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Parlons lü

De
593 pages
Cet ouvrage a pour objet l'apprentissage de la langue lü telle qu'elle est parlée et écrite par les Taï des Sipsong Panna, au yunnan, en Chine. Le lü est également en usage en Birmanie, au Laos, au Vietnam et en Thaïlande. Le lü présente un certain nombre de particularités phonétiques, tonales, grammaticales et lexicales qui le distingue des autres idiomes taï. En guise d'introduction historique, sont retracées les principales étapes de la migration des ancêtres des Taï, suivies de la chronologie dynastique du pays Lü.
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PARLONS


gJt~(ls)5

cg L'Harmattan, 2008

5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr ISBN: 978-2-296-06077-7 EAN : 9782296060777

NGUYEN

T AN Tai Luc

PARLONS Lü
Jt el
()
La lan~ue tai des Douze mille rizières du Yunnan

L'Harmattan

Parlons...
Collection dirigée par Michel Malherbe Dernières parutions

Parlons karimojong, Christian BADER, 2008. Parlons azerbaidjanais, Kamal ABDOULLA, Michel MALHERBE. Parlons manjak, Carfa MENDES et Michel MALHERBE. Parlons arménien, Elisabeth MOURADIAN VENTUTINI et Michel MALHERBE. Parlons romanche, Dominique STICH, 2007. Parlons gallo, Nathalie TREHEL-TAS, 2007. Parlons lobiri, Fané MAÏMOUNA LE MEN, 2007. Parlons pijin, Christine JOURDAN, 2007. Parlons maori, Michel MALHERBE, 2007. Parlons soundanais, Viviane SUKANDA-TESSIER, 2007. Parlons oromo, Christian BADER, 2006. Parlons karen, Julien SPIEWAK, 2006. Parlons ga, Mary Esther DAKUBU, 2006. Parlons isangu, Daniel Franck IDIA T A, 2006. Parlons kuna, Michel MALHERBE, 2006. Parlons boulou, Marie-Rose ABOMO-MAURIN, 2006. Parlons komi, Yves AVRIL, 2006. Parlons zarma, Sandra BORNAND, 2006. Parlons citumbuka, P. J. KISHINDO et A. L. LIPENGA, 2006. Parlons mordve, Ksenija DJORDJEVIC et Jean-Léo LEONARD, 2006. Parlons lissou, William DESSAINT, Avounado NGWÂMA, 2006. Parlons tuvaluan, Michel MALHERBE, 2005. Parlons kouy, Jacques RONGIER, 2005. Parlons koulango, Kouakou Appoh Enoc Kra, 2005. Parlons karatchay-balkar, Saodat DONIYOROV A et Chodiyor DONIYOROV, 2005. Parlons slovène, Mojca SCHLAMBERGER BREZAR, Vladimir POGACNIK et Gregor PERKO, 2005.

À Ki~u Mai, Nhù Yet Jacqueline

Introduction
C'était il y a deux décennies, nous bavardions à bord du train Kunming-Pékin. Aux questions rituelles des voyageurs curieux, «quelle est donc votre unité de production? », « les œufs de France sont-ils plus gros que

ceux de Chine? », succédaient nos réponses évasives.
L'un de nos interlocuteurs disait venir du « Xishuangbanna ». Nous avons toujours en mémoire, sortis du carton, posés pêle-mêle sur la banquette, ses dessins représentant des jeunes femmes taï se baignant dans le «Lancangjiang ». «Elles n'ont pas peur de se montrer nues », aimait-il répéter. Point de vue personnel qui ne manquait pas de faire rêver tous ses camarades de compartiment et les autres passagers du même wagon venus l'écouter.

Quelques années plus tard, l'envie de voir pour de vrai ce qui avait inspiré de si jolis croquis n'ayant pas disparu, nous descendîmes jusqu'à Jinghong, la ville de l'Aube, capitale des DOllze mille rizières, il devait être aux environs de midi. Laissant derrière nous l'étang du Paon, passant de la rue goudronnée au chemin de terre battue, puis suivant les sentiers pentus, nous marchâmes une bonne vingtaine de minutes avant de pouvoir tremper nos pieds dans le Mékong et de nous y baigner. Nous gardions ainsi l'espoir d'entrer en contact avec les demoiselles ripuaires si bien dessinées par notre compagnon de voyage. Mais il devait être trop tôt, ou trop tard, ce jour-là, aucune sirène indigène n'était au rendez-vous. Nous avons alors précipitamment regagné la berge afin d'éviter d'être submergé par une nappe de détergent, issue probablement d'une usine en amont, descendant le fleuve à grande 9

vitesse et se dirigeant droit vers nous. Retour au bourg, détour par le poste de police. L'officier chargé de prolonger notre visa était une femme et elle avait comme un service à nous demander: des vidéocassettes pornographiques en provenance de Thaïlande et rentrées frauduleusement à Damenglong avaient été confisquées à la frontière birmane toute proche, elle nous pria de l'aider à traduire les titres anglais figurant sur les jaquettes aux images pourtant très suggestives. Une occasion comme une autre de faire rire et rougir cette bureaucrate de la Sécurité publique de Jinghong. Était-elle Hanzu ou bien Daizu? Disons, non sans ironie, qu'elle appartenait d'abord à cette ethnie si particulière, qui est celle des fonctionnaires, préférant, lors de la remise de notre passeport, être payée en «argent pour étrangers» plutôt qu'en « monnaie populaire ». Depuis son ouverture au tourisme, la ville de l'Aube et sa région sont décrites et vendues dans les brochures voyagistes, comme une « mini-Thaïlande », mais à moins d'être non-voyant, le constat est facile, c'est déjà la Chine, de plus en plus, inévitablement omniprésente. Restent l'histoire, le parfum du passé et la langue des Douze mille rizières, ce qui n'est pas peu.

Le parler taï des Douze mille rizières (daile ou xidai), coexiste au Yunnan avec ceux de Dehong (dedai) et de Jinping (Jinping dai). D'autres sont en cours d'étude ou d'identification, mais les prendre en compte n'est pas pour l'instant notre priorité. Dans un contexte politique qui ne serait pas celui de la République populaire de Chine, on pourrait considérer le dialecte taï des Douze mille rizières comme une langue. C'est aussi notre avis, mais les linguistes chinois ont
10

décidé qu'il y avait, au Yunnan, une langue taï et des dialectes, dont celui-là, de la même façon que d'après eux, il y a une langue chinoise et plusieurs dialectes (wu, lnin, yue, etc.). On voit bien que même dans un cadre linguistique, le message politique est clair: fût-elle « autonomisée » en départements et en dialectes, la Chine
est indivisible. À chaque ethnie donc, une seule langue. Au lieu de Parlons lü, la langue taï des Douze mille rizières du Yunnan, nous aurions pu intituler plus sobrement cet ouvrage Parlons taï... Le terme «taï », même si trop générique, est complètement approprié. Sans vouloir faire abstraction de la géopolitique, insistons sur le fait que c'est d'abord par cet autonyme que Shan de Birmanie, Younes du Siam, Lü de Chine, du Laos et du Vietnam se désignent communément.

Ce livre aurait pu également s'appeler Parlons daile, initiation au dialecte des Douze mille rIzières, mais finalement nous n'avons pas retenu dai dans le titre, bien que son usage soit officialisé en Chine, ce qui n'est pas le cas de le, pinyin de «lü ». Le public orientaliste et francophone connaissant le terme lü, nous avons donc opté pour celui-ci, malgré son ambiguïté. En effet, il caractérise aussi les Lü vivant en Birmanie, au Laos, en Thaïlande et au Vietnam et il nous faudra, par conséquent, préciser leur implantation pour mieux les identifier. L'option anglophone lue a été écartée pour des raisons faciles à ImagIner. Certains diront qu'au lieu de Douze mille rizières, il serait plus juste de traduire par « douze mille parcelles de terres cultivables» pour rendre Sipsong Panna. Nous sommes complètement de leur avis. Précisons également que si l'on décide de faire abstraction de toute poétisation, Il

le terme panna, « mille rizières », servant à désigner une unité administrative, il convient plutôt de parler

simplement de « taï des douze panna ». D'autres se demanderont pourquoi nous utilisons taï en couverture et dai au gré des pages. La réponse est simple, nous associons, par souci de cohérence transcriptive, dai à Xishuangbanna et tai à Sipsong Panna. Ajoutons qu'il est désormais difficile d'ignorer les ethnonymes et les toponymes issus de la transcription officielle chinoise.
Il nous paraît important, tout au long de ce travail, de faire cohabiter les transcriptions, mais de ne pas les mélanger et éviter ainsi les confusions. Se rappeler que Dai en chinois correspond à « Taï» en français, alors que Tai en chinois équivaut à «Thaïlandais ». Prendre en compte également l' ethnonymie officielle au Vietnam qui fait la distinction entre les Thdi, à l'ouest, et les Tày, à l'est du fleuve Rouge. Signalons-le de suite, les noms propres ou communs en usage dans cette région du monde et dans les pages qui suivent, de manière générale, vont désobéir aux règles du français sur l'accord en genre et en nombre car la marque du féminin ou du pluriel, appliquée aux mots asiatiques, est trop disgracieuse sans être véritablement nécessaire.

Parlotls lü bien sûr, mais Écrivons et Lisons lü également. Le fait que le lü des Douze mille rizières soit noté à l'aide de deux alphabets, l'un traditionnel et l'autre moderne, de conception « communisante », ne facilite pas
l'apprentissage du dialecte, mais rend son étude encore plus passionnante: le premier donne l'impression de lire du siamois écrit en khmer, le second, celle de lire du laotien écrit en birman.

12

Que l'écriture traditionnelle ait survécu au Xishuangbanna, malgré tout le réformisme auquel elle a été assujettie, n'est pas une mauvaise nouvelle. Son retour était néanmoins préparé de longue date, mais ses partisans ont dû se montrer patients, attendant le moment opportun. Nous avons assisté ainsi, en 1988, dans les locaux d'un journal de Jinghong, à l'ébauche de modèles typographiques qui sont depuis devenus des polices de caractères utilisées dans les ouvrages en xidait, publiés récemment par les Éditions Yunnan Minzu à Kunming. Il n'y a qu'en Chine où, en si peu de temps, on puisse assister à autant de chavirements et de revirements. Dans un même ordre d'idées, est-il possible d'imaginer un seul instant que les écritures de la tradition tham reprennent le dessus de Chiang Mai à Pattaya ? Non, bien sûr, ou alors il s'agirait de science-fiction linguistique.
Pour ce qui est de l'écriture moderne, retombée légèrement en disgrâce, nous verrons qu'elle n'est pas dénuée d'intérêt, que cette expérimentation a représenté une proposition, plutôt fiable, de logique orthographique à tendance phonétique, mais dont le développement, selon le discours officiel, n'a guère été favorisé pendant les années de règne de la « Bande des quatre ».

Nous voilà donc confrontés à un dialecte et deux écritures, - ce qui n'est pas sans rappeler la formule selon laquelle il y a « un pays et deux systèmes », - et il faudra s'accommoder de cette situation particulière, où tous les problèmes linguistiques sont ainsi redoublés. Pour obtenir
« l'eau du savoir», l'initiation à ce dialecte passe donc

1

Acronyme du chinois Xishuangbanna

dai.

13

nécessairement par l'accoutumance progressive aux graphies du taï des Douze mille rizières. Celles-ci seront néanmoins le plus souvent accompagnées par une transcription, voire une translittération, ou les deux à la fois, afin de faciliter la lecture des textes proposés dans cet ouvrage. Parlons lü... s'adresse à un lectorat averti ou alors curieux2 souhaitant, à travers l'étude de ce dialecte, acquérir des notions de base sur la langue et l' histoire des Taï qui vivent en Chine, plus précisément dans cette partie du Yunnan, frontalière de la Birmanie, du Laos et du Vietnam. Enfin, rappelons que ce livre, premier du genre, reprend en partie la thématique des cours de linguistique taï-kadaï que nous dispensons à l'INALCO depuis 1996. Il s'appuie également sur notre thèse de doctorat, soutenue en 2000, et sur les sources chinoises, compilées et citées en fin d'ouvrage. Cette «caution universitaire» ne nous met pas pour autant à l'abri des erreurs de jugement, des considérations fautives et des contradictions excessives qui apparaîtront à la lecture et à la relecture de l'ouvrage. Ce travail étant perfectible, les critiques et les suggestions sont, par anticipation, bienvenues. NGUYEN TAN Tai-Luc
Pour différentes raisons, nous tenons à remercier: Victoire Surio, Shigenobu Gonzalvez, Zhang Qiusheng, Ai Wendan, Ai Han, Ai Wenbing, Antoine Cam, Cam Trang, Lamvieng Inthamone, Michel Ferlus, Maurice Coyaud et Gilles Oelouche, car sans eux, ce livre n'aurait peut-être pas existé du tout.

2 Afin de se familiariser avec le système de transcription du lü adopté dans ce livre, se reporter directement à la page 121, au chapitre Les sons et les tons. 14

UN PEU D'HISTOIRE
Depuis la fin du XIXe siècle, l' histoire des T(h)aï, qu'ils soient Shan, Laotiens, Siamois ou Lü \ repose sur des théories audacieuses, élaborées par des écrivains occidentaux.

Terrien de Lacouperie place ainsi le foyer originel de la « race shan» (O::Jse) au nord du Sichuan (OeJGOJLSG)2 et au sud du Shaanxi (O::JSOBG). William Clifton Dodd le situe du côté des monts Altaï (5jJCLJj8~=U6) et insiste sur les migrations massives auxquelles les T(h)aï auraient été contraints: la dernière en date se serait déroulée au XIIIe siècle, lors la conquête du Yunnan ((.)B5e6~se) par les Mongols ((~ge0tU qui auraient alors pris le relais des pratiques oppressives exercées autrefois par les Han (<H:):)2> (J)...Q..€)l'encontre des populations indigènes du à
« Sud des nuages ». Le Major H.R. Davis, qui mena une enquête à partir de 1898 depuis la Birmanie jusqu'au Sichuan, défend l'idée selon laquelle on rencontrait aussi des «Shan» dans le Guizhou (oljJGQgBqG), le Guangxi (ç~oc;JOBG), le Guangdong (g::Jc;Jel3gG): ils auraient autrefois occupé toute la Chine, au sud du t1euve Bleu3. De telles hypothèses ne manquèrent pas de ravir en leur temps les
I

Nous mettons le h de Thaï entre parenthèses car il n'est pas toujours
c'est le cas des Lü et des Shan.

prononcé par les locuteurs concernés,
2 3

Varianteorthographique: :).)eJGOJLSG. Les Dai appellent la partie yunnanaise du Yangzi, <mEE1 saaj
c'est-à-dire « fleuve aux Sables d'or )).
15

xam> (QQ~GO=uR~),

nationalistes de la région, en quête d'un plus grand Siam ou d'un plus grand Laos.
Henri Maspero4 dès 1925 insiste sur le fait que les «Chinois anciens» du Nord et les «tribus du Sud» avaient en commun «une civilisation essentiellement agricole et sédentaire, une religion étroitement liée à l'agriculture, une organisation foncièrement politique et féodale». Il met également l'accent sur le rapport existant entre la langue chinoise et un «important groupe de dialectes parlés par des tribus méridionales, les Th~i qui habitent le Nord de l'Indochine, ainsi que le Yunnan, le Kouei-tcheou et le Kouang-si ». Nous aurons l'occasion de revenir plus précisément sur cette présentation linguistique dans la partie lexicologique de notre travail. Ces théories, loin d'être démodées, sont encore réutilisées par les universitaires de la R.P.C., mais elles servent un tout autre dessein: celui de montrer que Siamois, Laotiens et autres sont par ancêtres interposés, issus de l'Antiquité chinoise. LES PUYUE (BAIPU ET BAIYUE). Il faut distinguer dans la période pré-Qin, antérieure à 221 avant J.-C., deux grands ensembles ethniques, répartis sur de vastes régions:
4

les

Baipu

(CtgBe:))lle)5
»,

et

les

Baiyue6

Henri Maspero, «Le Monde primitif chinois

premier chapitre de

La Chine antique (1925). 5 Selon toute vraisemblance, le caractère pu (composé de la clef de l'eau et de pu « serviteur») que l'on retrouve dans certains toponymes de la partie nord du Henan, n'a qu'une valeur phonétique et sert à transcrire <Phuu2> (f..O.1{.e),e terme taï signifiant « homme ». l
6

Notons que les caractères Baiyue signifient littéralement «Cent

Yue ». Yue qui est aussi l'ancien nom de la province du Zhejiang se prononce Viç( en sino-vietnamien. Le terme Yue figure aussi dans les 16

(C'LÇ)8eCt.(.)e)7, regroupés

pour

les

besoins

de

la

classification sous le terme de Puyue (J)1{.eQ(.)e), en considération de traits culturels et non pas raciaux, partagés à travers l' histoire, qui sont principalement: - une pratique de la poterie servant de support à la
représentation des totems ancestraux sont autant de marques claniques.
-

(cochons, oiseaux...),

qui

une activité rizicoleg.
privilégiant les maisons sur pilotis

- un mcxle d'habitation

9

afin

se protéger des inondations. - une implantation au bord de la mer, des rivières ou des étangs,
inscriptions sur carapace de tortue datant de la dynastie Shang (XVleXIe siècle avant J.-C.). L'histoire chinoise fait la distinction entre: - les Yuyue qui ont constitué un État à l'époque des «Royaumes combattants », le Dayue, «Grand Yue» CI'actuelle province du Zhejiang). - les Yangyue qui ont stationné dans le Jiangsu, puis dans le Guangxi et le Guangdong. - les Minyue, localisés dans le Fujian. - les Shanyue qui, sous les Qin, résidaient sur les rives du cours inférieur du Yangzi et le long du fleuve Han ainsi que dans les régions côtières, sur le territoire du Jiangsu, du Zhejiang, de l'Anhui et du Jiangxi.

- les Luoyue ((:ooeQ.(.)e) qui habitaient au nord du Vietnam et les Xi' ou qui se trouvaient à l'est du Guangxi. - les Yiyue, installés au Yunnan, au Sichuan et au Guizhou. - les Dianyue, c'est-à-dire les Yue de Dian, implantés à la frontière du Yunnan et de la Haute-Birmanie.
7

g

Varianteorthographique: CLÇ)BeCl.Cl.(Je.

Certaines pratiques rizicoles ont marqué l'imagination des historiens chinois, ainsi selon Huang Hui Kun (1992), cité par Amphay Doré (1994), les ancêtres des Lü des Sipsong Panna jusqu'au Ille siècle, se seraient servis d'éléphants pour piétiner les champs et d'oiseaux pour picorer les mauvaises herbes et bénéficier de leurs déjections comme engraI S. 9 Des fouilles archéologiques réalisées à Hemudu, dans le district de Yutao au Zhejiang ont permis d'exhumer le même type d'habitat, ce qui laisse supposer que cette région fi'a pas toujours été sinisée. 17

entraînant une aptitude pour la natation et la navigation.
-

certaines coutumes telles que la surélévation des cercueils

dans des niches rocheuses, le tatouage du corps, l'esthétique 1 dentaire lU,r adoration du serpene et de l'oiseau.

Les

ethnies

qui

entrent

dans

cette

classification,

toujours à discuter, sont les Zhuang (û...o...SJG), Bouyei les (U 1{G(,)8G)I2,les Dai (cG), les Dong ((01SJG)B, les Shui (Oqp14, les Maonan ('ÔÇteS:Jse), les Mulao ('Ô1{eCûÇt), les Li (roBe), les Gelao (Qo8erog)J5, ainsi que d'autres, dites « austro-asiatiques », telles que les Gaoshan (O:JÇtGO:JSG) de Taiwan (a:ueo:JSG), les Bulang (U1{GCûSJ)16 les Wa (o:Je), et
lU

au delà des différences

Selon Claudine Lombard-Salmon

(1972), citant Tian Rucheng, chez

les jeunes filles gelao du Guizhou, la préoccupation esthétique conduisait même à l'arrachage de dents, pratique coutumière correspondant aussi à des évènements tels que Ie passage à l'âge adul te ou la mort des deux parents. Il Ce culte reptilien, problablement d'origine « prato-austronésienne », laisse penser que ses propagateurs, avant d'être catalogués comme des insulaires avaient dû habiter la Chine du Sud et la Péninsule indochinoise assez longtemps pour que se développe la mythologie des dragons chez d'autres peuples tels que les Han, les T(h)aY et les Kinh, pour ne citer qu'eux.
12 13

Avant 1953,les Bouyei étaient appelés Zhongjiaou encore Yiren. Varianteorthographique: m8~G.

orthographique: R~J Dans le groupe linguistique dongshui, il faut aussi classer Yes Jinjia qui ne sont pas reconnus officiell ement. 15Outre les Gelao, qui sont les plus connus du groupe linguistique kadai, il faut mentionner les Laji qui doivent être rattachés à cette catégorie, mais ne sont pas reconnus officiellement. 14 Variante 16Variante orthographique:

U1{CûSJ. sont connus en Binnanie Ils

sous le nom de Palaung.

t8

linguistiques qui placent ces deux dernières dans le groupe
môn - khmer17,
FOYER ORIGINEL ET MIGRATIONS,

Le

fait

est

indéniable: la Chine du Sud et l'Asie du Sud-est ont connu des mouvements migratoires impliquant les ancêtres des T(h)aï et des autres ethnies de cette aire culturelle. En établir la chronologie avec certitude nous semble prématuré, nous nous bornerons donc à commenter quelques hypothèses sur la question développées par

certains auteurs de Chine populaire18.
Le foyer originel des T(h)aï serait situé entre le

Shandong (Ô;:)SGCGSjG) et le Zhejiang(Qg8eQQ9SjG)19, c'est-à-dire en dessous du fleuve Jaune. Ils auraient ensuite atteint puis dépassé le Yunnan en suivant plusieurs itinéraires.

o Un premier groupe aurait ainsi transité via le Fujian
(o1{eQQOSG)~,
17

le Guangdong21, le Guangxi, le

Yue étant un terme générique, il ne faut pas en faire une utilisation restreinte. Comme le souligne He Ping dans From Yunnan to Assam (2001), les Yue ne sont pas seulement les ancêtres des T(h)aï. 1H Liu Yan (1999) et Ai Wendan (2003).
19

20Avant la sinisation du Fujian, celui-ci était habité par les Minyue.
21

L'ancien nom monosyllabique de Zhejiang est Yue (Cl.W€).

Avant la sinisation des « deux Guang », ses habitants étaient connus sous diverses appellations. Leurs descendants, les Zhuang sont toujours présents dans le district de Lianshan, au nord-ouest de la province du Guangdong, à la frontière du Hunan et du Guangxi. Les ancêtres des Zhuang qui ont quitté le Guangdong pour les régions riveraines du fleuve Rouge, l'ont fait vraisemblablement à partir de 110 avant notre ère, après l'annexion du Nanyue (Nam Vi~t) par les Han. Les ancêtres des Li sont également partis de la région à une époque ancienne pour peupler l'île de Hainan (f):::U5:Jse). 19

Vietnam22pour arriver à Honghe cRJlSjeERe), c'est-à-dire le t1euve Rouge «ffiE.£l nam2 DfJ» QQ~G5~eQCl. 3SJ). o Un deuxième groupe serait passé par le Hunan cRlJ..,eS:JE)e)23,le Guangx?4, le Vietnam, pour arnver également à Honghe25.

22

Les anciens habitants du Nord-Vietnam étaient connus sous le nom

de Luoyue (L?c Vi~t). 23 Avant la sinisation du Hunan, ses habitants étaient connus sous le

nom de Shanyue, «y ue de la Montagne ». Les Dong ont maintenu leur implantation au sud-ouest du Hunan dans le district de Xinhuang, frontalier avec le Guizhou. La tradition les fait venir néanmoins du Jiangxi. Le nom qu'ils se donnent est « Kam » rendu en chinois par le caractère gàn qui désigne aussi l'ancien nom monosyllabique de la province du Jiangxi et celui de la rivière qui se jette dans le lac Poyang. Il est également utilisé dans Ganzhou, région tout au sud du Jiangxi. Les Gelao qui, aujourd'hui, résident au Guizhou, habitaient autrefois au Hunan.
24

Le Guangxi est une province autonome zhuang. Les anciens

habi tants de cette province sont connus sous le nom de Xi Ouyue et de Yangyue. 25 C'est le trajet probable de la migration lao et zhuang. Amphay Doré,

dans son article « Des Yue aux Zhuang du Guangxi, une perspective
ethno-historique» (1995), émet I'hypothèse suivante: «la première "migration" lao se fit dans la première moitié du VIle siècle, dans le contexte de la lutte que se livrèrent le Tibet et la Chine des Tang pour le contrôle du Y unnan et le nord de la Péninsule Indochinoise, où se mourait le Royaume .A.iLao : la "deuxième migration" date de la fin du même siècle. Elle constitua une réaction des Tang contre l'occupation de la vallée moyenne du Mékhong par le Zhenla (CamOOdge). Cette opération militaire correspond à ce qu'il est convenu d'appeler la "migration tai" au Laos et en Thaïlande ». Il faudrait ainsi comprendre que ceux qu'on appelle communément les «Taï conquérants », «constituèrent le corps des troupes impériales aux marches de l'Empire ». 20

o Un troisième groupe aurait transité via le Hunan 26, le
GuizhouZl, remontèrent continuèrent Dianchi28 au Yunnan, le Laos, certains vers Jinghong (C'L8S1rS)8CJ6)~, les autres vers la Thaïlande.

o Un quatrième groupe serait passé par le Henan (cRes=>se), le Hubei (R1{,egBe)3J, le Sichuan, Zhaotong (8qG~CJSlG) au Yunnan puis aurait suivi la même route que le groupe précédent. o Un cinquième groupe aurait transité via le Henan, le Hubei, le Sichuan3\ Chengdu (CLQBse(31{G),Yuanmou (a..Q.(.)5eCl.~8~G)32au Yunnan puis se serait divisé en
26

Les Dong, descendant également des Bai yue, sont toujours présents au sud-ouest du Hunan dans le district de Tongdao, frontalier avec le Guangxi.
27

Les Dong sont aujourd'hui

localisés

au Guizhou

dans le

département de Qiandongnan. Selon Josiane Cauquelin (1987), il faut compter 720 000 Bouyei dans cette province, répartis dans les districts de Ziyun, Ceheng, Anlong, Zhenning et Zhenfeng, et dans le département de Qiannan.
2g

Les Bouyei sont également présents à l'est de Dianchi au Yunnan,

dans les districts de Luoping et Qujing. Cauquelin (1987). 29C'est le trajet probable de la migration lü. 30 Avant la sinisation, les habitants de cette province étaient connus sous le nom de Kuiyue.
31

Selon Wu Zhan (1986), il Y a 1840 «Dai» au Sichuan, localisés dans trois districts: Huili, Yanbian et Dukou. Ils se nomment Tuti ou

Tu, un autonyme qui évoque Th6 utilisé au Nord-Vietnam où il désigne une ethnie de la même famille, appelée Tày. Est-il nécessaire de rappeler que Tu signifie «terre », «terroir », «indigène» en chinois? 32Liu Van (1999) dit qu'avant les Yuan, les «Dai» habitaient dans le district de Miyi à l'extrême-sud du Sichuan et dans le district de Yuanmou à l'extrême-nord du Yunnan. Ils n'en ont pas complètement disparu aujourd'hui et on les retrouve de chaque côté du Jinshajiang, à 21

trois sous-groupes: l'un de descendre sur Sanjiangkou via Chuxiong (6tffiJL~e)33, l'autre d'aller à Dati (m:JGru8) et le troisième de transiter par Lijiang «(Q86CL.CtgSJ6)3t, Nujiang (q1{,GCl.Q8~G)35,Dehong (cmeR8SP et de se rendre soit en Assam, soit en Birmanie. Depuis la seconde moitié du XXe siècle, deux autres
Wanma et Yongxin dans le district de Yongren ainsi qu'à Wanbi dans le district de Dayao. Avec ceux qui habitent à Huaping, Linlan, Yongshen et dans les localités plus en aval, cela représente un total plus de trente mille personnes d'ethnie «dai ». Selon Gao Lishi (1999),316 sur 500 des villages du district de Yuanmou ont gardé leur toponyme « dai ». :n D'après Liu Yan (1999) et selon le recensement de 1988, il y aurait plus de 16.000 « Dai» qui résideraient aujourd'hui à Dayao, Yongren «.)8~QG)85e), Wuding (01{,OJ8~6), Luquan ((\)1{,eCtCt::OE;6) dans le département autonome yi de Chuxiong.

34

Lefèvre-Pontalis(1916), se référant à la Chronique du Lanna,écrit

que les princes younes au début du XIXe siècle «rencontrèrent des bonzes pour leur rappeler que l'ancien royaume du Lanna s' étendai t jadis dans le nord jusqu'au fameux pont de fer de Li Kiang et qu'une prédiction soigneusement transcrite dans les pagodes permettait d'espérer la reconstitution de cet empire par une dynastie des princes venus de Xieng Mai. ». Notons qu' aujourd' hui le district de Lijiang est un fief à majorité naxi, mais que l'on rencontre des « Dai» à l'est de celui-ci et au nord de Yongsheng (ü8c;jQ.:::oBE;6). 35 II existe encore à Liuku (OJ1{,eô4..e) au bord du fleuve, dans le département autonome lisu de Nujiang, un village construit par les Puxieman, ancêtres des «Dai» avant leur descente jusqu'à Dehong. L'existence d'un cimetière baiyi semble confirmer leur passage dans cette région.

22

théories ont été formulées en Thaïlande. La première, très politique, suppose que les T(h)aï ont toujours résidé là où ils se trouvent, mais elle fait néanmoins la différence entre ceux qui auraient résisté aux Môn et aux Khmers et ceux qui se seraient réfugiés en Chine. La deuxième, de type insulariste, présume que les T(h)aï seraient venus de l'archipel indonésien et seraient remontés jusqu'au Yunnan. Une autre hypothèse36 fait venir les ancêtres des T(h)aï du plateau tibétain, lesquels après avoir vécu en amont des trois t1euves traversant le Yunnan, seraient venus s'installer en aval. Des étymologies fantaisistes permettent aussi de temps à autre de réécrire l'histoire, non sans talent. C'est ainsi que Cam Wing, T(h)aï du Vietnam, a pu affirmer que le mot « Altaï» ne signifiait pas «or» conformément à son origine turco-mongole, mais devait être compris comme antai soit «T(h)aj tranquille» en chinois, toponyme construit sur le modèle de Annan, «Annam », «Sud tranquille ». Il est difficile d'imaginer que les T(h)aï soient passés du pastoralisme nomade à la riziculture, des yourtes aux maisons sur pilotis mais l'idée selon laquelle Lao et T(h)aï ont une origine altaïque, est tenace: ainsi certains historiens laotiens37 font toujours référence, à l'aube du troisième millénaire, au «Müang nord du t1euve Jaune... Lung» (CL~BgCû8s}) situé au

Si la chronologie qui suit paraît incomplète et imprécise, c'est le fait de la multiplicité des sources compilées (chinoises, Iü, vietnamiennes, laotiennes et siamoises), lesquelles génèrent des datations contradictoires. Cette trame évènementielle devrait
36

Gao Lishi (1998) se fait l'écho des propos de Payalongtong, un officiel « dai » de Menglong, connu pour son érudition. 37 Douangxay Louang Phasu (2001). 23

néanmoins aider à mieux connaître l'histoire des anciens royaumes du Yunnan, des Sipsong Panna et de sa périphérie, dont l'étude, en France, n'a pas été privilégiée jusqu'à présent. LE ROYAUME DE DIAN (QQ(3SG). Son fondateur Zhuang liao38, originaire du moyen Yangzi, était auparavant général du royaume de Chu. À l'issue d'une expédition militaire conduite à l'est de Dali entre 298 et 280, il trouva là le moyen de réaliser ses propres ambitions politiques. Notons que, dans l'histoire de la région, cette présentation des faits est systématique: il y a souvent un officier chinois ou sinisé associé à la création d'un royaume périphérique, comme s'il n'avait pas pu prééxister par lui-même39. Dian est généralement localisé au milieu et à l'est du Yunnan, avec pour centre la région

du lac Dianchi «Hn:>f) SEE> <.gJlgCl.QJ.))4>, sur un territoire couvrant Kunming «mQf) SE£> CL~8~Cl.CtJ.)), Qujing (6B~eo8se). Yuxi (JBG68G). Honghe, Chuxiong et Wenshan (CLo8seJ.)JS). Le bronze de Dian était très réputé car les habitants de cette région

travaillaient les métaux avec talent. Les objets en bronze,
retrouvés dans les années 1920 à Lijiashan, dans le district de Jiangchuan (QQ89GÔJLSG). puis les fouilles réalisées depuis 1955 à Shizhaishan, dans le district de linning et à
3g 3Y

Égalementtranscrit ZhuangQiao. Ainsi, le royaume du Nanyue (Nam Vi~t) est fondé en 203 avant

notre ère [en 179 selon Nguyên Kh~c Viçn (1987)], dans la région de Canton par un général rebelle des Qin, Zhao Tuo (Tri~u Dà), depuis lors, figure héroïque des manuels d'histoire du Vietnam. 40 Marc Reinhorne (1970) et Saveng Phinith (1987) l'ont à tort localisé à Dali car ils ont confondu <Hn::>11 SE£> (ou <Hn:>f) See» avec le
lac Erhai.

24

Taijishan au sud-est de Anning (:5jJ5G58~e)~

du côté de

Guandu (Q=-65Gm4..6), ont permis de localiser plus précisément le royaume de Dian. Ses voisins sont alors: - à l'est, Yelang (QU Gro::)C;Je), future commanderie Jianwei puis de Zangge.
-

de

à l'extrême-est~ le Nam Viçt (5JseCl.(..)e). à l'ouest entre Tongshi et Yeyu (Dali), le territoire des Sui et des Kunming (R86G~B~e).
-

au nord~ Si~ Zuodu (future commanderie Qiongdu (future commanderie de Yuesui).

de Chenli)~ et

- au nord-est~ Po~ Jiulan et le royaume de Chu.
-

à l'extrême-nord,

Ranmang (future commanderie de

Minjiang), le royaume proto-yi ((.)8e) de Baima (future commanderie de Wudu). En 109 avant notre ère~ IfS cootacts entre les autorités du royaume de Dian et les Chinas s' intensifièrent~ brsque l'empereur Wu Di des Han occidentaux établit lll1erommanderie à Yizhou ((.)8GQg8Ç1G). Le royaume de Dian d~p:lIartIa au début de la dynastie des Han crientaux (25 - 220). Ce royaume était-il gouverné par des proto-Yi~ des proto- W a ou des proto- T(h)aï ? Il est difficile d'exprimer des certitudes à ce sujet, tout juste pouvons-nous affirmer qu'il était sûrement peuplé par ces tribus.

Les guerriers de Dian pratiquaient la décapitation de leurs ennemis. On a pu en déduire un peu trop rapidement qu'ils étaient les ascendants des T(h)aï de Kengtung (Ct8~m8S1)~ mais c'est oublier que les Wa de Gengma ont eu~jusqu'au début du siècle dernier, la réputation non surfaite d'être des collectionneurs de crânes. De même, les maisons sur pilotis suffisent-elles pour affirmer que leurs 25

habitants étaient les ancêtres des T(h)aï des Sipsong Panna ? C'est faire fi des Kachin de Haute-Birmanie et des Hani (h:JGsBe) de la vallée de Daluo (!3:JG(üJ1) qui construisent le même type d' habitation, tout en sachant que les Lü de Ban Pa Pe au Vietnam, paradoxalement, ne suivent pas cette tradition à la différence de leurs voisins,

les 'Tay khaaw (C (3,B:J Çj)41.
Sur les bronzes déterrés, les populations représentées ont des attributs vestimentaires et des coiffures qui les apparentent à ceux qu'on appelle aujourd'hui les « TibétoBirmans », tandis que les T(h)aï sont absents des représentations. Quant au bronze animalier, il est de manière étonnante, surtout caractéristique de l'art des steppes. Les gens de Dian utilisaient les tambours de bronze, c'est encore aujourd' hui le cas des Karen, des Miao (QCL~ge), des Mùong, des Wa, des Kachin et des Lao qui n'ont donc pas l' excl usi vité de cet usage. La tradition chinoise, qui au niveau de l'appropriation n'y va pas par quatre chemins, laisse entendre que ces instruments de percussion ont été conférés aux «barbares» par l'Empereur de Chine lui-même42. LES VUE DE DIAN. Il est probable que c'est à partir du Ille siècle avant notre ère, juste à la fin de l'époque des Royaumes combattants (453-221 avant J.-C.), que les ancêtres des T(h)aï commencent à être identifiés. Ils sont
41

'Tay Khaaw pour «Thai Blanc ». Ce système de transcription a été mis au point par François Martini et utilisé pendant la Première guerre d'Indochine. 42 Selon Henri Maspero (1927) et Michèle Pirazzoli -t' Serstevens (1974) citant Kaltemmark (1948). 26

connus alors sous le nom de Dianyue (QQ!3SGQQwe)43,
lesquels sont une sous-division des Baiyue. Il est indiqué dans le Shiji que les Dianyue habitaient à mille Ii à l'ouest des Kunming44de Dali, aujourd'hui Dehong «Tai2 xUI]> cmeR8g) dans le Yunnan oriental. LES SHAN.Plus tard, entre 98 et 120 de notre ère, sous les Han orientaux «to()1 Xaan1> c!3gG3:>SG), les Yue de Dian, désormais connus sous le nom de Shan, envoyèrent des tributs à la cour de Luoyang (c())ewge) dans le Henan, et parmi les émissaires, se trouvaient des musiciens et des acrobates. La cour des Han donna des sceaux en or aux ambassadeurs des Shan. Leur chef, Yong Youdiao (CwgGw8geQQmqG), se vit conférer le titre de « Grand général des Han» «Xaan 1 Taa 1 tuu 1 Hvaj 1> 3:>SGm:>GGLLGQCQEùG). peuple avait, semble-t-il, Ce une agriculture relativement développée. Ils employaient des bœufs et des éléphants pour labourer la terre, cultivaient de grandes étendues de rizières et avaient construit un vaste système d'irrigation. Ils se servaient du kapok pour tisser et fabriquaient des armes en métal. Ils

43

Le premier auteur à avoir mentionné l'existence des Dianyue est Sima Qian dans le Shiji (circa 145-135 avant J.-C.). Beaucoup plus tard, en 1910, Dian-Yue sera le nom donné par les Chinois à l'itinéraire ferroviaire entre Kunming et le Tonkin. 44 Kunming est le nom d'une tribu «tibéto-birmane » et celui de la région de Dali qu'elle occupe alors. II ne faut pas le confondre avec Kunming, l'actuelle capitale du Yunnan, géographiquement située à l'opposé.

27

recouvraient leurs dents d' or45 et d'argent. La capitale des Shan aurait été située au delà de Y ongchang ((.)8S1JJ::::H;;JG)46, aujourd' hui Baoshan (~q6J6G) Yunnan occidental47. dans le

Entre le VIe et le XIIe siècle, les descendants des Shan vont occuper une bonne partie de la Haute-Birmanie. Au XVIIe siècle, la migration des Kachin venus du nord modifiera de manière irréversible la composition territoriale et politique de la région au désavantage des Shan48etau profit des Kunming.
À partir du XIXe siècle, surtout dès le début de l'annexion de la Birmanie par les Britanniques, le terme chinois Shan49 est utilisé pour désigner les autochtones taï, à l'instar du môn et du birman Rhaln. Les Kachin les
45

Marco 'Polo utilisera plus tard le terme persan Zardandan pour les désigner.
Selon Gao Lishi (1999), Y ongchang, chinoise « Prospérité caaf)2> éternelle », serait (Q.0Sl8~GJe) en fait la transcription
«

46

de <ver]

47 Selon He Ping (2001), la localisation

cité de l'Éléphant» et retranscrit Vocian par Marco Polo.
du royaume Shan donnée dans

le Houhanshu, «Annales des Han postérieurs », pose néanmoins
problème car dans d'autres volumes du même ouvrage, le royaume Shan est situé au delà du Rinan (Nh~t Nam, aujourd'hui au Vietnam central). Il y est dit aussi un peu plus loin que ses ambassadeurs venaient de Liusha et Xiandu qui sont des toponymes du Xingjiang et de la Chine du Nord-Ouest...
~

Selon E.R Leach, Les systèmes politiques des hautes terres de

Birmanie (1972). 49 Rappelons que le caractère shan se prononce également dan et

signifie à r origine « brosser ».

28

appellent Sam, de même que les Wa et les autres peuples de la région se servent de ce nom pour désigner indifféremment les Lü et les T(h)aï. Le nom même de l'Assam n'est pas sans donner une indication sur la composition ethnique de ce pays. LES AILAO. Cette grande tribu apparaît très tôt dans l'histoire du Yunnan. Elle a d'ailleurs laissé son nom à une chaîne montagneuse appelée Ailao:iJ, à moins qu'il ne s'agisse du contraire. Ce qui est plus certain: une branche des Ailao (JJ=uem::aq)51 est devenue « Lao» et leur pays, à partir de la moitié du XIVe siècle, est connu sous le nom de Lan Xang (0)Jseg::age). Avant cette date, 1'histoire sino-vietnamienne en fait mention à plusieurs reprises: Dans le Houhan shu, il est dit qu'à l'origine, les «barbares Ailao» habitaient à «Laoshan ». D'après le Taiping Huanyu ji, le pays Ailao, sous le règne de Y ongping des Han postérieurs, correspond aux deux

districts de Bac Nam CU:Jg6~e),

Ailao relevant de la
leY

commanderie de Yongchang. D'après le D~i Vi~t sù
SO

La chaîne des Ailao s'étire du nord au sud-est sur 400 km, le long du fleuve Rouge. À mi-pente s"étend le domaine des Hani qui cultivent des champs en terrasses.
51

Selon Vo Vu Tinh (1992), «Lao»

est une déformation

de « Dao»

<3:Jq) qui signifie «étoile », ce qui lui fait écrire: «Les Lao viennent de l'extrême-nord comme des étoiles du ciel ». Outre le fait que «Ai» ait le sens de « grand frère », il faut rappeler que dans beaucoup de langues taÏ-kadaï de la Chine du Sud, «Ai» veut dire d'abord « homme» et doit être rapproché de ngài en vietnamien.

29

toàn thù, en 547, le roi annamite Ly Nam Dê est décapité par les montagnards de Khuât Liêu (Rring H6a)52chez qui il s'était réfugié pour échapper aux troupes chinoises. Son frère Ly Thiên Bao et son cousin Ly Ph~t TÙ, après avoir traversé Cûu Chân (aujourd'hui Thanh Hoa), s'enfuient chez les Ai Lao, plus hospitaliers, et résident quelques temps près de la source de la rivière Dào53autour de la grotte de Da Nang (Yeneng). Juste avant de mourir, Ly Thiên Bao se proclame « roi de Dào Lang ». Par la suite,
les Ai Lao du Yunnan, devenus des «Laotiens », s'opposent militairement aux Annamites de Thanh Hoa et de Ngh~ An à deux reprises entre 1290 et 1314, puis en 1334 et 1479.

De la même façon qu'aujourd'hui le teone « Laotien»
désigne toutes les ethnies vivant sur le sol du Laos, « Ailao» à une époque plus ancienne ne désignait peutêtre pas exclusivement un peuple de langue t(h)aï, mais toutes ethnies confondues, la population de ce royaumeSt qui très certainement, d'un point de vue territorial, englobait dès les Han occidentaux (206-24), la région de Jinghong, appelée Nanfu sous les Han orientaux.

52 Selon Ph~m Van Sdn (1956), les montagnards coupeurs de tête en question sont des Liêu, c'est-à-dire des Lao. Il cite également Madrolle qui lui désigne les Thai de Tuyên Quang comme les auteurs du régicide et indique le lieu de l' éxecution, près de Yên Bay. 53 Il s'agit peut-être du fleuve Rouge, connu des Thai Noirs et Blancs sous le nom de Nam Tao. 54Chen Lufan da~s Whence came the Thai - An inquiry (1990) 30

LES LIAO (CLCLOJÇJe). l'époque des Wei et des Jin, À les Liao55 descendants des Yelang, habitaient un vaste territoire englobant le Sichuan, le Shaanxi, le Guizhou, le Yunnan, le Guangxi, le Hunan et le Guangdong55.

Sous les Tang (a:>ge), les Liao étaient appelés Geliao et Nanping Liao. Ces derniers, connus pour habiter des maisons sur pilotis, vivaient dans une région touchée par la malaria. À la même époque, les ancêtres des Buyi de Qiannan au Guizhou étaient appelés Shougong Liao. Sous les Yuan, les Liao, nommés aussi Duzhallman ou Jiusiman, avaient un rite funéraire suffisamment particulier pour qu'on s'en souvienne: les cercueils étaient suspendus le long d'une falaise ou nichés dans des cavités de la paroi rocheuse. On en a retrouvé un certain nombre dans le district de Gong à Yibin dans le Sichuan et dans le département de Zhaotong dans le Yunnan.
Certains Liao, venant, semble-t-il, de la commanderie de Zangge, se sont installés à Zigong et dans les districts de Rang et Fushun, puis se sont approchés de Chengdu et ont habité le district de Renshou et aussi Leshan.
Selon Dao Guodong (1997), «Les Liaoren d'antan et les Dai d' aujourd' hui sont un même peuple» «kun 1€.w2 jgn2 ffiQg1 K:)n 1 1£ kun tai BaD Dew 1 Pin phaaSa Dew Kan>
55

°85QQrogeQw85eQ~8Go£5Gd0852Gu3Q3gG
(J):)C)J85J):)).):)Q3go5 ). C'est aussi l'hypothèse développée par Amphay Doré (1995). Il est bon de rappeler dans le même ordre d'idées qu"en mandarin, «Laos» se dit Liaoguo ou Laowo et que ce caractère wo qui se lit aussi zhua évoque « Java» prononcé <sawaa> en laotien, dans le toponyme <müang sawaa>, ancien nom de Luang Prabang, soit en sino-vietnamien Lilo Quâ. 56 Les Li de Hainan sont probablement issus de cette migration, ils étaient d'ailleurs autrefois appelés « Liliao ». 31

Sous les Jin, le chef liao, Meize, est connu pour avoir dirigé l'exploitation des puits de sel de Fushun. À cette époque, les Liao de Rong sont alors appelés Tieshan Liao,
Liao de la montagne de Fer ». L'immigration liao au Sichuan semble avoir été encouragée car, après la période des Trois royaumes et celle des Jin de l'Ouest, il fallait repeupler un pays dévasté par d'incessantes guerres. Aujourd'hui, les Liao ne demeurent plus dans la région. Il ne reste que leurs cavités funéraires appelées «cavernes de barbares» par les Sichuanais.
«

Les descendants des anciens Liao sont connus aujourd'hui sous les noms de Tuliao et Gelao51. Ces derniers, qui sous les Song habitaient à l'ouest du Hunan, sont installés depuis dans le Guizhou à Anshun, Pingba, Dafang, Puding, Zhijin, Shicheng, Qianxi, Zhenning et Qingzhen. Sous les Ming (1363-1644), les Gelao sont enrôlés pour combattre les pirates japonais qui infestent les côtes chinoises, mais ceux-ci pilleront néanmoins Nankin en 1555.

Sous Yongzheng des Qing (1723-1736), un petit nombre de Gelao seraient descendus vers le sud et sont toujours à Longlin, Jinsha et Xingren dans le Guangxi. Ceux qui ont progressé jusqu'au Nord-Vietnam, où ils sont connus sous le nom de Cd Lao, ont sans doute transité à une époque plus récente par Funing, Maguan, Guangnan, Wenshan au Yunnan où ils sont d'ailleurs toujours présents.
57 SOUS les Ming, on faisait la différence entre les Huagelao, les Honggelao, les Dayagelao, les Juantougelao et les Zhunigelao et sous les Qing, on distinguait en plus les Tugelao et le Pibaogelao. Aujourd' hui, il n'est plus question que de Gelao ou encore de Guolao.

32

LES PUXIEMAN.Sous les Tang, durant le règne de l'empereur Wu De (618-626), les Puxieman, vaincus par les Moxie (ë~ec\'J.)), quittent Shigu (ô~eo4) dans le district de Lijiang pour s'installer dans celui de Fugong (Otteo8S1G), mais repoussés progressivement par les Lisu (ro8eêÔG), ils sont obligés de s'installer au sud de la rivière Nu «nam2 hUf» 52eR8~)'
Les Puxieman sont donc vraisemblablement les ancêtres des T(h)aï de Dehong. Parce qu'ils venaient du nord de la rivière Nu (plus connue en aval sous le nom de Salween), ils ont été appelés <tai Hn:;J~» (213C\,cg8), dû être tibéto« T(h)aï d'amont ». Quant à ceux parmi les Puxieman qui

n'ont pas atteint cette destination, ils ont progressivement assimilés aux populations birmanes des régions traversées.

Pour ce qui est des royaumes de Nanzhao (5Jses::rqG) et de Dali (OJ:>Gro8), on a longtemps supposé à tort qu'ils étaient gouvernés par les ancêtres des T(h)aï.
NANZHAO fut moment de son Dadu au Sichuan, et du Guangxi, allaient jusqu'au Laos~ et du
5~

fondé en 653 et dura jusqu'en 902. Au apogée, il atteignait au nord la rivière englobait la partie orientale du Guizhou tandis que ses frontières méridionales nord de la Birmanie, de la Thaïlande, du Vietnam actuels5}. En Chine, le
pas encore, mais en 705-706 un

À cette époque le Laos n'existe

royaume a été édifié dans ce qui est actuellement le moyen et le baspays, il s'agit de Palau (BQL~c), plus connu sous le nom de Zhenla de terre (Cambodge) avec lequel la Chine des Tang va entretenir des relations à partir de 717. Au nord de Palau, il y a Daoming et au nord33

développement des études historiques sur les minorités nationales a permis d'établir que les Meng, famille royale de Nanzhao étaient des WlO1lan (Otte~::)S), c'est-à-dire des proto-Yi et que 'la majorité des fonctionnaires et des officiers étaient constitués de Baiman (CLg8e-SJ5), soit des proto-Bai (Cl..Ç}8e).Il est probable que ces derniers ont supplanté politiquement et territorialement les Ailao. Les ancêtres des T(h)aï n'ont donc été que sujets de ce royaume. Ils sont alors identifiés par la qualité de leurs dentitions, Jinchi (8B5G6~), «Dents d'or» ou encore désignés par les Chinois comme Mangman, «Barbares lointains ». Ce qui n'empêche pas certains auteurs shan et siamois de colporter, encore aujourd'hui, l'idée selon laquelle le terme Nanzhaooo est une corruption de <laan2

Caw2> (mJseoqe)
seigneurs»

signifiant

« un

Million

de

[t(h)aï] évidemment...

Piluoge, souverain du Nanzhao de 697 à 748, reconnu en 738 par la cour des Tang (aJS]e) comme roi du y unnan, est dans 1'histoire officielle lao ainsi confondu avec Khun Boroill. Le fils de Piluoge, Geluofeng, qui
est Huanzhou (Hoan Châu, aujourd'hui, la région de Ngh~ An, au Vietnam). 59Le Vietnam, qui est alors le Protectorat général d' An Nam, subira les attaques du Nanzhao à plusieurs reprises: Giao Châu, c'est-à-dire la région incluant Hà NQi, est ainsi pillée en 846, 852, 863 et 866. La menace est sérieuse: lors de leur dernière incursion, les soldats du Nanzhao sont en mesure de faire la moisson à Nam Dinh et occupent La Thành. 60 À l'instar de Nanchang, prononciation chinoise de <laan2 caf)2> (o.):~5e8::II:=Je) soit« un Million d'éléphants ». 34

régna de 748 à 779, pourrait donc être Khun Lo Cg8Sm.!1), fils aîné de Khun Borom.
Succédant à trois royaumes éphémères, connus sous les
noms de

Datianxingguo

(01~GO~SleëReëoe), (01~GQQ!3SG08SGëoe) et Dayiningguo
Dachangheguo DALI

(01~GJ8G58S1e),

est fondé en 937 par Duan Siping

(01-O,SGoBG::08se), un noble baiman. Cet État dure jusqu'à son occupation par les Mongols en 1254. Le roi de Dali, Duan Xingzhi (01-O,SG08SG), après une période de résistance, fait acte de soumission à la dynastie Yuan et, en 1274, le Yunnan devient la onzième province chinoise avec Kunming comme capitale. Est-ce pour cela que les « Dai» considèrent encore aujourd'hui Kunming et sa

région

comme Q~BSlCtJ.)) ?

un

«

pays perdu»

«mGr)

See>

LES SOLDATS DE NONG ZHIGAO. De 1048 à 1053, sous

les Song (:).)8S1G), une insurrection indépendantiste menée par Nong Zhigao et ses soldats contre les autorités annamites et chinoises, se déroule sur la zone frontalière du Vietnam d'alors, débordant même sur le Guangdong. Battus, les survivants se refugient à Yuanjiang CQCL(.)seCt.Ct.g~G), tout le long du Lishejiang C (ûBCL:).)BGCLCl..8~G)61 finissent par atteindre la localité et de Dayao62, dans l'actuel département de Chuxiong. Ils

Yuanjiang est aussi le nom que les Chinois donne à une portion du fleuve Rouge. Plus en amont encore, il est appelé Lishejiang. 62Selon Liu Yan (1999), avant de s'installer à Wanbi dans le district de Dayao, les ancêtres des Daiya ont probablement fait une étape à Jingdong. 35

61

seraient les ancêtres des Daiya (cGJ JG)63, aussi appelés Dalla ou DalkelaM. Cette remontée vers le nord, au lieu de la traditionnelle descente vers le sud, est une migration surprenante, mais somme toute concevable, dans la mesure où cette route devait être familière aux soldats de Nang Zhigao pour qu'ils se décident à l'emprunter, afin de rejoindre le territoire des anciens Ailao. Revenons à Nong Zhigao : ce personnage historique est connu des Vietnamiens sous le nom de Nùng Tri Cao65. Son
63

Les Daiya, que les Chinois nomment Huayaodai, sont implantés principalement le long du Lishejiang et dans deux districts yunnanais: également Xinping présents (Ô8SG::08se) et Yuanjiang. Ils sont au Xishuangbanna, à Xiaomengyang au nord de Jinghong. Certains d'entre eux sont

(Q~8S1('):JSl5me)
M- Selon Liu

même installés à Mae Sai (CLCl.~G:)):U) en Thailande.

Yan (1999) rapportant les propos de Feng Meixian, une

sorcière daila, le pays de ses ancêtres est Mengla, que personne ne sait évidemment localiser. Notons aussi que les 'Tay Dam de Mueng Laax au Vietnam disent également être venus de Mengla en Chine sans savoir où se trouve ce lieu. Liu Yan cite également Fan Honggui lequel a remarqué des similitudes entre l'habit des Daila de Yuanjiang et celui des Zhuang de Youjiang au Guangxi.
65

Dans la région minière de Quàng Nguyên (Cao Bllng-Lang Sdn),

Nùng Tôn Phuc, refusant la suzeraineté des Ly, s'est proclamé roi du Tràng Sinh QuÔe en 1038. Il est capturé par les soldats de Ly Thâi Tông en 1039. Son fils Nùng Tri Cao continue la fronde et fonde le D~i Lich Qu5c en 1041. Nùng Trf Cao, dont le père et le frère, Nùng Tri Thông, ont d~jà été tués, dans un premier temps, se soumet aux autorités puis se révolte encore en 1048 et fonde cette fois-ci le « Grand Sud » (Dé;ii am). Désormais son champ d'action se situe sur N le territoire chinois où il fait le coup de force pour imposer son autorité dans huit districts du Guangxi et du Guangdong qui sont les châu de Hoành, Qui, Cung, T'âm, Dong, Ngô, Khang et Doan. Il est acculé à la défaite par les troupes des Song, auxquels le livreront les 36

héroïsme légendaire est depuis célébré par tous les Nùng de la région du fleuve Rouge des deux côtés de la frontière. Les Nùng (58~e) en Chine sont appelés

Bunong CU4..G58S)e)ffi, mais ils ne sont pas reconnus
officiellement comme ethnie67. Ils sont souvent classés au Guizhou parmi les Bouyei et au Yunnan parmi les Zhuang. DE PAYAZHENÀ DAO SHIXUN. L'histoire des Taï du pays Lü «(û~e)68 semble commencer au début du XIIe siècle. Payazhen (<phajaa Cgl» :))wJCtoBSJ)(f) aurait fondé sa dynastie à linghong (Ct8CJ08GJ6), la «ville de l'Aube », puis régné entre 1180IU et 1192. Il aura une
autorités de Dati où il S7 était réfugié. Une légende tenace dit que7 même décapité7 il continua de courir. 66 Le missionnaire William Clifton Dodd (1923), quelque peu abusé par rhomophonie, voyait dans les «Pü-nbng» des <tai Riol"» (c(3C<&S)), c'est-à-dire des « grands T(h)a:i ». 67 Nous pensons que ce déni de reconnaissance identitaire par r administration chinoise est aussi volontaire chez les Nùng. Ceux-ci après leur défaite militaire ayant trouvé asile du côté de Yuanjiang7 leur premier souci fut de se faire oublier. Cité par La Van Là (1968)7 Huang Xianfan (1957) dit que pour cela7 beaucoup d'insurgés après 1053 ont changé leur patronyme «Nùng» en «Nông », caractère moins connoté sémantiquement et correspondant surtout à leur souhait de redevenir de simples « agriculteurs ». 6g Nous écrirons désormais «Taï» par opposition à « Thaï» désignant les Siamois. Le caractère chinois utilisé pour transcrire « Lü » se lit lè en mandarin et l?c en sino-vietnamien. L7ethnologie vietnamienne ne connaît aujourd'hui que LVou encore Lu. Il est noté Luz en 'tay. 69 Aussi connu sous le nom de <Caw2 faa2 Hior] Caf) Haan> (ügef:oec<&SjCl.üBS)w:JE)). Se rappeler que le terme <phajaa> synonyme de « prince» provient du sanscrit bhara, « qui soutient ». 70Depuis une quinzaine d'années, les historiens dai et han S7 accordent pour avancer la date de la fondation de Jinghong. Dao Guangqiang et 37

quarantaine de successeurs qui vont gouverner la région sans discontinuité jusqu'en 1950. Le nom de cette ville est perçu par les Dai comme une référence au bouddhisme, le Seigneur Bouddha, selon une première légende, serait passé par là, à l'aube.
Selon une deuxième légende, cette région était autrefois plongée dans l'obscurité à cause d'un démon contre lequel un jeune Taï se serait battu sept jours et sept nuits avant de réussir à l'étrangler. Ensuite, il lui aurait dérobé une perle scintillante et l'aurait suspendue au sommet d'un cocotier. La brillance du joyau conjuguée à la lumière du jour eut raison de l'obscurité et les gens de s'écrier «ville de
l' Aube ~ ».

Une

troisième

légende

raconte

que

Paya

Alawo

«phajaa ?aalavoo> ;)Jw~:5j~(ûëo) et les siens seraient venus aux Sipsong Panna pour une chasse à l'arc. Avec sa flèche, le prince aurait touché un daim doré mais ce dernier se serait enfui malgré sa blessure. Paya Alawo l'aurait en vain poursuivi d'est en ouest. Au bout de quelques jours, il serait arrivé à Jinghong, au moment de l'aube naissante et aurait choisi de s'y installer.

Aihan (1990) donnent ainsi 1160 au lieu de 1180. Payazhen serait donc un contemporain, soit de Yasovarman II ou bien de Jayavarman VII, souverains khmers. Un peu avant, les Tai de la région de Dehong au nord-ouest de l'actuel Xishuangbanna, ont fondé le Royaume de Mengmao «mQr) maaw Hlor» Cl.~B~~~gëq]SP avec Ruili (J' ttGq]8G) comme

capitale. Selon c'âm TrQng (1978), Mueng Layx (CL~8~ëQ)G), aujourd'hui Lai Châu, au nord-ouest du Vietnam, aurait été édifié entre le VIf et le Xe siècle de notre ère. Les Taï Blancs qui y résident donc depuis fort longtemps disent néanmoins que leurs ancêtres 'Tay Khaaw (ëG3~Çp habitaient autrefois aux Sipsong Panna. 38

Mentionnons aussi une quatrième légende selon laquelle <Caw2 laaca Too> (ûgeo);)gëm) serait venu de la «grande ville de Bénarès» «m8r) paa laa na Sii HIor» Q~8Sj<;J::)(û:J5l)8ëqJSj) pour en fonder une plus petite «mgl') paa laa na Sii n:>j2> CL~8Sj<;J:J(Û:J5:)J85d'ef\ où s'élève Jinghong aujourd' hui. Retour à l' histoire officielle: Payazhen 72, descendant du légendaire Paya Alawo, est présenté comme
l'unificateur de trente tribus et le seigneur du Mengle (CL~BSJQ)~e), «pays Lü »73. Son nouvel État est connu sous le nom de « royaume de la Salle dorée de Jinglong » (<PhateDH:x) xam cer) HIor» WCtJ33(JJJl.R~Q8SjCqJSj).

Selon les registres locaux, ce royaume, célèbre pour ses éléphants 74 blancs et ses chevaux de race, avait une
71

Mengbalanaxi est actuellement à Jinghong, le nom d'une salle de
le

spectacles en face du Banna Hotel. 72 Payazhen ne pourrait-il pas être pas Pha Lan (lD.J(ù~6e), deuxième fils ou encore Thao Chüang (G:JgeCl.oBsp <H:J:J

le septième <Taa2 situées Dans les

fils de Khun Borom ? Il est à noter que les chroniques lao placent Pha
Lan à la tête des principautés H:.>:.» (ffi:JeWJl) (G::JgeCl.oBSj) TE£> (ù1ACLCl.aJ),

et <Pa Xing> (J ::::RBSj), probablement elles rapportent de Xieng est le seigneur Khouang.

aux Sipsong Panna. Cependant,

que Thao Chüang

légendes du Lanna, Payazhen devient Khun Chüang @86Q.oB~), fils de Khun Cham Tham et petit-fils de Lao Ngoen «(ûJq9~8). TJ Sous les Tang, le panna de Jinghong, alors qu'il dépendait Nanzhao, fut appelé Mangnaidao ou Mengnai.
74

de

Gardons en mémoire ce proverbe: «Là où il y a des Taï, il y a des
tai Juu 1

éléphants, là où il y a des éléphants, il y a des Tai» «mii 39

population de plus d'un million d'âmes. Il était vassal de la cour impériale chinoise. Lorsque Payazhen accéda au trône, l'empereur lui conféra un sceau en or à tête de tigre et le titre de « Seigneur de la région ». Payazhen eut quatre

fils, Ie premier <law jge her» (roJqQwBQS)BS})
gouverner le Lanna (ro:>6eS:»75, le deuxième KUr]> (J)=ueo8SJ) <jiil

partit
<7aaj2

Chiang Rai (Q.8S1rSJ=u)76,e troisième l Vientiane (oJ~) et le

xam h::}r» ((,)BGR~QS)8g)

quatrième lui succéda.

À la même époque, au nord-ouest de ce qui est aujourd'hui le Vietnam, le chef des 'Tay Dam (cG3~)' Laangz Xuengz (oo:)SJeCLgBge), descendant de 'Taawz Swong (G=)(~eC:Dg) et de <Taawz Ngoen (G:>ge9~S)' part de Mueng La (Q.~Bg(ÛJ!.)77faire la conquête de

Hnai k~J2 mii caarJ2 Juu 1 Han2, rnii caal] 2 Juu 1 Hnai
K::>::>2 mii tai Juu 1 Han2>
75

'38cG8' llGctgo,Q,e'38g:>g
llGwse),

J' llGWse''3Bg:>ge8'

llGctgo,Q,e'38cG8'

Dans Les Thaï de Chieng Kham (1986)) il est écrit que ce seigneur gouvernait non seulement le Lanna mais aussi le Lan Xang. 76 Dans le même ouvrage) le second fils de Payazhen est appelé <?aaj2 HUI]> (J)=uew8'J). 77 Les 'Tay Dam ou «Tai Noirs ») seraient arrivés dans ce qui est aujourd)hui, au Vietnam, la province de Nghla LQ, en descendant le fleuve Rouge. À défaut de connaître exactement r emplacement de leur foyer d'origine) notons qu'à r est de ce fleuve, 6 000 'Tay Dam vivent dans le district de Maguan et 4000 sont recensés dans le district de Wenshan au Yunnan. La présence de 'Tay Deng (cGc\'c\' 3g) est également signalée non loin de là, à Malipo.
7g

Thuân Châu en vietnamien. 40

nouveaux territoires tels que Mueng Laax (Q.~B~())JG), Mueng Hmwoiz (CL~BgC£CUe)~ et aUSSI nommé Mueng Song «deux Theng Theng Theng»: part,

(Q~BCJCl.CL[lgYi9, d'une plus part Theng tard une

(:)).!l~CL.CL[lg). Car il faut distinguer Theng Taez (QQ£lS}2me).

Hnue (CLCl.8S1CLc.gB) d'autre et citadelle, Vieng Saam

À cet endroit, il y aura un peu Hmunx

(QogJ.):)~C£~6G)ID,

édifiée par des pirates lü, lesquels

auront au préalable destitué T~o Câm, fils de Xély Ch~g81 Les Lü ne résident plus dans cette périphérie mais d'autres noms de lieux comme Naa Luz (5JmEJe)82 attestent alors de leur présence83. Les Lü ont aussi habité autrefois à Mueng Raw (CL~8~~q) aujourd'hui au nord de Mueng Saang signifie (Q~BgJ.)~g)84, peuplé par des Mùang qui ne

savent pas que le nom du lieu où ils vivent, « Notre Mueng ». 1201-1221.
79 gO

Règne de Sankaineng

«Saam

xai2

figI'»

Di~n Bi~n~cf. supra. Tarn V~ thành~ cf. supra.
Selon D~g Nghiêm V~n (1977). Na Lù en vietnamien. Il existe aussi un Na Lii à Hoa An dans la

gl g2

province de Cao Bâng. Kj D~après D~ng Nghi~m V~n (1968) et Bùi Van Can (1978).
~

Môc Châu en vietnamien.

41

~cReC1,5Bg).

II a deux

descendants

mâles,

Aigong

«?aaj2 KUI» JJ2'Jeo8SJ)85 et <jii 1 per» (<JB6CtÇJSI). Ce dernier deviendra le seigneur de Menghun (CL~B'JùJ86), Menghai ( CL~BCiJCtCL86). 1215. Fondation (Q~B'J~2'J) et Mengzhe

de la principauté

shan de Mogaung

(Ct,~8CJ()J!.'J)a>,au nord de Bharno. 1220. Deux princes thaï s'emparent de Sukhothaif57.

1222-1245. Règne de Aigong «?aaj2 KUI1> JJ2'Jeo8s))' Il a deux enfants, un fils, Dao Longjianzi «taaw2 tUf)1 K£nl caaj> 13:Jqeru8S)GCLC1,0E)GS2'J) qui lui succédera, et une fille, <naalJ 7002 mil') Xai 1 faa2>
)ffi. (5:JS) EJJ e~ BS)C3 GO:Je

gS

~ Ce nom connaît deux graphies traditionnelles: JJ').J<.;;? ou JJ1:.fr
~ y"

,....

Selon Pierre Lefèvre-Fontalis (1916) citant Ney Elias (1871). Littéralement~ la « princi pauté des Tambours ». La région est célèbre pour son Amphipithecus mogaungensis exhumé en 1916 par une équipe de paléontologues britanniques. g6 Selon Paul Lévy (1974).

g6

'lnPaul Lévy (1974). ~
gy

~Q~~3~').'
avec Mangnaidao et

Paul Lévy (1974). À ne pas confondre Mengnai~ ancien nom de Jinghong.

42

1223. Fondation de la principauté shan de Mong Nai89 sur un aft1uent de la Salween.

1229. Sam Lung Pha, le frère du seigneur de Mong Man

part faire la conquête de l' Assam ~ et fonde le royaume
d' Ahom dans la vallée du Brahmapoutre.
1241. La sœur cadette de Dao Longjianzi, connue depuis

son mariage au seigneur de Chiang Rai (Ci.8S1SJ:lp91sous le nom de <naal') ?oK ?En t >(6:;'SI~~C)CI,CL~5G)92, est aussi appelée <naal') xam Kaaj> (6:;'SlR~o~.j). Au cours de cette année, elle donne naissance à un fils, Phraya Mangrai (:::O(.)J~~S)=tI)93. 1245-1268. Règne de Dao Longjianzi «taaw2 lUI]1 KEnt caaj> (3:::H;t€ro8SlGCI,Q05G8=t1)94 qui donnera au seigneur de Chiang Rai, deux territoires: Mong Hpayak (Q~8g))(.)J'1) et Müang Luang Pou Kha sous le

(Q~8S1~q]SlÇJ1iJ):»)95. Il est connu des Laotiens nom de Khun R' ung C38SCù8SJ6),

treizième descendant

90 91

Lefèvre-Pontalis

(1916).

Selon Lefèvre-Pontalis (1916) se référant aux Annales du Lanna, il s'agit de Lao Meng, prince de Lao Chang. 92 Connue des Siamois sous le nom de <naar) 700 mir) 1> (6:JSI~JJ~BSlG). 9'3 Mangrai est la contraction r;{ (~0~&J.J)'
94En respectant r orthographe 95Aujourd'hui au Laos. 43

de <mar) ka

la

naa

raaj>

,.... ..-.t

I

traditionnelle:

@'6'\ ClCl~3'1J'

de Khun Xua (38680J),

premier souverain de Muong

Xua (Q.~B'J80J), aujourd'hui Luang Prabang. Il est probable que les Lü aient joué un rôle actif dans l' histoire du royaume du «Million d'éléphants ». Dans les chroniques lü, il est souvent écrit que leurs rois venaient du <mel] laaw> (CL~BSJmJq)% et que leurs descendants furent envoyés le long du Mékong pour fonder leurs propres principautés, lesquelles sont aujourd'hui « laotiennes».

1260. Les Shan ont pris position à Myinsaing, dans les plaines de Birmanie centrale.
1264. Phraya Mangmi s'emplre de Chiang Khong (QggSJlg), Müang Sing, Müang Mam, Müang Kham et Pou Sang. 1268. Phraya Mangrai fonde Chiang Rai W après avoir quitté son ancienne capitale, Müang Yang Ngum. 1268-1294. Règne de Dao Lianglong «taaw2 (3:)geCLCLroSjC<flSj),fils de Dao Longjianzi. l'empereur ruB88SJ6)
96

l£f) Hlof» Il est dit que cUl')l> le nom de

Song

(JJ8gG),

Li

Zong

«Iii

prononçait

de manière imparfaite

ro

CI, B ro:) eg:) Sje, G 8 5 ~:)O BSjGro J1.Sj ë gO) Sje ~ Sj 5 <lun maa Cif)l 1~1]1 pai Taf)2 mer) laan2 caal')2, luK

ru8~Q~Bg('ûJ5e8J~esqe~Jm~eQ~B~~JmoB~
Bed.
«

mal') laan2 caar)2 Xaw2 maa Taf)2 mal') ?aalavii Hnii2 IE>.

Descendus fonder le pays du Million d'éléphants, ils sont alors

partis de celui-ci pour créer le le royaume d'Alavi ». Ai Wendan (2003). «Alavi» (~J())JoB) étant un des anciens noms de Jinghang, emprunté à l'Inde. 97Selon la Chronique de Chiengmai traduite par C. Notton et citée par Tatsuo Hashina (1986). 44

son vassal si bien que les Taï eux-mêmes reproduisirent cette très impériale altération phonétique du <taaw2> cG:::rqe) en <taw!> ((3ÇjG)~.Ce mot, sinisation oblige, devenu un patronyme très courant chez les Lü, s'écrit depuis ce jour avec le caractère «couteau» remplaçant celui de « voie ». Pendant toute la période qui va de Payazhen à Dao Lianglong, les territoires où vivent les Taï appartiennent au « Seigneur céleste» du royaume de Dali «Caw2 faa2 Taa1lii koo2>OCJeD~em~6Q)B(oe). Sous les Yuan (CLCLUse), de 1279 à 1368, la région habitée par les Lü fut nommée Cheli (Ct68Gru8)9J. Elle tomba sous la juridiction des princes mongols administrant la province du Yunnan. Dès lors, fut instauré le système de nomination héréditaire des tusi, chefs indigènes. Dès 1280, on sait que les princes mongols1OOorganisent,
9g D'autres sources disent que c'est le premier empereur de la dynastie Ming qui attribua aux Barbares les noms de Dao, Nang, Hou, Han. L'usage de Dao fut réservé aux Baiyi. 99 Ce nom, selon le Dianxi (1867), est fort ancien. En 1110 avant notre ère, les Chanli seraient venus porter leur tribut à la cour des Zhou (la fois d'avant, c'était en 1768 sous les Shang!). Pour les aider à rentrer chez eux, le ministreZhou Gong leur fit faire un « véhicule» (che) indiquant le sud! Il existe aujourd'hui une autre Cheli, située dans le district autonome hani -yi de Jiangcheng, au nord-ouest du Xishuangbanna.
IOU

Durant cette période, selon Louis Hambis citant le chapitre CVIII

du Yuan Shi (1954), le premier à avoir été investi est le cinquième fils de Qubilai, Hugechi, le deuxième est le fils de ce dernier, y exiantiemu' er (1280), le troisième est Laodi (1309), le quatrième est Wang Chan (1320), le cinquième est Tiemu'erbuhua, fils du précédent (1324), puis c'est au tour d'Alu et de Boluo de recevoir l'investiture. 101Tatsuo Hoshino (1986) parle à ce sujet d'un «demi million de
soldats yunnanais ».

45

à partir du Yunnan, leurs expéditions expansionnistes contre le Champa et le Cambodge. Comme à l'ordinaire, le gros de leurs troupes est constitué de populations locales. Les Lü et d'autres tribus apparentées en font

probablement partie lOI. Certaines principautés, dès cette
époque, ont dû être fondées par des chefs mercenaires lü ayant fait leurs classes dans les armées des fils de Qubilai. Le vocabulaire de la hiérarchie militaire, hérité des Mongols102, a été conservé jusqu'à aujourd' hui. On a ainsi, du plus bas au plus haut dans la chaîne du commandement, tous les grades d'usage: <Hoo SiB>
ICB. C2cn::üBy). <Hoa Haa2 SiB> (2 cncn::>e::üBy) <Roo

Hmynl>

(2cncgrJSG). <Hoa pan> (2cngS).

<Hoo SEn>

c2cnQQ::üS). Les Shan de Kaungai II». également alliés des
Mongols, ont réussi d'ailleurs trois ans auparavant à repousser les armées du roi birman Narathihapati qui voulait punir ses vassaux des régions frontalières.
Le pays dffi Iii va canprendre alors du nord (*) au sud (**)105:

*<mGr) pan 1> (CL~B'JÇJ56) <mGf) CU1')2> (CL~B~88ge)lOS <mGf) m£n Hnaaw> <mGr) ffi£n lin2> (CL~8S)CtCt~5qJCJ) (CL~BS]Cl.Ct~S(ûB6e)

102

Jacques Legrand dans La Mongolie (1976) souligne I aspect

~

décimal de la réorganisation administrative et militaire des populations soumises: « arvan » (dix), « lagun » (cent)~ « minggan » (mille), « tümen » (dix mille).
103

L'exception confirmant la règle décimale que nous venons de

mentionner~ il s'agit ici, d'un grade intermédiaire, conféré à un officier commandant un groupe de cinquante soldats. 104 Principauté située entre Bhamo et Momein (Tengyue). 105Selon Dao Guangqiang et Ai Han (1992), et Ai Wendan (2003). 106 Aujourd'hui Xinping 46

<mef)

mf.nPuu 1 ;>~~2>(Q~8SjQQ~5J'
HnQ9> (Q~BSI())JCl..c.ç8) (Q~8Sj(û::::)(~me) (Q~8gCl.QgG) (CL~8~5J6G) (Ct~8SJÇ}1{()~G)

1{GQ5j8e)107

<mGr)laa

<mef) laa Tai2> **<m9r) pEEl>

<mGr) naanl>

<mGI') puu KamI> <mQf) napun> <mGI') nak:>n> <mGr) laan2 <mel') takul]>

(Q~8SJ5g86) (Q~8g50Jl6) naa > (Ct~BG1())J5e5Je) (Q~BCJ) (Q~B~(j)8S1::O:J)

<mGr) HuI') Saa> <Saam taw2>

(~(3;:)qe)

<cer) TUI]> (Q8S1aJ8s)) <mGI') lEm> (Ct~8S1Cl.CtCû~)

1283. Comme l'indique porte son nom, c'est

l'inscription de la stèle1Œ qui le roi Ram Kham Haeng

(0::::>2n2QQûJSj) qui inventa l'écriture thaï. La même année, les Mongols et leurs supplétifs shan, suite à leur victoire sur les Birmans, occupent Tagaung. 1289. Le Lanna qui reconnaît la suzeraineté de la Chine, envoie une ambassade à la cour des Yuan et accepte la présence permanente d'un commissaire mongoL Le Lanna est surtout connu des Chinois sous le nom de Babai Xifu, [le pays du roi aux] « Huit cents épouses ». Les légendes lü s'accordent d'ailleurs pour dire qu'il y avait autrefois,

107

lOg Stèle découverte en 1833 par le prince Mongkut en pèlerinage à Sukhothai.

C'est -à-dire la région de Pu' er.

47

plus au nord sur le territoire de Jinghong, un « royaume de
femmes », traduire « une société matriarcale ».

1290. Le D9i Vi~t attaque son voisin, le Ai Lao1œ, royaume du haut-Mékong situé au sud-est du Yunnan. L'aîné puis le cadet de Dao Lianglong lui succéderont.
1294-1308. Règne de Dao Buwa (<taaw2 puu vaaK> par les

!3:>geÇj1{o:><).

Le pays Lü est alors attaqué

soldats de Mengmaolong (Q~8g~:>g(<&g)110, mais Dao Buwa va mener une contre-offensive qui les forcera à rentrer chez eux. À la même époque, <faaZ xam K:>I'» (f;:>eR~(),Q,g), le seigneur de <m~1') [:)1'» (Q~8goJ).g) vient à Cheli demander à ce que Yibinglashai «taaw2 jli 1 per) laaK saaj> !3:>gew8GQÇjgro:>CJÔ:U)' frère cadet de Dao Buwa devienne son fils adoptif.

1295. Les troupes de Ram Kham Haeng attaquent le Cambodge. La même année, les Mongols envoient une ambassade à «Xian », c'est-à-dire Siam, mais plus précisément Sukhothai qui reconnaîtra la suzeraineté de la Chine, deux ans plus tard.

Ce terme, par la suite synonyme de « Laos », a toujours été utilisé par les Vietnamiens de manière préférentielle jusqu'en 1975. F.-M. Génibrel, dans la deuxième édition de son dictionnaire annamitefrançais (1898), donne pour

109

Ai 1ao la définition

suivante:

« Forteresse

à la frontière de l'Annam et du Laos ». Ce toponyme est souvent confondu avec Ailao, la chaîne montagneuse yunnanaise dont le plus haut sommet atteint 3 166m. 110 Selon Sao Sai Mangrai (1965), Mengmao a été fondé en 1285 par Chau Wak Pha qui sera à la tête de cette principauté pendant trente ans. 48

1296111. Phraya

Mangrai,

le cousin de Dao Lianglong
».

fonde la ville de Chiang Mai (Q8SjC<QG), à l'endroit où il

a vu un « rat blanc gros comme un moyeux de char

1297. Phraya Mangrai attaque Cheli et la Birmanie112. En dépit des conflits de 1302 et 1312 qui opposèrent les Mongols aux Lü de Cheli, ces derniers s'accomodèrent de cette tutelle et manifestèrent leur allégeance en allant porter à plusieurs reprises leur tribut à la cour des Yuan «Caw2 v~1')2 j£n2 saaw2> oqeo..o.SjeCLQwse6:Jqe).

1308. Règne de Yibinglashai «taaw2 jiil per) laaK saaj> G:JqeW8GCLgSjCû:JC)6=u)1I3 pendant six mois. Son fils aîné lui succède tandis que son fils cadet devient le seigneur de <mer) f:>r» (Q~BSjb..o.Sj). La situation politique à Cheli et au Lanna est très instable. 1308-1347. Règne de Zhao Ai «Caw2 ?ai1>oqecJjG)114. Les autorités mongoles font du pays Lü une préfecture qui prend Ie nom de <SQQ1 Iii HIuu l cin 1 min2 cur] kwaan fuu> (Q68Gro8Gc&4.,G88SG~8se88Sjç~oS 041. Elle devient au bout de quatre ans <SQG1 Iii cinl min2 cuI') kwaan fuu>(CL68Gro8G88SG~85e88Sj
111 112 lU

1294, selon Lefèvre-Pontalis (1916). D'après Tatsuo Hoshino (1986) citant Zhao Bu Zong Lu.

tJrD~~~1J'
Ai Wendan (2003) donne la graphie suivante: <Caw2 ?ai>

114

(oqec5j).

49

gJ5(4). <TilaKaa> (m8CûoJ)1I5, seigneur attaque le pays Lü à plusieurs reprises.

du Lanna,

1312. Zhao Ai et <TilaKaa> font convoyer éléphants et chevaux jusqu'à la cour des Mongols. À la même époque, les Shan fondent le royaume de Pinya.
1315. Les Shan établissent le royaume de Sagaing. 1319. Mort de Phraya Mangrai. Fondation de Menglian

«mGf) lE.m> Q~BSJCL.CI..('û~)116 un lieu qui était sur autrefois le domaine des Wa. Pendant le XIVe et le XVe siècle, il semble que l'écriture tham, inspirée d'un modèle môn 117, et le bouddhisme théravadin se soient propagés du Lanna à Cheli où celui-ci a supplanté, même si elles subsistent toujours, les croyances animistes des Lü. Cette conversion religieuse va de pair avec une phase de progrès et
115

Selon Dao Guangjiang et Ai Han (1990) qui donnent <TilaKaa>
comme graphie traditionnelle. Ai Wendan (2003) donne

G) (COoJ()")'),

de manière plus précise, <Ti loKaa> (mB~cro()::)). Seul subsiste un problème de datation, car selon les chronologies siamoises,

« Tilokar~j» (~l iNn~1"') apparaît plus tard dans l'histoire de la
régi on.
116

Sao Sai Mangrai (1965) donne 1278comme date de fondationde

Menglian. D'après lui, son fondateur serait Khampakpha de Mengmao, mais il précise que la Chronique de Kengtung dit au contraire qu'il s'agit d'un descendant de Phraya Mangrai 117 Selon 1\1ichelFerlus (1988), « le premier témoignage de ce type d'écriture date de 1376 et la première trace de son adaptation au thai

du nord de 1465 ». Ce même modèle d'écriture môn a servi aux
Birmans dès 1057.

50

d'échanges économiques. À partir de cette époque, il y a dans chaque village un temple bouddhiste où les garçons deviennent moines pour une période, y sont éduqués et obtiennent ainsi une respectabilité sociale qui leur permet de faire de bons mariages par la suite. Cependant, certains Taï comme les HlI£lYao Dai, encore aujourd' hui, ne croient qu'aux esprits: esprits tribaux (<Phii Baan2> u.85~e)... mgr» ÇJ8GQ.~8'J), esprit 5:Jg3CJe). esprits de communaux «Phii «Phii nam2> u.8üJse), l'eau

Ils vouent également

un culte à la déesse du La religion du Bouddha

riz (<naal] Xaw2>

«phuD tha SaaSanaa> ÇJ83a::Ü:JJJ5J) représentant peu pour eux, ils s'en remettent au sorcier du village «p:):) 1 Hm:>:) Baan2> Ç)Jl6cgAU:Jse) ou à celui de la principauté «p:>:> 1 Hm:>:>mel]> Ç)J1GcgJlQ~8'J)'

1340.

Sikefa118

se

proclame

rOI

de

Luchuan

(<D1{e:Ü8£G)119, aujourd'hui département de Dehong. 1347-1390. Règne

la région de Ruili, dans le

de Zhao Hanmeng
120,

«Caw2

xaan

m~r» ûg€R;J5Q~BS/),

fils aîné de Zhao Ai. Il fait d'une

demoiselle lawa ( ru O~) Jinglan (Qg'Jro:Jse),

rencontrée au marché de

son épouse, appelée depuis lors

<naaA tevii> (5;JS/CL[JoB). Ils ont un fils, Dao Xilahan
Il est connu hors de Chine sous le nom de Hso Kip Hpa ou encore So Khaan Pha. 119Cette principauté:> selon d'autres chroniques, connue en tant que « royaume de Pong », aurait été fondée en 1138.
120 11H

D'après Tatsuo Hoshino (1986). 51

(<taaw2 Si Daa xarn> (3Jg€1)83JR~) son père.

qui succédera à

1348. Sikefa chasse les Wa de leur territoire en faisant la conquête de Mengding qui sera par la suite peuplé par des Dai venus de Mengmao (Ruili). Il domine la région jusqu'en 1371 et envoie son fils Mansan à la cour des Yuan en 1355.

1349. Fa Ngum (f:O€88~6), prince lao aux trente-trois dents, exilé à Angkor depuis son plus jeune âge, s'est vu prédire par les astrologues khmers un destin fabuleux: il part ainsi à la conquête de nombreuses principautés lao et lü, dont celle de Jinghong. Zhao Hanmeng, préférant éviter un combat fratricide, lui cède un territoire au sud de Baan Pong Luang Khuang (UJ5€U 8S16froggJSI), jusqu'à Bun Tai (U85Cm€) et Bun Nüa (U85Q~8)121, et lui promet, pour plus tard, sa fille en mariage. 1350. Fondation d'Ayuthaya par un prince de Chiang Rai qui a conquis le royaume de Lopburi. 1353. Ayant vaincu les troupes de son oncle Chao Fa Kham Hiao (og€f.)J€R~Q.s)g), Fa Ngum, que les Lao appellent aussi Phagna Fa (:)')w:Jf"JJe), reprend possession de Müang Xwa et fonde le royaume de Lan Xang «(û:)S€g:>'Je).
1354. Phagna principautés Fa attaque voisines: Chiang Mong Saen (CL.S~Cl..CL.J.)5)et les Khün (CL.~8~B~5), Xieng

121

D'après Tatsuo Hoshino (1986). 52

Kheng (Ct~BS1Cl.Ctsg), dont Mongyong Mengle (Q~8gCù~e).

(Q~BSJ(')Jl~)

et

1356. Phagna Fa fait la conquête de Vientiane. 1364. Les Shan va>JJ~SJGO~). 1368. Chao Pha Kong (o~etD.J()..Q.'J) fonde Müang Nan (Q~8SJ5J66). 1378. Sukhothai devient vassal d'Ayuthaya. fondent le royaume d' A va «7aaf) 1

à Luchuan, dans la région de Ruili. Il est le petit-fils de Si Kefa.
1381-1399. Règne de Si Lunfa

122

1382. La région de Cheli étant passée sous le contrôle des Ming (-SBse), sa capitale <se81 Iii cinl min2 cur) kw:>n fuu> (Q8BG(ûB8B5G~B5e88s)2J1.5) est rebaptisée <SQg1 Iii cin 1 minZ fuu> (Q88G(1)8885G~8seh4)123. Juste avant cette date, Zhao Hanmeng, ne souhaitant pas s'immiscer dans le conflit opposant les Mongols aux Ming, s'est, dans un premier temps, réfugié à Mengzhe (Q-S8S)QQgG) du côté de <ver) Phaa DEI'» (Q.o~UJ.J(tCt 3'11)' puis dans un deuxième temps, probablement au royaume du Million d'éléphants.
1384. La région de Cheli est désormais appelée <saG 1 Iii cin 1 min2 Sf..n Hvii 1 SQQ SQQ 1>
122 123

Connu hors de Chine sous le nom de Hso Long Pha. Cheli junminju en mandarin. 53

CQ88G(ü888SG~8seQQ))s~8G5~5~G). Malgré les cont1its qui l'opposent aux Chinois, Zhao Hanmeng voit son autorité reconnue par ces derniers et reçoit le titre de <Caw2 S£.n Hviil faa2> (o~eQQXJ5~8Gb:Je), « Seigneur de la Pacification Céleste».
La même année, Dao Suandang Jinggu et repousse CU~(üc;) loin de la vallée. de Mengmao attaque

les Lahu ((Ü:JGRllG)

et les Bulang

1385. Si Lunfa, allié à divers groupes ethniques, attaque les Ming à Jingdong.

1386. Zhao Hanmeng fait convoyer, jusqu'à la cour impériale, des éléphants et des chevaux qui seront offerts en tribut au souverain céleste «Caw2 faa2 v:>1J2> oqeo:JeOJlc;)e). Les autres fils de Zhao Hanrneng sont Dao Gongrnan «taaw2 Kurn rnaan> (3:J~e()8~~:JS) et <Pew fai faa2> (QU ÇJ2f1b:J€). 1388. Si Lunfa est battu par les troupes de Muying, marquis de Xiping, à Moshale et Dingbian. La responsabilité de la rebellion ayant été rejetée sur Dao Silang et Dao Siyang, subalternes de Silunfa, la soumission de ce dernier est finalement acceptée par l'Empereur à qui il versera en guise de tribut, des éléphants, des chevaux, de l'argent, et des produits locaux. Il aura aussi la charge de capturer Zi Chu, le bandit yunnanais en fuite, et le commandant Dao Silang. Il livrera en tout 137 personnes. De 1391 à 1532, la suzeraineté Ming ne fut pas plus contestée que celle des Mongols, mais à partir de 1537 et
54

jusqu'à 1758, les Lü doivent reconnaître l'autorité non plus d'un mais de deux suzerains, le Chinois et le Binnan.
l391-1413. Règne de Dao Xilahan (<taaw2 Si Daa xam> bien connu sous le nom de <tawl 7:>1')1?aaj2> (:::O(.)JJ)'p"~6J]:ue), s£nl roi Il prend pour épouse la sœur

G::Jqe;)JB3::JR~), cadette de <phajaa

taa2> (GqGQQQ5GG::Je).

de Kengtung, <naaf) SaHmeg> (5=-G):OCl.<f'B) qui sera désormais appelée <naalJ ?aB pa ma Hee Si laa ca tee vii> (5::Jcp3ljÇJgQû);)J8ro::J8QGo8), «Dame Céleste Reine ». Ils auront deux garçons, Dao Gengmeng «taaw2 kyy mel» G::Jqeo!3QgBS)) et <taaw2 xam teD> (G::JqeR~QG:~p,
C5=-S}Cû8SCtoftJ).

et

une

fille,

<naal)

lun

kej>

<Pew fai faa2> (CLU gcf-Jfoe), le frère de Dao Xilahan, prend la fille de <phajaa S:>l)faa2> (J)Q::J:0,Q,S)D::Je) comme épouse. Il aura trois fils dont le plus connu, Silongfa (Q;)J8~roS)Go::Je), est appellé à régner un peu plus tard.
l393 ou 1394. Le fils de Fa Ngum, Chao Sam Saen Thaj (ûge;)J::J~QQ;)J65cG) dont le nom signifie «Seigneur des 300000 Thaï », est nommé roi du Lan Xang. Il faut, à partir de cette date, faire la différence entre les Thaï, « mongolisés et aristocratiques »124, et les Lao qui, en dépit d'une origine commune, leur sont socialement subordonnés. Chao Sam Saen Thaï régnera soixante années.

124

Tatsuo Hoshino (1986). 55

1403. Dao Xilahan gouverné par <tawl

attaque <mGr] B:>~1> (CL~8G}u~G) S:lnl taaf» (GgG)')s!'5G(3~SI).

l404. Sam Saen Thaï

()')~~QQ).)62(.),

roi du Lan Xang,

reçoit le titre chinois de xuanweishi (QQ).)6~BG6B). Il enverra régulièrement le tri but à la cour des Ming jusqu'en 1412. Une des épouses de Sam Saen Thaï serait une princesse Iü de Jinghong. La même année à Luchuan, Si Xingfa succède à son père Sikefa et régnera jusqu'en 1413. 1406. Dao Xilahan attaque Chiang Mai.

1411. Dao Xilahan envoie, en guise de tri but, éléphants et chevaux à la cour des Ming. 1413. Règne de Dao Gongman G~ge()8~~~6). Ses deux «taaw2 Kum maan> 7aaj2>

fils sont <Caw2

(ûgeJ)=ue) et <tawl jiil> c(3gGoBG), ils «mangent» la rizière de <m{}1] hil]> (CI, c'est-à-dire ~8g0B'J)' gouvernent. 1413-1442. Règne de Si Renfa125 à Luchuan. Il succède à son frère Si Xingfa. 1413-1414. m~l» Règne de Dao Gengmeng «taaw2 kyy

G~ge()BQ~8S1)

qui prend pour épouse la fille de

Connu hors de Chine sous le nom de Hso Wen Hpa ou Sa Ngam Pha. 56

125

<taaw2 Hin Kaan> ((3:JÇjew8E)o:JE)I26.

Ils ont trois fils:

l'aîné s'appelle Baguang (<taaw2 Baa K~f» (3:Jqeu:J(')J!.Sj), le deuxième, Dao Shuangmeng «ta aw2 S::>r) mar» (3:Jqe:OJ!.SjCL~8Sj) Sanboledai (<taaw2 Saam (3:Jqe~ÇJJ!.GroBe2(3) . 1414-1415. et le troisième, p::>:) 1 lyy2 Dao tai>

Règne de Dao Handi

«taaw2

xam teD>

(3:JqeR~Ct(33)' frère cadet de Dao Gengmeng. À sa mort, son neveu est désigné par le Conseil pour lui

succéder comme « Seigneurde la Pacification Céleste ».
1414-1434. Règne de Dao Baguang «taaw2 Baa K:>f'» (3:Jqeu:J(')J!.Sj). Âgé de dix-sept ans quand il se retrouve à la tête du pays, il est d'abord aidé et conseillé par son oncle Dao Handi. Il consacrera beaucoup de son temps à

lutter contre son cousin, Silongfa

«

SGG lOf) 1 faa2>

Q:08cruSjGr:oe)127. Il aura un fils unique, Dao Nang, mais c'est son frère cadet qui lui succédera.

1414-1428. Règne de Dao Shuangmeng «taaw2 S:>11 mar» (3:Jqe:OJ!.SjCL~8Sj). En raison de son jeune âge, Dao Shuangmeng, qui ne peut pas gouverner réellement, est secondé par Silongfa. 1416. Des éléphants et des chevaux sont envoyés en tribut à la cour impériale. Les cinq années qui suivent, vont opposer
126 <taa w2 Hrin Kan>
127

Dao

(&~ () olI

'),),

~

selon l'orthographe traditionnelle.

Ne pas confondre Si Longfa avec Si Lunfa. 57

Shuangmeng et Silongfa, chacun décidé à gouverner seul. 1423. Alliés aux Ming, les Lao repoussent les armées du D~i Vi~t. L'année suivante, Dao Shuangmeng fait parvenir le tribut à la cour des Ming. Il aura un fils, <taaw2 Phaa
K~I'» ((3:J q e ffi:J() J!.SI)
128,

1416-1457. Règne QJJBfmSlGo:Je), (QU q2oo:Je)

de Silongfa «Sge fils de <Pew de <Caw2

lOf)1 faa2> fai faa2> xaan m0f»

et petit-fils

(oqeR:JSSCl.~BSI)' Il prend comme femme, l'épouse de Dao Gengmeng qui est la mère de Dao Sanboledai «taaw2 Saam p~~l lyy2 tai> (3:Jqe-<gJ!.Gm~e2(3)I29, Ce dernier deviendra son fils adoptif et, à l'âge de 19 ans, aura la charge de gouverner Mengpeng (Q~8'1):08'1}).

L'allié de Silongfa est <xam haaml faa2> (R~~:J~Go:Je), frère cadet du seigneur de Menglian, lequel l'a beaucoup aidé dans sa lutte contre Dao Handi. Pour le remercier, Si Longfa le nomme seigneur de
Mengzhe (CL~BSJCtCL86).

Silongfa a neuf fils: Dao Baxiang «taaw2 Phaa Sù» (3:Jqeffi:JQQJJSI), <taaw2 C~m Paa> ((3:JqeOJ!.~ffi:J), seigneur de Menglong (Q~BSlf(ûSl)' <taaw2 Sf.W>

m <taaw2
129

Praa K:lI'» «(3J~').~.:P,

selon la graphie traditimnelle.

La graphie traditionnelle n'écrit pas le ton de la troisième syllabe:
1

<Saam

p:I 1 lyy taij>

~ (;..

(~&1oJ~ C0J)'

58

((3:JgeQQOg).

seigneur

de <naa

Hmyn 1 HloC»

(5:J<£eJSGCqJSj). <taaw2 j::>D>((3:JgewJl. 3). seigneur de Luang Nam Tha (cC!JSjs~eG)::J). <taaw2 xam> ((3:JgeR~). seigneur de Meuang Ou Neua (CL~BSj~ttQtgB), <taaw2 7uD> ((3:Jge~83). seigneur de Menghun. <taaw2 Sum> ((3:JgeJ)8~). seigneur de Meng'a (Q~B~8J3) et de <mgr] Xaar]> (Q~8~3Jg), <taaw2 faa2 n::>j2>((3:Jgef.oesme). seigneur de <naa Hmynl BloC» (5::J<£eJSGCqJSj)avec son frère <taaw2 Sew>. et enfin <taaw2 s::>Ds::>j2> ((3:JgeoJl. 30me), seigneur de <cef) luu> (Q8SJOOLQ.
Silongfa a six filles: la première deviendra la femme du seigneur de Mengzhe, la deuxième, <naaf) 70K xam f~i> (5::JSlE~Y'JR~QoftP. aura pour ép:mx <phajaa aÜ jaaZ Sumxwaam> Luang Prabang, (5::JSlëJjG~8S). (5JSjCtJJEUeruq), cinquième. <naar) (J)('):Jë9w::JeJ)8~Q::J~)m. prince de la troisième, <naar) ?ail mun> sera mariée au seigneur <naar) de <m~C) ?aj2 law> JaaD> n' a pis la quatrième,

cUr]2> (Q~BSl88SJe),

sera l'épouse K:JI') xam>

de <SEn Daaw (5::JSjOJl.SjR~.

(QCLJJS3:JqV =>2)131.seigneurde<ca')

haa> (CL9S1~:J), la

d'é}X)uxconnu, le mari de ]asixième, <naal1 ? En 1 var]>(5 ~Sj

QQJj5GO(~P.sera1eseigneurdeChiangKham (Q9'JR~).
130

J)J'1ClSWJ~g~.
HjaaD> (ClCl..:0
ok.

131 <SEn Daaw

S O-tl~
').(D}').

).

59

1432-1457. Règne de Dao Baxiang «taaw2
(3 :::H:~ e
li:::)CLCI. JJ SI) .

Phaa S£f»)

1438. Ayuthaya annexe Sukhothai.

1441. Le représentant des Ming au Yunnan demande à Dao Baxiang de lever des troupes pour combattre Si Renfa de Luchuan. Les autorités chinoises ont, dans ce but, fait venir 150 000 soldats du Hunan. Battu par le général Wang Ji, Si Renfa cherche refuge en Birmanie, mais il est capturé par les Birmans et finalement décapité par les Chinois. Le pouvoir revient à son fils, Si lifa.
1448. Phraya Tiloka de Chiang Mai s'empare de Muang Nan.

1457. La mort de Dao Baxiang

pose un problème

de et frère

succession entre <taaw2 C:lm Paa> ((3JgeOft~liJ) Sanboledai, respectivement deuxième frère et adoptif. 1457-1497. Règne de Dao Sanboledai p:X)1 lyy2 tai> (3:Jge~gftGro~ec(3). «taaw2

Saam

1463. <taaw2 C:>m Paa> et son frère <taaw2 7uD>, seigneur de Menghun, complotent contre Dao Sanboledai et font appel à <phajaa Ti IoKaa> (:::O(JJm8~ëQ)o::J)m, roi du Lanna Chiang Mai (ro:JseS:JCtgSlcCQG). le

1479133. Lan Xang qui n'accepte pas le fait que Xieng Le Khouang soit devenue Trân Ninh, une préfecture annamite en 1348, vient porter main forte aux chefs héréditaires de
132 <phajaa Ti laKaa> va régner de 1442 à 1493.
133

1478 selon les Annales de Nan (1966). 60

la région. L'armée de Lê Thânh Tông fait le siège de Luang Prabang, puis se lance à la poursuite du roi Tiakhaphat (ûCJO~J)3)134 et des siens, partis se réfugier à Xieng Khan (Qgc;JRJ5)13S. Les soldats annamites atteignent la frontière de la Birmanie dans la région de Cheli et livrent une bataille décrite, selon les sources136, comme une victoire ou une défaite totale. 1481. Les Ming recommandent à Cheli, Hsenwi, Yuanjiang, Guangnan et Kengtung de s'allier pour endiguer la progression militaire annamite. 1482. Mong Mit (CL~B~~83) demande des troupes aux

Annamites pour attaquer Hsenwi et le Lanna 137.
1484. Les représentants du Lanna et du Lan Xang informent les Ming, du départ des armées annamites.

134 135

~nn~~Cl.
~è)~fi1" U.

136 Tran TrQng Kim (1971) indique que la bataille, menée victorieusement,eut lieu là où coule le fleuve Kim Sa, « Sables d'or », à la frontière avec la Birmanie. Une note précise que ce toponyme désigne cette partie du Yangzijiang appelée Jinshajiang au Yunnan, mais qu'en considération du contexte territorial, il s'agit plutôt de la partie du Lancangjiang nommée Jiulongjiang, «fleuve des Neuf

dragons », nom que les Vietnamiensdonnent aussi au Mékong.
Tatsuo Hoshino (1986) s'appuyant sur l' Histoire des Ming et les Annales du Lanna présente l'événement de cette manière: les Annamites, arrivés à Zhangsha (Truong-Sa) et ayant «ramassé des renforts» aux Sipsong Panna, passent à l'attaque du Lanna, mais ils seront battus par <phajaa Ti loKaa>. Mentionnant également les Annales de Nan, il indique que cette bataille, ou une autre, eut lieu à Müang Nan en 1480 au 1481. 137 Laichen (2003). Sun

61