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Opérations Énonciatives et Problématique du Repérage

De
176 pages
La langue Ikwéré est parlée par un peuple du même nom qui vit dans l' Etat des Rivières au sud-est du Nigeria, en Afrique de l'ouest. Cette langue compte encore 200 000 locuteurs. L'Ikwéré présente une grande diversité de parlers tant sur le plan phonétique que lexical. Diversité d'un parler qui impose parfois un effort de la part des locuteurs afin qu'ils puissent comprendre ceux d'un autre.
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OPÉRATIONS ÉNONCIATIVES , , ET PROBLEMATIQUE DU REPERAGE

La collection I.angues
éditions L' Harmattan

d'Afrique

accueille aux

des thèses, mémoires et autres

ouvrages académiques consacrés à la sociolinguistique et à la description des langues d'Afrique de façon à les mettre à la portée du plus grand nombre possible de spécialistes et d'étudiants. Contact Marc Arabyan
Université Paris XII IUT de Fontainebleau Route forestière Burtault 77300 FONTAINEBLEAU

CI L'Harmattan,

1998

-

ISBN:

2-7384-4873-9

Langues
collection dirigée

Id'Afriquel

par

Marc

Arabyan

B

Sylvester Nhneanotnu Osu
, ,

OPERATIONS ENONCIATIVES , , ET PROBLEMATIQUE DU REPERAGE
Cinq particules verbales ikwéré

Préface de Jean-Jacques

Franckel

L'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique F -75005 PARIS- FRANCE

L'Harmattan Inc. 55. rue Saint-Jacques MomlŒAL (Qc) CANADA H2Y lK9

.

Préface

POUR UN LINGUISTE, se trouver associé, ne serait-ce que dans l'espace symbolique d'une préface, à la publication d'un ouvrage majeur sur une langue aussi peu décrite que l'ikwéré est source

d'une émotion particulière.
D'abord parce que c'est l'une des vocations en contribuant d'oubli, uneforme de son activité que d'insuffler, à leur reconnaissance, lier aux langues danger jamais

.

les plus stimulantes et

à leur connaissance voire de disparition. il existe. des langues un caractère

de vie aux langues, et en particuanimales, en de

les plus menacées

Comme dans le cas des espèces d'éradication, irrécupérable. gravité exceptionnel, Pour l'ikwéré, l'ouvrage tématique

et ce risque revêt toujours

car au-delà d'un certain seuil, tout devient à nous n'en sommes heureusement pas là, mais d'ur-

que l'on va lire n'en revêt pas moins un caractère l'étude
«

gence. C'est en effet le premier à aborder de façon tant soit peu sysde particules verbales
»,

qui jouent

un r{jlefonda-

mental dans l'architecture

de la grammaire

de cette langue. Il s'agit qui relèvent de

de particules
tionnement

transcatégorielles

ce qui signifie que leur fonc-

touche pour chacune

à des phénomènes

plusieurs des catégories grammaticales traditionnelles: temps, aspect, modalité, en particulier. C'est pourquoi l'on ne s'étonnera pas, alors fn£me qu'il s'agit d'un véritable pas retrouver les plans d'exploration travail de pionnier, de ne les plus usuels. Il et d'analyse

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OPÉRATIONS

ÉNONCIATIVES

ET PROBLÉMATIQUE

DU REPÉRAGE

ne s'agit pas en effet de plaquer sur les données un ordre de description préétabli, mais de partir de ces données pour établir ce que l'on pourrait appeler une théorie des observables. Les faits de langue pris en compte ne sont ici théorisés que dans la mesure où ils sont soumis au crible d'une analyse descriptive extrimement minutieuse, commentés au travers de contextualisations très précises. L'un des aspects les plus frappants de cet ouvrage réside sans nul doute dans la richesse des données, tant par leur abondance que par leur finesse. De fait, la lecture des exemples constitue aussi une façon fascinante de pénétrer dans de véritables tranches de vie. On est à l'antipode des phrases squelettiques qui souvent viennent ponctuer des règles trop hdtivement importées et transposées. On a affaire ici à des énoncés de chair, bien vivants, que le lecteur peut s'approprier de façon active et qu'il est pris d'envie d'interroger à

son tour.
Pour autant, le plaisir d'une lecture nécessairement ne se cantonne dotique. nullement à un intérit qui pourrait En effet, l'ouvrage dynamique anecà apparaître

réussit ce tour de force de constituer, et originales, une contribuChacu-

partir de données tion importante

tout àfait spécifiques

à une théorie générale de la détermination.

ne des particules étudiées correspond à des modes de construction des procès qui prennent en compte de façon diverse, mais régulière, la construction d'autres jusqu'au procès, ou la représentation selon des articulations contextuelle ment présente Ainsi l'outrès variables.

vrage montre également

de façon éclatante
susceptible

que c'est en allant
de dégager des réguétablis a priori. avec de humaine en une

bout de la spécificité

de chaque langue que peut se mettre

en place une théorie généralisable larités profondes multiples lectures,

qui ne relèvent pas d'universaux

On l'aura compris, cet ouvrage captivant guistes africanistes. et intellectuelle suite qui en développe

est compatible

et n'est en rien réservé à un petit cercle de linIl aspire le lecteur dans une aventure voir se prolonger toutes les promesses. Jean-Jacques Université Franckel Paris X

qu'il ne peut que souhaiter

Cartes

OPÉRATIONS

ÉNONCIATIVES

ET PROBLÉMATIQUE

DU REPÉRAGE

Carte 1.- Le Nigéria

OPÉRATIONS

ÉNONCIATIVES

ET PROBLÉMATIQUE

DU REPÉRAGE

Carte 2.- Les langues du Nigéria (d'après Roger Blench, 1993)
Nota: Rapportée au format du présent ouvrage, la complexité de la carte linguistique du Nigéria (dont la réalisation n'est pas encore tout à fait achevée J ne permet pas d'entrer dans le détail des centaines de parlers recensés. La wne nord-est est de type saharien (songhay) ; la zone nord (hausa) de type tchadien. Celle qui s'étend du kambari et du samba jusqu'au Golfe de Guinée est de type niger-congo, très majoritairement benue-congo. A l'ikwéré correspond la région deforme quasi triangulaire (ici indiquée en noir) qui s'étend au nord de Port Harcourt.

Quelques graphies lkwéré
ch gb gh h j lep y yo (ex. mtyoâ) It Q j '1 wh n + voyelle ex. rtwn~ nw~ ~vnQ àvO b}slÛ bi~

Notation APl
tJ gb Y x d3 kp j J1 e :J 1 u hw nasalité

}whnémé ihw~r~

6gwnù 6gwQ

6fn6 oed

Introduction
Wqchichl kà n4 ~kpûni nimù méném n1jnwn4 m'm' kè b4 àdna nwnç.
La poule dit qu'~ Cause de ses nombreux en/allIs, elle n'est même plus capable de 1'(!connattre safille aînée.

1. La langue lkwéré
La langue lkwéré est parlée par un peuple du même nom qui vit dans l'Etat des Rivières (Rivers State) au sud-est du Ntgéria, en Afrique de l'Ouest. Plus précisément dans une vaste t'ésion comprenant des villes telles que RQmùdl6gà, Élélé-Àl}mfnC à l'ouest, Qrmgwna et fgwUn1tà à l'est, en passant par Qgbilirl (d'où OOUII~mêmeommes s originaire), ~whùâ et Isi6k:p6, la principale ville lkwéré. Elle est également parlée dans la région d'QbCb ainsi qu'à Port-Harcourt, capitale de l'Etat des Rivières. C'est une langue igboïde, du groupe Benue-Congo, de la famille Niger-Congo. Selon les dernières estimations du Sununer Institute of Linguistics, elle compte environ 200 000 locuteurs [Crozier & Blench 1992]. L'lkwéré présente une grande diveI'sité de parlers tant sur le plan phonétique que lexical. Diversité qui impose parfois un effort de la

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OPÉRATIONS

ÉNONCIATIVES

ET PROBLÉMATIQUE

DU REPÉRAGB

part des locuteurs d'un parler arm qu'ils puissent comprendre ceux d'un autre. Il ne semble pas cependant que ces différences entravent la compréhension mutuelle. C'est pourquoi Kay Williamson [1980 : 13],les considérant tous comme les parlers d'une seule et même langue, les a regroupés en deux familles de dialectes: les dialectes du nord et les dialectes du sud. Notre travail porte essentiellement sur le parler d'QgMklrl, un dialecte du sud-ouest. Non seulement c'est notre langue maternelle, mais il appartient à un ensemble souvent considéré comme l'lkwéré standard [Williamson 1980: 13].

2. La langue ikwéré et l'écriture
Les locuteurs lkwéré ont longtemps cherché à doter leur langue d'une écriture. Citons par exemple le groupe de danse traditionnelle ~b6nî d'QgMklrl qui représente ses règles et ses jeux à l'aide d'idéogrammes que seuls ses membres savent écrire et lire. Les Eglises ont aussi participé à cet effort avec un certain nombre de travaux, adaptation de la messe, composition et traductions de chants depuis l'anglais. On a vu aussi des particuliers et des organismes écrire des contes et des recueils de proverbes, raconter l'histoire de ce peuple dans sa langue. Signalons enfin l'existence d'QgMkoQmilkwéré, association qui sous la direction d'Elechi Amadi et de S. A. Ekwulo travaille au développement et à la promotion de la langue. Elle a proposé une orthographe qui a été officialisée en 1975 (voyez infra page 25). Toutefois, l'lkwéré reste essentiellement une langue de tradition orale avec une production écrite très limitée.

3.Etat

des études sur la langue

Avant le début des années 1980,les seuls travaux connus sur la langue lkwéré sont ceux de Kay Williamson [1970; 1980] et de S. A. Ekwulo [1970; 1981] où il s'agit surtout de réunir des données sur les différents dialectes de façon à doter l'lkwéré d'une orthographe. C'est à partir de ces données que quelques rudiments de phonétique et de vocabulaire ont pu être proposés.

IN'TItODUCTION

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La création de la section de linguistique et de langues africaines de l'Université dePort-Harcourt a favorisé l'étude des langues de l'Etat des Rivières. Une bibliographie a pu se constituer. Mais ce mouvement reste limité car la grande majorité des travaux est constituée de mémoires rédigés en vue de l'obtention du grade de Bachelor of Arts. Certes, ces travaux décrivent des éléments dela langue mais cette description reste balbutiante: ni la phonologie, ni la lexicologie, ni la morphologie ne sont correctement documentées. Tout ou presque reste à faire.

4. Pourquoi choisir d'étudier

l'ikwéré?

Il n'est jamais facile d'étudier une langue peu connue, mal documentée, car « défricher le terrain» pose de gros problèmes de collecte et de vérification des données, de transcription, de segmentation des phrases en mots, de traduction... Malgré tous les risques que cela comportait, on a choisi de se lancer à l'a venture, c'est -à-dire dans la description de cette langue avec l'espoir d'obtenir des résultats intéressants. Ceci pour deux raisons. D'abord, parce que nous sommes locuteur natif de cette langue, ce qui facilite notre contribution scientifique, et en second lieu pour
travailler à sa connaissance

- et

à sa reconnaissance.

L'lkwéré

est

une langue importante à l'échelle régionale. Le gisement de pétrole découvert en 1958 à Alésa Eleme, à deux pas de Port-Harcourt, a incité beaucoup de gens, étrangers et nationaux, à venir s'installer dans la capitale de l'Etat des Rivières. Le besoin de communiquer dans leur langue avec les natifs étant souvent exprimé par les nouveau-venus, il nous a paru utile d'aider à faire qu'un jour, on puisse l'enseigner méthodiquement aux étrangers.

s. Vunité verbale en ikwéré
Le verbe en lkwéré doit comporter un radical verbal et un nominal complétif. Un autre complément peut parfois être introduit entre le radical et le nominal.

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OPÉRATIONS

ÉNONCIATIVES

ET PROBLÉMATIQUE

DU REPÉRAGE

Àmandf gbqrü Osa &kà nom propre! radical verbal! nom propre! nominal complétif (main) Âmand{ afrappé Ôsi. Ôsi est intercalé entre le radical gbQraet le nominal dkIJ. Ce type de structure verbale peut être source de confusion pour des lecteurs habitués ~ un seul élément. Nous parlerons d'«unité verbale» pour rappeler que le verbe llewéré est composé d'un radical et d'un complétif : voy. préfixe + racine verbale .c

.

radical verbal + complétif nominal ou verbal
.c

.

unité verbale complète Par exemple,

èri wari manger
se décompose comme ceci : è préfixe + ri racine + wf'r{ nominal. Autre exemple, àhn}ai fhnÎ
laver le corps

se décompose comme ceci :
à préfixe + hn}a racine + ~hni nominal complétif.

.

Précisons qu'il n'est pas possible d'avoir plusieurs préfixes pour une seule racine. Ainsi, *àvnu ôsnî, *àhnjâ ~hnî, *àr{w{r{ne sont pas acceptables.

* Les exemples sont notés en trois lignes sur le modèle suivant:

ovnu OsnÎ
o préfixe + vnu racine + 6sni nominal voler un objet

transcription
analyse traduction

INTRODUCTION

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Le nonùnal complétif semble jouer deux rôles: compléter l'unité verbale et préciser son contenu sémantique. Par exemple les racines verbales àgbd et àgâ ne renvoient à aucun contenu sémantique - et
ne sont donc pas acceptables seules

- sauf

si l'objet

désigné

par le

nominal absent est sous-entendu comme c'est le cas (entre autres) dans une réponse à une question. On peut combiner àgbd avec des nominaux comme (t(J(course), ce qui donne «courir»; nlwhùrù (barbe), ce qui donne «pousser la barbe» et rihn~ (chose), ce qui donne «écrire ». On peut combiner àgâ avec (znè (marche), ce qui donne «marcher» ; qchi (pied), ce qui donne «marcher (aller) à pied». Deux types de nominaux peuvent se combiner avec une racine verbale: soit un nominal désignant l'objet-type, générique, du procès, soit un nonùnal désignant un objet spécifique. C'est ainsi que la racine verbale èr{ peut se combiner soit avec w{r{ (nourriture) soit avec çkinimà (plantain) : èr{ w(r( peut être employé pour toute sorte de nourriture mais pas èr{ çkinimà qui désigne un aliment précis. On peut également employer l'élément rihn~ (chose) pour d'signer l'objet hypergénériquedu procès. Au lieu de èr{w{r{, on aura èr{

rih~. 6. Les particules verbales
Nombreuses sont en lkwéré les particules qui peuvent s'accoler à la racine de l'unité verbale. Certaines apparaissent en position préfixale et d'autres en suffixale, parmi lesquelles une catégorie accepte d'être suivie d'une autre particul~ verbale et une catégorie ne l'admet pas. Enfin, une autre catégorie de particules tantôt assument le rôle du verbe, tantôt se grammaticalisent pour ne fonctionner que comme particules. Ainsi okwo (relatif à «fmir»), légèrement modifié morphologiquement, peut-elle s'accoler en position de suffixe à la racine de nombreux verbes qui admettent d'autres particules suffixales. Une racine verbale peut admettre plusieurs particules dans différentes positions - préfixale, pré-préfixale, suffixale, sur-suffixale -, ce qu'illustre le tableau de la page 18.