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Parlons lapon

De
349 pages
La Laponie est réputée exotique. Pourtant, si l’exotisme affleure au détour des pages, c’est à la réalité de la langue, de sa civilisation de légendes et de mélopées, de sa société et de sa culture en profonde mutation que s’attache ce guide, première présentation en français du système de la langue lapone, de ses usages de conversation, d’un vocabulaire puissamment écologique et non moins réceptif à la modernité.
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PARLONS LAPON
Les Sames langue et culture

Du même auteur:

-

Le finnois parlé par les SanIes bilingues d'Utsjoki-Ohcejohka (Laponie finlandaise) - Structures contrastives, syntaxiques, discursives, Paris, SELAF, colI. L'Europe de Tradition Orale, 1, 1982. La Finlande trilingue, 1 - Le discours des Sames. Oralité, contrastes, énonciation, Paris, Didier Erudition, 1987.

Les Particules Enonciatives dans la construction du discours, Paris, PUF, coll. Linguistique nouvelle, 1994. - (éd.) Le joïk sans frontières - Chants et poésies du Pays des SanIes, Paris, SELAF-ORSTOM, coll. Tradition orale, 12, disque, cassette, livret, 1984. - (éd.) Kalevala et Traditions Orales du Monde, Paris, Editions du C.N.R.S., 1987. (éd.) Oralité et cognition: invariants énonciatifs et diversité des langues; Intellectica, 20/1, Paris, 1995.

-

(éd.) Parlerfel1une

en Europe

-

Lafemine,

image et langage, de la

tradition à l'oral quotidien, Paris, L'Harmattan, 1997. (éd., avec Raimo RAAG), Contacts de langues et de cultures dans l'aire baltique - Contacts of Languages and Cultures in the Baltic Area - Mélanges offerts à Fanny de Sivers, Uppsala, Acta Universitatis Upsaliensis (coll. Studia Mutiethnica Upsaliensia 39), 1996.

Composition et photographies: M.M. Jocelyne FERNANDEZ Mise en page: Françoise PÉETERS Couverture: Laurent VENOT

@ L'Harmattan, 1997 ISBN: 2-7384-5598-0

M. M. Jocelyne FERNANDEZ

PARLONS LAPON
Les Sames langue et culture

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

,

ABREVIATIONS

a, adj. acc. act. adv. cf. chap. com. dém. dire du. env. esse ex., Ex. : f., fém. fame Fi. fig. gén. impér. info interroge Lat. ling. Hu. loco m., masc. math.

adjectif accusatif actif adverbe conférer chapitre comitatif démonstratif directif duel environ essif exemple féminin familier finnois figuré génitif impératif infinitif interrogatif latin linguistique littéralement locatif masculin mathématique

méd. nég. No. nom. pas. p.p. PEN pers. pl. poss. postp. prép. prés. pron. qqn qqch rad. récipr. s., subs. Sa. scand. sép. sg. Su. suff. trade V.

médecine négatif, négation norvégien nominatif passif participe passé particule(s) énonciative(s) personne(1) pluriel possessif postposition préposition présent pronom quelqu'un quelque chose radical réciproque substantif same scandinave séparatif singulier suédois suffixe traduction verbe

A V ANT -PROPOS

La Laponie a la réputation d'être exotique. Nombre de voyageurs français lui ont rendu visite au cours des siècles et en ont rapporté des récits plus ou moins véridiques sur le mode de vie de sa population nomade - trop occupée à survivre, dans ce rude climat, pour offrir au premier regard les joyaux d'une civilisation raffinée. La langue same ("lapone"), parlée en Europe occidentale par une infime minorité, a cette particularité d'être une langue finno-ougrienne, récemment encore non écrite. Elle semble donc mériter sa réputation de difficulté. Parlons lapon s'attaque à ce double mythe: pourquoi ignorer plus longtemps un peuple si proche et néanmoins différent? Si l'exotisme affleure au détour des pages, c'est à la réalité de la langue, de la société et de sa culture en état de profonde mutation que s'attache l'ouvrage. Le livre, qui est le premier consacré en français à cette langue "européenne" méconnue, s'adresse, par-delà les linguistes francophones qu'intéressera une présentation générale du système dans leur langue maternelle, aux amoureux de l'évasion: avides d'éblouissements saisonniers -le fugace flamboiement de l'automne arctique, le fulgurant éclat de l'aurore boréale, l'aveuglante insolence du soleil de minuit, après tout... c'est de là aussi qu'est né, il y a près d'un quart de siècle, mon engouement de méridionale pour les Jovnna-Jovnna, Âsllat-Ovlla ou Maret-Maret qui, d'informateurs, allaient devenir des amis - mais désireux aussi d'échapper aux sentiers battus du tourisme programmé. Cet ouvrage a bénéficié de deux lectures rigoureuses. Les commentaires sans concession de Jovnna-Ânde VEST, locuteur natif écrivant, ont aidé l'auteur à juguler ses 7

marottes d'explorateur fervent - mais irrémédiablement

extérieur à la communauté. Les étonnements sincères de
Michel MALHERBE,de même que son patient glosage de mes abus de jargon, ont contribué à limiter les effets pervers d'une longue pratique de linguiste. Si je n'ai pas entièrement réussi à rendre transparents la langue présentée ni le français destiné à l'expliquer, j'espère avoir, grâce à ces deux critiques bienveillants, réussi à interpeller les amateurs d'espace, de nature, de singularité, à éveiller leur curiosité pour cet instrument privilégié d'approche de l'autre qu'est la langue. Quartier latin, avril 1997 M.M. Jocelyne FERNANDEZ

'

8

PARLONSLAPON=PARLONSSAME
Bien que le terme de "lapon" jouisse dans l'usage et dans l'imaginaire français d'une longue tradition, teintée d'exotisme, nous préférons nous conformer à un usage international aujourd'hui généralisé: le radical autochtone, Sami, sapme-, s'est substitué depuis près de vingt ans à l'emprunt scandinave lapp, non seulement dans l'ensemble des langues nordiques (finnois saamelainen, norvégien same...), mais aussi dans la pratique des spécialistes étrangers (anglais Sami, etc.).

AU FAÎTE DE L'EUROPE, UNE TRADITION ORALE
L'ensemble des quatre Laponies s'étend aujourd'hui sur 2 500 kilomètres environ, du Centre de la Suède à l'extrémité de la péninsule de Kola en ex-Union soviétique. Ce territoire, large de quelques centaines de kilomètres, fait penser par sa forme à un boomerang. Les Sames furent, avant d'être refoulés jusqu'aux régions les plus septentrionales, les premiers occupants connus de l'espace nordique: en conséquence (paradoxe commun de l'histoire des langues), ils sont aussi les derniers à accéder à un statut officiel. Cette culture minoritaire, dispersée sur quatre territoires, n'est pas dépourvue d'originalité: elle est la seule dans cette aire géographique, et l'une des rares à l'échelle de l'Europe, à avoir préservé son caractère quasi exclusivement oral. La (jeune) littérature same continue de refléter, avec une modernité de ton qui renouvelle le genre, l'art du conte et du récit mythique: la parole y est encore investie d'un pouvoir magique de création (cf. chapitre 4). 9

Chez les Sames la perpétuation de l'identité n'a certes déjà plus pour seul garant la mémoire individuelle et collective, mais la civilisation same tout entière baigne encore dans un climat d'oralité. Le joïk, chant traditionnel, vision du monde et art du souvenir plus que musique, est bien l'attribut le plus ancien et le plus authentique d'une tradition culturelle transmise par voie orale, le symbole unificateur d'une communauté aujourd'hui dispersée.

LA FAMILLE OURALIENNE
Le groupe linguistique same appartient à la famille ouralienne des langues, qui se subdivise en deux branches, les langues finno-ougriennes parlées principalement en Europe et les langues samoyèdes parlées principalement dans l'Ouest de la Sibérie. Le same est de toutes les langues finno-ougriennes la plus septentrionale et la plus occidentale. Ses parents les plus proches sont les langues balto-finnoises, dont le finnois et l'estonien, parlées sur les rives orientales de la Baltique. Outre le same, la famille ouralienne comprend aujourd'hui 21 langues parlées par 25 millions de locuteurs, dont la moitié à peu près parlent le hongrois, et 5 millions environ parlent le finnois. Un certain nombre de langues finno-ougriennes parlées dans l'ex-Union soviétique le sont par plus de 100000 locuteurs: c'est le cas de l'estonien, du carélien; du mari (tchérémisse), du mordve (erza et moksa), de l'oudmourt (vote) et du komi (zyriène)l. Le same appartient au groupe des langues parlées par moins de 100000 locuteurs, aux côtés du mansi (vogoul), du hanti (ostiak), et des langues samoyèdes (nenets, enets, nganassan, selkoup), lesquels sont parlés principalementet dans certains cas exclusivement - en Sibérie.
1 Plusieurs des langues finno-ougriennes sont, comme le same, désignées aujourd'hui d'un terme autochtone; l'appellation traditionnelle est indiquée ici entre parenthèses. 10

Les langues ouraliennes remontent à un ancêtre commun, le proto-ouralien. Cette langue était parlée au Nord de l'Europe à l'issue de l'Age glaciaire, et se maintint environ jusqu'à 5000-4000 ans avant notre ère, époque à laquelle les deux branches principales, finno-ougriennes et samoyèdes, se séparèrent. Les différences linguistiques entre les langues ouraliennes reflètent leur localisation géographique, et on estime que chacun des peuples ouraliens est installé depuis longtemps (période néolithique ?) dans son aire géographique actuelle. Quelques changements mineurs se sont produits depuis lors. L'un de ces changements tardifs est la réduction du territoire same. Au début de l'ère chrétienne en effet, le territoire same connaissait en gros ses limites actuelles à l'Ouest, à l'Est et au Nord. Au Sud-Est, par contre, ce territoire était beaucoup plus étendu qu'aujourd'hui: la plus grande partie de la Finlande intérieure et de la Carélie jusqu'aux grands lacs (Ladoga et Onega) était habitée par les Sames. Ce territoire allait se réduire sous la pression des populations scandinaves dans les régions côtières de la péninsule scandinave, et sous celle des populations agricoles finnoises et caréliennes au Sud-Est. Peu à peu, la population same fut donc, des territoires actuels de la Finlande et de la Carélie, refoulée vers le Nord.

QUATRE LAPONIES, NEUF IDIOMES
Le territoire ancien des Sames était étendu, ce qui explique l'importance des différences dialectales qui allaient donner lieu à l'émergence de véritables langues. D'un point de vue linguistique, les langues sames forment un groupe intéressant d'idiomes.

Il

CARTE DES IDIOMES SAMES
Le same du Nord (davvisapmi) et ses voisins
(Toponymie same: voir chapitre 4) On reconnaît traditionnellement neuf aires linguistiques: Sud: 1. same suédois du Sud (Iullisapmi, Lu) Centre: 2. same suédois d'Ume (ubmisapmi, Vb) 3. same suédois de Pite (bihtânsapmi, Bi) 4. same suédois de Lule (julevsapmi, Ju) Nord: 5. same du Nord (davvisapmi, DAV) Est: 6. same d'Inari (anaraSsapmi, An) 7. same skolt (nuortalassapmi, Nu) 8. same de Kildin (gielddasapmi, Gi) 9. same de Ter (darjjisapmi, DAR)

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Frontière d'Etat Limites de l'aire
samophone et limites

respectives des principaux parlers sames

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Le same du Nord et ses voisins

13

Ces idiomes peuvent être considérés à la fois comme des langues et comme des dialectes: ils diffèrent les uns des autres au point que les locuteurs des différentes variétés peuvent difficilement se comprendre au premier abord, mais leur développement divergent s'est produit de façon progressive et régulière, si bien que l'on peut aisément, à l'aide d'un petit nombre de règles, apprendre à traduire les phrases d'un parler à l'autre. L'ancêtre des langues sames actuelles, le same commun, a dû être relativement uniforme jusqu'au début de l'ère chrétienne; les idiomes sames forment encore aujourd'hui un continuum dans lequel les habitants de villages voisins se comprennent de part et d'autre des frontières.

UNE LANGUE, UN PEUPLE
L'identité de la communauté same elle-même est extérieurement renforcée par des manifestations symboliques, comme l'adoption quasi généralisée du radical autochtone, sami, déjà mentionnée au début de ce livre. La langue same est aujourd'hui parlée par 35 000 personnes; environ 80 % d'entre elles parlent le same du Nord, exposé dans ce livre, qui est aussi la langue principale de coopération par-delà les frontières de Finlande, Norvège et Suède. Une estimation réaliste des locuteurs de same est la suivante: 20000 en Norvège, 10000 en Suède, 3 000 en Finlande et 1 500 en ex-Union soviétique. Le nombre de locuteurs de same est probablement aujourd'hui le plus élevé jamais atteint. La langue same est en passe de gagner son combat - du moins dans les régions où elle était quantitativement dominante, ce qui est le cas de la commune d'Utsjoki-Ohcejohka en Finlande, comme du Finnmark norvégien (régions de Karasjok-Karasjohka, de Kautokeino-Guovdageaidnu et 14

Polmak-Buolbmat2 notamment). Promue par les différentes administrations scolaires, l'orthographe commune s'est installée sur le terrain; la rénovation lexicale, s'appuyant sur un équipement médiatique puissant (radios samophones locales et internordiques, organes de presse subventionnés) obtient progressivement, non sans démêlés entre communautés, l'aval des locuteurs. Les Sames ne peuvent plus être qualifiés de "semilingues" : les emprunts faits au finnois portent certes la marque de contacts prolongés, et certains ont été adoptés deux fois, par ex. silla (ancien) et hilla (récent) "charbon" ; mais la planification linguistique des années 80 a mis un terme aux emprunts "sauvages", et les néologismes sames s'implantent peu à peu dans les manuels scolaires et les médias. Le same est une langue en pleine évolution, qui cherche des voies nouvelles sur des bases anciennes. Au fur et à mesure où le statut social de la langue s'affirme, les enjeux se multiplient pour ceux qui s'efforcent d'accroître son pouvoir d'expression. La langue same est déjà utilisée dans un nombre croissant de situations qui requièrent une terminologie et des moyens d'expression nouveaux (enseignement, administration, médias.. .). La langue des nomades, des chasseurs et des pêcheurs s'est muée en quelques années en une langue "à tout faire", pourvue de l'ensemble des mots, des phrases et des expressions nécessaires à une société technologique moderne. L'avenir de la langue dépend des mesures prises par les Etats respectifs: le same a gagné du terrain dans différents domaines, il lui reste à obtenir le statut de langue officielle dans chacune des Laponies respectives.

2 Voir toponymie same et cartographie dans le chapitre 4. 15

,

ECRITURE ET PRONONCIATION: VERS UNE ORTHOGRAPHE COMMUNE
L'origine de l'orthographe actuelle en same du Nord remonte au début du XIXesiècle. Jusqu'en 1978, différentes normes orthographiques étaient utilisées selon les régions, voire selon les types de texte (religieux, scientifiques...). A partir de 1978, une norme commune a été instituée, laquelle a suscité un véritable renouveau de l'écriture same, à usage scolaire, mais aussi artistique et journalistique. Dans l'orthographe du same du Nord, 6 lettres sont utilisées pour les voyelles: a, a, e, i, 0 et u. Voici leurs valeurs articulatoires approximatives: a français pâte a soit intermédiaire entre a et è (a parisien de "quat(re)"), soit français car e é fermé (dé) i i français o 0 français u ou (route) La quantité vocalique n'est pas marquée (à l'exception de la paire a/a, opposition de quantité dans quelques dialectes). En plus de voyelles simples, des combinaisons de lettres sont utilisées pour les diphtongues ie, e8, uo et 08. Les lettres suivantes sont utilisées pour les consonnes: b, c, c, d, ô, f, g, h, (i), j, k, I, m, n, JJ,p, r, s, S, t, t, v, z, z. Elles représentent les sons suivants: c ts tsigane etch tchèque ô th sonore anglais that g g gaz h h expiré anglais house

16

i j k

I
1J P

r S

t t z Z

(après voy.) y français -il dans travail y " " à l'initiale, comme en français, mais plus "explosif' (aspiration) ailleurs, plus doux, ou précédé d'un h I français ng anglais singer à l'initiale, comme en français, mais plus "explosif' (aspiration) ailleurs, plus doux, ou précédé d'un h roulé (+ ou -) \ ch chaise à l'initiale, comme en français, mais plus "explosif' (aspiration) ailleurs, plus doux, ou précédé d'un h th sourd anglais think dz dg budget

La quantité consonantique est marquée par le redoublement, ex. : viessu "maison", où les deux s indiquent un son distribué sur 2 syllabes (vies-su). L'orthographe ne distingue pas entre géminées brèves et longues, mais cette distinction est indiquée dans les dictionnaires, par exemple à l'aide d'un apostrophe beas'si "écorce de bouleau" vs beassi "nid", ou guol'Iai "poissonneux" (adj.) vs guollai "au poisson" (directif du nom guolli). On utilise parfois aussi une lettre triple (beasssi vs beassi, guolllai vs guollai). ,

CHANGEMENTS PHONETIQUES
Les langues finno-ougriennes ont la réputation d'être des langues aux structures complexes; le same mérite cette réputation sur le plan phonique, beaucoup moins 17

pour ce qui est de la grammaire. Il possède, par rapport aux langues apparentées, un nombre relativement "réduit" de cas. Toutefois, lorsqu'il est fléchi, le radical du mot connaît des changements qualitatifs; prenons l'exemple d'un verbe de deux syllabes: jearra-t "demander" jeara-n "je demande" jeara-t "tu demandes" jerre-n "je demandais" jerre "nous demandons tous les deux" jearra-beahtti "vous demandez tous les deux" jerre-t "ils demandent" jearra "il demande" Toutes les langues sames connaissent une forme de métaphonie dans laquelle la qualité (et parfois aussi la quantité) de la deuxième syllabe affecte la voyelle de la première syllabe. Les consonnes situées entre des voyelles accentuées et non accentuées sont affectées par une gradation selon laquelle les consonnes longues (degré fort) apparaissent devant les syllabes ouvertes, les consonnes brèves (degré faible) devant les syllabes fermées: D~~~rl ciehka "coin" sapmelas "Same" baste "cuillère" (Le s bref est marqué consonne suivante). jearran "demandé" boahtan "venu" L'alternance consonantique D~~~~k ciegat "des coins" sapmelaccat "des Sames" basttet "des cuillères" par le redoublement de la jearan "je demande" boa~an "je viens"

Cette alternance, qui implique un changement régulier de consonnes et de groupes consonantiques dans la flexion du mot, concerne un nombre important de mots sames. Elle affecte les consonnes radicales qui se trouvent, dans 18

le thème du mot, entre une voyelle accentuée et une voyelle atone. L'alternance peut se produire selon quatre modes: 1) Les consonnes changent de longueur:
guos'si Iguosssil

- guossit

viessu

Iviessul

- viesut

Iguossihtl

invité

- invités

maison - maisons

lmnpa

-18mppat

lampe-lampes

8hkku

- 8hkut

grand-mèregrand-mères

2) Les consonnes changent de nature; ou partiellement de nature, partiellement de longueur:
sadji

- sajit

lieu

- lieux

g3kti

- gavttit
Ilodtil
ladtjat

caftan - caftans

3) Des consonnes de même nature changent de prononciation et d'orthographe:
loddi Ilottihtl oiseau - oiseaux lattjahtl grand-pèregrands-pères 4) Les consonnes soit tombent, soit changent de prononciation et d'orthographe:

- lottit
- 3djat

3ddja

johka

- jogat

fleuve

- fleuves

Les différents stades de l'alternance sont appelés degré I, degré II et degré III, ou encore degré faible, degré fort et degré superfort3. Les consonnes simples sont toujours au degré I. Les consonnes doubles et les groupes consonantiques sont ordonnés de sorte à être toujours au même degré pour un même cas de classe flexionnelle, ex.

3 On trouve aussi l'appellation, plus marginale, de [degré] court/long / ultralong.

19

Degré III II ss hkk s hk

I s g

Exemples III II guos 'si guossit viessu 3hkku 3hkut johka Bdjat sadji lottit lâmppat gavttit

I viesut
invité - invités maison - maisons

jogat

ddj

dj

j

addja

s~it

grand-mère grands-mères fleuve - fleuves grand-père grands-pères lieu - lieux
oiseau caftan

dd mp kt

tt mpp vtt

loddi lampa gâkti

- oiseaux - caftans

lampe - lampes

Dans la plupart des mots, les consonnes alternent entre deux degrés, par ex. ss (/sss/)-ss (/ss/), ss-s, mp-mpp, ddtt, hk-g, etc. Beaucoup de consonnes et de groupes consonantiques ne connaissent que deux degrés. L'alternance triple, réalisée dans certains paradigmes, ex. : ohcciohcat-ozan "celui qui cherche-chercher-je cherche", se trouve surtout dans des occurrences parallèles, telles âhkku-âhkut et johka-jogat, où l'on a bien les alternances hkk-hk d'une part et hk-g de l'autre. On note par aillleurs que, dans quelques types de mots, l'alternance se produit directement entre degré III et degré I, ex.: bohccot-boazu "rennes-renne". S'il est important de comprendre les fondements de ces mécanismes complexes, il n'est pas indispensable d'en retenir le détail pour chaque mot: les dictionnaires indiquent en général, pour chaque entrée, le type d'alternance4.

4 On trouvera un tableau des principales alternances en annexe du Lexique.

20

1 HISTOIRE DE LA LANGUE SAME

Nos ancêtres les Lapons La formation de l'actuel territoire same - Sameeana en langue same - est le résultat d'un long processus: elle commence avec la fonte des glaces qui couvraient les Pays nordiques et la partie Sud-Ouest de l'actuelle Russie, à la fin de l'Âge glaciaire. Peu après, les premiers occupants se sont installés dans le Nord. Les archéologues ont démontré l'existence d'un continuum culturel à partir de ces premiers occupants, il y a 1 000 ans environ, qui sont les ancêtres des Sames actuels. De nombreux experts estiment que l'installation d'une population et d'une langue ouraliennes en Laponie remonte au plus tard à la culture de la Céramique du peigne. Les études destinées à identifier dans la langue moderne les mots sames susceptibles d'être les résidus d'une langue antérieure étaient courantes au début du siècle. Mais le perfectionnement des méthodes linguistiques a montré qu'aucune preuve sûre de l'existence d'un tel substrat ne pouvait être produite: on peut considérer aujourd'hui que l'hypothèse du "protolapon", encore présente dans l'arbre généalogique reproduit cidessous, ne repose pas sur des bases scientifiques, et que l'on a affaire à un développement linguistique et culturel qui a débuté il y a 5 000 ans au moins.

21

L'ARBRE GÉNÉALOGIQUE DES LANGUES OURALIENNES (d'après Mikko Korhonen, 1981)
finnois, carélien, vepse, vote, estonien, live

~
finnois commun récent 1000 avoJC -0

/
~

protolapon
1000 avo JC.-700 ap. JC.

I
""
dialectes lapons

finnois commun ancien 1500-1000 avoJC.

finno-ougrien commun

4000-3000 avoJC. ~

~
-

ouralien commun -4000 av. JC.

----...

22

Souvenirs d'Oural La recherche récente a montré que 1 500 mots environ remontent au same commun, dont 90 % conservés en same du Nord. 1) La strate la plus ancienne de mots sames autochtones a des "cognats" dans les langues samoyèdes (nenets, nganasan, selkoup.. .). Une centaine de radicaux appartiennent en same à ce groupe ouralien, parmi lesquels: vuoni "belle-mère", vuohppa "beau-père, vivva "gendre", mannji "belle-fille". Ces mots reflètent la vie d'une société dans laquelle les relations de parenté étaient essentielles. 2) La strate suivante est composée de mots qui remontent à la protolangue finno-ougrienne, de 6 000 à 5 000 ans: 160 mots environ, qui reflètent les activités économiques de cette époque: vuovdit "vendre", vuodjit "conduire", goldit "pêcher (avec un filet dragueur)", goddit "prendre, tuer", lohkat "compter" (plus tard "lire"), callit "couper" (plus tard "écrire"). Quelques mots-phares de la culture ethnique datent aussi de cette époque: goahti "tente", buoôôu "barrage à saumons". 3) La strate finno-permienne comprend environ 60 mots sames autochtones, parmi lesquels: addja "grand-père", gama "chaussure", beana "chien", boazu "renne", reahpen "ouverture pour la fumée (au sommet de la tente)". 4) La partie finno-volgaïque du vocabulaire same comprend environ 60 mots, dont: aldu "renne femelle", johtit "migrer, nomadiser", mealli "pagaie", fanas "barque". 5) Près de 200 mots sames autochtones sont partagés avec les langues balto-finnoises. Ces mots remontent à la protolangue finno-same et sont en usage depuis 3 500 ans au moins, parmi lesquels: ahkku "grand-mère", gietkka "berceau", goarrut 23

"coudre", juoigat "joïker, chanter le chant traditionnel", geaidnu "chemin", noaidi "chaman", bargat "travailler", searvi "association", siida "village (d'éleveurs)", soabbi "bâton (de ski)". Les cousins finnois de la Baltique Selon la conception qui fait aujourd'hui autorité, dfférente donc de l'arbre généalogique de la p. 22, la langue same et les langues balto-finnoises ou fenniques se sont développées à partir d'une langue-souche commune, le "finnois commun ancien", qui était parlé il y a 3 000 ou 4 000 ans environ. Le finnois commun ancien était la branche la plus occidentale de la famille finno-ougrienne. Les opinions divergent quant à l'emplacement exact du territoire sur lequel cette langue était parlée, mais il s'étendait de part et d'autre du Golfe de Bothnie, au moins de la Finlande centrale actuelle jusqu'à la frontière Sud de l'Estonie. Tant en finnois qu'en same, le vocabulaire qui remonte à ce tronc commun s'est bien conservé: environ 700 à 800 mots de base en tout. Mais les structures phoniques des deux langues ont connu une évolution si différente qu'il est souvent difficile aujourd'hui de reconnaître cette parenté. Les linguistes se repèrent grâce à quelques correspondances systématiques, telles la same en première ou deuxième syllabe = i finnoisl, ex. : Sa. ahki - Fi. ika "âge", Sa. giella - Fi. kieli "langue". Les Finnois communs anciens ne vivaient pas isolés: de nombreux mots, empruntés d'une part au germanique commun, d'autre part au balte (ancêtre du letton et du lituanien), témoignent des relations culturelles intenses qu'ils entretenaient avec les populations voisines. On peut citer comme équivalents modernes de ces mots de finnois commun ancien: des emprunts baltes, Sa. guoibmi "compagnon" - Fi. kaima "homonyme", Sa. luossa - Fi. lobi "saumon", Sa. suoidni - Fi. beina "foin" ; des emprunts 24

germaniques, Sa. ruovdi - Fi. rauta "fer", Sa. guos'si "invité" - Fi. kansa "peuple". Mille ans avant Jésus-Christ environ, deux sousgroupes dialectaux commencèrent à se former en finnois commun ancien. Le sous-groupe septentrional est appelé "same commun", et allait donner plus tard l'ensemble des langues sames. Le sous-groupe méridional est appelé "finnois commun moyen", d'où est issu le "finnois commun récent", langue-mère des parlers fenniques. La raison essentielle de cette partition fut l'introduction d'un nouveau type d'économie, l'agriculture, dans les régions méridionales: l'existence d'un terme ethnique commun, hamalainen "membre de l'ethnie du Harne (Centre-Sud de la Finlande)" et sapmelaS, "same", appellation que se donnent eux-mêmes les Sames, sur le radical de *sama en finnois commun ancien, témoigne de l'étroitesse des liens antérieurs. Les emprunts ne se sont pas faits en sens unique. Les dialectes finnois du Nord en particulier se sont approprié des mots sames, certains d'entre eux ont pénétré aussi la langue écrite. La plupart de ces mots ont trait à la nature, à la chasse et à l'élevage du renne. Ex. : Fi. jankii < Sa. jeaggi "marais", kongas < Sa. geavIJIJis "torrent abrupt", peski < Sa. beaska "manteau en peau de renne", suopunki < Sa. suohpan "lasso", vaara < Sa. varri "montagne" . L'implantation ancienne des Sames dans le Sud de la Finlande et l'Est de la Carélie est attestée par de nombreux noms de lieux encore mal répertoriés: ex. : Nuuskio, dans la commune d'Espoo près de Helsinki, < Sa. njukca "cygne" ; Kukasjarvi, nom d'un "lac" (Fi. jarvi, Sa. javri), < Sa. commun *kukas "long" (Sa. moderne guhkki, épithète guhkes). Les contacts européens Il existe même des strates d'emprunt plus anciennes que 25

celles mentionnées ci-dessus. 1) Les mots d'emprunt les plus anciens en same sont d'origine indo-européenne. Ils ont été adoptés après la dissolution du proto-ouralien, à partir de l'un des idiomes indo-iraniens : oarbbis "orphelin", tierbmi "filet", coarvi "corne", cuohti "cent". 2) La strate suivante d'emprunts est d'origine balte. Elle remonte à la protolangue finno-same de la fin de l'Âge de Fer: une vingtaine de mots dont quelques uns, ne se trouvant pas en balto-finnois, semblent avoir été empruntés directement. 3) Les premiers emprunts germaniques sont probablement aussi anciens que les emprunts baltes: bassi "sacré", ruovdi "fer", guos'si "invité". La durée des contacts entre langues germaniques et same s'est traduite par le fait que de nombreux mots ont été empruntés deux fois, donnant lieu à des doublets. Ex. : d'emprunts anciens: lahttu "membre", luoikat "emprunter", roavgu "tapis de peau". Emprunts récents: I aôas "joint", laigu "prêt", rarti "peau de mouton". 4) Le groupe d'emprunts indo-européens les plus récents en same provient du russe. Certains des emprunts russes ont une large distribution. L'un d'entre eux, radji

"frontière", Fi. raja

«

Ru. rpaü "bord") est connu de tous

les parlers sames. Pour certains, le finnois et le carélien semblent avoir fait fonction de médiateurs: ainsi pour les mots gistta "gant", connu des parlers sames du Sud (Ume), et sibit "animal domestique", implanté à l'Ouest jusque dans le same du Nord. Le nombre de mots empruntés au russe par les idiomes sames extrêmeorientaux (skolt, kildin et ter) est comparable aux emprunts scandinaves récents faits par les langues occidentales. L'Eglise orthodoxe russe semble avoir transmis ses emprunts avec un particulier dynamisme à partir du XVIesiècle. Parmi les vocables qui se sont implantés, au-delà des langues voisines -langues scandinaves, finnois et russe -, 26

dans d'autres langues du monde, on relève "toundra". Le mot same duottar "montagne sans végétation" a donné, à partir de sa forme orientale (dialecte kildin tundar, gén. tundra) le finnois tunturi et le russe tundra, lequel a été ensuite adopté par un grand nombre de langues du monde (français toundra) en tant que terme géographique. Un autre mot same a connu un destin international: morsa "morse", devenu mursu en finnois, morz en russe et, à sa suite, morse en français et en anglais. La terminologie de la renniculture comprend plusieurs centaines de termes qui, combinés, permettent de décrire des milliers de rennes différents et de distinguer des traits individuels au sein même d'un grand troupeau. Les géographes ont découvert en outre l'utilité de terminologies spécialisées comme celle de la neige sous ses différentes formes, .de la topologie et des phénomènes naturels5.

5 Samuli Aikio, Institut National de Recherche des Langues de Finlande, et Leif Rantala, Université de Laponie (Rovaniemi), ont été consultés pour .ce chapitre. 27

2 GRAMMAIRE

LE NOM
1. Déclinaison et emploi des cas Le same est une langue à flexion: il se sert de suffixes plutôt que de mots structurels séparés ou de variations de l'ordre des mots pour indiquer les relations grammaticales et spatiales. La flexion est régulière, il existe une seule déclinaison et une seule conjugaison. Mis à part quelques changements phonétiques internes, la déclinaison du nom est en same, nous l'avons vu, plutôt simple. Le nom se fléchit à deux nombres - singulier et pluriel- et n'a que six cas productifs en same du Nord (de six à neuf dans les autres parlers sames), ce qui est peu pour une langue finno-ougrienne, comparé aux quatorze cas du finnois, aux vingt et un du hongrois, etc. Le same ne connaît pas de genre. Exemple de déclinaison du nom en same du Nord:
Singulier Nominatif Acc/gén Directif Locatif Comitatif Essif goahti "tente" goaOi "(de) la tente" goahtâi "vers/dans la tente" goaOis "dans/(hors) de la tente" goOiin "avec la tente" Pluriel
goaôit "tentes"

goôiid goOiide goOiin goOiiguin

goahtin "en tant que tente(s)"

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Le same ne dispose pas d'articles: un mot tel goahti peut donc signifier aussi bien "tente" que "une tente" ou "la tente". Le sens ressort du contexte ou de l'ordre des mots (voir par exemple la construction en "avoir"). Le same est également dépourvu de genre grammatical; aussi le pronom singulier de troisième personne par exemple (son) signifie-t-il à la fois "il" et "elle"6. Quelques remarques sur les fonctions de ces cas (indiqués ici en italique dans les exemples correspondants à chaque cas successivement) devraient faciliter leur emploi7. Le nominatif est essentiellement le cas du sujet, ex. : Do boahta Aslat-Ovlla "Voilà Aslat-Ovlla qui arrive" (litt. "Là-bas arrive A.a."), et de ses attributs: I:gga lea oahpaheaddji "Inga est professeur". A ceux-ci s'ajoutent les sujets des constructions propres au same, qui correspondent en français aux compléments du verbe "avoir". Ex. : - Ahkus lea bus 'sa "A grand-mère est un chat", c'està-dire "Grand-mère a un chat" ; - Siiljus ledje ollu Inanat "Dans la cour sont beaucoup d'enfants", c'est-à-dire. "Il y a beaucoup d'enfants dans la

.

cour"

.

Le nominatif sert aussi à apostropher quelqu'un ou à souhaiter quelque chose, ex.: Gula, ustiball! "Ecoute, mon ami!", Ilolasjuovllatja buorre o6&jahki! "Joyeux Noël et bonne année nouvelle!". Le nominatif dit "absolu" sert à indiquer une ci~constance ou une qualité étroitement liée au sujet, ex. : Addja cohkka beaJJkkas,juolggit beavddi aide "Grand-père est assis sur le banc, les jambes sous la table".
6 Notons que les pronoms personnels se déclinent aussi au duel. Un 7e cas de déclinaison - l'accusatif et le génitif étant distincts - s'ajoute

pour les nombres et pour le pronom interrogatif-relatif mii "qui, que". 7 ... ou au moins vous donner une idée de ce à quoi ils peuvent servir: la forme même des cas sera présentée seulement par la suite: voir 2. Le substantif, 3. L'adjectif, etc.

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En same du Nord, les formes de l'accusatif et du 'génitif se confondent en un cas unique, sauf dans les noms de nombre et le pronom relatif mii "qui, que"8. On peut distinguer les emplois traditionnels de l'accusatif, c'est-à-dire: -l'objet, après les verbes transitifs: Aiggutgo don gafe? "Veux-tu du café? Tu prends du café ?", ce qui explique que l'on trouve aussi l'accusatif dans les formes de salutation, Buore beaivvi! "Bonjour!", Buore eahket! "Bonsoir!" (concurrencé, surtout dans les régions scandinaves de Laponie, par le nominatif: Buorre beaivi!) ; -le sujet d'une quasi-proposition complétive, ex. : Mii gulaimet beatnaga ciellamin. "Nous avons entendu le chien aboyer." (litt. "en train d'aboyer", forme verbonominale). Ces emplois s'étendent aussi en same aux expressions indiquant qu'une personne est affectée dans son corps par une sensation, ex. : Mu vuovssiha. "J'ai envie de vomir ("quelque chose me fait vomir")", ainsi qu'aux circonstants indiquant l'heure ou la quantité, ex. : Dat barggai doppe vihttajagi. "Il y a travaillé cinq ans.", Dat maksa vilztta markki. "Ça coûte cinq marks.". Avec les noms indiquant l'étendue dans l'espace, l'accusatif précise la mesure: Min viessu lea vihtta mehtara alu. "Notre maison a cinq mètres de haut."; l'accusatif détermine de même l'adjectif boaris: Manna lea golbmajagi boaris "L'enfant est âgé de trois ans." (qui se dit aussi golmma-jahkasas, avec un adjectif dérivé de jahki "année").9 Avec un comparatif, avec les adverbes ovdal "avant" et maIJgel "après", l'accusatif indique la différence de temps: Mahtte lea vihttajagi nuorat mus (ou go mun)
8 D'ailleurs okta "un" ne distingue pas l'accusatif du génitif, et, dans certains dialectes l'accusatif de mii, normalement maid, se confond avec le génitif man. 9 Dans les dialectes de l'Est (Ohcejohka), on utilise aussi avec boaris le génitif; Son lea golmma jagi boaris. "Il est âgé de trois ans." 31

.

"Matthieu a cinq ans de moins que moi.", Son lea riegadan vihtta jagi mu maJJJJ "Il est né cinq ans avant el. moi." Les sens traditionnels du génîtifsont : l'aspect extérieur, l'état, la quantité ou la mesure approximatives, ex. : vulos oivviid "tête baissée" (dit "génitif absolu", litt. "vers le bas les têtes"), Sus leat ëuo6e nare bohccot. "Il a une centaine de rennes.". On remarque l'emploi répété du génitif pluriel, qui signifie que l'action est accomplie selon une certaine distribution (ovttaid ovttaid "un par un", baraid baraid "par groupe de deux / deux par deux."). Avec les noms indiquant l'étendue dans l'espace, le génitif donne la mesure minimale: Min viessu lea viéJa mehtara alu. "Notre maison fait au moins cinq mètres de haut." Dans les comparaisons à deux termes, le deuxième peut être au génitif, si la mesure de la différence n'est pas indiquée, ex. : "TIest plus jeune que moi." Son lea nuorat go mun. ou Son lea mu nuorat. Le sens le plus usuel du génitif est toutefois, comme dans les autres langues, l'expression d'une relation de possession ou d'appartenance: Ahci biila lea alit. "La voiture de papa est bleue.", Helsset lea Suoma oaivegavpot. "Helsinki est la capitale de la Finlande.". A ceci s'ajoute le rôle du génitif en tant que déterminant de syntagmes post- et prépositionnels: toutes les post- et les prépositions, qui sont pour la plupart, à l'origine, des formes casuelles de noms, régissent en same des noms au génitif (voir ci-dessous), ex. :juovllaid rajes "depuis Noël". Le génitif joue aussi un rôle important de déterminant des formes verbales non finies dans les quasi-propositions, utilisées surtout à l'écrit, par exemple en tant qu'agent ("sujet logique") du gérondif, Son muitalii dan buot olbmuid guladettiin. "Il le raconta pendant que tout le monde écoutait.", ou du nom d'action dans la construction 32

dite "agentive", qui équivaut à une proposition relative: gumppe goddin boazu (litt. "par loup-tué-renne") "un renne que le loup a tué" (= boazu maid gumpe lea goddan). Nous avons vu que le premier constituant des mots composés restait souvent au nominatif. Or il faut savoir que, sans que la répartition s'effectue toujours selon des règles précises, bon nombre de composés ont leur premier
constituant au génitif

- ce qui

peut s'expliquer par la valeur

possessive du génitif. Ex. : ddlueamit "maîtresse de maison", bohccobiergu "viande de renne" (mais Ilieida(nom.) namma "nom de jeune fille". ..). . Les cas locaux En same du Nord, les cas locaux sont réduits aujourd'hui, du fait de l'amalgame entre le locatif (l'''inessif' des grammaires finno-ougriennes) et le séparatif (ou "élatif'), à deux: le directif (ou "illatif') et le locatif/séparatif Ces cas correspondent aux prépositions de lieu des langues indo-européennes: Mun manan vissui (dir.) "J'entre dans la maison" Mun boaôan viesus (loc/sép.) "Je sors de la maison" Mun lean viesus (loc/sép.) "Je suis dans la maison" L'emploi le plus usuel du directif (désinence -i) est celui de complément circonstanciel de lieu, au sens concret du déplacement d'un point vers/jusqu'à un autre, ex. : Garegasnjarggas Ohcejohkii leat 10 miilla. "De Karigasniemi à Utsjoki, il y a 10 milles." Mahtte vulggii Vuovdaguikii. "Mathieu est parti à Outakoski.", ou dans un sens figuré, plus abstrait: Son manai guollebivdui. "Il partit à la pêche.", Gai don dalleat juo beassanjierbmeahkai. "Maintenant tu as bien atteint l'âge de raison." Le point d'aboutissement peut aussi être temporel: Dat bistajuovllaide. "Cela dure jusqu'à Noël." Quant aux êtres animés, le complément au directif équivaut souvent au complément d'attribution ou au 33

complément d'objet indirect du français: Mun attan dutl1je girjji. "Je te donne un livre.", Cajet ahccai maid! "Montre-le aussi à Papa!" Le locatif/séparatif (désinence -s) est le pendant exact du directif: il indique le point de départ de l'origine ou du déplacement - Mun orun KaraSjogas. "J'habite à Karasjohka.", Garegasnjarggas Ohcejohkii leat 10 miilla. "De Garegasnjarga à Ohcejohka, il y a 10 milles." -, y compris avec une valeur figurée - Ahcci lea barggus. "Papa est au travaiL", Mahtte boahta guollebivddus. "Mathieu vient de la pêche." -, voire une valeur abstraite: Mu mielas orru buorre. "De mon point de vue c'est bien.". Le point de départ peut aussi être une borne temporelle ou une durée: Dat bista beassaziid rajes (beassaziin) hellodagaide. "Ça dure de Pâques à la Pentecôte.", GaI don ovtta vahkus gearggat. "Tu en auras bien terminé en une semaine." Quant aux êtres animés, le locatif/séparatif s'emploie surtout dans la construction dite "habitive", qui correspond au verbe "avoir" du français: Mahtes leat oôôa sabehat. "Mathieu a des skis neufs." ; Mus lea biergu vuos'sat. "J'ai de la viande à faire cuire." Le locatif/séparatif empiète d'ailleurs sur l'expression de la possession - qui se traduit habituellement par le génitif (Adja fanas lea oôas. "La barque de grand-père est neuve.") - lorsqu'il s'agit de mettre en valeur la personne ou l'objet possédés: Oidnetgo don adjas dan oôôa fatnasa? "As-tu vu la barque neuve de grand-père?", Adjas dat oôôa fanas lea juo raiganan. "Grand-père, sa barque neuve est déjà percée.", Duon nissonis dat nieida lea farren Ruttii. "Cette femme, sa fille est partie en Suède.". (litt. "Pour cette femme, la fille est partie en Suède."). On voit qu'il s'agit là d'une stratégie d'organisation du discours, qui rappelle certains des procédés de thématisation courants en français parlé ("Cette femme, (elle), sa fille...", "Pour ce qui est de cette femme, sa fille. . ."). 34