauer, Martin Verlag, München, 11-25. BULOT T., 2011, « Espaces urbanisés durables et/ou espaces vulnérables en situations plurilingues. Mesures et questionnements sociolinguistiques », dans Sociolinguistique urbaine - Identités et mise en mots, Martin Meidenbauer Verlag, München, 73-92. MARTINI F., 1993, « Des points de rupture dans les constructions identitaires, dans La Pensée 294-295, Institut de Recherches Marxistes, Paris, 161-170. SIMONIN J., 2010, « Diasporisations langagières : nouveau ( ?) défi sociolinguistique », dans Cahiers de Linguistique 36/1, EME et Intercommunications, Bruxelles et Fernelont, 15-38.
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