Parlons grec moderne

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Parlons grec moderne est une initiation à la langue et à la culture grecques modernes. Elle permet de prendre connaissance d'une civilisation aujourd'hui représentée par deux Etats modernes - la Grèce et Chypre. Au terme de l'apprentissage des formes grammaticales et des expressions adaptées aux diverses circonstances de la vie, le lecteur pourra acquérir des notions de base et commencer à communiquer en grec avec les hellénophones.
Publié le : lundi 1 septembre 2008
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EAN13 : 9782296204553
Nombre de pages : 294
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Autov to biblivo eivnai afierwmevno stouı adelfouvı
mou
Ierousalhvm, 14 Iouvnh 2008
Greek.indbGreek.indb 11 14/06/200814/06/2008 15:24:5315:24:53Greek.indbGreek.indb 22 14/06/200814/06/2008 15:24:5415:24:54I.L’ESPACELINGUISTIQUEHELLÉNOPHONE
Le grec moderne est la langue officielle de deux
États situés aux confins sud-est de l’Union Européenne:
la République Hellénique dont la population compte 10
706290habitants(juillet2007)etChypre,îlepeupléede
788 457 âmes (juillet 2007) dont 77% sont des Grecs
hellénophones.Maislamaigreurdecesstatistiquesnedoit
pasfaireillusion.Defait,ladiasporagrecquecompteprès
de7millionsd’habitantsrépandusdanslescinqcontinents,
dont3à4millionsauxÉtats-Unisetplusde600000en
Australie.Àelleseule,Melbournecompteplusde300000
Grecs,cequienfaitlatroisièmevillegrecquedumonde
après Athènes et Thessalonique. Certes, les processus
d’assimilation qui se manifestent dans ces colonies
grecquesportentatteinteàl’helléphonie.Pourtantl’identité
ethnico-religieuse grecque-orthodoxe (ellhnorqovdoxoı
[elinorthódhoksos]enunseulmot)sepréservetantbien
quemalàtraverslesréseauxéducatifsàpleintempsou
à temps partiel (Sunday schools des pays anglo-saxons,
cours de grec décernés dans les consulats grecs et dans
les paroisses grecques-orthodoxes). Il s’agit donc d’une
identitéquidépasselargementlecadredel’État-nation.
Du point de vue strictement politique, la Grèce et
Chypre sont des pays relativement jeunes. La Grèce n’a
proclamésonindépendancequ’en1822etc’estseulement
en 1829 que sa souveraineté a été garantie et reconnue
internationalement. De son côté, Chypre est restée
une possession britannique jusqu’en 1960. Pourtant la
langueetlaculturehelléniquespeuventsetarguerd’une
continuité historique exceptionnelle. De fait, les plus
anciennes attestations du grec mycénien qui nous soient
eparvenuesdatentdumilieuduXIII siècleavantnotreère.
Greek.indbGreek.indb 33 14/06/200814/06/2008 15:24:5415:24:54La langue dont le grec moderne est l’aboutissement est
donc l’une des plus durablement attestées au monde. À
titre de comparaison, les premières traces épigraphiques
ede l’hébreu remontent au VIII siècle avant notre ère.
Quantaucoptequiconstitueunavatarultimedel’ancien
égyptien, il n’a jamais été promu au statut de langue
officielled’unÉtat-nationmoderne.
Leterritoiregrecprésenteunediversitégéographique
impressionnante.Lepaysestmarquéparunfortcontraste
entreune partie continentale au rivage échancré (Grèce
du Nord et Grècecentrale aveclepromontoire constitué
parl’Attique),unegrandepresqu’îlemontagneuseausud
(Péloponnèse),leschapeletsd’îlesdelamerÉgéedontles
eauxsontpresqueentièrementcontrôléesparlaGrèceet
enfinlagrandeîledeCrète,limiteméridionaledel’espace
égéen. QuantàChypre, elle se situeà560 kilomètres
àl’est de la Crète età400 kilomètres au sud-est de
Rhodes.Endépitdesonappartenancepolitiqueàl’Union
Européenne,Chypreestgénéralementconsidéréecomme
uneîleasiatique.Defait,ellenesetrouvequ’à75kmdu
rivagedel’AsieMineureetà100kmdescôtessyriennes.
Paradoxalement,l’homogénéitélinguistique de
l’espace hellénophone n’est guère affectéepar la variété
des terroirs et des îles. Le morcellement dialectal qui
caractérisaitlaGrècearchaïqueetclassiqueaétérésorbé
edès la fin du IV siècle avant notre ère par l’extension
d’une langue commune (koinhv)aux dépens des parlers
locaux.Mêmesilegrecaconnuquelquesdiversifications
secondaires au cours du MoyenAge (entredialectes du
NordetduSudnotamment),l’intercompréhensionentreles
hellénophonesn’a jamais été sérieusement compromise.
Quantauxalloglottes,ilsconstituentuneproportioninfime
de la population grecque(2%àpeine).MaisàChypre
dont la population compte 18%deTurcs, l’homogénéité
8
Greek.indbGreek.indb 44 14/06/200814/06/2008 15:24:5415:24:54linguistiqueestsérieusementmenacéeparlapartitionde
l’îleendeuxentitésantagonistes:laRépubliquechypriote
quireconnaîtauturclestatutdelangueofficielleauxcôtés
dugrecetlaRépubliqueturquedeChypreduNorddont
l’uniquelangueofficielleestleturc.
Pays membres de l’Union européenne, la Grèce et
Chypre se démarquent de leurs partenaires par l’emploi
de l’alphabet ancestral ainsi que par la superposition
presquetotaledel’identitéhelléniqueetdel’appartenance
àl’Église grecque-orthodoxe.Cette situation particulière
ad’ailleurs posé quelques problèmes en termes de droit
européen car jusqu’au 14 novembre 2000, les cartes
d’identitégrecquesportaientlamentiondelareligion.Les
eurocrates de Bruxelles ont exercé d’intenses pressions
en vue d’obtenir l’abrogationdecette pratique. En
effet ils ne comprenaient pas que dans une perspective
hellénique, la question de la religion ne se posait pas
seulement en termes confessionnels ou doctrinaux, mais
avant tout en ethniques et nationaux. Comme
beaucoup de nations de l’Europe orientale et du
ProcheOrient, les Hellènes ne séparent pas volontiers l’identité
ethnique de l’appartenance religieuse. Pendant les longs
siècles que la Grèce passa sous le joug ottoman, l’Église
grecque-orthodoxefutlaseuleinstanceoùpûts’exprimer
un semblant de sentiment national. Étant donné cette
collusion entre nation et religion, même les athées les
plus convaincus s’identifient aveclesymbole identitaire
constituéparl’Églisegrecque.
Dupointdevueéconomique,laGrècefigureparmi
lesÉtatslesmoinsnantisdel’UnionEuropéenneavecun
PNB par tête de 30500$(estimation 2007). Mais son
tauxdecroissanceannueld'environ4%depuis1997est
l’indice d’un dynamisme supérieuràcelui des pays plus
prospères.Laforcedel’économiegrecquerésidedansle
9
Greek.indbGreek.indb 55 14/06/200814/06/2008 15:24:5415:24:54tertiaire(74,4%duPNBen2006).Àluiseul,letourisme
concentre 15%des ressources du pays. Autre atout de
taille, la marine marchande grecque qui est de facto la
plus grande du monde avec75156 763 tonnes brutes,
soit3246navires,comptetenudelapratiquedespavillons
de complaisance. Enfin, les envois d’argent effectués par
les Grecs émigrésàl’étranger constituent un apport non
négligeableàl’économiehellénique.
L’agriculturegrecquequioccupeaumoins5,1%de
lamaind’œuvreproduitdublé,dumaïs,del’orge,dela
betterave,des olives, des tomates, des fruits,dutabac.
L’industrieagro-alimentaire grecque est surtout connue
poursonhuiled’olive,sesvinsetsesconservesdepoisson.
ÀChypre,laproportiondelapopulationactiveemployée
dans l’agriculture est encoremoindre (3,7%), sauf dans
lazoneoccupéeparles Turcsoùelleatteint10,6%.Les
exportations agricoles chypriotes consistent surtout en
agrumesetenpommesdeterre.
Malgré la part importante de la main d’œuvre
grecque employée dans l’agriculture, la Grèce est loin
de l’autosuffisance et elle éprouvecertaines difficultés à
surmonter ses retards structurels. De plus, ses produits
ont du malàpercer sur le marché européen où ils se
heurtentàlarude concurrencedel’Espagne. Quantàla
pêche,ellen’estguèredéveloppée,carleseauxdelamer
Égéesontparticulièrementpeupoisonneuses.LaGrèceest
contrainted’importerprèsdelamoitiédupoissonqu’elle
consomme.
Lapauvretédupaysaentraînél’émigrationrécente
d’environ 500 000 Grecs dans d’autres pays de la
communautéeuropéenne,enAllemagnenotamment.Mais
onassistecesdernièresannéesàunevagued’immigration
provenant des pays de l’Est (Albanie, Russie, Ukraine,
Pologne), d’Asie (Philippines, Sri Lanka, Bangladesh)
10
Greek.indbGreek.indb 66 14/06/200814/06/2008 15:24:5415:24:54et d’Afrique (Éthiopie, Soudan). Dans la forteresse de
Schengen, la Grèce apparaît comme un maillon faible du
fait même qu’elle constitue un bastion avancé de l’Union
EuropéenneenEuropedusud-est.Rappelonseneffetque
trois des voisins continentaux de la Grèce sont des pays
extracommunautaires(Albanie,Ex-République Yougoslave
deMacédoine,Turquie).Dureste,lesGrecséprouventune
appréhensionquasimentataviquevis-à-visdeleursvoisins
balkaniques du Nord,àl’exception des Bulgares. Ces
derniersontsignérécemmentdesaccordsdecoopération
régionale aveclaGrèce, dans le domaine de l’écologie
notamment. Mais les autres voisins septentrionaux
sont considérés comme assez problématiques. Dans ce
contexte assez tendu, les Albanais séjournant en Grèce
sont soupçonnés des pires méfaits. On leur reproche
notammentd’avoircontribuéàlahaussedelacriminalité
danslepays.
Desoncôté,Chyprejouelerôled’unevéritableplaque
tournante entre le Moyen-Orient, l’Europe de l’Ouestet
l’Europedel’Est.Cettesituations’expliquenotammentpar
lesaccomodementsfiscauxaccordésauxsociétésoffshore.
Lerégimepréférentieloctroyéauxentreprisesétrangères
aurait dû prendre fin en 2006. Néanmoins beaucoup
d’hommes d’affaires profitent encore de ces facilités,
dansledomainedelahautetechnologienotamment.Par
ailleurs, la position-carrefour de l’île en fait un relais de
prédilectionpour toutes sortes de transactions illégales
(traitedesfemmesettraficdedroguenotamment).
Du point de vue politique, la Grècearéussi à
surmonter la dure période de la dictature des colonels
(1967-1974) en rétablissant un régime démocratique en
juillet1974etenintégrantlaCEEen1981.Laviepolitique
grecque est dominée par l’alternance entre le parti de
droite (Neva Dhmokrativa [néa dhimokratía]«Nouvelle
11
GreGreek.ek.indindb7b7 14/06/200814/06/2008 15:24:5415:24:54Démocratie») et le PASOK (Panellhvnio Sosialistikov
Kivnhma [panelínio sosialistikó kínima] «Mouvement
socialiste panhellène»). Au terme des élections du 7
mars 2004, c’est le conservateur Kostas Karamanlis
(Neva Dhmokrativa)quiassumelesfonctionsdePremier
ministre.
ÀChypre, les élections du 17 février 2008 ont
été remportées par Dimitris Christofias du AKEL (parti
communistechypriote).
Plus de trente ans après l’été fatidique de 1974
quivitl’invasiondeChypreparles Turcs,etlachutedes
colonels en Grèce, il semble que certains traumatismes
du passé commencent peuàpeuàs’estomper.Depuis
1999,laGrèceaamorcédestentativesderapprochement
aveclevoisinturc.Enrevanche,lasolutiondelaquestion
chyprioteaétérepousséesinedieparlavictoiredunonau
référendumdu24avril2004quiproposaitlaréunification
de l’îleàlaveille de l’intégrationàl’Union européenne.
Moyennant quoi, Chypre reste diviséeentre une partie
grecque et une zone occupée par les Turcs. La frontière
de l’Europe coïncide de facto sinon de jure aveclaligne
de démarcationentre Chypre et la République Turque de
Chypre du Nord n’a jamais été reconnue que par deux
État,laTurquieetlePakistan.
Si Grecs et Turcs arrivaientàsurmonterleurs
rancunes séculaires, ils pourraient reconstituer ensemble
un espace économique égéen qui permettraitàlaGrèce
de s’ouvrir davantageàses voisins orientaux (Turquie,
Iran, Transcaucasie, Asie Centrale). Jusqu’à présent,
les dynamiques de la géopolitique ont contribuéàisoler
la Grèce de son environnement immédiat, qu’il s’agisse
du géant turc ou des pays balkaniques déchirés par les
conflitsethniquesdupost-communisme.Moyennantquoi,
laGrèceétaitquelquepeuconfinéeàl’extrémitésud-est
12
GreeGreek.k.ininddbb8 8 14/06/200814/06/2008 15:24:5415:24:54del’Europe.Silanormalisationdesrapportshelléno-turcs
se concrétisait,laGrècecesserait d’être un bastion aux
confins de l’Europe pour renouer avecson rôle ancestral
demédiateurentrel’Orientetl’Occident.
Enfin,ilconvientderappelerquemêmesielles’est
avéréeextrêmementonéreusepourlesfinancespubliques,
latenuedesjeuxOlympiques2004àAthènesmanifestela
volontédelanationgrecqued’inaugureruneèrenouvelle
enrenouantaveclatraditioncosmopolitedel’hellénisme.
Pendant les quelques semaines qu’ont duré les jeux, la
Grèceaaccaparél’attentiondesmédiasdumondeentier.
Quant on songe aux retombées positives des Jeux de
Barcelone sur le dynamisme de la métropole catalane,
onpeutaugurerlemeilleurpourledéveloppementdela
capitalegrecque.
LAGRÈCEETCHYPREENCHIFFRES
GRÈCE :
Superficie:131944km2(unpeuplusducinquièmede
laFrance)
Longueur du rivage maritime:13676 km (compte
tenudes9841îlesetîlots)
Fleuveprincipal:Acheloos(220km)
Pointculminant :MontOlympe(2917m)
Population :10722816hab.enjuillet2008(àpeuprès
lesixièmedelapopulationfrançaise)
Capitale:Athènes,3700000hab.
Divisions administratives : Le pays est divisé en 51
nomes(départements)
13
Greek.indbGreek.indb 99 14/06/200814/06/2008 15:24:5415:24:54Villes importantes:Thessalonique (750 000 hab.),
Patras(200000hab.),Héraklion(120000hab.),
Larissa (102000 hab.), Volos (71000 hab.), Kavala
(56000 hab.), Alexandroupolis (50000 hab.), La Canée
(48000 hab.), Trikala (45160 hab.), Ioannina (45000
hab.),Chalkis(45000hab.),Rhodes(43500hab.),Lamia
(42000hab.),Kalamata(42000hab.),Akharnè(42000
hab.),Corfou(40000hab.),Katerini(38500hab.),Veroia
(38000hab.)
Région àstatut particulier:Mont Athos (Sainte
Montagne), république confédérale de moines sous
protectorathellénique.
Économie
PNB(2007)356.3milliard$.
PNBparhabitant(2007)30500 $
Principales productions agricole: blé, maïs,
orge,
betteraveàsucre,olive,fruitsetlégumes.
Principalesproductionsindustrielles:agroalimentaire,industrieschimiques,métallurgie.
L’économiegrecqueestuneéconomiesemi-étatique
dans laquelle le secteur public représente pas moinsde
lamoitiéduPNB.Elleestégalementbénéficiairedel’aide
financièredeBruxelles(3,3%duPNB).
Principauxproduitsd’exportation:agro-alimentaire,
produitsmanufacturés,produitschimiques,textile…
Principaux produits d’importation:machines-outils,
matérieldetransport,hydrocarbures,produitschimiques…
Les deux premiers partenaires du commerce extérieur,à
l’import commeàl’export, sont l’Allemagne et l’Italie. À
el’import,laFrancesetrouveàla4 place,àl’exportàla
e7 .
14
Greek.indbGreek.indb 1010 14/06/200814/06/2008 15:24:5415:24:54CHYPRE
Superficie:9251km2(latroisièmeîledelaMéditerranée).
38%duterritoiresontoccupésparlaRépubliqueTurquede
ChypreduNord,entitésécessionnistequin’estreconnue
queparlaTurquieetlePakistan.
Longueurdurivagemaritime:648km
Fleuveprincipal :Pedias(100km)
Population:792604hab.(juillet2008)
Capitale:Nicosie(Lefkosia)(206200hab.)
Divisions administratives : le pays est divisé en six
districts.
2Nicosie(Lefkosia)2727km (lapartienorddecedistrict
estoccupéeparlaRépubliqueTurquedeChypreduNord)
CapitaleNicosie(Lefkosia).
Kyrenia640km2(entièrementoccupéparlaRépublique
TurquedeChypreduNord)
CapitaleKyrenia
Famagouste 1971 km2 (entièrementoccupé par la
RépubliqueTurquedeChypreduNord)
CapitaleFamagouste
Larnaca1126km2(partiellementoccupéparlaRépublique
TurquedeChypreduNord)
CapitaleLarnaca
Limassol1391km2
CapitaleLimassol
Paphos1396km2
CapitalePaphos
Économie
PNB(2006)20,51milliards$pourlapartiesud;4,54
milliardsde$pourlapartienord.
15
Greek.indGreek.indbb1111 14/06/14/06/20082008 15:24:15:24:5454PNBparhabitant27100$pourlapartiesud(2007) ;
7135$pourlapartienord(2006).
Principalesproductionsagricoles:pommesdeterre,
agrumes,légumes,orge,raisin,olives.
Principalesproductionsindustrielles:cigarettes,
cimenteries,raffineriesdepétrole,textile.
Principauxproduitsd’exportation:agrumes,pommes
de terre, produits pharmaceutiques, ciment, vêtements,
cigarettes…
Principauxproduits d’importation:biens de
consommation, hydrocarbures, machines-outils, matériel
detransport…
Les quatre premiers partenairesàl’import sont la
Grèce,l’Italie,l’AllemagneetleRoyaume-Uni.Lesquatre
premiers partenairesàl’export sont le Royaume-Uni, la
Grèce,laFrance,etl’Allemagne.
16
G_01.inddG_01.indd 1212 14/06/14/06/20082008 15:32:15:32:2424II.LALANGUEGRECQUE
1.Importanceetextensiondelalangue
Legrecmoderneestàlafoislalangueofficiellede
deuxÉtats-nationsetlalangueethniquedescommunautés
grecquesinstalléesàl’étranger.CertainsdecesHellènesde
ladiasporan’ontd’ailleurspasderapportavecleterritoire
actuel de la Grèce puisqu’ils sont les descendants de
Grecsd’AsieMineurechassésdeleurpatrieen1922-1923.
Ilyaurait actuellement dans le monde environ 17
millions d’hellénophones. Toutefois, il convient de réviser
cette statistiqueàlabaisse compte tenu de l’érosion
auxquelles les langues ethniques sont soumises dans un
environnementalloglotte.
Quoiqu’ilensoit,lavaleurintrinsèqued’unelangue
ne se mesure pas au nombre de ses locuteurs. Le grec
moderneprésentel’intérêtd’êtreunelanguedecultureau
confluentdeplusieurstraditionshistoriques :
-L’hellénisme qui est un pôle de référencemajeur
de la civilisation occidentale dans son ensemble.Àcet
égard, il est révélateur que les néologismes formés sur
desracinesgrecquesneprésententpasengrecmoderne
l’aspect quelque peu pédant et opaque qu’ils revêtent
dans la plupart des langues occidentales.Loin d’être des
corpsétrangersenkystés dans le système de la langue,
ces termes savants apparaissent tout au plus comme
des interférencesdela kaqareuvousa,lepôle puriste de
l’anciennediglossienéo-hellénique.
-Lacivilisation byzantine quiamarqué de son
empreinte une grande partie de l’Europe orientale et du
Proche-Orient et qui reste une référence incontournable
de la civilisation néo-hellénique. Beaucoup de Grecs
Greek.indbGreek.indb 1313 14/06/200814/06/2008 15:24:5415:24:54se rappellent avecnostalgie et fierté qu’à la veille des
econquêtes arabes au VII siècle, l’Empire byzantin
s’étendaitdelaMésopotamieàl’actuelMarocetcomprenait
unegrandepartieduterritoiredel’Italie.
-Levécu balkanique qui constitue un arrière-plan
communàtoutes les nations de l’Europe du sud-est. Il
se manifeste notamment sur le plan du folklore et du
mode de vie. Cette parenté n’épargne pas les structures
de la langue elle-même. Bien que le grec appartienne à
une autre branche des langues indo-européennes que le
restedeslanguesbalkaniques(serbo-croate,macédonien,
bulgare, albanais, roumain), il présente certaines
innovationsencommunaveccesdernières,aupointque
les linguistes reconnaissent dans les langues balkaniques
unSprachbundeloufaisceaudelanguesencontact.
-L’espaceottomanquifutlelieud’unecoexistence
plus ou moinspacifique entreles Grecsettoutes les
ethnies riveraines de la Méditerranée orientaleetdela
MerNoire:Turcs,Juifssépharades,Arméniens,Géorgiens,
Circassiens, Arabes, Albanais, Roumains, Slave du Sud.
Cette appartenanceàl’horizon ottomanalaissé une
empreinte profonde dans la culture matérielle du monde
néo-hellénique ainsi que dans la langue où nombre de
motsrappellentunepériodeoùlebilinguisimehelléno-turc
étaitfortrépandu.Sujetsottomans,lesGrecsessaimèrent
dans toutes les contrées dominées par la Sublime Porte.
D’importantes colonies grecques s’établirent notamment
àAlexandrie. Rappelons que l’un des plus grands
représentants de la poésie néo-hellénique est le Grec
d’AlexandrieConstantinCavafy(1863-1933).
-L’espace colonial créé par les thalassocraties
vénitienne et génoise. Implantés dans la Méditerranée
eorientaledepuisleXIII siècle,lesItalienss’ymaintinrent
jusqu’à une date relativement tardive. Chypre ne tomba
18
Greek.indbGreek.indb 1414 14/06/200814/06/2008 15:24:5515:24:55auxmainsdesTurcsqu’en1570,laCrèterestavénitienne
jusqu’en 1669 et les Îles Ioniennes (Corfou, Leucade,
Céphalonie, Zante et Cythère) ne connurent jamais la
domination ottomane. Ces îles demeurèrent vénitiennes
jusqu’en1797,dateàlaquelleellesfurentrécupéréespar
le Directoire qui venait d’abolir la République de Venise.
Plus tard, le Royaume d’Italie reprit pied dans la région
quandilconquitleDodécanèsesurlesTurcsen1912.Cet
archipelrestaitalienjusqu’en1948.Mêmedanslesrégions
qui n’étaient pas contrôlées par les Italiens l’empreinte
linguistiqueetculturelleestconsidérable,surtoutdansla
Grècedesîles.
Ainsi, le grec moderne apparaît comme l’héritier de
cesdiversescivilisations.Dupointdevuedelalinguistique
comparée, le grec apréservé des caractéristiques
typologiques des langues indo-européennes anciennes
que d’autres idiomes de la même famille ont perdues
depuis longtemps. Mentionnons notammentlemaintien
d’unedéclinaisonnominale,l’existenced’ungenreneutre
et l’importance du critère aspectueldans la structuration
du système verbal. Du point de vue de la linguistique
deslanguesencontact,legrecpartageavecleslangues
balkaniques mentionnées ci-dessus certaines tendances
structurellesdontlaplusfrappanteestl’absenced’infinitif.
Du point de vue lexical, enfin, le grec moderne partage
unassezgrandnombredemotsd’origineturqueouarabe
avecd’autreslanguesdel’ancienespaceottoman.
2.Quelquesdonnéessurl’histoiredugrec
moderne
Lalanguegrecquemoderne (neoellhnikhv glwvssa
neoelinikíghlósa)estlastratevernaculairedugrecpromue
au statut de langue écrite.Dans toutes les situations de
19
GreeGreek.k.ininddbb115 5 14/14/006/6/20200088115:25:24:4:5555diglossie, c’est-à-dire de coexistenceentre un état de
langue pédantréservéàl’écriture et un état de langue
spontané et informel, la langue parlée évolue beaucoup
plusrapidementquelalangueécrite.Decepointdevue,
le grec démotiquemérite doublement son appellation de
«langue néo-hellénique»puisque non content d’être
l’aboutissement moderne du grec ancien, c’estaussila
formelaplusavancéedecetidiome.Depuisqu’ilestdevenu
également une langue écrite, le démotique (dhmotikhv
dhimotikí)oulangue du peuple (dhvmoı dhímos)se
structureendeuxpôles:unevariétéécritecorrespondant
àlakoinénéo-hellénique,formededémotiqueouverteaux
influencesdel’anciennekaqareuvousa katharevoúsa;une
variétéparléequin’estpasrégieparcesnormesetquiest
enoutresensibleàcertainesdiversificationsrégionales,du
pointdevuedelaprononciationnotamment.
Avantmêmel’adoptionexclusivedugrecdémotique
comme langue de l’administration et de l’enseignement,
les écrivains l’avaient plébiscité en le dotant de bonne
eheured’unelittératuresomptueuse.DèsleXIX siècle,des
écrivainsoriginairesdunorddelaGrècecommeDimitrios
Katartzis (1730-1807), Ioannis Vilaras (1771-1823),
AthanasiosChristopoulos(1772-1847),DionysiosSolomos
(1798-1857) avaient donné le branleàunmouvement
de défense et illustration de la langue vulgaire. Ces
intellectuelstrèsmarquésparlacultureitaliennevoulurent
suivrelemodèlepréconiséparDanteAlighieridansleDe
vulgari eloquentia,manifeste en faveur de la création
littéraire en langue vulgaire plutôt qu’en latin. Parla
suite, le philologue Jean Psichari (1854-1929) défendit
ardemmentledémotiquecontrelespartisansd’unpurisme
sclérosé.
Adoptée par les hommes de lettre, ce «vulgaire
illustre néo-hellénique»mit plus de tempsàs’imposer
20
Greek.indbGreek.indb 1616 14/06/200814/06/2008 15:24:5515:24:55chezlesgrammairiensetlesplanificateursdelalangue.Le
meilleurspécialistedesdialectesgrecsmodernes,Georges
Hatzidakis(1848-1941)étaitparailleursunadeptedela
normepuriste.Ilfallutattendrelesannées1930pourque
l’éminentgrammairienManolisTriantaphyllidisapporteune
cautionscientifiqueàlalanguedémotiqueenpubliantune
grammaire et un dictionnairedudémotique. Ses efforts
contribuèrentàstandardisercettelangueetàenfaireune
alternativeàlalanguepuriste.
La question de la langue qui agita l’espace
hellénophone jusqu’en 1974 au moins est fortement
connotée idéologiquement. Outre qu’ils se posaient en
nostalgiquesdelagrandeurpasséedelaGrèceclassique
ou byzantine, les puristes représentaient des tendances
réactionnaires au sein de la sociétégrecque. Il n’est pas
étonnantquelerégimedescolonels(1967-1974)aittenté
d’imposerl’usageexclusifdelakaqareuvousa entantque
langue écrite. Mais cet ultime soubressaut en faveur de
la langue puristefut sans lendemain. Le rétablissement
de la démocratie en 1974 discrédita définitivement ces
tentatives visantàfiger le devenir de la langue grecque
dansunétatdelanguerévolu.
Il est significatif qu’à l’instar des artisans de la
erenaissance culturelle néo-hellénique du XIX siècle, tous
eles grands auteurs de la littérature du XX siècle ont
recouruaudémotique.Qu’ils’agissedufameuxromancier
Nikos Kazantzakis(1885-1957)oudespoètesConstantin
Cavafy (1863-1933), GeorgesSéféris(1900-1971, prix
Nobelen1963), Yannis Ritsos (1909-1990), Odysseas
Elitis (1911-1996, prix Nobel en 1979), tous ont prouvé
par leurs œuvres que le medium littéraire de la Grèce
moderne devait nécessairement puiser aux sources vives
delalanguedémotique.
21
GreeGreek.k.ininddbb117 7 14/06/200814/06/2008 15:24:5515:24:553.Grecancienetgrecmoderne
La connaissance du grec ancien ne préjuge pas
de la maîtrise du grec moderne. Elle aide néanmoins à
l’acquisitiondulexiquenéo-hellénique,delamêmefaçon
que quelques réminiscences de latin peuvent seconder
efficacement quiconque entreprend l’étuded’une langue
romane.Outrequelegrecmodernereprésenteunstade
avancé et vernaculaire du grec de toujours, l’accession
delalanguevulgaire (dhmotikhv dhimotikí)austatutde
langue littéraire, technique et administrativeacontraint
les planificateurs de la langueàpuiser abondamment
dans le stock lexical de la langue puriste (kaqareuvousa
katharévousa),laquelleestuneversionàpeinemodernisée
de la langue savante byzantine. En fait,les deux strates
de la diglossienéo-hellénique n’ontjamais été séparées
hermétiquement. Le démotiqueasouvent déteint sur le
grecpuristeetcelui-ciasouventinfluencécelui-là.
Le système du démotique apparaît comme plus
simpleetpluséconomiquequenel’étaitlesystèmedugrec
ancien. Du point de vue phonologique, on constate une
réduction considérable du nombre des voyelles en raison
de l’iotacisme, c’est-à-dire de la réduction de certaines
voyelles (h, u)etdiphtongues (ei, oi, ui)à i=[i].De
leurcôté,lesconsonnessonores b=[b], d=[d], g=[g]
du grec ancien se sont réduitesàdes fricatives sonores
[v],[dh]et[gh](saufaprèsun[-n]final).Parallèlement,
lesanciennesaspirées f=[ph], q=[th], c=[kh]sont
devenuesles fricatives sourdes[f],[th] et [h]. Enfin,
la prosodie du grec ancien qui se caractérisait par un
accent musical et par une opposition phonologique entre
voyelles brèves et longuesacédé la placeàunsystème
plus simple fondé sur l’emploi d’un accent tonique. Au
lieuquelaplacedel’accentsoitrégieparlalongueurdes
22
Greek.indbGreek.indb 1818 14/06/200814/06/2008 15:24:5515:24:55trois dernières syllabes du mot, comme c’était le cas en
grecancien,c’estaucontrairelaprésencedel’accentqui
provoquel’allongementsecondairedelavoyelle.Maiscet
allongementn’a pas de statutphonologique. C’est tout
justeuncorollairedel’accentuation.
Du point de vue de la morphologienominale, on
noteraladisparition du datif, c’est-à-dire de la forme
spéciale revêtue par le complément d’attribution, ainsi
eque l’extrême simplification des paradigmes de la 3
edéclinaison.Seuleslesformesneutresdela 3 déclinaison
ont été maintenues au singulier et au pluriel. Quant au
système verbal, ilaperdu le parfaitets’est doté d’un
parfaitpériphrastique composé de l’auxiliaire evcw [ého]
«j’ai»etd’une forme nominale du verbe terminée par
-ei,aboutissement de l’ancien infinitif en -ein. L’aoriste
aété restructuré moyennant la suppression des formes
thématiquesetlaréinterprétationdesformessigmatiques
enunparadigmeàdésinence –aquinefaitpasforcément
pasapparaîtrelemorphème{-s-}.Lesformessynthétiques
du futur,dusubjonctif et de l’optatif ont été remplacées
par une tournure analytique consistantàfaire précéder
desformesverbalesauxthèmesduprésentoudel’aoriste
departicule :qa[tha] <qevlwi{na «jeveuxque»pour
le futur, na [na] < i{na«afin que»pour le subjonctif,
aı [as] pour l’optatif.Enfin, le participe actif qui était
déclinable en grec ancienagénéralisé une forme figée
dont la terminaison {-ontaı}reprend en la généralisant
laformeduparticipeprésentactifaccusatifpluriel.
4.Quelquesdonnéesdialectologiques
Avant d’arriver en Grèce vers 1900 avant JC, les
premiers Hellènes vivaientprobablement au Nord des
Balkans.Àcetépoquereculée,leprotogrecsetrouvaiten
23
GreGreek.ek.indindb1b199 1414//006/6/200200881155:24:55:24:55contact avecd’autres langues indo-européennes parlées
dans la même région:langues du groupe thraco-illyrien
dont l’albanais est peut-être la continuation;phrygien,
peut-êtreapparentéàl’arménien. C’estcequi explique
pourquoidetoutesleslanguesindo-européennes,legrec
ancien présente certains points communs avecl’albanais
et l’arménien, dans le domaine phonétique et lexical
notamment.
La première vague des envahisseurs hellènes est à
l’origine de la civilisation mycénienne qui se développa
en Crète, dans le Péloponnèse,àThèbes etàAthènes.
Cette brillante civilisation fut détruite par l’arrivée de la
seconde vague de peuplement hellénique constituée par
les Doriens (vers 1000 avant JC). Le décalage entre les
premiers arrivés et les nouveaux arrivants explique en
partie pourquoi le grec ancien était divisé en dialectes
souventtrèsdifférentslesunsdesautres.C’estainsiqu’on
distingue :
-lesdialectesarcado-cypriotes,isolatslinguistiques
qui constituaient probablementl’aboutissement ultime de
la langue des Mycéniens. Ils étaient parlés en Arcadie, à
ChypreetenPamphylie.
-lesdialectesioniensparlésenIonie(AsieMineure),
danscertainesîlesdel’Archipel,enEubéeetenAttiqueainsi
que dans les colonies d’Occident (Marseille notamment).
Le fameux dialecte attique utiliséàAthènes et dans ses
environsn’estenfaitqu’unespécificationduionien.
-les dialectes éoliens comprenant le lesbien, le
thessalien et le béotien. Ils constituent une catégorie
difficileàclasserentrelesdialectesdelapremièrevague
(arcado-cyprioteetionien)etceuxdelaseconde(dorien
etdialectesduNord-Ouest).
-lesdialectesdoriensetlesdialectesduNord-Ouest
apportésenHelladeparladeuxièmevaguedepeuplement
24
GreGreek.ek.indindb2b200 1414//006/6/200200881155:24:55:24:55hellénique. Ils étaient parlés au nord-ouest de la Grèce
continentale, dans le Péloponnèse(sauf en Arcadie), en
Crète,àRhodesetdanslescoloniesd’ItalieduSud.
eÀlafinduIV siècle,l’usagedel’attiqueserépandit
nonseulementdansl’ensembledumondegrecmaisaussi
dansl’immenseempireconquisparlesarméesd’Alexandre
le Grand. Cet attique commun mâtiné d’ionien est connu
sous le nom de koinè (dialektos), c’est-à-dire (langue)
commune. Cette langue d’un maniement un peu plus
commode que l’attique puriste supplanta la plupart des
dialecteslocaux.Ellefutpendantdessiècleslalanguepar
excellencedetoutelapartieorientaledel’EmpireRomain.
C’estsurcettebasequesedéveloppalalanguedémotique
dont dériveendéfinitivelegrec moderne. L’un des
monumentslittéraireslesplusimportantsdelakoinèest
latraductiondesSeptante,premièretraductionconnuede
laBible. L’influencedecetteversiongrecquedel’Écriture
surledéveloppementultérieurdelalanguedémotiqueest
considérable.
Une fois cristallisée en une languenouvelle, le
grec démotique se subdivisaàson tour en dialectes
septentrionaux et méridionaux. La langue grecque
moderne est issue d’une synthèse entre la langue de
l’Attique et les dialectes des Iles Ioniennes, foyerdela
renaissance littéraire initiée par Dionysios Solomos, dont
ilaétéquestionci-dessus.Aujourd’hui,lesparlerslocaux
ont considérablement reculé, mais le grec commun est
éventuellementmarquéparlesubstratdialectaldechaque
région.Ainsi,lesgensduNordonttendanceàsyncoperles
voyelles fermées [i] et [u] en position atone etàfermer
les voyelles moyennes [e] et [o] en [i] et [u]. Un mot
comme anqrwvpouı [anthrópous]«hommes»(accusatif
pluriel)devientainsi[anthroúps].
En Asie Mineure, les dialectes échappaientquelque
25
GreeGreek.k.ininddbb221 1 14/14/006/6/20200088115:25:24:4:5555peuàlabipolarisation nord-sud,àl’exception du grec
parléàConstantinople qui présentait certains points
communs avecles dialectes septentrionaux. Dans la
région du Pont, au bord de la Mer Noire, le parler grec
localétaitfortementinfluencéparlecontactavecleturc.
Aujourd’huiilsubsisteencoredanslarégiondeTrabzunen
TurquiequelquesmilliersdeGrecsislamisésquicontinuent
àpratiquer ce dialecte connu sous le nom de rumca
«langue de Rum»,c’est-à-dire«langue de Byzance».
DanslePéloponnèse(Arcadie)ontrouveencorequelques
vestiges d’un dialecte fossile, le tsakonien, qui passe
généralementpour la continuation du dialecte dorien.
Enfin,quelques villages calabrais (Bova notamment) ont
conservéunparlergrecatypiquedontl’histoireestassez
controversée.Certainsyvoientl’aboutissementdesparlers
doriensdelaGrandeGrèce,maisilestplusvraisemblable
deleconsidérercommeunvestigedelalanguecommune
parléedansl’Italiebyzantineaumoinsjusqu’àlaconquête
normandeen1071.Enfin,lavariétélocaleparléeàChypre
présente un phonétisme assezparticulier,caractérisé par
l’assourdissement du [b] en [p] ou la sonorisation de
[p]en[b],de[t]en[d],de[k]en[g],l’apparitiond’un
phonème chuintant [sh] issu des combinaisons [si] (si)
et [xi] (ci)etlapalatalisation de [k] en [tsh] devant la
voyelle[i].
Les convulsions de l’histoire ont parfois brouillé les
frontières dialectales.Ainsi, l’afflux d’environ cent mille
réfugiés grecs d’Asie MineureàThessalonique dans
les
années20aprofondémenttransforméledialectelocal.Les
dialectesd’AsieMineureontduresteconnuunedimension
internationaleàlafaveurdel’émigrationdesHellènesexottomansauxquatrecoinsdumonde.
26
Greek.indbGreek.indb 2222 14/06/214/06/2008008 15:24:515:24:5555.Leslanguesminoritaires
Laproportiondesalloglottesn’atteintmêmepasles
2% de la population totale de la Grèce. Il s’agit le plus
souvent de frontaliersconstituantleprolongement des
populationsdescontréesvoisines.
-àlafrontière albanaise se trouvent quelques
locuteurs de l’albanais (variété tosque). Ce contingent
d’albanophonesaété renforcé par les Grecs d’Albanie
rapatriésenGrèceaucoursdecesdernièresannéesainsi
que par les Albanais séjournant de façonplus ou
moins
légalesurleterritoirehellénique.
-quelqueslocuteursdumacédonienetdubulgare
subsistentdanslesrégionsquijouxtentlaRépubliqueexyougoslavedeMacédoineetlaBulgarie.
-àlafrontièreturque,enThrace,onrencontreune
minorité turcophone d’environ 100000 âmes,
c’est-àdire moins de1% de la population grecque.ÀChypre,
laproportiondesturcophonesatteintpasmoinsde18%,
mais cettestatistique est en partie imputableàl’afflux
d’environ60000 immigrants turcsd’Anatolie dans les
annéesquisuivirentl’opérationAttilaen1974.Jusqu’àces
dernières décennies, on rencontrait encore, en Grèce ou
dansladiasporahellénique,desGrecsd’AsieMineurequi
avaientconservéunepratiqueactiveduturc.
-danslesrégionsmontagneusesdunorddelaGrèce
survivent des populations de pasteurs semi-nomades
qui ont préservé une variétéde roumain subdivisée en
deuxdialectes:l’aroumain des Vlahi ou Koutzovlahi
dontledomaines’étenddefaçondiscontinuedel’Albanie
àlaThessalie et le mégléno-roumain parlé au nord
de Thessalonique. Ces formes atypiques de roumain se
distinguent des parlers de Roumanie par une certaines
perméabilitéàl’influence du grec (en ce qui concerne
27
Greek.indbGreek.indb 2323 14/06/200814/06/2008 15:24:5515:24:55l’aroumain)etdumacédonien (en ce qui concerne le
mégléno-roumain).
-chezlesquelques5000Juifsgrecsontrouveencore
quelques vestiges du judéo-espagnol, variétéarchaïque
d’espagnol apportée en Méditerranée orientaleaudébut
des Temps modernes par les Sépharades expulsés
d’Espagne. Avant la guerre, la plupart des locuteurs de
cette langue se trouvaientàThessalonique,àRhodes
(sousdominationitalienne)etàAthènes.Lasaignéeque
les persécutions nazies ont infligéeàlapopulation juive
salonicienne(95%decettecommunautéaétéexterminé
dans les camps)asérieusement compromis la survie du
judéo-espagnol en Grèce. Parailleurs, certains Juifs de
Grècen’étaientpasdeslocuteursdujudéo-espagnols:à
Corfou,l’îledontétaitoriginairelefameuxécrivainAlbert
Cohen,lesJuifsparlaientunevariétéd’italiendusud.En
effetils avaient quitté les possessions aragonaises des
Pouillesoùlesdécretsd’expulsionde1492s’appliquaient
au même titre qu’en Espagne.ÀIoannina,àLarissa
et dans l’Eubée subsistent quelques groupes de Juifs
romaniotes, descendants des Juifs byzantins qui vivaient
danslarégionavantmêmel’arrivéedesSépharadesdans
el’EmpireottomandanslecourantduXVI siècle.Certains
considèrentlalanguedecesJuifsromaniotescommeune
variétéspécifiquementjuivedugrec(judéo-grec).
-EnGrèce et plus encoreàChypre fleurissent des
communautés arméniennes préservant jalousement la
langue ancestrale.ÀChypre où vivent 3600 Arméniens,
laprésencearménienneestattestéedepuisleMoyenAge,
àl’époqueoùl’îleétaitunroyaumefrancentretenantdes
relationsétroitesavecleroyaumearméniendeCilicie.
-Enfin, l’arabe levantin(variété libanaise) est
représenté par la communauté maronite chypriote forte
de2700âmesainsiqueparquelquesisolatsarabophones
28
Greek.indbGreek.indb 2424 14/06/200814/06/2008 15:24:5615:24:56du Dodécannèse. Parailleurs, un certain nombre de
PalestiniensonttrouvérefugeenGrèceetàChypreoùils
parlentencorelavariétépalestiniennedel’arabelevantin.
29
Greek.indbGreek.indb 2525 14/06/200814/06/2008 15:24:5615:24:56

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