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PARLONS KHOWAR

De
176 pages
C'est la première fois que l'ancien royaume de Chitral fait l'objet d'une publication de cette envergure, mêlant aspects humains et historiques, culturels et linguistiques, et donnant au lecteur des clés inédites pour partir à la découverte d'un autre morceau de notre planète…
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@ L'Harmattan, 1999 ISBN: 2-7384-7563-9

PARLONS KHOWAR

Collection Parlons... dirigée par Michel Malherbe

Parlons coréen. 1986, M. MALHERBE. O. TELLIER, CHOI J. W. Parlons hongrois, 1988, CAVALIEROS. M. MALHERBE Parlons wolof, 1989, M. MALHERBE, CHEIKH SALL Parlons roumain, 1991, G. FABRE Parlolls swahili, 1992, A. CROZON, A. POLOMACK Parlons kinvarwanda-kirundi, 1992, E. GASARABWE Parlons ourdou, 1993, M. ASLAM YOUSUF, M. MALHERBE Parlons estonien, 1993, F. de SIVERS Parlons birman. 1993, M. H. CARDINAUD, YIN XIN MYINT Parlons lao, 1994, CHOU NORINDR Parlons tsigane, 1994, M. KOCHANOWSKI Parlons bengali, 1994, 1. CLÉMENT Parlons pashto, 1994, L. DESSART Parlons telougou, 1994, O. et D. BOSSÉ Parlons ukrainien, 1995, V. KOPTILOV Parlons euskara, 1995, T. PEILLEN Parlons bulgare, 1995, M. VASSILEVA Parlons népali, 1996, P. et E. CHAZOT Parlons soninké, 1995, Ch. GIRIER Parlons somali, 1996, M. D. ABDULLAHI Parlons indonésien, 1997, A.-M. VAN DUCK, V. MALHERBE Parlolls géorgien. 1997, 1.ASSIATIANL M. MALHERBE Parlons japonais, 1997, P. PIGANIOL Parlons breton, 1997, P. LE BESCO Parlons tchétchène - ingouche, 1997.P. PARTCHIEV et F. GUÉRIN A Parlons lapon, 1997,1. FERNANDEZ Parlons quechua, 1997, C. ITIER Parlons mongol, 1997, 1. LEGRAND Parlons gbaya, 1997, P. ROULON-DOKO Parlons tzeltal, 1997, A. MONOD BECQUELIN Parlons biélor/tssien, 1997, A. GOUJON Parlons hébreu, 1997, M. HADAS-LEBEL

Erik L'HOMME

PARLONS KHOWAR
Langue et culture de l'ancien royaume de Chitral au Pakistan
Photographies de Yannik L'HOMME

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005Paris - FRANCE

L 'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y IK9

Ce livre n'aurait jamais vu le jour sans l'aide précieuse de Jordi MAGRANER, qui a apporté à ce travail sa grande connaissance de la région, et de FaridAHMAD, dont les informations m'ont permis de consolider les parties linguistiques et culturelles de l'ouvrage. Jordi MAGRANER est naturaliste de formation; il travaille depuis de nombreuses années en paléoanthropologie sur la zone de l'Hindou Kouch. Farid AHMAD est sociologue; par dessus tout, c'est un Chitrali qui aime et connaît bien son peuple.

Il me faut également remercier pour leur bienveillance, et l'aide que m'ont apportée leurs articles et ouvrages, Rahmat Karim Baig (auteur des deux volumes Hindu Kush study series) et Ie docteur Inayatullah Faizi (Wakhan. a window into Central Asia), qui ont entrepris à la suite du professeur Israr-ud-Din le premier travail sérieux depuis longtemps sur l'identité de leur pays. Je dois aussi beaucoup à l'association culturelle chitral i Anjuman e tarraqi Khowar (Société pour la promotion du khowar) et plus particulièrement à GuI Nawaz Khaki, Yusuf Shahzad. Muhkamud Din, Taj Mohamad Figar et Rahmat Akbar Khan Rahmat, qui ont accueilli mon projet d'ouvrage sur Chitral avec enthousiasme. Il me faut également saluer tous les chercheurs Pakistanais et Allemands qui, au sein du programme de recherche en sciences humaines et géographiques "Culture Area Karakoram", ont réalisé sur la région du Nord-Pakistan un travail énorme et de premier plan.
Pour tout ce qu'ils m'ont apporté, de façon directe et indirecte, mes plus affectueuses pensées vont à Hilal Ahmad d'Ayun, Abdul Ghani Khan de Kesu et Mahmad Ali de Chitral.

Enfin, cet ouvrage est dédié, de façon générale, à tous les Chitrali, dans l'espoir qu'ils conservent encore longtemps cette culture qui leur est propre et dont ils ont le devoir d'être fiers !...

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EN GUISE D'INTRODUCTION

Peut-être faut-il commencer cet ouvrage en constatant que le peuple chitrali reste relativement peu connu. Des notes prises par les officiers anglais y ayant séjourné au temps de la domination coloniale (seconde moitié du XIXe siècle-première moitié du XXe) et de quelques travaux universitaires (essentiellement linguistiques), il n'est jamais sorti qu'une vision réduite de l'ancien royaume. Les quelques trois mille Kalash (1)de Chitral sont infiniment mieux connus (grâce il est vrai à des travaux de qualité, dus pour la plupart à des Français) que les quelques deux cent mille Chitrali de Chitral... C'est la raison essentielle qui a motivé l'écriture de ce petit livre, aux ambitions modestes: essayer de donner au voyageur curieux les éléments qui lui permettront de mieux comprendre Chitral et les gens qui y vivent, dans les règles du respect auquel a droit chaque culture.

Le district de Chitral est une entité créée en 1969 sur les bases géographiques et humaines de l'ancien royaume de Chitral. C'est à cette date en effet que le royaume est définitivement rattaché à la jeune république Pakistanaise, après une série de pourparlers qui commencent dès 1947 et une première annexion qui suit la mort accidentelle en 1954 du roi Saifur Rehman (le pouvoir central profitant de la déliquescence déjà ancienne d'une royauté affaiblie par la domination anglaise). Le royaume a ainsi perdu son statut et, officiellement du moins, ses principes traditionnels d'organisation. Actuellement, le district de Chitral est dirigé par une sorte de préfet de région (Deputy commissioner) qui est à la fois le maître d'oeuvre et le garant des principes républicains et islamiques, ainsi que la courroie de transmission du pouvoir provincial duquel il dépend directement. Le district se rattache administrativement à la province NWFP (North West Frontier Province), l'une des quatre provinces autonomes qui constituent l'essentiel du Pakistan.

(I) Les noms d'ethnies. dans l'ouvrage

comme les mots directement

issus des dialectes. ne porteront

ni la marque du genre ni celle du nombre.

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Mais la réalité ne se réduit jamais aux papiers oftïciels. Ainsi, si les superstructures propres au royaume de Chitral ont bien été remplacées dans les faits, certaines infrastructures subsistent et fonctionnent encore. En d'autres termes, la façon de vivre et de voir les choses, les comportements et les relations n'ont pour l'instant que peu changé avec le rattachement de Chitral au Pakistan, et l'actuel district peut revendiquer encore bien des spécificités qui seront abordées tout au long de l'ouvrage. Il faut enfin préciser que Chitral étant naturellement et historiquement tourné vers les régions montagneuses du nord et de l'ouest (l'entité "Hindou Kouch") bien plus que vers les plaines du Sud (Pachtounistan et Punjab), son rattachement au Pakistan fait figure de contresens à bien des niveaux, et que le rayonnement du khowar (la langue parlée à Chitral) dépasse largement les frontières du seul district, pour pouvoir aborder sereinement maintenant la question chitrali 1...

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Le Pakistan:

803 943 km2 de superficie. 132 millions d'ha-

bitants dont 70% de ruraux,35 sommetsde plus de 7300 mètres.3180 km de longueur pour le fleuve Indus, 470 000 km2 de surface désertique ou semi-désertique. soit plus de la moitié du territoire total; le Pakistan n'est pas sur le trajet direct de la mousson du nord-ouest et seuls les contreforts de l' Himalaya sont régulièrement arrosés. enfantant les rivières qui irriguent la plaine du Punjab. Le pays se compose administrativement de quatre provinces autonomes possédant chacune un parlement et un gouvernement (le Punjab. le Sind. le Balouchistan et la North West Frontier Province ou NWFP) et de quatre régions à statut particulier dépendant directement du gouvernement central fédéral (les FATA ou Zones Tribales situées à proximité de la frontière afghane. les FANA ou Northern Areas. ]' Azad Kashmir et la capitale Islamabad).

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LE PAKISTAN
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La région que J'on appelle Je Nord-Pakistan est peut-être la plus attachante et la plus passionnante de toutes. Frontalière avec l' Afghanistan. la Chine et l'Inde. elle possède une grande importance stratégique, qui explique un passé et une actualité mouvementés. Très hétérogène. elle regroupe des peuples nombreux et divers dans une zone difficile essentiellement montagnarde. Cette région se partage administrativement entre la province NWFP. les Zones Tribales Fédérales (Federally Administered Tribal Areas - FATA) et les Territoires du Nord (Federally Administered Northern Areas - FANA. institués et pJacés sous contrôle direct du gouvernement fédéral suite aux mouvements irrédentistes anti-indiens issus de l'indépendance; ils se divisent entre les Agences de Gilgit et de Skardu). La North West Frontier Province (NWFP) est constituée de cinq départements et de douze districts, la plupart (dont Chitral) rattachés aux PATA (Provincially
Administered Tribal Areas

- Zones

Tribales Provinciales).

Politiquement

et cultu-

rellement, elle est complètement dominée par Je peuple pachtoune (ou pathan), vaste ethnie de presque douze millions d'individus à cheval surie Pakistan et l'Afghanistan. La capitale de la province est Peshawar, ville gonflée pendant la guerre russo-afghane par l'aftlux des réfugiés et centre de nombreux trafics. sise dans une plaine faisant la jonction entre Kaboul et l'Indus. couloir naturel de bien des invasions au cours de l'histoire. Chitral reste le seul district non pachtoune de la Province.

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TAI)(IKISTAN ILE NORD-PAKISTANI

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I

Chitral et le peuple chitrali

LE CADRE GEOGRAPHIQUE

Le district de Chitral, appelé Chitrar par ses habitants, petit Kashgar (ou Kashkar) par les voisins pachtoune, petit Bolor par les Tibétains et Chih Shuwaï par les Chinois, est bordé au nord nord-ouest (NNO) par l'Hindou Kouch proprement dit (littéralement "Qui arrête les Hindous"), chaîne de montagnes qui le sépare des régions afghanes du Wakhan et du Badakhshan, sur la base de la ligne Durand (1). Au sud, le bassin d'Arandu sépare le district du Nuristan afghan (ancien Kafiristan) (2). A l'est, la dorsale secondaire de l'Hindou Kouch appelée chaîne de Shandur, établit la frontière avec Yasin (Agence de Gilgit) et les districts de Swat et de Dir. La superficie du District est de 14903 km2. Le relief est très accidenté : deux cents sommets dépassent 6000 mètres! Le point le plus bas se situe à Arandu (1050 m), le plus élevé à la cime du mont Tirich Mir (ou Tench Mir) (7707 m). C'est un atout stratégique, mais un handicap pour la vie qui se concentre dans les grandes vallées en un équilibre instable; les cultures s'étagent partout où, entre les bords de rivière et les pierriers des flancs de montagne, la terre le permet; la plus petite irrigation nécessite de grands travaux et les canaux à ciel ouvert zèbrent les reliefs.

Les cours d'eau sont rapides et dangereux. Au nord de la ville de Chitral (le district a pris le nom de sa capitale), trois rivières importantes: la rivière de Mastuj ou de Yarkhun, la rivière de Turkho et celle de Lotkho ; de Chitral à Arandu, ces trois rivières forment la grande rivière dite de Chitral ; ensuite, d'Arandu à lalalabad (en Afghanistan), où la rivière se jette dans celle de Kaboul (affluent de l'Indus), elle porte le nom de Kunar.
(1) Frontière imaginaire et arbitraire suivant les crêtes, établie en 1893 entre l'Afghanistan de l'émir Abdur Rahman et l'Empire des Indes Britanniques, en lutte contre les ambitions sur le secteur de la Russie tsariste; lutte fréquemment appelée Le Grand Jeu, et qu'un auteur comme Kipling a su par exemple évoquer dans Lord Jim. (2) Région dans laquelle ce même auteur fait évoluer les protagonistes de L'homme qui voulut être roi....

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Les rivières de Turkho et de Mastuj se rejoignent à Kosht ; entre Kosht et Chitral, les affluents les plus importants sont ceux d'Owir gol (rive droite), de Reshun et Golen gol (rive gauche). De Chitral à la frontière, les affluents principaux sont (rive droite) les rivières d'Ayun, de Birir, de Jingeret, d'Urtsun et (rive gauche) celles de Shi shi, Ashret et Arandu gol.

De nombreuses passes relient le district aux territoires voisins. Montagneuses, elles restent souvent difficiles d'accès et peu sont réellement carrossables. Les principales sont les passes de Borogol (vers le Pamir, le Xinjiang ou Sinkiang, Karambar, Darkot et Yasin), de la Shandur (vers Gilgit), de Shishikuh (vers Swat), de la Lowari (vers Dir), d'Arandu (vers 1'Afghanistan des plaines: Jalalabad et Kaboul) et de Dorah (vers 1'Afghanistan des montagnes: Badakhshan et Nuristan). Les autres passes ne sont en général jamais utilisées, ou bien par les locaux, pour des raisons pastorales saisonnières. En réalité, seules quatre routes permettent d'accéder à Chitral : - Celle de Dir par la passe de la Lowari, ouverte aux jeeps de juin à

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novembre (avant et après les neiges) ; il fut question un temps de rendre cette voie accessible toute l'année par le percement d'un tunnel, mais Chitral n'étant la priorité de personne au Pakistan, l'ouvrage est resté à peine ébauché; - Celle de Gilgit par la passe de la Shandur, ouverte aux mêmes jeeps aux mêmes dates (variables évidemment selon les années) ; - Celle d'Asmar (Afghanistan) par Arandu, seule voie potentiellement praticable tout le temps, interdite aux étrangers au début des années 1980 et de plus en plus dangereuse depuis son contrôle par les Pachtoune Taleb ou Taliban (des Chitrali s'y font de temps en temps rançonner) ; - Celle de Zébak (Afghanistan) enfin, par la passe de Dorah, ouverte aux chevaux de juillet à octobre, empruntée de façon intense à l'époque de la guerre contre les Russes par les moudjahidins réfugiés à Chitral ; elle est actuellement fermée sur ordre des autorités pakistanaises proTaliban, pour empêcher tout commerce avec les Tadjik du commandant Massoud. A noter qu'il existe une liaison aérienne entre Chitral, où existe un petit aérodrome, et Peshawar; elle reste très aléatoire car soumise aux conditions météorologiques souvent mauvaises.

Le climat de Chitral se caractérise par une forte amplitude thermique saisonnière et par l'importance des vents. Le sud du district est sous une influence de type méditerranéen (été chaud et sec), le nord de type continental (hiver long et aride). Les précipitations sont plutôt faibles, et se répartissent essentiellement entre février et mai. Le sud est plus arrosé (460 mm de moyenne annuelle) que le nord. Il peut geler sur le district dès novembre; de décembre à mars tout le pays ou presque (à l'exception des fonds de vallée au sud) est sous la neige, restant isolé de longs mois du reste du monde à cause des cols impraticables. En altitude, passé l'étage des prairies alpines et des bouleaux, glaciers et neiges éternelles font leur apparition à partir de cinq mille (sud) et six mille mètres (nord). La distinction entre bonne et mauvaise saison est énorme; dès la fonte des neiges (qui gonfle considérablement les cours d'eau de régime nivo-glaciaire), quittant les basses vallées avec femmes et enfants, les bergers s'élancent à l'assaut des maigres pâturages d'altitude, et les paysans gagnent les villages d'été.

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