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Du même publieur

PARLONS LUXEMBOURGEOIS
Langue et culture linguistique d'un
petit pays
au cœur de l'EuropeParlons...
Collection dirigée par Michel Malherbe
Déjà parus
Parlons ossète, Lora Alys-Djanaïéva, 2004. letton, Justyna et Daniel PETIT, 2004.
Parlons cebuano, Marina POTTIER-QUIROLGICO, 2004. môn, Emmanuel GUILLON, 2003.
Parlons chichewa,Pasca1 KISHINDO, Allan LIPENGA, 2003. lingala, Edouard ETSIO, 2003.
Parlons singhalais, Jiinadasa LIY ANARA TAB, 2003. Pure pecha, Claudine CHAMOREAU, 2003.
Parlons Mandinka, Man Lafi DRAMÉ, 2003 Capverdien, Nicolas QUINT, 2003
Parlons navajo, Marie-Claude FEL TES-STRIGLER 2002. sénoufo, Jacques RONGIER 2002.
Parlons russe (deuxième édition, revue, corrigée et augmentée),
Michel CHICOUENE et Serguei SAKHNO, 2002.
Parlons turc, Dominique HALBOUT et Günen GÜZEY, 2002. schwytzertütsch, Dominique STICH, 2002.
Parlons turkmène, Philippe-Schemerka BLACHER, 2002. avikam, Jacques RONGIERS, 2002.
Parlons norvégien, Clémence GUILLOT et Sven STOREL V,
2002.
Parlons karakalpak, Saodat DONIYOROV A, 2002. poular, Anne LEROY et Alpha Oumar Kona BALDE,
2002.
Parlons arabe tunisien, M. QUITOUT, 2002. polonais, K. SIATKOWSKA-CALLEBAT, 2002.
Parlons espéranto (deuxième édition, revue et corrigée), J.
JOGUIN, 2002.
Parlons bambara, 1. MAIGA, 2001. arabe marocain, M.QUITOUT, 2001.
Parlons bamoun, E. MATATEYOU, 2001. live, F. de SIVERS, 2001.
Parlons yipunu, MABIK-ma-KOMBIL, 2001. ouzbek, S. DONIYOROVA, 2001.
Parlons fan, D. FADAIRO, 2001. catalan, Jacques ALLIÈRES, 2000.
(Ç)L'Harmattan, 2004
ISBN: 2-7475-6289-1
EAN : 9782747562898FRANÇOIS SCHANEN
PARLONS LUXEMBOURGEOIS
Langue et culture linguistique d'un
petit pays
au cœur de l'Europe
L'Harmattan L'Harmattan Hongrie L' Harmattan ltalia
5-7, rue de l'École-Polytechnique Hargita u. 3 Via Degli Artisti 15
75005 Paris 1026 Budapest 10124 Torino
FRANCE HONGRIE ITALIE«Les petits pays sont plus prêts que d'autres à accepter le
mélange de cultures auquel tend la société moderne. Rien
de plus frappant, à cet égard, que l'attitude du Luxembourg
dans le domaine linguistique. Alors que des pays plus
puissants ont parfois du mal à se résigner au
plurilinguisme, les Luxembourgeois trouvent naturel de
parler, outre leur langue maternelle, deux ou trois langues
internationales.» (Javier Perez de Cuellar, secrétaire
général de l'ONU, 1989.)
«Ech gleewe weider drunn [...], datt d'Lëtzebuerger Sprooch an
20 oder 30 Joer mat grousser Wahrscheinlechkeet deen eenzegen
nationalen Zesummenhang waert duerstellen. Haut ass
d'Lëtzebuerger Sprooch eng vun eise Charakteristiken, grad wéi de
wirtschaftlechen a soziale Wuelstand.» (J.C. Juncker, Premier
Ministre du Grand-Duché, 28/03/2002)
"Je persiste à croire [...] que le luxembourgeois, d'ici 20 à 30
ans, sera très probablement le seul lien national.
Aujourd'hui, le luxembourgeois fait partie de nos traits
distinctifs, tout comme le bien-être économique et social."
«Ech géif mir wënschen - ech soen dat net, well et keen anere
Choix gëtt, ech soen dat, well et d'Sprooch vum Land ass - datt all
déi Leit, déi op Lëtzebuerg liewe kommen an all déi, déi heihinner
schaffe kommen, d'Lëtzebuerger Sprooch esou beherrschen, datt se
sech an der Gesellschaft an am Beruffkënne verstannegen.» (J.C.
Juncker, Premier Ministre du Grand-Duché, 28/03/2002)
"Je souhaiterais - je ne dis pas cela parce qu'il n'y aurait
pas d'autre choix, je le dis parce que c'est la langue du pays
- que tous ceux qui viennent vivre au Luxembourg et que
tous ceux qui travailler au Luxembourg,
maîtrisent le luxembourgeois de façon à pouvoir se
comprendre en société et dans la vie professionnelle."AVANT-PROPOS
Le but de la collection, dans laquelle paraît ce livre, est de
présenter une langue, pour moi donc celle de mon pays
d'origine: le Grand-Duché de Luxembourg. Cette langue n'est
juridiquement nationale que depuis la loi du 24 février 1984.
Elle a un statut tout à fait particulier parmi les langues des
pays de la Communauté Européenne, puisqu'elle coexiste au
Grand-Duché avec l'allemand et le français, langue de la
législation, et qu'elle n'est qu'une des trois langues qui sont
employées en matière administrative et judiciaire, à savoir le
français, l'allemand et le luxembourgeois.
Dans ce livre, je regrouperai d'abord des informations
permettant de comprendre le contexte de ce Lëtzebuergesch
que l'on considère habituellement comme une langue
patchwork, comme un dialecte bâtard culturellement mixte,
mais qui est somme toute (et c'est ce qu'il s'agit de montrer)
une langue non moins cohérente qu'une autre, et même
relativement homogène, si l'on s'en tient à ses articulations
proprement linguistiques. Les deux premiers chapitres
présenteront quelques balises historiques, réflexions et faits,
et un troisième comprendra de brefs survols d'ordre
administratif, économique et démographique: ils permettront
au lecteur de se faire une image rapide du pays où se pratique
le Lëtzebuergesch. Le but du livre n'est cependant pas de
présenter en détail le Lannchen, petit pays, avec son destin
européen mouvementé passé et à venir. Ne figurent dans le
"guide" (la bibliographie comporte d'autres indications pour
qui veut approfondir) que des données qui éclairent
directement ou indirectement la situation linguistique du
Luxembourg.
Celle-ci fait l'objet du quatrième chapitre. Elle est loin
d'être simple, surtout si l'on chausse les lunettes de la
sociolinguistique, jumelée à la politique des langues, pour
laquelle les habitants du Grand-Duché ont un goût très
5prononcé. Dans ce portrait sommaire de la situation et de la
culture linguistiques du pays, la difficulté est d'éviter les
mythes et le fard, les illusions et les déformations dont la
mémoire collective s'est chargée au Grand-Duché, tant les
impressions laissées par l'histoire de certaines rides ou
cicatrices de la peau ont tendance à remplacer l'observation
des faits et la rigueur de la science. Les habitants du
Luxembourg, qu'ils soient Luxembourgeois ou non,
luxembourgophones ou non, excuseront d'avance le caractère
succinct de ces préliminaires.
La partie introductive avec ses quatre chapitres est suivie
du sujet proprement dit du livre: la langue luxembourgeoise.
Celle-ci est traitée en trois volets: une partie grammaticale,
une partie plus civilisationnelle consacrée à la culture
linguistique dans la vie quotidienne et la conversation
courante, un lexique bilingue luxembourgeois-français plus
développé que la partie français-luxembourgeois.
Pour la grammaire, j'utilise les résultats de recherches,
rassemblés d'abord dans ma thèse d'Etat de 1980 sur la
Syntaxe du luxembourgeois de Schengen, et enrichis depuis
par d'autres études publiées ou non, dont on a les références
dans la bibliographie en fin d'ouvrage. La structure générale
de cette grammaire reste volontairement traditionnelle, bien
que la typologie des classes de mots y soit englobée dans une
présentation plus synthétique axée sur les groupes
syntaxiques. La morphologie et la syntaxe n'y sont pas
traitées dans des parties séparées, mais dans des sections qui
regroupent ce qui va ensemble et envisagent tour à tour pour
l'unité concernée l'aspect lexical, le visage morphologique et
la construction syntaxique. Cette partie grammaticale du livre
est originale et nouvelle, car les structures du Lëtzebuergesch
dit commun y sont présentées dans leur fonctionnement
synchronique actuel, plutôt que dans leurs diversités
dialectales et dans leurs évolutions régionales.
6Pour le lexique bilingue, il est lui aussi nouveau. En effet,
fabriqué à partir des listes de mots que je me suis constituées
manuellement depuis plus de trente ans et intégrés à Luxdico,
il a profité aussi du vaste corpus que Jérôme Lulling, docteur
ès lettres de l'université de Montpellier, a rassemblé pour sa
thèse sur La créativité lexicale dans le luxembourgeois et
pour l'élaboration du correcteur d'orthographe informatique
réalisé dans le cadre des projets CORTINA. Qu'il soit ici
remercié pour son amicale et précieuse collaboration.
Avec sa grammaire, son lexique bilingue et ses textes
civilisationnels du Grand-Duché de Luxembourg, ce livre,
sans être une méthode progressive d'enseignement de la
langue, comblera une lacune. Il aura atteint son but, s'il
répond dans l'une ou l'autre de ses parties à la curiosité du
lecteur, qu'il soit étranger, fTontalier, habitant du Grand-
Duché, luxembourgophone ou non, résident de longue date,
immigré récent ou fonctionnaire de la Communauté
Européenne. Il aura atteint son but, s'il parvient à montrer à
l'amateur éclairé le fonctionnement concret, "en actes" et "en
situation", de ce Lëtzebuergesch si mal connu, langue
décrétée nationale dans un petit pays en réalité multinational
et multilingue, qui fait partie des membres fondateurs de
l'ONU, de l'OTAN et de l'UE, et dont l'influence dépasse de
loin son modeste territoire et le poids réel de sa démographie
. l
et de son economle.'
François Schanen, professeur émérite
de l'Université de Montpellier (France)
I Je remercie avant tout M. Michel Malherbe et Mme Germaine
Goetzinger, directrice du Centre National de Littérature de Mersch,
sans lesquels ce livre n'aurait pas pris place dans la collection
"Parlons". Ma reconnaissance va aussi à Jérôme Lulling, docteur-
ès-lettres, et au Professeur Joseph Reisdoerfer pour la relecture du
manuscrit.
7Tft'rit'Oins pasRsà la Frmlœ. .. Tmitoins passés il la Belgique
(traité aes ~es 1599) _ (tnûté tie Londres 1838)
TmttDins passés i la Pmsse
_ r--1 Adn?l. Gnm.4-Dnché(e~ \iïemIe 1815) L...--.J
8INTRODUCTION:
UN PETIT PAYS AU CŒUR DE
L'EUROPE OCCIDENTALE
I. L'IDSTOIRE D'UNE CHAUSSURE...
Quand j'étais petit, on me disait souvent que mon pays
avait la forme d'une bottine, la pointe tournée vers le Nord,
qu'il ne pouvait donc pas perdre. Était-ce pour cela qu'il me
paraissait, à mes yeux d'enfant et d'adolescent, si stable et si
raisonnable, sans histoire en somme, si ce n'est les histoires
que lui faisaient depuis près de mille ans les autres?
L'Europe sortait à peine de la Seconde Guerre mondiale.
Moins que d'autres, même s'il fut intégré à l'Allemagne de
Hitler et martyrisé (2% de sa population y a laissé sa vie), le
Lannchen n'avait souffert vraiment de la misère. Libéré par les
Américains (1944), signataire de la Charte des Nations Unies
(1945), la semelle appuyée à l'Ouest contre la Belgique et les
Pays-Bas dans l'union économique du Benelux (1944), le talon
renforcé au Sud par une France, où Robert Schumann, le
luxembourgophone, lance en 1950 l'appel de la future Union
Européenne, le Luxembourg avec sa capitale du même nom
devient siège provisoire de la première Communauté
européenne du charbon et de l'acier (1952). Il développe
depuis 1839 une indépendance fragile et depuis la fin du
19ème siècle une sidérurgie puissante, dont la production
atteint des performances historiques en 1974, au moment
même où déjà se profile la crise qu'une "tripartite", réunissant
les pouvoirs publics, le patronat et les syndicats représentatifs,
résout dès le début des années 80 avant les autres, en recourant
à l'impôt de solidarité nationale et en laissant le Grand-Duché
se muer (depuis les années 60) en place fmancière de renom.
Le Luxembourg, aujourd'hui, est le siège d'Acelor, le premier
producteur d'acier du monde. Le Luxembourg, sur la scène
9internationale, est un carrefour indubitable de l'Europe. Le
Luxembourg, petite bottine, devenue botte de sept lieues
européenne, est un symbole de réussite économique et
politique, un haut lieu bancaire connu de quiconque suit depuis
1945 l'actualité de l'Europe occidentale.
* * *
Moins connue est l'Histoire plus ancienne du Luxembourg,
dont on trouve dans le chapitre II un rapide balisage. Y
émergent quelques noms-clés: l'oppidum trévire du Titelberg
(80-10 avant notre ère), où s'installent les Romains; Trèves,
l'Augusta Treverorum, future ville impériale dont le
promontoire rocheux du Bock (bouc?), fortifié par l'armée
romaine, constitue aux 3ème et 4ème siècles un arrière-pays;
Echternach, domaine que l'abbesse Irmine donne à Willibrord,
missionnaire anglo-saxon - et frison -, qui y organise le
monastère du même nom (697/698); le comte Sigefroid qui,
vers 963, acquiert le Bockjiels (rocher du Bock) et y construit
le fortin de Lucilinburhuc, futur Lützenburg, puis Luxemburg;
la première maison des comtes de Luxembourg, relayée par
Henri l'Aveugle, qui unit le comté de Luxembourg à ceux de
Namur, Laroche et Durbuy (1136-1196); Ermesinde, la
comtesse, qui apporte en dot le marquisat d'Arlon (1214),
accorde à la ville de Luxembourg ses premières lettres de
franchises (1214) et fonde l'abbaye de Clairefontaine (1247);
puis les grands de la maison de Luxembourg, dont la tradition
historique du Grand-Duché est si fière.
«La Maison de Luxembourg fut appelée à de hautes destinées,
puisqu'elle donna à la fm du Moyen Âge quatre empereurs à
l'Allemagne, quatre rois à la Bohême et un roi à la Hongrie. Les
noms de Henri VII, Jean l'Aveugle, héros national, Wenceslas,
Charles IV, Sigismond rappellent en effet cette grande époque
de son histoire, qui prit fm dès le 15ème siècle.»
10Voilà ce qu'écrit l'auteur de Luxembourg paysages du grand-
duché en 1970, page 7. Et de fait, ces "Luxembourg", célèbres
empereurs, rois et princes électeurs, phares de la "maison",
étendent leur pouvoir vers l'Est. Le 1er volet du sommaire
chronologique au chapitre II retrace leur destinée factuelle
qui - cela n'échappera à personne - se joue loin du pays du
Luxembourg, en Italie pour Henri VII, à la cour du Brabant
pour Wenceslas, à Prague pour Charles IV, en Hongrie pour
Sigismond. Cela ne veut pas dire qu'il faille détruire la
légende des grands "Luxembourg", et surtout pas celle de
Jean dit l'Aveugle mort à la bataille de Crécy (1346). Mais on
peut légitimement s'interroger sur la dénomination de grands
"Luxembourgeois", qu'on leur donne parfois et qu'il faut
démythifier. Henri VII, avant son expédition italienne et Jean
de Luxembourg, époux d'Élisabeth de Bohême, menèrent
certes une politique active dans leur pays d'origine, mais leurs
successeurs, eux, y furent quasiment absents, tant les intérêts
de la maison de Luxembourg étaient alors ailleurs que dans
leur modeste comté, puis duché d'origine.
* * *
Une seconde époque de l'histoire du Luxembourg, dont le
2ème volet chronologique du chapitre II retrace les étapes, est,
elle aussi, frappée au coin d'un mythe: celui des dominations
étrangères. À la suite du passage cité du livre de 1970, qui
évoque la première période, on peut lire ce qui suit:
« C'est alors que commença pour le Luxembourg une longue
période de dominations étrangères qui ne devait se terminer
qu'au 19ème siècle. En effet, la forteresse de Luxembourg, le
"Gibraltar du Nord", devint l'enjeu incessant de luttes sanglantes
que se livrèrent pour sa possession Bourguignons, Espagnols,
Français, Autrichiens et Prussiens. Elle fut assiégée et ravagée
plus de vingt fois au cours de quatre siècles.»
11L'historiographie et la mémoire collective du Grand-Duché
aiment s'entendre raconter une histoire d'indépendance (cf G.
Trausch,2002, 154). Le Luxembourg (le comté, puis le duché
des maisons de Luxembourg) aurait été indépendant et
gouverné par ses souverains "naturels", puis dominé par des
souverains "étrangers" à partir de son acquisition par le duc de
Bourgogne Philippe le Bon en 1443. Ces "dominations
étrangères" seraient à compartimenter en bourguignonne
(1443-1506), espagnole (1506-1584), française (au temps de
Louis XIV: 1681-1697), hispano- (1698-1714),
autrichienne (1714-1795) et une nouvelle fois française (1795-
1814: Directoire et Empire), le Luxembourg (cette fois réduit à
la bottine du Grand-Duché, reste du "démembrement" par les
trois "partages" de l'ancien Luxembourg, cf. cartes pages 8 et
56) ne devenant à nouveau indépendant qu'en 1839. En
somme: une histoire de deux périodes d'indépendance,
encadrant une vaste parenthèse de sujétion, mais qui oublie
tout simplement que le sort du Luxembourg est lié, au moins
sous les Habsbourg, héritiers des ducs de Bourgogne, à celui
de la confédération des principautés des Pays-Bas.
Comme toujours dans les mythes, l'anachronisme rôde. Il
caricature les situations anciennes par des mots, dont le sens
ne s'entend que dans le cadre général d'un autre contexte
historique. L'indépendance? Elle se comprend aux siècles de
la montée des peuples citoyens, des nationalités et des États-
nations, donc à partir du 19ème siècle. Mais le concept est
sujet à caution sous l'Ancien Régime, où règnent des
dynasties avec des souverains, qui pour l'essentiel sont
reconnus comme légitimes par des populations qui ont leurs
libertés et privilèges et, le plus souvent, disposent d'une
représentation dite États et/ou d'un Conseil provincial. Pour
les Luxembourgeois, en général, les dynasties de Bourgogne,
les Habsbourg d'Autriche (Marie de Bourgogne épouse
Maximilien d'Autriche en 1477), d'Espagne (Charles Quint
est dès sa naissance en 1500 duc de Luxembourg) et à
12nouveau d'Autriche (1715-1790), sont des souverains
légitimes qui, somme toute, respectent les privilèges de leurs
sujets. Mais ils ont pour adversaires d'autres dynasties: les
Valois et les Bourbons notamment et c'est en raison de ces
rivalités entre dynasties que le Luxembourg avec sa
forteresse est le lieu d'opérations militaires, qu'accompagnent
parfois de grands malheurs comme la disette et la peste
(1636). Ainsi s'expliquent pour une grande part les
affrontements de François 1er et de Charles Quint dans la
première moitié du 16ème siècle, la Guerre de Trente Ans
(1618-1648), les campagnes de Louis XIV avec la prise
mémorable de Luxembourg par Créqui et Vauban en 1684.
En réalité, les Luxembourgeois autour de leur forteresse
remodelée ne sont un enjeu que dans des ensembles
politiques plus vastes qui les dépassent, auxquels ils
admettent, par des transferts de souveraineté dans l'ensemble
bien réglés, d'être incorporés, quitte à être l'objet à la fois
d'une gouvernance de loin (où se trouve le souverain) et de
près (où ses représentants sont parfois des gouverneurs
locaux, comme Pierre-Ernest de Mansfeld de 1545-1604 ou
Jean Beck mort en 1648). Par rapport au siècle de malheurs
que représente le 17ème siècle, le 18ème, à défaut d'être d'or,
est une ère de paix et de "lumières" sous l'égide de l'empereur
Charles VI (1715-1740), de l'impératrice Marie-Thérèse
(1740-1780) et de son fils Joseph II (1780-1790).
Le Luxembourg, lié aux Pays-Bas, a aussi son
particularisme, dû principalement à sa situation géographique.
Au cœur de l'ancien espace lotharingien, il est au 14ème et
15ème siècles un maillon clé pour les ducs de Bourgogne, qui
tentent de relier leurs principautés originaires (Bourgogne,
Franche-Comté) à celles du Nord (Brabant, Flandre) en vue de
créer un "État d'entre-deux" entre le royaume de France et
l'Empire. Par rapport aux Pays-Bas, la quasi province du Sud
qu'est le Duché de Luxembourg est dans une position
excentrique avec des voies de communication difficiles,
13coincée entre la principauté de Liège, l'électorat de Trêves et la
Lorraine. Pour la France enfin, quand elle entreprend ses
poussées vers l'est au temps des Valois et des Bourbons contre
les Habsbourg, elle bute, elle aussi, sur la forteresse de
Luxembourg (1684). Il en ira de même en 1795, quand, après
la capitulation de la forteresse au bout de six mois de siège, le est intégré avec l'ensemble des Pays-Bas
autrichiens et la principauté de Liège, à la France de la
Convention. Mais cette fois les idées nouvelles de la
Révolution française font qu'il ne s'agit plus seulement d'un
conflit traditionnel entre dynasties.
Ce qui est à l'œuvre à la fm du 18ème et au début du
19ème siècles, c'est la lutte contre le principe monarchique et
le combat pour le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes.
La majeure partie du Luxembourg devient le département des
Forêts, mais la population est peu préparée à recevoir l'œuvre
révolutionnaire. La bourgeoisie est faible, les ruraux sont sous
l'emprise d'un clergé peu formé, mais qui n'a pas trop apprécié
les réformes religieuses du pouvoir "éclairé" de Marie-Thérèse
et de Joseph II. Cette fois, les fonctionnaires français sont pris
en grippe, perçus comme des envahisseurs d'autant plus que
beaucoup d'entre eux ne savent pas, notamment dans le
quartier germanophone, la langue du pays qu'ils occupent.
Les réticences s'organisent: un parti "luxembourgeois"
remporte les élections contre les républicains français et
locaux. En 1798, la conscription fournit le ras le bol dans les
cantons de l'Éislek. Plusieurs milliers de paysans s'insurgent.
C'est le Klëppelkrich (guerre des gourdins) des réfractaires
luxembourgeois, sévèrement matés, pendant du Boerenkrijk
(guerre des paysans) en pays flamand et dans le Brabant
wallon. Feu de paille dans l'histoire réelle du Luxembourg,
le soulèvement deviendra mythe dans la mémoire collective,
symbole de résistance à l'occupant, symbole de combat pour
la foi et, dans l'histoire du Grand-Duché d'après 1815 et de
l'État autonome d'après 1839, symbole de lutte pour la
14patrie. Dans la réalité, trois ans à peine après ce
soulèvement, Napoléon Bonaparte conclut avec l'Eglise
catholique un concordat (1801) qui rétablit la paix
religieuse; la population accepte le nouveau régime. Deux
mois avant son couronnement (1804), le futur empereur
visite le département des Forêts. Dix ans plus tard (1814),
l'Empire napoléonien s'écroule dans l'indifférence.
***
Le congrès de Vienne (1815) redessine la carte de l'Europe
par des compromis qui s'inspirent de la légitimité
monarchique, du principe des compensations et de la volonté
de contenir la France. Pour le Luxembourg, cela conduit à un
statut assez compliqué. L'ancien duché devient grand-duché,
mais 2.280 km2 de territoires situés dans l'Eifel et à l'est de la
ligne fluviale Our, Sûre, Moselle (Schleiden, Saint-Vith,
Bitbourg) sont rattachés à la Prusse (cf. carte p. 56). Les
nouveaux Pays-Bas, réunissant la Hollande, Liège et les
anciens Pays-Bas autrichiens, sont offerts à Guillaume 1er
d'Orange-Nassau, qui en compensation de principautés
westphaliennes prises par la Prusse reçoit à titre personnel le
Grand-Duché de Luxembourg nouvellement créé. Pour des
raisons militaires cependant- il faut une place forte face à la
France -, le Grand-Duché doit entrer dans la Confédération
germanique nouvellement créée et une garnison prussienne
s'installe dans la forteresse fédérale de Luxembourg. Ce qui
complique encore les choses, c'est que le roi grand-duc
Guillaume 1er traite le Grand-Duché comme la 18ème
province de son royaume. Autoritaire, il IToisse, surtout en
matière religieuse, les libéraux et les catholiques belges qui se
révoltent en août-septembre 1830. Les Luxembourgeois, eux,
n'apprécient pas sa politique fiscale qui fTappe leurs petites
exploitations agricoles et leurs distilleries, ni le fait qu'il vende
une part importante du domaine luxembourgeois pour payer la
15dette publique néerlandaise. Ils se joignent donc à la révolution
belge. Les traités de Londres (1831) créent le royaume de
Belgique, et coupent le Grand-Duché de 1815 en deux: la zone
occidentale francophone est rattachée à la Belgique (province
de Luxembourg) et la zone orientale germanophone reste
grand-duché appartenant en propre à Guillaume 1er. Celui-ci
mettra huit ans pour accepter ce nouveau morcellement qui
sera consacré par un autre traité de Londres (1839).
L'historiographie luxembourgeoise voit dans cet État de
convention de 1839 le point de départ de l'État-nation
indépendant d'aujourd'hui intégré à l'Union Européenne. Il est
possible que cette vision "de l'État à la nation 1839-1989,,2,
où l'on voit le Grand-Duché, État fictif au départ, se réaliser,
s'émanciper et s'affirmer, affionter les défis, louvoyer pour sa
survie, s'adapter aux nécessités de toutes sortes, se faire sa
place dans la prospérité et l'équilibre international, soit encore
marquée de quelques traits anachroniques et mythiques: peu
importe! On peut lire dans le sommaire chronologique du
chapitre II la trame des faits, mais constater aussi que c'est, de
la part d'un petit poucet, du grand art d'avoir su passer ainsi,
indépendant, à travers les vicissitudes de l'histoire.
Finie la gouvernance de loin, même si l'indépendance
consiste en fait à se servir de marges de manœuvre restreintes.
L'administration s'organise: l'organisation communale (1843,
la justice (1848), la bienfaisance publique (1846), l'école
primaire (1843), si importante pour les langues, et
l'enseignement moyen (1849). Les voies de communication
(route et fer) se développent. Pays catholique relativement
homogène, le Grand-Duché n'ouvre de grand séminaire qu'en
1845 et ne devient évêché qu'en 1870. Point besoin de
2
Titre du catalogue de l'exposition du 150èrne anniversaire de
l'Indépendance du Grand-duché: De l'État à la nation 1839-1989,
150 ans indépendants.
3
Voir ce que dit G. Trausch dans le Guide Gallimard p. 25, et dans
1992, 83 ss.
16séparation officielle entre l'Église et l'État: les relations entre le
temporel et le spirituel se règlent par la concertation sur un
modèle plutôt concordataire. "Je veux que le Luxembourg soit
gouverné par les Luxembourgeois", déclare Guillaume II
(1840-1849), mais il ne concède que du bout des doigts la
constitution libérale élaborée par l'Assemblée constituante de
1848. Moins conciliant que son prédécesseur, Guillaume ill la
remplace par un texte plus conservateur et plus autoritaire
(1856). En 1868, après la dissolution de la Confédération
germanique, la nouvelle Constitution tient l'équilibre entre le
grand libéralisme de 1848 et la rigidité "de l'Est" de 1856.
L'avènement de la branche des Nassau-Weilbourg (1890)
donne au Luxembourg sa propre "maison" de grands-ducs,
dont on redoute d'abord qu'elle ne soit trop allemande. Marie-
Adelaïde en 1915, en des temps troublés, se veut souveraine
par la grâce de Dieu et provoque une grave crise politique, qui
aboutit en 1919 à son abdication et à une révision
démocratique de la Constitution: "la puissance souveraine
réside dans la nation". Au référendum de janvier 1919, les
Luxembourgeois et Luxembourgeoises (suffrage des femmes,
notons-le) votent à 80% pour le maintien de la dynastie, qui,
au-dessus de la mêlée politique, limitera dès lors son action à
des fonctions représentatives et jouira sous la Grande-
Duchesse Charlotte (1919-1964) et sous le Grand-Duc Jean
(1964-2000) d'une grande popularité.
Il est étonnant qu'aucune des tendances annexionnistes des
pays limitrophes (Allemagne, France, Belgique) pendant un
siècle d'indépendance - tout à fait relative, car le lien
dynastiqueavec les Pays-Bas existe toujours - n'ait eu raison
du petit Grand-Duché. L'Allemagne à la recherche de son unité
pouvait avoir ses prétentions: le Luxembourg avait fait partie
de l'Empire, était membre de la Confédération germanique
(depuis 1815) et du Zollverein (depuis 1842), parlait un
dialecte allemand (ans! Daitsch notre allemand, dit C.M. Spoo
en 1896), sa forteresse était sous garnison prussienne. Mais
17suite à la guerre austro-prussienne (1866), la Confédération
éclate et le Grand-Duché peut provisoirement prendre ses
distancesavec ses voisinsde l'Est.
La France pouvait, elle aussi, invoquer l'histoire: Louis
XN et la Révolution. En 1867, Napoléon ID, face à
l'expansion de la Prusse, cherche des compensations
territoriales. Il propose à Guillaume ID d'acheter son Grand-
Duché moyennant cinq millions de florins or. L'affaire,
pratiquement conclue, échoue faute de l'accord de Bismarck.
Un compromis trouvé à Londres fait que la France n'aura pas
le Grand-Duché de Luxembourg, mais Bismarck doit se retirer
de la forteresse de la ville, qui est démantelée. Les deux grands
se neutralisent. Le Grand-Duché est déclaré État neutre sous la
garantie des puissances signataires. On sait ce qu'il adviendra
de cette neutralité, qui sera violée deux fois en 1914 par les
troupes du Kaiser et en 1940 par celles de Hitler. Mais si,
pendant la Première Guerre mondiale, le pouvoir civil local
cohabite avec le pouvoir militaire allemand, le pays, au cours
de la Seconde Guerre mondiale, est marqué par une
douloureuse annexion et par une germanisation forcenée de la
part des nazis. En 1948, la neutralité de 1867 sera abandonnée
grâce à un amendement de la Constitution. Le Grand-Duché
peut dès lors signer le pacte de Bruxelles, faire partie de
l'OTAN, organiser son armée et se lancer dans l'aventure
européenne.
La Belgique? Elle avait bien montré quelques velléités de
voir "revenir" à elle des territoires luxembourgeois "cédés" à
contre-cœur aux Grand-Ducaux en 1839. Mais par rapport au
Grand-Duché qui s'émancipe plus qu'il n'est autonome, voire
indépendant, elle sera surtout un allié dans le domaine
économique, où, à défaut de la France souhaitée par 73% des
électeurs du référendum de 1919, elle signera en 1921 l'Union
économique belgo-luxembourgeoise (UEBL), puis à la fin de
la Seconde Guerre l'union du Benelux.
18Car le plus étonnant est l'inattendue réussite économique
du petit Grand-Duché, qui, faute de pouvoir vivre en autarcie,
doit rechercher par tous les moyens l'ouverture sur l'extérieur.
Le Zollverein, union douanière au début mal acceptée par la
population, lui est somme toute bénéfique de 1842 à 1918. Les
facteurs qui permettent le décollage économique du pays sont
multiples: la découverte des gisements de la minette (fer), la
construction de chemins de fer pour faire venir le charbon,
l'annexion de la Lorraine à l'Allemagne en 1871 qui ouvre la
perspective d'un grand bassin industriel régional Sarre-
Lorraine-Luxembourg4, les capitaux disponibles qui viennent
de Belgique (d'où l'importance de l'UEBL) et surtout
d'Allemagne. Le monolithisme de la très importante sidérurgie
risque pourtant de coûter cher au pays au moment de la crise
des années 1974-1975. Non sans imagination et habileté, le
Grand-Duché trouve la parade dans les programmes de
modernisation et de développement, suivis d'une politique de
diversification industrielle. Sa gestion sociale, sa solidarité
interne sont les conséquences d'une concertation
institutionnalisée réussie. fi est vrai que la montée en flèche de
la place fmancière de Luxembourg, due à la fois à des
décisions restrictives de grands pays et à des mesures
favorables prises par les autorités luxembourgeoises, apporte
de quoi amortir le choc de la crise. Sans trop de heurts, la
société industrielle passe à une société de services, dont on
peut apprécier les données au chapitre ill. Actuellement plus
des deux tiers de la population active travaillent dans les
services, un peu moins du tiers dans l'industrie. L'agriculture et
la viticulture n'occupent plus que quelques maigres pour-cent.
Le "surdéveloppement" économique eut pour conséquence
que le petit Grand-Duché, pays d'émigration au 19ème siècle
(entre 1840 et 1890, près de 70000 personnes seraient parties
4
Saar-Lor-Lux d'aujourd'hui muni d'un "+" pour signifier qu'elle
pourrait s'étendre demain aux régions de Trêves, du Palatinat
occidental et de la Wallonie.
19vers l'Amérique et la France), est largement tributaire de la
main d'oeuvre étrangère, frontalière ou non (cf. p. 32-33). Les
vagues successives d'immigrés, pour la plupart issus de pays
latins et de pays de l'Union Européenne, ont l'avantage de
donner à la population du Grand-Duché l'aide et l'ouverture
nécessaires, mais la diversité multinationale ne va pas sans
poser des problèmes à l'État luxembourgeois et surtout, si ce
mot a un sens, à la nation luxembourgeoise. Car si la
communauté luxembourgeoise possède tous les signes qui
caractérisent une nation, voire un État-nation -le grand-duché
a sa langue, son régime politique, ses symboles dynastiques et
populaires, sa mémoire collective, sa culture, sa forte
solidarité, sa volonté d'autonomie, sa diplomatie et son
économie dans des ensembles plus vastes et, aux heures
difficiles même, son sentiment patriotique -, il reste que cette
"nation" a des motifs d'inquiétude en ces temps de mutations
quantitatives et qualitatives (démographie galopante,
prépondérance du tertiaire), tout simplement parce qu'elle
risque de se dissoudre dans l'DE et de devenir minoritaire dans
son pays. Mais sans doute est-ce là une évolution inévitable,
qui préfigure pour partie ce que sera, toutes proportions
gardées, l'Europe future des nationalités regroupées de demain.
,..................................................
«De Feierwon», chant national. Titre original:
«D'Letzeburger». Texte de Michel Lentz (1859)
Dernier refrain (orthographe 1999)
Kommt hier aus Frankriiich, België, Preisen, / Mir
kënnen iech ons Heemecht weisen;/ Frot Dir no alle Siiiten
hin:/ Mir wëlle bleiwe wat mir sinn.
Venez de France, de Belgique, de la Prusse, / Nous
pouvons vous montrer notre patrie; / Renseignez-vous de tous
côtés: / Nous voulons rester ce que nous sommes.
20ll. CHRONOLOGIE
DE L'HISTOIRE DU LUXEMBOURG
er
1 volet: Des origines aux Bourguignons
Vers 100-10 avo J-C: Organisation et développement de l'oppidum
trévire du Titelberg, occupé par les Romains en 30 avoJ.-C.
58-50 avo J.c.: Conquête de la Gaule par César. Dernière décennie:
premières trames urbaines de Trèves sur la Moselle.
Fin 1er et 2ème siècles: "Paix romaine" après des crises de l'empire
et des révoltes en Gaule de l'Est; essor de la culture gallo-romaine.
275 de notre ère: Les habitats connus du territoire actuel du
Luxembourg sont détruits par des tribus franques.
Fin 3ème au Sème siècles: L'armée romaine fortifie l'arrière-pays
de Trèves, dont le Bock, promontoire du site actuel de la ville de
Luxembourg. Invasions germaniques. Dans le sens Nord-Sud naît
une frontière linguistique romano-francique, qui ne se stabilisera
qu'au 10ème siècle.
697-698: Irmine et Willibrord fondent l'abbaye d'Echternach, qui
sera aux 8ème et llème siècles un grand centre spirituel et artistique.
843: Le traité de Verdun crée trois royaumes: Francie occidentale
(France), Francie orientale (Allemagne), médiane
(Lotharingie intégrée en 921-925 dans le royaume de Germanie).
Vers 963: Sigefroid acquiert le Bock et y construit un fortin.
1136: Avec Conrad ITs'éteint la 1ère maison de Luxembourg. Henri
l'Aveugle hérite du comté qui s'unit à Namur, Laroche et Durbuy.
1214: Mariage d'Ermesinde de Namur-Luxembourg et de Waléran
de Limbourg. Le marquisat d'Arlon s'unit au comté de Luxembourg.
211244: Ermesinde accorde à la ville de Luxembourg ses premières
lettres de franchises. En 1247, elle fonde l'abbaye de Clairefontaine.
1308: Baudouin de Luxembourg, frère d'Henri VU, est consacré par
le pape archevêque de Trèves. Huit mois plus tard, Henri VU est élu
roi des Romains et devient empereur désigné.
1310: Mariage de Jean de Luxembourg avec l'héritière du royaume
de Bohême, qui entre dans le patrimoine des Luxembourg. Jean dit
l'Aveugle (Jang de Blannen) est très actif dans le comté, fonde la
foire de Luxembourg (1340) et meurt à la bataille de Crécy (1346).
1311: Henri VII est couronné roi des Lombards à Milan. Son
expédition italienne est un fiasco. Il meurt en 1313.
1346: Charles IV, fils de Jean l'Aveugle, est élu roi des Romains et
fait de Prague le centre politique et culturel du royaume. Il élève le
comté de Luxembourg au rang de duché en 1554 et le cède à son
demi-frère Wenceslas, époux de l'héritière du Brabant et du
Limbourg. Wenceslas acquiert le comté de Chiny. Charles IV est
empereur de 1355-1378.
1387: Sigesmond, fils de Charles IV, obtient la couronne de
Hongrie. Élu roi des Romains en 1410. Empereur de 1433-1437.
1388: Les Luxembourg, pour payer leur grande politique, cèdent
leur duché à leurs créanciers. La créance passe de main en main et
échoit à Élisabeth de Goerlitz, petite-fille de Charles IV.
1437: Les Luxembourg s'éteignent dans leurs branches masculines.
2ème volet: Des Bourguignons à la Révolution
1441: Traité de Hesdin. Élisabeth de Goerlitz cède l'engagère au
duc de Bourgogne Philippe le Bon, qui, en 1443, prend d'assaut la
ville de Luxembourg.
221461: Les États de Luxembourg reconnaissent le souveram
engagiste Philippe le Bon comme souverain légitime.
1477: Marie, fille de Charles le Téméraire, épouse Maximilien
d'Autriche. Le Luxembourg passe aux Habsbourg, qui régneront
sur les Pays-Bas jusqu'à la Révolution française avec quelques
interruptions pour le duché de Luxembourg au profit de dynasties
françaises: 1542-1544: François 1er; 1681-1697: Louis XIV; 1700-
1714: Philippe d'Anjou, roi d'Espagne.
1500: Charles-Quint est investi dès sa naissance du titre de duc de
Luxembourg pour contrer les prétentions des rois de France. Il
réorganise l'administration du Luxembourg en 1531. En 1542-
1544, François 1er prend deux fois la forteresse de Luxembourg
sans pouvoir s'y maintenir.
1559: Le roi de France Henri Il rend à Philippe II d'Espagne les
villes fortifiées de Thionville, Montmédy, Damvillers et Yvoix que
les Français avaient prises en 1558.
1579: Union d'Utrecht: les sept provinces du nord des Pays-Bas
forment les Provinces-Unies (protestantes); les dix provinces du
sud (avec le Luxembourg) forment les Pays-Bas catholiques
(espagnols, puis autrichiens).
1594-1603: Les Pères jésuites s'installent à Luxembourg, y ouvrent
un collège et favorisent la recherche historique.
1635: La France entre dans la guerre de Trente ans. Période très
noire de guerres et de pestes (à partir de 1636).
1657: L'Espagne cède à la France entre autres le sud du duché de
Luxembourg: Thionville, Montmédy, Damvillers, Marville, Ivoix.
1666: Les autorités locales choisissent la Vierge Marie, sous le
nom de Consolatrice des affligés, comme patronne du
Luxembourg. En 1677, les États en font de même.
231683: L'Espagne déclare la guerre à la France, qui de 1679-1681 a
fmi par occuper la quasi-totalité du duché. Siège et prise de la
forteresse de Luxembourg par les maréchaux de France Créqui et
Vauban. Ce dernier va remodeler la forteresse. En 1687, Louis
XIV visite Luxembourg en compagnie de Jean Racine.
1697, 1700, 1711, 1713-1714: Le Luxembourg change de
souverain: de Louis XIV à l'Espagne, de Charles II à Philippe
d'Anjou, de Philippe V à Maximilien-Emmanuel, électeur de
Bavière. A partir des traités d'Utrecht et de Rastatt, on a des Pays-
Bas autrichiens (l'empereur Charles VI) séparés de l'Espagne avec
ses colonies (Philippe V).
entrepris1726-1740: Grands travaux de fortifications à
Luxembourg par des Autrichiens.
1740-1780: L'impératrice Marie-Thérèse avec ses réformes, dont le
"cadastre", dénombrement de toutes les terres du duché en 1766,
entrepris en vue d'une répartition plus juste de l'impôt.
1780-1790: Joseph II impose la tolérance religieuse (1781),
supprime les ordres contemplatifs (1782). Ses réformes
administratives, judiciaires, religieuses provoquent dans les Pays-
Bas la "révolution brabançonne". Le Luxembourg n'y participe pas.
1794-1795: Siège et capitulation de la forteresse de Luxembourg.
La Convention annexe les Pays-Bas, la principauté de Liège et le
duché de Luxembourg. Celui-ci devient le département des Forêts.
1798-1799: La conscription et la politique religieuse du Directoire
provoquent des soulèvements. Dans l'Éislek, c'est le Klëppelkrich
(guerre des gourdins), sévèrement réprimé.
1801-1804: Le Concordat ramène la paix religieuse. Les
Luxembourgeois acceptent le régime. Napoléon Bonaparte visite le
département des Forêts.
1814: Prise de Luxembourg. Fin de l'empire napoléonien.
243èmevolet: Le Grand-Duché de Luxembourg
1815: Le Congrès de Vienne crée le Grand-Duché de
Luxembourg, mais attribue à la Prusse les territoires situés dans
l'Eifel et au-delà de la ligne fluviale: Moselle, Sûre et Our.
Guillaume 1er d'Orange-Nassau, roi des nouveaux Pays-Bas (pays-
Bas autrichiens + Provinces-Unies + Liège) reçoit en compensation
de terres familiales cédées à la Prusse, le nouveau Grand-Duché de
Luxembourg: c'est l'union personnelle entre les Pays-Bas et le
Luxembourg. En même temps, le Grand-Duché devient membre à
part de la nouvelle Confédération germanique: la ville de
Luxembourg est forteresse fédérale sous garnison prussienne.
1830: Révolution belge contre les Néerlandais. Le Luxembourg s'y
joint avec retard.
1831: À Londres, les puissances européennes décident de séparer
la Belgique des Pays-Bas. Le Luxembourg, revendiqué par les
deux, sera partagé. Le roi grand-duc Guillaume 1er refuse le
partage jusqu'en 1839. En attendant, le Grand-Duché est administré
par la Belgique, sauf Luxembourg sous garnison prussienne.
1839: Guillaume 1er accepte le traité de partage: la moitié ouest,
en gros francophone, passe à la Belgique alors que la moitié
orientale, entièrement germanophone, reste Grand-Duché, réduit à
la "bottine" actuelle (cf. carte page 8). Mais le Grand-Duché
continue à utiliser le français comme langue administrative,
judiciaire et culturelle. Par la loi de 1843, il l'inscrit, à côté de
l'allemand, comme matière obligatoire à l'école primaire.
1840-1849: Règne du roi grand-duc Guillaume II, souverain qui a
plus de considération pour le Grand-Duché (cf. sa statue équestre
sur la place du Knuedler à Luxembourg-ville) que son père
Guillaume 1er (1815-1840), vendeur du château de Vianden, ou
son fils Guillaume ill (1849-1890), qui veut vendre le Grand-
Duché à Napoléon ill en 1867, mais en est empêché par Bismarck.
251842: Le Grand-Duché entre en union économique avec la Prusse:
c'est le Zollverein (union douanière) qui durera jusqu'en 1918.
1850-1879: Henri, frère de Guillaume ill qui réside à La Haye, est
prince-lieutenant pour le Luxembourg. Il est très populaire.
1856: Création de la Banque internationale de Luxembourg et de la
Caisse d'épargne de l'État. La Constitution libérale de 1848 est
remplacée par un texte renforçant le principe monarchique. La
Constitution de 1868 évite de trancher entre le principe
monarchique et la souveraineté nationale. En 1919, une révision
limite les pouvoirs du Grand-Duc et déclare la nation souveraine.
1859: Inauguration de la première ligne de chemin de fer. Chant du
Féierwon (voiture de feu) avec la devise nationale (cf. page 20)
1866: Fin de la Confédération germanique. En 1867, le traité de
Londres décide de démanteler la forteresse de Luxembourg et de
proclamer la neutralité désarmée du Luxembourg.
1870: La ville de Luxembourg devient évêché; il sera promu
archevêché en 1985 lors de la visite du pape Jean-Paul II. Guerre
franco-allemande: la neutralité du Luxembourg est respectée.
Construction des premières usines sidérurgiques à Esch-sur-
Alzette. La découverte des gisements miniers date de 1842.
1890-1912: Mort de Guillaume ill sans héritier masculin: le
Grand-Duché passe des Orange-Nassau aux Nassau-Weilbourg.
C'est la fin de l'union personnelle avec les Pays-Bas. Le grand-duc
Adolphe (73 ans) prête serment devant la Chambre des députés,
mais réside pour l'essentiel de son temps en Bavière. A sa mort en
1905, Guillaume N, son fils, lui succède, mais n'ayant pas
d'héritier mâle, il fait changer le statut de famille (1907), de sorte
que sa fille aînée Marie-Adelaïde puisse lui succéder.
1912-1919: Marie-Adelaïde: grande-duchesse à 18 ans. Violation
de la neutralité luxembourgeoise par l'Allemagne, mais la grande-
duchesse reçoit le Kaiser au palais (1914). Une crise politique
éclate en raison de la dissolution de la chambre de gauche par la
26grande-duchesse qui fait le jeu du parti catholique de la droite
(1915-1916). Troubles à Luxembourg. Tentative d'ériger la
république. Les troupes françaises entrent à Luxembourg (1918-
1919). Dénonciation du Zollverein (Union douanière) en 1918.
Abdication de Marie-Adelaïde - qui se retire au Carmel et meurt
en 1924 - au profit de sa sœur Charlotte (janvier 1919). Double
référendum: les Luxembourgeois et Luxembourgeoises votent à
80% pour le maintien de la dynastie et à 73% pour l'union
économique avec la France (septembre 1919).
1920: Le Luxembourg entre dans la Société des Nations. Après le
refus de la France, signature de l'Union économique avec la
Belgique (union économique belgo-luxembourgeoise: UEBL).
1935-1936: Manifestations ouvrières: introduction des contrats
collectifs; reconnaissance des syndicats par le patronat.
1940-1944: L'Allemagne viole la neutralité luxembourgeoise. La
Grande-Duchesse Charlotte et le gouvernement s'exilent (mai
1940). Un Gauleiter (chef d'administration régional) est désigné
pour germaniser les Luxembourgeois au pas de charge (août 1940).
L'usage du français est interdit. Les organes de l'État sont dissous.
Interdiction des partis politiques et des syndicats (août-octobre
1940). À l'occasion d'un recensement organisé par l'occupant, les
Luxembourgeois plébiscitent leur langue maternelle et leur
nationalité (octobre 1941).
1942-1944: Le Gauleiter introduit le service militaire pour les
jeunes Luxembourgeois. La population résiste par une grande
grève réprimée par les armes. Elle protège et cache beaucoup
d'enrôlés (août-septembre 1942). Des chefs de la résistance
luxembourgeoise sont exécutés (février 1944). Libération du
Luxembourg par les Américains (10 septembre 1944), mais les
Allemands reprennent l'offensive en décembre-janvier: la bataille
des Ardennes ravage le nord et l'est du pays.
1944: septembre: union économique entre la Belgique, les Pays-
Bas et le Luxembourg (Benelux).
271945: Le Luxembourg signe la charte des Nations-Unies.
1948: La neutralité de 1867 est abolie par un amendement de la
Constitution. Le Luxembourg signe le pacte de Bruxelles, puis le
pacte de l'OTAN (1949).
1950-1952: Le Luxembourg répond favorablement à l'appel de
Robert Schumann du 9 mai 1950. La ville de Luxembourg, sur
proposition de Joseph Bech, est choisie en 1952 comme siège
provisoire de la Communauté européenne du charbon et de l'acier.
À côté de Bruxelles et de Strasbourg, Luxembourg sera conftrmé
comme siège de l'Union Européenne en 1992.
1962: Création du Fonds d'urbanisation et d'aménagement du
plateau du Kirchberg, futur quartier européen de Luxembourg.
1964: La Grande-Duchesse Charlotte très populaire abdique en
faveur de son ftls Jean, époux de Joséphine-Charlotte, soeur du roi
des Belges Baudoin.
1974-1983: La crise sidérurgique frappe l'Arbed (Aciéries réunies
de Burbach, Eich et Dudelange créé en 1911) au moment, où la
production d'acier est au sommet (1974). Fermeture des mines de
la minette (1981). Impôt de solidarité national pour sauver l'Arbed
qui garde une gestion conforme à l'économie libérale (1982-1983).
Abandon des hauts-fourneaux et option pour la ferraille et la ftlière
électrique en 1993. Fusion de l'Arbed avec Usinor et Aceralia dans
l'Arcelor, premier producteur mondial d'acier, dont le siège est à
Luxembourg (2002).
2000: Le Grand-Duc Jean abdique en faveur de son ftls Henri qui a
épousé en 1980 Maria-Teresa Mestre. Guillaume, ftls aîné, devient
grand-duc héritier.
28III. FLASHS SUR LE
GRAND-DUCHÉ ACTUEL
Carte d'identité politique et administrative
Dénomination officielle: Grand-Duché de Luxembourg
Forme de gouvernement: Monarchie constitutionnelle sous le
régime de la démocratie parlementaire
Chef d'État: Son Altesse Royale le Grand-Duc Henri, sixième
souverain de la dynastie de Nassau-Weilbourg
Chef du gouvernement: Premier Ministre J.C. Juncker (2003)
Partis au (0l/2003: coalition PCS / PDL).
Depuis 1937, six des 7 premiers ministres sont chrétiens-
sociaux (PCS). Un seul, de 1974-1979, était libéral (PDL).
Partis représentés à la Chambre des députés (depuis 1989: 60
élus; système unicaméral)
PSC: Parti social chrétien. CSV: Chrëschtlech Sozial
Vollekspartei.
PDL: Parti Démocratique Luxembourgeois. DP:
Demokratesch Partei.
POSL: Parti Ouvrier Socialiste LSAP:
Lëtzebuerger Sozialistesch Aarbechterpartei.
Comité d'action ADR. Aktiounskomitee fir Demokratie a
Rentegerechtegkeet (= justice des retraites)
Les verts. Déi Gréng. -- La Gauche. Déi Lénk.
Seconde instance: Conseil d'Etat avec 21 conseillers nommés
Fête nationale: 23 juin
Hymne national: Ons Heemecht / D'Uelzecht cf. page 32
Devise nationale: tirée du De Feierwon (voiture de feu), p.22
Drapeau: Trois bandes rouge, blanche, bleu ciel, disposées
horizontalement. Semblable à celui des Pays-Bas, dont le
bleu cependant est un bleu outremer.
Langue nationale: Lëtzebuergesch (luxembourgeois)
Langues administratives: français, allemand, luxembourgeois
Capitale: Luxembourg
29Subdivisions administratives:
3 districts: Luxembourg, Diekirch, Grevenmacher
12 cantons: Esch-sur-Alzette, Mersch,
Capellen; Diekirch, Redange, Wiltz, Clervaux, Vianden;
Grevenmacher, Remich, Echternach;
118 communes (depuis 1978).
Territoire
Superficie: 2 586 km2 dont agricole 49%, boisée 34%, bâtie
8,2% (en 2001, mais 7% en 1999,4,3% en 1990)
Régions naturelles: au Nord: l'Oesling (Éislek) 826 km2
au Sud: le Gutland (Guttland, bon pays) 1758 km2
Dimensions maximales: Nord-Sud: 82 km; Est-Ouest: 57 km
Altitudes: maximale: Wilwerdange, 560 m; minimale:
Wasserbillig, 130 m; Luxembourg-Ville: 300 m
Frontières: 356 km, dont avec la France: 73 km; avec
l'Allemagne: 135 km; avec la Belgique: 148 km
À l'étude: aménagement en 6 régions dans le cadre de la
Grande Région Sarre-Lor(raine)-Lux(embourg) + Trèves /
Palatinat occidental-Wallonie.
Paysages touristiques
Luxembourg-Ville (81.800 habitants). Site remarquable.
Ville haute moderne sur plateau rocheux découpé à pic; trois
villes basses anciennes: Grund (De Gronn, Ie fond), Clausen,
Pfaffenthal (Pafendall, vallée des clercs) dominé par le
viaduc Grande-Duchesse Charlotte du Kirchberg, quartier
européen. Multiples ponts vieux et neufs. Corniche.
Casemates. Cathédrale. Palais grand-ducal. Vallée-gorge de
la Pétrusse. Le fort Thüngen (Driii Eechelen, Trois glands).
L'Oesling dans le massif boisé des Ardennes avec le
plateau de Troisvierges (Elwen). Clervaux et son abbaye.
Wiltz. Le Parc naturel de la Haute-Sûre. Vianden et son
30château. La Nordstad ("ville du Nord") constituée par le
couple urbain Ettelbruck-Diekirch. De Weiswampach à
Rosport, de part et d'autre de l'Our et de la Sûre: parc naturel
germano-luxembourgeois
Le Gutland ("Bon Pays") constitué de campagnes et de
forêts, avec le plateau du Grès de Luxembourg. Des vallées
agricoles s'étendent à ses pieds. L'imposante vallée vinicole
de la Moselle (route du vin de Schengen voire Mondorf-Ies-
Bains à Wasserbillig). La "Petite Suisse" ou le Mullerthal
(Mëllerdall, vallée du meunier) avec Echternach, son abbaye
et sa procession dansante. Les terres rouges au sud des
dépressions marneuses, terre de minette du bassin minier
(Minettsgéigend: Esch-sur-Alzette, Schifflange, Dudelange,
Differdange, Rodange). La vallée pittoresque des sept
châteaux de Mersch (cf. aussi son Centre national de
littérature), Schoenfels, Hollenfels, des deux châteaux
d'Ansembourg, de Septfontaines et de Koerich.
Économie et frontaliers
Devise: euro
Produit intérieur brut: le plus élevé de l'Union Européenne
Taux de croissance réelle (en 2001): 3,5%, mais tendance
nette à la baisse (mi-2003)
Taux d'inflation: en 2001: 2,7%; en 2000: 3,2%
Exportations: 9,08 mia. euros. Importations: 12,3 mia. (2001)
Nombre d'établissements fmanciers:
1960: 17; 1970: 37; 1980: 111; 1990: 177; 1995: 222;
2000:209; 2002: 189.
Population active (en %): 1947 1970 2001
Agriculture 26,4 9,7 1,3
Industrie 39 44,2 22,7
Services 34,4 46,1 76,0
Emploi intérieur total en 2002: 285.700, dont
emplois salariés (en 2002 par 1000): 268.8 dont
31Agriculture, viticulture, sylviculture, énergie, eau: 2.6
Industries extractives et manufacturières: 33.8
(minerais et métaux: 10.8)
Bâtiment et génie civil: 27.1
Commerce et réparations: 35.4
Hôtels et restauration: 10.8
Transports et communications: 23.1
Services immobiliers, location, pour les entreprises: 42.8 fmanciers: 33.1
Autres services: 60.1
Croissance de l'emploi (2000/2001): 6,2%; chômage: 3%.
Production de vin (en 2000/2001 par 1000 hectolitres): 131.9. d'acier brut (en 2000 par 1000 tonnes): 2.571
Production produits laminés (en 2000 par 1000 tonnes): 4.571
Entreprises à la Chambre de commerce (2001): 31.890
Réseau national routier (en km): 2863, dont autoroutes: 115
Frontaliers non-résidents en 2000: 87.4; en 2001: 97.3; en
2002: 102.9 (par 1000) dont
France: en2000: 46.6; en2001: 51.8; en2002: 54.4
Belgique: 24.3; 26.7; 28.3
Allemagne: en2000: 16.5; en2001: 18.8; en2002: 20.2
Frontaliers résidents: nombre stable vers 0.7 (depuis 2000)
Agents et fonctionnaires internationaux: nombre stable 7.6-8.
Population et démographie
Population totale (début 2002): 441.300 habitants
(estimation janvier 2003: 448.300), dont 81.800 à
Luxembourg, ville et campagne (canton).
Densité moyenne nationale au km2: 172 habitants; densité
du bassin minier (canton d'Esch-sur-Alzette): 555 hab./km2;
Esch-sur-Alzette ville: 1.771 hab./ km2. La capitale
Luxembourg, ville et canton, concentre sur moins de 2% du
territoire du Grand-Duché 1/5è de la population et plus de
324/1Oè des personnes actives. Densité de Luxembourg-Ville:
1.590 hab.! km2
Nationalités: Luxembourgeois: 277.600
Étrangers: 170.700, soit 38,1% ou si l'on se réfère à d'autres
sources (cf. biblio): 183.000, soit 39,8%. Pour comparaison:
la part des étrangers représente en France 6,5%, en Belgique
8,7% et en Allemagne 8,9%. Si on ajoute les 100.000
travailleurs frontaliers (sur les 150.000 environ de la Grande
Région Saar-Lor-Lux -TrèvesIPalatinat occidental- Wallonie),
on voit que la main-d'œuvre étrangère issue de l'immigration
et des frontaliers s'élève à 65% de la population active du
Grand-Duché.
Les groupes d'étrangers les plus importants sont (chiffres
estimés de 2003): les Portugais (61.400), les Italiens
(19.000), les Français (21.600), les Belges (15.900), les
Allemands (10.200), les Britanniques (4.700), les Néerlandais
(3.600), le reste de l'Union européenne (9.700), les autres
pays du monde (Asiatiques, Américains, Cap-
Verdiens,Yougoslaves, etc.: 24.600). La ville de Luxembourg
compte plus de 50% d'étrangers et le pays, en 2002, plus de
155 nationalités.
Solde naturel négatif des Luxembourgeois:
Les Luxembourgeois constituent une population vieillissante.
Leur solde naturel est négatif depuis 1967: le niveau de
fécondité ne renouvelle pas les générations: 1,50 en 1980;
1,78 en 2000. En 2001, pour la première fois, les naissances
d'étrangers ont été plus nombreuses que celles des
Luxembourgeois. Selon toutes les prévisions, la population
augmentera et plus la population sera importante, plus la part
des Luxembourgeois d'origine sera faible. Cette perspective
pose des problèmes économiques, territoriaux, sociaux
(prospérité, niveau de protection sociale) et linguistiques. On
craint en effet que la diminution du nombre des
luxembourgophones entraîne un affaiblissement du sentiment
d'appartenir à une même communauté nationale.
33L'hymne national luxembourgeois : «Ons Heemecht»
Texte de Michel Lentz. Musique d'Antoine Zinnen (1864)
Ons Heemecht
Wou d'Uelzecht durech d'Wisen zéit,
Duerch d'Fielsen d'Sauer brécht,
Wou d'Rieflaanscht d'Musel dofteg bléit,
Den Himmel Wain ons mécht,
Dat ass onst Land, fir dat mir géif
Heinidden alles won,
:,: Onst Heemechtsland, dat mir sou déif
An onsen Hierzer dron :,:
o Du do uewen, deem seng Hand
Duerch d'Welt d'Natioune leet,
Behitt Du d'Lëzebuerger Land
Vumfrieme Joch a Leed!
Du hues ons ail aIs Kanner schonn
De fraie Geescht jo ginn.
:,: Loss viru blénken d'Fraiheetssonn,
Déi mir sou laang gesinn. :,:
Notre patrie.
Là où l'Alzette coule à travers prés, / Où la Sûre perce les rochers,
/OÙ la vigne le long de la Moselle / fleure bon le parfum / Et où le
ciel nous fabrique du vin, / Voilà notre pays pour lequel/Nous
prendrions / Ici-bas tous les risques, I:,: Notre terre natale que nous
portons / Tout au fond de nos cœurs :,:
(Ouatrième strophe)
o Toi là-haut, dont la main / Par le monde guide les nations, /
Préserve le pays de Luxembourg / Du joug étranger et du malheur!
/ Puisque dès notre enfance, / Tu as, à nous tous, accordé l'esprit de
liberté I:,: Continue à faire briller le soleil de la liberté / Que nous
avons aperçu depuis si longtemps :,:
34IV. LA SITUATION LINGillSTIQUE DU
GRAND-DUCHÉ
Il faut bien distinguer la situation linguistique
-prévue par la législation et les accords du Grand-Duché
- historique momentanée, quand il est possible de la retracer
- concrète et réelle, telle qu'on peut l'observer et l'interpréter
dans le cadre multilingue du Grand-Duché d'aujourd'hui
La législation sur le régime des langues
La loi de 1984 déclare que
1. "La langue nationale des Luxembourgeois est le
luxembourgeois" .
2. "Les actes législatifs et leurs règlements d'exécution sont
rédigés en français"; mais une langue autre que le français
peut faire foi pour d'autres réglementations.
3. "En matière administrative, contentieuse ou non
contentieuse, et en matière judiciaire, il peut être fait usage
des langues française, allemande ou luxembourgeoise"; mais
4. "Lorsqu'une requête est rédigée en luxembourgeois, en
français ou en allemand, l'administration doit se servir, dans
la mesure du possible, pour sa réponse de la langue choisie
par le requérant".
Donc une langue nationale, trois langues administratives
possibles et surtout des usages officialisés sans langue
officielle privilégiée.
En dépit de sa langue nationale d'origine germanique, le
Luxembourg fait cependant partie des pays francophones.
Pour opter pour la nationalité luxembourgeoise ou
l'acquérir par naturalisation, il faut avoir une connaissance
active et passive d'une des trois langues administratives et,
depuis 1939, une connaissance de base certifiée du
luxembourgeois. Mais pour être éligible, la connaissance
parfaite du luxembourgeois suffit.
35Les langues dans l'histoire du Luxembourg
Au Luxembourg, le plurilinguisme est de tradition.
- Du temps des Romains, le trévire-mosellan a probablement
cohabité avec le latin. Évoluant vers un latin vulgaire
mosellan, il a pu constituer pour un temps un îlot roman dans
un environnement franc germanisé.
- La frontière linguistique actuelle entre pays romanophones
et germanophones est le résultat du flux et reflux de
populations franques et gallo-romanes. Elle semble ne s'être
stabilisée du Nord au Sud qu'au 10ème siècle, la partie de
l'actuel Grand-Duché étant située en zone germanophone.
Pour décrire la situation linguistique historique et actuelle,
il faudrait faire des distinctions qui, faute de documents et
d'études appropriées, sont souvent ignorées: la langue des
souverains et gouvernants peut ne pas être la même que les
éventuelles langues d'administration ou de communication
des chancelleries, et se différencier des langues parlées par
les populations dans la zone choisie de l'ensemble politique
envisagé (Comté, Duché ou Grand-duché de Luxembourg).
- En 1643,par exemple, Thionville capitule devant le prince
de Condé. Le maire le salue en latin, "car il ne savait pas le
français". La cité se situe du côté germanique de la frontière.
- En 1684, sous l'occupation de Louis XIV, l'usage de
l'allemand est officiellement banni; le français pénètre aussi
l'administration locale de la zone germanophone. Mais la
population continue à parler d'un côté les dialectes wallons et
de l'autre ses dialectes germaniques.
- L'introduction du code Napoléon (1804) favorise encore
l'emploi du français dans le domaine de la justice. Mais à la
fin du siècle, le député C.M. Spoo déplore à la chambre que
l'on "abuse le peuple par les langues étrangères".
- À Londresen 1839,les languesjouent un rôle capital, car le
nouveau Grand-Duché est situé tout entier en zone
germanophone. Mais les notables craignent la germanisation
36et privilégient par conséquent le français comme langue dans
l'administration, la justice et largement dans la vie politique.
- Le positionnement linguistique comme acte politique
volontariste devient patent en 1843, où le français devient
langue d'enseignement dans le primaire au même titre que
l'allemand. Quant au luxembourgeois, il est favorisé surtout
par des interventions solennelles de députés (1848 et 1896) et
par l'abondante production littéraire de Michel Lentz (1820-
1893), Dicks (Edmond de la Fontaine, 1823-1891) et Michel
Rodange (1827-1876).
- L'importance du Lëtzebuergesch comme langue maternelle
parlée, liée cette fois à un sentiment national indéniable,
devient évidente en 1941 lors du référendum organisé par
l'occupant et, bien sûr, à l'occasion de la loi de 1984.
- L'emploi du français comme langue d'administration et de
communication entre étrangers et de la population étrangère
avec les Luxembourgeois natifs augmente à partir des années
1960. Depuis, on ne peut plus ignorer parmi les langues du
Grand-Duché celles des 150.000 résidents étrangers (surtout
le portugais et l'italien) qui enrichissent le multilinguisme
(très variable et très varié) des 280.000 luxembourgophones,
auxquels il faut ajouter les 30 à 50.000 personnes parlant le
francique limitrophe en France, Belgique et Allemagne.
- Sur le plan scolaire, le Lëtzebuergesch est matière à l'école
primaire depuis 1912 (une petite heure!). Il a été reconnu un
temps par le programme européen "Lingua" (1989). Depuis
1999, le gouvernement agit fortement pour que le
Lëtzebuergesch serve de langue d'intégration pour les
étrangers et immigrés. Il s'efforce aussi d'obtenir une
reconnaissance du luxembourgeois comme langue de l'UE.
Les langues au Grand-Duché actuel
Sur le terrain, la situation linguistique est très variée,
mélangée, voire superposée suivant les domaines, les lieux,
37

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