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Parlons Azerbaïdjanais

De
470 pages
Ce livre est le premier qui présente en français la langue et la culture d'Azerbaïdjan. La langue azérie, largement parlée en Iran, s'appelle azerbaïdjanais en Azerbaïdjan car elle s'y écrit en lettres latines, comme le turc sa proche parente, mais avec de notables différences de graphie et de vocabulaire. Comme les autres ouvrages de la collection, on y trouvera une importante introduction historique, la description de la langue, des éléments de conversation courante, de nombreuses données sur la culture et deux lexiques.
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PARLONS AZERBAIDJANAIS
Langue et culture

<9L'Harmattan, 2008 5-7, rue de l'Ecole polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-05584-1 EAN : 9782296055841

KAMAL ABDOULLA MICHEL MALHERBE

PARLONS AZERBAIDJANAIS
Langue et culture

L' Harmattan

Parlons...
Collection dirigée par Michel Malherbe Dernières parutions

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REMERCIEMENTS

A Paris: A Bakou:

Mme Eleonora Husseynova Sevin} Fataliyeva Elmira Faradjoullayeva Mina Gouliyeva Djamila Hassanzadé Farida Mamédova Nourida Novrouzova F akhriyya Khalafova Reyhan Husseynova Arif Salmanov Zeynab Kazimova Nazli Abdoullayeva Sévine Uzun Jalé Vékilova Kémalé Rouintène

Rédacteur:

Fouad Hassanoglou

Carte politique et administrative

de l'Azerbaïdjan

AZERBAIDJAN EN CHIFFRES
Superficie: 86 600 km2 Population (2005): 8435000 habitants Taux de natalité (2003): 14% Taux de mortalité (2003): 6% Taux d'évolution naturelle (2003): 8% Système politique: République présidentielle Forme de l'État: État unitaire, incluant la République autonome du Nakhitchevan Pouvoir législatif: Milli Medjlis (Assemblée Nationale) Pouvoir éxécutif: Président, Cabinet des Ministres Fête nationale: 28 mai - Jour de la République Capitale: Bakou (2 millions habitants) Villes principales: Gandja (300000 habitants), Soumgaït (290000 habitants) Langue officielle: l'azerbaïdjanais Monnaie: manat Minorités: lezguiens, talyches, tats, kurdes, avars, géorgiens, arméniens, russes, juifs montagnards, tatars Religions: islam chiite, islam sunnite, christianisme orthodoxe russe, judaïsme Climats: montagnard à subtropical humide, en passant par steppes semi-arides

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Carte physique de l'Azerbaïdjan

EMBLEMES NATIONAUX Le drapeau de la République d'Azerbaïdjan se compose de trois bandes horizontales égales: celle du haut est bleue, celle du centre rouge et celle du bas verte. Le bleu représente le turquisme, le rouge, la modernité et la démocratie, quant au vert, c'est la couleur de l'Islam. Le croissant et l'étoile, symbolisant la lune et le soleil, expriment le bonheur et la prosperité. Par ailleurs, le sym-bole de l'étoile se retrouve largement dans l'art azer-baïdjanais. Lors de la chute de l'Union soviétique, en 1991, l'Azerbaïdjan a repris le drapeau qui avait été celui de sa première indépendance, 73 ans plutôt, en 1918-1920. Un emblème y est associé, consistant en trois cercles concentriques tricolores bleu-rouge-vert, avec en leur milieu une large étoile à huit pointes, entre lesquelles sont logés huit points dorés. Le centre de l'étoile abrite une flamme rouge. L'ensemble repose sur une base constituée d'une palme faite d'un rameau de chêne et d'un épi de blé. L'hymne national est aussi un héritage de cette époque. Les vers sont de Ahmed Djavad et la musique du célèbre compositeur Uzeyir Hadjibeyov, sur un registre plus occidental qu'oriental.

AVANT-PROPOS
A la croisée des Empires, tour à tour perse, ottoman et russe, l'Azerbaïdjan présente une identité collective, délicate à cerner. Son histoire, son peuplement et sa civilisation empruntent des caractères à chacun, sans vouloir se fondre dans aucun. S'il y cherche des points de repères familiers, le visiteur risquera de perdre grand nombre de ses certitudes. Baigné de culture orientale, le pays a subi une occupation russe de presque 100 ans (Russie tsariste), avant de connaître 70 ans de régime soviétique. Cette dernière période l'aura rendu particulièrement familier à la civilisation européenne. Aujourd'hui, l'Azerbaïdjan siège au Conseil de l'Europe. Considéré comme une «belle province», le pays a toujours attisé les convoitises et la cupidité de ses puissants voisins. A plusieurs reprises, ceux-ci ont tenté de l'assimiler. Or, à chaque fois l'Azerbaïdjan a su sécréter les anticorps nécessaires à faire échouer ces entreprises. L'histoire a toujours mis l'Azerbaïdjan en décalage par rapport à son milieu environnant. En effet, depuis le début du XIXèmesiècle jusqu'à nos jours, la nation azérie est divisée en deux entités, de part et d'autre de la frontière russo-iranienne. Du fait de cette vieille frontière, il a fallu compter avec deux sous-ensembles d'un même peuple: les azéris d'Azerbaïdjan et les azéris iraniens. Là-bas, ils ont conservé la même culture et la même langue que leurs voisins du nord. Cela, tout en empruntant beaucoup à la culture islamique iranienne. Tandis que le peuple azéri d'Azerbaïdjan s'est, depuis longtemps, acculturé à une société sécularisée. L'Azerbaïdjan cumule un certain nombre de «pre-mières». Tout d'abord, lorsque la Russie des Tsars occupe l'Azerbaïdjan, au tout début du XIXèmesiècle, avant de formaliser son occupation par les traités de 1813 et 1828, c'est la première fois qu'une région du Proche-Orient musulman est conquise et occupée par une puissance européenne. Puis, c'est aussi dans cette région qu'est émise, au milieu du XIXème
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siècle, la première protestation contre l'alphabet arabe et que mûrit l'idée de la lati-nisation. Mirza Fatali Akhundov relance alors la langue turque azérie comme langue littéraire et fonde le théâtre d'expression turque, ce qui lui vaut à l'époque le surnom de «Molière tatar». Il renoue ainsi avec l'ancienne tradition littéraire azérie. Son théâtre y apportera un ton nouveau, ouvertement anticlérical. C'est à Bakou qu'est joué en 1908 le premier opéra créé par un compositeur musulman, Uzeyir Hadjibeyov. Il faut préciser que c'est à cet endroit qu'est édifié le premier théâtre en terre d'Islam: des femmes montent sur scène, au prix d'un beau scandale! Enfin, l'Azerbaïdjan a été la première terre musulmane à faire jaillir du pétrole pour son exploitation industrielle. D'une part, c'est dans les champs pétroliers de la péninsule d'Abcheron, autour de Bakou, qu'a été signée la première convention collective du travail, entre le prolétariat du pétrole et les compagnies. D'autre part, c'est à Bakou, en 1905, et à Tabriz en 1906, qu'apparaissent les premiers soviets d'Orient. Il faut savoir aussi que l'Azerbaïdjan est la première république musulmane à accéder à l'indépendance en mai 1918. Dès lors, le droit de vote est conféré aux femmes aussi. Avant la Turquie, Bakou impose les caractères latins en remplacement des caractères arabes (1924) pour faciliter l'alphabétisation. A la fin du XIXèmesiècle, un baron du pétrole azéri fait ouvrir la première école pour les filles musulmanes. C'est encore dans les eaux azerbaïdjanaises que jaillit le pétrole du premier forage offshore, en 1949. Quel est donc ce pays, cadre de tant d'avancées dans la modernité européenne? C'est ainsi que la Russie, dont l'expansion ne cesse de croître vers le sud, découvre le pays. Cette nouvelle puissance mène alors une série de négociations, mais aussi de guerres, avec les khanats et avec la nouvelle dynastie des Gadjars qui souhaite la réintégration des provinces caucasiennes à son domame. L'occupation russe de l'Azerbaïdjan commence au début du XIXème siècle. Elle en laisse la partie méridionale sous la
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souveraineté des Gadjars (traités de 1813 et de 1828). Intégré à l'Empire des Tsars, l'Azerbaïdjan est soumis progressivement à l'exploitation intensive de ses richesses agricoles et pétrolières: cela comprend la moitié de la production mondiale au début du XXèmesiècle! La captation de ses richesses n'a fait que s'accentuer sous le régime soviétique qui a laissé le pays à un niveau de développement plus proche de celui de l'Asie centrale que de celui de ses voisins caucasiens, la Géorgie et l'Arménie. Le conflit avec cette dernière commença dès le moment où se posa la question des frontières, c'est-à-dire lors de la première indépendance de 1918 à 1920. Celle-ci avait été acquise à la chute de la dynastie des Romanov, en d'autres termes, à la fin de la Russie tsariste. Une forte animosité enflamma les deux nations, Azerbaïdjan et Arménie, pendant la perestroika de Gorbatchev. Cela eut pour conséquence une sanglante répression orchestrée par l'armée soviétique. En janvier 1990, les Russes envahissent Bakou avec leurs chars, comme ils avaient pu le faire auparavant à Budapest et à Prague. En 1991, pour la seconde fois au cours du XXèmesiècle, dans la confusion d'un Empire soviétique en pleine déliquescence, l'Azerbaïdjan a de nouveau proclamé son indépendance. Or, en même temps, le pays a hérité d'un conflit ethnique qui le conduit aujourd'hui à subir l'occupation de 20% de son territoire par les forces arméniennes et l'afflux de plusieurs centaines de milliers de réfugiés et de déplacés. A l'aube d'une nouvelle ère de son Histoire, la transition politique et économique est difficile. La recomposition de la région caspienne, détentrice de vastes réserves de pétrole et de gaz, fait de l'Azerbaïdjan un petit pays isolé et convoité au cœur d'une zone troublée. Rare Etat de la zone caucasienne à favoriser la conception d'un État-nation dans une région où dominent des sentiments identitaires parfois exagérés, l'Azerbaïdjan affronte aujourd'hui la tâche ardue de sa construction nationale. Aujourd'hui le pays est en train de réaliser différents programmes, afin de se moderniser et de s'intégrer à la communauté internationale.
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Ce livre s'est donné pour but d'aider les lecteurs à mieux connaître langue et culture azerbaïdjanaise.

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INTRODUCTION
RApPEL HISTORIQUE

L'Azerbaïdjan fait partie des pays que l'on peut appeler «berceau de l'humanité». En effet, des traces de cultures très anciennes y ont été trouvées, comme en témoigne le site bordant la rivière Gurutchay, où les fouilles ont permis de mettre à jour des vestiges datant de plus d'un million d'années. Le site donna son nom à la culture dite «Gurutchay». Nous savons désormais que des tribus primitives choisirent de s'établir en ces lieux, plus précisément dans les clairières et les grottes Azikh de la région de Fuzuli. Des fouilles entreprises sur les sites de Taghlar (Karabakh), Zar (Kelbadjar), Gazma (Cherour) et Dachsalahli, notamment, ont permis aux paléontologues de mettre à jour les dépouilles d'azikhanthropes, datant d'il y a plus de 400.000 ans. Il faut savoir que ces découvertes ont montré des caractéristiques similaires avec ce qu'on a appelé la culture d'Olduway, qu'on retrouve en Afrique, plus précisément en Tanzanie. Enfin, avant de clore cette première étape histo-rique, nous ne pouvons omettre de citer le monument datant du mésolithique qui se trouve au Gobustan. Il s'agit de peintures rupestres. Ces dessins sont particulièrement important pour comprendre l'art et la spiritualité des hommes primitifs. On peut yadmirer des esquisses représentant des chasses, des danses et des travaux collectifs. Rappelons que le 9 septembre 1966, le site a été classé comme «réserve» sur décision du gouvernement azerbaïdjanais. Ajoutons enfin que dans les années 1980, le site commence à intéresser les archéologues du monde entier, à l'image de Tur Heyerdal, éminent archéologue norvégien. Le site inspirera, en effet, un grand nombre de ses travaux.
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Dès 4.000 ans avant notre ère, on observe un processus de création d'une société partagée en différentes classes. Précisons que le sud du territoire azerbaïdjanais profitait de l'influence mésopotamienne. C'est ainsi, en partie que l'économie, la politique et la vie sociale purent se développer. Les relations qui liaient ces deux peuples sont alors décrites dans les textes sumériens et akkadiens de l'époque. Le premier Etat, à proprement parler, fut fondé dans la première moitié du troisième millénaire avant notre ère. Il s'agit de l'Etat d'Aratta. Il entretenait notamment des relations avec les cités-Etats sumériennes, comme en témoignent les descriptions que l'on peut lire dans l'épopée «En-Merkar et le prince d'Aratta». En-Merkar étant le roi de la cité sumérienne d'Uruk. Les Etats de Lullubi et Kuti succédèrent à ce premier Etat. Ils perpétuèrent les liens avec les Etats de Mésopotamie, ce qui permit à ces différentes cultures de s'enrichir l'une l'autre. Puis, dès la fin du troisième millénaire avant notre ère, ces Etats se perdent dans des conflits territoriaux. Aucun ne parvient à asseoir son pouvoir et dominer les autres. Il faut attendre le IXèmesiècle pour qu'une nouvelle puissance puisse se créer en tant que telle. Il s'agira du royaume de Manna, situé au sud-est du lac Ourmia. Cet Etat avait pu se constituer, après avoir réussi à soumettre les Etats assyriens les plus influents. Deux siècles plus tard, au Vnème siècle avant notre ère, les peuples Cimmériens, Scythes et Saks arrivent des côtes de la mer Noire, pour s'installer sur le territoire azerbaïdjanais. Les Scythes occupèrent ainsi le nord du territoire actuel. Ils furent renversés par les Mèdes. Ceux-ci réussirent à créer un Etat influent. La capitale était Ekbatana. Il s'agit de la ville connue actuellement sous le nom d'Hamadan. Ce peuple avait pour religion le zoroastrisme. Ce mouvement tient son nom de son fondateur, Zoroastre. Ce dernier naquit dans le sud de l'Azerbaïdjan. Les principes de ce mouvement spirituel sont contenus dans «Avesta», livre clé de cette religion. Au Vlèmesiècle avant notre ère, le prestigieux royaume de Médie passe sous domination Ehéménide. Alexandre de MalS

cédoine viendra renverser ce royaume en 330 avant notre ère. Dans cette même période, l'Azerbaïdjan voit son territoire partagé en deux parties bien distinctes. On trouve au sud l'Etat Atropatène (Aderbaygan), qui a pour capitale Gazaka, connue aussi sous le nom de Ganzak. C'était là un des principaux centre de culte et de rayonnement du zoroastrisme. Plus précisément, le site d'Azerguechesbe était considéré comme un lieu de pèlerinage du mouvement zoroastre. De ce fait, il accueillit de nombreux futurs rois, qui venaient s'y recueillir avant leur intronisation. Au nord, naquit l'Etat d'Albanie, au Iyème siècle avant notre ère. Cet Etat est aussi appelé Agvan. Sa capitale de cet Etat était la ville de Gabala. Les régions les plus importantes de cet Etat sont Tchola, Gabala, Arsak et Cheki. Au yème siècle de notre ère, la capitale fut déplacée à Berdé. Le royaume d'Albanie était culturellement très riche. Il possédait son propre alphabet. La première dynastie albane à rester dans l'histoire fut celle des Aranchah. Lui succéda celle des Archakides qui régna pendant près de cinq siècles. Puis enfin, celle des Mehranides qui dirigea l'Etat de 630 à 705. Le royaume d'Albanie aura la particularité de devenir un centre de diffusion du christianisme dans le Caucase. Bien sûr, cette religion ne sera acceptée que très lentement. Il faut lier l'arrivée de cette nouvelle religion au nom de l'apôtre Faddey et de son disciple Yelissey. En effet, c'est Yelissey qui va commencer à évangéliser cette partie du Caucase. Il commence par la région de Tchola, puis il fera bâtir une église dans le village de Kich. Il s'agit de la première église du royaume, qu'on peut encore visiter de nos jours. Dans les textes, on retrouve cette église sous le nom de «la mère des églises d'Orient». Or, il faudra attendre le Iyèmepour que le roi d'Albanie, Oumaïr, reconnaisse le christianisme comme religion officielle. A noter que l'Eglise albane était autocéphale. Son catholicosat s'était d'abord établi dans la région de Tchola. Par ce titre, il faut comprendre le plus haut grade d'autorité de cette hiérarchie. En 552, le catholicosat est déplacé à la capitale, Berdé. Enfin, au YlIIèmesiècle, la résidence est établie dans la région d'Arsak. Bien des années plus 16

tard, en 1240, un temple a1ban est construit dans la ville de Ganzassar, sur l'initiative du prince de Khatchin, Hassan Djalal. Dès lors, le catholicosat est encore déplacé. Ganzassar deviendra rapidement un important centre religieux. Enfin, il faut préciser que même une fois le royaume d'Albanie renversé, l'Eglise put garder son indépendance. Ce, jusqu'en 1836, date à laquelle le Saint-Synode de Saint-Pétersbourg décide de la supprimer, à la demande de l'Eglise arménienne. Rapidement après la formation des deux Etats d'Albanie et d'Atropatène, au IIIèmesiècle, une dynastie d'Iran vient occuper ces territoires. Il s'agit des Sassanides. Or, comme en témoigne le développement du royaume d'Albanie que nous avons esquissé ci-dessus, la cohabitation s'est plutôt bien déroulée. En effet, les Sassanides laissèrent aux territoires occupés une certaine autonomie. Concernant la spiritualité, alors qu'au Nord, les Albans étaient chrétiens, au Sud différents mouvements spirituels côtoyaient le Zoroastrisme. Il s'agissait du manichéisme, du nom de son fondateur Mani, un peintre qui vécut entre 216 et 276. A l'âge de 24 ans, il se déclara prophète et fut reconnu en tant que tel par le roi Sassanide Chapour 1er,en 242. Le manichéisme est basé sur un dualisme reprenant les principes d'un combat entre l'ombre et la lumière. Le but de ce mouvement était de libérer les éléments lumineux enfouis dans le cœur de l'homme, afin de libérer l'homme lui-même par la siècle, un nouveau mouvemême occasion. A la fin du Vème ment religieux éclot dans la région. C'est ce qu'on appellera le Mezdékisme, du nom de son fondateur. Mezdék proposa une doctrine qui avait pour but de partager toutes les ressources à parts égales entre les hommes. Il sera exécuté en 529, sur ordre des autorités sassanides. Evidemment, les mouvements de révoltes, mais aussi la guerre qui faisait rage entre l'Empire Byzantin et la dynastie Sassanide, mirent fin au pouvoir de cette dernière. C'est ainsi qu'en 652, le califat arabe, fier de sa nouvelle religion, en profite pour s'emparer du territoire des Sassanides, pour y imposer sa suprématie d'une part, mais aussi l'Islam.
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Les principales dynasties qui marquèrent le califat arabe sont celles Emévides (661-750) et des Abbassides (750-1258). Le territoire soumis au pouvoir du califat est partagé en divers émirats. En Azerbaïdjan, cette époque correspondra à la grande période de diffusion de l'Islam. L'établissement de cette nouvelle religion s'accompagne d'un renouveau moral et spirituel. En effet, les mœurs et les mentalités se transforment peu à peu. Il va sans dire que l'islamisation du pays ne fut pas toujours très bien accueillie. Elle se heurta à plusieurs mouvements de protestations, voire carrément à des insurrections contre le pouvoir en place. Il faut citer parmi les plus fervents opposants le puissant mouvement des Khurremides. Leur quartier général était installé dans la forteresse de Bezz, située dans la région de Garadag, dans le sud de l'Azerbaïdjan. Parmi les symboles des Khurremides, on retrouve un drapeau rouge, signifiant leur envie de liberté. Nous pouvons dater les premiers affrontements hostiles en 778. Les protestations seront étouffées par la force. Il faudra attendre jusqu'en 808, pour que les Khurremides réussissent à se présenter comme une véritable menace. Or, à nouveau, les autorités arabes parviennent à la faire taire. En 816, le mouvement des opposants trouve enfin un véritable leader, en la personne de Babek. D'ailleurs, son nom est resté celui d'un véritable héros populaire. Ce dernier naquit en 798, dans le village Bilalabad, dans le sud de l'Azerbaïdjan. Selon les sources, son prénom serait Hassan. Une fois qu'il prit la tête du mouvement d'opposition, il sut réunir tous les patriotes sous son drapeau et créer une grande armée disciplinée. Il réussira à gagner quelques batailles et surtout faire prisonnier certains généraux de l'armée adverse. Par exemple, en 830, les Khurrémides, conduits par Babek, prirent la ville de Hamadan, dont l'importance stratégique était énorme. Ce fut une perte difficile, du côté du califat. Trois ans plus tard, alors que Motessim prend la tête du califat, il lui revient la tâche ardue d'écraser la révolte. Pour ce faire, en 835, il nomme un nouveau commandant à la tête de 18

l'année arabe, il s'agit de Afchin Ibn Kavus. Ce dernier fit encercler la forteresse de Bezz, là où se tenaient les insurgés. En 837, commença ce qui sera appelé la «Bataille de Bezz». Les combats firent rage, opposant les Khurrémides aux forces du califat. Or, les efforts des insurgés restèrent vain. Ils ne parvinrent pas à repousser les assaillants. A l'issue du combat, les Arabes pouvaient se féliciter d'avoir réussi à vaincre un valeureux ennemi. Des deux côtés, le nombre de victimes fut considérable. La famille de Babek était à compter parmi les quelques 7600 prisonniers faits par les années arabes. Quant au héros, il avait réussi à prendre la fuite, accompagné de son frère Abdoullah. Ensemble, ils atteignirent la région d'Arran, située sur la rive voisine de la rivière Araxe. Loin d'être un lâche, Babek espérait pouvoir rejoindre l'empereur de Byzance et lui demander le soutien nécessaire, afin de mettre sur pied une nouvelle armée. Pour Babek, la lutte contre les Arabes étaient loin d'être finie. Du côté du califat, la tête de Babek était mise à prix. On lui avait d'abord proposé de se rendre, ce qu'il n'avait pas fait. Attendant de pouvoir monter son projet, Babek s'était réfugié dans la région de Cheki, chez son allié, le gouverneur de la province, Sahl ibn Soumbat. C'était sans compter la trahison de ce dernier. En effet, Babek sera remis aux mains de l'ennemi, dénoncé par le gouverneur. Les deux frères sont ainsi emmenés par le commandant de l'armée arabe, Afchin, et conduits à la capitale du califat, Samira. Le 14 mars 838, Babek est cruellement exécuté par les autorités arabes. On lui coupa les membres un par un, jusqu'à ce que mort s'ensuive. Faut-il préciser que jusqu'à son dernier souffle, Babek fit honneur à sa réputation de héros? La nouvelle de l'exécution de Babek fut un véritable choc pour la population. En effet, il était admiré de tous pour son endurance morale, du fait qu'il n'avait absolument pas réagi sous la torture. Le héros et sa mort des plus dignes resteront dans 1'histoire comme un modèle pour les générations à venir. Désormais, le nom de Babek devenait un véritable symbole de la lutte et de l'indépendance de l'Azerbaïdjan. 19

Au IXèmesiècle, le califat s'affaiblit. Le processus de féodalisation se passe mal. En effet, les différents petits Etats que le califat s'efforce de soumettre se rebellent. Le pouvoir est contraint de mater divers mouvements d'oppositions. Ceux-ci ne seront jamais aussi importants que celui mené par Babek, mais par contre, ils sont beaucoup plus nombreux. Ainsi, le territoire est déchiré en luttes intestines. A force de lutter de tous côtés, l'autorité du califat perd de sa force. Cela permet à plusieurs Etats indépendants de voir le jour. Ainsi naît l'Etat de Chirvanchah (861-1538) qui a pour capitale la ville de Chemakha, l'Etat des Sadjides (889-942), avec pour capitale Ardebil, à cette dynastie succède celle des Salarides (942981), l'Etat de Revvadides (981-1065) qui a pour capitale de Tabriz et enfin, l'Etat des Cheddadides (971-1088) avec pour capitale Gandja. Ce qu'il nous faut retenir surtout de cette époque, c'est l'émergence d'une première unité territoriale azerbaïdjanaise, indépendante du califat arabe. Ses contours se préciseront surtout sous la pression des dynasties des Sadjides et Salarides déjà citées. Deux siècles plus tard, au Xrème siècle, Togrul Bey fonde l'Empire des Seldjoukides (1038-1157). Son pouvoir s'étend sur tout le Moyen et le Proche-Orient. Originaire de la tribu Kinig, à rattacher au groupe des Turks oghouz, Togrul Bey régnera de 1038 à 1063. Il réussit à bâtir un empire s'étirant du Turkestan à la mer Méditerranée, de Derbend (Caucase Nord) au golfe de Bassora. Bien sûr un tel Etat ne resta pas sans influencer la vie économique, sociale et politique des peuples qu'il dominait. En 1055, les Seldjoukides prennent Bagdad et dès lors, le pouvoir arabe passe aux mains des Seldjoukides. En 1071, les Seldjoukides remportent la bataille de Malazguird qui les opposaient aux byzantins, ce qui leur permit, dès lors, d'étendre leur influence en Asie mineure. Les premiers sultans de l'empire seldjoukides s'efforceront de créer des conditions propices au développement de l'économie ainsi qu'au rayonnement de la culture seldjoukide. Il s'agit de Togrul Bey, Alp Arslan et Melikchah. Or, dès 1118, le sultan Sandjar, dont le règne se termine en 1157, ne parvient plus à maintenir l'autorité de ses prédécesseurs et 20

continuer leur oeuvre. Le territoire unifié est à nouveau morcelé. C'est ainsi que l'Etat de Chirvanchah réussit à rétablir son indépendance. Malgré cela, les territoires azerbaïdjanais, situé au sud de la rivière Koura, restent aux mains des Seldjoukides irakiens. Il faudra attendre les années 30 du Xnème siècle pour qu'un nouvel Etat conséquent puisse voir le jour. Il s'agit de l'Etat des Atabeys (1136-1225). Son fondateur, Chemseddin Eldeniz, était un grand homme d'Etat et diplomate hors pair. Il était issu de la tribu de Kiptchak. Or, comme tous les royaumes puissants, celui-ci sera déchiré par des luttes intestines. Kharezmchah Djelaleddin, témoin de l'affaiblissement de son rival, en profitera pour renverser cet Etat et du même coup, agrandir le sien. Bien que la vie politique du Xnème siècle soit particulièrement riche, il faut préciser que c'est avant tout le siècle de la culture. On parle d'âge d'or de la culture azerbaïdjanaise. En effet, c'est à cette époque qu'apparaissent les grandes figures de la littérature dont les oeuvres font encore référence à nos jours. A ce titre, nous pouvons citer le célèbre poète et philosophe, Nizami Gandjevi. Autre monument historico-littéraire, le texte connu sous le nom de «l'épopée de Dede Gorgud». Ce texte est un témoignage du folklore de l'époque, tout en rappelant certains éléments historiques. Enfin, il faut encore citer Gatran Tebrizi, Ebul-Ula Gandjevi, Feleki Chirvani, Afzaladdin Khagani et enfin, Mehseti Gandjevi, comme autant de figures qui ont permis de donner ses premières lettres de noblesse à la littérature azerba-ïdjanaise. Quant à la philosophie, elle sera marquée par Abulhassan Bahmanyar, bien qu'il ait vécu au siècle précédent, son oeuvre sur la logique méritait d'être citée, comme exemple du péripatétisme oriental. Enfin, en matière d'architecture, nous nous permettrons de dire quelques mots d'Adj ami Abubekroglu Nakhtchivani. Il est le représentant par excellence de l'école d'architecture du Nakhitchevan du Xnème siècle. L'histoire lui doit deux mo21

numents, le monument de Yussif Ibn Kusseyir et celui de Momuné Khatoun. Enfin, ce petit panorama du développement des arts de cette période ne serait pas complet si on ne parlait pas de la musique de l'époque. Dès le IXèmesiècle, le mogham se développe, pour atteindre son rayonnement lors de cette période d'âge d'or. C'est sous cette forme qu'il est parvenu à nos JOurs. Le début du XIIlèmesiècle est d'une part marqué par la fin de cette période de rayonnement et le début d'une nouvelle période de troubles. En effet, une nouvelle tension politique se fait sentir entre les Etats féodaux. Les tribus Mongols sauront en profiter. En 1220, elles tentent une première offensive sur le territoire azerbaïdjanais. Cela permettra, notamment en 1256, la création de l'Etat des Elkhanides, qui s'effondrera en 1357. Son fondateur, Hulaku khan, avait reçu le titre de elkhan du grand khan mongol Khubilaï. Rappelons peut-être que c'est à lui qu'avait échu la mission de mettre fin au califat Abbasside en 1258. D'autre part, cette période historique est marquée par un grand développement, touchant divers secteurs, que ce soit en matière de politique, de technique ou encore d'économie. Par exemple, en 1259, l'observatoire d'astronomie de Maraga est construit, sur l'initiative du célèbre savant Nassiredin Toussi (1201-1274). L'époque fut aussi marquée par la création de «Dar uch-chafa». Il s'agit d'un des premiers hôpitaux du territoire azer-baïdjanais. Enfin, l'époque fut marquée par le philosophe Mahmud Chebusteri (1287-1320) et le célèbre musicien et théoricien Sefieddin Urmevi (1230-1294). Son oeuvre sera traduite par le musicien français R. d'Erlanger. Nous pouvons trouver ces travaux dans son livre intitulé «La Musique arabe», datant de 1937. Les oeuvres dont il s'est occupé son «Kitap al-advaf» et «Risaleyi-Cherefiyyé». Le mathématicien Ubeyd Tebrizi dont les dates ne nous sont pas parvenues, les poètes Izzeddin Hassanoglou (XlIIèmesiècle), Avhedi Maragayi (1274-1338), Zulfugar Chirvani (11901245), Fezlullah Rachideddin (1247-1318) historien et hom22

me d'Etat, partageant la passion de l'histoire, il faut encore citer Hemdoullah Gazvini (1281-1349). En 1355, le khan de la Horde d'Or mettra fin à l'Etat rayonnant des Elkhanides. L'Azerbaïdjan sera alors incorporé à l'Etat des Djelaïrides de (1358-1410). La fin du siècle est marquée par les assauts d'Amir Teymur et de son armée, venus d'Asie centrale. L'Azerbaïdjan devient aussi une proie de la Horde d'Or, menée alors par le khan Toktamich. En matière de religion et de spiritualité, l'époque est marquée par le courant huroufi. Il s'agit d'un mouvement qui prêtait un sens mystique aux mots. En effet, il suffisait d'apprendre à connaître les lettres au-delà de leur sens littéral, et dès lors I'homme pouvait être transcendé. Cette doctrine se voulait panthéiste, du fait qu'elle voyait l'incarnation de Dieu, non seulement dans les lettres, mais aussi dans la nature, voire l'homme lui-même. Le fondateur du mouvement, Cheykh Fazlullah Naïmi, sera exécuté sur l'ordre de Teymur en 1394 dans la forteresse Alindja, dans la province du Nakhitchevan. L'un des plus célèbres représentants de l'huroufisme est un élève de Naïmi, poète et philosophe azerbaïdjanais du nom d'Imadeddin Nassimi (1369-1417). Ces oeuvres de jeunesse sont marquées par un certain lyrisme. Plus tard, son propos sera tourné vers des thèmes politiques. Notons qu'il est considéré comme le fondateur des «gazels philosophiques», type de poème typiquement oriental. Dans ses poèmes, Nassimi pensait que la raison humaine pouvait ouvrir le secret de l'univers et de l'être. L'homme avait à se connaître lui-même, pour ainsi accéder à la vérité. Son oeuvre fut un tournant dans le développement de la poésie et la langue littéraire azerbaïdjanmse. Ses poèmes eurent une très forte influence sur les hommes de lettre comme Chah Ismaïl Khetaï, Fuzuli et Vaguif. Il finit sa vie à Alep, où il fut fait prisionnier et exécuté, du fait que son appartenance religieuse s'opposait à l'orthodoxie de l'époque. Il fut dépecé sur l'ordre conjoint du sultan d'Egypte et d'une fatwa religieuse.

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A l'orée du XVèmesiècle, les tribus garagoyunlu et akgoyunlu jouent un rôle détenninant dans la fonnation du peuple azerbaïdjanais. En 1410, nous voyons l'avènement de l'Etat de Garagoyunlu (1410-1468), avec pour fondateur, Gara Yussif. Ce dernier avait des origines turkmènes, plus précisément dans la tribu baharli. La capitale de l'Etat était alors la ville de Tabriz. Les différents dirigeants qui se succèderont parviendront à faire rayonner cet Etat, tant culturellement qu'économiquement. Cette époque fut marquée par les savants suivants: Chemseddin Mo-hammed Tabrizi, Mohammed Hüseyn Tabrizi, mais aussi par les poètes Gassim Anvar, Khelveti et le musicien Abdulgadir Maragui. Enfin, le roi Cahanchah, l'un des successeurs de Gara Yussif, écrivit lui-même quelques poèmes en azerbaïdjanais et en persan, sous le pseudonyme «Haqiqi». Sans s'arrêter à la littérature, il fit construire la Goy Mescid, c'est-à-dire la «Mosquée Bleue», un des plus beaux monuments d'architecture azerbaïdjanaise que l'on peut admirer à Tabriz. En 1466, Tabriz devient la capitale d'un nouveau royaume, l'Etat Akgoyunlu. Il était composé entre autres des territoires de l'Azerbaïdjan occidental, de la Géorgie orientale, de l'Iran occidental et de l'Irak. Son fondateur Uzun Hassan en fit un Etat très puissant. La Grande route de la Soie traversait les comptoirs commerciaux de ce territoire. Cet Etat, rival principal de l'Empire ottoman, entretenait des relations diplomatiques avec la principauté de Moscou, la Pologne, la Hongrie, Venise et la Grande Horde. Par ailleurs, précisons que la mère d'Uzun Hassan, Sara Khatun, fine diplomate, avait joué un grand rôle, dans l'établissement des relations avec ces grandes puissances. A Venise, la soie azerbaïdjanaise était très prisée, comme matière première dans la fabrication des textiles. Le gouvernement de Venise avait envoyé ses ambassadeurs à Tabriz, afin de mener à bien des négociations et contourner ainsi l'Etat ottoman. Aussi l'Etat Akgoyunlu entretenait de bonnes relations avec l'Etat indépendant d'Asie mineure, l'Etat de Trébizonde. Les deux puissances étaient alliées contre l'Empire ottoman. Le roi Uzun Hassan avait 24

par ailleurs épousé Despiné khatun, la fille de l'empereur de Trébizonde, Iohan IV. Enfin, il faut savoir que Tabriz était un véritable centre économique et culturel. Les spécialités de cette capitale tenaient en la joaillerie et la production textile. Et bien sûr, la poésie, la philosophie et la littérature n'étaient pas en reste, avec des figures telles que Kichveri et Habibi. Des cercles de poètes étaient organisés par le sultan lui-même. Il faut savoir qu'il entretenait une correspondance avec le poète ouzbek Alishir Nevaï. En 1501, la dynastie des Séfévides (1501-1736) en mit en place l'un des plus puissants Etats que connut le territoire azerbaïdjanais. A l'origine de cette dynastie, on retrouve le nom d'une célèbre confrérie soufie, celle des Sefeviyye (séfévides). Le fondateur de cette dynastie était Cheikh Sefieddin Ishag Ardebili (1252-1334). Rappelons qu'il fut le fondateur de la conftérie et de la dynastie, et non celui de l'Etat Séfévide. Les différentes tribus turques vivant sur le territoire azerbaïdjanais vont rapidement se réunir autour de cette confrérie. C'est ainsi que naquit l'Etat éponyme. Celui qu'on reconnaît comme le fondateur de l'Etat est Chah Ismaïl Khataï. Le territoire comprenait l'Azerbaïdjan, la Géorgie orientale, le Turkménistan méridional, l'Iran, l'Afghanistan et l'Irak, selon les périodes. Les capitales successives furent Tabriz, Ghazvin et Ispahan. Principal rival de l'Empire ottoman, l'Etat séfévide ne cessa de combattre son ennemi de toujours pendant environ deux siècles. Les causes principales de cette guerre étaient le contrôle des routes de commerce stratégiques et internationales qui traversaient le Sud Caucase et ainsi que les voies irakiennes. L'une des grandes bataille qui fit date dans l'histoire fut celle de Tchaldiran, le 23 août 1514. Le sultan ottoman Selim, bien qu'il remporte le combat ne put prendre la totalité du territoire azerbaïdjanais. L'Etat Séfévide de son côté mit fin et soumit, donc, l'Etat de Chirvanchah, en 1538 et celui de Cheki en 1551. Enfin, il faut savoir qu'en plus d'être un grand homme d'Etat, Chah Ismaïl Khataï était aussi un poète. Ses oeuvres consti25

tuent une étape importante dans l'histoire de la poésie azerbaïdjanaise. Les poèmes «Dahname» et «Nassihatname» sont restés très célèbres. De plus, précisons que c'est pendant son règne que la langue azerbaïdjanaise s'est hissée au rang de langue littéraire. Elle deviendra aussi la langue officielle de l'Etat. On la retrouve par exemple dans les correspondances officielles. L'autre grande figure de l'Etat Séfévide était Chah Abbas (1587-1629). Son règne fut marqué par le transfert de la capitale de Gazvin à Ispahan. Il chassa les ottomans du Caucase sud et du Khorassan et rétablit ainsi le pouvoir des Séfévides. Il avait créé une armée particulièrement disciplinée, avait mis de l'ordre dans le système des impôts et avait réalisé de grands travaux de constructions dans le domaine de l'architecture. A la jointure entre le XVlèmeet le XVnème siècle, le territoire de l'Azerbaïdjan est divisé par le mouvement des Djélalides. Ceux-ci s'opposaient à l'oppression ottomane. Le plus célèbre dirigeant de ces forces, reste l'illustre Koroglu. Il avait élu résidence dans la forteresse de Tchenlibel. Rappelons que l'épopée éponyme est très célèbre non seulement en Azerbaïdjan, mais dans tout le monde turc. En 1722-1723, en conséquence des offensives russes de Pierre 1er, les régions pré-caspiennes de l'Azerbaïdjan passent sous l'autorité russe. Pendant cette période, l'Azerbaïdjan est pris en étau entre les forces ottomanes et russes. Le général Nadir khan réunit une armée, toutes les forces du pays, dans l'espoir de le libérer. Il réussit à y parvenir. En 1736, il se déclare le Chah à Moughan. Cela marque la fin de la dynastie des Séfévides. En 1747, Nadir chah est assassiné dans un complot. Ainsi, son Etat construit par la force des armes s'effondre. Dès lors les guerres intestines reprennent de plus belle. De petits Etats indépendants et semi-indépendants, les khanats émergent de part et d'autre. Parmi les hauts faits de la culture Séfévide, il faut retenir la création d'un Etat centralisé qui permettra à la culture d'atteindre un grand développement. Le plus célèbre représentant de la littérature du XVlèmesiècle était le grand poète 26

et philosophe Mohammed Fuzuli (1494-1556). Il était né à Kerbala en Irak. Il apprit en autodidacte la plupart des sciences comme les mathématiques, la logique, la médecine, il connaissait très bien les courants philosophiques et religieux de son temps, mais aussi la philosophie antique, via des traductions arabes. Il connaissait aussi les littératures arabes, grecques, persanes, ouzbeks etc... Son chef-d'œuvre fut le poème «Leyla et Medjnun», une des belles oeuvres de la poésie orientale. Sa philosophie était exposée dans son texte «Matla ul-etigad», texte écrit en arabe. Fuzuli est aussi un des créateurs de la langue littéraire azerbaïdjanaise. C'est lui qui a ouvert de nouveaux horizons à la littérature azerbaïdjanaise. Il influença la littérature classique, mais aussi la poésie des autres peuples turcophones. En outre, il avait créé une école littéraire. Enfin, au XYlème,l'école des miniatures de Tabriz se fait une réputation qui perdurera jusqu'à nos jours. Son plus brillant représentant était le Sultan Mohammed. Dans la deuxième partie du XVIIlèmesiècle, les khanats profitent de se fédérer et ainsi de s'émanciper de l'autorité persane. Ce, sur l'initiative du khan de Gouba, Fatali khan. Cette fédération permit une nouvelle période d'effervescence culturelle et artistique, surtout dans les villes de Gandj a et Chucha et dans le Haut-Karabakh. Parmi les grandes figures de l'époque, citons Molla Veli Vidadi et Molla Penah Vaguif, deux célèbres poètes qui renouvelèrent le genre de la poésie avec talent. Dans le sud du pays, à la même époque, la dynastie turque des Gadjars, réussit à prendre le pouvoir dans la région, mais aussi en Iran. Ils établissent leur capitale à Téhéran. Ils régneront de 1796 à 1925. Le fondateur de cette dynastie, Aga Mohammed chah Gadjar, avait tenté de conquérir les territoires du nord de l'Azerbaïdjan, or, il se heurtera aux troupes russes. Celles-ci, de leur côté avait réussi à s'emparer de la ville de Chemakha dans le nord du territoire de l'Azerbaïdjan actuel. Dès lors les deux puissances ne cesseront de s'affronter.
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Au tout début du XIXèmesiècle, les combats persistent, mais ce sont les Russes qui l'emportent. Ils parviennent à occuper la Géorgie et une large partie de l'Azerbaïdjan, dont les khanats tombent les uns après les autres, entre 1804 et 1806. Seuls les khanats de Nakhitchevan et d'Erevan parviennent à résister à l'occupation russe. Les affrontements se poursuivent jusqu'en 1813, où le traité de Golestan est signé entre la Russie et les Gadjars. Il fut décidé que tous les khanats deviendraient officiellement des provinces russes, hormis les deux khanats cités ci-dessus, Nakhitchevan et Erevan. Or, malgré la signature du traité, les Gadjars décident de reprendre les territoires perdus. C'est donc une nouvelle période d'hostilité qui s'étend sur deux années, de 1826 à 1828. Le traité de Turkmentchaï viendra mettre fin à cette guerre. Il y était prévu que les khanats d'Erevan et de Nakhitchevan reviendraient à la Russie tsariste. Dans un premier temps, la Russie installa un régime militaire qui perdurera jusqu'en 1840. Puis l'Azerbaïdjan fut considéré comme une région à part entière de la part des autorités russe, il fut partagé en deux entités, la «région caspienne», dont le centre était Chemakha et le gouvernorat de «GéorgieIméretie», avec Tiflis comme capitale. Il s'agissait de provinces rattachées à l'autorité tsariste. Ce système sera supprimé, pour laisser place à des régions plus petites. Ainsi, tout le Sud Caucase était partagé en gouvernorats: Tiflis, Koutaïsi, Chemakha, Derbend, Ielizavetpol (Gandja), Erevan. Enfin, il faut préciser que suite au tremblement de terre de 1859, qui détruisit toute la ville de Chemakha, le gouvernorat fut déplacé dans la ville de Bakou. Malgré la politique de colonialisme russe, l'économie et la culture continuèrent de se développer. En 1876, une importante réforme agraire fut menée à son terme. Puis dès 1871, le pétrole de Bakou fut exploité. 7 ans plus tard, les premiers oléoducs étaient construits. Ils acheminaient le fruit des gisements aux usines de Balakhany. En 1883, notons la construction de la voie ferrée reliant Bakou à Tiflis. En 1900, une autre voie ferrée reliait Bakou et Vladikavkaz. Les domaines du textile, des vignobles et surtout l'exploitation pétrolière 28

étaient en plein développement. L'exploitation du pétrole permit l'éclosion d'une nouvelle classe sociale, celle des nouveaux riches, qui ne tarderont pas, pour un grand nombre, à se transformer en mécènes. Parmi eux, Hadji Zeynalabdin Taguiev. C'est à lui qu'on doit notamment l'ouverture de la première école azerbaïdjanaise pour filles. Le développement industriel n'empêcha pas la culture d'évoluer, elle aussi. Rappelons, à ce titre la personnalité de Mirza Fatali Akhundov (1812-1878), connu comme fondateur de la dramaturgie en Orient. On l'appelait le «Molière tatare». La première représentation théâtrale date de 1873. Cette époque est aussi celle des premiers pas de la presse écrite. En 1875, Hassan bey Zardabi publie le premier numéro d' «Akintchi», ce qui signifie «laboureur». En janvier 1908, le premier opéra est joué à Bakou. Il s'agissait d'une œuvre Uzeyir Hadjibeyov (1885-1948) intitulée «Leyli et Medjnun». L'histoire du cinéma commence avec le film <<.Danse l pays du pétrole et des millions» réalisé en 1916 d'après l'œuvre de I. Moussabeyov. Le début du XXèmesiècle est marqué par l'apparition de deux revues, «Fuyouzat» (1906-1907) et «Molla Nasreddin» (dès 1907) qui jouèrent un rôle déterminant dans le développement de la conscience nationale. Enfin, nous pouvons considérer qu'entre la deuxième moitié du XIXèmesiècle et le début du XXèmesiècle, se forme ce qu'on appellera par la suite la bourgeoisie nationale. Les positions des adhérents de l'indépendance politique devenaient plus fortes. C'est à cette époque que les premiers partis politiques azerbaïdj anais se créent. Il s'agit de «Difaï» (1905), «Hummet» (1905) et <<Mussavat»(1911). La révolution de février en Russie (1917) conduisit au renforcement des mouvements nationaux dans les provinces de l'Empire. Après l'arrivée au pouvoir des bolcheviques en octobre 1917, la lutte entre les différents courants politiques est devenue plus radicale et la guerre civile commença en Russie. Profitant de cette situation politique, en mars-avril 1918, aidés par les bolcheviques, les Arméniens massacrèrent un grand nombre d'Azerbaïdjanais. On peut alors parler de gé29

nocide. Lors de ces événements, près de 50.000 Azerbaïdjanais furent tués. Aujourd'hui, on retient la date du 31 mars comme celle de la commémoration de ces massacres. Le 22 avril 1918 correspond à la date de création de la République fédérative de Transcaucasie. Or, cette construction politique ne dura pas longtemps. Le 28 mai, l'Azerbaïdjan se proclame République Démocratique. Les hommes d'Etat Mohammed Emin Rassoulzadé (1884-1955), Fatali Khan Khoyski (1875-1920), Alimerdan bey Toptchoubachov (1865-1935) ainsi que d'autres personnalités, jouèrent un grand rôle dans la création de cet Etat et dans la reconnaissance de celui-ci sur la scène internationale. Pendant la courte durée de cette République, la langue turque a été décrété langue officielle et une armée nationale a été mise en place. De nombreuses réformes politiqueset et économiques ont été élaborées. Au parlement de la République, dont la première réunion a été ouverte le 7 décembre 1918, il y avait aussi des places pour les minorités nationales (arménienne, russe, géorgienne, allemande et polonaise). La délégation azerbaïdj anaise dirigée par Alimerdan bey Toptchoubachov multiplia les efforts dans le cadre de la conférence de paix à Paris (1919-1920), pour la reconnaissance de l'indépendance du pays. Le 11 janvier 1920, le Conseil Suprême des Etats alliés a reconnu de-facto l'indépendance de l'Azerbaïdjan. Or, le 27 avril de la même année, la Russie soviétique reprend le contrôle de l'Azerbaïdjan, ce qui met alors fin à une courte période d'indépendance. Le pays devient alors une république soviétique. Le 30 décembre 1922, l'Union des Républiques Socialistes Soviétiques (URSS) est constituée. Pendant le régime soviétique, le gouvernement central mène une politique de colonialisme. Plusieurs représentants de l'intelligentsia azerbaïdjanaise furent victimes de répressions dans les années 1930, comme par exemple les écrivains Husseyn Djavid (1882-1941) et Mikayil Muchfig (1908-1939). Entre 1941 et 1945, l' Azerbaïdj an participe à la guerre contre le fascisme. Pendant cette période, le pétrole de Bakou revêt 30

une importance capitale. En effet, la majorité des chars et des avions utiliseront cette ressource. Les héros azerbaïdjanais de l'Union Soviétique comme Hazi Aslanov (1910-1945), Mehdi Husseynzadé (1918-1944) ont fait preuve d'un héroïsme exceptionnel et ont laissé leur nom dans l'histoire. Pendant les années de guerre, le 27 novembre 1944, soulignons la visite à Bakou de Charles de Gaulle, alors dirigeant du mouvement de Résistance et président du Gouvernement Provisoire de la République Française. Par ailleurs, il faut noter aussi les changements positifs dans les différents domaines de la société, que ce soit économique ou culturel. En effet, penchons nous sur les années de pouvoir du premier secrétaire du Comité Central du Parti communiste d'Azerbaïdjan, Heydar Aliyev (1969-1982). Les années 1970 seront marquées par la réalisation de réformes structurelles dans le domaine de l'économie. En même temps, le réseau des écoles secondaires et supérieures est élargi, de manière à préparer efficacement des cadres. A noter la création de l'école militaire de Djamchid Nakhtchivanski. En 1988, le mouvement de libération nationale pour l'indépendance de l'Azerbaïdjan commence à se faire entendre. Comme dans toutes les autres républiques soviétiques, Moscou essayait d'empêcher l'élargissement de ce mouvement. Dans ce but, en janvier 1990, le gouvernement soviétique envoie des forces militaires sur la ville de Bakou. Il s'agit d'une véritable tragédie qui fait plus de cent morts et d'innombrables blessés. Or, cela ne parvient pas à casser la volonté du peuple azerbaïdjanais. Il faudra attendre le 18 octobre 1991 pour que l'Azerbaïdjan puisse enfin rétablir son indépendance. Pendant les années 1990, l'Azerbaïdjan doit faire face à plusieurs problèmes. En effet, d'un côté, le pays lutte pour se constituer en tant que République indépendante, alors que de l'autre côté, les combats font rage, à l'ouest, dans la région du Haut-Karabakh, où Azerbaïdjan et Arménie se battent dans l'espoir de dominer ce territoire. Un des épisodes les plus terribles de cette guerre correspond à ce qu'on appelle la tragédie de Khodjali. Le 26 février 31

1992, les occupants arméniens, appuyés par les troupes russes, massacrent toute la population de la ville de Khodjali, dans la région du Haut-Karabakh, et ne laissent derrière eux que des décombres. En 1992, le Conseil de Sécurité de l'ONU a adopté 4 résolutions (822, 852, 874, 884) condamnant la politique d'occupation de l'Arménie. Il encourage l'Arménie a retirer ses troupes du territoire azerbaïdjanais, ce qui à ce jour, n'a pas encore été réalisé. L'année 1993 sera marquée par différents évènements. Tout d'abord, nous pouvons mentionner que l'Azerbaïdjan sera la première des ex-républiques soviétique a négocier un accord avec la Russie, afin que les troupes russes quittent le territoire azerbaïdjanais. La décision est effective dès le mois de mai 1993. 1993 est aussi l'année de l'accession au pouvoir de Heydar Aliyev. Avec lui, c'est une nouvelle page d'histoire qui s'ouvre pour l'Azerbaïdjan. Le 3 octobre, il est élu président. Très vite, il esquissera un programme avec pour priorités le renforcement de l'Etat, la reconnaissance du pays dans la sphère internationale, une politique de redressement socioéconomique et culturel (notamment par rapport aux stratégies concernant le marché du pétrole). Voici en quelques points les résultats de cette politique: Le 12 mai 1994 un cessez-le-feu est établi entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan; Le 20 septembre1994 a été signé le «Contrat du Siècle» (c'est ce contrat qui régule, notamment, la présence d'investisseurs étrangers dans le secteur pétrolier azerbaïdjanais); Le 12 novembre 1995, une nouvelle Constitution est adoptée; En septembre 1998 a lieu la conférence internationale sur le programme TRACECA (programme qui envisage le rétablissement et le développement de la Grande Route de la Soie); Le 25 janvier 2001, l'Azerbaïdjan devient membre du Conseil de l'Europe.
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Le 15 octobre 2003, Ilham Aliyev succède à son père, comme président de la république. Actuellement, l' Azerbaïdj an se trouve en voie de développement. De grands projets sont en cours de réalisation, ayant tous pour but de moderniser l'Etat et la société. Enfin, nous ne pouvons conclure cette excursion historique sans parler d'une des plus importantes fondations d'Azerbaïdjan. Il s'agit de la Fondation Heydar Aliyev. Il va sans dire que son rôle est particulièrement important dans la modernisation du pays. Créée le 10 mai 2004, elle est dirigée actuellement par Mehriban Aliyeva, ambassadrice bienveillante de l'UNESCO. Cette fondation se charge entre autres d'organiser des manifestations culturelles et sociales, mais aussi de développer de nouvelles écoles.
LE CONFLIT DU HAUT-KARABAGH: D'ACTUALITE UN PROBLEME

Si l'on veut situer historiquement les premières dissensions qui opposèrent arméniens et azerbaïdjanais, il nous faut remonter alors au XVnème siècle, au moins. En effet, à cette époque, les arméniens cherchaient à agrandir son térritoire et se heurtaient alors aux différentes puissances qui l'entouraient, comme notamment l' Azerbaïdj an. Ces prétentions territoriales explique, en partie, l'émergence de plusieurs mouvements arméniens à tendance nationalistes et terroristes. La fin du XIXèmesiècle est marquée par les naissances successives des partis d'Armenakan, Hntchak ou Dachnaksoutyoun. Il s'agit d'organisations arméniennes qui sèmeront alors le trouble dans l'Empire ottoman et le Caucase, dans le but, semble-t-il, d'étendre le territoire arménien. Au XXèmesiècle, la situation ne cesse de s'envenimer. Il faut préciser qu'au début du siècle, la Russie fait autorité dans cette zone du Caucase, qui comprend Azerbaïdjan, Arménie, et Géorgie. Pour conserver l'influence qui lui reste, la Russie ne va cesser de manipuler les uns et les autres. Tandis que Géorgie et Azerbaïdjan s'opposent au pouvoir tsariste, puis bolchevique, l'Arménie préfère jouer la carte de l'alliance. 33

Carte des territoires occupés

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De ce fait, dans l'Azerbaïdjan «russe» du début du XXème siècle, vit une importante communauté arménienne. Celle-ci, profitant de la puissance de son alliée, peut se vanter d'occuper des postes importants et de s'enrichir grâce aux exploitations pétrolières, par exemple. Ce, au détriment du peuple azerbaïdjanais, cantonné dans des métiers manuels mal rémunérés. Bien sûr, la situation débouche sur des querelles ethniques, la cohabitation se passe très mal et la tension est à son comble. La poudrière sociale se transforme en guerre civile. Celle-ci sera réprimée dans le sang par l'armée russe. Les conséquences de ces événements sont terribles pour la population azerbaïdjanaise: on parle de massacre et, de surcroît, la politique d'occupation arménienne est élargie. Quelques années plus tard, alors que la Russie tsariste est déchirée par la Révolution de 1917, l'emprise sur le Caucase se relâche. Cet instant de répit permet aux républiques d'Arménie, d'Azerbaïdjan et de Géorgie de se constituer en république de Transcaucasie. Enfin, rapidement, cette république laisse la place à trois Etats indépendants, en 1918. La venue de ceux qui seront appelés les 26 commissaires remettra le feu aux poudres et ranimera l'animosité entre les différentes ethnies de cette région du Caucase. Il s'agissait de bolcheviques russes désirant nationaliser le pétrole azéri. A nouveau les tensions ethniques et sociales s'exacerbent et laissent place au massacre. «Les Jours de Mars» entraînèrent la mort de 50000 azéris. Désormais, le 31 mars est célébré en mémoire du génocide de 1918. Enfin, les forces arméniennes profitèrent de ce chaos pour annexer la province azerbaïdjanaise du Zanguézour. Quant à la région du Haut-Karabakh, il faut attendre la fin du régime soviétique, pour qu'elle se fasse connaître par la communauté internationale. Il semblerait que l'Arménie ait une nouvelle fois montre d'un certain appétit territorial. L'enjeu principal, du côté arménien, était à l'époque de la fin des années 1980, de s'emparer du Haute-Karabakh, du fait de son importante population arménienne. Dès lors, des affrontements réguliers opposent les deux armées, azerbaïdjanaises et arméniennes. Le résultat de ces an3S

nées de guerre est que, d'une part, 20% du territoire azerbaïdjanais est sous occupation annénienne; et d'autre part, l'Azerbaïdjan doit faire face à un nombre croissant de réfugiés. En effet, tous les Azerbaïdjanais d'Annénie ou de la région du Karabakh ont été contraints de fuir. Actuellement, le pays compte plus d'un million de réfugiés, dont la grande majorité vit dans des camps depuis plus de 10 ans maintenant. Et pourtant, résoudre ce problème est un des premiers enjeux du gouvernement azerbaïdjanais. En mars 1992, le Groupe de Minsk, un mécanisme de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) a été créé spécialement en vue de la résolution du conflit. En 1993, le Conseil de Sécurité de l'O.N.U a adopté 4 résolutions (822, 853, 874 et 884) condamnant la politique d'occupation de l'Annénie. Malheureusement, à ce jour, ces décisions ne sont qu'écrites. Avec l'arrivée au pouvoir du président Heydar Aliyev, le gouvernement azerbaïdjanais a élargi son activité diplomatique dans le but de la résolution du conflit. Plusieurs organisations internationales, comme l'Organisation de la Conférence Islamique ou le Conseil de l'Europe condamnent l'agression annénienne. Le 12 mai 1994, un cessez-le-feu a été établi. Puis, sur l'impulsion du président Heydar Aliyev, les négociations se sont intensifiées. Les chefs d'Etat d'Azerbaidjan et d'Annénie se sont rencontrés plusieurs fois, dans l'espoir de trouver une solution. Malheureusement, il semblerait que les discutions n'aboutissent pas encore à un résultat concret et efficace. De son côté, l'Azerbaïdjan exprime le souhait de résoudre le problème confonnément au droit international, selon les principes de l'intégrité et de l'inviolabilité des frontières. Ilham Aliyev, président actuel, a fait savoir à maintes reprises l'importance de régler ce conflit par voie pacifique.

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DONNEES

GEOGRAPHIQUES

Le territoire d'Azerbaïdjan sis dans le Caucase, est considéré comme la porte entre l'Europe et l'Asie. Au nord, le pays partage une frontière avec la Fédération de la Russie (390 km), au nord-est avec la Géorgie (480 km), au sud-est avec l'Arménie (I007 km) et la Turquie (11 km) tandis qu'au sud, se trouve une frontière commune avec l'Iran (765 km). A l'est, la Caspienne offre une côte longue de 825 km. Pour sa part, la région du Nakhitchevan (300.000 h) est séparée de l'Azerbaïdjan par une bande de territoire sous la souveraineté arménienne. Il s'agit là d'un héritage du découpage des frontières, à l'époque soviétique. Située au sud-ouest du pays, la région partage une frontière avec l'Arménie (221 km), l'Iran (179 km) et la Turquie (Il km). Ainsi, la surface de la République d'Azerbaïdjan comprend 86600 km2. Enfin, reste encore la région du Haut-Karabakh, zone de conflit avec l'Arménie. La superficie totale du territoire d'Azerbaïdjan vaut deux fois celle du Danemark.

STRUCTURE GEOLOGIQUE ET RESSOURCES NATURELLES

On peut considérer l'Azerbaïdjan comme un pays montagneux. En effet, il faut imaginer sa plaine centrale, nommée plaine de la Koura-Araxe, cernée de tout côté par les Grand et Petit Caucase. L'altitude moyenne de la république est de 657 m. Le plus haut sommet, Bazarduzu, atteint 4466 m. La chaîne du Grand Caucase se termine dans la mer Caspienne, donnant ainsi naissance à un grand nombre de volcans sousmarins. On en compte plus de 250. Enfin, pour clore ces informations géomorphologiques, nous ajouterons que le territoire d'Azerbaïdjan est situé dans une zone sismique. La force des tremblements de terre des foyers tectoniques peut être de 8 à 10 points sur l'échelle de Richter. Heureusement, durant ces dernières dizaines années, ces cataclysmes n'ont provoqué que des dégâts limités.
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Il existe de grandes ressources, d'une part, du pétrole et de gaz, à Bakou, mais aussi sur toute la péninsule d'Abchéron, ainsi que dans l'archipel du même nom. D'autre part, on trouve aussi du molybdène et du sel gemme. Le sud du pays est situé sur le Petit Caucase. Cette chaîne de montagne est un héritage des volcans de l'ère jurassique. Le nord du Grand Caucase est, lui, riche de divers types de pétrole. On trouve le Naftalan, de l'alunit de Zeylik, mais aussi du fer de Dachkessen. La république autonome du Nakhitchevan, ainsi que les plaines de l'Araxe sont entourées par les montagnes de Dereleyez et de Zanguézour. Enfin, l'eau mérite bien un paragraphe à elle seule. Tout d'abord, il faut savoir que la mer Caspienne faisait autrefois partie d'un grand océan qui recouvrait tout le Caucase. Avec la mer d'Aral, elles sont les seuls témoins restant de l'océan qui séparait le continent eurasiatique du continent africain. La mer Caspienne se serait constituée en lac, il y a alors 4 ou 5 millions d'années. A noter encore que les fonds de cette mer sont à considérer comme une frontière tectonique. Cela se caractérise par une forte activité sismique. On peut l'observer par une certaine élévation du sol ou encore les volcans sousmarins dont nous avons déjà mentionné l'existence. Mer mystérieuse par excellence, il faut savoir que le niveau de cette mer peut varier de 6 à 13 mètres, sans qu'aucun scientifique n'ait pu y trouver une explication. Aujourd'hui, elle représente la plus grande étendue d'eau continentale de la planète. Du nord au sud, elle s'étend sur 1200 kilomètres. Sa surface est de 390.000 km2, tandis que le volume d'eau qu'elle contient serait de 67.000 km3. Mer close, seul le système des canaux russes la relie à la mer Baltique et à la mer d'Azov. En plus du pétrole, la Caspienne abrite une abondance de poisson. 90% du caviar mondial y est produit. Outre l'esturgeon, on recense 42 variétés de carpes, 17 de harengs et deux de saumons. Signalons aussi que le fameux vobla, poisson séché et fumé dont les Russes sont sifriands, y est pêché.
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La pollution et les variations dont nous avons parlé ci-dessus font partie des menaces concernant l'existence des esturgeons. Ainsi, depuis une vingtaine d'années, les Etats côtiers se sont accordés sur des quotas de pêche, afin de limiter la surexploitation. Bien que cela ait sauvé les esturgeons de la disparition, cela n'a pas encore réglé le problème de la pollution dont ils sont les premières victimes. Le caviar représentait un marché d'environ 76 millions de dollars en 1998 et un demi-milliard dans le commerce de détail, tandis que le relâchement des structures de surveillance depuis les indépendances incite à profiter de la manne. Devant la défaillance des Etats riverains à prendre les mesures appropriées pour protéger les esturgeons, l'Agence internationale des Nations Unies chargée du commerce des espèces protégées (CITES) est sur le point de décréter un boycott du négoce du caviar, du même ordre que celui concernant l'ivoire des éléphants, ce qui réduirait de 80% la production. Enfin, en plus du pétrole et du poisson, la mer Caspienne présente un potentiel touristique aussi. Des complexes hôteliers, maisons de repos et stations balnéaires sont autant de construction qu'on peut voir sur ses bords. Hormis la mer, l'Azerbaïdjan compte nombre de sources d'eau minérales, chaudes ou froides, comme Badamli, Tourchsou ou Istissou. La vaste plaine de Koura-Araxe, constitue la partie centrale d'Azerbaïdjan. Ses terres sont fertiles, du fait qu'elles sont arrosées par la rivière Koura. Quant aux rivières et cours d'eau, on en compte jusqu'à 8500. Les plus grandes rivières, comme la Koura, s'étendent sur plus de 100km. Toutes finissent par rejoindre la mer Caspienne. Rappelons que celle-ci a une altitude de 28 m sous le niveau de l'océan. Il existe au moins 250 lacs. Les plus grands sont Sarissu, Akgeul, Agzibirdjala, Mehman, Boyukchor et Hadjigaboul. Enfin, il faut noter l'existence du réservoir d'eau de Minguetchevir qu'on appelle mer de «Minguetchevir».

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CLIMAT

On trouve en Azerbaïdjan plusieurs types de climat. En effet, bien que la superficie du pays soit réduite (86.600 krn2) on peut y trouver des zones climatiques diverses: haute montagne, subtropical sec ou humide, avec encore des zones tempérées et des steppes semi-arides ou humides. En fonction de l'altitude et de la proximité de la mer Caspienne, les températures sont, elles aussi, très contrastées: les maximums sont de 43° C (Abchéron, vallée de Koura-Araxe, Nakhitchevan) et les minimums de -30° C (Nakhitchevan et haute montagne). Cette diversité se marquera notamment par de grandes différences au niveau de la pluviométrie. Sur le sud de la péninsule d'Abchéron, au sud-ouest Chirvan et au sud-est Gobustan il ne pleut que 200 mm. Dans le plaine de la KouraAraxe, 200-300 mm, en montagne, comme dans le Grand Caucase, cela s'élève jusqu'à 900 mm, et enfin, dans la région de Lenkaran, la pluviométrie atteint le niveau record de 1300 mm, avec parfois des pointes à 1800. On surnomme souvent l'Azerbaïdjan «pays du soleil», avec raison, car en effet, les heures d'ensoleillement sont de 2900 par an. Même si les montagnards portent en tout temps peau de mouton et bottes fourrées, le printemps est précoce et les citadins, par exemple, dès le printemps, remettent des tenues plus légères. L'été commence dès le mois de mai et se termine en septembre. Les Azerbaïdjanais aiment à bronzer sous le soleil sur les plages d'Abchéron et nager dans l'eau chaude caressante de la mer Caspienne. La péninsule d'Abcheron est connue aussi comme étant une terre de vent. Le <<Khazri»,vent du nord peut souffler des rafales allant à plus de 40 mètres/secondes. Ce qui n'est pas sans porter préjudice à l'agriculture. Pourtant il faut bien lui rendre qu'en été, il amène une fraîcheur bien agréable. Quant au vent du sud, «Guilavar», c'est à lui qu'on doit l'air sec et chaud. Il va sans dire que les sommets de la chaîne du Caucase sont recouvert de névés.
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PAYSAGES,

FAUNE ET FLORE

L'Azerbaïdjan offre une diversité de paysages proportionnelle à sa variété de climat. La forêt recouvre 11% du territoire. Reste à déplorer que ce chiffre ait tendance à baisser. Les plaines centrales du Moughan et du Mil, autrefois herbeuses et parcourues par les trou-peaux et les caravanes de chameaux de Bactriane, sont désormais agricoles et sillonnées de canaux d'irrigation pour, entre autres, arroser les champs de coton; dans les espaces semi désertiques. La péninsule d'Abcheron est considérée à l'heure actuelle comme une des zones les plus dégradées de la planète, du fait de l'exploitation chimique et pétrolière. Or, naguère, il s'agissait d'une terre de légende plantée au milieu des eaux, battue par de les vents et les tempêtes (le vent peut souffler à plus de 120 km/h), on pouvait y voir le sable s'enflammer par endroits, du fait de nappes de gaz ou de pétrole souterraines. Comble des prodiges, il arrivait aux abords de Bakou que la surface de la mer prenne feu elle aussi à cause des sources de naphte sous-marines. Ces particularités ont profondément frappé les esprits des anciens. Les sectateurs de Zoroastre, y ont vu la présence surnaturelle de leur Dieu, où les quatre éléments étaient réunis dans une si stupéfiante mêlée que la péninsule en est presque devenue un temple en elle-même. De cette terre légendaire et mystique, il ne reste aujourd'hui plus que le modeste temple zoroastrien d'Ateshgah, reconstruit au XVIIleme siècle. Ce qu'Alexandre Dumas nomma, lors de son voyage en 1858, «feux de mer», a désormais disparu. Il ne reste que des «feux de terre»; près de Bakou, une grosse dune brûle continuellement à «Yanardagh» (la montagne en feu) sans autre combustible que la poche de gaz qui imprègne le sable sec. Pour terminer ce petit panorama, citons encore la plaine brûlante du Chirvan oriental. Là-bas, la végétation est luxuriante. De même, Lenkaran offre une belle ver-dure avec ses plantations de thé. Ainsi, tous ces paysages contrastés doivent être pris comme autant de richesses que la pays est en mesure
d' 0 ffur.

La faune est particulièrement riche, on recense jusqu'à
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18.000 espèces animales réparties sur tout le territoire. Tout d'abord, citons les ours et les loups qui peuplent les hauteurs des Petit et Grand Caucases. Dans le sud du Nakhitchevan, on peut avoir la chance d'observer des léopards, tandis que dans les hauteurs du massif de Talych, vivent des cervidés. Dans les montagnes du nord, du côté du Daghestan, on trouve des mouflons asiatiques, des gazelles, des chamois et des chevreuils caucasiens. Dans les champs, des lynx, des renards, des chacals, mais aussi des porcs-épics et des blaireaux. Dès l'automne, les sangliers, fonçant se cogner contre les chênes nous font savoir qu'ils sont bel et bien présents. A l'embouchure de la Koura, vivent de nombreux oiseaux aquatiques. Ce site, leur offre une étape dans leur migration nordsud. A cela s'ajoute une variété de phoques qui réussit encore à survivre à la pollution de la mer Caspienne. Les réserves de Zagatala et de Kizilagac sont elles aussi un paradis pour les oiseaux. Là-bas, les mouettes et les hérons sont voisins des pélicans et des flamants. Enfin, la plaine du Maughan était célèbre pour ses innombrables nids de serpents, mais il semblerait qu'ils aient disparu. Concernant la flore, il faut savoir qu'elle aussi est particulièrement riche. On compte en Azerbaïdjan plus de 4.000 espèces de plantes différentes, dont 800 auraient des vertus bienfaisantes, en qualité de plantes médicinales. Parmi tout ce que les botanistes peuvent observer ici, nous ne citerons que l'acacia de soie et l'arbre de fer. Ce dernier pousse sur les pentes des montagnes de Talych, dans la région de Lenkaran. Il produit un bois d'une solidité légendaire. Enfin, le pays compte une vingtaine de parcs-protégés et de réserves naturelles, permettant de conserver une biodiversité trop menacée.

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POPULATION

Comme nous l'avons déjà mentionné, l'Azerbaïdjan peut être considéré comme l'un des berceaux de l'Humanité. Datée du paléolithique, environ 400.000 ans avant notre ère, on a retrouvé sur la frange orientale du Haut-Karabakh, des crânes d'ours, témoignant certainement de la spiritualité de l'époque, ainsi qu'une mâchoire inférieure de femme qui serait la cinquième plus vieille relique humaine mise à jour par les paléontologues. Le site de Gobustan, à soixante kilomètres au sud de Bakou, non loin de la mer est connu pour ses gravures rupestres à l'air libre. Elles ont été creusées sur d'énormes blocs de rochers, plantés en désordre, à la façon d'un cromlech géant, au sommet d'une petite colline aux pentes desséchée. Les plus anciens dessins gravés remonteraient à 10.000 ans. Les scientifiques considèrent qu'on y trouve des témoignages du mésolithique, du néolithique et de l'âge de bronze. Les parois sont surchargées de fines gravures représentant divers motifs. Les représentations d'animaux sont particulièrement riches et fournissent un véritable inventaire de la faune locale de jadis: lions, chevaux, cervidés, buffles, oiseaux, poissons, lézards, serpents et même insectes apparaissent dans un excellent état de conservation. Les scènes de chasse y sont là aussi présentes. Non seulement, on peut voir aussi un grand nombre de femmes représentées, souvent tatouées, mais aussi, des scènes de la vie, comme des rondes de danseurs ou de curieuses évocations de scène de navigation ou encore des embarcations ressemblant étonnamment aux drakkars scandinaves. D'ailleurs, l'ethnologue norvégien Tor Heyerdal est allé jusqu'à rechercher un lien entre ces rives de la Caspienne et la légende orale d'une tribu nordique qui disait être venue d'un lieu mythique appelé <<Azer». Outre cela, les témoignages de l'époque du bronze sont nombreux: époque de la formation du processus d'identification collective du groupe, les vestiges de signes et de symboles totémiques, sont présents dans toutes les régions, de Minguetchevir à Abchéron. Culte des astres et
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animaux de référence sont gravés ou sculptés. On peut voir des alignements de mégalithes, comme ceux de Stonehenge, en Angleterre, dans la région de Guedebey (ouest). Des sépultures proto-turques, des kourgans ont été découvertes dans le Nakhitchevan, mais aussi sur la péninsule, à Mardakan. Ainsi, avec tous les témoignages laissés par l'histoire, comme divers objets ou sépulture, nous avons pu reconstituer des cultures distinctes, comme celle propre aux régions de Koura, Araxe, ou celles de Moughan. Enfin, la présence de vestiges scythes a été identifiée notamment dans la région de Minguetchevir. La majeure partie de la population actuelle est constituée. d'Azerbaïdjanais Comme nous l'avons suggéré ci-dessus, cela fait longtemps qu'ils peuplent la région. En effet, nous pouvons dire qu'il s'agit d'un des premiers peuples d'Asie occidentale. Les gens de cette région du Caucase ont, depuis toujours, été caractérisés par leur courage, leur capacité au travail, leur habileté, leur gaieté et leurs moeurs bienveillantes. Il semblerait que ce qui était appelé autrefois territoire d'Atropatène ait donné le nom d'Azerbaïdjan. Actuellement, la population du pays s'élève à 8 millions de personnes. La natalité, autrefois très importante, est en baisse depuis les dernières décennies du XXème siècle. Plusieurs facteurs peuvent l'expliquer, mais c'est avant tout la guerre du Haut-Karabakh qui a le plus influencé la communauté. Aujourd'hui, on compte en moyenne dix nouveaux-nés pour 1.000 personnes. La majorité de la population est urbaine. L'espérance de vie moyenne est de 73 ans. Cependant, on raconte qu'il est fréquent que les montagnards soient centenaires. Enfin, il faut savoir que l'Azerbaïdjan abrite un grand nombre de minorités. Assimilés, se côtoient des russes, des juïfs, des Juifs, des Tatars, mais aussi d'autres minorités ethniques.

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VILLES BAKOU,

ET REGIONS LA CAPITALE

Aujourd'hui Bakou est le plus grande centre indus-triel, scientifique et culturel du Caucase. La mégapole moderne a été dressée en amphithéâtre dans une baie de la péninsule d'Abcheron. Ses avenues sont larges, on peut y voir de grands bâtiments et nombre de monuments. Les places sont vastes et la verdure est mise à l'honneur dans les parcs et les squares. Toutes les grandes écoles et universités se trouvent dans cette ville, à l'instar de l'Académie nationale de la science. Les musées ne sont pas en reste. De plus, Bakou est aussi la ville du conservatoire, du Palais de Chirvanchah «au fond d'or», de divers monuments architecturaux. Enfin, on trouve ici des théâtres et des complexes sportifs. Parmi les surnoms de la capitale, il faut citer «la porte de l'Europe à l'Asie», «la ville du vent» ou encore «la ville du soleil». Désormais, on trouve à Bakou divers ambassades étrangères. Dans les rues de la ville, il n'est pas rare qu'on en-tende les langues turque, française, anglaise, allemande, arabe, en plus de l'idiome local. De même que les restaurants diversifient leur offre. A Bakou, il est possible de manger indien, scandinave, chinois ou italien, entre autres. Enfin, rappelons que Bakou a toujours été le plus grand port de la mer Caspienne et de ce fait, le flambeau de l'industrie caucasienne que ce soit dans les secteurs de la construction mécanique, du pétrole, de la chimie, du coton ou du papier.
POPULATION URBAINE ET VILLES

Nous savons, grâce aux vestiges et aux archéologues que les premières villes azéries datent du Ve ou VIe siècle. Mais le développement des grandes villes date surtout du Moyen Age. Il s'est fait conjointement au développement des relations féodales. Il faut savoir que les grandes villes ont joué un rôle important comme centre des Etats féodaux. Puis, 45

plus tard, l'artisanat et le commerce n'ont cessé de se développer pour aboutir à des villes telles que nous les connaissons actuellement. Encore faut-il préciser que le développement urbain et l'exode rural ont connu le plus grand développement de leur histoire au XXème siècle. Gandja et Chemakha furent des villes importantes à l'époque du haut Moyen Age. Les villes se sont développées parallèlement à aux routes commerciales. Or, les guerres et le morcellement des territoires gênèrent longtemps l'urbanisation. Le développement des relations capitalistes au xrxème siècle, particulièrement la construction le chemin de fer Bakou-Tiflis (Tbilissi) en 1883 lia l' Azerbaïdj an au centre de la Russie et influença positivement le développement de l'économie. C'est d'ailleurs à cette période que les villes de Bakou et Gandja se sont le plus développées. L'industrie et l'exploitation des ressources premières fut bien sûr un des facteurs essentiels sans quoi certaines villes ne se seraient certainement pas autant développées, comme par exemple Soumgaït, Minguetchevir, Dach-kessen, où prédomine les centres industriels. D'autres villes correspondent à des carrefours et se sont, du coup, développées dans les transports. Il s'agit de Yevlakh, Salyan et Djoulfa, entre autres. Enfin, citons encore les stations balnéaires: Choucha, Naftalan, Istisou, Bilgah, Mardakan, pour ne citer que cellesci. Les villes les plus développées sont industrielles, comme Bakou ou Gandja. Aujourd'hui, Bakou, la capitale compte plus de 2 millions d'habitants. Gandja, deuxième ville, à l'ouest 300.000 habitants, tandis que Soumgaït, sur la côte au nord de la péninsule d'Absheron, 285.000. Enfin, dans le HautKarabakh, la population s'élevait à 55.000 habitants, avant la guerre de 1988-1994.

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QUI SONT LES AZERBAIDJANAIS?

Selon les chiffres du recensement de février 1999, la population azerbaïdjanaise serait légèrement au-dessus de 8 millions d'habitants. Ce qui par ailleurs élève le pays au rang du plus densément peuplé de la zone ex-soviétique (95,5 hab./km2). La population se ainsi: 51% en ville et 49% en zone rurale. Historiquement, le peuple azerbaïdjanais se divisait en plusieurs groupes sociaux, selon la tâche à laquelle ils s'adonnaient. Nous pouvons citer entre autres: les ayrims, les garapapags, les padars, les chahsevens, les garadaglis ou encore les afchars. Actuellement, ces distinctions ethniques et sociales, qui ressemblent à s'y méprendre à des castes, persistent encore en Turquie et en Iran. Concernant l'Azerbaïdjan, du fait du régime socialiste soviétique, de nouveaux groupes sont apparus, accompagnés bien sûr de changements, quant à ces traditions ancestrales. Le peuple azerbaïdjanais a créé sa propre culture, son folklore, sa riche littérature, sa musique nationale et sa propre graphie, tout au long de son histoire. La République Démocratique d'Azerbaïdjan fut la première république à naître à l'Orient musulman. Le pays était célèbre comme la patrie de la musique, professionnelle et nationale et la patrie de l'Opéra. Dès le XIèmesiècle, une vague massive de populations turcophones oghouz venues des steppes d'Asie centrale, se fixa dans la région et généralisa l'usage de la langue turque. Au XIXèmesiècle la conquête russe, puis le développement des champs pétroliers de Bakou y ont adjoint des éléments slaves, juifs ashkénazes et tatars. Les musulmans se répartissent entre 70% de chiites, prédominant dans la moitié sud et dans les villes, et 30% de sunnites, plutôt au nord de la Koura. Pourtant,70 ans d'athéisme soviétique succédant à quelques décennies d'anticléricalisme résolu rendent cette affirmation sur les différences sectaires un peu aléatoire et sans réel écho dans la population.

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