Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 16,99 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

Parlons Gbaya

De
270 pages
Langue oubanguienne parlée par plus de 500 000 personnes en République Centrafricaine et à l’est du Cameroun, le gbaya est d’abord présenté dans une partie linguistique illustrée par 380 phrases d’exemples. Ensuite, la partie culturelle tente de cerner les principaux aspects de la vie de cette société de chasseurs-cueilleurs-cultivateurs. Un conte présenté en double traduction permet de faire le bilan de ses acquisitions et de lire directement le gbaya.
Voir plus Voir moins

Vous aimerez aussi

Parlons Kabiyè

de harmattan

Parlons Manjak

de harmattan

Parlons soninké

de harmattan

PARLONSGBAYA

Collection Parlons... dirigée par Michel Malherbe
Déjà parus Parlons WHA. Parlons Parlons Parlons Parlons Parlons Parlons Parlons Parlons Parlons Parlons
Parlons

coréen, 1986, M. MALHERBE, O. TELLIER, Choe JUNG hongrois, 1988, CAVALIEROS, M. MALHERBE. wolof, 1989, M. MALHERBE, Cheikh SALL. roumain, 1991, G. FABRE. swahili, 1992, A. CROZON, A. POLOMACK. kinyarwanda-kirundi, 1992, E. GASARABWE. ourdou, 1993, M. ASLAM YOUSUF, M. MALHERBE. estonien, 1993, F. de SIVERS. birman, 1993, M. H. CARDINAUD, Yin Xin MYINT. lao, 1994, C. NORINDR. tsigane, 1994, M. KOCHANOWSKI
bengali, 1994, 1. CLÉMENT

.

Parlons Parlons Parlons Parlons Parlons Parlons Parlons Parlons Parlons Parlons Parlons Parlons Parlons Parlons Parlons Parlons

pashto, 1994, L. DESSART. telougou, 1994, O. et D. BOSSÉ. ukrainien, 1995, V. KOPTILOV euskara, 1995, T. PEILLEN bulgare, 1995, M. VASSILEVA. népali, 1996, P. et E. CHAZOT soninké, 1995, Ch. GIRIER somali, 1996, M. D. ABDULLAHI indonésien, 1997,A.-M. VAN DUCK, V. MALHERBE géorgien, 1997, I. ASSIATIANI, M. MALHERBE. japonais, 1997, P. PIGANIOL breton, 1997, P. LE BESCO. tchétchène - ingouche, 1997, P. PARTCHIEVA et F. GUÉRIN lapon, 1997, J. FERNANDEZ quechua, 1997, C. mER mongol, 1997, J. LEGRAND

À paraître
Parlons letton, malgache, albanais, kurde etc.

@ L'Harmattan, 1997 ISBN: 2-7384-5661-8

Paulette ROULON-DOKO

PARLONS GBAYA

Editions L'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 Paris

L'Harmattan INC 55, rue Saint Jacques Montréal (Qc) - Canada H2Y IK9

à mes enfants Aurélien Antoine Michel Julienne Gangan

~ ~ ,.Q
~

:5 ~ c.

~
,.Q

1>1> .:0:

%' ~.Ii! ~
.. = ~
~'

::>

u

"" = ~ ,.Q

c!" ~ "" ,.Q 101> ... u = ~ .. 101>

e -g ~ ~ ~ ...
,.Q = '"

= ~ .:0: ~ ..!. ,.Q '"

~~
'S (bCD

-d ,~

1Jmll
I _or' I .!:: iii , *

:::::.,1.~i~i::

,::.. ,

~:;2

t
o "" o

.~
o
::E
<I)

o

, '--,-'
,

,"

,

,
I

ltijP*

~
E ~
"," ll)

~ '_

"
.(
0; '"

~
B
II) '"

,

~-,

~

-, ..

u Ii
",
I I

([)*

;J '"

~ '< N

..t) ;:::I ~

,
I

Nf

8

'-,

!~

*

--

- .

~

~ ~
~

~
~ <;,) II) ;:::I

.~
"II)
01

....;j ,~ 1-4
<I)

-~--. '- -, 2;~ "--

~
~

~
......

~ U

LA SITUATION LINGUISTIQUE EN AFRIQUE CENTRALE

La République Centrafricaine est un pays d'une superficie (622.943 km2) un peu supérieure à celle de la France avec une population d'environ trois millions d'habitants (4,9 hbt!km2). La diversité linguistique y est grande, cependant une grande partie de ces langues constitue le groupe des langues dites oubanguiennes 1 (cf carte 1) qui se répartissent en Afrique centrale de la façon suivante: le groupe banda qui occupe principalement l'est de la RCA

. . une portion est du Cameroun et un ilôt au nord-est du Zaïre; . le groupe zande qui se compose de cinq langues (zande,
comprend de quarante à cinquante variétés dialectales; le groupe gbaya-manza-ngbaka qui occupe l'ouest de la RCA,

nzakara, geme, barambu et pambia) représentant plus d'un million de locuteurs répartis entre le sud-ouest du Soudan, le nord du Zaïre et l'est de la RCA ; . le groupe ngbandi-sango-kpatiri qui est constitué de parlers peu différenciés parlés le long du fleuve Oubangui et au Zaïre; le groupe sere-ngbaka-mba qui sont des langues éparpillées dans tout l' Mrique centrale et souvent isolées les unes des autres. Le sango véhiculaire est issu des parlers ngbandi. Il jouait un rôle véhiculaire le long du fleuve, avant même l'arrivée des Blancs, comme le peul à l'ouest de la RC.A, il s'est peu à peu répandu sur l'ensemble du territoire ayant, entre autres, été adopté comme langue de communication par les missionnaires catholiques. Il s'est enrichi d'apports lexicaux divers et est devenu la langue de contact principale dans tout le pays

.

1

Pour une présentation plus complète se reporter à Monino, 1988.

8

Paulette Roulon-Doko

acquiérant un statut de langue nationale. En milieu urbain et dans la capitale Bangui en particulier, il est la langue maternelle de nombreux enfants. Le français est la langue officielle de la République Centrafricaine, utilisée dans l'enseignement, dans les textes administratifs et, parallèlement au sango, à la radio et à l'Assemblée nationale.

INTRODUCTION
Les populations qui se reconnaissent sous le nom de Gbaya occupent un territoire de 150000 km2, situé pour les quatre cinquièmes à l'ouest de la République Centrafricaine et pour le dernier cinquième au centre-est du Cameroun (cf Carte 2). Elles regroupent environ 500000 personnes et se subdivisent en quatre fractions2 qui, sur le plan linguistique, constituent des zones d'intercompréhension. Chaque fraction comporte plusieurs clans qui ont chacun un nom propre identifiable par le préfixe 503 « ceux de », tels 50kpàn, 50ngowèn, 50doè, etc.

- -- . ~

~ l1lllllllM
~
,.
I ,.

frontière.
~â' kàrà

-\
\

'R.iDcaJliS&UoJID. <dies gJrOlUljpes

gb&Y&.

__

~,.

,

J!
I

6àdàè""
I99S)

TCHAD
I \

P. R...lon."",.

:...~' ~.'

~

~

~

Birao "

,
'J, , - ,.,
. .

I

CAMEROUN

",,~,_.'

JIŒJPUBUgUE CENTRAFRICAINE

MbaTki f
o
100 Km

200

,
... ... ...

.

.,
I

r CONGO
'-'~

,-{

\

LaR.C.A. en Afrique'

Carte2. La République centrafricaine et le pays gbaya
2 Je reprends ce terme ainsi que celui de "clans" ou de groupes d'alliance claniques à Yves Monino, 1995:6-9. 3 Pour la notation des termes gbaya, on peut se reporter au chapitre suivant "le système de notation".

10

Paulette Roulon-Doko

On distingue ainsi trois fractions d'une importance numérique comparable (de 60000 à 80000 locuteurs) : les Gbaya du Sud qu'aucun terme générique ne désigne comme tel; les gbâyâ 6okoto installés de part et d'autre de la Lobaye; les gbéyâ également appelés Gbaya Bossangoa installés au nord-est; et la fraction numériquement la plus importante (environ 160000 locuteurs), les gbâyâ kàrà, terme qui signifie littéralement les « Gbaya des montagnes4» dans le parler des Gbaya du Sud et est maintenant adopté par tous, à l'exception de ceux installés au Cameroun qui se désignent plutôt comme gbâyâ yàâyùwèè. Les Gbaya 'bodoe ou 6odoè, dont le parler est étudié ici, font partie des Gbaya kara. Sur le plan linguistique, les langues gbaya appartiennent au groupe des langues appelées de nos jours langues oubanguiennes, ou Oubanguien5.

Historique
Installés sur un plateau d'une altitude moyenne de 850 mètres, ils n'ont jamais été soumis à la pression des chasseurs d'esclaves et sont restés au-delà de l'avancée musulmane venue du nord-ouest. Ils n'ont eu leur premier contact direct avec les Blancs qu'au tout début de ce siècle, lors du passage des troupes françaises sous la direction de Lenfant. Ils ont alors connu la colonisation française, coupée par quelques années d'occupation allemande (1911-1914), avec collecte forcée du caoutchouc, construction des routes et cultures industrielles, en particulier celle du coton. Cette dernière a été maintenue après l'indépendance (1960) et n'a pris fin qu'après 1975. C'est du pays 'bodoe qu'est partie une très grande révolte anti-coloniale dite la "guerre du kongo-wara" littéralement « du manche coudé de houe» qui a enflammé en 1929 et pendant trois années toute l'Afrique centrale (cf Raphaël Nzabakomada-Yakoma, 1986). Peuple très indépendant, les Gbaya 'bodoe sont attachés à leur mode de vie. Ils ont subi les influences religieuses des protestants baptistes américains qui, depuis leur centre de
4

« Montagne» se dit kàyà dans les parlers du Nord. S Soit le groupe I de la branche orientale de la sous-famille 6 "Adarnawa oriental" de la famille Niger-Congo, dans la classification de Greenberg.

PARLONS

GBA y A

11

Baboua, ont implanté en pays 'bodoe un réseau de catéchistes gbaya et, dans une moindre mesure, des catholiques italiens également installés à Baboua. En revanche ils restent en dehors de l'islam dont les pratiquants se sont regroupés sur la commune d'Abba. L'école de la commune est depuis plusieurs années fermée. Quant aux soins, aucun dispensaire ne se trouve sur le territoire de la commune, et les hôpitaux les plus proches sont à Bouar ou à Baboua, soit à plus de soixante kilomètres de chez eux. Depuis l'instauration de l'impôt individuel pendant la colonisation jusqu'en 1994 où il a été supprimé par le gouvernement de Patassé, les hommes étaient soumis à cet impôt dont la collecte était la tâche principale du chef de village.

Végétation et climat
C'est une région de sources et de ruisseaux qui vont alimenter deux grandes rivières, la Nana au nord et la Mambéré au sud. Sur un sol granitique, très blanc à l'ouest, et gréseux (grès rouge) à l'ouest, se développe une savane très verte comportant principalement de la savane arbustive, mais aussi plusieurs types de savanes arborées, ainsi que des portions de savane forestière. Les sources et les rivières sont bordées de forêts-galeries et il existe aussi des portions de forêt dense sèche. L'année se compose de deux saisons de durée inégale. La saison sèche s'étend sur quatre mois (de novembre à mars) tandis que la saison des pluies dure les huit mois restants avec une période de grand ensoleillement courant mai et une pluviosité maximale en août (cf Roulon-Doko, 1996).

Activités
La variété des formations végétales favorise une grande diversité d'espèces tant animales que végétales. Tout au long de l'année, ils exploitent ces ressources spontanées par la chasse et la collecte, tout en pratiquant une petite culture. Sur un même champ de savane se succèdent, du sésame la première année, des arachides et diverses plantes vivrières (oignons, ignames, feuilles-légumes, etc.) la deuxième année et enfin, l'année suivante, du manioc qui sera encore entretenu pendant trois ans.

12

Paulette Roulon-Doko

Le terrain reste ensuite au minimum une dizaine d'années en friche (cf Roulon-Doko, 1997). Sur le plan technologique, ils façonnent des poteries, confectionnent des vanneries et pratiquent le travail du fer dont ils étaient, il y a encore peu de temps producteurs (cf Monino, 1981 et 1983). La saison sèche est volontiers appelée la "saison de la chasse" tandis que la saison de pluies est dite la "saison du travail des champs". Sur le plan rituel, il n'existe pas de rites liés à la culture. La totalité des rites pratiqués concerne la chasse, tout particulièrement le gros gibier, celui dont la taille dépasse celle d'un mâle de guib harnaché. Hommes et femmes participent tous à la recherche de nourriture, mais ce sont les femmes qui ont en charge la préparation des repas. Il n'y a pas de métiers réservés dont un individu, ou un groupe, pourrait revendiquer l'exclusivité. Chacun, outre les nécessaires activités de subsistance, se livre aux occupations de son choix. Dans ces conditions le savoir est commun à tous et chacun y a accès.

Les villages 'bodoe
Les Gbaya 'bodoe comptent environ 5000 personnes réparties en une quarantaine de villages qui constituent la commune rurale de Bingué auxquels il faut ajouter le village de Mèrè-'bodoe-toro, dépendant de la commune de Abba et celui de Koé rattaché à la commune de Fo (cf Carte 3). Ce groupe se caractérise par une hiérarchisation très réduite et une absence de spécialistes, si l'on excepte les chefs et les catéchistes, imposés les uns par l'administration coloniale, les autres par les missionnaires. Traditionnellement, le village ne comprenait qu'un seul lignage, soit de vingt à trente personnes. Il reconnaissait l'autorité morale d'un ancien, et prenait en considération l'avis des "grands", hommes et femmes adultes du groupe. A la suite du regroupement forcé des villages le long de la route, les villages actuels rassemblent de vingt à trois cents personnes. Ils comprennent plusieurs lignages ou segments de lignage désignés en français local comme des "quartiers". Mais cela n'a pas changé fondamentalement l'organisation sociale.

PARLONS GBA y A

13

ô'.

I 0"" ~,., ~

~

ij

....te..

__ rivière route

.,. Il-JI :W.lO

~- ~_limite des 'Bodoe village .u nom de rivière gesek nom de village bodOè:nom dé cïan

Carte 3. Les villages du pays 'bodoe

14

Paulette Roulon-Doko

Organisation sociale
C'est une société patrilinéaire c'est-à-dire que l'enfant appartient au lignage de son pèré et virilocale, c'est à dire que l'épouse vient vivre chez son mari qui vit lui-même auprès de son père. Chaque femme a sa propre maison construite par son mari. C'est cette maison qui constitue la maison du couple. Les hommes mariés n'ont pas de maison personnelle, et dans le cas d'un ménage polygame (moins de 20% de l'ensemble des ménages) l'époux se partage entre les maisons de chacune de ses épouses. Le mariage est exogamique : on ne peut prendre son conjoint ni dans son propre lignage (qui est aussi celui de son père), ni dans le lignage de sa mère. Ceci respecté, le choix du conjoint est libre. J'arrêterai ici cette brève présentation culturelle, puisque j'en traiterai de façon détaillée dans la seconde partie de cet ouvrage.

6

On peut rapprocher cela de la façon dont l'enfant, en France, prend
le nom du père.

traditionnellement

LE SYSTÈME DE NOTATION

Le gbaya 'bodoe est une langue à tradition orale qui n'a jamais développé un système d'écriture. Le système adopté ici se fonde sur une analyse phonologique qui permet de prendre en compte tous les sons "utiles" et les note en utilisant, outre l'alphabet latin, quelques signes de l'alphabet phonétique international.

LES CONSONNES
Les vingt neuf consonnes sont attestées en position initiale. On peut en dresser le tableau suivant:

Glottalisées Sourdes Sonores Mi-nasales Nasales
Continues

6 P b mb m w f v

cf t d nd n I r J1 y s z

? k g ng
1)

kp gb ngb
1)m

h

Vibrante

Les consonnes représentées par des lettres issues de l'alphabet latin ont à peu près la même prononciation que celle qu'elles ont en français, en spécifiant toutefois que: "s" est toujours prononcé comme dans "saut" ou "lasso". "g" est toujours prononcé comme dans "garçon" ou dans "gué". "y" se prononce comme dans "payer" ou "paille".

16

Paulette Roulon-Doko

"w" se prononce comme dans "oui" ou "Louis" lorsqu'il est suivi d'une voyelle arrière (a, 0, :J, u) et comme dans "huis" ou "lui" lorsqu'il est suivi d'une voyelle antérieure (i, e, e). "h" n'est pas muet, comme en français, mais aspiré comme en anglais dans "hat". "r" est une vibrante dentale, comparable au "r" qu'on dit roulé dans certains parlers régionaux français. Il convient de leur ajouter deux nasales qui sont attestées en français, mais y sont notées différemment: "p" qui est prononcé comme dans "campagne" ou "gnôle". "1]"qui est prononcé comme dans "camping". Enfin, le coup de glotte "?" qui est produit par une fermeture brusque des cordes vocales, est facilement réalisé, de façon fortuite en français, par tout locuteur lorsqu'il attaque avec force une voyelle initiale comme dans "attention l". En gbaya 'bodoe, cette attaque forte précède nécessairement toute voyelle en position initiale et supprime tout phénomène de liaison, comme cela se passe en allemand, par exemple. Les lettres doubles sont utilisées pour désigner des articulations complexes, assez fréquemment attestés dans un grand nombre de langues d'Afrique noire: "mb", "nd", "ng" et "ngb" indiquent que le son noté par la deuxième lettre est précédé d'une vibration d'air dans la cavité nasale. On appelle ces consonnes des mi-nasales. L'utilisation du "m" et du "n" devant une autre consonne étant réservée à la notation de ces mi-nasales ne sera donc pas employée pour la notation des voyelles nasales, comme en français. Le terme gbaya noté "bombi" « être aveugle» comporte deux syllabes, la première "bo" et la seconde "mbi" et non une seule comme dans le terme français "bombe" où l'ensemble "om" marque la voyelle nasale et le "e" final est muet. "kp", "gb", "ngb" et "1]m" indiquent la prononciation simultanée de deux articulations notées chacune par une lettre. Ainsi "kp" associe la prononciation d'un "k" à celle d'un "p". On appelle ces consonnes des labio-vélaires. En dépit de cette notation par deux lettres, il s'agit bien d'un son simple. "6" et "cf"associent un rapide coup de glotte à la prononciation d'un "b" ou d'un "d", On appelle ces consonnes des

PARLONSGBAYA

17

glottalisées. Elles seront notées avec une apostrophe dans les transcriptions françaises, ainsi 50dOè est noté 'bodoe en français.

LES VOYELLES
Il y a six voyelles orales et quatre voyelles nasales en gbaya 'bodoe, ce sont:
Orales 1 e ~e a u 0 0 1 g ;! Nasales y

La notation des voyelles seules n'utilise pas les accents car ceuxci sont réservés à la notation des tons, comme on le verra ciaprès. Les lettres utilisées sont: "e" se prononce toujours fenné comme le "é" de "été". "e" se prononce toujours ouvert comme le "ê" de "tête" ou le "è" de "pèse". "0" se prononce toujours fenné comme dans "autre" ou "beau" "0" se prononce toujours ouvert comme dans "bord" ou "or". "u" se prononce toujours comme dans "mou" ou "bout". Les voyelles nasales sont réalisées comme en français, mais moins fortement nasalisées. Elles sont notées par la lettre de la voyelle orale correspondante à laquelle on souscrit un tilde "-" : "g" se prononce comme dans "chien" ou "thym". ";!" se prononce comme dans "vent" ou "pan" "i' se prononce comme dans "rond" ou "son". Les nasales "i" et "y" qui n'existent pas en français sont réalisées de la même manière que les précédentes, en laissant passer de l'air par la cavité nasale tout en prononçant un "i" ou un "u". Les suites de voyelles sont très courantes en gbaya. Le "0" de la suite "oe" ou "oi" est toujours réalisé comme dans "feu" et le "u" de la suite "ui" ou "ue" est toujours réalisé comme dans "tu". II s'agit de réalisations phonétiques automatiques qui ne

18

Paulette Roulon-Doko

sont pas retenues dans la notation car elles ne servent pas à opposer deux termes. On notera donc: tui « poser des pièges» toi « porter sur la tête»

LES TONS
Le gbaya est une langue à tons. Toutes les voyelles sont porteuses d'un ton ponctuel, c'est-à-dire qu'elles sont prononcées avec une certaine hauteur. Le gbaya distingue deux registres de base, un ton haut (H) noté par un accent aigu et un ton bas (B) noté par un accent grave.

Les tons lexicaux
Au niveau du lexique, la différence de hauteur permet de distinguer deux termes, ainsi: mÉ « toi, tu » mè « là-bas» mbÉÉ « courge» mbèè« la rivière Mambéré» war « chemin» wàr «haricot» mbacff « écureuil Sp.7» mbàcfi « jeu de dés» Les locuteurs gbaya peuvent facilement siffler les tons des énoncés qu'ils prononcent, isolant ainsi la courbe tonale qui devient plus aisément perceptible à l'auditeur. En plaçant dans un même contexte deux éléments qui ne se différencient que par le ton, on entend plus facilement la différence de hauteur réalisée :
1. bé nÉ nù k6 gbaya na. Ce n'est pas la terre des Gbaya.

2.

bé nÉ nu k6 gbaya na.

Ce n'est pas la langue des Gbaya. En effet, le ton haut pas plus que le ton bas n'ont, contrairement aux notes de musique par exemple, une valeur absolue. Ici, ce
7 sp. ou species signifie qu'il s'agit d'un type particulier de ce groupe dont je n'ai pas une détennination plus précise, ou pour lequel la précision de la détennination latine n'évoquerait rien au lecteur.

....... .......

(HHBHHHH)

(HHHHHHH)

PARLONSGBAYA

19

qui compte c'est la hauteur relative entre les tons qui se suivent directement: 3. ?à tèkâ nù kfnè.
(ii/est tombé/à terre/tout de suite)
8

. ..

...

Il est tombé à l'instant. A ces deux tons s'ajoutent deux tons modulés, un ton haut-bas (RB) et un ton bas-haut (BR) qui correspondent phonétiquement le plus souvent à un petit rallongement de la voyelle. Ils sont notés par la répétition de la voyelle sur laquelle se répartissent les deux parties du ton: dâà « père» tUù « cercopithèque hocheur » bU « arbre Sp.9» màâ « l'un l'autre» Dans le cas d'une syllabe fermée CVClO,la réalisation du ton modulé ne s'accompagne d'aucun allongement vocalique. Aussi le ton haut-bas y est simplement noté par un accent circonflexe et le ton bas-haut par un accent circonflexe retourné: fâl « abri-grenier» kûr« la rive opposée» wen-gè « pourquoi? » Ces tons modulés s'opposent bien sûr aux tons hauts ou bas: k60 « épouse» koo « grand-père» d6è «piste d'animal » doè «termite» kàyà« montagne » kàyâ « balsall » kâyâ « crabe» Bien que toute voyelle de la langue, pour être réalisée, doive porter un ton, cela ne veut pas dire que tous les termes ont nécessairement des tons lexicaux. C'est ainsi que les verbes, par

8 Pour faciliter la compréhension du texte gbaya, je le fais suivre d'une ligne entre parenthèses constituant le "mot à mot" explicatif de chaque énoncé, où la barre oblique sépare les différents termes de la phrase. 9 TIs'agit d'un Vitex grandifolia, VERBENACEAE. 10c signale une consonne et v une voyelle. Une syllabe fermée est une syllabe qui se termine par une consonne prononcée, comme dans "patte" r at] en français. t TIs'agit d'unePALMAE.

p

20

Paulette Roulon-Doko

exemple, supportent un schème tonal12 qui est un élément grammatical marquant leur conjugaison et n'est pas caractéristique de leur forme lexicale. De ce fait les verbes sont notés dans le lexique sans tons : ne « aller» gbo « sortir» z~k« voir» duk « rester, se tenir » Dans le cas des adverbes-adjectifs, il n'y a pas non plus de véritables tons lexicaux. Le choix d'un schème tonal relève plutôt d'un choix sémantique qui se surajoute au sens propre du terme considéré: le schème bas indique une taille assez importante, une certaine proximité, une qualité ou une appréciation péjorative: 4. gbàdà tèkâ zum kàràk. [schèmeB] (lézard/esttombé/tête-de-moi/d'unbloc) Le lézard est tombé sur ma tête d'un bloc. le schème haut indique une petite taille, une grande distance, une nuance ou une appréciation flatteuse: 5. koé yé k:Stà karak. [schèmeH] (écureuil/entre/dans/pierre/d'unbloc) Oevois cela de loin] L'écureuil disparaît d'un coup dans les pierres. . en tête d'énoncé, le schème se termine toujours par un ton HB :

.
.

6.

?~ Wr k:Si, karâk yor mb:Scf:S-nùmÈ. [schème HHB] (il/se lève/pourlui//d'un bloc/s'arrête/au sol/là) Il se lève et, comme une masse, s'écroule à terre là. . en position d'épithète, il y a un relèvement tonal de la deuxième partie du schème. Ainsi pour le terme zèlèwèlè « en forme de sac» [schème B], on aura: [schème BH] 7. zOlow616 ndàyà mé !
(en forme de sac/fesses-de-toi) Fesses pendantes! (c'est une insulte) Dans le lexique, ces adverbes-adjectifs sont notés avec le schème qu'il portent le plus fréquemment, soit B, soit H.

12

Le schème tonal correspond pour un terme donné à la suite des tons

qu'il supporte, en réduisant toute suite de tons identiques à un seul élément. Ainsi kécfaf6n « sorgho sucré» et mé « toi, tU» ont un même schème tonal haut H.

PARLONSGBAYA

21

Les changements tonals dans le discours
En gbaya, tous les schèmes tonals y compris les schèmes lexicaux sont couramment, dans le discours, affectés par la présence d'un ton haut (H) qui sera aisément repéré dans le mot à mot où il est noté "D"l3. L'intervention de ce ton haut "D" modifie le schème tonal du terme qui le précède en fonction du premier ton de celui qui le suit, selon les règles suivantes:
terme précédent schème tonal de la forme de base H RB B sur CV14 B BR B ~formerésultante devant

'"

----------ton haut du terme suivant H

-----------

ton bas du terme suivant R BR

Les exemples qui suivent permettent de comprendre les effets de la présence de ce ton haut. Dans la notation, les termes dont le schème lexical est mentionné en premier, sont notés dans l'exemple avec les tons résultants de la variation provoquée par la présence de ce ton haut "D", puisque c'est comme cela qu'on les entend prononcer. La ligne suivante décompose le phénomène, indiquant en gras les tons de base sur lesquels joue le ton haut du connectif tonal. D'une manière générale, c'est donc le ton bas qui a tendance à être relevé.

- gudù guôu già

« abri»

[gudû + ' Iglà] (abri+D/chasse) « un abri de chasse»

(schèmelexical RB) guâu ro [guâù + ' 16]
(abri+D/champs) « un abri des champs»

13 Intervenant en divers points de la langue, cet élément indique une relation privilégiée qui sera précisée plus tard, je le désignerai comme un "connectif tonal". 14ev désigne un monosyllabe à syllabe ouverte, c'est-à~dire terminée par une voyelle.

22

Paulette Roulon-Doko

« tête» -zù zù béf [zù + ' Ibéf]
(tête+ D/gens)

(schème lexical B sur CV)

«tête d'homme» - dàp dàp g6k «motifs»

zu sà<fi [zù + ' Isà<fi] (tête+D/animal) « tête d'animal » (schème lexical B) dap bàn

[dàp + ' IgSk]
(motifs+D/serpent) « écaillure du serpent» - kot6 koto sambf « peau»

[dàp + ' Ibàn]
(motifs+D/céphalopheroux) « robe du céphalophe roux15» (schème lexical BH) kot6 dùà

[koto + ' Isambf]
(peau+D/mouton) « peau de mouton»

[koto +

'

Idùà]

(peau+D/chèvre) « peau de chèvre»

Un terme à schème haut garde toujours son schème et l'influence du ton haut du connectif tonal n'est pas ici perceptible, même si, par souci de systématique, il est tout de même noté et restitué dans le mot à mot. - lé6é « langue» lé6é g6k [lé6é+ ' IgSk] (langue+D/serpent) « langue de serpent» (schème lexical H) lé6é bàn

[lé6é+ ' Ibàn]
(langue+D/céphalopheroux) « langue de céphalophe roux»

Ces variations qui interviennent dans le discours donnent une intonation mélodique descendante à toute parole prononcée.

LES STRUCTURES

SYLLABIQUES

Le gbaya est une langue qui comprend des syllabes ouvertes ev (comme "la" en français), et des syllabes fermées eve
15 Les céphalophes sont une famille d'antilopes de taille moyenne ou petite.

PARLONSGBAYA

23

(comme "lac" en français). Ces dernières sont toujours en position finale, les suites de consonnes n'étant pas attestées en gbaya16 au sein d'un même terme simple. Il existe en gbaya un parler de type 'Javanaisl7" créé par les adolescents dans les années 65, pour ne pas être compris des adultes. Ici, c'est une syllabe tV qui est adjointe à chaque syllabe existante. Le terme ainsi transformé perd les tons qu'il portait et porte alors toujours le schème BH : 8. z6k mbé tùà. devient z?>f6kmbèfé tùfüàfa. (vois/neuve/maison) Regarde la nouvelle maison. On voit que la semi-nasale mb est bien traitée comme une consonne simple. Quant à la suite vocalique ua, elle peut recevoir deux traitements selon les locuteurs, soit totalement décomposée comme je l'ai notée ci-dessus, soit seulement partiellement décomposée en tùfUà. Un tel jeu repose sur le découpage syllabique et souligne la conscience qu'en a le locuteur. Outre des termes monosyllabiques (une seule syllabe), le gbaya connaît des termes simples pluri-syllabiques à deux, trois et quatre syllabes.

nombre:

1 ev

2 evev

ouvertes
syllabes fermées

syllabes

evv

3 evevev

evvev evevv

eve

eveve

evve

cveveve

evvevc evevve

evevevv evevvev evvevev evvevv evcveveve

4 evevevev

evveveve

Quelques exemples pour illustrer ces différents types: monosyllabes nù « sol, terre»

nlk

« tendon, nerf»

16 Rappelons que les notations kp, gb, ngb, !Jm, mb, nd, ng, ngb représentent des sons uniques et pas des suites de consonnes. 17Il s'agit, en français, d'un argot conventionnel consistant à intercaler dans les mots les syllabes va ou avoAinsi "mouton" se dira "mavoutavon".

24 dissyllabes

Paulette Rou/on-Doko

tana dàà
tri-syllabes kuylingu s66ra Jlàkùù

« tortue » « sœur aînée»
« touraco18 »

kèkèI)

« pie-grièche » « trois »

taar
kéd'âfon 601ndèIJ t~rl~IJ

« sorgho sucré » « liane Mondia » « grillon »

« étoile » « bien raide »

quadri-syllabes mbéléwélé «papillon» kilfngiziIJ « herbe sp. » ngor~v~l « en fonne de groin » kèkèikè « pangolin» « en attendant kààkidlIJ un moment» kpàâyèlè « oiseau sp. » yfftèo « deux» La structure syllabique la plus fréquente dans la langue est le dissyllabe qu'on peut noter sous la forme CV(c)V(c), qui correspond aux quatre réalisations mentionnées dans la colonne 2 du tableau précédent. Les termes monosyllabiques sont également bien attestés. Les structures à trois et quatre syllabes sont, par contre, plus rares. En gbaya, toute suite de consonnes indique une frontière entre deux mots. Les termes composés qui, par définition, sont formés d'une succession d'au moins deux termes, comportent très souvent une suite de consonnes. Dans la notation, un tiret marque la frontière entre les éléments du composés, ainsi: k~k-sàdà (cornée/peau) «écaille, carapace, élytre» pèIJ-ko (?19/rônier) « plateau en vannerie» Certains termes sont formés par redoublement plus ou moins partiel, c'est en particulier le cas de nombreux adverbesadjectifs, ainsi:
kùràIJ -kùràIJ
18

« avec un gros ventre» (redoublement complet)
CUCULIFORMES.

19Le point d'interrogation signale un élément qui n'est plus compris des locuteurs et n'est, en conséquence, pas analysable par le linguiste.

TI s'agit d'un oiseau de la famille des Musophagidés,

PARLONSGBAYA

25

lémlèlém « doux-acide» (redoublementpartiel) De tels redoublements peuvent donner lieu à des penta-syllabes sans suite de consonnes, tel: kélkèkéf « doux-amer»

NE PAS OUBLIER

H' , B ' , Les accents ne marquent que les tons: HB~,BHv. Le m ou le n qui permettent de noter les seminasales: mb, nd, ng, ngb, ne sont jamais utilisés comme en français pour marquer la nasalité de la

voyelle, c'est le tilde souscrit

_

qui indique les

voyelles nasales: i, ê, ~, ;2,y. Il n'y a pas de "e" muet en gbaya, tout "e" est prononcé comme dans été.

LA GRAMMAIRE

LA STRUCTURE DE LA PHRASE

La phrase verbale
La structure de la phrase verbale en gbaya 'bodoe suit l'ordre Sujet/Verbe/complément (SVC) familier aux locuteurs de langue française: Le complément est placé directement après le verbe Le terme kàm « boule de manioc20» qui se place directement après le verbe est ici un complément d'objet (0) : 10. bêmJ10IJa kàm. SVC C =0
(enfant/Acc21+22manger+D/boule de manioc)

L'enfant a mangé la boule de manioc. Le locatif (Loc) peut également se placer directement après le verbe, alors qu'en français ce type de complément est presque toujours introduit par une préposition ou fonctionnet23: Il. wà yàka zaIJ-bèè. SVC C = Loc
(ils/Acc+partir+ D/brousse) Ils sont partis en brousse. Le nom placé directement après le verbe peut donc être un complément d'objet ou un locatif. Cependant si une phrase
20 Ce tenne désigne la préparation à partir de farine de manioc qui est la base de tout repas gbaya. 21Ace signale une marque de conjugaison qui sera présentée plus loin. 22 Le plus "+" indique deux éléments qui sont amalgamés au sein de la fonne gbaya. C'est l'analyse morphologique qui permettra de les identifier. 23Ce tenne désigne tous les tennes de la langue qui servent à introduire un autre tenne.