PARLONS BAMOUN

De
Publié par

Dans ce livre qui lève un pan de voile sur le peuple Bamoun (Cameroun), l'auteur entraîne le lecteur à la découverte de l'univers fascinant de ce qui fut autrefois le royaume Bamoun. Récits des origines, architecture, spiritualité, peinture de la société, évolution dans la modernité, emprunts linguistiques, ce livre est un véritable cocktail d'informations, un florilège diapré qui séduit tout à la fois par l'originalité des sujets développés et la singulière liberté d'esprit avec laquelle les traditions Bamoun ont été présentées. Parlons Bamoun est une autre façon de renouer avec l'Afrique des origines et d'entrer dans la mémoire du monde.
Publié le : dimanche 1 septembre 2002
Lecture(s) : 1 602
Tags :
EAN13 : 9782296267770
Nombre de pages : 333
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

Emmanuel MATA TEYOU

PARLONS BAMOUN

L'Harmattan 5-7, me de l'École-Polytechnique 75005 Paris France

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALlE

(Ç)L'Harmattan,

2002

ISBN: 2-7475-1336-X

Du même auteur: Les sociétés secrètes dans la littérature camerounaise: le cas des Bamoun. Lille, ANRT, 1990. Storytelling in Africa: An Anthology of Myths, Legends and Folktales from Cameroon. Lewiston, The Edwin Mellen Press, 1997. Les Nouveaux défis de la littérature orale africaine: Ndzana Ngazogo. Yaoundé, Presses Universitaires de Yaoundé,. 1999. Les merveilleux récits de Tita Ki.Yaoundé, CLE, 2001.

Nos remerciements

à

Benjamin Konhouet Maurice Tadadjeu Maurice Sadembouo Fotso Nkoamgne Huguette Gabriel Mba Richard Herbert Njock Mme Boum Anne Marie, épouse Ndongo Semengne Frère Marcel de la Communauté des Petits Frères de Jésus, Njindare (Foumban) pour leur soutien dans la réalisation de cet ouvrage.

Photo couverture: Mandou, nièce du Roi Njoya. Photo de Anna Wuhrmann (1912)

A ELENA-TERESA

INTRODUCTION

1. D'où viennent les Bamoun ?
Dans tout le département du Noun, une seule langue est parlée par tous shüpamam. Malgré cette unité linguistique, on retrouve une diversité à l'intérieur de cette population. C'est cette unité linguistique qui fait que généralement on assimile I'histoire de la population à celle de ses rois. Ceci est un tort parce que la famille royale a son histoire, la population la sienne. Il faut bien le préciser, les rois Bamoun s'installèrent dans ce qui est aujourd'hui le département du Noun après de rudes batailles avec les populations locales. Qui étaient-elles et d'où venaientelles ? Voici une question à laquelle il ne sera pas facile de répondre, ces populations n'ayant pas été homogènes. Pour refaire leur histoire, il faudrait enquêter auprès des différents groupes ethniques que N share trouva dans le royaume Bamoun et qui étaient localisés à :

- Mayo - Marapndoum - Mayouom - Njimom - Folap - Foyet - Njichom - Manjenkoutou

- Matiapon - Machu - Marom - Mabouo - Mambain - Malien - Mafouatie

Toutes ces populations furent soumises par Nshare. Beaucoup d'autres le seront par ses successeurs. Ce qu'il faut noter ici, c'est le fait que ces populations avaient une langue autre que celle parlée actuellement dans tout le département. Chaque groupe avait son parler propre. D'où vient-il donc que tout le monde parle Shüpamam dans ce département? Le Shüpamam, langue parlée actuellement dans le Noun fut imposée aux populations vaincues. Ces dernières devaient abandonner leurs langues pour apprendre le shüpamam qui devint la langue de colonisation. Les

Il

populations vaincues ne gardèrent de leurs traditions que les danses, les chants des sociétés secrètes et les différentes formes de manifestations artistiques, (sculpture, vannerie, teinture, métallurgie, poterie, etc.). Certaines populations s'enfuirent vers l'Ouest dans la région de Bafoussarn- Banjoun. Ce sont les: Yaakwe Ndiyan Mbuo Ripaa Rap Sapngwin Tie Les Pa', Nguren, Zrurn s'en allèrent vers Bali Nyonga au Nord-Ouest tandis que les Pu', Lien, Ngiembu et Ndun prenaient la direction de Ngambe à l'Est. C'est donc N share et ses successeurs qui unifièrent les populations du département. La population Bamoun doit son unité actuelle à ses souverains qui firent tout pour avoir sous leur autorité toute la population. Mais d'où venaient les rois Barnoun ?

1.1.

La dynastie régnante

Le royaume Barnoun fut fondé par un Tikar du nom de Nshare Yèn au XIVème siècle. Nshare serait parti de Rifum, pays des Tikar. À cause d'une dispute qu'il eut avec ses frères, il décida de s'exiler en prenant la direction de Foumban. Ecoutons ce que dit le roi Njoya lui-même de cette origine:
Autrefois les Pamom étaient à Rifum : ils ne connaissaient pas la parole de Dieu. Rifum est séparé par trois jours de marche. Le roi de Rifum avait trois enfants: Nshare, Mfo Mbam et Mfo Nso. Ils partirent pour faire une plantation que chacun d'eux entoura d'un fossé pour y vivre comme dans 12

un camp retranché. Mfo Rifum ayant appris cela ordonna à ses fils de revenir auprès de lui. Ils promirent à leur père qu'ils reviendraient. Mais après avoir fait cette promesse, ils prirent la fuite. Arrivés à proximité d'une rivière, Nshare dit à ses frères: {( Laissez-moi traverser le premier Ses frères ayant accepté, Nshare traversa la rivière avec toute sa maison et rendit la pirogue inutilisable, au grand mécontentement de Mfo Mbam. Ce dernier partit en aval et s'établit à Njimbam. (C'est lui qui fondera le département du Mbam, où vivent les Bafia) tandis que Mfo Nso remontant le Vi s'établit à Nkunsol.
Il.

Donc Nshare, d'après Njoya est le fondateur du royaume Bamoun. Sur les raisons qui le poussèrent à quitter le pays des Tikar, en plus de celle que nous donne Njoya que nous venons de citer, il y a une autre que l'on retrouve dans son Histoire et Coutumes des Bamoull. Dans cette deuxième version, le roi de Rifum aurait choisi N share pour lui succéder, mais craignant les intrigues que cela pouvait engendrer entre les enfants, il incita ceux-ci à partir: Quelque temps après, les frères de Nshare apprirent que leur père l'avait désigné pour lui

succéder. Mferifum (le r(Ji) dit:
Il.
{(

((

Si je n'y prends

garde mon pays se perdra Il appela Nshare, Mfombam et Mfonso et leur dit: Allez chercher un lieu que vous pourrez habiter. Que vos pieds reçoivent aucune écorchure Il. (..) Nshare et ceux qui l'accompagnaient allèrent à Banyi. Quelque temps après, Mfombam et Nfonso demandèrent à {( Nshare de choisir le lieu où il s'établirait. C'est vous qui devez d'abord choisir Il, répondit Nshare.
1 Sultan Njoya, Histoire et coutumes des Bamoun, Rédigés sous la direction du Sultan Njoya, Traduction du Pasteur Henri Martin, Série: Population, No 5 1952, p. 22. 13

Mfomban partit à gauche, Mfonso à droite et Nshare partit droit devant lui1 ». Selon une autre source recueillie à Mbankim par Claude Tardits2, Nshare aurait été chassé du royaume parce qu'il avait épousé une femme sans verser la compensation coutumière. C'est peut-être la raison pour laquelle il sera tué dans son propre pays.

1.2.

Les descendants des Pharaons

D'après une autre version recueillie par Eldridge MOHAMMADOU, il semble que le royaume Bamoun ait été fondé bien longtemps avant Nshare. Toujours selon cette source, la dynastie régnante aurait une origine égyptienne et même syrienne. Une famille ainsi éprouvée s'enfuit en Egypte puis sa descendance ira, pour les besoins de son commerce, s'installer au Bornou et plus tard chez les Mboum de Nganha et de Mbang au centre de l'actuel Cameroun, peuple dont les descendants vivent près de Ngaoundéré, chaque étape s'accompagnant de mariages avec les gens du pays. Des enfants issus de ces unions émigrèrent dans la vallée du Mbam, à Mbankim où ils soumirent les populations trouvées sur place. De la dynastie fondée par ces fugitifs que les Mboum nommèrent "Tikar", ce qui veut dire les" errants", sortirent plus tard les fondateurs des royaumes Bamoun et Banso. Prince Dika Akwa dans Les descendants des pharaons à travers J'Afriqu£ réaffirme cette origine égyptienne des Bamoun. Pour lui, les Bamoun et les Banso, d'origine Ngala se sont mélangés aux Mboum et Tikar d'origine Kissara et quelque peu syrienne:
1 Sultan Njoya, op. cit., p. 204. 2 Claude Tardits, Le royaume Bamoun} Paris, Armand Colin, 1980, p. 100. 3 Prince Dika Akwa, Les descendants des pharaons à travers l'Afrique, Yaoundé, Osiris-Africa, 1935, p. 249. 14

La version d'une origine égyptienne et éthiopide est soutenue par trois données: royal Bamoun, l'écriture du roi Njoya très des hiéroglyphes égyptiennes, et la parenté avec les Wandala.

partant le culte proche de sang

15

Carte du pays DamouR

..

S

Ec.helle "/40D 000 10 .f 10 15 .JO ~ I ~,

N

16

En ce qui concerne le culte royal du serpent, D. W. Jeffreys a été frappé par sa similitude avec un culte égyptien, ainsi que le rapporte de Pedrals.
Ayant relevé de divers ouvrages d'Egyptologie le rapport vautour-pharaon et serpent-pharaon, puis notamment le traité signalé par Diodore selon qui les prêtres d'Ethiopie et d'Egypte gardaient un aspic dans leurs bonnets, ayant relevé divers exemples de représentations zoomorphes bicéphales, notamment dans le livre des Morts, Papyrus d'Ani: feuille 7, D. W. Jeffreys se déclare convaincu que le culte Bamun dérive du culte analogue égyptien. Mais cette similitude va au-delà d'une simple influence qui pourrait être liée au phénomène de la diffusion par le contact entre les deux civilisations; elle se retrouve également au niveau de l'écriture. (...)1 Après avoir comparé l'écriture du roi Njoya des Bamoun aux autres systèmes d'écriture découvertes en Afrique, Cheikh Anta Diop a mis en évidence des caractères qui leur sont communs et se confondent par leur ressemblance avec les hiéroglyphes égyptiens. Puis il a tiré une conclusion qui parait fort logique. Pour Prince Dika Akwa, Njoya a enrichi et exhumé un legs de la vieille Egypte. Notre chercheur ne s'arrête pas là. Il remonte aux origines parentales des Bamoun. Un marchand égyptien, vint s'établir au Bornou où il épousa une femme nommée Nébijou, et avec laquelle il conçut trois filles: Nsien, l'aînée, Métapen, la seconde, et Mboupouet la dernière. Mboupouet, la cadette quitta Bornou et vint épouser un homme dans le village de Mboum (actuellement Ngaoundéré) où elle eut trois fils: Mbouon, l'aîné,
1 Prince Dika Akwa, op.cit., p. 430. 17

Nyimboun, la seconde, et Kaî, le dernier. Un moment après, l'aîné des trois fils accompagné de ses deux frères, changea de village, il s'établit dans celui de Papirien, où il fonda une famille avec les femmes de cette tribu. Après une période de 60 ans, Mbouen, le grand patriarche et toute sa famille, abandonnèrent Papirien pour aller attaquer le chef de Mwaki1. D'après cette source, tout en se réclamant des pères Mboum à un moment donné de leur histoire, les Bamoun ont toujours constitué une famille stricte. Selon le Prince Dika Akwa, si on admet que Adjara fils d'Adjia Makia faisait partie de tous les autres Ngala par la migration Ambou du Xlème siècle, Il n'y a aucune contradiction apparente que les ancêtres des futurs Mandjara aient rencontré la branche Imagharam d'où est issu le père des Wandala dans le Bornou. Damgaram se trouve en pays Haoussa limitrophe du Bornou. Par ailleurs, Adjara et sa soeur Sanda sont respectivement le 20ème ascendant direct de l'Ego de la lignée royale Bamoun2. En exploitant un tout petit peu le tableau synoptique de Dika Akwa sur les langues des Ngala et l'égyptien ancien, on se rend compte tout de suite qu'il y a une parenté linguistique très nette entre la langue shüpam~m et l'égyptien ancien comme on peut le remarquer dans le tableau suivant:

1 Prince Dika Akwa, op. cit., p. 430. 2 Prince Dika Akwa, op. cit., p. 431. 18

Tableau comvaratif

de l'egyptien ancien et de la langue shÜpamQID
Shüpamam (yi) ba (yi) kam kena kèn Français tailler éplucher difficile à trouver danse de bravoure lois

Egyptien ba kam kana ken

Français tailler pIerre précieuse étalon soldat d'élite gardien des lois danse funèbre lyre frapper, battre homme, Quidam océan célestre, divinité personnifiante de l'Océan céleste Ville, localite, métropole, briller, resplendir. diviser, partager germer créer, batir le conseil des vieillards ignominie respirer la terre, frère, soeur district

muu nen netet nnti nun

muu (yi) nen ntet nji nun

feu arrêter délinquant Seigneur, noble nom du fleuve Hamoun affluent du Mbam les gens de, les habitants de, rougeur moitié, portion beauté raconter Jour de la semaIne (samedi) -liForêt

pa

pa

pache pu Saa Sahsah

pâche pu (yi) Nsaa Sasa

Sasa Sen

Sasa Nsen

Suu

suu

dent

(langue égyptienne ancienne: source: Prince Dika, op. cit., pp. 345-366. Cette langue était parlée en Egypte du temps des Pharaons). 19

De tout ce qui est dit sur l'origine des rois Bamoun on peut retenir qu'ils viennent du pays des Tikar et que ce pays aurait été habité par des gens qui émigrèrent. Il faut aussi noter le fait que cette population a de lointaines origines égyptiennes et que plusieurs traits de sa culture conforte des chercheurs sur cette thèse: Le culte des morts L'écriture hiéroglyphique Shümam et la langue shüpamam qui ont beaucoup de traits de ressemblance avec l'égyptien ancien. Le serpent à deux têtes: IJua pe 'tu La circoncision: pyet. C'est en effet une vieille pratique que l'on retrouve chez les Egyptiens de la période pharaonique. Hérodote dit d'ailleurs que ce sont les Egyptiens qui ont transmis cette tradition aux Syriens (les Juifs et les Arabes) qui avaient vécu en Egypte. A preuve, la Bible nous apprend que le grand ancêtre juif Abraham, n'a été circoncis qu'à l'âge de 90 ans. C'est alors qu'il put prendre sa deuxième épouse, une égyptienne et négresse de surcroit. Elle mit au monde Ismaël l'ancêtre historique du prophète Mahomet. Moise connaîtra une aventure similaire; son mariage avec une mandiarite l'obligea à se faire circoncire.

1.3.

Nshare le conquérant rusé

Il est vraiment difficile aujourd'hui de dire avec exactitude le nombre de personnes avec qui Nshare traversa le Mapé pour fonder son royaume. On ne possède que des moyens indirects de procéder à une évaluation. Vingt chefs de lignage1 se donnent dans le recensement comme héritiers des compagnons de Nshare; ce chiffre peut être tenu pour l'évaluation minima du nombre des hommes qui prirent part à cette aventure; il est vraisemblable que des émigrants
1 Claude Tardits, op. cit., p. 102. 20

périrent à l'époque dans les combats et les voyages et que, au cours du XVIIIème et du XIXème siècle des lignages fondés à l'aube de l'histoire s'éteignirent, faute de descendants. Rien ne permet d'imaginer, à l'inverse, qu'on se soit compté par centaine dans cette troupe d'hommes, de femmes et sans doute d'enfants. L'histoire de Njoya énumère dix-huit souverains battus par Nshare. Une tradition relatée chez l'héritier d'un des compagnons de Nshare habitant à Mayo indique qu'après avoir traversé la rivière, N share, guidé par un homme qui avait autrefois commercé dans la région, aieul de l'informateur, prit la direction des hauteurs dominant la plaine de Mbam et s'établit à Mayol pendant un certain temps. Là-bas par ruse il aurait soumis Monknp, un devin et Kupu', une autre personnalité de la région. Puis il se rendit à Njimom, qui domine plus à l'Ouest la vallée de la Loura. Beaucoup de populations s'enfuirent devant lui:

- Pa - Pa - Pa - Pa - Pa - Pa - Pa - Pa - Pa - Pa

pit Kom Ndinga Lum Ndum Nguot Nguren Mberewu Tie Nsha

à -//-//-//-//-//-//-//-//-//-

Baigom Makom Madinga Foumban Koundoum Mancha Nguren Kouberewu Mafouatie- Koutie Mansha

Les Pa Nduotmbu installés à Mayouom furent vaincus grâce à une ruse dont le souvenir a été gardé. Nshare qui, pour danser, désirait se vêtir d'une étoffe semblable à celle que portait le roi des Nduotmbu, fut tourné en dérision par celui-ci: " Regardez le gros ventre de Nshare qui demande

l

Idem, op. cit., p. 102.

21

mon étoffe1".Nshare invita plus tard le souverain Nduotmbu et ses gens et, à 1"occasion de cette réception il les tua tous. À la suite de ces exploits Nshare s'installera à Njimom. C'est là à Njimom qu'il voulut se faire reconnaître comme roi. À cette occasion éclata un conflit entre Nshare et son frère Kumnjuo qui faisait partie des émigrants et avait lui aussi le titre de roi. Dans la tradition des Tikar, les deux frères avaient des droits équivalents au pouvoir puisque tout fils de souverain pouvait être désigné par son père pour lui succéder: aussi chacun dut présenter des arguments susceptibles d'entraîner une décision qui lui fût favorable. Nji Kumnjuo prétendit que Nshare était trop jeune pour régner; Nshare lui opposa le "bien" qu'il avait fait. L'entourage trancha, non pas en exprimant des préférences, mais en soumettant les rivaux à une épreuve qui aurait peut-être avantagé Kumnjuo car, dans le portrait de Nshare, il est dit, remarque curieuse, que s'il était très courageux, il ne savait pas courir. Les partisans de N share intervinrent pour aider leur héros:

Nshare dit à Nji KumnJ.uo : U c'est

avec

nos

gens que nous courrons ensemble ". Nji Kumnjuo ayant accepté, ils commencèrent à courir, les serviteurs de Nshare se disputèrent avec Nji Kumnjuo pendant la course, ce qui permit à son frère d'atteindre le but le premier. Une clameur publique retentit: Nshare est roi! À Nshare la royauté2 ! Le souvenir d'un tel conflit n'a pas été exclusivement conservé dans la tradition orale: lors de l'intronisation d'un nouveau roi, un simulacre de combat oppose ce dernier au successeur de Nji Kumnjuo et le souverain qui vient d'être désigné l'emporte évidemment. L'intérêt de ce rituel est de faire apparaître, dès la fondation du royaume, un conflit
1 Claude Tardits, op. cit., p. 105. 2 Sultan Njoya, op. cit., p. 23. 22

entre deux frères du monarque qui ne doivent pas lui succéder. Ce récit est l'un des fondements des traditions règlant la succession royale. Reconnu comme souverain, Nshare va organiser le royaume et en modeler les institutions sur celles de son pays d'origine. Il va choisir parmi les hommes qui l'ont accompagné, les représentants des dignitaires qui auraient aidé les rois de Rifum dans la gestion des affaires du pays. Il y avait d'abord les sept Kom Ngu qui assistaient le roi dans la direction des affaires du pays. C'étaient: Nji Monshare : il aurait porté Nshare quand ce dernier était en bas âge. Nji Kumnjuo : demi-frère de Nshare, rival déchu. Nji Anga : l'un des deux guerriers partis vers le Nord avec la soeur de Nshare. Nji Amanka Nji Monanka Nji Amfa, neveu utérin de Nshare Ces sept personnages partagèrent avec N share les terres de la région de Njimom et la tradition rapporte qu'un engagement fut alors pris, aux termes duquel ce partage ne pourrait jamais être modifié par décision unilatérale du souverain. Les conseillers pour leur part, devaient respecter le choix que faisait le souverain de son successeur et soutenir les droits de la descendance de Nshare au pouvoir. Il faut noter aussi qu'à Njimom en plus des Kom Ngu, il y eut des Ngètngu, dignitaires de moindre importance. Si Njimom fut un haut lieu de l'histoire Bamoun, l'épopée de Nshare ne s'y termina pas. L'aventure se poursuivit vers le Sud et à son installation à Foumban. Mais ce ne fut pas si facile. Il dut combattre les Paschem, les Pa lap, les Pa Pa' avant de s'attaquer aux Pa Mbèn. Njimom fut abandonné et Nshare dut s'établir sur le lieu où résidait le roi des Pa Mbèn. On peut encore voir aujourd'hui au centre du Palais des rois à Foumban les tombes des ancêtres des Pa

23

Mbèn. Le nom de Foumban, qui date de l'époque allemande, est une déformation de l'expression bamoun " f~m mbèn "- ruine des Mbèn- ce qui rappelle l'origine de la capitalel. Nshare et ses compagnons abandonnèrent la langue de leur pays d'origine, donc certainement le tumu, au profit de celle parlée par les Pa Mbèn. Le shüpamam parlé aujourd'hui est la langue que les Pa Mbèn parlaient. Ils ne s'appelaient pas encore Pa Mom. Nshare monta de Matam pour s'installer Palais de Mfo Mbèn. Je suis devenu roi Foumbèn, dit-il et nos gens seront appelés les Mom parce que je suis parti de Rifum le jour Fùtmom2. Les gens acceptèrent3. au de Pa de

D'autres interprétations ont été données de l'origine de cet ethnonyme : le pasteur Martin indique que la forme nominale "mom" se retrouve dans la forme verbale "yimomme" qui signifie dissimuler et que l' ethnonyme serait un sobriquet appliqué aux émigrants en raison de leur conduite. L'usage de la forme Pa Mom paraît remonter à la fondation du royaume. Nshare termine son règne par la mort qu'il trouve à Rifum. D'après un de ses compagnons, le conseiller du royaume Nji Monshare, reconnu par la population, il aurait été tué. Nji Monshare parvint à ramener sa tête en pays bamoun, geste bien significatif puisqu'il permettait d'accomplir les rites exigés pour la transmission du pouvoir. Nshare se serait rendu dans son pays d'origine pour y "chercher des affaires de valeur" comme le précise Moisel4. Dans Histoire et coutumes des DamouR du Sultan Njoya,
Claude Tardits, op. cit., p. 22. Fàtmom : c'est le deuxième jour de la semaine, l'équivalent de Mardi en français. 3 Sultan Njoya, op. cit., p. 22. 4 M. Maisel, Zur Geschichte von Daliund Damun, Globus XCIII (8) 1908, p. 118. 2
1

24

(Njoya : 23), Nshare demande à Nji Kumnjuo son frère de lui donner quelque chose qui le fera reconnaître comme roi. Il faut noter que deux fois, N share demande à son frère, son seul rival possible, un objet qui garantirait la soumission de ce dernier et son autorité. Nshare, déjà consacré roi avait cependant besoin d'un objet qui, par son association au pouvoir royal traditionnel, lui conférait une légitimité grâce à un lien symbolique avec le pouvoir-exercé par la dynastie de Rifum. Il ne faut pas perdre de vue que c'est par une aventure qu'il devint roi. À Rifum, son pays d'origine il était considéré comme un simple prince qui s'était enfui. N share sentait en lui un certain manque et voulait que Rifum reconnaisse qu'il était roi, un souverain. Cette reconnaissance ne sera faite que quelques siècles plus tard. En effet, le 12 avril 1964, dans le village de Mbankim, petite localité de l'arrondissement de Banyo, une cérémonie en apparence singulière réunissait, autour du chef traditionnel des Tikar de la vallée du Mbam, les deux souverains des anciens royaumes bamoun et banso, Etats qui étaient, au début de ce siècle, les plus vastes et les plus peuplés de toute la région montagneuse de l'Ouest du Cameroun. Ce matin-là, le Sultan des Bamoun et le roi des Banso étaient tous deux assis par terre sous un abri de la chefferie, tandis-que le chef des Tikar t( occupait, lui, une chaise. Je ne puis vous donner de siège, leur dit-il, car vous n'êtes encore que des fils de roi,. je vais vous placer sur le trône ". Après cette il fit approcher les souverains, grands officiers interpellation suivie d'une courte allocution, les hauts dignitaires qui avaient accompagné les sept conseillers de chaque royaume et les de leurs palais auxquels il déclara:

Voici les deux enfants qui ont quitté le pays et sont partis en tant que princes. On apporta alors des sièges,. le chef Tikar prit par la taille le souverain 25

bamoun considéré comme l' aîné et esquissa le geste de l'aider à s'asseoir : il en fit autant avec le souverain banso puis leur annonça: Vous voici maintenant rois ".
H

Le jour suivant, les deux hôtes étaient amenés devant les tombes des rois défunts afin d'y boire l'eau puisée dans un lac situé à quelque distance en forêt, au bord duquel se rendaient aussi les monarques tikar lors de leur intronisation. Le porteur versa le liquide dans deux pots. Le chef des Tikar but, puis ce fut le tour de celui des Bamoun, enfin celui des Banso qui prirent un récipient. Ils appelèrent les officiers du palais-ceux que l'on désigne du nom de titamfon (conseillers)-qui burent également. On coupa ensuite deux bâtons, les "bâtons du pays", et chacun en reçut unl. Le chef tikar après cette cérémonie appelait les deux rois "mes enfants" tandis que ceux-ci lui donnaient son titre traditionnel "roi de Rifum". Ce rite de transmission de pouvoir venait d'être accompli comme l'aurait souhaité Nshare. Des enfants qui s'étaient enfuis devenaient ce jour des rois reconnus, des souverains à part entière. Cette cérémonie montrait le souci des participants de rappeler des liens vieux de trois cents ans et de fonder sur leurs traditions historiques une démarche qui affirmait qu'il existe, derrière la prolifération des sociétés et l'apparente diversité ethnique, des parentés anciennes susceptibles de servir la politique d'unification. La cérémonie de 1963 mettait donc en présence le chef traditionnel des Tikar, héritier de l'ancêtre des fugitifs, et deux rois successeurs des princes tikar qui avaient abandonné leur pays d'origine. Elle conférait la légitimité à des princes dont la souveraineté n'avait pas encore été reconnue par leur ligne royale d'origine. Les événements auxquels elle renvoie sont ceux qui aboutirent à la fondation
Claude Tardits, op. cit., pp. 83-84. Claude Tardits a recueilli cette tradition auprès du Sultan Seidou Njimoluh. 26 I

des royaumes autonomes. Ainsi étaient renoués les fils d'une relation brisée il y a quelques centaines d'années. La volonté de Nshare était ainsi faite. 1.4. Les successeurs de Nshare

Après Nshare, neuf rois et reines vont se succéder avant que nous ne parvenions au règne du roi Mbouombouo. Sous ce roi, le royaume s'étendra et connaîtra des transformations qui lui donneront les traits qu'il conservera jusqu'à Njoya et à l'occupation européenne. Voici les rois et reines qui composent la dynastie Bamoun : DYNASTIE ROIS N share Yèn N~uopu Monju Mengap Ngouh I Fifén N gouh II Ngapna Ngulure Kuotu Mbuombuo Gbetnkom Mbienkuo Nguwuo Nchètfon N sangou Njoya Ibrahim
1

BAMOUN1 ANNÉE DE RÈGNE 1394-1418 1418-1461 1461-1498 1498-1519 1519-1544 1544-1568 1568-1590 1590-1629 1629-1672 1672-1757 1757-1814 1814-181 7 1817-1818 1818-1863 30mn 1863-1889 1889-1933

SEXE Masculin (M) Féminin (F) M F M M M M M M M M M M F M M

Sultan Njoya, op. cit., les dates qui figurent sur ce tableau ne sont que
des généalogistes du palais royal Bamoun.

des estimations

27

Njimoluh Seidou Mbombo Njoya Ibrahim

M M

1933-1992 1992-.. .

La figure d'organisateur attribuée au roi Mbouombouo complète le portrait que nous trouvons dans le livre d' Histoire et Coutumes des Bamoull, qui le décrit comme un chef intrépide.

2. Le peuple Damoun dans la période contemporaine
((

Nous autres Paul Valéry disait avec raison que civilisations nous savons que nous sommes mortelles ". Les cultures comme toutes choses rivées aux cycles de la manifestation ont une enfance, une jeunesse, une mâturité et une vieillesse. Les civilisations au fait ne sombrent jamais dans un cataclysme. Elles s'étiolent, se dégradent, se vident progressivement de leur substance. Elles s'estompent avec le déclin de l'espèce d'hommes qui les ont taillées; disparaissent avec le type d'humanité qu'elles ont secreté. Mais elles demeurent grandes au regard de la conscience humaine lorsqu'elles laissent dans leur sillage un vif éclat qui éblouit longtemps encore après les solstices, lorsqu'elles offrent aux générations montantes, de nouvelles opportunités de produire des mutations plus adaptées aux nouvelles contingences, condition irréductible d'une civilisation meilleure. La colonisation, d'abord allemande puis française sonnera en quelque sorte le glas du grand empire bamoun. Avec l'éclatement de la première guerre mondiale s'accélère le déclin du grand royaume fondé par N share qui est matérialisé par la suppression en 1924 de tous les pouvoirs traditionnels au roi Njoya. C'est le déclin total. L'histoire Bamoun de cette nouvelle ère est marquée par certaines grandes figures dont:

28

2.1.

Le roi Njoya

Le roi Njoya apparaît comme le plus grand nationaliste à cause de ses idées révolutionnaires qui poussèrent le colonisateur français à l'exiler d'abord à Dschang et par la suite à Yaoundé en 1930 où il mourra le 30 Mai 1933. Ses écoles de Shümam furent fermées et interdiction fut même donnée de ne plus restaurer la royauté chez les Bamoun. Ce monarque qui avait reformé son royaume sur les plans artisanal, administratif, religieux, agricole, architectural et scolaire mourra en exil. Ainsi maintiendra-t-il la concorde dans l'adversité. (Pour compléter ce portrait de Njoya, lire Njoya Je reformateur du royaume Damoun, de Adamou Ndam Njoya, Paris, ABC/NEA, 1977).

2.2.

Félix-Roland Moumié

Président de l'Union des Populations du Cameroun (U.P.C.) à partir du congrès d'Eséka en 1952 F. Roland Moumié va donner un nouveau souffle au parti nationaliste camerounais après son affectation de Maroua à Douala par le gouverneur français Roland Pré. Au moment où il prend la direction du parti, l'administration est résolue à en découdre avec l'U.P.C. Grâce à une intelligence et un courage remarquables Moumié réussit à faire progresser l'U.P.C. et vers la fin de 1954, le gouvernement français fut bien forcé d'admettre que sa politique mise en place au cours des six années précédentes pour tenter d'arrêter la progression de l'U.P.C. avait échoué. Tout le territoire était couvert et les militants upécistes se recrutaient dans toutes les tribus. Après les émeutes de mai 1955 au Cameroun suivies de l'interdiction de l'U.P.C. par l'administration française le 13 juillet 1955, la tête de Félix-Roland Moumié sera mise à prix et les dirigeants upécistes poursuivis. C'est en Suisse dans un hotel que le Président de l'U.P.C. mourra empoisonné par un agent français, William Bechtel au mois de Novembre 1961. L'Afrique perdait avec la mort de Félix-Roland Moumié un des talentueux leaders politiques 29

qui avaient une vision panafricaine du combat pour la libération des peuples. Depuis son exil en Guinée il fit parvenir des pétitions à l'D.N.U. et entretint la flamme upéciste. Plusieurs Bamoun le suivirent dans son exil dont Njiawue Nicanor, Njifantawouo Moise-Zola et Emmanuel Ndayou Njoya Renaudot. Comme Njoya il mourut en exil, et comme Njoya il fut exilé par la France parce qu'il voulait le bien de son peuple.

2.3.

Mosé Yéyap

Mosé Yéyap est celui que beaucoup de personnes considèrent comme le tombeur du roi Njoya. Il sera envoyé en 1906 à la mission protestante avec les autres fils des che:E~de lignage (Mosé Yéyap est descendant de NJI KAM, fils de la reine Shetfon Ngungure et demi-frère du roi Nsangou) pour être éduqué à l'européenne. Très brillant il sera recruté à la fin de ses études comme maître à la mission protestante et aidera les missionnaires à traduire les textes bibliques en ShüpamQm. Après le départ des allemands, le roi Njoya fait appel à lui. Leur collaboration dure jusqu'en 1917 c'est à dire à l'arrivée de M. Allégret. Mosé Y éyap quitte définitivement le palais et un conflit ouvert éclate entre le roi et lui. Après un séjour à Douala où il va apprendre le français, il entre dans l'administration comme interprète' et devient l'intermédiaire officiel entre cette dernière et le roi. Marqué par l'éducation qu'il reçut à la mission protestante il informa ses chefs européens des pratiques qui avaient cours en pays bamoun comme l'esclavage, les travaux forcés, les impôts royaux, les éliminations physiques, que l'administration condatnnait. Njoya fut progressivement vidé de son pouvoir selon une stratégie bien montée par Mosé Yéyap qui était un fin politique. La nomination des chefs de région qui devaient rendre compte directement à l'administration coloniale fut une idée de Mosé Y éyap et soutenue par le Lieutenant Prestat qui voulait en découdre avec le roi Njoya. Les princes Nji Mouliom et Njikam s'opposèrent ouvertement 30

all roi et lui demandèrent même de renoncer à son titre de souverain. Au cours de cette période Mosé Yéyap s'attira la sympathie des petites gens, des laisser-pour-compte qui affluaient chez lui à Njiyouom. Il regroupa les artisans dans lIne rue de Njiyouom et fit construire un musée où étaient exposées les productions artistiques locales et se mit en position d'intermédiaire entre les étrangers et les Bamoun. En 1924 la résidence de Mosé Yéyap était un véritable palais avec une cour, une fanfare, des courtisans et, chaque jour des dizaines de personnes voulaient être reçues par l'interprète qui détenait le vrai pouvoir. Très subtilement Mosé Yéyap aida à mettre fin au règne de Njoya. Même s'il nourrissait le rêve de devenir lui aussi un monarque il faut reconnaître que par son action, l'esclavage fut aboli, les tributs royaux supprimés, les travaux forcés dans les champs royaux ainsi que les tributs en femmes au roi et aux Nji supprimés également.

2.4.

Njoya Arouna

Njoya Arouna est le fils de Njimonkouop, frère de la reine Njapndounke qui engendra le roi Njoya. Après la mort du roi Njoya en 1933, l'administration française décida de supprimer la royauté en pays Barno-un. C'est Njoya Arouna qui convainquit les Français de laisser Njimoluh Seidou sur le trône parce qu'il était lettré; l'arguInent étant que les problèmes que connurent les Français avec Njoya furent en grande partie causés par le fait qu'il était illétré. Njimoluh Seidou devait donc être un facilitateur, un auxiliaire de l'administration coloniale. On accepta la proposition et Njoya Arouna hébergea chez lui à Njinka pendant quelque tetnps Njimoluh Seidou, le temps de lui préparer le terrain qui était bien miné après la mort de Njoya. Homme politique de grande envergure il réussira à travers des manoeuvres très habiles à rallier autour de Njimoluh Seidou tous les princes et chefs de lignage BaInoun. Négociateur redoutable et rusé il réussira après des déboires dans sa propre région à sceller des alliances au Nord avec Ahidjo et 31

Moussa Yaya Sarkifada. C'est lui qui fera rattacher la région Bamoun à la province du Nord. Son parcours politique est fulgurant; Sénateur, il siègera à l'Assemblée de l'Union française aux côtés de Soppo Priso et Aujoulat. En 1960 il est porté à la vice-présidence de l'Union Camerounaise, le parti de Ahidjo. Commencera alors pour lui la ronde des ministères. En effet il occupera plusieurs postes ministériels avant sa retraite. Mais l'étape la plus marquante de sa vie sera le conflit qui l'opposera à son neveu le Sultan Njimoluh Seidou concernant la représentativité du peuple Bamoun à l'Assemblée Territoriale Camerounaise (ATCAM). Les deux ne s'entendront pas et , le divorce consommé, Njoya Arouna incitera les Bamoun à pratiquer l'agriculture, à créer des plantations de café. C'est lui qui demandera aux Nji de quitter la capitale du département pour aller dans les campagnes faire des champs et de ne pas toujours tout attendre du roi parce que l'esclavage était aboli, le servage supprimé. Chacun devait être maître de son propre destin. Le sultan Njimoluh Seidou vit dans ces propos de son oncle plutôt une manoeuvre visant à le destabiliser. 2.5. Njimoluh Seidou

Njimoluh Seidou est le 18ème roi de la dynastie de Nshare Yèn. Son début de règne sera très difficile à cause de l'opposition émanant de la plupart des princes et chefs de lignage pour qui le "vrai héritier" était plutôt un prince parti au Cameroun britannique lors de l'exil du roi Njoya. Comme nous l'avons dit plus haut, grâce aux manoeuvres de Njoya Arouna, le sultan Njimoluh Seidou va monter sur le trône. Son règne commencé en 1933 prend fin en 1992. On retiendra surtout de lui qu'il favorisa l'islamisation du peuple Bamoun, fit construire une grande mosquée et restaura le palais construit par son père grâce à un appui de l'Unesco. Instruit des déboires de son défunt père avec l'administration française, il se montra très docile et offrit ses loyaux services à M. Raynier, l'administrateur qui

32

officiait à Foumban au moment où il accédait au trône. Après l'indépendance il deviendra un véritable auxiliaire de l'administration centrale et collaborera avec le pouvoir pour pacifier le département du Noun pendant les années chaudes de 1955 et 1958. Le régime de M. Ahidjo s'appuiera sur lui pour avoir le suffrage des Bamoun à l'ère du parti unique. Au moment où il meurt le 27 juillet 1992 à Paris des suites d'une longue maladie, tout le pays Bamoun est secoué par le vent qui a soufflé sur les pays africains après le discours de la Baule.

3. Le peuple Damoun et l'unification du Cameroun
Le grand artisan de l'unification du Cameroun oriental et du Cameroun occidental est sans aucun doute Njoya Arouna. Dans l'ombre il travailla pour le projet de la Réunification en consultant les chefs des partis politiques des provinces anglophones ainsi que les rois de ces provinces qui étaient d'origine Tikar comme le Sultan des Bamoun et qui entretenaient avec lui des rapports très cordiaux. Foncha qui rencontrait encore Félix-Roland Moumié en 1960 et qui avait autrefois institué un front commun avec l'D.P.C., fut le seul obstacle à la réalisation de cet objectif. Mais très vite on fit prévaloir les intérêts supérieurs des entités ethniques qu'il fallait défendre. Ahidjo avait beaucoup peur de la réunification de 1961 à cause de l'expérience pénible du référendum de 1960. Il avait une peur bleue des consultations dont les résultats étaient délicats à manipuler. C'est l'une des raisons pour lesquelles Foumban fut choisi à l'unanimité par les uns et les autres. Les anglophones à cause du sang tikar qui coulait dans leur veine (à Foumban ils étaient chez eux), les Nordistes parce qu'ils y retrouvaient un monarque musulman très attentif à leurs doléances, Ahmadou Ahidjo parce que c'était la ville de son homme de confiance, Njoya Arouna. A la conférence de Foumban en juillet 1961, la délégation des anglophones proposa l'élection du président de la Fédération au suffrage universel, étant entendu que ses 33

pouvoirs seraient simplement protocolaires: Ahidjo jubila. Ce fut un grand succès et tout le monde apprécia l'hospitalité du peuple Bamoun. Certains délégués suggérèrent que Foumban soit érigée en capitale fédérale, Yaoundé capitale du Cameroun oriental et Buéa capitale du Cameroun occidental.

34

CHAPITRE

1

Sur la langue Shüpam3m

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.