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PARLONS CATALAN

De
260 pages
Les catalans, qui vivent en France au Roussillon (Pyrénées-orientales) et en Espagne entre les vallées du Pallars et de Ribagorça et la côte méditerranéenne, province de Valence incluse, sont une " ethnie " originale. Leur langue, de source latine, vigoureuse et sonore, offre bien plus d'affinités avec l'occitan du sud de la France - sans s'identifier néanmoins à lui- qu'avec le castillan d'Espagne.
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catalan

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Jacques Allières

Parlons catalan
langue et culture

L'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L'Harmattan Jnc 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - Canada H2Y lK9

En couverture:

en haut à gauche, à Bercelone la SagradaFami/ia de Gaudf, En haut à droite, à Perpignan le Castrl/et, En bas à gauche, à Majorque le Castel/ de Bel/ver, En bas à droite, à Valence le Mique/et.

~ L'Harmattan, 2000 ISBN: 2-7384-8857-9

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(Xe siècle)

Carte 3 : Comtés catalans indépendants

PARLONS CATALAN

Langue et culture
Introduction
La langue catalane occupe dans le concert des idiomes européens une place originale. Son statut sociopolitique fut et reste des plus complexes, lié comme il est au sort des populations catalanophones, et donc à la politique des Etats dont elles dépendent, de sorte que si le jacobinisme ou le centralisme autoritaire lui sont éminemment défavorables, le fédéralisme provincial ou l'autonomie, sinon l'indépendance, lui rendent ses pleins droits. D'autre part, la fonction culturelle de la langue a varié au cours de l'histoire, suivant les fluctuations de la conscience régionale et du rayonnement propre aux divers centres intellectuels. Enfin, et d'une façon que l'on ne peut séparer des facteurs précédemment évoqués, le statut linguistique du catalan fait de lui, selon des appréciations souvent teintées de subjectivité, tantôt un idiome mineur, sorte de variété aberrante de l'occitan, tantôt une "langue-pont" entre gallo-roman (langues d'oïl et d'oc) et ibéro-roman (castillan et portugais), tantôt enfin une langue indépendante tout aussi éloignée de l'un que de l'autre. Cette position inconfortable n'est pas sans rapport avec la

8 différence qui sépare la conscience linguistique des Roussillonnais, Catalans nord-pyrénéens, et des Catalans "péninsulaires", les premiers nommés, depuis longtemps intégrés à l'ensemble politico-administratif français et liés à la culture française, ne possédant pas le dynamisme économique nécessaire à l'affirmation de leur personnalité, tandis que leurs cousins du sud, bénéficiant du rayonnement méditerranéen et européen de leur capitale Barcelone, de l'activité de son port et de leurs richesses agricoles (surtout si l'on intègre aux terres catalanophones, bien légitimement, le pays valencien), n'ont aucune peine à trouver pour leur culture et leur langue, soutenues par des souvenirs historiques bien vivants encore, une justification et un auto-affirmation toutes naturelles. C'est donc à cette langue catalane, à peine plus éloignée du français que l'occitan, que nous voulons par cet ouvrage initier nos compatriotes. S'ils sont sensibles d'abord aux différences, ils reconnaîtront vite en elle, après un premier "choc", un idiome proche parent du nôtre, toutefois plus nerveux, plus vigoureux, plus sonore. Dans l'Europe en cours d'élaboration, la langue de Barcelone est appelée à jouer dans tous les domaines un rôle important, qui s'affirme déjà amplement au sud de la frontière, et que les relations économiques croissantes à l'intérieur de notre continent comme au niveau mondial ne feront que développer dans l'avenir.

GÉOGRAPHIE ETHISTOIRE DES PAYS CATALANS Le cadre géographique
Les pays de langue catalane, nommés pour cela par les Catalans Països Catalans, incluent, du nord au sud: le Roussillon français - nos "Pyrénées Orientales" - (Roussillon autour de Perpignan, Vallespir - haute vallée du Tech - , Conflent autour de Prades, Cerdagne septentrionale de Font-Romeu à la frontière, incluant l'enclave espagnole de Llivia), prolongé à 1'0 par l'Andorre et les zones montagneuses qui, au sud de la crête frontière, la séparent de la vallée de la Noguera Ribagorçana (Ribagorça), puis le 'Principat" (administrativement, provinces de Lleida, Barcelone, Girona et Tarragone), constitué d'ouest en est par les hauteurs (Pyrénées et Prépyrénées) situées entre les vallées de cette dernière et le Segre (Pallars arrosé par la Noguera Pallaresa, Urgellet autour de la Seu d'Urgell, Cerdagne méridionale autour de Puigcerdà, pays de Besalù, Ripollès autour de Ripoll, Empordà autour d'Empûries) pour les zones pyrénéennes, puis entre le Segre et le Llobregat, enfin de là jusqu'à la vallée du Francolî (Tarragona) pour finir par les hauteurs d'altitude moyenne formant le "système côtier méditerranéen" (sistema mediterrani des Catalans), et qui entourent là le

10 delta de l'Ebre ; en prolongement du Principat, pour des motifs linguistiques, historiques et culturels évidents, se situe le "Païs Valencià", à savoir les régions côtières qui atteignent au sud de Valence la vallée du Guardamar. Les Îles Baléares forment depuis leur conquête au XIIIe s. un autre foyer catalanophone, auquel se joint enfin en Sardaigne, au XIVe, la ville d'Alghero (L'Alguer). Le système oro- et hydrographique définit ainsi des zones auxquelles répondent aussi des aires dialectales (v. pp. 88-93).

L'histoire
L'Antiquité: Préhistoire et protohistoire; la Catalogne romaine (des origines au 1er siècle après J.-C.) : Préhistoire et protohistoire. - Il est malaisé d'évoquer la population d'une région quelconque antérieurement aux premiers témoignages de l'idiome dont elle use, de sorte que ni les sites paléolithiques (Néandertaliens, homo sapiens sapiens) ou néolithiques ni les vestiges datant de l'Age du Bronze (cf. les monuments mégalithiques, talaiots, navetes et taules des Baléares) ou du Fer (vraisemblablement des Indo-européens, peut-être Celtes, venus de l'est) ne nous renseignent sur les Catalans proprement dits, qui se définissent, comme on l'a VU; par leur langue.

Il Il en va sans doute un peu différemment d'abord des Ibères, répandus à l'aube de l'histoire dans toute la moitié SE de la Péninsule, peut-être de souche nordafricaine, et dont la culture a dû laisser sa marque sur celle des conquérants romains (l'ibère semble avoir été parlé jusqu'à la fin du IVe s.), puis de deux autres ethnies allogènes, les Grecs, dont les comptoirs côtiers (cf. Empûries, du grec' E/J7ropwV"le marché") ont diffusé l'hellénisme vers l'intérieur, tandis que les Carthaginois, qui, s'ils ne conquirent et occupèrent au Ille s. avant J.-C. que pour deux ans une partie de l'est de la Péninsule, ont déclenché, peut-on dire, la colonisation romaine, définitive celle-là. La Catalogne romaine. - La résistance des peuples indigènes, menée par les chefs ilergètes Indibilis et Mandonius, n'empêcha pas les Romains de soumettre la partie continentale, puis les Baléares, au début du ne s. avant J.-C. La ''pax romana", la religion romaine, le droit romain et le latin s'imposèrent aux diverses ethnies en présence, qui à celles citées plus tôt joignaient les Basques des dernières hauteurs pyrénéennes (le basque y aurait été parlé jusque vers l'an 1000). Vainqueur de Pompée, César fit de la vieille Tarraco (Tarragone) une colonie nommée Victrix Iulia. Dans cette province de "Tarragonaise" (Tarraconensis) précisément, partagée entre les "conventi" de Tarragone même, Cartagène et Saragosse, Rome, sous forme de "colonies", renforça les

12 agglomérations existantes ou en créa de nouvelles: Barcino (Barcelone), Valentia (Valence), Ilid (ElxElche), Ruscino (Castell-Rossell6 / Castel-Roussillon), où se trouvaient des noyaux de population romaine: ainsi d'Emporiœ (Empuries), Blandœ (Blanes), Iluro (aujourd'hui Matar6), Bœtulo (Badalona), Dertosa (Tortosa), Saguntum (Morvedre), aux Baléares Pollentia (Alcudia) et Palma. Les voies de communication se multiplièrent, le commerce et l'agriculture se développèrent, la civilisation romaine (travaux publics, art) fleurit, avec le christianisme solidement implanté (hiérarchie et édifices), jusqu'à ce que des envahisseurs francs, en 258, traversent la Péninsule en saccageant la côte d'Empuries à Elx (Elche). Trois siècles plus tard, les "Grandes Invasions" voient les Vandales dévaster les Baléares et les Wisigots se fixer à Barcelone avec leur roi Ataulf, qui, soupçonné de favoriser Rome, est assassiné, après quoi les Wisigots émigrent en Aquitaine. Les Suèves aussi déferlent sur Lleida mais sont vaincus par des Wisigots alliés des Romains. Avec la chute de Rome, en 476, c'est toute la Péninsule qui subit le joug wisigotique, tandis que les Baléares sont à nouveau occupées par les Vandales, jusqu'à leur expulsion en 534 par le général byzantin Bélisaire, qui annexe les îles à l'Empire d'Orient.

13 La Catalogne médiévale (ve-XIle s.)

La Catalogne wisigote. - Les Wisigots, imprégnés de culture latine, qui avaient fondé un royaume à Toulouse, durent transporter sous la menace franque leur capitale à Narbonne, puis à Barcelone, et enfin, pour plusieurs motifs, à Tolède en 554. Mais, déjà ébranlé par la révolte de Paulus, un général qui en 673 avait tenté de séparer les régions orientales du reste de la Péninsule, le royaume wisigotique s'effondra sous la poussée des Arabes dès les premières décades du VIlle siècle (défaite des Wisigots en 711 à Barbate), et au nord des Pyrénées le reste de la Septimanie tomba entre les mains des musulmans en 725. Peu de traces subsistent de la domination wisigotique, mis à part des vestiges de monuments à Terrassa et Barcelone. Les Arabes. - Leur domination fut bien plus longue et mieux repérable (emprunts de vocabulaire) au sud du Llobregat ("Catalunya Nova"), et plus encore aux Baléares, incorporées en 902-903 à l'Emirat de Cordoue, devenu califat en 929, qu'au nord. Mais la brillante culture romano-musulmane, tant spirituelle que matérielle, véhiculée par les envahisseurs ne put fleurir là autant qu'ailleurs, les "royaumes de taïfas", autour de Lleida, Tortosa, Dénia, Majorque, Valence essentiellement, se substituant au Califat dès 1035. Les populations chrétiennes qui avaient capitulé devant les musulmans jouissaient à coup

14 sûr d'une liberté relative, mais celles qui avaient été vaincues par la force avaient été réduites à la servitude. Du reste, un certain nombre de chrétiens s'étaient convertis à l'islam. Les Francs et la Reconquête. - La reconquête des terres catalanes ne fut pas en effet l'affaire des Wisigots, mais celle des Francs, qui poursuivirent les Arabes, vaincus à Poitiers par Charles Martel en 732. La Septimanie fut reprise, et l'échec de Charlemagne devant Saragosse (778) amena sur son territoire un afflux de populations chrétiennes originaires de là. Comme le Roussillon avait été délivré à la suite de la libération de Narbonne par Pépin le Bref, la reconquête des terres catalanes put reprendre, aidée par les réfugiés de Septimanie comme par les popu -lations restées sur place: en 785 Girona est libérée, puis peu avant 789 la Cerdagne et le pays d'Urgell, gérés par le comte Borrell sous la souveraineté franque. Louis le Pieux, roi d'Aquitaine, prend Barcelone et en confie le gouvernement à un comte "occitano-catalan", Berà ; comme les comtes de Toulouse avaient étendu auparavant leurs possessions du côté du Pallars et de la Ribagorça, toute la "Catalogne ancienne" était désormais délivrée. Elle fut divisée en comtés (v. la carte n° 3) : Barcelone, Girona, Osona, Empuries, Roussillon, Urgell et Cerdagne, qui au niveau ecclésiastique dépendaient de l'archevêché de Narbonne. Les populations autochtones réagirent fréquemment avec violence

15
contre l'autorité des Francs, qui tenaient la plupart des postes de responsabilité. Les Comtés catalans. - La féodalité naissante suscita l'hérédité des charges et l'émancipation des di. vers comtés dont le possesseur n'était plus nommé par l'empereur. Les premiers (872) à se libérer de la tu telle franque furent ceux de Pallars et Ribagorça. Les autres suivirent à des échéances variables. Un héros de cette lutte fut le comte Guifred le Velu, qui réunit les comtés de Barcelone, Urgell, la Cerdagne, Besahi et Girona, reconquit Montserrat, fonda le monastère de San Joan de les Abadesses ("St-Jeandes-Abbesses"), régénéra celui de RipoU, repeupla le centre de la Catalogne et assit une dynastie comtale de Barcelone appelée à présider plus de cinq siècles durant aux destinées du pays - ses fils se partagèrent cinq comtés centraux, entre Barcelone et Urgell. Tandis que naissait un certain goût pour les expéditions lointaines, le prestige et l'attrait de Rome supplantèrent ceux de la France. La suprématie de Barcelone. - Les deux fils de Guifred le Velu étendirent leur pouvoir vers le sud et affirmèrent leur indépendance par rapport à la royauté imités de leurs successeurs. Ramon Berenguer rer le Vieux (1035-1076), de qui relevaient directement les comtés de Barcelone, Osona et Girona, avait pour feudataires les comtes d'Empuries et du Pallars Subirà, celui d'Urgelllui prêtant son aide et

16 les roitelets morisques de Lleida, Saragosse, Dénia et Majorque lui payant tribut. Il acquitégalement des terres dans le Carcassonnais et dans le Razès. La suprématie de Barcelone atteignit son faîte sous Ramon Berenguer III et Ramon Berenguer IV : le premier gagnait des domaines au nord par son mariage avec Douce de Provence, restaurait Tarragone et son archidiocèse, et incqrporait les comtés de Besahi et de Cerdagne, tandis que le second montait sur le trône d'Aragon et délivrait des Arabes le reste de la Catalogne. La fin de la Reconquête. - Après les succès précités de Ramon Berenguer III, il revint à son fils de parachever la reconquête du "Principat" en délivrant des Sarrasins Tortosa, Lleida, Fraga et Mequinensa, Miravet de même que Prades i Siurana. Par la suite (1179), un traité passé entre Alphonse 1er de Catalogne et Alphonse VIII de Castille attribua le pays valencien au premier, le second recevant Murcie. La monarchie catalano-aragonaise ; apogée de l'expansion catalane (XIIe- XIve siècles) : L'union avec l'Aragon. - Sancho el .Mayor, roi de Navarre, avait fait du comté d'Aragon un royaume dont il fit hériter son fils Ramiro; celui-ci poursuivit la reconquête en annexant les comtés de Sobrarbe et de Ribagorça, puis en avançant jusqu'à Huesca et même Saragosse, que prit Alphonse le Batailleur,

17 autre roi de Navarre. À ce dernier succéda son frère, Ramiro le Moine, évêque de Roda et de Barbastro, qui dut abandonner plusieurs places, dont Saragosse, aux prétentions d'Alphonse VII de Castille. Mais la meilleure parade au danger castillan était l'union avec la Catalogne; Ramiro promit en mariage à Ramon Berenguer N, encore tout jeune homme, sa fille Péronnelle, issue de son mariage avec Agnès de Poitiers, avec la pleine propriété du royaume d'Aragon, dont le Catalan devenait "prince et dominateur". Cette union entre deux entités voisines, géographiquement et politiques comparables, tout en facilitant les relations économiques et administratives, respectait la personnalité très affirmée des deux ethnies - encore que les Catalans aient imposé au début leur langue et leurs armes: quatre bandes rouges sur fond d'or. Comme l'union favorisait une convergence d'intérêts, son bilan fut nettement positif. Amorce et déclin de tunion catalano-occitane ,. le traité de Corbeil (1258). - Face aux ambitions du roi de France et à celles, moindres, de l'Empire, les pays catalans et occitans constituaient une unité toute naturelle: même langue à quelques nuances près, même tradition poétique, même floraison de l'art roman. Politiquement, tandis que Roussillon et bas-Pallars sont annexés à Barcelone, des mariages et leurs incidences territoriales scellent d'abord le rapprochement catalano-occitan : la Provence, Nice,

18 Nîmes, Béziers et Carcassonne, le Gévaudan, Millau, le Razès, la Bigorre et le Béarn graviteront ainsi à la fin du XIIe siècle dans l'orbite de Barcelone. Mais l'attitude des comtes de Toulouse tout autant que celle des entités précitées firent capoter les perspectives. Lors de la Croisade contre les Albigeois, Pierre 1erd'Aragon tenta d'abord d'arrêter un mouvement qui allait porter tort à ses possessions, puis accourut à l'aide des Comminges, qui devant Muret furent vaincus avec lui par Simon de Montfort et ses croisés (1213) - il Yfut lui-même tué. La cause était désormais perdue, et le roi Jaume 1erel Conqueridor ("Jacques le Conquérant") signa en 1258 avec Louis IX (saint Louis) le traité de Corbeil par lequel il lui cédait tous les droits portant sur les terres cis-pyrénéennes excepté Montpellier, en échange du renoncement au trône de France et à ses droits éventuels sur la Catalogne. Les affinités catalano-occitanes n'en ont pas moins perduré jusqu'à ce jour. L'intégration des pays catalans. - Jacques le Conquérant et ses successeurs parachevèrent les conquêtes ainsi réalisées sur les musulmans et les pays voisins par un puissant processus d'intégration des terres catalanes, débutant par les Baléares - Majorque, Eivissa (Ibiza) et Minorque de 1229 à 1267 - , Valence, plus difficilement, entre 1180 et 1227, jusqu'à Murcie, qui revint néanmoins à la Castille. Mais Jaume partagea ces possessions entre ses deux fils, remettant en question l'unité réalisée.

19 L'expansion méditerranéenne. - L'énergie concentrée jusque-là sur la reconquête trouva un nouveau point d'application hors de ces frontières. Ainsi, Jacques 1er, ayant marié son fils aîné Pierre à Constance, fille du roi de Sicile, se heurta à Charles d'Anjou qui convoitait l'île, et déclencha contre lui et les Français la révolte dite des "Vêpres siciliennes" (1282). Défié par Charles, Pierre devenu roi déjoua sa manœuvre. Alors le pape Martin N donna la Sicile à Charles de Valois, fils de Philippe le Hardi, et lança contre lui une croisade, qui échoua. Les luttes continuèrent, jusqu'à l'indépendance de la Sicile (1302), qui resta néanmoins étroitement liée à la Catalogne par le commerce. La Sardaigne ensuite fut visée par la politique catalane: Jacques II "le Juste", fils de Pierre, ayant reçu du pape Boniface VIII l"'investiture" de cette île avec celle de la Sicile, l'envahit en
1323

-

mais

elle demeura

toutefois

hostile

à ces

étrangers. Sur un autre terrain, Roger de Flor, l'un des chefs des almogàvars, mercenaires luttant pour la Sicile contre les musulmans, se mit au service du basileus byzantin Andronic Paléologue contre les Turcs. Des Grecs, jaloux, assassinèrent le Catalan et plusieurs de ses compagnons; les "almogàvars" déclenchèrent alors contre eux une guerre sans merci, dite la "Venjança catalana". En 1311 fut conquis sur ses seigneurs francs le duché d'Athènes, suivi de celui de Néopatrie (Grèce centrale), mais cette aventure prit fin en 1388 au profit de seigneurs florentins. Alphonse II et Jacques II, fils de Pere el Gran,

20 cherchèrent à réaliser les visées de leur père en refaisant l'unité catalane: si le premier racheta Majorque et Eivissa à son oncle Jacques II de Majorque et reprit Minorque aux Arabes, le second, tout forcé qu'il fut de restituer les Baléares et de renoncer à la Sicile, garda du royaume de Murcie, qu'il posséda un temps, la région d'Alicante. Il revint à Pierre III le Cérémonieux, petit-fils d'Alphonse, de rendre Majorque à la Catalogne. La Sicile réintégra celle-ci en 1410 sous Martin l'Humain, fils de Pierre III, son petit-fils Martin le Jeune, qui avait épousé la reine Marie de Sicile, étant mort avant lui. La fin de l'indépendance siècles) : catalane (xve.XVIe

LJextinction de la dynastie catalane. - À Pierre III succéda son fils Jean 1er, plus porté sur les arts et les plaisirs que sur la politique; c'est lui qui en 1393 fonda en Catalogne la fête des Jeux Floraux. Mais il meurt à la chasse, et son frère Martin l'Humain, sans descendance, clôt la dynastie barcelonaise, dont les rois s'étaient succédé sans interruption pendant plus de cinq siècles et avaient donné à leur terre et à leurs sujets tant de gloire et de si exceptionnelles libertés. Le Compromis de Caspe et l'intronisation de la dynastie castillane. - La succession fut difficile: des collatéraux mâles, seul Jaume, comte d'Urgell, était

21 populaire, à l'inverse des prétendants de la lignée féminine qui étaient aussi perçus comme illégitimes. Un interrègne tumultueux de deux ans, marqué par l'intervention des autorités religieuses (dont Benoît XIII, ancien pape d'Avignon, dit "papa Luna") et de la Castille, s'acheva sur la nomination partiellement arbitraire de neuf personnes chargées de décider du choix final, réunies à Caspe le 28 juin 1412 ; comme mi pouvait le prévoir, il se porta sur Ferdinand d'Antequera, infant de Castille, de la lignée des Trastamare. La politique impérialiste d'Alphonse le Magnanime. - La mort précoce de Ferdinand mit sur le trône son fils Alphonse, surnommé "le Magnanime", qui continua la politique d'expansion développée par la dynastie de Barcelone, mais avec une mentalité nouvelle, tenant moins com~te des intérêts propres de la Catalogne. Il batailla longtemps contre Naples, qui fut vaincue en 1443, mais qu'il réserva à son propre fils naturel Ferdinand. Non content de cet exploit, il poursuivit ses conquêtes, qui aboutirent à la formation d'un véritable empire méditerranéen, qui, outre la Catalogne, l'Aragon, Valence et les Baléares, incluait la Sardaigne, la Sicile, Malte, l'île de Castellorizzo et Naples comme les vice-royautés d'Albanie et d"'Esclavonie". C'était beaucoup, et les pays catalans, plus spécialement le Principat, amorcèrent vite une décadence aggravée par les grandes épidémies des XIVe et XVe siècle et les conséquences

22 tant humaines par le roi. qu'économiques des guerres menées

L'union avec la Castille. - Surtout du temps de Pierre le Cérémonieux, les guerres entre les états catalano-aragonais et la Castille se multiplièrent, caractérisées par des alliances insolites, France avec Catalogne, Angleterre avec Castille. Poussé par l'ambition, Henri de Trastamare, demi-frère de Pierre le Cruel roi de Castille, s'allia du reste avec le Catalan contre sa famille; puis il vainquit et tua le roi castillan. Lui succédant sur le trône, il négligea les pactes scellés avec Pierre le Cérémonieux, et la guerre reprit, pour enfin s'achever par une convention essentielle: le mariage de l'infant Jean de Castille avec Eléonore, fille du roi catalan. De cette union naquit Ferdinand d'Antequera, qui instaura comme on l'a vu la dynastie castillane en Catalogne. Dès l'arrivée de ce monarque, les frictions se multiplièrent entre les deux parties, tant et si bien que les Catalans fomentèrent une révolution contre Jean II, frère et successeur d'Alphonse. Le conflit éclata autour du prince Charles de Viane, fruit d'un premier mariage du roi avec Blanche de Navarre, que son père haïssait tandis que les Catalans l'adoraient, et dont la mort suspecte souleva ces derniers contre le roi. Celui-ci, qui avait donné le Roussillon à Louis IX en échange de son aide, fut destitué, et pendant les dix ans que durèrent les hostilités les Catalans élirent leurs souverains. Puis le roi offrit

23 la paix, favorable aux Catalans. Mais la guerre avait porté au pays un tort considérable à tous égards. La politique de Jean II finit par provoquer l'union de la Castille et de la Catalogne, par le mariage, en 1469, de l'infant Ferdinand, fils du roi (d'un second lit), avec Isabelle, héritière du royaume de Castille. Cette union des "rois catholiques" respecta l'indépendance des institutions propres à chaque couronne. Mais tous deux, du fait de leurs origines, subordonnèrent le royaume tout entier à la Castille, en premier au détriment de l'ensemble catalano-aragonais. L'économie, la société, la culture et la langue catalanes en pâtirent, tandis que le commerce avec l'Amérique récemment découverte se trouvait monopolisé par l'Andalousie et que la chute de Constantinople fermait aux Catalans tous leurs grands marchés orientaux. Positivement, Ferdinand racheta le Roussillon à la France (1493) et soumit Naples. La Catalogne fraction des royaumes d'Espagne et de France (XVIe. XIxe/XXe siècles) : Catalogne et Maison d'Autriche,. la "Guerra dels Segadors", le Roussillon et le Traité des Pyrénées (1658). - Ferdinand avait eu pour héritier son petitfils Charles, petit-fils aussi de l'empereur Maximilien d'Autriche. Ainsi, la maison d'Autriche ou de Habsbourg régna deux siècles durant sur l'Espagne, ce qui accentua 'encore la mise à l'écart et la décadence de la Catalogne - qui participa néanmoins à

24 la Guerre deTrente Ans et à celle de Succession d'Espagne. Philippe N, qui, d'une part, sur les conseils de son ministre Olivares, voulait imposer le modèle castillan à toutes les autres provinces péninsulaires, s'engagea d'autre part aux côtés de l'Autriche dans le conflit qui l'opposait à la France: Salses, à l'époque sur la frontière, tomba aux mains des Français, puis fut reprise. Les excès de l'armée castillane abusivement maintenue sur les lieux entraînèrent un soulèvement général, connu sous le nom de "Guerra dels Segadors", car elle fut déclenchée par des "moissonneurs" - segadors - qui entrèrent dans Barcelone. Un temps, le Président de la Généralité Pau Claris fit proclamer une république catalane, mais c'est avec l'aide de Louis XIV, nommé comte de Barcelone, que pendant douze ans la guerre se prolongea, jusqu'à la capitulation des Catalans

-

fort

honorable du reste puisque leurs privilèges se trouvaient solennellement préservés. Restaient néanmoins perdus, par le Traité des Pyrénées (1659), le Roussillon et une fraction de la Cerdagne, où la France imposa aussitôt, contre de fortes résistances, une sévère politique d'assimilation. La Guerre de Succession d'Espagne,. le "Decret de Noua Planta". - Charles II d'Autriche, roi d'Espagne, n'ayant pas d'héritier, désigna comme successeur un petit-fils de Louis XIV, Philippe, duc d'Anjou, de la Maison de Bourbon, déclenchant ainsi une guerre entre le bloc franco-espagnol et unautre prétendant,

25 l'archiduc Charles d'Autriche, qui avait le soutien de l'Angleterre et de la Hollande, puis de la Savoie et du Portugal. Toute l'ancienne Couronne d'Aragon, y compris la Catalogne, prit également fait et cause contre les Bourbons. Tandis que l'archiduc Charles, avec l'aide des alliés, était reçu comme un roi, les armées du parti des Bourbons assiégèrent en vain Barcelone, cependant que Philippe d'Anjou triomphait au sud. La mort de l'empereur d'Autriche éleva sur le trône Charles, qu'abandonnèrent ses alliés soucieux d'éviter l'union des royaumes d'Espagne et d'Autriche. Le traité d'Utrecht (1713) consacra le succès de Philippe V, qui put se venger des Catalans, également oubliés par Charles devenu empereur. Ils se préparèrent à résister, et Barcelone subit un siège malheureux de treize mois. La répression fut dure: le Decret de Nova Planta supprima tous les privilèges politiques et culturels des Catalans, et réduisit au minimum l'usage de la langue. La Catalogne sous les Bourbons,. les relations avec la France sous la Révolution et l'Empire, et depuis. Sous Philippe V et ses fils Ferdinand VI et Charles III, la Catalogne amorce toutefois un regain économique où la bourgeoisie et l'artisanat jouent un rôle essentiel. Charles III autorise les Catalans à commercer directement avec l'Amérique, les pirates venus du Maghreb sont pourchassés, les Académies se multiplient, arts et Belles Lettres se développent. Quand éclate la Révolution française, la Convention

26 envoie en Catalogne des agents susceptibles de trouver des échos parmi les républicains catalans, mais la guerre avec l'Espagne annihile ces tentatives. Si Napoléon, par la suite, arrive à se faire céder par Charles N et son fils Ferdinand leurs droits à la couronne d'Espagne, si les troupes françaises occupent, Baléares exceptées, toute les terres catalanes, qui sont annexées à l'Empire sous la forme des départements du Ter, de Montserrat, du Sègre et des Bouches de l'Ebre, l'Empereur finit par abandonner la Péninsule et par traiter avec Ferdinand VII. Revenu en Espagne, celui-ci abolit la constitution élaborée en 1812 par les Cortes de Cadix, provoquant une lutte générale entre les libéraux, favorables à la constitution, et les absolutistes. En Catalogne comme partout, les villes et la côte sont libérales, les montagnes absolutistes. Barcelone souffrit beaucoup de ces affrontements; dès 1827, des conflits éclatent chez les ouvriers, et cinquante ans après naissent des mouvements socialistes et anarchistes. En 1870, après les "guerres carlistes" suscitées par son oncle don Carlos, la reine Isabelle II est détrônée par le général Joan Prim i Prats au profit d'Amédée de Savoie; la République est proclamée en 1873, avec les catalans Figueres et Pi i Mat'gall comme premiers présidents, mais le trône est rétabli dès 1879.