Parlons Kinyarwanda-Kirundi

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Le Burundi et le Rwanda, deux pays frères de l'Afrique Centrale, sont peut-être les plus attachants du continent. Protégés par leurs splendides montagnes, leurs habitants ont une culture très pure et très originale. Ils parlent une seule et même langue, forment une exception à l'émiettement linguistique habituel en Afrique.
Publié le : mercredi 1 janvier 1992
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EAN13 : 9782296271296
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Parlons ki nyarwanda-ki

ru ndi

Collection

dirigée

par Michel

MALHERBE

Déjà parus:
1986 1988 1989
-

Malherbe
Parlons

M. ; Tellier
coréen.

O. ; U Choe K. : Parlons

Jung

Wha:

-

Malherbe

M. ; Cavalieros

hongrois.

1991
1991

.

-

Malherbe M. ; Cheikh Sali: Parlons Fabre G. : Parlons roumain.
Crozon A. ; Polomack A : Parlons

wolof.
swahili.

-

En préparation:
-

Parlons birman, ourdou, soninké, indonésien, slovène, letton, bengali, mongol, malgache, amharique, kabyle, etc.

Edouard

GASARABWE

Parlons
ki nyarwanda
Langue
- ki

ru nd i

et culture

Editions L'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 Paris

@ L'Harmattan, 1992 ISBN: 2-7384-1541-5 ISSN : 0762-0721

La langue des hautes terres au Rwanda et au Burundi

d'Afrique

centrale

Sur les hauts plateaux de la crête Congo-Nil, près de 20 millions d'hommes parlent la même langue, au Rwanda,
au Burundi et dans les régions voisines de ces deux pays. Cette situation linguistique est exceptionnelle. en Afrique noire qui compte plus de 1 200 langues, parfois éclatées en plusieurs dialectes. A l'écart du reste du monde jusqu'à la fin du XIXe siècle, derrière des frontières naturelles de monts et de marécages, le Rwanda et le Burundi ont peu à peu unifié leur langage, malgré leurs conflits incessants aux marches des deux royaumes. Ces deux pays de civilisation agro-pastorale sont peuplés par les mêmes groupes ethniques. Leurs traditions populaires sont moulées selon le même modèle. Quand des Burundais et des Rwandais se rencontrent dans des réunions amicales, chacun s'adresse aux autres

selon son

«

mode de parler» et tout le monde le comprend.

Les uns et les autres ont conscience d'avoir le même langage, mais aussi des manières de s'exprimer légèrement différentes, comme ils ont des manières différentes de se vêtir, de se coiffer ou de saluer. Il y a moins d'un siècle, la notation écrite de ces « manières-de-parler » a été effectuée séparément dans les deux pays, conduisant à l'édition de grammaires et de dictionnaires différents et à la création de deux langues nationales. Cette division politique du langage induit en erreur en suggérant qu'il existe deux entités linguistiques. Ici je vous présente la manière de parler de mes ancêtres rwandais et les particularités de ma culture traditionnelle. Le chapitre « Parlons kirundi » vous fera découvrir au travers d'exemples la parfaite identité des deux langages.

Apprenez
pourrez

l'un ou l'autre
avec

de ces

«

dialectes»
des deux

et vous
pays. 5

communiquer

les habitants

INTRODUCTION

D Le peuple

banyarwanda

Le Rwanda, petit pays des hauts plateaux d'Afrique centrale, est surnommé le Pays aux mille collines et aux neuf volcans. Dans son paysage paradisiaque, vivent les montagnards banyarwanda (ba : hommes; nya : appartenance à). Ce petit peuple partage avec le Burundi le privilège d'avoir une unité culturelle et linguistique, exceptionnelle en Afrique. Les anthropologues ont avancé les hypothèses suivantes sur la fQrmation progressive du peuple banyarwanda. A l'origine, toutes les collines étaient couvertes d'épaisses forêts primaires, exclusivement peuplées de Pygmées Batwa. Ces chasseurs-cueilleurs furent peu à peu refoulés par des défricheurs-cultivateurs de langue bantoue: les Bahutu. Vers le IXe siècle, par vagues successives, arrivèrent des familles de pasteurs Batutsi, transhumants. Ils descendirent des sources du Nil à la recherche de pâturages. Aujourd'hui les historiens ont tendance à mettre ces hypothèses en doute à la suite de découvertes archéologiques. Le Rwanda serait passé de l'Age de pierre à l'Age de fer en des temps très reculés. Or, les Pygmées-Batwa ne s'intéressent pas à la métallurgie; ce qui prouverait que des types humains variés peuplaient ce haut plateau depuis la plus haute Antiquité.

7

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RWANDA
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Capitale d'État (plus de 156.000 hab.)
Plus de 10.000 hab. Ville importante ,Autre localité et lieu

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Route de viabilité permanente Autre route Piste

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Aéroport Limite de préfecture Chef-lieu de préfecture
Parc National

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Marais 10 20km

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Division

Geographiques

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du Ministère

des

Affaires

Etranlleres

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1990

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Quel que soit le bien-fondé de ces spéculations savantes, l'histoire traditionnelle et moderne des Banyarwanda est commune aux Batwa, aux' BatutsÎ, aux Bahutu. Encerclés par des crêtes montagneuses quasi infranchissables, par une petite mer intérieure (le lac Kivu) et par des zones marécageuses infestées de moustiques et de crocodiles, ce petit peuple fut isolé du reste du monde et protégé des migrations brutales et belliqueuses jusqu'à la fin du XIXe siècle. Par la tradition orale, le Rwanda conserva et transmit son histoire par l'intermédiaire de mémorialistes (Biru) et des conteurs de légendes historiques ou populaires. Les Biru, hauts dignitaires de la cour, étaient chargés de mémoriser et de réciter la généalogie dynastique et les divers rituels royaux. Chaque Mwiru était entouré de disciples qu'il formait pour lui succéder dans sa charge de mémorialiste et pour le relayer en cas de. défaillance de mémoire. Ces rituels ont été transcrits et publiés. Ce sont des documents authentiques. Par contre, les récits « dits» historiques (ibitekerezo) se comportent comme des chansons de geste médiévales. Ces récits nous révèlent les mythes des origines des Banyarwanda, rapportent avec beaucoup de détails les conflits internes ou frontaliers. Mais ils exaltent aussi l'amour humain, s'attendrissent sur les petits princes éprouvés et les petites princesses éplorées... I/s transmettent des vérités historiques entourées de merveilleux.

o Mythe des origines
Les Banyarwanda ne se sont pas inquiétés de la manière dont le premier homme est apparu sur la terre. Car, pour eux, l'homme a toujours existé. Par contre, ils pensent que le Rwandais primitif n'était pas civilisé. Gihanga, le civilisateur (gi: grand; hanga : concevoir et fabriquer) inventeur génial issu d'une lignée d'hommes descendus du ciel, a dessiné les frontières du Rwanda et conçu tous les métiers. a « forgé» l'intelligence des hommes: il a fondé " le savoir-vivre (umuco : manière d'être). »

10

o Histoire

orale traditionnelle
des Bami
1

récitée par les Biru, M. l'abbé A. Kagame data approximativement l'accession au pouvoir de chaque Mwami, en supposant qu'un règne dure environ trente ans. D'après lui, si Gihanga a vraiment existé, il a vécu au Xe siècle de notre ère. Comme chaque Gitekerezo rapporte le nom du roi régnant, on peut ordonner ces récits dans le temps en se référant au tableau chronologique établi par l'abbé Alexis Kagame. En confrontant des «Bitekerezo» de diverses régions, on peut en extraire des faits historiques, des événements très anciens qui concernent l'unification des miryango (clans) et les conflits avec les pays voisins. On a ainsi établi qu'à partir du XVe siècle, le clan tutsi des Banyiginya nouvellement installé à l'Est du Rwanda commença la conquête des petits royaumes hutu et tutsi installés au cours des siècles précédents. Au XVIIe siècle, le roi Ruganzu Ndoli (ruganzu : victorieux) acheva l'unification des terres où l'on parle aujourd'hui le kinyarwanda. Les Bami Banyiginya se succédèrent sur le « tambour» (le trône) jusqu'à l'avènerTlent de la République rwandaise en 1962.

A partir de la généalogie

o Histoire

contemporaine

De nombreux ouvrages rapportent en détail les péripéties de l'arrivée des premiers Européens. Nous ne rappellerons ici que quelques événements marquants.
1871 : Stanley retrouve Livingstone mourant sur les bords du lac Tanganyika au sud-ouest du Burundi, puis tente de pénétrer au Rwanda en 1875. Il est accueilli par des volées de flèches. Des trafiquants arabes l'informent qu'il est impossible
1. Chaque Mwami (Mwami, pluriel Bami) avait une fonction rituelle

particulière

suivant son nom de règne. Les noms dynastiques

au nom-

bre de quatre se succédaient dans l'ordre suivant: Mibamwe (guerrier), Yuhi (ritualiste du feu, des vaches, pacifique), Mutara (pasteur, pacifique), Kigeli (guerrier). kw'ama: être connu. Dans le Rwanda ancien, le Mwami est l'Homme

connu,

le renommé...

Le mot a été traduit:

roi. 11

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d'entrer dans ce pays aux guerriers redoutables, ni par la ruse ni par l'appât de cadeaux. Stanley obtient cependant des informations sur la vie à la cour du Mwami Kigeli IV Rwabugiri, par l'intermédiaire de princes rwandais réfugiés au Karagwe (Tanzanie). De 1875 à 1894 quelques chefs de clans du NordOuest du Rwanda entrèrent en rapport avec les marchands d'esclaves, leur livrant à la frontière des captifs razziés dans les pays voisins. 1885 : Congrès de Berlin. A cette époque, la Belgique avait colonisé le bassin du Congo, la Grande-Bretagne occupait déjà la Rhodésie et l'Ouganda. L'Allemagne possédait l'actuelle Tanzanie. Ces trois puissances. se réunirent à Berlin pour discuter des frontières futures de leur empire colonial respectif. Le droit de conquérir le Rwanda et le Burundi est laissé à l'Allemagne. 1890 : Le Rwanda est théoriquement annexé à l'Empire germanique avant que le premier homme blanc ait pénétré dans ce territoire. 1894 : Un jeune

zen, partit de Zanzibar

intrépide, le comte von Goet(côte de l'océan Indien) à la tête d'environ 600 Askaris (soldats en swahili) armés de fusils et chargés de munitions. visa» au Le comte von Goetzen 2 entra «sans Allemand,

Rwanda, offrit un spectacle de tir au fusil au Mwami Kigeli IV Rwabugiri, qui ne put qu'accepter de laisser explorer le Rwanda par ce puissant Oaki 3 (mai 1894).
A la fin du XIXe siècle, à la cour du Rwanda, la reinemère Kanjogera, de sinistre mémoire, fait régner la terreur : nombreux assassinats de féodaux, corruption, délation, affaiblissent le clan des Banyiginya, ce qui contribue à faciliter la colonisation allemande. 1899 : le jeune roi Yu hi V Musinga reconnaît officiellement le Protectorat allemand, qui se borne à installer quelques postes militaires.
2. Le comte von Goetzen qui avait fait le pari de traverser d'Est et Ouest, parvint à Matadi en novembre 1894. 3. Oaki: Allemand (traduction rwandaise de Deutsch). 14 l'Afrique

1900 : Arrivée des premiers missionnaires catholiques. A partir de cette date, l'Eglise catholique, canal privilégié de la colonisation, jouera un rôle prépondérant. Elle fonda des écoles, organisa le service de santé. 1919 : Le Rwanda-Urundi gique qui avait amorcé 1931 : Yuhi V Musinga et exilé. 1931 à 1958: nouissement est mis sous le Mandat sa conquête militaire est destitué par l'autorité de la Belen 1916. coloniale

Règne du Mwami Mutara III Rudahigwa. Période au cours de laquelle le Rwanda connaît un épaculturel important.

1959-1962: Règne fugace de Kigeli V Ndahindurwa. Période de chaos politique tant dans le milieu rwandais, que dans les rapports avec l'administration coloniale belge. 1962 : Proclamation de la République et de l'indépendance du Rwanda, par Grégoire Kayibanda, premier Président, fondateur d'un Parti unique hutu (le Parmehutu). Kigeli V est exilé, suivi par un grand nombre de familles Tutsi. 1963 : A la suite d'une sanglante terreur organisée par le Parmehutu (Parti hutu) sur toutes les collines rwandaises, de nouveau les Tutsi fuient vers l'Ouganda, le Burundi, le Zaïre. 1973 : A la suite d'un nouveau génocide anti-Tutsi, le président Kayibanda est destitué. Le général Habyarimana fonde une deuxième république sous l'égide d'un nouveau parti unique nommé « Mouvement National Révolutionnaire pour le Développement» (MNRD). Pour fuir des règlements de compte, des Bahutu s'exilent vers les pays voisins. 1990 (août 1990) : Des Rwandais Hutu-Tutsi réunis en exil fondent le Front Patriotique Rwandais (F.P.R.). Ce parti demande le respect des Droits de l'Homme au Rwanda. Le Rwanda connaît actuellement une crise sociale, politique et économique majeure, qui compromet les perspectives de son développement. La situation est

15

aggravée par la précarité de son agriculture en raison du caractère capricieux du climat, de l'exiguïté du sol disponible, de ses comunications difficiles avec l'étranger, de la quasi-absence de ressources minières... de la montée vertigineuse de sa population.
Date Gouvernement Chef d'État Date d' avènement

Royaume - indépendant 1885
-

Kigeli

IV Rwabugiri

1853 1895 1896

réservé

à l'Allemagne
Mibambwe IV Rutalindwc Yuhi V Musinga

1899 1919 1962 1973

-

-

Protectorat allemand Tutelle belge
République République Mutara III Rudahigwa Kigeli V Ndahindurwa Kayibanda Grégoire Habyarimana Juvénal 1931 1959 1962 1973

Première
-

Indépendance

Deuxième Rwanda:

dates de l'histoire

contemporaine.

D Les Barundi
Le Burundi partage avec le Rwanda les hautes terres que les premiers explorateurs nommèrent Les montagnes de la lune. Ses collines escarpées, séparées par de profondes vallées, créent des obstacles à la communication. Ce qui explique en partie les difficultés de son unification politique, la relative indépendance des provinces jusqu'au siècle der-

nier. Le lac Tanganyika

qui forme sa frontière

-

ouest, en

facilita l'accès aux étrangers au milieu du XIXe siècle. Comme le Rwanda, il est peuplé de Batwa, de Batutsi, de Bahutu issus des mêmes courants migratoires.

o Le mythe

des origines

Les conteurs barundi rapportent le même mythe que les Rwandais sur la descente du ciel des enfants de la fou16

dre dont les descendants pays.

se seraient

installés

dans les deux

o Histoire

orale traditionnelle

Cette histoire est avant tout celle des Baganwa, clan dont sont issus les rois qui régnèrent sur le Burundi. Le premier roi, Ruhinda (Tonnerre) est un personnage mythique qui aurait vécu vers le XVIe siècle. Les rois suivants se sont succédés sous quatre noms de règne: Ntare (Lion), Mwezi (Clair de Lune), Mutaga (Soleil Levant), Mwambutsa (Le Passeur). Ainsi depuis l'origine des Baganwa se succédèrent quatre cycles de quatre rois. Le cinquièm~ cycle débutait avec Ntare V à l'avènement de la République (novembre 1966). Les rois baganwa ne régnaient effectivement que sur une partie du territoire, car les princes qui gouvernaient les provinces jouissaient d'une grande autonomie. L'histoire orale rapporte leurs conflits, les complots et les assassinats au moment des successions.

o Histoire

contemporaine

1845 : Les Arabes furent les premiers étrangers qui pénétrèrent au Burundi, en faisant du cabotage sur la rive est du lac Tanganyika. 1858 : Les explorateurs Burton et Speke firent des rapports sur ce pays. Vers 1863, intronisation du roi Mwezi IV Gisabo qui eut un long règne et dut faire front en de nombreux combats: conflits frontaliers, conflits avec les colonisateurs allemands. 1871: Livingstone et Stanley parviennent bura. Stanley y revint en 1876. au sud de Bujum-

1880-1890

: Les Pères Blancs,
(Tanzanie)

installés dans le royaume
ten-

du Karagwe

et au sud du lac Tanganyika,

tent à plusieurs

reprises

de s'installer l'intérieur

au Burundi. du Burundi. \I est
17

1892 : Oscar Bauman

explore

bien accueilli par la population. Les Pères mencent à installer des missions.

Blancs

com-

1897:
occupe 1899

Une

troupe Bujumbura.

coloniale livre

allemande bataille

(Schutztruppe)

: Mwezi

IV Gisabo

aux Allemands.

1903 : Aidés par la révolte du prince Killima, chef de province au Nord-Ouest, les Allemands infligent une sévère défaite à Mwezi Gisabo. Au lieu de l'humilier, les vainqueurs lui accordent leur appui pour unifier tout le royaume. 1907: Killima fomente mands l'exilent. une nouvelle rébellion. Les Alle-

1908 : Mort de Mwezi IV Gisabo. Intronisation d'un jeune prince sous le nom de Mutaga IV (15 ans). La régence assurée par la reine-mère et sa famille conduit à une période de désordres.. 1915 : Intronisation de règne). 1916: du roi Mwambutsa belge. place le Burundi
(Union pour sous man-

IV (un demi-siècle

Début de l'occupation
de Versailles l'Uprona

1919 : Le traité dat belge.

1959 : Congrès de National). Louis Rwagasore 1961 : Rwagasore, 13 octobre). 1962: Proclamation Burundi.

le Progrès

demande l'Indépendance.
Premier ministre est du en faveur assassiné royaume (le du

de l'indépendance

1965 : Abdication du roi Mwambutsa Charles Ntare V.

de son fils

1966 : A la suite d'un coup d'État, la Ire République est proclamée par le capitaine Michel Micombero Premier président de la République.

18

1972 : Troubles

ethniques

sanglants. le colonel Bagaza insPierre

1976 : A la suite d'un coup d'État, taure la lie République.
1987 : La IJJeRépublique Buyoya. 1988 : Troubles Campagne Démocratie.

est proclamée.

Président

ethniques à la frontière Burundi-Rwanda. Nationale pour l'Unité, la Paix et. la

Date

Gouvernement Royaume - indépendant - réservé à l'Allemagne - Protectorat allemand Mandat belge Indépendance

Chef d'État

Date d'avènement 1863 1908 1915 1965 1966 1976 1987

Mwezi

IV Gisabo

1885 1903 1919 1962

Mutaga IV Mwambutsa

IV

1966 Première République 1976 Deuxième République 1987 Troisième République
Burundi: dates

Ntare V Michel Micombero Jean-Baptiste Bagaza Pierre Buyoya
de l'histoire contemporaine.

o La langue kinyarwanda-kirundi
Tous les langages de la région des grands lacs de l'Afrique sont désignés par des mots préfixés en Ki... : Kiswahili, Kiluba, Kiganda, etc. Aussi, le terme kinyarwanda s'est substitué au terme urunyarwanda 4 traditionnellement utilisé

pour désigner la langue rwandaise. Le langage des Barundi est appelé: kirundi. Le kirundi et le kinyarwanda font partie du sous-ensemble des langues bantoues de l'Afrique orientale.
4. Urunyarwanda: uru- préfixe nominal particule exprimant l'appartenance. de urulimi : langue, langage:

nya:

19

Qu'est-ce qu'une langue Depuis la zone tropicale grand nombre de populations

bantoue? nord jusqu'au Cap, désignent l'homme

un très sous le

mot « Muntu », pluriel « Bantu ». W.H. Bleek, archiviste en Afrique du Sud, qualifia le premier ces langues de « Bantu»
1860. Le « Bantu» comprend de nombreuses langues et dialectes. Ceux-ci sont si différents que les peuples qui les util.isent, dispersés entre le Cameroun, la Somalie et le Cap, ne se comprennent pas entre eux. Ce groupe linguistique utilise la modulation des sons en tant que signes distinctifs du sens des mots (langues à tons). Il utilise aussi des préfixes de genre neutre qui répartissent les substantifs dans des sous-ensembles particuliers nommés classes: hommes, objets inanimés, espèces, taille plus ou moins grande, abstraction, etc. Le .verbe conjugué y joue un rôle primordial assurant diverses fonctions supplémentaires: qualification, liaisons avec les compléments. Notons que ces mêmes caractéristiques existent dans certaines langues non bantoues. Le kinyarwanda et le kirundi sont des dialectes d'une vers

même langue. (Voir plus loin: « Parlons kirundi ».) Les habitants des deux pays peuvent communiquer entre eux sans interprète. Le français est la langue officielle administrative du Rwanda. Mais le kinyarwanda, langue unique traditionnelle des Banyarwanda (habitants du Rwanda), garde les prérogatives de toute langue nationale. C'est aussi la langue des habitants de l'TIe Idjwi, de Rutshuru (provinces du Zaïre), du Bufumbira, provinèe ougandaise, au nord-est du Rwanda. La Conférence de Berlin (1885) amputa le Rwanda de ces territoires en définissant les frontières des Empires coloniaux belges, allemands et britanniques. Le français est également la langue officielle du Burundi et le kirundi la langue nationale des Barundi (habitants du Burundi). Le domain.e du Kirundi s'étend en Tanzanie dans le~ provinces du Bugufi et du Buha, terres burundaises avant 1918. Cet ensemble linguistique compact quasi homogène Kinyarwanda-Kirundi intéresse environ 20 millions d'hommes. Le Kiswahili (étymologie arabe sahil, « côte» pluriel sawahil) est une langue bantoue de la côte de l'océan Indien (région de Zanzibar) qui a été simplifiée et adaptée par des

20

commerçants indo-pakistanais et arabes. Ces derniers l'ont diffusée dans toute l'Afrique orientale, jusque dans les ,"égions de l'Est du Za'lre. Les Rwandais et les Burundais ont emprunté à cette langue des mots pour désigner les objets étrangers et les denrées nouvelles qu'ils achetaient à ces commerçants. Actuellement, environ 10 % des Rwandais, islamisés ou non s'expriment aussi bien en kiswahili qu'en kinyarwanda. Au Burundi, le pourcentage est plus élevé; la ville de Bujumbura possède un quartier et un Centre culturel musulmans très importants.

D L'écriture
Le langage oral des Banyarwanda fut inventorié au

début du XXe siècle par les Pères Blancs. Ceux-ci utilisèrent l'alphabet latin pour écrire les mots. Le R.P. Hurel édita en
1926 un petit dictionnaire « runyarwanda ». Les Européens avaient commencé leur installation au Burundi une vingtaine d'années avant de pénétrer au Rwanda. Dès 1902, J.-M. Van der Burgt édita une Grammaire élémentaire du Kirundi et en 1903, un Dictionnaire FrançaisKirundi. Ces lexiques burundais et rwandais, dans chacun des deux pays ont été établis d'après les parlers des provinces centrales où résidait la cour. Dans ces pays de montagne, très cloisonnés, les parlers du Nord du Rwanda, du Sud du Burundi auraient conduit à des notations différentes, selon les variantes des parlers régionaux. Que ces pionniers aient travaillé isolés ou qu'ils aient mis leurs travaux en commun, comment pouvaient-ils codifier l'écriture de la langue, alors que les deux pays étaient rivaux? Dans ces conditions, il leur était impossible de choisir le parler d'une région représentative des deux pays, sous peine de favoriser un conflit linguistique entre les deux royaumes. Dans les deux pays, c'est l'alphabet latin qui a été choisi pour transcrire la langue. Celui-ci est peu adapté à la notation des sons affriqués et des lacunes importantes auraient été comblées par l'adjonction de signes appropriés. L'alphabet kinyarwanda-kirundi comprend vingt-quatre lettres: celles de l'alphabet français excepté le Q et le X.

21

Les voyelles a, i, 0 ainsi que les consonnes b, d, f, j, k, m, n, p, t, v, y, z - sont à peu de chose près prononcées comme en français. La prononciation kinyarwanda des autres lettres est relevée dans le tableau ci-dessous. Celuici présente des exemples de mots français qui contiennent des sons équivalents.
Prononciation Voyelles e u é Uamais e muet) ou Uamais u de nu) été, dé mou, trou kinyarwanda Exemple (mots français)

Consonnes etch Uamais «que ») caoutchouc, Tchad gué Uamais je) langue, Guy 9 h* h toujours aspiré *hop, houx I liquide, se confond avec r non vibrant r vibrant Charru~, barrage s se Uamais z) lasso, lisse w w (anglais) jamais v watt, west Consonnes associées bw proche de bg cy se prononce ky Uamais tchi) ny gn Uamais ni) sh ch shy voisi n de « ch» + palatale sans équivalent kimono agnelle, gnole chéri chiot choix, mouchoir emb, umb,

shw se prononce

« choi »

Voyelles devant m ou n Exemples: end, ong, int, amp,
-

la voyelle

initiale

reste indépendante des

-

consonnes qui m et n ne. se voyelle qui les nasal. (Jamais
=

la suivent, confondent jamais avec la précède pour former un son de son: on, an, un, en, in) (page)

Exemples: gutamba
intore

= ;-nto-re

gou-ta-mba

(danser),

Certains sons qui n'ont aucun équivalent en langue européenne sont figurés par des groupes de consonnes. Par exemple: shy, shyw, shw, mph, bw, ntsh, etc. La langue kinyarwanda-kirundi est une langue à tons. L'alphabet latin qui sert à sa notation a l'inconvénient de ne pas comporter de signes qui indiquent la tonalité. 22

Or, dans cette langue la manière dont on _prononce un mot est signifiante, c'est-à-dire qu'elle détermine son sens. Exemples

Umusambi:
couronnée;

a modulé long

aigu-grave signifie natte.

signifie

grue

Umusambi: a grave
Les tons distinguent verbaux.

également

les modes

et les temps

Exemples Nagiye : je suis parti (a grave, Nagiye : alors que j'étais parti

long; i : long) ; (a aigu; i : long).

Ces mots écrits avec les mêmes signes latins, ne peuvent pas être confondus dans te langage courant, car leur prononciation est suffisamment distincte pour une oreille exercée. Grammairiens et linguistes ont proposé divers systèmes de marquage de .la tonalité: accents variés, redoublement des voyelles. Ces signes surchargent les textes et entravent la lecture courante même pour les Barundi et les Rwandais. En l'absence de signes diacritiques officiels et pratiques, il nous faudrait passer par un exposé de phonologie pour initier le lecteur à ce domaine très spécialisé. Une longue liste d'exemples nous paraît inutile et fastidieuse. On n'apprend pas la musique sans écouter les sons et sans les reproduire. La cassette jointe à cet ouvrage voys y aidera: Voici les tonalités caractéristiques des voyelles a e i 0 u que vous pourrez vous exercer à reconnaître:
a) b) Voyelles brèves Aiguës-brèves: inguge : le singe; umudohe : le maigre; Graves-brèves: urugoro ; bracelet; uruguma : blessure. Voyelles longues Aiguës-longues: data: papa; marna: maman; - Graves-longues: umwana : enfant; umwaka : l'année. c) Voyelles modulées: - Aiguës-graves: umudende : clochette; umugende : la rigole. 23

Il est évident que la tonalité de la voyelle influe sur la prononciation de la syllabe voisine. Variations orthographiques et phoniques Dans les textes kinyarwanda apparaissent certaines irrégularités orthographiques. Ces variations sont en fait la conséquence de l'application de lois phonétiques rigoureuses qui régissent les contacts entre deux consonnes ou entre deux voyelles. Ces contacts surviennent en particulier entre les préfixes et les mots qu'ils précèdent, au sein des pronoms complexes, au cours de la conjugaison des verbes... Contacts entre N + consonne: deux consonnes:

a) n devient m: devant b, f, p, v;
b) n modifie n + b = mb; n + f = mf; n + p = mp; n + v = mv. le h ou le r qui la suivent;

n + h = n + p = mp; n + r = nd.
Contacts a) contact a + a = b) contact V 2; deux 1. V 1
ex:

entre voyelles: entre deux voyelles identiques: le son s'allonge a; e + e = e, etc. entre une voyelle V 1 et une voyelle différente cas possibles: disparaît V 2 s'allonge
a + e = e; a + 0 = o. ..

2. V 1 se transforme en semi-consonne Y ou W ex: a + e = ye;. i + a = ya; i + 0 = yo...
u +' a = wa; u + 0 = wo c'est-à-dire que a et i se transforment en Y u se transforme en W. Syllabe sonore et syllabe sourde

Les deux premières syllabes d'un mot sont en principe de sonorités différentes: syllabe sourde-syllabe sonore, syllabe sonore-syllabe sourde: ex : ku-gena (attribuer à...~

gu-kena

Pour obéir à cette règle le même préfixe a une écriture différente suivant le mot qu'il précède.

=

(être pauvre).

24

A une consonne sonore consonne sourde appropriée Exemples de consonnes

particulière correspond et vice versa. interchangeables

une

T (sourd) = 0 (sonore) K (sourd) = G (sonore). (Voir préfixes nominaux Remarque importante

et préfixe

verbal

infinitif.)

En théorie, toutes les règles précédentes sont simples et peu nombreuses. Mais en situation de parole, elles sont difficiles à manier pour un débutant. Aussi pour aider le lecteur, nous présenterons au chapitre de la grammaire les principales variétés orthographiques des formes grammaticales.

25

LA GRAMMAIRE

D Le substantif
Le substantif kinyarwanda théorique suivant: Préfixe + «radical se présente nominal» sous le modèle

+ voyelle finale

Le « radical nominal»

peut se présenter sous forme d'un

radical simple, réduit parfois à une seule consonne ou sous forme d'une suite de radicaux. (Voir la formation des mots par dérivation.) Voici quelques exemples de substantifs simples dontles trois éléments signalés dans le modèle théorique sont isolés par des tirets.

Singulier umu-gor-e umu-gab-o umu-soz-; im-bw-a i-cum-u aga-kel-; igi-t-; uru-g-o

Pluriel aba-gor-e aga-gab-o imi-soz-i im-bw-a
ama-Gum-u

femme(s)
homme(s)

udu-kel-; ibi-t-; in-g-o

colline(s) chien(s) lance(s) grenouille(s) arbre(s) enclos 27

Analysons les exemples précédents: a) Les préfixes nominaux sont variés. b) Pour un substantif donné, le préfixe nominal pluriel est différent du préfixe nominal singulier. c) La voyelle finale du substantif reste invariable. Elle ne marque pas le nombre (singulier ou pluriel). d) Un plus grand nombre d'exemples montrerait que tous les substantifs sont de genre neutre. Quelques radicaux portent la notion de féminin: gor- (femme) ou de masculin (-gab- mâle). Les différents procédés qui permettent de marquer le genre du substantif seront étudiés au paragraphe sur le genre.

D

Le préfixe

nominal

Les exemples précédents ont montré que chaque substantif était caractérisé par un couple de préfixes: préfixe singulier et préfixe pluriel. L'ensemble des noms qui ont le même couple de préfixes est nommé classe par les grammairiens et les linguistes. L'analyse approfondie de nombreux noms kinyarwanda, groupés selon leur classe, nous a conduit à formuler certaines hypothèses sur la fonction particulière de chacun des

Tableau
CLASSE PRÉFIXE Singulier PRÉFIXE Pluriel Fonction des Préfixes 1 UMU2 UMU-

des préfixes
3 IN4 1-

nominaux
5 AKA6 IKI7 URU8 UBU-

ABA-

IMI-

IN-

AMA-

UTU-

IBI-

IN-

FONDAMENTAUX

QUALIFIANTS

Abstractif

28

couples de préfixes nominaux. Les propositions ci-dessous ne sont énoncées que pour faciliter la compréhension du kinyarwanda. Elles ne prétendent pas constituer un cadre rigide. Les principaux couples de préfixes se distribuent en trois sous-ensembles: les préfixes nominaux fondamentaux, les préfixes qualifiants et le préfixe nominal abstractif. Les quinze préfixes nominaux principaux se répartissent en 8 classes lorsqu'ils sont appariés singulier-pluriel. L'ordre des classes tel qu'il apparaît dans le tableau cidessus a été établi d'après la particularité des éléments qui sont contenus dans chacune d'elles.

o Les préfixes

nominaux

fondamentaux

Umu Le préfixe singulier umu- présente les êtres en tant qu'individus: homme, animal, végétal, lieux, objets... Si l'on apparie le singulier et le pluriel des noms à préfixes singulier umu-, on constate qu'ils se distribuent en deux classes: umu-/abaet umu-/imi-.
Exemples Classe umu-/aba aba-ntu aba-baji aba-byeyi aba-karani aba-rashi aba-beshyi aba-kungu imi-ko imi-vumba imi-heto imi-sozi imi-co imi-geli homme(s) menuisier(s) parent(s) secrétaire(s) archer(s) menteur(s) riche(s) érythrine(s) torrent(s) arc( s) colline(s) coutume(s) coup(s) de pied sinumu-ntu umu-baji umu-byeyi umu-karani umu-rashi umu-beshyi umu-kungu Classe umu-/imiumu-ko umu-vumba umu-heto umu-sozi umu-co umu-geli

L'étude d'un grand gulier umu- a conduit

nombre de substantifs à préfixe aux conclusions suivantes:

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