Parlons Manjak

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Ce livre présente cette langue de Guinée-Bissau, des éléments de conversation courante, quelques textes bilingues, des données sur la culture du peuple manjak ainsi que deux lexiques, manjak-français et français-manjak. C'est le premier ouvrage aussi complet sur la langue et la culture de ce peuple.
Publié le : samedi 1 décembre 2007
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EAN13 : 9782296188037
Nombre de pages : 231
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PARLONS MANJAK
Langue de Guinée-Bissau

2007 5-7, rue de l'Ecole polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion. harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo. fr

@ L'Harmattan,

ISBN: 978-2-296-04645-0 EAN : 9782296046450

Carfa MENDÈS et Michel MALHERBE

PARLONS MANJAK
Langue de Guinée-Bissau

L'Harmattan

Collection

Parlons. . . dirigée par Michel Malherbe

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Carte de Guinée Bissau
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CAm EIHNIQUE

Introduction
Les Manjaks constituent environ 12% de la population de GuinéeBissau qui totalise 1.200.000 habitants. Rappelons que ce pays est enclavé entre le Sénégal au Nord et la Guinée Conakry à l'Est et au Sud. La côte atlantique, à la mangrove abondante, compte une soixantaine d'îles peuplées par l'ethnie des Bijagos qui a laissé son nom, légèrement défonné, à l'ensemble du pays. Les Manjaks habitent une zone délimitée par le fleuve Cachéu, l'Océan atlantique et le fleuve Mansoa, dans la partie côtière centrale du pays. Cette région abrite quatre groupes ethniques principaux: les Diola, auxquels appartiennent les Felùpe, Baiotes et Balantes ; les Manjakù avec les Brames, les Papels, Mankagns, Banhùm, Cassangas et Cobianas ; les Beafadas et Na1ùs etc. Ces ethnies possèdent un tronc ancestral commun lié à leur famille linguistique. Leur organisation hiérarchique est du type mandingue avec des classes sociales bien nettes de nobles, de religieux et
d' artisans. . .

Pour échapper à la rudesse de la colonisation portugaise, bon nombre de Manjaks, peuple d'agriculteurs pacifiques, durent émigrer, surtout vers deux pays voisins le Sénégal et la Gambie, où ils exercèrent toutes sortes de métiers comme porteurs dans les marchés, matelots sur les bateaux ou tisserands. Curieusement, c'est à la suite de ces contacts avec les peuples voisins que le nom de manjakù s'est fixé. Dans leur langue, ce mot signifie je te dis, phrase qu'ils répétaient souvent en essayant de se faire comprendre. De la même façon, les Manjaks appellent les Wolofs Bajakin ce qui signifie dis-moi. Aujourd'hui, on oublie cette origine et le tetme manjak, plus précisément manjakù, est celui de l'ethnie et de la langue. Au Sénégal, les Wolofs les appellent Ndiago, les Français écrivent parfois mandjaque et les Portugais manjaco. Aujourd'hui on compte près de 100.000 Manjaks au Sénégal, 20.000 en Gambie et plusieurs dizaines de milliers en Europe, essentielletnent au Portugal et en France. Au total, le nombre de locuteurs de manjakù est de l'ordre de 300.000 personnes.

Un peu d'histoire Les premières infonnations concernant le territoire de la Guinée Bissau ne sont pas antérieures au XIIlème siècle quand des populations NaIu et Landuma s'y établirent à partir de l'empire du Ghana, alors en déclin. C'est un négrier portugais du nom de Nuno Tristao qui fut le premier Européen à aborder la Guinée-Bissau en 1446 mais c'est en 1588 que fut établi le premier établissement à Cacheu, qui devint rapidement l'un des principaux centres de commerce des esclaves. Les gouverneurs portugais dépendaient hiérarchiquement du CapVert. La Guinée Bissau était une source d'or et un réservoir d'esclaves pour les puissances européennes, Portugal, GrandeBretagne, Hollande et France, qui rivalisaient pour dominer ce commerce. Dès 1630 une capitainerie générale est mise en place pour administrer le territoire. En 1642, les Portugais fondèrent les villes de Farim et de Ziguinchor (en Casamance) et le commerce prit de l'ampleur. De 1753 à 1775, ils construisirent la forteresse de Bissau avec de la main d'œuvre amenée du Cap-Vert. En 1800, les Britanniques prennent pied dans la partie Sud du pays et occupent l'île de Bolama. Durant tout le régime esclavagiste, qui se prolongeajusqu'en 1866, la Guinée portugaise resta liée au Brésil parce qu'elle lui fournissait les esclaves et qu'en retour le Brésil envoyait ses trafiquants et ses fonctionnaires. Une importante communauté métissée se développ~ sa culture mêlant les coutumes africaines et celles des Portugais. Le portugais du Brésil influença grandement le parler local. Après}' abolition de l'esclavage, les puissances coloniales se partagent }'Aftique. Un arbitrage du Président américain Grant attribue la Guinée Bissau aux Portugais en 1870. Cependant les populations locales, sévèrement exploitées par le colonialisme portugais, particulièrement dur et inhumain, se révoltent constamment et le pays ne connaît pas la paix. Les Diolas infligent

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une sévère défaite aux Portugais en 1879 à Djufunco. Les Portugais séparent alors la Guinée Bissau du Cap-V00. Des insUITectionsdes diverses ethnies, que les Portugais font tout pour opposer les unes aux autres, éclatent périodiquement jusqu'en 1925. Les Bijagos ne se soumirent qu'en 1936. Les Portugais distinguaient les indigènes des civilisés, aux statuts très différents. Les investissements au profit de la population furent quasi-inexistants et l'analphabétisme était général (95%). En 1941, la capitale administrative est transférée de Bolama à Bissau e~ en 1952, la Guinée-Bissau passe du statut de colonie à celui de province d'outre-mer du Portugal. Cependant bon nombre de fonctionnaires sont Cap-Verdiens. En 1956, l'un d'entre eux, Amilcar Cabral fonde le PAIGCV, Parti Africain pour l'Indépendance de la Guinée et du Cap-Vert. Après la répression d'une grève générale en 1959, la situation empire et la gueITe de l'indépendance commence en 1963 (après que les autres Etats d' Aftique occidentale aient acquis la leur). En 1968 les 2/3 du pays échappent à l'autorité portugaise. En 1973, Amilcar Cabral est assassiné par les Portugais mais la nouvelle Assemblée nationale proclame l'indépendance, reconnue par la plupart des pays et les Nations-Unies. Cependant, la question ne sera défmitivement réglée qu'après la révolution des œillets au Portugal qui met fin à la dictature de Salazar. Luis Cabral, demi-frère d'Amilcar devient président mais il est renversé en 1980 par Joao Bernardo Vieira, chef des années, ce qui met aussi fin à l'union avec le Cap- Veft. En 1988 le peso guinéen est remplacé par le franc CFA comme monnaie nationale. Après plusieurs autres présidents, Joao Bernardo Vieira est élu président en 2005.

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La Guinée Bissau en chiffres
Superficie: 36.125 km2 Population 1.200.000 habitants Indépendance: 24 septembre 1973 Huit régions administratives: Bissau, Cacheu, Dio, Bafata, Gabu, Tombali, Bula et Bolama Villes principales Bissau (capitale, 250.000 h), Bafata, Gabu, Cachungu Ethnies principales: Balante (270.000h), Peul (180.000h), Manjaku (I25.000h), Mandingue (120.000h), Pepel (IOO.OOOh) Ethnies minoritaires: Biafar (Beafada, 32.000h), Mankagne (30.000h), Bijago (25.000h), Diola (Jola, Feloup, 17.000h), Bagnoune, NaIu, Bayote, Cassanga, Soninké Démographie: 41% de la population a moins de 14 ans Langues: le portugais est langue officielle, un créole portugais, très répandu, sert de langue véhiculaire entre les diverses ethnies. Religions: animistes (65%), musuJmans (30%), chrétiens (5%) Ressources naturelles: bauxite, phosphate, pétrole, bois d'œuvre, pOIsson Produits agricoles: le secteur agricole représente 82% de l'économie (riz, huile de palme, arachide, coton, noix de cajou) Importations: 176 millions $ US par an (dont 35% du Sénégal) Exportations: 116 millions $ US (dont 62 millions. en noix de cajou vers l'Inde) Monnaie: le franc CFA (l€ vaut 655 francs CFA) PNB I habitant: 800$ US

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Première partie La langue manjak
La langue manjak donne beaucoup de difficultés à qui veut la parler ou même l'écrire. Jusqu'à une date récente en effet, elle n'était pas écrite. Il n'y avait pas de règles générales pour la prononciation, la grammaire et, à plus forte raison, l'orthographe des mots. « A vrai dire, j'ai toujours appris que le manjakù venait de l'ethnie jola». Jusqu'à aujourd'hui, dans le village manjakù de Timats en Guinée-Bissau, plusieurs habitants parlent couramment la langue Jola. Cette langue n'est pas parlée que par les Manjakù, mais aussi par leurs cousins d'origine, les Mankagns et les Papels-Brams : - Les Mankagns sont localisés plutôt à l'Est du pays Manjak - Les Papels-Brams, se trouvent au Sud du pays jusqu'à Bissau. Ces deux langues, présentent de grosses différences de prononciation et de vocabulaire. Les Manjakù disent souvent ùcaak inja, notre pays. L'unité de langue n'existe pas quant à la prononciation ou au vocabulaire. « Mais nous nous comprenons tous fort bien... }) Le Manjakù comme tout Africain, aime bien plaisanter et se moquer de son interlocuteur sur la différence des prononciations et lui dit en riant: « Tu ne prononces pas aussi bien que moi; tu es de Babok... ou de Kalëkëss... ou de Kayù... ou de Pëlùnd. ..ou de eùr etc. }) Son interlocuteur lui répond: « Tu ne parles pas mieux que moi! » Tout cela en plaisantant. Enfm, selon la situation des villageois, le vocabulaire s'est trouvé enrichi, ça et là, de mots nouveaux empruntés à d'autres ethnies au pays: «Cela peut être à l'occasion de voyages ou d'alliance à l'étranger». Je peux aussi vous dire que le Manjakù pur ne me semble plus exister. Nous prononçons d'autres mots à base de portugais qui est notre langue officielle en Guinée-Bissau ou de

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créole-portugais. Pour cel~ je me pose sans arrêt la question: quelle langue, dans notre monde actuel, se trouve encore dans son état « d'origine» ? Personnellement, je n'arrive pas à exprimer dans ma propre langue manjak ooe phrase entière sans employer un mot étranger: français ou portugais... En ce qui concerne cette culture manjak, j'ai voulu mettre toute ma force à bien préciser la prononciation et le vocabulaire pour pouvoir fixer au moins quelques règles d'écriture... Pour que le manjakù soit connu officiellement par les conventions, il nous faut beaucoup d'efforts. Cependant, au Sénégal, depuis avril 2002, la communauté manjak de ce pays, sous l'initiative de l'Association Kajiër Manjaku, a obtenu que l'orthographe de la langue soit normalisée, ce qui entraîne de facto que le manjak soit reconnu comme langue nationale du pays. Les conventions adoptées peuvent toutefois légèrement différer des pratiques de Guinée-Bissau.

Les langues de Guinée Bissau Toutes les langues du pays font partie d'une même grande famille appelée Digéro-congolaise à laquelle appartiennent, entre autres, le wolof: le sérère et le peul parlés au Sénégal. Les langues les plus importantes de cette famille, parlées en Guinée-Bissau, sont le balante, le peul, le manjakù, le mandingue, le pepel, le biafar, le mankafi, le bijago, le feloup (un dialecte du jola ou diola), le soninké etc. Certains considèrent que le mankati et le pepel sont des dialectes du manjakù, ce que réfutent les intéressés. Cependant la langue véhiculaire de Guinée-Bissau et un créole à base de portugais dit kriulo, parlé par plus de la moitié de la population. Le portugais, quant à lui, est langue officielle et s'emploie notamment dans les relations internationales. Dans les écoles, l'enseignement se donne en portugais.

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Alphabet et prononciation Seule la pratique vous pennettra de vous habituer correctement à la prononciation. Mais aucun Guinéen ne vous fera de reproche pour quelques meurs, d'autant plus que sa langue comporte différentes fonnes dialectales de prononciation. Pour améliorer progressivement votre prononciatio~ reportez-vous à la cassette, où sont enregistrés les mots et quelques expressions de ce livre. Pour lire et parler correctement le manjak, il faut connaître la prononciation des voyelles et des consonnes qui n'ont pas toujours la même valeur qu'en français et qui peuvent-être modifiées par différents accents. L'alphabet manjak, tel qu'il a été officialisé par le Sénégal, est le suivant: A ABC E Ë F G H I J/Z K L M MB MP N NC ND NG NJ NK NT NT N D 0 P R S T T u If w y En Guinée Bissau, l'alphabet manjak n'est pas normalisé. On peut dire qu'il compte 29 lettres (au lieu de 36 au Sénégal). Il existe 10 voyelles: a, à, a, e, ë, i, 0, Ô,u, ù et 21 consonnes b, c, d, f, g, h, j, k, I, m, n, ii, 1],p, q, r, s, t, t ou ts, v, w et y dont certaines sont peu employées et d'autres ne se trouvent jamais au début d'1D1mot comme f, h, j, q, s, v. Quant à x et z, on ne les trouve que dans des mots étrangers. Les lettres qui se prononcent différemment sont: e : son tch français. Exemple: kaeam, noix de palme e: est le son é du fIançais ë : son eu du français mais très bref: faible et parfois élidé a : comme ë, nous ne l'emploierons pratiquement pas g : est toujours dur, comme dans gare, jamais comme dans girafè. h : est fortement aspiré ou prononcé comme la jota espagnole j : son di du français comme dans nji, moi ou a ja, il a dit. fi: est le son gn du français. Cette lettre est souvent écrite gn, faute de signe sur le clavier. dg / IJ : est le son ng de bang. Cette lettre est souvent écrite ng, faute de signe sur le clavier. 9

Exemple: kagaw, tendon. iigaats IlJaats bëiigall bëgal bëiigoy I bëlJoy bëiigënd I bëgënd ùiigay I ùIJay

fèmme aimer dormir sommeil promenade

Ô : est le son 0 transcrit eau dans beau. n, Ù, : a le son ou du français. Les sons u, Ù, 0 et ô sont très proches, entre ou et eau du français. Nous emploierons plutôt ù pour marquer cette légère nuance de différence avec le son ou. t (ou ts si le clavier ne dispose pas de cette lettre) : est un son

sifflé comme ts en français. Parfois, on trouve les lettres th au lieu d'un simple t, comme dans thé, jusqu'à au lieu de t. d et r : ces deux lettres sont presque interchangeables. - on prononce d au début d'un mot ou d'un verbe sans pronom (impératif ou forme négative) : danan (bois) après un ID ou un n : man do ou man ro (je fais) ; in dots ou njin dots (je n'ai pas fait), nji kando (je ne fais pas)... - on prononce r dans les autres cas, notamment à l'initiale d'un verbe précédé d'un pronom, mais les exceptions existent: a ran pùat (il a bu du vin), a ro ùlémp-ôl ou a do ùlémp-ôl (il afait son travail). Les voyelles peuvent être brèves ou longues. Dans ce dernier cas, on les redouble dans l'écriture: ùnc!!!m (l'argent); béén (la tête) ; pôôm (funérailles ou cadavre); m'booss (le sable ou la
salutation ).

Exemple: baraan les buveurs baran merci man wël-ùI m'bQQss je lui ai dit bonjour. On utilise souvent ce mot m'booss pour la salutation...

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On trouve aussi des diphtongues comme ië, ùa, ôë. On pense qu'elles proviennent de voyelles longues d'autres dialectes du manjak. Exemples: haricots ùliëk ùpiëts cacahuètes pùat I pôët vin Les voyelles peuvent être nasalisées comme en ftançais. On trouve les sons in, an, OB,en et un qui s'écrivent parfois avec un tilde sur la voyelle comme i, ii, ô, et ü. ùpin - upi a tanin - a tani përan - përii kabuatan - kabuati nji kon - nji kô nu ron -nn ro bëtéén bëté ko wi a ren - ko wi a ré compte il m'a attaché
boire allaitement ça m'appartient c'est lui qui a fait

-

regard ceci m 'afait mal
c'est moi qui t'ai laissé c'est lui qui t'a frappé

nji ruku un -nji rukü nu bupuun nu bupû

-

Une caractéristique du manjak, comme de nombreuses autres langues amcaines, est l'existence de consonnes prénasalisées. Celles-ci, au nombre de 9, sont naturellement écrites par une double lettre, un ID ou un n suivi de l'autre consonne: mb, mp nc, nd, ng, oj, nk, nt, nt Chacun de ces groupes de lettres constituent un seul phonème et ne doivent en aucun cas être prononcées séparément. En manjak comme en français, on pratique la liaison pour faciliter la prononciation.

Il

Le nom Les classes nominales En manjak, il n'y a pas d'article comme en français où un nom est toujours accompagné d'un article défmi ou indéfmi ou encore d'un démonstratif. En revanche, comme dans la plupart des langues d'Afiique noire, un autre système, plus complexe, remplace les articles, c'est celui que les linguistes appellent classes nominales. Au lieu du masculin et du féminin du ftançais, il y a en manjak une dizaine de classes caractérisées par un préflXe. Une façon possible de définir ces classes est la suivante. La première classe se caractérise par le préfixe a-, n- ou na-. Elle comprend des noms de personnes comme des noms de parenté ou de métiers. Exemples: mère anin femme iigaats napats enfant nakaman guerrier La deuxième classe comprend les pluriels des noms de la classe précédente. Le préfIXe correspondant est le plus souvent ba-. Exemples: anin mère bmUn mères nababù l 'homme blanc bababù les Blancs iigaats lafemme bakaats les femmes guerrier bakaman nakaman guerriers Il est intéressant de noter que de nombreuses langues africaines de familles différentes, comme celles du groupe bantou ont le préfixe ba- cotmne marque du pluriel des êtres humains.

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La troisième classe se caractérise par le préfixe ù-. Elle comprend des noms d'animaux, de pays, de langues ou des mots collectifs par nature, non dénombrables. Exemples: hippopotame ùkomal ùbabù Europe / langue française pays ùcaak cheveux ùwéél La quatrième classe comprend les pluriels des noms de la classe précédente. Le préfixe correspondant est gë- ou ngë-. Exemples: ùbus chien gëbùs chiens pays pays (pluriel) ùcaak gëcaak ùlaar gëlaar araignée araignées pou poux ùtsém gëtsém La cinquième classe se caractérise par le préfixe bë- ou ba-. Elle comprend notamment des noms d'arbres ou de fruits. Exemples: batsi ciel bëbéén rônier bëcam palmier bërég forêt bëga chemin bërëk mer bëroa jèu bëdungal baobab bënana bananier Notons que, généralement, les noms de préflXe ba- sont des pluriels de la deuxième classe. La sixième classe se caractérise par le préflXe më- ou m'-. Elle comprend des noms de liquides et les pluriels des noms de la classe précédente. Exemples: mëlik eau sable m'boos 13

m'cibi m'kër m'taù m'tùm m'cam m'dungaJ

sueur l 'huile lait bouche palmiers ou graines de palme baobabs ou fruits du baobab

La septième classe se caractérise par le préfixe ka-a Elle comprend des noms d'outils, de vêtements, de parties du corps ou des noms d'action dérivés d'une racine verbale. Exemples: oreille kabats kajaar agriculture main kaftan ongle kagiëri oreille kabats nom / prénom katim insulte kakar pirogue kanawa kataam cuillère chaussure katamb La huitième classe se caractérise par le préfixe i-a Elle comprend des pluriels de noms des classes 5, 6, 7 et 9. Exemples: icam graines de palmier à huile oreilles ibats excréments ibéts ilofé manioc pirogues mawa itok ignames irôj lèvres irômaj dents iko batons La neuvième classe se caractérise par le préfixe pë-. Elle comprend des noms très différents mais leur pluriel est généralement en Îmais aussi en kë- s'il s'agit d'objets faciles à dénombrer. Exemples: 14

pëgaran lefusil pëkës œil pësobola oignon

ingaran les fusils yeux këkes les oignons m'sobola

La dixième classe se caractérise par le préfixe kë-. Elle comprend des pluriels de noms de la classe précédente. Exemples: Këkes yeux On peut aussi distinguer une onzième classe de préfixe ndë- où l'on trouve des diminutifs, comme ndëkaats, fèmmelette, et une douzième classe de préflXe tsë- où l'on rencontre des noms de lieux, connne tsëko, lieu. L'absence d'article ne pennet pas de distinguer le masculin du féminin. Exemples: ùbùs chien ou chienne ùndaali chat ou chatte

Pour distinguer explicitement le sexe, on ajoute le mot kaats si l'on veut préciser qu'il s'agit d'une femelle et nints I iënts ou kas pour un mâle. Ces mots prennent le préfixe de classe approprié. ùbùs ùkas chien (chien explicitement mâle) ùbùs ùkaats chienne (chien féminin)

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Le complément de nom Le complément du nom se place immédiatement après ce nom. Exemple: bëga gricia le chemin de l'église (chemin / église) Nasiën batsÎ Dieu (chef / ciel) ùoto lopëtan ambulance (auto / l'hôpital) kaiian kamisa manche (bras / chemise) Les adjectifs Les adjectifs purs sont peu nombreux en manjak. On les complète éventuellement par une proposition relative. L'adjectif épithète se place après le nom qu'il qualifie mais il prend aussi un préfixe de classe qui dépend de la classe de ce nom, par exemple, ù pour un animal, b, k ou P pour une chose et n pour une personne. D'une façon générale, l'adjectif s'accorde, par son préfixe, avec le nom qu'il qualifie. Exemples: chemisette (chemise / petite) kamisa katiës napats natiës petit enfant (enfant / petit) përùn1aj pëtiës petite dent (dent / petite) petit porc (porc / petit) ùnkùmba ùtiës bëga bùwar la bonne route. (route / bonne) naan nafaacal la personne blanche. pëko pëfaacal le bois blanc ùko ùfaacaJ animal blanc (animal / blanc) balok bawéak grandes équipes Goueurs grands) kato kawéak grande maison ùnkùmba ÙWéak grand porc kato kawalu maison neuve Les adjectifs peuvent être pris nominativement. Ils prennent alors un préfixe, singulier ou pluriel. Exemple: batiës, les petits, c'est-à. dire les plus petits. Pour rendre les adjectifs attributs, on se contente généralement d'apposer l'adjectif au nom ou au pronom sujet: je suis malade man maak (je / malade) je suis heureux man Iilan

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Toutefois, l'emploi du verbe être, pëci est fréquent ainsi que celui de verbes d'état comme pëlal, être craintif, avoir peur, craindre, etc. Une façon habituelle de traduire les adjectifs du français consiste à employer ce qu'on peut appeler une proposition relative. En fait, c'est encore à la fonne verbale en na- qu'on fait appel. Nous verrons plus loin que ce préfixe verbal fonne des noms d'agent mais il rend aussi la tournure française qui est ou d'autres relatifs. L'adjectif se déduit du verbe grâce à ce préfixe na- qui remplace le préfixe pë- de l'infmitif. Exemples: Le verbe pëlal, avoir peur, donne nalal, qui a peur: napats nalal, enfant peureux. nakaats, est le relatif négatif du verbe pëka. En remplaçant le préfIXe de l'infmitif pë- par na-, on obtient naka, qui a, dont la fonne négative implique l'allongement de la voyelle et une tenninaison -ts. On a ainsi nakaats, qui n'a pas. Ce mot s'écrit et se prononce exactement comme nakaats, femme, mais évidemment nakaats ùléémp ne signifie pas femme de travail mais qui n'a pas de travail, c'est-à-dire chômeur. Une autre façon de rendre un adjectif épithète français, surtout quand il s'agit d'Wl concept étranger à la culture manjak, consiste à construire une véritable proposition subordonnée, simplement juxtaposée au nom, en l'introduisant par a tsij, il a. Par exemple: poussiéreux a tsij m'tsopi (il a la poussière) endroit poussiéreux tsëko a tsij m'tsopi (lieu / il / a / poussière) ou encore: lèpre pëmaak pëwéak (maladie / grande) donne lépreux a tsij pëmaak pëwéak (il / a / grande / maladie) napats a tsij pëmaak pëwéak enfant lépreux

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Comparatif et superlatif Pour fonner le comparatif ou le superlatif, il est nécessaire d'employer une proposition relative. Nous présenterons des exemples dans le paragraphe qui lui est consacré. Noter l'existence du verbe pépé, être plus, qui pennet de fonner des comparatifs. Exemple: a pé-ul pëyamp, il est plus grand que lui a pé-ul përùngët, il est plus petit que lui (moins grand) On remarque la construction où lui est rendu par le pronom -ullié au verbe pëpé. dapéripwoki il est plus proche m'pé pwoki tu es plus proche Dans le premier exemple, il s'agit d'un lieu et ri s'emploie pour indiquer ce lieu. Le superlatif absolu se marque par l'adverbe mak, très ou trop, placé après]' adjectif Exemple: Paris dëmb mak Paris est très grand Certains verbes ont un ou des adverbes particuliers pour traduire très ou beaucoup comme lip, nap ou tap avec le verbe pëcum, emplir. Enfm, certains adjectifs formés avec le préfixe pë- et le suffixe -ùwël ont une valeur de superlatif pëiiikëtsùwëJ le plus mince (de -iiikëts mince) pëmakënjùwëlle plus gros (de -makënj gros, grosse)

Les adjectifs possessifs L'adjectif possessif est suffixé au nom. TIvarie selon la personne qui possède mais ne marque pas le genre (masculin ou féminin). Ces suffIXes sont les suivants: mon / ma -inji ou -ji

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(-inji s'emploie après un nom tenniné par une consonne et -ji après un nom tenniné par une voyelle) ton / ta -ù son / sa -ôl notre -mja ou -ja votre -ind leur -bùkôl Exemples: asin-inji ùndaali-inji ùnkùmban-ji bëga- ji ùcapé-inji abùk-ù abùk ôl abùk-inja abùk-ind abùk-bùkôl ùcaak-inja

mon père mon chat mon porc ma route mon chapeau ton enfant son enfant notre enfant votre enfant leur enfant notre pays

Les prépositions En manjak, il y a une préposition passe-partout, di (ou ri ou tsi), qui traduit plusieurs prépositions françaises de lieu ou de temps (à, dans, chez...). La fOIme tsi a plutôt le sens de parmi. Exemples: di nacùnkan chez le médecin Pour préciser un lieu, on peut dire di tsëko, dans / à (tsëko signifie lieu). La préposition té I téé signifie jusque. Elle provient du portugais atè de même signification. té lôm ?jusqu'à quand? Certains noms peuvent jouer le rôle de préposition comme ùkonta, à cause de ; ùleka, au sujet de ; ùfay, autour; ùba, après: ùséé, chez; utsia, sous etc. chez moi ùséé-ji

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