Parlons arménien

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Cet ouvrage vous permettra de découvrir ou redécouvrir l'Arménie, sa culture, à travers sa langue et son alphabet, qui au cours des siècles devint avec le christianisme un rempart puissant face à l'envahisseur aux carrefours entre l'Orient et l'Occident. L'Arménien n'a pas connu de ramifications et conserve, sans doute, les structures linguistiques les plus proches possibles et imaginables avec la protolangue indo-européenne.
Publié le : mardi 1 janvier 2008
Lecture(s) : 405
EAN13 : 9782296186743
Nombre de pages : 341
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PARLONS ARMÉNIEN
Langue et culture

Pour

nlon frère Edouard Mouradian

@ L'Harmattan,

2007

5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris
http://\vww.librairieharmattan. com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-04534..7 EAN: 9782296045347

Elisabeth Mouradian Venturini & Michel Malherbe

PARLONS ARMÉNIEN
Langue et culture

L'HARMATTAN

Nos remerciements à
Eric Van Lauwe, Emmanuelle Moysan, Julie Lecomte, Annen Shemavonian et Serge Venturini

Avant-propos
La formation de la langue arménienne sur les bases de la protolangue indo-européenne remonte pratiquement au Ille millénaire avoJ.-C. L'arménien fait partie de la famille des langues indo-européennes et en même temps sauvegarde des traces de civilisations du passé lointain et proche. D'après les études étymologiques le vocabulaire de l'arménien moderne compte plus de Il 000 racines dont la moitié serait étymologiquement encore incertaines ou indéfinies (notamment les études réalisées par le grand linguiste, étymologiste arménien Hratchia Atcharian). L'arménien a vécu « oralement» jusqu'au Ve siècle, à l'élaboration de l'alphabet arménien. L'arménien oriental et l'arménien occidental forment les deux variantes d'arménien moderne. L'arménien oriental est la langue officielle de la République d'Arménie et du Haut Karabakh. On le parle en dehors de l'Arménie, dans les communautés arméniennes d'Iran et des ex-républiques soviétiques. La variante occidentale est en usage dans les communautés de l'Europe occidentale, du Proche-Orient, en Amérique.. . L'arménien a été comme l'aimant pour ses enfants pendant les périodes d'infortunes et d'exil faisant rejaillir amour et chagrin au travers de ses chansons connues pour leur tristesse universelle. Pour autant l'Arménien aime faire la fête, partager « son bout de pain» avec autrui et apprécie à sa juste valeur l'amitié sincère. Les liens d'amitié avec la France remontent au XIIe siècle quand les croisés venaient à l'aide des Arméniens du royaume de Cilicie... Aujourd'hui, plus que jamais la France doit prendre sa place d'ami et de partenaire en Arménie. Le manuel est composé de trois parties principales: langue, con1munication, société et culture, ainsi que du lexique françaisarménien, arménien-français. Il peut accompagner un voyageur durant son séjour en Arménie, être utile à des étudiants qui préparent, par exemple, le bac d'arménien ou tout simplement à des personnes qui aiment découvrir des civilisations à travers langues et cultures.

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Aperçu historique
Les sources historiques concordent avec les dires populaires et légendaires pour attribuer la naissance du peuple arménien à la rencontre des populations européennes de la branche thracophrygienne (déplacées au YIIe siècle avo J-C. vers l'Anatolie, qui participent à l'effondrement de l'empire hittite) et des autochtones du royaume d'Ourartou (au début du IXe siècle avoJ.-C.). L'Arménie fut citée bien avant cette époque dans différentes inscriptions cunéiformes, trouvées en Arménie, ainsi que dans les pays voisins. Le nom armani apparaît pour la première fois dans les inscriptions laissées par le roi akkadien de Mésopotamie, Naram-Souèn, autour de 2270-2230 avoJ.-C. où il se vante de ses exploits et ses victoires pendant ses campagnes sur les pays voisins. De ces inscriptions on apprend également que le roi Sargon-son, son grand-père, a mené des guerres contre l' Armani, c'est-à-dire l'Arménie. Les Hourrites étaient les voisins proches des Arméniens. Au lIe millénaire avo J.-C., ils avaient fondé en Anatolie le plus puissant empire de l'Asie mineure. Les Hourrites s'approprient l'écriture cunéiforme léguée par les Sumériens, que les Akkadiens utilisaient, à leur tour, pour ériger des inscriptions. Dans ces inscriptions qui datent entre le Xye et le XIIIe siècle avo J.-C., l'Arménie est nommée Hayasa qui signifie les Haïs. Les Hourrites étaient les seuls à nommer les Arméniens comme les Arméniens se nomment tandis que les Assyriens appelaient l'Arménie Naïri. C'est dans les inscriptions de l'époque assyrienne qu'apparaît pour la première fois le nom du royaume d'Ourartou. Par exemple, une inscription de l'an 680 avoJ.-C, sous le règne du roi assyrien Assarhaddon YIII, raconte la traîtrise de ses deux frères Adramélech et Sarasar contre leur père Sennacherib, qui se sauvent au royaume d'Ourartou (la Bible, Isaïe, 37,38). D'ailleurs, l'épopée arménienne David de Sassoun commence avec l'arrivée de deux frères, Sanasar et Bardasar, en Arménie (Raphaël
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patmouthyoun hayots L 'histoire de l'Arménie illustrée, I volume, pages 26 - 40). Le mot Arn1énie apparaît la première fois dans l'inscription trilingue de Béhistoun de 521 av. J .-C. : « .. .Parle le roi Darius ,.

un Perse au nom Vaoumisa - nlon serviteur, j'envoyai en Arnlénie ... ». Dans la version akkadienne, l'Arménie est appelée Ourachtou, tandis que les textes en iranien et en élamite mentionnent Arnlina. Le royaume d'Ourartou (Ararat) est considéré comme le berceau de la civilisation arménienne, et la ville de Van (Touchpa), la première capitale de l'Arménie. L'unification des tribus peuplant le haut plateau arménien a probablement eu lieu au milieu du Ille millénaire avoJ.-C. Selon les inscriptions cunéiformes (plus de 500 sur le territoire de l'Arménie), on situe le premier royaume arménien aux alentours du lac Van. Les rois de Yan commençaient les inscriptions par des louanges adressés à leur dieu Hald ou Khald (Haïk en arménien qui serait également l'ancêtre de tous les Arméniens selon l'historien arménien du ye siècle Moïse de Khorène), par exemple, dans une inscription du VIlle siècle avoJ.C. trouvée pendant les fouilles près de Erevan, la douzième et actuelle capitale de l'Arménie, on apprend que Arguichti I (Ara I, 786-764 avo J.-C. ), roi puissant et unificateur, élargit ses frontières: « Arguichti (Ara /), le fils de Ménoua, sous l'ordre de Hald (Haïk) dit ceci: «J'ai construit la ville Erébouni (Erevan) au nonl de la puissance du royaume de Touchpa (Van), pour réprimer la région désobéissante». La ville forteresse Erébouni a été construite en 782 avoJ .-C. Le royaume d'Ourartou est détruit par les Mèdes en 590 avo J.-C. Les Ourartiens se réfugient dans les montagnes, et les ancêtres des proto-arméniens franchissent l'Euphrate pour s'installer dans les vallées du plateau. Les vainqueurs thracophrygiens, minoritaires, imposent cependant leur langue aux Ourartiens. Vers 522-519 avo J.-C. l'Arménie devient une des vingt satrapies (régions administratives) de l'empire de Darius I. Le roi de la Perse y nomme un Oronte comme satrape. Les Arméniens adoptent la civilisation iranienne et le culte mazdéen, tout en gardant leurs divinités et croyances: le bois sacré (unu~ sossi) - platane dont le bruissement prédisait l'avenir, le Soleil (Ur1liLArév), la Lune (lnLu~G Lousin), etc. L'Arménie tout au long de son histoire connaîtra des périodes d'invasions, de guerres et de pertes d'indépendance.

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Mais chaque fois elle se ressaisit pour gagner son autonomie, voire son indépendance. Les conquêtes d'Alexandre le Grand (334) affaiblissent énormément la Perse. Les descendants du satrape Oronte II (361331) s'émancipent des Séleucides et fondent un royaume d'Arménie ayant comme capitale la ville de Ervandachat (entre les fleuves Araxe et Akhourian) qui durera jusqu'en 188 avo J.-C. En revanche la ville d'Armavir demeurera la capitale religieuse de 212 jusqu'en 188 avoJ.-C. La défaite de la Perse face aux Romains favorise l'arrivée au pouvoir d'un satrape de la famille royale Artaxias (Artachès) en 189 av. J.-C. Il tue Oronte IV et se proclame roi d'Arménie avec l'appui de Rome qui reconnaît sa souveraineté. Il construit sa capitale Artachat. Il règne sur l'Arménie de 188 jusqu'en 161 av. J.-C. Le fils d'Artavazd I (161-123 avo J.-C.) - Tigrane le Grand (95-55 avo J.-C.), achetant sa propre libération du roi parthe Mithridate II, fonde la grande Arménie: du Caucase à la Palestine et de la Méditerranée jusqu'à la Caspienne. Il obtient le titre de Roi des rois. Il fait bâtir au centre géographique de son empire sa capitale Tigranacerte, près du lac Van. L'historien et géographe grec Strabon (58 avoJ.C. - 25 apr. J.-C.) écrit d'ailleurs concernant l'Arménie: « un pays, une langue ». Mais le déclin du royaume de Tigrane commence après sa mort, et la dynastie s'éteint en l'an 12 après J.-C. L'Arménie devient à nouveau le théâtre de partage entre les Parthes et les Romains. On parlera de l'Arménie Majeure à l'est et de l'Arménie Mineure à l'ouest. En l'an 66 à Rome l'empereur Néron couronne Tiridate I (dynastie arsacide parthe) roi d'Arménie. Cette dynastie régnera jusqu'en 428, une période riche en évènements historiques pour la stabilisation et le renforcement de l'identité nationale: en 3 14, sous le règne du roi Tiridate IV, l'Arménie adopte le christianisme comme religion d'Etat, en s'opposant clairement à ceux qui se faisaient maîtres sur le territoire arménien, et en 405 le moine Mesrop Machtots élabore l'alphabet arménien après avoir étudié les écritures déjà en usage. Evidemment, l'Arménie attire sur elle les foudres de colère de ses voisins. En 387, elle est partagée entre les deux royaumes: à l'est « Persarménie » et à l'ouest, après la mort du roi Archak III 9

(379-390), l'Arménie occidentale devient une province byzantine. La Perse mène une politique d'assimilation et impose la conversion au mazdéisme. Le 2 juin 451, les Arméniens livrent la bataille d'Avaraïr (plaine d'Ararat) contre l'armée perse puissante. Ils ne la perdent pas, mais les Perses ne gagnent pas non plus et de plus ils diminuent les persécutions. Les relations avec l'Empire byzantin deviennent compliquées à cause des divergences nées sur la reconnaissance de la nature monophysite du Christ (le concile d'Ephèse en 431). En 536, l'empereur Justinien impose la doctrine de Chalcédoine (451), selon laquelle le Christ a deux natures: humaine et divine. Les Arméniens ayant été absents, rejettent cette doctrine en 553, et le chef spirituel revendique le titre de catholicos - chef suprême d'une Eglise nationale et indépendante. Au VIle siècle l'Arménie tombe sous la domination arabe. Mais grâce à la politique menée par certains princes arméniens, le pays connaît une période de paix relative qui permet l'épanouissement significatif des arts et des lettres. Le joug arabe est très difficile à supporter, en particulier les impôts qui ne cessent d'augmenter. Le mécontentement populaire et l'affaiblissement des califats permettent au prince bagratide Achot II, nommé Erkath (913 - 928), avec l'aide des Byzantins, de se faire reconnaître Roi des rois et de rétablir le royaume.

Le massacre des nobles à Nakhidjévan
Le joug arabe (à partir du VIle siècle) est insupportable. Les Arméniens se révoltent à plusieurs reprises, mais sans résultats. En 703, les nakharars (grande noblesse) décident de quitter l'Arménie pour aller vers l'Empire byzantin afin de trouver des solutions. Mais l'armée arabe les arrête. Les Arméniens livrent une bataille et écrasent l'armée arabe. Alors, le khalifat décide de se débarrasser des nobles arméniens. Le gouverneur arabe Kasim de Nakhidjévan reçoit l'ordre de réunir par ruse les nakharars pour « distribuer leur salaire» et de les massacrer. Les nakharars s'y rendent. Les Arabes les désarment et les brûlent en les enfermant dans les églises des villes de Nakhidjévan et de Khram. Cet évènement est considéré dans l'histoire du pays comme la décapitation de la noblesse arménienne. 10

En 964, le roi Achot III fonde la ville d'Ani, ville aux quarante portes et aux 1001 Eglises, le joyau de l'architecture arménienne. Tiraillés entre la domination arabe et les attaques des Byzantins, certains princes prennent des décisions fatidiques qui signent la fin du règne des Bagratouni et l'exil de toute la dynastie pour la Cappadoce, en 1045. L'Arménie, vidée de sa noblesse et affaiblie terriblement, ne peut résister face aux Turcs seldjoukides qui s'emparent d'Ani en 1064. En 1098, le prince Rouben (1076-1095) jette les bases d'un nouveau royaume en Cilicie. Les croisés apportent leur soutien aux princes arméniens. Léon I se fait décerner le titre de roi par le Pape et l'empereur romano germanique. Le royaume arménien de Cilicie est le début de l'amitié franco-arménienne. La langue arménienne fait des emprunts au français dans les domaines administratif, social ou encore commercial. La guerre de Cent ans (1337-1453) met fin aux croisades. L'arrivée des Mongols (1236) et leur conversion à l'islam (1295), les attaques des mamlouks d'Egypte (1260) portent le déclin et la fin du royaume arménien de Cilicie. Le dernier roi Léon VI de Lusignan (1363-1375), d'abord en captivité au Caire, puis accueilli à la Cour de France, meurt à Paris en 1393. A partir du XVIe siècle l'Arménie devient l'arène de guerres et d'invasions entre les Safavides, tribus turcomanes chiites d'Azerbaïdjan en Perse, et les Ottomans, turcomanes sunnites qui ont conquis les empires mamelouk et byzantin. Les flux migratoires des Arméniens prennent de l'ampleur vers les pays européens entre 1512 et 1639. En 1639, les deux rivaux divisent le pays en deux parties; le fleuve Araxe devient par le traité de Qasri-Chirin la ligne frontalière entre les deux puissances. Elles mènent à nouveau une politique de déportation pour vider les territoires arméniens de leurs populations ancestrales. Ainsi, entre 1585 et 1590, les Ottomans déplacent près de 60 000 habitants d'Erivan et de Nakhidjévan. En 1604, le Chah Abbas déporte 20.000 Arméniens de Djoulfa vers l'Iran dans le but de les convertir à l'islam et de faire travailler les terres. A peine 4 000 survivants arrivent à Ispahan et fondent la communauté arménienne d'Iran. Ils gardent leur identité nationale et conservent leur religion.

Il

Dans cette période funeste pour le pays, il y eut quelques points de lumière, comme la détermination et l'unité de cinq méliks arméniens (princes, rois) de Artsakh, aujourd'hui le HautKarabakh, qui conservèrent leurs domaines et leur statut de prince autonome. Après avoir éliminé les élites laïques et avoir redistribué les terres, en 1540, le sultan ottoman crée le patriarcat arménien de Constantinople, et le patriarche devient le responsable devant le sultan de tout ce qui touche aux Arméniens de l'Empire ottoman: enseignement, culte, impôts, etc. Déracinés et jetés sur les routes du commerce entre l'Orient et l'Occident, les Arméniens deviennent des marchands puissants et détiennent des moyens financiers importants. Au XIXe siècle certains parmi eux (les amiras, élites urbaines) deviennent les premiers entrepreneurs de la Turquie ottomane. En 1827, le général russe Paskevitch s'empare d'Erivan. Selon les accords du traité de Türkmençay de 1828, la Perse cède l'Arménie orientale à la Russie tsariste. Une partie du pays historique, sauvée des massacres périodiques, se construit sous la domination russe malgré toutes les contraintes du régime tsariste. En revanche, le destin de l'Arménie occidentale reste catastrophique. Les sultans organisent périodiquement des massacres comme si les Arméniens chrétiens étaient responsables directs des échecs essuyés par l'Empire face aux chrétiens du monde... Entre 1894 et 1896, sous l'ordre du Sultan Abdhülhamid II, 300.000 Arméniens sont massacrés. Mais le pire était à venir avec des « progressistes». En 1908, les Jeunes Turcs arrivent au pouvoir annonçant l'union nationale et le progrès. En 1914, l'entrée de la Turquie en guerre à côté de l'Allemagne fait de ses sujets d'origine arménienne des traîtres potentiels car l'Arménie orientale faisait partie de la Russie, membre de l'Entente (Russie, Angleterre et Etats-Unis). En réalité, le comité «Union et Progrès» voulait arriver à son but final, c'est-à-dire réussir la turquisation de tout le territoire de l'Empire et le pantouranisme : l'alliance des peuples turcs qui engloberait le territoire des Balkans jusqu'en Asie centrale. Le génocide des Arméniens débute en février 1915 avec la démobilisation des soldats d'origine arménienne et puis par leur exécution. Le 24 avril 1915 l'élite arménienne de Constantinople 12

est déportée et massacrée. Puis sous le nez des représentants étrangers, le gouvernement turc organise ouvertement des massacres et des déportations planifiés vers le désert de la Syrie. Plus de 1.500.000 Arméniens périssent pendant ces déportations et seulement une petite partie survit. Entre 1919-1920, la cour martiale à Istanbul ouvre le procès contre les dirigeants du Comité Union et Progrès en condamnant Taalat, Djemal et Enver à la peine de mort par contumace. Mais cette parodie de procès perd sa force juridique par l'amnistie proclamée en 1923 par Kémal pacha qui, d'ailleurs, en profitant de l'inefficacité des Etats-Unis dans l'établissement du protectorat en Arménie (les Etats-Unis cèdent leurs droits à la jeune République d'Arménie qui très vite devient la proie facile du pouvoir bolchevik), obtient des modifications des termes du traité de Sèvres (10 août 1920). Après la chute de la République indépendante de l'Arménie et la soviétisation du pays (le 2 décembre 1920), le traité de Kars (en 1921) met fin aux espérances des Arméniens d'avoir un pays indépendant. Le 21 septembre 1991, l'Arménie proclame son indépendance. La même année la Turquie reconnaît la République d'Arménie tout en maintenant le blocus économique et en niant le premier génocide du XXe siècle. Aujourd'hui, la République d'Arménie fait partie des organisations et des instances internationales. Elle coopère avec l'Union européenne et participe aux divers programmes internationaux de paix et de coopération. L'unique problème épineux est le conflit d'Artsakh, alias Haut-Karabakh dont la population réclame unanimement son autodétermination. Un territoire où les Arméniens ont toujours vécu mais à cause de la «politique nationale» de Staline a été attaché à l'Azerbaïdjan. D'ailleurs, c'est le cas de la république autonome de Nakhidjévan. Cette république autonome, vidée de ses populations arméniennes, ne peut aucunement se prononcer. ..

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L'Arménie à la période soviétique
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Hayastani sovétakan soc'ialistakan hanrapétout'youn La République socialiste soviétique d'Arn1énie La révolution d'octobre de 1917 en Russie établit le pouvoir soviétique sur le territoire russe. Pour Lénine la lutte finale c'était le triomphe du système communiste dans tous les pays du monde:
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Prolétamer bolor yérkméri, miac'éq! Prolétaires de tous les pays, unissez-vous! Il voulait, d'abord, étendre le pouvoir soviétique sur les territoires de l'Empire tsariste. L'Arménie orientale en faisait partie. L'insurrection en mai 1920 met fin à l'existence de l'État indépendant d'Arménie, fondé en 1918. Le 29 novembre 1920 l'Arménie est proclamée République socialiste soviétique. En 1922, la constitution est adoptée suite au 1er Congrès des Soviets d'Arménie, et l'Arménie entre «de son plein gré» dans la composition de l'U.R.S.S. L'organe supérieur du pouvoir de la république était le Soviet suprême de la RSS d' Arménie (l..UUl..-~ ~lApWq.nL1G IunpfinLprJ. HSSH-i Géragouyn Khorhourd) composé d'une chambre pour une législature de cinq ans. Il élisait le Présidium du Soviet suprême dont le Président nommait le Conseil des Ministres et la Cour suprême. Les organes locaux du pouvoir en Arménie, ainsi que dans les autres républiques de l'Union soviétique, étaient les Soviets des députés du peuple: région, ville, village. Le Conseil des Ministres était l'organe exécutif et administratif suprême. Le Comité central du Parti communiste dirigeait l'unique parti dans la république. Des comités sectoriels existaient dans tout établissement: usine, école, université, institution, organisation... Les Arméniens, éparpillés dans le monde, revenaient périodiquement en Arménie soviétique. La vague de rapatriement la plus importante fut celle de 1946 quand des dizaines de milliers d'Arméniens de la diaspora (Europe, Proche-Orient, Amériques) ayant compris le message envoyé par des représentants religieux, politiques et de la culture du pays sont rentrés pour sauvegarder et reconstruire le pays affamé et démographiquement réduit.

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Les années de terreur de stalinisme mettent définitivement fin aux espérances des Arméniens qui croyaient aux lendemains heureux soviétiques. Malgré les difficultés et la restriction des libertés fondamentales (religion, quitter le pays, expression, former un parti politique, homosexualité, etc.) l'Arménie faisait des progrès dans tous les domaines (industries, agriculture, instruction, culture, etc.) pour compter parmi les républiques soviétiques développées. L'arménien était la langue officielle de la RSS d'Arménie. Cependant, la politique linguistique de l'URSS visait la russification de toutes les républiques. L'enseignement de la langue russe était obligatoire dans les écoles dites nationales, et par ailleurs les écoles russes attiraient les parents qui voulaient un meilleur avenir pour leurs enfants. Les réformes sur les langues, notamment sur l'orthographe, lancées en 1922 et 1940, allaient dans ce sens. Le nombre de mots russes dans le vocabulaire arménien était considérable. Or, l'arménien avait tout à fait le vocabulaire nécessaire pour la formation de nouveaux mots afin d'exprimer les idées et les idéologies soviétiques. Mais à la fin des années 1970, la tendance se renversa. Le Comité de la terminologie pouvait travailler librement en faisant appel au vocabulaire de l'anTIénien pour des remplacements des mots russes en usage ou pour des néologismes. L'Arménie d'aujourd'hui La République d' Arménie (~WIWUIJ1Wa~ ~w(jJ1wl1IlilJ1nLf&lnLa Hayastani Hanrapétout'youn) a une superficie de 29 800 km2 et compte 3 788 000 habitants. Elle a des frontières avec la Géorgie et la Turquie au nord-ouest, à l'est avec l'Azerbaïdjan et au sud avec l'Iran. Sur le plan démographique l'Arménie est très homogène: 97% de la population sont des Arméniens, 0,70/0des Kurdes yézidis, 0,50/0 des Russes et 1,8% restant d'autres origines. La population urbaine comprend quasiment les deux tiers de la population et un tiers la population rurale. L'espérance de vie est de 73 ans. La capitale bJ1bLWG Erevan est la douzième de 1'histoire du pays. Elle est située au pied du mont biblique Ararat, à 1000 mètres d'altitude. Au début du XXe siècle c'était un bourg de 25.000 habitants. Aujourd'hui, c'est une ville plus d'un million d'habitants. Les autres grandes 16

villes sont '1-1nuJpr Gumri (ex-Léninakan) et '-lwGwanp Vanadzor (ex-Kirovakan). Le fiwl~w~wG fJ.pwll dram arménien est la monnaie du pays depuis 1993. L'Arménie commerce avec des pays étrangers notamment avec la Russie, la Belgique, les Etats-Unis, l'Iran... Depuis quelques années elle a augmenté le volume des exportations ce qui indique le dynamisme de la reprise économique du pays.

L'Arménie en chiffres
Superficie 29 800 km2 Population 3 788 000 habitants Densité 111 hab. / km2 Taux d'accroissement Villes principales: Erevan (capitale) 1 000 000 habitants Gumri (ex-Leninakan) 147 000 habitants Vanadzor (ex-Kirovakan) 125 000 habitants PIB 6 405 m USD (2006) PIB / hab. 2 000 USD (2006) l, 261 mId USD (2006) Dette extérieure: Ressources Vignes, fruits, tabac, élevage, tourisme, cuivre, zinc, plomb Industries BTP, nouvelles technologies de l'Information, agroalimentaire, industrie des minéraux UE, Russie, Iran, Allemagne, Principaux partenaires: Belgique, ... Exportations: 1 004 IDUSD (2006) Monnaie 363,50 AMD = 1 USD (2006) Taux de chômage officiel: 8,7 % (2006)
Sources: FMI, BM, OSCE, BRED, BCA...

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Le génocide et ses conséquences en quelques dates 1894-1896 Le dernier sultan de l'Empire ottoman Abdulhamid II (1876-1909) organise des massacres dans les provinces arméniennes qui font environ 300.000 victimes panni les populations civiles. 1908 La révolution donne des espoirs aux représentants des minorités opprimées: une révision de leur statut. La communauté arménienne participe à ce renouveau donnant crédit aux promesses des Jeunes Turcs. Avril 1909 Nouveaux massacres en Cilicie: 30.000 morts. 1er septembre 1914 La Première Guerre mondiale éclate. L'espace arménien est divisé entre deux coalitions ennemies; d'un côté l'Arménie orientale rattachée à la Russie tsariste, l'alliée de l'Angleterre et de la France (Entente), et de l'autre l'Arménie occidentale en Turquie qui est alliée de l'Allemagne et de l'Autriche-Hongrie. Février 1915 Le génocide débute; les soldats arméniens mobilisés sont affectés aux bataillons de travail et par la suite sont exécutés au sein même de l'armée. Les officiers et les gradés de l'armée subissent le même sort. Avril 1915-juillet 1916 Pendant la Première Guerre mondiale, sous le gouvernement des Jeunes Turcs, la population arménienne de l'Empire ottoman fut physiquement détruite, environ 1 000 000. Les populations arméniennes étaient considérées comme les ennemis de la Turquie, russophiles et séparatistes, à l'intérieur ou à l'extérieur du pays. Selon l'organisation nationaliste des Jeunes Turcs et leur mouvement « Comité Union et Progrès », fondé en 1889, les Arméniens (des autochtones avec d'autres minorités: Kurdes, Grecs, Yézidis, Assyriens...) entravaient la réalisation de la politique de turquisation du territoire de l'ancien Empire ottoman. L'idéologie nationaliste, raciste et pantouranisme envisageait l'union des peuples turcophones : des Balkans jusqu'à l'Asie centrale. Ils organisent « la solution finale» de la question arménienne. Le plan est préparé et sa mise en place fonctionne: d'abord, l'élimination prévue au sein de l'armée ottomane des Arméniens capables de protéger les populations, deuxièmement, l'élimination de l'élite des grandes villes, notamment à Istanbul, puis 19

l'expulsion et la déportation des populations des villes et des villages vers les déserts de Syrie et d'Irak dans des camps de concentration. Tout cela évidemment avec des exactions barbares: viols, tortures, mutilations, enlèvements d'enfants pour les turquiser avec un avenir de petits esclaves. Le génocide touche les populations historiques des 6 vilayets (provinces) de l'Est: Erzeroum, Van, Bitlis, Diarbékir, Sivas, Trébizonde, ainsi que la Cilicie au sud et d'autres régions où il existait des communautés arméniennes. Encore aujourd'hui la Turquie qui pousse la porte de l'Union européenne, réfute tous témoignages et récits: missionnaires, journalistes, diplomates, rescapés, des documents, des télégrammes interministériels qui prouvent incontestablement l'organisation planifiée et intentionnelle des massacres des Arméniens. Par ailleurs, les archives de l'époque restent étonnamment inaccessibles aux historiens turcs et étrangers. 24 avril 1915 La première rafle des élites de la capitale ottomane Istanbul. Les notables et les intellectuels, plus de 2.000 hommes, sont arrêtés et déportés en Anatolie pour y être assassinés. Entre 1919 et 1920 Le début du procès martial à Istanbul avec l'acte d'accusation contre quelques principaux dirigeants du Comité Union et Progrès: « déportations conçues et décidées par le Comité central de I '!ttihad et de l'extermination de tout un peuple constituant une comn1unauté distincte ». 19 juillet 1919 Les ministres Enver (de la guerre), Djemal (de la marine) et Taalat (de l'intérieur) seront condamnés à mort par contumace étant «men1bres d'une association secrète coupable de conspiration ». 28 mai 1918 Naissance de l'Etat arménien sur la partie russe du pays englobant les six provinces ottomanes de I' Est. 10 août 1920 Les articles 226, 228 et 230 du Traité de Sèvres stipulent la désignation d'un Tribunal par les Alliés pour juger les responsables des massacres. Ce traité confirme la protection de l'Etat arménien sous la défense présidée par les Etats-Unis et qui reconnaît les territoires historiquement arméniens faisant partie de cet Etat. La France voulait créer un État sous le protectorat français en Cilicie mais le 20 octobre 1921 les 20

kémalistes chassent les Français de la Cilicie et massacrent les Arméniens. 22 novembre 1920 La situation chaotique au Caucase, suite aux progressions des bolcheviks, décourage le Congrès américain qui décide de laisser la gérance à la jeune République d'Arménie. 15 mars 1921 Taalat est assassiné à Berlin par un jeune Arménien, Soromon Tehlirian qui avait vu périr toute sa famille lors du génocide. Il sera acquitté: «non coupable d'avoir tué ». 13 octobre 1921 Dans le cadre de traité de Kars l'Arménie soviétisée sera obligée de signer le retour aux frontières de 1878. 1923 Mustafa Kemal proclame l'amnistie, et les documents à charge sont détruits ou enfouis dans les archives inaccessibles. 24 avril 1965 A Erevan quelques intellectuels et des étudiants manifestent pour la reconnaissance du génocide de 1915. 1967 La construction du mémorial aux victimes du génocide de 1915 à Erevan, Tsitsérnakaberd. Moscou avait donné sa permission. 1975-1985 L'ASALA l'Armée secrète arménienne de libération de l'Arménie, fondée en 1975 au Liban, lance des actes terroristes envers des représentants et des intérêts turcs. Le plus marquant de ces actes est l'attentat contre le comptoir Turkish Airlines à l'aéroport d'Orly: 8 morts et 55 blessés. La reconnaissance du génocide arménien revient devant les institutions internationales et nationales. Dès 1982 La chambre des représentants de Chypre reconnaît le génocide de 1915 le 29 avril 1982. D'autres pays comme la Suède en 2000, la France, par la loi du 29 janvier 2001, l'Argentine, les Pays-Bas, la Slovaquie, le Canada en 2004, le Conseil national de Suisse en 2003, la Pologne, la Douma de la Fédération de Russie en 2005, les instances internationales, comme le Tribunal des peuples le 16 avril 1984, le Conseil européen le 24 avril 1998, le Vatican le 27 septembre 2001, etc. 18 juin 1987 Le Parlement européen reconnaît le génocide arménien en stipulant que les massacres perpétrés durant 21

1915 par le Gouvernement turc constituent un génocide et que le refus de reconnaître ces actes crée des obstacles pour l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne. 28 septembre 2005 Le Parlement européen appelle la Turquie à reconnaître le génocide des Arméniens, considérant «cet acte con1me un préalable à l'adhésion à l'Union
européenne ».

12 octobre 2006 L'Assemblée nationale française adopte en première lecture une proposition de loi qui punit très sévèrement la négation du génocide arménien. Le Sénat doit examiner ce texte avant d'entrer en vigueur.

N'oublions pas de rendre hommage aux « Justes» turcs qui, pendant le génocide, ont su rester Hommes en sauvant des Arméniens souvent au péril de leur propre vie et d'exprimer notre estime à des intellectuels turcs qui en Turquie ou à l'étranger, agissent pour que la justice et la vérité triomphent: Orhan Pamuk, Ahmet Insel, Ali Ertem, Fatma Goçek... La grandeur d'une nation, avant tout est dans sa capacité de reconnaître ses propres erreurs, même si cela parfois est incroyablement dur à accepter: la conscience collective apaisée fait progresser un pays.

Artsakh ou Haut-Karabakh Selon les sources historiques arméniennes et étrangères, les deux régions, Outik et Artsakh, formaient les frontières de l'espace arménien dès l'époque du royaume d'Ourartou (IXe-VIe avo J.-C.). Ces régions ont connu le même sort que les autres régions d'Arménie. A partir du XVIe siècle le pays devient une scène pour des guerres de pouvoir entre la Perse, à l'est du pays, et l'Empire ottoman, à l'ouest. Cinq familles de lignage princier forment une coalition « les 5 MéIikats », gardent leur indépendance vis-à-vis de la Perse qui donne à la province le nom Karabakh (jardin noir), et plus tard, les Russes ajoutent l'épithète nagorni montagneux. En 1918, en Transcaucasie se créent trois républiques indépendantes, Arménie, Géorgie et Azerbaïdjan, avec des discordes territoriales sur les provinces de Karabakh, Nakhidjévan, 22

Zanghézour, Akhalkalak, etc. Les Arméniens de Karabakh forment une Assemblée nationale qui mène des négociations (pratiquement la même chose qu'aujourd'hui). Mais les nationalistes expansionnistes azéris lancent des attaques contre cette région « rebelle» (plus de 90% de la population est arménienne). La Société des Nations déclare que le statut du HautKarabakh est «à débattre». La Russie bolchevique envahit la Transcaucasie. Les problèmes nationaux sont étouffés par la création des «régions et républiques autonomes ». En effet, ce n'était qu'une façon de retarder leur traitement. La politique nationale de la Russie bolchevique devait se guider selon les principes «d'autodétermination des peuples» de Lénine, mais Staline en décide autrement. Les provinces de Nakhidjévan et de Karabakh, peuplées par des Arméniens, sont attachées à l'Azerbaïdjan selon le bon vouloir de Staline et de sa politique nationale cynique. Durant toutes les décennies de la soviétisation (1945, 1966, 1977) les dirigeants de la région présentaient périodiquement des lettres, des requêtes au Bureau politique du Parti afin de revoir le statut de la région et de reconsidérer la décision anticonstitutionnelle prise par Staline. En 1986 Gorbatchev, le secrétaire général du Bureau politique du Parti communiste de l'URSS, lance la perestroïka. La glasnost délie les langues et donne l'espoir à certaines régions, étiquetées « autonomes », de revoir leur statut. A la fin de 1987, en URSS, on commence à parler des problèmes écologiques, nationaux, sociaux, etc. La population arménienne de Karabakh parle ouvertement des discriminations quotidiennes de la part des Azéris. Depuis des décennies les Arméniens supportent des injustices sur le plan social, économique et ethnique. Suite aux plaintes des Arméniens, il y eut des vengeances et des cas d'assassinat (les évènements de la région d'Ardam ; près de Karabakh). Le triste sort des Arméniens de la République autonome de Nakhidjévan était dans tous les esprits: une province, peuplée majoritairement par des Arméniens avant la soviétisation (le district de Nakhidjévan faisait partie de la province d'Erivan de la Russie tsariste en 1860), sera vidée durant des décennies par des moyens discriminatoires (racisme, 23

harcèlement au travail, discrimination religieuse, etc.). Au début des années 1980 il restait peu d'Arméniens dans la région. L'Arménie reste prudente, mais vigilante. Le conflit est lancé. Moscou est inefficace. Les manifestations s'enchaînent à Stépanakert, capitale du Haut-Karabakh, à Erevan et à Bakou. Le point de non retour s'installe suite aux pogroms de Soumgaït (ville industrielle près de Bakou) en février 1988 où il y avait une forte concentration de populations arméniennes: pillages, viols, massacres organisés dans les rues en plein jour, orchestrés par les élus locaux. Puis en 1990, arrive le tour d'autres villes (Kirovabad, la République autonome de Nakhidjévan, des villes et villages près de Karabakh) où les Arméniens formaient des communautés importantes. Mais les pogroms du 12 au 20 janvier 1990 à Bakou désespèrent l'Arménie, et les populations azéries du pays commencent, sous la menace d'éventuelle chasse à l'homme, comme réponse aux actes barbares de l'Azerbaïdjan quittent l'Arménie. Ainsi, des deux côtés les rangs des réfugiés s'allongent. Le 20 février 1988, au cours du Conseil régional, les députés du Haut-Karabakh prennent la décision de soumettre aux Soviets suprêmes de l'Arménie et de l'Azerbaïdjan et puis au Soviet suprême central (qui s'oppose à cette décision) la décision de détachement de la République autonome du Haut-Karabakh de l'Azerbaïdjan et son rattachement à l'Arménie soviétique. Devant l'hypocrisie affichée de Moscou, le conflit se propage. Les deux parties du conflit se basent sur la Constitution de l'URSS afin d'avancer pour les uns le droit de l'autodétermination et pour les autres le droit de non consentement de changement des frontières. Le Parlement d'Arménie à son tour, vote une motion en faveur du rattachement du Haut-karabakh à l'Arménie, le 15 juin 1988 et le 13 février 1990, déclare la décision du Bureau du Caucase du PC du 5 juillet 1921 «sans effet juridique, étrangère au droit international et illégale », mais tout de suite, le même jour, le présidium du Soviet suprême d'Azerbaïdjan le qualifie « nul et non avenu ». Après le putsch manqué au Kremlin en août 1991, l'Azerbaïdjan proclame son indépendance le 30 août 1991 revenant ainsi aux frontières d'avant 1918, et naturellement la région de Karabakh n'en faisait aucunement partie. Ainsi, la région avait droit, dans le cadre de la Constitution de l'URSS, 24

exercer son droit d'autodétermination. Mais l'Azerbaïdjan sans consulter préalablement les habitants de la république autonome, décrète l'annulation du statut d'autonomie de la région le 26 novembre 1991. Le résultat unanime du référendum en faveur de la proclamation de l'indépendance du Haut-karabakh du 10 décembre 1991 démontre la volonté de l'autodétermination de tout un peuple que l'Azerbaïdjan rejette encore aujourd'hui. La guerre éclata en automne 1991 et dura jusqu'au printemps 1994. Le cessez-le-feu de mai 1994 est respecté, mais cette paix est fragile. Le groupe de Minsk de l'OSCE essaie depuis plus d'une décennie d'apporter des solutions, de trouver un terrain d'entente, mais il n'est jamais facile de régler un problème géopolitique aussi complexe qui implique plusieurs pays: Arménie, Russie, Azerbaïdjan, Turquie, Géorgie, etc.

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PREMIÈRE

PARTIE

Description de la langue L'arménien est l'un des douze groupes principaux des langues indo-européennes: l'italique (le latin et les langues romanes), le germanique, le slave, l' indo-aryen, l'iranien, le celtique, le balte, l'anatolien, le tokharien, le grec, l'albanais. Les études de la protolangue prouvent cette appartenance et de surcroît donnent à l'arménien une place incontournable au sein de cette famille linguistique car l'arménien a conservé les mêmes structures (phonétique, morphologique, etc.) d'origine puisqu'elle n'a pas connu de ramifications. Les populations du haut plateau arménien utilisaient l'écriture sumérienne, akkadienne, hourrite, chaldéenne (araméen), élamite, etc. Les prêtres païens du royaume d'Ourartou maniaient la langue écrite hourrite : nouvel hourrite (qui n'est pas une langue indo-européenne) en introduisant des racines d'origine indoeuropéenne dans les écritures cunéiformes qu'on a trouvées sur tout le territoire de l'Arménie historique. Ces prêtres païens devaient traduire des mots parlés en langue écrite et ils utilisaient ces mots du pays d'origine indoeuropéenne pour exprimer certaines choses typiquement locales en appliquant bien sûr les constructions grammaticales de la langue hourrite. C'est une pratique tout à fait humaine car, de nos jours, nous empruntons des mots à d'autres langues en les utilisant selon les règles grammaticales de notre propre langue: surfer, faire un lifting, le couscoussier, la datcha, le tabou, aller au bled... Même après l'effondrement du royaume d'Ourartou la nation naissante continue à parler cette langue hybride (l'indoeuropéen et les langues parlées par les autochtones d'Ourartou), laisse des inscriptions en diverses langues, cadencée par dominations et invasions: persan, grec, latin. Au Ve siècle, le moine Mesrop Machtots entreprend avec ses disciples la recherche des anciennes écritures fi~G q.f1Iif1[! in h grére, nous rapportent les historiens de l'époque. En 451, il élabore l'alphabet arménien, tel que nous le connaissons aujourd'hui, prenant en considération la phonétique et la perception grammaticale de l'arménien parlé de son époque. Tout de suite le

clergé arménien se met à traduire des textes religieux et anciens: philosophie, astrologie, grammaire, etc. La langue passe de la transmission orale à l'écriture. L'instabilité politique et étatique du pays joue sur l'évolution de la langue. Périodiquement, l'Arménie perd son indépendance. La langue classique-grabar- reste jusqu'au début du XIXe siècle la langue unificatrice. Elle est encore aujourd'hui la langue de la liturgie. Parallèlement, les dialectes prennent une importance cruciale car l'union nationale n'était plus assurée d'une façon continue. Ainsi, à partir du XIIe siècle les différences vont en se creusant entre les dialectes et en se façonnant selon le partage du pays entre les grandes puissances successives, telles la Perse, l'Empire byzantin, la Turquie ottomane, la Russie. Suite à la création du royaume de Cilicie au bord de la Méditerranée et à la coopération avec les croisés, l'arménien emprunte au français des mots du domaine administratif, économique, sociétale, etc. Les lettres: 0 0 et :t» f sont introduites dans l'alphabet arménien. L'essor de la communauté arménienne à Constantinople (Istanbul) autour du patriarcat donne un statut légitime au dialecte arménien de Constantinople. Il devient par la suite la variante occidentale de l'arménien moderne, et l'écart s'accentue avec l'arménien oriental qui se construit sur des dialectes de la plaine d'Ararat. Aujourd'hui, on distingue, d'une part, l'arménien oriental la langue officielle de la République d'Arménie, de la diaspora interne (sur le territoire de l'ex-URSS), de la communauté arménienne d'Iran, et d'autre part, l'arménien occidental, parlé en grande partie dans la diaspora en Europe, en Amérique, etc. L'orthographe réformée de 1922 et de 1940 de l'arménien oriental est devenue la pomme de discorde de certains puristes intellectuels de la diaspora et de l'Arménie. L'orthographe dite « classique» (l'orthographe machtotsienne du Ve siècle a naturellement subi des transformations au cours des siècles) reste plus ou moins inchangée dans les deux variantes jusqu'en 1922. La révolution « linguistique» lancée par le Kremlin voulait réformer mêmes les langues. Certaines langues se sont vues opter pour l'alphabet cyrillique. Ce ne fut pas le cas de l'arménien car il avait un passé littéraire riche et séculaire écrit en alphabet arménien. 28

En 1922, on crée le Comité Terminologique d'Arménie auprès du Conseil des Ministres de la République Socialiste Soviétique d'Arménie qui prend en charge tous les changements de la langue pour lui donner des orientations idéologiques nécessaires; néologismes, emprunts au russe qui à son tour subissait des modifications, notamment la simplification de l'orthographe. L'arménien subit en 1940 une autre réforme qui vise plutôt le remplacement des mots arméniens par des mots russes pour des fins idéologiques. Il faut attendre la fin des années 1950, après la mort de Staline, pour avoir un changement radical de la politique linguistique. Cette politique de retour aux valeurs arméniennes se renforce durant les années 1960. Le nombre des arménophones augmente. Avec la perestroïka et les évènements qui s'en suivent on parlera de la dérussification (dans les années 1980). La loi de 1993 sur la langue de la République indépendante, élaborée par la Direction Gouvernementale à la Langue auprès du Conseil des Ministres (qui remplace le Comité de 1922), donne une force constitutionnelle à l'arménien oriental: la langue standard est la langue nationale dans tous les domaines de la vie publique, la République d'Arménie est le garant du développement de l'arménien hors du pays et enfin elle est favorable à la réunification des orthographes. La langue arménienne a très souvent constitué un rempart face à des envahisseurs. Elle a symbolisé dans les esprits et dans les cœurs de millions d'Arméniens cette mère patrie dont ils ont été séparés. Aujourd'hui, où enfin il existe l'Etat arménien sur le dixième de son territoire historique et qui n'aspire qu'à la prospérité, doit-on (Arménie et diaspora) polémiquer sur l'orthographe? Doit-on, par exemple, rejeter les deux lettres entrées dans l'alphabet au XIIe siècle et revenir à l'orthographe du Ve siècle? Est-ce réalisable? Est-ce qu'aujourd'hui les Français peuvent reprendre l'orthographe de l'ancien français ou les Anglais l'orthographe de l'époque élisabéthaine? Ce n'est pas avec le retour à l'orthographe « classique », qu'on saisira les vraies valeurs de la langue. Et après tout une langue est quelque chose de vivant, et son évolution est naturelle.

29

Il vaut mieux respecter et apprendre correctement les deux variantes en les étudiant parallèlement et dans les écoles en Arménie et dans les écoles arméniennes en diaspora. Depuis avril 2007 la première chaîne de télévision d' Arménie, ~W!LnLf1 Haylour, diffuse des journaux télévisés en arménien occidental pour la diaspora et pour les Arméniens sur place. On aidera ainsi davantage la langue arménienne, me semble-t-il, à retrouver son esprit serein et apaisé. Ceci est mon souhait profond et il n'engage que moi.

30

ALPHABET
mj. mn. v. ph. U. W A J! q. q. q. f). b b 9.. q a b g d yé,é z è e
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ARMÉNIEN
traduction soleil bon} our printemps porte enfant cloche page camarade papier sourire sens lune problème fleur chat père hiver tintement repas mère huile navire chien pied mesure monsieur eau basilic table rose maison minute blé force
fosse vent et
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noms des lettres W!f! J!liG q.~ü
f).W

mots arm. & v. ph. WpliL pliL J!W q.wpnLG f).nLn lipbfuw qwGq. t2 I!G~lip
I&"n Lll.1&

v. n.
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100 200 300 400 500 600 700 800 900 1000 2000 3000 4000 5000 6000 7000

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L'alphabet arménien moderne comprend 38 lettres dont, selon les règles d'orthographe de l'arménien oriental, 8 transcrivent les 6 voyelles, une - la semi-voyelle j y et 29 autres sont des consonnes. L'alphabet du grabar - langue classique - a connu certaines transformations, dit-on, en particulier au XIIe siècle. Le morcellement du pays ainsi que la perte de l'unité étatique au cours des siècles accélèrent la disparition de l'unité linguistique de quatre millénaires. Les différences dialectales s'accentuent davantage, et par ailleurs, la division du pays en deux parties favorise le développement es deux variantes actuelles. Le tableau ci-dessus permet de visualiser les lettres arméniennes: mj-Ies majuscules, mn-les minuscules, v. ph-les valeurs phonétiques transcrites en alphabet latin, ainsi que leurs noms en arménien classique, des exemples avec leurs transcriptions latines, suivis de traductions et à la fin, nous avons jugé utile de donner la valeur numérique (v.n.) de toutes les lettres. Pour transcrire les phonèmes arméniens nous nous référons le plus possible aux graphèmes et à la prononciation du français. La semi-voyelle 1 y se prononce comme le y dans les mots tels mayonnaise, maya. La lettre lAse prononce é ou yé au début du mot. Les lettres t è et Ii é en arménien classique étaient deux phonèmes distincts, par exemple ubp sér signifiait la crème du lait, tandis que utp sèr signifiait amour. L'arménien moderne ne fait plus cette distinction phonétique. Le I! e se prononce comme le e dans le mot demain. Le œ et j comme jolie Le tu tu kh se prononce comme le ch allemand. Le l.. fi h se prononce comme le h anglais ou celui de l'ancien français. Le Il l' correspondait initialement au l (lambda) grec. En arménien moderne il se prononce comme r grasseyé parisien. Le n r' se prononce comme le r roulé en italien ou en espagnol. Le p r se prononce comme le r anglais. Il est bref, chuinté comme le , anglais, par exemple you are.

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La semi-voyelle! y en arménien oriental moderne précède ou suit les voyelles les mouillant et formant des diphtongues, par exemple W! ay, n) oy, nL!ouy, jW ya, jn yo, AnL you. Le n 0, vo se prononce 0 en milieu et en fin de mot et se prononce va en début de mot, sauf dans le mot nt! ov qui, nt!.pbp ovqér qui au pluriel. Le 0 0 et le:t> f sont introduits dans la langue arménienne du français, à partir du XIIe siècle, par les copistes en Cilicie. Ce fut en effet la période des croisades, le début de la présence du français en arménien sous forme des emprunts. La lettre Lw perd très vite sa valeur de phonème « entière» qu'elle avait au Ve siècle. Elle devient une semi-voyelle. Elle forme des diphtongues avec les autres voyelles, par exemple le phonème nL ou avec la lettre n vo, et bLyév avec la lettre b yé. Pour bien saisir les différences phonétiques de certaines consonnes arméniennes, nous donnons ci-après le système phonétique trinaire de l'arménien classique et oriental. sonores sourdes sourdes aspirées Labiales p b ~ p Lf1 p' Gutturales q. g 4 k .p q Dentales rJ. d III t ra- t' Sifflantes: a dz b cgc' (} s Chuintantes : ~ dj 2 S Les consonnes composées: Les sourdes aspirées sont composées d'une consonne sourde et du b aspiré: p'=p+h ; q=k+h ; t'=t+h, etc. Le b c est l'union des sons français t et s et qui se rapproche de la prononciation du t mouillé du russe, comme dans le mot Mamb. Le g c' (t'+s) se prononce comme dans le mot italien pazzo ou dans le mot russe ~apb. Le (} s (t+ch) n'a pas d'équivalent, me semble-t-il, dans aucune langue européenne pour faire un rapprochement possible. Disons que c'est la variante sourde du son dj. Il faut prononcer les deux sons à la fois les dents serrées et la langue touchant le palais. Le 2 s (t'+ch) se prononce comme le ch anglais, par exemple dans Ie mot child. Le a dz est l'union de d et z français. Il se prononce comme le z italien dans le mot mezzo. Le ~ dj se prononce comme dans le mot italien gente. 33

Remarque: l'arménien occidental fait inversion des sonores sourdes (b se prononce p, k se prononce g. ..) et vice versa. Quelques

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règles sur l'orthographe classique par rapport à l'arménien oriental L'orthographe dite classique fut maintenue dans les deux parties de l'Arménie (orientale et occidentale) j usqu' à la soviétisation de l'Arménie russe, dite orientale. La nouvelle société voulait être révolutionnaire même sur le plan linguistique. Aussi lança Moscou la première réforme linguistique notamment celle de l'orthographe en 1922 et puis, en 1940, visant l'intensification de la russification. Voici quelques explications brèves sur l'orthographe classique qui a été réformée en 1922 et en 1940. La lettre L w (peut-être prononçait-on au Ve siècle comme le w anglais) a été omise de l'alphabet. Elle fait partie des diphtongues, comme dans la composition du phonème nL ou (ow). Quand elle suit les voyelles w a, Ii yé, ~ i, à l'intérieur ou en fin d'un mot, on la prononce Ll v; WLW(11l1 (awart) fin, b(1IiLWG avart Yérévan
Erevan, ra-~Lt'iv (t'iw) nombre, etc. La diphtongue de l'orthographe réformée lnL (you) en orthographe classique s'écrit par ~L (iw), si la diphtongue est précédée par une consonne, par exemple WL~L(1 alyour (aliwr)farine, ~(1ra-nLra-~LG out'youn instruction, etc. krt' En arménien occidental le L w remplace le nL ou (ow) de l'orthographe classique «pure et dure» pour prononcer «v» dans certains cas, par exemple au lieu d'écrire fiw(1nLwb harowac, \JnLw(1fJ. Noward, on écrit fiwruwb harwac, \'LW(1rJ., Nward tout en prononçant toujours harvac un coup, Nvard. Ce changement était en vigueur en Arménie avant la réforme de l'orthographe de 1922. Ainsi, le son «v» s'exprimait avec des lettres L w, Ll v, et par la diphtongue nL ow, au lieu d'un seul il v de l'arménien oriental d'aujourd'hui. La lettre I: è s'écrit en fin de mot quand on entend « è », par exemple, lira-I:yét' è si, dWf1q.wf11: argarè prophète, etc. m On écrit I: è à l'intérieur d'un mot si le è, pendant la déclinaison ou la formation des mots, se transforme en ~ i, par exemple utI" sèr amour, la forme transformée u~l"n siro, q.1:(1gèr

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