//img.uscri.be/pth/e7054dd768b497e03d203b1c0e22afebabc06117
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 20,59 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

PARLONS GAÉLIQUE (Irlande)

De
340 pages
Le gaélique est la première langue officielle de la république d'Irlande, l'Eire, et appartient à la famille des langues celtiques. Le gaélique connut son âge d'or au Moyen Age, plusieurs siècles de colonisation britannique ont provoqué son déclin. Ce livre expose les règles orthographiques et grammaticales fondamentales, présente un exposé sur la littérature gaélique et donne quelques outils d'apprentissage et d'utilisation pratique.
Voir plus Voir moins

Jean Le Besco

~
~;;

~

~ .
~
~

PARLONS GAÉLIQUE

r.. ..

il"

L'Harmattan 5-7,rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) CANADA H2Y lK9

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRlE

L'Harmattan UaUa Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

Du même auteur Yann-Vari ar Joubiouz, oberenneu-klok, Emgleo Breiz, 175 p. , Ar Skol vrezoneg, 1993 Parlons breton, L'f!armattan, 212 p. , 1997 Le breton de Belle-lie en-Mer, corpus, Emgleo Breiz, 193 p. , 1998 Joseph Loth, « Le breton de l'Île-aux-Moines », Emgleo Breiz, 84 p. , 1999 Dornleor manaveg, Emgleo Breiz, 294 p. , 2000 Trajedi Santez Julitte, édition critique, Emgleo Breiz, 340 p. , 2000 (sous presse) En préparation Parlons gaélique, Écosse, Île d£ Man, L'Harmattan, 2001

~
~ ~

~ ~ ~
I"'-

~

~

.
il~
....

,.
,...

III'

Les deux cnlturesde l'Irlande I Tout le monde en France connaît l'Irlande. Les organismes de tourisme irlandais font de la publicité pour leur pays et vantent la fraîcheur de vivre irlandaise, l'hospitalité des habitants, la beauté des paysages, la simplicité de la vie. On propose aux collégiens et autres lycéens des séjours linguistiques, et il va sans dire qu'un séjour linguistique en Irlande est un stage d'anglais. Sur le plan culturel, on connaît les grands écrivains irlandais de langue anglaise: Jonathan Swift, James Joyce, Samuel Becket, Eugene 0' Neill, Oscar Wilde, George Bernard Shaw etc. Leurs livres font partie des chefs-d'œuvre de la littérature mondiale et sont largement traduits et étudiés. L'Irlande est beaucoup plus connue à cause des événements politiques sanglants qui ont lieu sur la partie de son territoire qui appartient encore au Royaume-Uni: six des neuf comtés de l'Ulster. Les tenants d'une Irlande réunifiée s'affrontent aux partisans du maintien du pays au sein de la Grande-Bretagne. Ces belligérants sont appelés par la plupart des médias français, et avec leur réductionnisme habituel et leur jacobinisme bien de chez nous, «catholiques et protestants ». Cette façon de présenter les faits est un jugement partisan qui fait référence aux guerres de religion qui ont eu lieu en France et accrédite largement l'idée que les Irlandais sont un peuple bigot et peu ouvert aux idées modernes. C'est une attitude typiquement française, où, à gauche comme à droite, on estime qu'il faut être arriéré pour re~ettre en cause les frontières de l'État. De plus, la structure de l'Etat britannique, c'est à dire celle d'un État multinational rappelle celle de la France, si bien que beaucoup ont l'impression que s'ils admettaient le fondement politique, et non religieux, de la lutte des Irlandais de l'Ulster, ils légitimeraient du coup les luttes régionales en France (Bretagne, Corse etc. ) ce qui est véritablement contraire à l'idéologie jacobine: les habitants de la France sont français, les autres facteurs identitaires (bretonne, basque, etc. tout comme l'appartenance religieuse) sont du domaine privé. Avec ces quelques lignes nous avons fait à peu près le tour de ce que connaît le public sur l'Irlande. Ce que l'on ignore généralement, c'est que ce pays a deux cultures, l'une d'entre elles est connue, c'est la culture anglo-irlandaise qui est l'héritage de quelques siècles de colonisation, l'autre, la culture
1 Je remercie MM.Uaitéar Mac Gearailt, Art Hughes, Éamon 6 Ciosaïn, d'avoir relu ce travail à rétat de manuscrit.

j
~

nationale, est de langue gaélique. Peu de gens connaissent ( l'article huit de la Constitution de l'Irlande qui stipule Os an Ghaeilge an teanga naisiunta is t an phrtomhtheanga oifigiûil t.

Glactar leis an Sacs-Bhéarla mar theanga oifigiuîl eile, « Le gaélique est la langue nationale et c'est la langue officielle principale. L'anglais est accepté en tant qu'autre langue officielle ». Cette déclaration n'est certes qu'un symbole, qu'un souhait, l'anglais est de facto utilisé partout, le gaélique est minoritaire, et on embarrasse les fonctionnaires en s'adressant à eux en gaélique, mais on a le droit de le faire. Bien que le gaélique ait été submergé par l'anglais, les Irlandais lui attribuent une grande puissance symbolique et reconnaissent en lui un élément essentiel de leur culture. L'Irlande, donc, a deux cultures, l'une anglo-irlandaise qui est connue et diffusée, l'autre, gaélique, qui reste confidentielle. Qui connaît les grand~ écrivains de langue gaéligue ? Peadar Ua Laoghaire, Muiris 0 Suilleabhain, Tomas 0 Criomhthain,
Breandan

6

hEithir, Mairtfn

6

Cadhain etc. On ne sait même

pas comment prononcer leurs noms. La publication de ce livre poursuit trois buts: - donner aux «curieux» une approche globale du gaélique tant sur le plan linguistique que culturel; - donner à l'étudiant un outil de travail; permettre au voyageur d'avoir des échanges sommaires en gaélique. On conclura cette approche de la langue moderne par quelques pages sur la richesse littéraire du gaélique. En tout état de cause ce livre se veut pratique: il s'agit d'acquérir avant tout une idée de ce qu'est cette langue. Ce livre est constitué de quelques pages d'introduction qui permettront au lecteur de comprendre ce qu'est le gaélique moderne, il trouvera ensuite une grammaire succincte de la langue standard: les langues celtiques étant très différentes du français il convient sans doute de bien insister sur certains points comme la phonologie, les mutations consonantiques initiales, les déclinaisons, les prépositions conjuguées. Comme nous sommes ici en France, donc sans locuteur natif courant à portée de la main pour pouvoir lui demander la prononciation exacte de ce qui est marqué, le lecteur voudra bien s'initier à la lecture des symboles phonétiques, système fort simple au demeurant et expliqué dès le début, afin de pouvoir prononcer le gaélique avec quelque

-

8

vraisemblance: la dichotomie entre graphie et parole étant grande en gaélique, on ne peut pas faire autrementI,
"

À propos des termes irlandais et gaélique. Ces deux mots sont synonymes, on dit vieil-irlandais, moyen-irlandais et irlandais moderne. Le mot irlandais n'est, en fait, que la trad1.Jctionde l'anglais Irish: ce même mot a donné en anglais d'Ecosse Erse avec d'abor}l la signification de langue irlandaise puis celle de ,gaélique d'Ecosse. Le mot Erse signifie en français gaélique d'Ecosse (dans la mesure où ce mot est utilisé) que l'on appelle aussi parfois écossais bien que ce mot puisse porter à confusion en raison de l'existence du Scott, di~lecte saxon très proche de l'anglais des Basses-Terres d'Ecosse. En tout état de cause la terminologie peut porter à confusion, on n'utilise en irlandais que le mot Gaeilge, c'est à dire gaélique et on l'utilisera dans ce livre, autant qu'il est possible de le faire.

1 Une cassette livre.

enregistrée

par un locuteur

natif

accompagne

ce

9

DATES VIlle - 1er 1er siècle 432 795 841 1041 1169 1175 1366 1536 1541 1556

IMPORTANTES

1601 1609 1641 1649 1652 1695 1739-1740 1795 1798 1800 1846-1850 1848 1870 1914

arrivée des Celtes Irlande est divisée en sept royaumes Irlande est convertie au christianisme, par Saint Patrick premiers raids des vikings qui sont attirés par les richesses des monastères Fondation de Dublin victoire des Irlandais sur les Scandinaves invasion anglo-normande le dernier roi d'Irlande reconnaît la suprématie de la couronne anglaise statuts de Kilkeny (interdiction aux famines anglo-normandes de se marier avec des familles irlandaises) Henry VIII rompt avec Rome Henry VIII se proclame roi d'Irlande, il étend la réforme à l'Irlande première colonie anglaise de peuplement, première révolte dans le nord, premier massacre, les Bspagnols débarquent en Irlande les Irlandais et les Espagnols sont écrasés à Kinsale les colonies de peuplement se multiplient massacre de colons par les Irlandais Cromwell en Irlande déportation d'Irlandais en Virginie et aux Antilles lois pénales déniant tout droit aux Irlandais première famine, 400 000 morts Wolfe Tone fonde les Irlandais Unis l'intervention française en Irlande est un échec acte d'union, création du Royaume-Uni, le parlement de Dublin est supprimé Grande Famine, début de l'immigration massive des Irlandais, en particulier vers les ÉtatsUnis Insurrection menée par le groupe Jeune Irlande mouvement en faveur de l'autonomie interne création de la Citizen Army, groupe armé communiste

1916 1918 1919-1921 1921 1922-1923 1922 1937 1939-1945 1939 1949 1972 1979 20-07-97

1997-

insurrection du lundi de Pâques, le Sinn Féin proclame l'indépendance, répression sanglante le Sinn Féin obtient la majoritédes sièges et fait sécession guerre d'indépendance indépendance de l'Irlande, sauf pour six comtés de l'Ulster, proclamation de l'État Libre guerre civile le gaélique proclamé langue nationale et officielle modification de la constitution, l'Irlande devient l'Éire neutralité opérations importantes de l'IRA contre la Grande-Bretagne qui refuse de retirer ses troupes d'Irlande Création de la République irlandaise Bloody Sunday en Irlande du Nord (des parachutistes britanniques tirent sur des irlandais) Lord Mountbatten assassiné par l'IRA cessez-le-feu de l'IRA négociation de paix avec le gouvernement de Tony Blair

12

L'Irlande, colonie britannique Henri II, roi d'Angleterre, envoya son armée en 1169 pour conquérir l'Irlande, il avait auparavant demandé au pape Adrien IV l'autorisation d'envahir l'île. Les motifs invoqués était le particularisme religieux de l'Irlande, on y pratiquait un christianisme primitif alors que l'ensemble du continent, ainsi que l'Angleterre, avait été touchée par la réforme cistercienne. On signa en 1175 le traité de Windsor, le roi légitime de l'Irlande Rory 6 Connor reconnaissait la souveraineté de Henry II sur l'île. L'Irlande ne fut en fait jamais réellement soumise, elle obtint son indépendance le 6-12-1921, mais amputée de six comtés de l'Ulster dont une grande partie de la population lutte toujours pour retrouver l'indépendance. Les motifs de la conquête étant l'hérésie religieuse, on remplaça le haut clergé local par un clergé anglais, d'où, bien sûr, une désorganisation partielle de la société. Le gaélique était, à l'époque en Irlande, la langue de la société toute entière (malgré quelques enclaves anglophones dans la région de Dublin), y compris des élites, si bien que les envahisseurs, largement minoritaires commencèrent à s'assimiler, notamment par le biais des mariages. Les envahisseurs n'avaient pas conquis l'Irlande avec des femmes à leurs côtés, et une fois la paix installée, fondèrent des familles et créèrent des alliances avec des familles locales. Il s'ensuivit donc inévitablement une gaélicisation des envahisseurs, si bien qu'en 1366 le parlement promulgua l'interdiction aux Normands, sous peine de confiscation des biens et de mort, les relations et les mariages avec les populations locales. Les statuts de Kilkeny de 1366 imposaient une séparation des deux communautés. Ce conflit idéologique fut bouleversé lors de la réforme: l'Angleterre passant à la religion réformée et l'Irlande restant catholique, c'est elle qui, aux yeux de Rome et d'une grande partie de l'Europe, représentait la fidélité au christianisme authentique. C'est au XVIe et au XVIIe siècles que la colonisation de l'Irlande s'accentue, c'est à dire que des nobles anglais débarquent sur l'île avec leur armée et s'établissent en écrasant les rébellions menées par les chefs gaëls. C'est à cette époque que disparaît la société celtique, par la disparition des chefs et par substitution du droit anglais au droit celtique permettant ainsi aux colons de contester tous les titres de propriétés détenus par les Gaëls. Les Irlandais se soulevèrent en 1641 en Ulster et dans le Leinster, ils récupérèrent ainsi une grande partie des terres qui leur avaient été volées et massacrèrent les colons; les vieilles

familles normandes, restées fidèles au catholicisme, rejoignirent les insurgés. L'Angleterre fut prise de panique, elle envoya Olivier Cromwell avec la mission de tuer tous les rebelles et de détruire toutes les maisons qui auraient pu leur donner asile. Olivier Cromwell débarqua en 1641 à la tête de dix mille hommes et mit trois ans à rétablir l'ordre colonial, en tuant les rebelles et aussi en faisant disparaître toute l'élite irlandaise afin que nulle autre rébellion ne puisse se reproduire. Tous les Irlandais furent dépouillés de leurs biens, seuls vingt-six familles purent les conserver. L'Angleterre décida de créer une réserve pour les Gaëls à l'ouest de l'Irlande, la frontière de cette réserve était une rivière, le Shannon, qui passe à quelque quatrevingts kilomètres de Galway, cette zone comprenait les comté de Clare, de Galway , de Mayo ainsi d'une partie du Roscommon. Il fut interdit à tout Irlandais, à compter du premier mai 1654, de franchir cette frontière sous peine de mort ;dès cette date les Anglais commencèrent à vendre des esclaves irlandais aux planteurs des Caraibes et du Maryland. Le parlement irlandais vota en 1697 une loi bannissant tout le haut clergé catholique d'Irlande, le bas clergé n'était toléré que s'il se faisait recenser. La vie religieuse s'organisa donc de façon un peu particulière, les évêques étaient formés dans un des nombreux collèges irlandais du continent, Louvain, Paris, Nantes, Bordeaux, Séville, Rome etc. et revenaient secrètement en Irlande administrer leur diocèse et ordonner de nouveaux prêtres, les ordres religieux étaient interdits. L'éducation fut remise entre les mains des protestants, donc des Anglais, et seuls les protestants pouvaient recevoir une éducation. Les catholiques, donc les Irlandais, organisèrent un système d'écoles clandestines, un catholique n'avait accès à aucune autre profession que celle d'ouvrier agricole. Les conséquences de ce colonialisme furent que l'Irlande ne prit aucun essor économique et que l'on n'y créa nulle industrie, les terres étaient culti vées ou mises en pâture selon l'intérêt personnel des propriétaires, le déséquilibre était en faveur des pâturages, d'où des disettes fréquentes lors des mauvaises récoltes. Les nationalistes irlandais réussirent à s'organiser à la fin du XVIIIe siècle et sous l'impulsion de Wolfe Tone fut créé « Les Irlandais Unis ». Des lois autorisèrent les Irlandais à accéder à certaines professions et leur permettaient de posséder de la terre. Mais la portée de ces textes fut neutralisée par la mise en place d'une milice chargée de poursuivre les nationalistes. Le quatre janvier 1795, Les Irlandais-Unis réalisèrent un coup de main important en investissant le siège du gouvernement, le 14

vice-roi, Lord Fitzwilliam fut rappelé à Londres par Georges Ill, et Lord Camden fut nommé à sa place. C'est alors que les protestants s'organisèrent en loges orangistes pour organiser des coups de main contre les catholiques qui avaient réussi à obtenir quelques droits, et regagnaient ainsi ce qu'ils avaient perdu. Les Irlandais-Unis réussirent en mai] 798 des opérations contre des arsenaux et l'insurrection générale éclata le vingttrois mai, les insurgés étaient au nombre de vingt mille. Ils furent repoussés à Dublin, mais il prirent Wexford, ils furent écrasés le vingt et un juin 1798, une répression sans précédent déferla alors sur les Irlandais. Les parlementaires de Dublin travaillèrent alors à changer le statut de l'Irlande, de colonie de l'Angleterre, donc avec un viceroi nommé par le souverain anglais, celle-ci s'unirait à l'Angleterre afin de former un nouvel Etat, c'est ainsi qu'est né le Royaume-Uni, le sept juin 1800. Les protestants, minoritaires qans la colonie, devenaient ainsi majoritaires dans le nouvel Etat. L'Irlande n'avait donc plus de parlement et les députés siégeaient à Westminster, c'est donc là que les lois concernant les Irlandais étaient votées. En un siècle, cent quatre-vingt sept lois répressives furent promulguées, ainsi par exemple une loi de 1817 autorisait les propriétaires à condamner à des peines allant jusqu'à sept ans de prison les personnes oisives et turbulentes. Les paysans irlandais votaient à haute voix, et sous surveillance de leur propriétaire, pour le candidat de leur choix aux élections. Les paysans irlandais ployaient sous les taxes et les impôts, que les cultures de céréales servaient à payer ainsi que le fermage; la nourriture des Irlandais n'était constituée que de pommes de terre, si bien qu'en cas de mauvaises récoltes, les populations mouraient de faim. La plus grande partie des terres étant des pâturages, la surface de terre cultivable allouée à chaque famille pour se nourrir était infime. Le mildiou attaqua la pomme de terre en 1845, les récoltes furent catastrophiques jusqu'en 1849. Lorsqu'une famille ne pouvait pas payer son fermage au propriétaire, la solution était simple, le landlord arrivait, assisté de la police, sur les lieux où vivaient les mauvais payeurs, les faisait mettre dehors et brisait les murs de la maison dont la construction était toujours à la charge des locataires. Les paysans, dans ces conditions, faisaient l'impossible pOUfpayer et vendaient leur récolte pour pouvoir payer, on cite, en exemple, le cas de Walsche, magistrat de la couronne et propriétaire d'un grand domaine, qui expulsa, en

15

plein hiver après avoir détruit leurs maisons, les habitants de trois villages qui lui devaient de l'argent. Un million et demi de personnes moururent de faim, alors que les récoltes de céréales contînuaient à être expédiées en Angleterre, en cinq ans, et près d'un million émigrèrent. Il y eut des épidémies de typhus et de choléra, les routes étaient jonchées de cadavres, les parlementaires anglais estimaient qu'il fallait laisser le problème irlandais « se régler de lui-même .». L'Irlande ne s'est même jamais remise de la Grande Famine, les chiffres du recensement de 1841 donnent 8 175 000 habitants pour l'Irlande, la population n'a pas cessé, depuis de diminuer: le chiffre le plus bas fut atteint lors du recensement de 1961 qui donna 2 635 818 habitants pour les vingt-six comtés. Le nombre d'Irlandais remonte depuis.
,

Le pays de prédilection pour les immigrés irlandais est les

Etats-Unis et dès lors vont se forger des liens privilégiés entre les deux pays, plusieurs Irlando-américains deviendront des cadres du mouvement révolutionnaire et jusqu'à ces dernières années, l'IRA collectait des fonds auprès de la communauté irlandaise des États-Unis. Des révolutionnaires de ces deux communautés fondèrent en 1858 l'Irish Republican Brotherhood, ou IRB, dont le but était d'instaurer une république démocratique indépendante en Irlande. Malgré l'opposition de l'Église, les succès de l'IRB furent immédiats et on estime qu'en 1865, quelque cent mille personnes étaient affiliées au mouvement. Des chefs de ce mouvement furent arrêtés et l'organisation passa s01Js le contrôle d'Irlando-américains qui avaient combattu aux EtatsUnis durant la guerre de Sécession et qui étaient impatients d'en découdre, la date de l'insurrection fut fixée au onze février 1867. La conjuration fut découverte, elle se limita à quelques raids, de nombreux responsables furent arrêtés. Parallèlement à cette lutte révolutionnaire, d'autres Irlandais se battaient pour que des réformes fassent évoluer la situation de l'Irlande. Isaac Butt croyait que l'Union pouvait apporter la paix et la prospérité, mais tout travail dans ce sens fut voué à l'échec, l'oligarchie protestante entendait ne céder sur aucun de ses privilèges qui faisaient la ruine du pays. Tout projet de loi destinée à suspendre les évictions des fermiers en cas de nonpaiement fut rejetée. Le Canada ayant obtenu son indépendance en 1867, la question commença à se poser en Irlande, les années 1884-1885 furent marquées par une série d'attentats à Londres qui eurent pour effet d'accentuer le racisme anti-Irlandais des Anglais.

16

On assiste, à la fin de XIxe siècle à une véritable maturation du mouvement nationaliste irlandais et à une réelle remise en cause de l'Acte d'lInion, la Ligue Gaélique est fondée en 1893 par Dubhglas de hIde qui devint président de la République en 1937. L'IRB s'organisait, s'armait et envoyait ses membres infiltrer les organisations culturelles, les clubs etc. Des grèves furent organisées, par exemple celle de 1913 lorsqu'un million de mineurs cessèrent le travail, cette grève fut violemment brisée par le jeune Winston Churchill. Certains des membres fondateurs de la..Ligue Gaélique créèrent en octobre 1913 le Irish Volunteers, quatre mille hommes s'y engagèrent. Les unionistes de l'Ulster s'organisaient également en fondant le Ulster Volunteer Force. Les députés

votèrent le 18-09-1914le Home Rule Act, mais avec une clause
le rendant applicable durant la durée de la guerre. Cinquante mille unionistes sous les ordres de James Craig étaient prèts à prendre les armes en Ulster au cas où le Home Rule passerait. Ce Home Rule était bien timide et ne proposait qu'une réforme constitutionnelle limitée, il ne remettait pas en cause l'Union et la suprématie du parlement de Westminster était maintenue. Le gouvernement du Kaiser avait expédié en Irlande aux Unionistes une cargaison de trente-cinq mille fusils et trois millions de cartouches, la livraison fut débarquée sans que la police intervienne. Le lundi de Pâques 1916, le vingt-quatre avril, les quatre bataillons des Irish Volunteers (quelque onze cents personnes) de Dublin, et en rupture avec leur commandement, s'emparèrent des points stratégiques de Dublin, Pâdraig Mac Piarais fut nommé président du gouvernement provisoire et commandant en chef des forces républicaines, il proclama la République Irlandaise. Les rebelles signèrent leur reddition le samedi 29 avril suivant. John Maxwell reçut du gouvernement britannique les pleins pouvoirs pour réduire le mouvement révolutionnaire, il y eut plusieurs milliers d'arrestations. Les élections de 1918 furent un succès total pour le Sinn Féin (<< nous-mêmes»), il obtenait soi~ante-treize sièges sur cent cinq, parmi ses élus, trente-quatre étaient en prison, six autres étaient en fuite, et deux autres étaient réfugiés aux Etats-Unis. Les députés refusèrent de siéger à We~tminster, ils se réunirent à Dublin et se proclamèrent le Dail Eireann, « le parlement d'Irlande ». Ce parlement confinna la déclaration d'indépendance de ] 916 et s'investit de toutes les fonctions législatives et exécutives.

17

Les États-Unis par la voix des élus républicains Irlandoaméricains et du président Wilson, soucieux de son assise électorale, exprimèrent au gouvernement britannique leur vœu que se réglât la question irlandaise. Le gouvernement irlandais n'était pas viable sans ressources financières, aussi Valera lança-t-il deux emprunts, l'un en Irlande, l'autre aux États-Unis, qui furent des succès. L'IRA se lança dans une stratégie de guérilla systématique contre les intérêts britanniques et unionistes. Les services de renseignements britanniques évaluaient le nombre des combattants de l'IRA de cent à deux cent mille hommes, ils n'étaient en réalité que quinze mille, dont trois mille seulement étaient correctement armés, ils avaient en face plusieurs dizaines de milliers d'hommes bien ,!rmés. Les finances provenaient des immigrés irlandais aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne. La couronne britannique envoya les Black and Tans (corps d'élite non soumis à l'autorité militaire) qui mirent le pays à feu et à sang. Le 6-12-1921 fut signé à Londres un traité qui donnait l'indépendance à l'Irlande, les six comtés de l'Ulster comprenant une majorité protestante restaient dans le sein de la GrandeBretagne, la partition était d'après Lloyd George, premier ministre britannique, provisoire. Les partisans de ce traité remportèrent les élections en juin 1922, ils s'opposèrent aux opposants jusqu'en mai 1923. Les populations nationalistes luttent, depuis, en Irlande du nord pour la réunification du pays.

18

LANGUE

t t
i

~
~.

,
.
!Ii"

.
~
r-

Les langues gaéliques Il existe trqis langues gaéliques: le g~élique d'Irlande, le gaélique de l'lIe de Man, le gaélique d'Ecosse. On traitera essentiellement dans cet ouvrage du gaélique d'Irlande, on trouvera toutefois, en annexe, des informations sur les deux autres gaéliques. Les langues gaéliques sont des langues celtiques. Ce groupe de langues, les langues celtiques donc, se divise en deux branches: les langues brittoniques, avec le breton, le comique et le gallois, et les langues gaéliques. La parenté entre les langues brittoniques et les langues gaéliques n'est claire que pour le linguiste, les mots qui se ressemblent sont rares:

gaélique. brog « chaussure »,breton bragoù « pantalon»

gaélique dearthair « frère », breton breur, comique broder, gallois brawd « frère» gaélique og «jeune », breton yaouank, comique yowynk, gallois ifanc « jeune» gaélique droch « méchant », breton drouk, comique drog, gallois drwg « méchant» gaélique raithneach « fougère », breton raden, cornique reden, gallois rhedyn « fougère» gaélique tuath «tribu », breton tud, cornique tus « gens, hommes », moyen gallois tud « région, pays, gens» gaélique teach, génitif ti « maison », breton ri, cornique chi,
gallois

ty « maison»

etc.

II est impossible, en fait, de dresser des listes de mots semblables comme on peut le faire entre le gallois et le breton. La parenté entre les trois langues gaéliques est flagrante. l'intercompréhension orale, en revanche est impossible. J'ai fait à plusieurs reprises l'expérience de soumettre à des locuteurs natifs et cultiyés du gaélique }l'Irlande des enregistrements de gaélique de l'lIe de Man et d'Ecosse: il n'y avait pratiquement aucune compréhension. Les systèmes phonologiques ainsi que les réalisations phonétiques de ces langues diffèrent énormément, le vocabulaire varie beaucoup, la morphologie change de façon notable également. La moindre phrase comprend en fait trop de petites différences accumulées pour que l'intercoIflpréhension orale soit possible. La lecture du gaélique de l'lIe de Man et d'Ecosse n'est en fait possible que pour celui qui a une connaissance approfondie du gaélique d'Irlande. Pour illustrer ces propos, on trouvera ici trois extraits du Nouveau Testament dans chacune des trois langues gaéliques

modernes. L'étude comparée des différentes versions des Écritures dans les langues gaéliques est très instructive, voyons le début du quinzième chapitre de l'Évangile selon Matthieu:
Gaélique d'Irlandel 1 Ba ansin a thainig Fairiséigh agus scriobhaithe larusailéim agus duirt siad leis, chuig fosaas siad a

2 « Cad chuige a mbionndo dheisceabailag saru nosanna na
seanoir{ ? Mar nl nionn siad a léimha nuair a chaitheann

bia. »
3 Is é an freagra a thug sé orthu, «Agus cad chuige shara{onn sibhse aithne Dé mar mhaithe le bhur nôsanna ?

Gaélique d'Écosse2 1 An sin thàinig sgriobhaichean agus Phairisich 0 Jerusalem gu losa, ag ràdh, 2C'ar son tha do dheisciobuil a' dol an aghaigh gnàthachaidh nan sinnsear ? oir cha-n ionnlaid iad an làmhan an uair a dh 'itheas iad aran. 3 Ach fhreagair esan agus thubhairt e riu, C'ar son tha sibhse a' briseadh àithne Dhé le bhur gnàthachadh féin ? Gaélique de l'lIe de Man3 1 Eisht haink gys Yessey scruderyn as Phariseeyn veih Jerusalem, gra, 2 Cre'n-fa ta dty ostyllyn brishey oardaghyn y chanstyr ? Son cha vel ad niee nyn laueyn ec goaill beaghey. 3 Agh dreggyr eshyn, as dooyrt eh roo,Cre'n-oyr ta shiuish brishey sarey Yee liorish nyn oardyghyn ?

Français 1 Des scribes et des Pharisiens de Jérusalem vinrent vers Jésus et lui dirent. 2 Pourquoi tes disciples transgressent-ils les habitudes des anciens et ne se lavent-ils pas les mains lorsqu'ils mangent? 3 Voici la réponse qu'il leur fit «Et vous, pourquoi transgressez-vous l'ordre de Dieu au nom de votre tradition? »
1 Tiolnna Nua, CummannGaelach na hEaglaise, Baile Atha Cliath, 1970. 2 Leabhraichean an T-seann Tiomnaidh agus an Tiomnaidh Nuaidh , Comunn-Bhiobull Duthchaill naH-AIba, Glaschu 1939. 3 Bible Chasherick yn Lught Thie, Shearwater Press, Onchan, 1979 (réédition de 1819). 22

~

f
~ ~ ! ~
po-

C'est le gaélique d'Irlande qui est le plus archaïque sur le plan de la phono19gie et de la syntaxe. Les langues gaéliques de l'Île de Man et d'Ecosse sont en ce sens plus évoluées mais el1es présentent de nombreux archaïsmes morphologiques et surtout lexicaux. Morphologie

~ ~

La préposition fri,..« avec », courante el! vieil-irlandais ne
s'est maintenue qu'à l'lIe de Man, rish, et en Ecosse, ri. De même pour la préposition ecmais « sans» qui a disparue en irlandais moderne (le mot seA maintient dans éagmais « absepce »et s'est maintenue à l'lIe de Man, fegooish, ainsi qu'en Ecosse, eagmhais. Le superlatif irrégulier du vieil-irlandais pc (irlandais moderne og) «jeune », oa, ne s'est maintenu qu'à l'lIe de Man: saa. Lexique On donne en premier lieu, pour plus de clarté, la forme du vieil-irlandais (V-ifI. ) ou du mqyen-irlandais (m-irI. ) puis la forme éventuelle en gaélique d'Ecosse (g. ) ou en gaélique de l'île de Man (gim. ).
v-irI. brosnad « inciter à la bataille» g. brosnachadh, gim. brasnaghey « provoquer» rn-irI. cubaid, « convenable », gim. cooie « propre» v-irI. ésca « lune », gim.eayst « lune» rn-irI. fidbaid « arbres », gim. fuygh « bois» ('matière') m-irl. meblugad « disgracier », gim. miolagh « tromper» v-ir!. mana «signe », g. /l1anadh « signe », gim. monney « rien» v-irI. mang « faon », g. mang, gim. minjeig « faon» v-irI. moned « montagne », g. monadh « montagne m-irI. pailt « beaucoup », g. pailt, girn. palçhey « beaucoup» rn-irI. scribhend « lettre », girn. screeuyn « lettre»

,
.. ~.
~

~

PO-'

.. ~

,

L'irlandais moderne Ce livre est consacré au gaélique moderne d'Irlande, aussi nommé irlandais. La littérature de langue gaélique sortait d'une torpeur de près de deux siècles lorsqu'à la fin du siècle dernier, de jeunes écrivains comme de Hindenberg, Eain Mac Néil1, Padraig Mac Piarais renouèrent avec la tradition gaélique écrite et, à leur tour, écrivirent. On fonda en 1880 Aondacht na Gaedhilge et le premier numéro de leur revue bilingue, /risleabhar na Gaedhilge, parut 23

~

en i 882. La question du standard se posa très rapidement. Les écrivains produisirent au début leurs écrits dans le seul standard qui leur était disponible, c'est à dire celui des écrivains du XVIIe siècle, et naturel1ement les jeunes écrivains se référèrent au gaélique classique en J'absence d'autres modèles. La différence essentielle entre le gaélique classique et le gaélique moderne réside dans la flexion verbale. Le verbe est de type synthétique (c'est à dire qu1il y a pour chaque personne une désinence!) en gaélique classique. En gaélique moderne, en revanche, le verbe tend vers un type analytique, donc avec la présence dominante de :gronoms sujets2. Des écrivains comme de Hindenberg" Tomas 0 Flannghaile et Eoin Mac Néill étaient de chauds partisans de constituer un standard littéraire sur la base de la langue classique, c'est à dire celle des grands écrivains des XVIIe et XVIIIe siècles: SeathrCinCéitinn (15701650), Padraigin Haicéad (1600-1654), etc. (voir le chapitre sur la littérature). Eoin Mac Néill changera plus tard d'avis et sera favorable à l'élaboration d'un standard fondé sur la langue quotidienne. Les partisans de la modernisation du gaélique écrit prirent une avance certaine en 1894 avec le début de la publication dans le numéro V de la revue Irisleabhar na Gaedhilge, du premier livre de Peadar Ua Laoghaire (1839-1920), Séadna. Ce prêtre, originaire du sud de l'Irlande, locuteur natif, écrivait là un livre qui allait faire date dans la modernisation du gaélique. Séadna parut en volume en 1904 (voir l'extrait p. 236 ). Eoin Mac Néill, directeur de Irisleabhar na Gaedhilge, écrivit dans le numéro V de la revue les lignes suivantes pour présenter l'œuvre de Ua Laoghaire: « we wish to direct the attention of students to the following
specimen of Munster Irish, one of the best samples, if not the

1 Prenons, par exemple, le verbe dé a n a m h «faire », présent indépendant. sg. 1 do-ghnim, 2 do-ghnir, 3 di-ghni, do-ghnionn; pl. 1 do-ghnimid, 2 do-ghniti, 3 do-ghnid, 0 ghnithear ; prétérit indépendant, sg. 1 do-rinneas, 2 do-rinnis, 3 do-rinne ; pl. I d 0rinneamar, 2, do-rinneabhar, 3 do rinneadar, 0 do-rineadh ; futur indépendant, sg. 1 do-ghnéanad, 2 do-ghéanair, 3 do-ghéanaidh ; p1. 1 do-ghéanaimid, 2 do-ghéanaidh sibh, 3 do-ghnéanaid, 0 ghnéafar etc. 2 Les désinences du même verbe, déanamh, sont en gaélique moderne, présent indépendant, sg. I déanaim; pl. 1 déanaimid ; 0 déantar ; reste déanann + pronom; prétérit indépendant, pl. 1 rinneamar ; 0 rinneadh ; reste rinne + pronom; futur indépendant, pl. 1 déanfaimid ; 0 déanfar ; reste déanfaidh + pronom. 24

printed. »

very best, of Southern popular Gaelic that has ever been «Nous désirons attirer l'attention des étudiants sur ce spécimen de gaélique du Munster, c'est l'un des meilleurs exemples, si ce n'est le meilleur, de gaélique populaire du sud qui ait jamais été imprimé. » La langue de Ua Laoghaire est très belle, très idiomatique, l'auteur utilise le système verbal des parlers du sud de l'Irlande, donc très largement de type synthétique mais sans l'archaïsme de la langue classique. Malgré l'intérêt certain du travail de Ua Laoghaire, la première grammaire du gaélique standard prend comme modèle la langue classique, Graiméar na qaedhilge na Brtiithreachaibh Criostamhla, Baile Atha Cliath 1901,« Grammaire gaélique des Frères des Écoles Chrétiennes », cette congrégation s'occupe toujours de standardisation de gaélique, de la diffusion du standard et d'évangélisation en gaélique. D'autres écrivains, à la même époque, suivirent la voie ouverte par Ua Laoghaire, tel le célèbre Padraig Mac Piarais, héros et martyr du soulèvement du Lundi de Pâques 1916, avec ses recueils de nouvelles et sa revue An Claidheamh Soluis, (voir le chapitre sur la littérature). On réforma l'orthographe en 1948 (voir le chapitre sur l'orthographe) et on commença à réfléchir sur la nécessité d'un nouveau standard, notamment pour la version gaélique des textes officiels. Cette réflexion aboutit en 1958 à la publication de Litriu na Gaeilge : lamhleabhar an Chaighdeain Oifigiuil « L'orthographe du gaélique, manuel du standard officiel », et de Gramadach na Gaeilge agus Litriu na Gaeilge : An Caighdean Oifigiuil « Grammaire et orthographe du gaélique: le standard officiel ». L'ouvrage de référence et le plus complet pour le gaélique standard est !llaintenant Graiméar Gaeilge na

~ ~
I l

r ~, ~
!flY

~

t'

mBraithre Crfosta~ Baile Atha Cliath, 1960 « Grammaire
gaélique des Frères des Écoles Chrétiennes». Cette standardisation fut élaborée par de grands spécialistes du gaélique et avec des locuteurs natifs de toutes les zones gaéliques d'Irlande. Les buts recherchés par la standardisation furent les suivants: dans les Gaeltachtai (zones où le gaélique est resté en usage et est parlé par quatre-vingts pour cent de la population au moins). - choisir de préférence les formes les plus répandues dans les Gaeltachtai.

- rejeter

les formes obsolètes dans la langue usuelle en usage

- rester

cohérent avec l'histoire de la langue. 25

"

"

- rechercher la simplicité. Cette simplicité a consisté à généraliser un système verbal analytique (voir plus haut) et à généraliser le système casuel en usage dans la plupart des parlers modernes. C'est à dire suppression du datif singulier (sauf dans des formes figées comme in Éirinn « en Irlande », lena chois « à son côté» etc.) et la suppression du datif pluriel, pourtant bien vivant à l'heure actuelle dans le Munster ainsi que dans le Connaught en Ulster au début de ce siècle! .
Le résultat de ce travail, le Caighdean Olfigiuil, n'est pas une création ex-nihilo, cela correspond au choix qu'avaient fait, dès le début du siècle, des écrivains comme Ua Laoghaire, Padraig Mac Piarais, Padraig 6 Conaire, de se référer à la langue parlée usuelle. Ces choix étaient conformes à l'évolution du gaélique populaire et correspondent à ridée d'amener le peuple à la lecture du gaélique et, bien sûr d'en faire un chaud partisan. On peut très facilement voir quelles étaient les tendances du gaélique populaire au début de ce siècle en lisant les textes collectées, à l'époque, dans les Gaeltachtaf : Amhrdin Mhuighe Seola, CIo Iar-Chonnachta, Indreabhan, 1990 (la première édition est de 1927), « Chansons du Comt~ de Mayo », Amhrdin Chuige Uladh,Gilbert Dalton, Baile Atha Cliath 1977 (la première édition est de 1927), «Chansons de l'Ulst~r », Leabhar Sgeulaigheachta, «Le livre de contes », Baile Atba Cliath 1889, An Sgéaluidhe Ffor,na Seachtmhaine, « Le vrai conteur de la semaine », Baile Atha Cliath 1896, (ces deux ouvrages sont des contes collectés par Dubhghlas de hIde). Quoiqu'il en soit le Caighdedn Oifigiuil n'a fait qu'officialiser un état de langue qui existait déjà en tant que langue vivante et en tant que langue écrite. Cet aspect de la standardisation du gaélique n'est, en fait, qu'un petit détail dans l'énorme travail qui a été fait sur le gaélique au cours de ce siècle. La tâche la plus ardue, la plus difficile, la plus urgente aussi car son avenir y était lié, était la modernisation du gaélique, et plus précisément de son vocabulaire. En effet, si la morphologie et la phonologie d'une langue évoluent naturellement et continuellement par le fait de la pratique constante des locuteurs natifs, la néologie, c'est à dire l'adaptation lexicale de la langue au monde moderne ne
I Voir, par exemple la collection de textes populaires collectés oralement dans toutes les régions de rIrlande et édités dans Glortha on Ghorta «Parole de la famine », CathaI P6irtéir, Coiscéim. 1996. 26

peut être que le fait d'intellectuels ayant une connaissance technique et historique de la langue. Le problème de l'adaptation d'une langue au monde moderne et aux exigences de renseignement contemporain est l'écueil sur lequel de nombreuses petites langues, restées longtemps des parlers populaires, s'échouent. Sans un État qui impose la norme en matière de terminologie l'écueil est insurmontable et de nombreuses langues sont en grand danger du fait même qu'aucun État ne leur impose de norme. Après quelques siècles d'occupation anglaise, le gaélique a fortement reculé et s'est retrouvé, au moment de l'indépendance dans l'état d'une langue inadaptée au monde moderne. Le gouvernement de la République d'Irlande a payé des chercheurs chargés de créer la terminologie et a publié des dictionnaires de référencel. On enseigne donc maintenant dans certains établissements toutes les matières en gaélique, du jardin d'enfants à l'université.

I!r

On trouvera dans la bibliographie les références des dictionnaires de la langues usuelle et littéraire ~ on a publié, de plus, ces dernières décennies en Irlande des dictionnaires de terminologie parmi lesquels on peut citer FocI6ir Bitheolaiochta, Dictionary of Biology «Dictionnaire de biologie », Foc 16 i r Eolaiochta, Dictionary of Science «Dictionnaire des sciences », Téarmai Rfomhaireachta, Computer Terms «Dictionnaire d'informatique» etc. Ils sont publiés chez An Gum, à Dublin. 27

CLEF DES SYMBOLES PHONOLOGIQUES
On trouvera ici la valeur des divers symboles phonétiques et phonologiques utilisés dans ce livre. J'ai essayé d'utiliser, autant qu'il était possible, des symboles dont la valeur était évidente. Bien comprendre la phonologie particulière du gaélique nécessite, si l'on ne veut pas faire de l'à-peu-près, de se servir de signes précis, et parfois spécifiques, dont on trouvera la valeur ci-dessous. Les caractéristiques de la phonologie du gaélique, et donc les deux difficultés pour les apprenants, sont l'opposition entre les voyelles longues et les voyelles brèves ainsi que l'opposition entre les consonnes palatalisées et les consonnes non-palatalisées. C'est-à-dire qu'un énoncé, si court soit-il, est incompréhensible si l'on confond la longueur des voyelles ainsi que la qualité des consonnes.
.

Pour chaque phonème on trouvera l'explication de sa

réalisation principale et des exemples explicatifs empruntés au français ou, à défaut, à d'autres langues. Les lettres représentant les phonèmes sont, dans les exemples, en gras. Les explications sur le fonctionnement de l'orthographe du gaélique viendront dans le chapitre suiyant.
Voyelles

Iii: Italie, ex. siad « ils»
li:1 : ce phonème a à peu près ]a même valeur que le Iii mais est long, ex. fton leI: écrasé, ex. beirt « deux» le:1 : ce phonème a ~peu près la même valeur que le leI mais est long, ex. Eire « Irlande» lre:1 : ce phonème est un peu plus ouvert et un peu plus que le /e/ de craie, ex. cead « permission» lu/ : loup, ex. dom « à moi» lu:/ : ce phonème a à peu près la même valeur que le lu:1 mais est long, ex. adar« écrivain» /0/ : corps, ex. olc « mauvais» /0:1 : mot, la réalisation est plus longue qu'en français, ex. ol « boire» /0:/ : pâte, ex. ait « endroit» la/ : patte, ex. flaithiuil « céleste» la:/ : ce phonème a à peu près la même valeur que le la/ mais est long, ex. bainne « lait» I~I : je, ex. Aifreann « messe»

Consonnes

/bl : bal, ex. biais « goût»
fb,jI : biochimie,

ex. be atha « vie» Ipl : pas, ex. pd « salaire» /pi/ :pioche, ex. peann « crayon»

Idl : dame, ex. dulne « homme» Idjl : diamant, ex. diabhal « diable» Itl : tout, ex. tus « début» lOI : tiare, ex. teach « maison»
Ig! : gaule, ex. Gaeilge « gaélique » /gj/ : français populaire gueule: c'est un /g! palatalisé, donc un /jl suit le Ig!, ex. gealladh « promesse» /k/ : cou, ex. cotha « nourrir» Ikjl : cinquième: c'est un /kl palatal, donc un Ijl suit le /k/, ex. ceol « musique» Iv/: ouate, ex. an bhfuil « est-ce» Ivjl : violon, ex. bh{ « était» Ifl :fort, ex.fuar « froid» /fj/ :fiole, ex. fiach « corbeau» Isl : sot, ex. sonas «joie» Isjl : chaud, ex. seo « ça » Iy/ : espagnol luego, ex. an Ghaeilge « le gaélique» /yj/ : iota, ex. aimsir gheimhridh « temps d'hiver» Ix/: allemand ach, ex. ocht « huit» Ixj/: allemand ich. Beaucoup de français confondent, lorsqu'ils parlent allemand, ce phonème avec Isjl (comme dans le français chaud). Cette confusion est possible parce que ce son n'est pas, en allemand, un phonème, c'est un al1ophone de lxI, dans beaucoup de régions d'Allemagne le son [çJ n'existe pas, et on réalise à la place un Ifl (chaud). Une telle confusion, donc Isj/ à la place de Ixj/, rendrait un énoncé totalement incompréhensible en gaélique, ex. a Shedin « Jean! » /hl : allemand haben, ex. thall « là-bas» Iml : mot, ex. marbh « mort» Irnj/: mioche, ex. miosur« mesure» Injl : gnôle, ex. ciain « calme»

30

!N! : ce son n'existe pas en français, c'est un In/ double, ex. Nollaig « Noël» !Nj/: ce son n'existe pas en français, c'est un Inl palatal comme dans gnion, mais redoublé, ex. néal « nuage» /fJjl : ce son n1existe pas en français, c'est un Inl palatal comme dans gnion, mais dévoisé. Pour le réaliser, on expire par le nez en même temps que l'on prononce le

In/,ex. shn{omh « tourna»
Irj/: ce son n'existe pas en français, c'est un Inl double dévoisé, donc avec une légère expiration simultanée, ex. shndmh « nagea» IfJI: anglais parking, ex. long « vaisseau» IfJjl : comme IfJImais palatalisé, ex. Fraincis « langue

française» ILl: il l'a vu, ex. Id «jour»

ILjl : comme ILl, mais palatalisé, ex. leabhar « livre» Iljl : soulier, ex. leat « avec toi» /Jj/: comme lVI, mais dévoisé, donc avec une expiration, ex. shleabhac « inclina» I~I : comme ILl, mais dévoisé, donc avec une expiration, ex.

mo shldinte « ma santé»

Irl : on fait ce r en mettant le bout de la langue contre les

dents, il y a un roulement, ex. radharc « vue»

Ir.i/ : même son que précédemment, mais paJatalisé, phonétique assez proche d'un Lz], ex. réa/ta « étoile» Ir/ : même son que Ir/, mais dévoisé, donc avec une expiration, ex. do tkracht « ton voyage» Irj/ : même son que Irj/, mais dévoisé, donc avec une expiration, ex. do threabh« ta charrue»

o : zéro

31

abréviations
adj. adv. compo conj. . d. : : : : : : : : : : : : : : adjectif adverbe comparatif conjonction datif singulier féminin génitif singulier génitif pluriel masculin numéral nom-verbal pluriel(le(s)) préposition : sujet singulier, singulière(s) substantif vocatif

f. g. gpl. m. num. nv. pl. prép. s. sg. sub. v.

32

Orthographe, phonologie 1 L'orthographe et la phonologie du gaélique sont simples et l'on prendra soin de lire les quelques règles suivantes qui permettront de savoir comment le prononcer. Les valeurs attribuées aux lettres différent fort du français, et on est incapable de prononcer le gaélique avec la moindre vraisemblance si l'on ne connaît pas le fonctionnement de son système graphique. La difficulté principale de l'orthographe du gaélique réside dans la façon de noter les consonnes: le gaélique oppose les consonnes palatalisées aux consonnes nonpalatalisées, et la qualité de ces consonnes est précisée à l'aide des lettres-voyelles. De nombreuses lettres-voyelles n'ont donc aucunement valeur de voyelles, et les consonnes se notent donc à l'aide de lettres-consonnes et de lettres-voyelles. C'est là que réside la principale difficulté de l'orthographe du gaélique, Nous verrons successivement la phonologie du gaélique standard moderne puis les réalisations graphiques de ces phonèmes. La distance entre ce que l'on prononce et ce que l'on écrit étant grande, je mettrai beaucoup d'exemples en transcription phonologique. Consonnes labiales alvéolaires vélaires glottale
Occlusives invoisées Occlusives voisées Fricatives invoisées Fricatives voisées Nasales invoisées Nasales voisées Vibrantes invoisées Vibrantes voisées Latérales invoisées Latérales voisées p b f v pi bj fj vj t d tj dj sj k g x xj h Y ki g,i hj yj

s
N nj o 0

m rnj

N
o

Nj nj
0

r rj
r
L 0I o
LILi

IJ IJj

rj
Lj }.i
0 0 1.i

1 La phonologie mentionnée ici est celle d'un parler du Connemara et décrite par Tomas de Bhaldraithe dans Gaeilge Chois Fhairrge : an Deilbhlocht, Institiuid Ard-Léinn Bhaile Atha Cliath, Baile Ath a Cliath, 1977 et dans The Irish of Cois Fhairrge, Co. Galway, a Phonetic Study, Dublin, The Dublin Institute for Advanced Studies, 1975. Je standardise les prononciations trop locales. Les phonèmes sont présentés dans un autre ordre" plus clair, et j'ai utilisé d'au~ressymboles pour les représenter. 33

Remarque: le phonème /hj/ n'est pas attesté dans tous les parlers gaéliques d'Irlande, on le trouve surtout dans le sud de l'Irlande dans le comté de Waterford 1. En dehors du cas précis de ce parler, on peut le réaliser [h] ou [çl. Voyelles Fermées mi-fermées ouvertes
voyelle centrale
Diphtongues, triphtongue ia ei ua ai au UdÎ UdU

palatales i i: e e:

ce re:
d

vélaires u u: o 0: a a: a:

Transcriptions graphiques Consonnes La règle de transcription des consonnes s'énonce ainsi en gaélique caolle caol, leathan le leathan « étroit et étroit, étendu et étendu» : les voyelles dites « étroites» sont e, i, é, f, et les voyelles dites « étendues» sont a, 0, U,a, 0, u. c'est à dire que c'est à l'aide de lettres-voyelles placées avant et après la lettreconsonne que l'on note si la consonne est palatalisée ou nonpalatalisée2. exemple: - paidir : la première syllabe est pa- /pa:/, la seconde est -idir. /djirj/ où le premier -i- montre que le -d- suivant est une consonne palatalisée. - Gaeilge : la première syllabe est /ge/-, le -a- montre que le g- n'est pas palatalisé ; la seconde syllabe est -/}jgj~/, le -iindique que le -l- est palatalisé. - éineacht : la première syllabe est /e:/- ; la seconde est /njdxt/-, le -n- est palatalisé, cette palatalisation est indiquée par le -i- et par le -e- ; les consonnes -cht sont non-palatalisées puisque le signe qui est au contact de ces lettres est le -a-.

1 The Irish of Ring, CO. Waterford, Risteard B. Bretnach, Dublin, 1947. 2 Il Y a très peu d'exceptions: ospidéal, lamhscrfbhinn «hôpital, manuscrit ».

34

Occlusives invoisées Ip, t, k, pi, tj, kJI /pl : paidir, pobal, capall, lubthal/pardJirj, pobilj, karpaL, Lu:pi:/ « prière, peuple, cheval, courbé » Itl : tain, tomhas, d{ot, leat Itu:nJ, tes, dji:t, IJre:tl « extrémité, mesurer, de toi, avec toi» /kt : cu, caint, toc, easbog /ku:, ka:Ntj, irk, re:s]x)k/ « chien, parole, payer, évêque» I~I : p{osa, pionos, pian, péaitse lpii:s~, ~NU:S, ~i~n,pjo:tsj~/ « morceau,pénitence,douleur,messager» Itil : teach, tirm, tiugh, te, duit Itire:x, tierjim i, tiuv, tJ~, di:til « maison, moui né, épais, chaud, à toi» /kJ/: ceann, eeist, feicéal, faic, thainig jk.ia:n, k.ieshi, fiekioL, ha:njikjl « tête, question, vois, rien, vint» Occlusives voisées Ib, d, g, b.i, d.i, gj/ /bl : bâd, baile, borb, leadhb /bard, ba:l~, bor~b, Ljaibl « bateau, ville, furieux, idiot» Id/ : dath, darna, céad, laghad Ida:, darm~, k.ie:d, Laid/ « couleur, second,cent, petitesse» Ig! : gaol, gaoth, seornach, leagaim, cumhang, liag Igi:L, gh, sgo:m~x, LJre:gi:m.i,kU:l)g, Lji~gl « relation, vent, gorge, j'arrange, étroit, pierre» jt)jl : bean, béa l, spéir, speal, luib, /bire:N, bie:L, s1J.ie:ri, sbire:L, Lu:bil « femme, bouche, ciel, faux, boucle» /dj/ : deirim, deoeh, ereidim, euideaehta, cuid, diallaid /djer jimj, d.iox, krjedji:mj, kid~xd~, kidj, dj~Lid.i1«je dis, boisson, je crois, compagnie, portion, selle» /gj/ : gealach, gearr, scéal, sc{th, ruaig, stéig /gjre:~x, gja:r, s.Îgje:L, sjg.ii:, ru~gj, sjdje:gjl « lune, court, histoire, fatigué, attaque (maladie), intestin» Fricatives invoisées If, s, sj, x, fi, xj, hl Ifl :flaithis, naomhtha IfLa:hgs j, Ni:f~1 « ciel [céleste], saint» IsI : sail, posta, ionas Isre:J.i,po:st~, un~sl « talon, marié, possibilité» /sjl : sean, jairsing, cuis Isjre:N, fa:rsjÎNj, ku:sj/ « vieux, spacieux, cause»
1 Le Ibl est dévoisé en un Ipl par la présence du Ihl, il apparaît dans les autres flexions du verbe (futur et conditionnel). 35

Ixl : chomh, dochar, cladach Ix~, dox~r, kLad~xl « autant,
blessure, plage»

IfJI:fios, Aifreann Ifiis, refrignl « connaissance, messe»
Ixj/: cheannaigh sé, a Sheain, oiche IxJre:Ni sJe:, ~ xJa:ni, i:xj~1 « il acheta, Seân ! , nuit» /hl : thar, shéid, athair, maith /ha:r, he:dj, re:h~rj, ma:hl « audessus, souffla, père, bon»

Fricatives voisées Iv, y, yj,vj/ /v/ : aon mhac, ag an bhfuinneog, aon bholgam, faobhar, ciallmhar, snamh /i:n va:k, egj ~n ViNjO:g,:n volg~m, i fu:vgr, kji~LVgr,sNa:vl « un fils, à la fenêtre, une bouchée, tranchant, sensible, nager»
Iyl : da dhoru, aon ghamhain Ida: yinj~, i:n yaunjl « deux cannes à pêche, un veau» Iyj/ : 0 dheas 10: yire:sl « du sud» Ivjl : bheith, laimhe, cnaimh Ivje, LO:vj, kro:vjl « être, mains, os » Nasales invoisées /r:J,T})/ /~/ : shnamhfadh, shnoidh I~o:gx, ~uxl « nagerait, rogna» ITJ)/: cuma shniomh, cuir shneachta /kurng hnji:v, kurj IJjre:xd~/ « forme de rouet, neiger» Nasales voisées lm, rnj, N, Ni, ni, 1),1)jl Im/ : margadh, Maire, iom,ldn, iomdha, can!, am /ma:rggg, rno:rjg, umLO:N, umu:, ko:m, o:ml « marché, Marie, complet, beaucoup, courbé, temps» Irnj/ : ml, meabhair, liméar, scraimineach, im, nilim Imji, rnjaurj, Ljimje:r, sgrre:mii:njgx, i:mj, Nji:Vimj/ « mois, mémoire, œsophage, petite personne, beurre, je ne suis pas» IN/ : nochtaithe, nua, taluna, beagnach, lan, amadan IN oxdi:h~, NU:, ta:LU:N~,biogNgX, LO:N,a:mgda:nl « nu, neuf, territoire [génitif], presque, plein, fou» INj/ : nead, nimh, bhinn, bheinn INjre:d, NivJ, VJiNj,1J.Ïi:Nil « nid, poison, je serais, sommet» Injl : nitear, inion, ainm, cluin, sleamhain Inji:tj~r, i1)ii:ni, re:njimj, kju:nj, siLjunjl « on lave, fille [par la filiation], nom, calme, glissant»

36

11]/:don ngada~ i nGaeilge, long,eangach Id~n I]a:di:, ~ 1]e:Igja, LU:I]g, re:1]gax/ « au voleur, en gaélique, vaisseau, filet de pêche» 11]JI sa ngeimhreadh, don ngeirseach, Fraincis, muing /S~ : I]jivjrja, dan I]Hrsjax, fra1]kas j, mi:1]gjl « en hiver, à la petite fille, langue française, crinière»

Vibrantes invoisées Ir, rjl

Irl : da thra, da throighIda:ro:, do: roI « deux plages, deux

pieds» Irjl : threabh sé, thréig sé Irjau sje:, [je:gj sje:1 « il laboura, il abandonna» Vibrantes voisées Ir, rJI Irl : ron, droch, leor Iru:n, drox, Ljo:rl « phoque, mauvais, grande quantité»

/rjl : réir, rogaire, obair /rje:rj, ro:girja, obirjl « selon, chenapan, travailler»
Latérales invoisées 1'0,oVI
0 0

ILl: da shluasaid, da shlat Ida: Luasidj, da: La:tl o

«

deux

pelles, deux baguettes»

I).il : bromaigh shléibhe, shleamhnuigh mé Ibrurna Jje:vja, Jjauna rnje:1 « poulains de montagne, je glissai» Latérales voisées IL, Ij, LjI ILl: luch, cloch, cuthallLox, kLOX,ku:h~LI « souris, rocher, timide» IVI : Learaioch, cuileach, contrail IVre:ri~x, kiV~x, kuntra:ljl « Learaf (nom de famille), troublé, contraire» ILj/ : leisclocht, cuisleach, ailllLjesjgjiaxt, kisÎLjax, a:VI « paresse, fort, gros rocher»

Paires minimaales Il n'est pas aisé pour un francophone de bien faire la différence entre les consonnes palatalisées et les consonnes nonpalatalisées, sauf pour opposer Is/ à /sj/, puisque cette opposition existe en français. Elle est pourtant fondamentale en gaélique. Pour arriver à bien faire cette distinction, il faut savoir

que les consonnes non-palatalisées réalisent un

[W]

lorsqu'elles

sont au contact d'une voyelle postérieure: cette labialisation est

37

inévitable, sans elle la consonne serait palatalisée au contact de la voyelle postérieure; les consonnes palatalisées, quant à elle, réalisent un [j] lorsqu'elles sont au contact d'une voyelle antérieure. Nous allons trouver ici quelques oppositions minimales entre les consonnes non-palatalisées et les consonnes palatalisées, j'indiquerai en premier lieu la transcription phonologique et ensuite la transcription phonétique qui montrera bien comment se réalisent ces phonèmes:

- /b/ - jtJj/ : bui /bi:/,
- /k/
sucer»

-«/k.i/ : caoirigh /ki:rj~/, mouton,crête ».
trahison»
:jtil/fa:L/,

IbWi:] hi /bii:/, [bii:/ « jaune, sois»
rkwi:r~]

-

- cire

/k.Îi:rj~/, [k.Îi:rj~ J

- /d/ - /dj/ : duil /du:V/,ldWu:V J

- diuil/dju:I.i/,

l diu:l iJ «
«

désir,

- /f/-/fj/

(fWa:LI- feall /fja:Li/, [fja:L]

barrière,

- /g/ - /gj/ : gall/ga:L/, parI» - /y / - /yj/ : aon ghall
«

[gWa:L] geall/gja:Lj/, [gja:L] « étranger,
/ya:L/, [yWa:L]

-

-Im/ -«/mj/: maoin /mi:nj/, richesse, lisse»
- In/

- /rj/ - /nj/ : i ngall Irja:L/, [rjWa:L]- i ngeall ll)ja:L/, [l).ia:L] « pour l'étranger, parce que» -III - fondre» la /le:/, [lwe:] - leaigh IL' e:/, [}je:] «jour [génitifj, Iljl : aa
Lmwi:njj -- min /rnjjÜnj/, Lmji:njj
/Nji:/, [Nji:] « neuf, chose»

un étranger, pour le compte de »

- mar

gheall ar /yja:L/

- Ip/ -«/~/: puca piquer» /puk~/, paquet,

- /nj/

: naoi /Ni:/,

rNWi:] ni (pWuk~]

- piocadh

/pjuk~/,

[pjuc~]

-Ir/ - /rjlmouton, moutons» ], caoirigh : caora /ki:m/, [kwi:m «
densité»

/ki:r~/, [kyi:rj~ l

- /r/ -/r.Î/ : leabhar /Ljaur/, leabhair /Ljaurjl « livre, livres» - /s/ -/s.i/: sui /si:/, (swi:]- si /sji:/, [sji:] « asseoir, - elle» - /t/ - /tj/ : tus /tu:s/, [tWu:s] - tius /tju:s/, [tju:s] « début,
Voyelles brèves Ii, u, e, 0, re, al IiI: inion, gualainn linii:nj, gU~LjiNj/« fille [par la filiation], épaule» lu/ : ualach, tua /U~LdX,tu~/ « charge, hache» leI: eiriceach, ceist ler.iikj~x, kjesjtjl « hérétique, question»

38