Parlons Afar

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On se souvient que l'appellation coloniale de la République de Djibouti a été Territoire des Afars et des Issas. Cependant, les Afar habitent trois pays de la Corne de l'Afrique : Djibouti, l'Ethiopie et l'Erythrée. Cet ouvrage vous permettra de faire connaissance avec le peuple afar, de vous initier à sa langue, d'apprendre à vous exprimer dans des situations quotidiennes simples et de connaître les aspects les plus originaux de sa culture. On y trouve un lexique de 1000 mots dans le sens Afar / Français et 500 dans le sens Français / Afar
Publié le : mercredi 1 septembre 2004
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EAN13 : 9782296367609
Nombre de pages : 211
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PARLONS AFAR

Parlons.. .
Collection dirigée par Michel Malherbe

Déjà parus
Parlons mooré, Bernard ZONGO, 2004. Parlons soso, Aboubacar TOURÉ, 2004. Parlons koumyk, Saodat DONIYOROV A, 2004 Parlons kirghiz, Rémy DOR, 2004. Parlons luxembourgeois, François SCHANEN, 2004. Parlons ossète, Lora ARYS-DJANAÏEV A, 2004. Parlons letton, Justyna et Daniel PETIT, 2004. Parlons cebuano, Marina POTTIER-QUIROLGICO, 2004. Parlons môn, Emmanuel GUILLON, 2003. Parlons chichewa,Pascal KISHINDO, Allan LIPENGA, 2003. Parlons lingala, Edouard ETSIO, 2003. Parlons singhalais, Jiinadasa LIY ANARA TAE, 2003. Parlons Purepecha, Claudine CHAMOREAU, 2003. Parlons Mandinka, Man Lafi DRAMÉ, 2003 Parlons Capverdien, Nicolas QUINT, 2003 Parlons navajo, Marie-Claude FELTES-STRIGLER, 2002. Parlons sénoufo, Jacques RONGIER, 2002. Parlons russe (deuxième édition, revue, corrigée et augmentée), Michel CHICOUENE et Serguei SAKHNO, 2002. Parlons turc, Dominique HALBOUT et Ganen GÜZEY, 2002. Parlons schwytzertütsch, Dominique STICH, 2002. Parlons turkmène, Philippe-Schemerka BLACHER, 2002. Parlons avikam, Jacques RONGIERS, 2002. Parlons norvégien, Clémence GUILLOT et Sven STORELV, 2002. Parlons karakalpak, Saodat DONNOROV A, 2002. Parlons poular, Anne LEROY et Alpha Oumar Kona BALDE, 2002. Parlons arabe tunisien, M. QUITOUT, 2002. Parlons polonais, K. SIATKOWSKA-CALLEBAT, 2002. Parlons espéranto (deuxième édition, revue et corrigée), J. JOGUIN, 2002. Parlons bambara, I. MAIGA, 2001. Parlons arabe marocain, M.QUITOUT, 2001. Parlons bamoun, E. MATATEYOU, 2001.

Mohamed Hassan Kamil

PARLONS AFAR
Langue et Culture

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris France

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Degli Artisti 15 10214 Torino ITALIE

Mise en page: Omar Saïd Bileh

@ L'Harmattan, 2004 ISBN: 2-7475-6824-5 EAN : 9782747568241

Préface
L'afar, une de trois langues nationales de la république de Djibouti, écri t depuis plus de trois décennies, est parlé dans la région de la corne de l' Arnque et plus précisément en Ethiopie, en Erythrée et à Dj ibouti. D'origine couchitique, elle n'est pas encore enseignée dans le système éducatif djiboutien. Cependant des outils pédagogiques, élaborés par des associations (et je ne peux m'empêcher de citer l'U.D.C, pionnière des associations djiboutiennes) existent. Par la même occasion la mission de la Mer Rouge a constitué autour de cette langue une banque des données non négligeable. Depuis sa mise en place, l'Institut des Langues de Djibouti s'attelle, lui aussi, à la promotion des langues nationales. Et c'est dans ce cadre que ce nouveau manuel d'initiation de l'afar se situe. Mohamed Hassan Kami!, spécialiste de cette langue au sein de l'ILD a mené cette recherche dont le résultat est aujourd'hui cet ouvrage d'apprentissage ou d'auto-apprentissage de l'afar. La connaissance de la grammaire et l'application des exemples proposés jouerons un rôle important dans la maîtrise première de cette langue et surtout de son utilisation dans des conversations courantes. Utiliser ce support sous l'aile d'un enseignant nous semble important. Ainsi notre approche pédagogique permettra à l'apprenant de mieux saisir la compréhension et l'expression de l'afar. Cette ouverture vers une langue comme celle-ci invite son locuteur francophone d'embrasser aussi une culture riche en accueil et en partage. Culture où l'homme et l'environnement vivent de pair, sans difficulté. Nous espérons que cette tentative d'enseignement de l'afar permettra aux apprenants francophones désireux de découvrir un pays, un peuple et une culture d'y parvenir plus facilement. Notre ambition demeure cependant d'aller encore plus loin et de multiplier les ponts entre les peuples et les cultures. Et Parlons afar devient une des premières étapes de cette ambition. Qui n'est qu'une étape. Idris Youssouf ELMI Directeur de l'Institut des Langues du CERD

Avant-propos
Cet ouvrage n'a pas de savantes prétentions. Il permet d'acquérir des connaissances de base de la langue afarl et comporte quatre parti es: La première partie introductive présente brièvement l'histoire de la nation afar, l'évolution et la modernisation de la langue. La seconde partie s'attelle à la grammaire. Tous les éléments indispensables à la construction de la phrase ainsi que les chaînes d'accords et les conjugaisons sont suffisamment détaillées.
La troisième partie présente les éléments de la conversation courante

sur des thèmes choisis. Dans cette partie, sous la forme la plus simple.possible, les francophones qui comptent séjourner en pays afar apprendront les mots et les phrases qui répondent à leurs besoins pratiques et quotidiens. Ces éléments leur permettront de mieux comprendre celui qui parle l'afar et de mieux se faire comprendre. Ainsi ils pourront facilement établir des liens plus profonds car c'est la langue qui unit les gens. La partie suivante est consacrée à la culture afar. On connaît un peuple quand on connaît sa culture car elle reflète les modes de vie, les sentiments, les aspirations, en un mot la personnalité d'un peuple. En effet, elle est un moyen de compréhension mutuelle et de respect réciproque. Ici, nous avons regroupé certaines traditions et organisations sociales et politiques spécifiques aux Afars comme l'oracle (ginnili), le pacte d'amitié (qalla), l'institution fiqmâ etc. qui permettront aux lecteurs de mieux comprendre la société afar.

Pour faciliter la compréhension de la structure syntaxique de la langue, nous avons procédé à la traduction « mot à mot» entre les crochets.
Tel est -l'outil d'auto-apprentissage qui aidera les lecteurs à triompher des difficultés, à maîtriser la langue et à connaître la culture afar.

I Dans plusieurs ouvrages traitant la langue afar, le tenne «afar» eela est à vérifier.

ne s'accorde pas en genre. Cependant

Remerciements
Nous tenons à exprimer notre gratitude au Docteur Marie-Claude Simeone-Senelle, chargée de recherches au CNRS et membre du conseil scientifique de l'Institut des Langues de Djibouti pour son active participation à l'élaboration de cet ouvrage. Nous associons également à ce modeste hommage Chehem Mohamed Warta, Idris Youssouf Elmi et Abdourahman Barkat God pour leurs conseils judicieux.

Pays

afar

~

ETHOP1E

LEG8.JOE

8

VilLES

-

PRINCIPALES LIMITES

DU PAYS AFAR

ROUTES

~OOI,

50

100

200 km

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Le peuple afar et son histoire
Dans l'espace triangulaire appelé «Triangle afar» dont les sommets sont Massawa au nord, Aouache au sud et Djibouti à l'est, vit le peuple'afar, appelé adal par les chroniques éthiopiennes, nom qui dérive du sultanat d'Adal qui a existé jusqu'au 16èmesiècle, et dénommé aussi Danakil par les Arabes. Il s'agit d'une extension par les Arabes du nom de la tribu Dankali habitant la presqu'île de Bori, pratiquant la pêche aux perles, spécialisée dans la navigation et qui visitait la rive asiatique de la mer Rouge depuis les temps les plus reculés. Si géographiquement l'espace afar est un ensemble continu et unique, politiquement, cette nation est partagée entre trois États: la République de Djibouti, la République fédérale d'Éthiopie et l'État d'Érythrée. Mais cette division n'a pas altéré sa profonde identité historique et culturelle. Cet espace est un lieu chargé d 'histoire. Des gravures rupestres et tout un outillage paléolithique ont été découverts, attestant ainsi que le pays afar a été peuplé depuis l'époque la plus reculée. C'est surtout dans le domaine paléontologique que le pays afar est le plus attrayant. La ruée dans cette région de paléontologues mondialement connus en est la preuve. Ainsi, en 1974, dans la vallée du lTIoyenAouache, a été découverte la forme la plus ancienne de l' Australopithecus Afarensis appelée Lucy. C'est un squelette féminin vieux de 3,5 millions d'années. Les dents appartenant au plus vieil hominidé âgé de 4,4 millions d'années, Ardipithecus ramidus; ardi signifiant sol et ramid, racine en langue afar, a été découvert en 1992, en Éthiopie, dans le cours de l'Aouache. En juillet 2001, a été découvert aussi à 80 km de là, un hominidé vieux de 4 à 5 millions d'années dénommé le Ramidis Kadappa2 (grand-père en afar).

2

La revue Nature du 10 juillet 2001 et le Monde du 13 juillet 200 I

Quant à la période historique, les documents que l'on peut tirer de l'antiquité sont importants. Les Afars, comme d'autres peuples
afro-asiatiques, ont beaucoup en commun avec les anciens Egyptiens.

En effet l'empire de Memphis aurait connu cette région sous le nom de Pount ou Pwanit. Vers 1511 avant Jésus-Christ, un oracle intima l'ordre à la reine égyptienne Hat Shep Set de nouer des liens avec Pount, terre des dieux, le nom sous lequel la Corne de l'Afrique était connue par les Egyptiens. Elle y envoya sa flotte et les récits de cette expédition furent gravés sur le bas-relief du temple thébain de Dar-el-Bahari. «On y voit, outre la faune et la flore, l 'habitat (des maisons sur pilotis pour se protéger des crues de rivière) mais surtout le prince Parehou ''flanqué'' de sa femme Ali, rerrzarquable par sa stéatopygie»3. L'auteur a vu dans le nom Parehou une similitude avec le nom de la tribu afar Barih6, cultivatrice et habitant des maisons sur pilotis à l'époque des grandes crues dans l' Awsa. Il se déclare persuadé que le prince Parehou aurait pu être l'ancêtre éponyme de cette tribu. Depuis les anciens Egyptiens, cette terre a été visitée par de nombreux voyageurs, géographes et explorateurs de nombreux pays. Ainsi vers 1214, le géographe arabe Ibn Said cite les Dankals, une fraction dankali du peuple afar qui vivait sur la côte jusqu'à Souakin près de l'actuel Port-Soudan. Cette observation est encore attestée aujourd'hui par le fait que les Soudanais nomment huttes dankali le type d'habitat spécifique à la zone de Souakin. Avant l'arrivée des Français et des Italiens, cette contrée a connu la présence de trois États étrangers: «- D'abord le Portugal pendant 44 ans, de 1513 à 1557, installé à Dahlak avec une domination sur nos côtes. Les Portugais ont même détruit Zeyla par bombardement naval en 1517. - Ensuite est venue la Turquie (l'empire ottoman). Lesforees armées turques ont détruit la marine portugaise sur la mer Rouge en 1557. Élles ont étendu ensuite leur domination pendant 309 ans, de 1557 à 1866. - Après les Turcs, ce fut le tour de l'Égypte qui est restée 18 ans, de 1866 à 1884 »4, faisant de Tadjourah, de Baylul et de Bori leurs villes de garnison. Des affrontements se multiplièrent entre

3 Reconstitution historique du Peuple ajàr. mémoire de Cassim Ahmed Oini 4 «La colonisation française: le pêché originel» in Réalité n° 10, 2002

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les garnisons égyptiennes et les Afars. Le dernier combat eut lieu à Ouddoummi près d'Afalnbo. Du côté égyptien, l'expédition était dirigée par Werner Munzinger, ancien gouverneur de Massawa, mercenaire d'origine autrichienne. En outre, au 19ème siècle, à l'époque où la conquête coloniale battait son plein, partout sur le continent africain et dans la sous-région, les Afars ont été contactés aussi par les Français et les Italiens très intéressés par la position géographique de leur pays. Plusieurs traités ont été signés entre ces puissances coloniales et les Dardars (sultans) afars. Ainsi, le Il mars 1862, a été paraphé à Paris le traité entre le ministre des Affaires étrangères de Napoléon III, M. Touvenel, et le sultan de Rahaïto, Dini. Le droit de mouillage fut accordé aux Français dans la rade d'Obock. En février 1884, le comte Léonce Lagarde de Rouffeyroux fut nommé Commandant de la colonie d'Obock, ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire auprès du roi Ménélik d'Éthiopie. Il arriva à Obock en août 1884. Il se dirigea vers le sud du pays. Le 9 août 1884, il signa le traité d'amitié avec le sultan de Gobaad, M. Houmed Laoïta. Quant aux Italiens, ils se sont adressés au chef afar Mohamed Isse Garad pour s'installer dans l'archipel de Dahlak. L'émissaire de l'empire d'Italie, Pietro Antonelli signa le traité d'amitié et de commerce avec « le sultan d'Awsa, Mahammad Hanfaré Aydahis dit Illalta, le 15 mars 1886 à Addalegub »5, au nord-est de l'Awsa. Mais les conflits entre les Afars et les puissances coloniales se sont intensifiés dès lors que ces dernières ont outrepassé les droits qui leur avaient été accordés. Ainsi, le premier conflit éclata entre les Français et le sultan de Rahaïto au terme du traité du Il mars 1862, car dans ce traité, en version française, s'est glissée une interprétation erronée. <<Les documents tronquent son nom (le sultan). Il s'appelle en vérité Dini Mohamed Bourhan et non Dini Ahmed, son soi-disant representant»6, dit Ahmed Dini7 , évoquant la mauvaise foi de la version française
5

Dr. Hashim
des Afars

Djamal-Addin
fi tarikh

et Cheikh
wa akhbar

Djamal-Addin
AI-' Afar),

Ibrahim,
1997,

Sources historiques
740 p.

et légendaires

(Almanhal

Egypte,

6

7

Ali Coubba,
Premier

Ahmed Dini et la politique à Djibouti, Harmattan, Paris, 1998, page 25

m1l11stre (1977)

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de ce traité. En plus, la cession des rades, ports et mouillages en simple location fut présentée comme étant une cession en toute propriété. Le sultan opposa un démenti formel. Léonce Lagarde arrêta le fils et le petit-fils du sultan signataire de ce traité: Houmed Dini Mohamed et Dini Bourhan Dini. Illes fit prisonniers et décida de les déporter vers Marseille. Mais ces deux déportés sautèrent par-dessus bord du navire qui les emmenait dans le détroit de Bab el-Mandeb et regagnèrent la terre ferme à la nage à hauteur de Doumeira, près de Rahayto. Pour régler le litige entre le gouvernement ftançais qui revendiquait la possession du territoire suite à un soi-disant achat et le sultan qui réfutait cette thèse, les négociations se sont déroulées 22 ans après la signature de ce traité, en 1884. La réunion s'est tenue entre Jules Ferry, ministre ftançais des Affaires Etrangères et Minabéria, ministre plénipotentiaire et ambassadeur d'Italie à Paris, qui représentait le sultanat de Rahaïto, devenu entre temps un protectorat de l'Italie. La thèse de la France fut démentie. A ce sujet, Ahmed Dini déclare «le sultan de Rahayta ou tout autre sultan ne pourrait inventer pour les Français ou les Italiens ce qui n'existe pas dans la tradition juridique afar: la cession de la propriété du territoire. Elle est collective, inaliénable, ni cessible, ni saisissable. Dans toute I 'histoire afar, i( n y a pas un seul exemple où une terre a changé de propriétaire suite à une vente» 8. De son côté, le sultan de Gobaad, Houmed Laoïta a adressé une lettre le 9 juillet 1890 au ministre italien des Affaires extérieures dans laquelle il écrivit en substance <<Je 'ai ni vendu ni cédé les n terres qui sont sous ma juridiction et sous mon contrôle et sur lesquelles tous les Danakil (Afars) ont droit.» En septembre 1887, I'hostilité du sultan de Rahayto à la présence ftançaise obligea Léonce Lagarde de fonder dans un lieu désertique la ville de Dj ibouti devenue le siège de l'administration coloniale et la base des opérations pour soumettre le reste du pays. C'est alors que l'occupation militaire du territoire afar commença. La population civile subit très tôt les exactions de cette armée d'occupation. Les Français déportèrent certains chefs afars. En

8

Ibid. page 27

18

1928, ils procédèrent à l'occupation 1930, Hadji Ali et Laoïta, tous les furent déportés sur l'île de Sainte pour y purger une peine de réclusion Laoïta Houmed y mourut.

de Dikhil et de Gobaad. En deux fils de Houmed Laoïta Marie, près de Madagascar, de sept ans (de 1931 à 1938).

La même année, les Français occupèrent Tadjourah, arrêtèrent le vizir Habib et le déportèrent aussi sur l'île de Sainte Marie pour y purger une peine de réclusion de sept ans (1929 à 1936). Ils commirent des exactions contre les nomades. Au début des années 1940, à Weima, au nord de Tadjourah, des membres de la tribu afar appelée Garraqta, voulant immobiliser un groupe de méharistes sous le commandement du capitaine Culet qui réprimait les nomades, coupèrent les jarrets des dromadaires. Les membres de cette tribu furent arrêtés et emprisonnés. Ils furent libérés grâce à la médiation d'Aden Lagaq, le notable venu de la région de Daddato. Pendant la seconde guerre mondiale, le territoire fut soumis au blocus. La milice terrorisait les nomades et s'emparait de leur bétail. Les nomades excédés par les exactions, s'organisèrent pour pouvoir défendre leurs biens. En 1942, le sergent Thiébaud dirigea une attaque dans le mont Goda pour s'emparer d'un troupeau de bœufs. La tribu Kabbooba se révolta et le sergent Thiébaud trouva la mort dans ce combat. A la suite de quoi, les Kabbooba furent réprimés et certains furent déportés vers Madagascar. En 1889, il Y eut aussi une petite et courte présence russe dans cette contrée. L'expédition Atchinoff à bord de l'Amphitrite, entra dans le Golfe de Tadjourah dans la nuit du 16 et 17 janvier 1889 et s'installa au fort Sagallou (village côtier situé à 25 km de Tadjourah) abondonné par les Egyptiens. Comme les vivres commencèrent à manquer, les membres de l'expédition russe entreprirent «une razzia dans les montagnes sur les troupeaux des Danakils.»9 Le débarquement d'Atchinoff à Sagallou soulevèrent une vive émotion à Paris. L'Amiral Olry, commandant la division navale du levant, fut envoyé à Obock. Le 16 février 1889, le Seignelay et le Primauget mouillaient sur rade d'Obock. Le même jour, ils arrivaient
«devant Tadjourah où un officier fut dépêché à terre pour parlementer

avec Atchinoff.»lo Mais ce dernier refusa la discussion. La division navale française ouvrit le feu et après quelques coups de canon,
9 «Une tentative d'implantation russe en Côte Française des Somalis en 1889: L'affaire Sagallo» par le Capitaine de vaisseau Henri Labrousse, in Pount n02, 1969 10 Ibid. page 27

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Atchinoff et ses hommes furent arrêtés et embarqués «à bord des navires français pour être conduits à Obock en attendant leur rapatriement» Il . De leur côté, les Italiens, une fois installés à Assab en 1869, tentèrent d'occuper le sultanat de Biru situé à 160 kilomètres au nord d'Assab12. Les affrontements entre les forces italiennes et le sultanat de Biru se multiplièrent. Le premier combat eut lieu en 1881, près du lac Afdera. L'expédition italienne était conduite par Giulietti, du côté du sultanat, le combat était dirigé par Outban Ahaw, le frère de l'Amoy ta (sultan) de l'époque qui s'appelait Haïssama Ahaw. Le chef de l'expédition italienne fut tué dans ce combat. Les Italiens baptisèrent le lac Afdera lac Giulietti en son honneur. Enfin, pendant 49 ans, les Afars du sultanat de Biru ont mené les opérations de guérilla contre les colonisateurs. Mais en 1930, les Italiens qui possédaient des armes plus meurtrières que celles des Afars, parvinrent à atteindre Girrifo, le siège du sultanat, arrêtèrent l'Amoyta, Yassin Haïssama et le tuèrent dans la région de Wadde située à 120 km au nord d'Assab. Ainsi, ils procédèrent à l'occupation militaire du sultanat de Biru, pourchassant certains habitants et en déportant d'autres. Le conflit entre les Italiens basés à Assab et le sultanat de Rahaïto éclata lorsque les autorités italiennes décidèrent de lever une taxe sur le cheptel. Elles aITêtèrent et déportèrent les notables récalcitrants. Les affrontements durèrent jusqu'en 1917, date à laquelle les colonisateurs ont été forcés de se replier à Assab. Partout, les autochtones livrèrent une guerre d'usure contre les colonisateurs qui dura jusqu'au milieu du 20èmesiècle. Afin d'adopter une position commune vis-à-vis de la colonisation italienne, les afars se réunirent à Daymoli (près d' Assab) le 8 octobre 1890. Pendant cette guerre contre les Italiens, le sultanat de Rahaïto reçut d~ nombreux renforts, spécialement du sultanat de Gobaad. Bref, cette occupation a spolié les Afars de leur indépendance politique, du COlI11nerce séculaire qu'ils faisaient avec les Arabes et elle mit fin à leur souveraineté.

Il Ibid. 12 La colonisation italienne: de 1985 à 1991.

entretien avec Mohamed

Ahmed Chehem,

ancien gouverneur

d'Assab

20

La situation linguistique de l'afar
Sur la côte orientale de l'Afrique, le long de la rive africaine de la Mer Rouge, on rencontre des langues qui se rattachent à un groupe linguistique appelé couchitique auquel appartiennent entre autres l'afar, le somali et l'oromo. L'afar est une des langues nationales à Djibouti, en Éthiopie et en Érythrée. Les locuteurs afars sont en présence d'amharophones (langue administrative en Éthiopie) et d' orolTIophones à l'ouest, dans la ville de Bate, à l'est avec les somalophones, dans la ville de Dj ibouti et au nord avec des locuteurs tigré, dans la ville de Massawa. Au nord-ouest, l' afar est en contact avec Ie saho qui est proche de l' afar tant sur le plan syntaxique que lexical. L'afar partage avec ces langues un important vocabulaire commun. Citons quelques exemples afars et somalis: Afar bad haasawa gar kuum warar magaalâ qabar af roob xa or Somali bad haasaawe gar kun weerar magaalo abaar af roob xo or Si nification mer discussion droit mille attaque ville sécheresse langue pluie oils, laines

L'afar est enseigné dans les écoles primaires dans l'État régional afar, en Éthiopie et dans toute la région afar en Érythrée. Dans ce dernier pays, chaque langue nationale est langue d'enseignement dans le primaire, où elle est maternelle. La langue afar est donc enseignée dans toute la région au sud de Massawa, entre Irafalé et la frontière avec Djibouti, en alphabet latin mais l'orthographe est différente de celle utilisée à Djibouti et en Éthiopie.

13 Selon l'orthographe

somali

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