Parlons Mawinatongo

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Utilisée quotidiennement par des milliers de personnes, le mawinatongo (la langue du Maroni) est une langue véhiculaire moderne, en pleine évolution sémantique. Autrefois, elle a été dénommée taki-taki. C'est une langue originale, très composite, formée des langues issues des sociétés du marronnage et des peuplements créoles. Le mawinatongo fait le lien entre tous et tout, à côté d'autres langues, nationales, régionales, maternelles, enseignées ou pas. Voici une invitation à découvrir ce lien de compréhension mutuelle, expression d'un « vivre ensemble » local.
Publié le : dimanche 1 novembre 2015
Lecture(s) : 17
EAN13 : 9782336394541
Nombre de pages : 180
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Utilisée quotidiennement par des milliers de personnes, le
mawinatongo (la langue du Maroni) est une langue véhiculaire Joël Roy et MaMa BoBimoderne, en pleine évolution sémantique. Autrefois, et ce pendant
plus d’un siècle, elle a été dénommée taki-taki.
Il s’agit d’une langue originale, très composite, formée des
langues issues des sociétés du marronnage et des peuplements
créoles dans cette région du monde.
C’est un territoire en forte croissance, riche de réalités
interculturelles et linguistiques foisonnantes. Le mawinatongo
fait le lien entre tous et tout, à côté d’autres langues, nationales, Pa Rlons Main atonorégionales, maternelles, enseignées ou pas.
Ce livre est une invitation à découvrir ce lien en tant qu’expression
plurielle d’une compréhension mutuelle, expression d’un « vivre l e taki-taki revisité
ensemble ».
uyane
L’association Mama BoBi a été fondée il y a 25 ans par des
érudits du Bas-Maroni, sous l’impulsion des autorités
coutumières. Ses membres sont attachés essentiellement
à la transmission des connaissances, des langues et de l’héritage
issus du marronnage.
Joël Roy est engagé au niveau associatif pour
la compréhension et l’interculturalité entre
les différents groupes sociaux qui peuplent
cette région d’Amérique du Sud, le plus vaste
des départements français. Ses recherches
l’amènent à écouter des témoignages, à mener
des entretiens pour tenter de comprendre et
de contribuer à faire connaître, par ses écrits
(romans, essais, albums de jeunesse) la culture et la langue des
« gens du euve » ( l i b a s a ma ) , pour installer un vivre ensemble
qui ne pourra se passer de compréhension mutuelle.
Photographie de couverture de Joël Roy,
En remontant le Maroni.
ISBN : 978-2-343-07272-2
19 €
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Pa Rlons Main atono
Joël Roy et MaMa BoBi
uyane






Parlons mawinatongo

Parlons…
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Joël ROY et MAMA BOBI



Parlons mawinatongo
Le taki-taki revisité
Guyane










































Photographies et illustrations de Mama Bobi.








© L’Harmattan, 2015
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-07272-2
EAN : 9782343072722

Joël Roy et l’association Mama Bobi,
membre d’ELEN (Réseau Européen pour
l’Égalité des Langues, ex-EBLUL),
remercient tout particulièrement pour
leur aide et leurs encouragements
leurs partenaires, locuteurs et autres
qui ne peuvent être tous mentionnés,
ainsi que Madame Françoise Dekowski
et Monsieur Michel Colardelle.


























































SOMMAIRE


Remerciements ............................................................................... 5
Introduction .................................................................................... 9

Zone d’influence
le bassin du fleuve Maroni ................................................... 10
Description de la société
cultures et sociétés en évolution ............................................ 11
Description de la langue :
le mawinatongo, ou le taki-taki revisité ................................ 21

Parler, comprendre .......................................................................... 25
la prononciation .................................................................... 27
tenir une conversation ........................................................... 29
Les bases lexicales du mawinatongo
les emprunts aux autres langues ............................................ 91

Lexiques .......................................................................................... 95
Mawinatongo-fransi .................................................... 97
Français-mawinatongo ................................................ 135
Appendices (au marché, en forêt) ............................... 167

Bibliographie essentielle ................................................................. 171
7






































- INTRODUCTION -

WAN WORTU A FESI



Utilisée quotidiennement par des milliers de personnes, le
mawinatongo (la langue du Maroni) est une langue véhiculaire
moderne, en pleine évolution sémantique. Autrefois et ce, pendant
plus d’un siècle, elle a été dénommée taki-taki.

Il s’agit d’une langue originale, très composite, formée des
langues issues des sociétés du marronnage et des peuplements
créoles dans cette région du monde.
C’est un territoire en forte croissance, riche de réalités
interculturelles et linguistiques foisonnantes.

La mawinatongo fait le lien entre tous et tout, à côté d’autres
langues, nationales, régionales, maternelles, enseignées ou pas.

Ce petit livre est une invitation à découvrir ce lien en tant
qu’expression plurielle d’une compréhension mutuelle, expression
d’un « vivre ensemble ».



9

De part et d’autre du cours du Maroni faisant frontière entre la
France (Guyane française) et le Suriname, un même peuple, un
même territoire, une même culture, une même langue.
10




CULTURES ET SOCIÉTÉS EN ÉVOLUTION



Les Businenge sont les descendants des esclaves fugitifs avant
l’abolition de l’esclavage qui ont préféré la lutte et les dangers de
la vie en forêt à la soumission aux colons. C’est dire que les
sociétés qu’ils forment sont directement issues du marronnage.
Leur population est estimée à une centaine de milliers en
Guyane et à plus de cent vingt mille au Suriname. Ils ne
reconnaissent généralement pas la frontière entre le Suriname et la France.
Leurs ancêtres ont été déportés aux Amériques pour servir de
main-d'œuvre, essentiellement dans les plantations de canne à
sucre et de café. D'abord réfugiés en forêt profonde pour éviter
d'être repris, ils se sont ensuite installés sur les rives des grands
fleuves, surtout sur le Maroni.
La culture marronne fait encore vivre une partie des traditions
des ancêtres africains : vocabulaire, peintures, danses, musiques,
vie communautaire, même si tous ces caractères ont évolué
différemment. Couleurs vives et formes géométriques symboliques
et/ou décoratives caractérisent l'art Noir-Marron appelé art Tembé
(voir plus loin). On les trouve sur les portes, les pirogues, les sièges
sculptés, les fresques et certains objets vendus aux touristes
(sculptures, sièges pliants… présentant des formes originales qui
diffèrent des sculptures africaines traditionnelles). L'accès à l'école reste
encore parfois difficile, mais il modifie la perception et les
comportements des jeunes, comme le football, la télévision, la voiture,
11 le téléphone portable, le quad qui deviennent objets d'intérêt
éloignant les enfants de la culture de leurs parents.
Le marronnage reste un phénomène mal connu,
particulièrement de la part du « grand public ». Pourtant il est présent à peu
près partout où, en Amérique, l’esclavage fut la formation
économique et sociale dominante. Dans la région des Guyanes tout
spécialement, il connut une ampleur incroyable. Il fut en outre
constitutif de sociétés autonomes qui perdurent de nos jours avec une
remarquable vigueur, continuant de cultiver une différence
fièrement affirmée à partir d’un profil culturel où prédominent les
éléments d’inspiration africaine.
Toutes les sociétés issues du marronnage sont organisées selon
une structure matrilinéaire – ce qui signifie que tout enfant
appartient au clan de sa mère. Ce sont les clans (lo) définis et composés
sur ce principe matrilinéaire qui constituent le tissu conjonctif de la
communauté. Ils sont hiérarchisés en fonction de deux critères
essentiels : le rôle que chacun d’eux a joué dans les guerres pour la
liberté – et l’on voit combien le passé continue de façonner le
présent – ainsi que les forces magiques (obia) que les uns ou les autres
possèdent. Pour simplifier, on peut considérer que chaque clan est
attaché à un village (kondre). Chaque individu reste, sa vie durant,
lié à son clan et à son village. Les mariages étant en règle générale
exogames (hors du clan), il s’ensuit que l’alliance matrimoniale
n’engendre pas ici la cohabitation du couple, chacun des
partenaires restant dans le village de son clan. Les enfants seront
éduqués par les frères de la mère et les héritages de biens ou de statuts
sociaux s’opèreront d’oncle maternel à neveu utérin.
Toutes ces sociétés ont dû se forger une langue, celle que l’on
désigne péjorativement sous l’appellation taki-taki, et que nous
désignerons désormais sous l’appellation mawinatongo (langue du
Maroni, langue du fleuve). Cette langue a été élaborée et
développée dans les plantations, comme vecteur de communication
indispensable entre des individus provenant de régions d’Afrique fort
diverses et que le système esclavagiste s’était appliqué à mélanger.
12 Ces arrangements linguistiques dictés par la nécessité, ont été
élaborés par emprunts multiples aux langues des « maîtres » (anglais,
français, hollandais, portugais), mais pas seulement. Ils ont été
également associés à des lexiques et des éléments syntaxiques en
provenance d’Afrique. Ils sont devenus des langues créoles. Le
mawinatongo, langue véhiculaire et inter-compréhensible, fait le
lien entre toutes ces langues.
L’organisation politique, dans les sociétés marronnes, est
pyramidale et repose sur la structure familiale (les clans matrilinéaires).
Le Gran man est nommé à vie, dépositaire des connaissances
sacrées et garant de l’ordre coutumier. Il a donc reçu un pouvoir dont
il est impossible de dissocier la part spirituelle de la part politique.
Chaque clan est placé sous l’autorité d’un chef détenteur (à vie, là
encore) du titre de kapiten (« capitaine »). Chacun d’eux est épaulé
par des basia, assesseurs en charge de la marche de la vie du
village. Les kapiten assistent le Gran man dans la tenue du krutu
(conseil), auquel peuvent assister tous les hommes d’âge mûr et au
sein duquel sont délibérées toutes les affaires intéressant la vie
communautaire. Manquements aux règles de la vie sociale,
différends, délits et même crimes y sont traités, jugés et sanctionnés. On
y juge non seulement les vivants mais également les morts.
L’interrogatoire du cadavre – pratique rituelle venue en droite ligne
de l’Afrique de l’Ouest – dira si le défunt doit être inhumé ou non
en fonction des règles, s’il est digne ou non d’accéder au statut
d’ancêtre ; le pire des destins étant d’être (a posteriori…) reconnu
sorcier (wisiman).
Les domaines dans lesquels l’imbrication du spirituel (ou du
sacré) et du politique se manifeste avec une particulière évidence est
tout ce qui relève :
1. du savoir historique. Celui-ci (gaan sama sabi, le « savoir des
ancêtres ») est considéré comme la propriété exclusive de chaque
clan. Dans la mesure où la position sociale de chacun d’eux repose
sur les actes des ancêtres, le savoir relatif à ce domaine est le
meilleur garant du maintien de cette même position. Divulguer le savoir
13 hors du clan, c’est fournir à autrui les armes d’une possible
déstabilisation. Non seulement le savoir est à ce titre jalousement protégé
mais encore seuls quelques anciens, des hommes au sein du clan
sont habilités à le recevoir et à le transmettre : ces derniers ont la
lourde responsabilité de détenir la connaissance du lien entre le
présent et le passé, devant l’évidence que le second donne tout son
sens et sa pleine légitimité au premier.
2. Du magico-religieux, observé dans ce qui constitue le pivot de
la vie cérémonielle et festive, à savoir le culte des ancêtres et les
rituels funéraires. Enterrements et levées de deuils rythment et
structurent la vie collective en mettant constamment en relation les
vivants avec les morts : c’est aux ancêtres que sont adressés tous
les messages, toutes les prières. Deux lieux forts dans chaque
village sont le carbet mortuaire (dede oso) et l’autel des ancêtres
(fraka tiki).

* * *

Nous ne saurions clore ce chapitre en omettant de faire un
détour par un élément fort d’émancipation sociale jubilatoire : le
1tembe .

DES PREMIERS TEMPS (FOSITEN) À NOS JOURS
« L'Histoire écrite et l'oralité ici s'accordent pour assurer que
dès les tout-premiers temps de la traite un refus viscéral de la
soumission a explosé partout ou sévissait l'esclavage. On parle ici et là
de petit et de grand Marronnage, de sabotages, de révoltes et de
fuites éperdues dans la forêt. Ce sont les paroles des premiers
temps, les récits du Loweten : histoires fertiles du Marronnage,
sources de mille savoir-faire propres à ces temps anciens.
« Il a fallu recomposer, patiemment, de nouveaux modes
relationnels, de nouveaux modes de communication. Jamais sans doute

1 Pour plus d’informations voir le blog du Témoin en Guyane :
http://www.untemoin-en-guyane.com/articles/culture
14 l'estime de soi n'a-t-elle autant été en danger que lors de ces
situations extrêmes. Ces savoir-faire issus de la fuite, chargés de
vigilance, appelaient chaque jour une nouvelle créativité. Et d'abord
sans doute pour communiquer, passage obligatoire pour qui est
entré en résistance...

ÉLOGE DE LA MARQUE
« C'est le passage obligatoire de la résistance, l'appel à la
solidarité et la reconnaissance de l'autre sur le chemin de la Liberté. Plus
généralement c'est l'une des mille manifestations de la dignité
humaine que tous les résistants du monde découvrent et inventent un
jour.
« Marques du secret, marques du combat. Premiers savoir-faire
de la clandestinité. La trace des mouvements et des luttes de
libération sur les murs des manufactures, dans la poussière des
plantations. La tradition orale nous dit que tout a commencé par quelques
traits furtivement tracés sur le sol ; la marque du Marron en
puissance qui prépare sa fuite en complicité ou organise déjà celle des
autres. Signes de reconnaissance et déjà indications : mises en
garde, invites, messages codés et discrets, secrets, ritualisés. Une
trace, un signe, une marque, c'est-à-dire une information, reprise,
répétée, amplifiée selon les modes et les urgences. Autant de
formes, de figures auxquelles s'attachent les symboles de la
connaissance, les allégories de la connivence, les signes de la
fraternité. Autant d'images puissantes que suggèrent ces marques à qui sait
les repérer, les reconnaître, les lire, les recevoir, les suivre. Le tout
premier savoir-faire du marronnage est donc le faire-savoir.
« Avant toutes choses, ce qui va devenir le tembe (de ten, le
temps et de membre, la conscience) constitue un langage. Le tembe
transmet, communique, raconte. Il montre, il indique. Il signifie au
moins que l’information circule et que le message passe de regard
en regard, se tournant vers une même direction, la liberté.
« Teki i ten, da yu membre : pour comprendre, tu dois prendre
ton temps.
15 LE TEMBE EST INFORMATION
« Il est aussi instruction. Interactif, il suggère une attitude ou un
comportement. On le reçoit plus qu’on ne le lit. Depuis les temps
anciens, lorsque les supports précaires : bois, végétaux,
parviennent jusqu’à nous, le tembe est comme l’écho de paroles anciennes
appelant toujours une identique attention aux signes, aux marques,
aux traces. Il reste le faire savoir fidèle aux règles de l’Arcane : le
double sens, le symbolique qui souvent frise l’occulte. La survie
est à ce prix. Certes il a ses ésotérismes, cachés derrière des règles
qu’il révèle en expérimentation : tout d’abord la rigueur, la
droiture, la complémentarité des opposés, la conjonction des contraires
qui dans la lutte impose l’égalité’ L’égalité des hommes et des
femmes, ensuite. Ces femmes qui, en marronnant, ont gagné leurs
places cardinales dans la formation des sociétés nouvelles, sociétés
matrilinéaires et matrifocales.

DES RÈGLES CONSTITUANTES
« Ces règles acceptées sont enseignées par l’exemple
intergénérationnel comme autant de liens entre les groupes constituant les
Marrons en Nations indépendantes et entreprenantes, qui se
distinguent toujours à l’heure actuelle par la qualité de leur tembe.
Certains parmi ceux-ci ont évolué jusque dans des formes plus
modernes comme le Ferfi tembe (le tembe peint). D’autres demeurant
plus traditionnellement fidèles aux techniques de la sculpture, le
Koti tembe.
« Ces règles sont celles des bâtisseurs, des passeurs que l’on
retrouve intactes chez les piroguiers et constructeurs habiles
d’habitations originales, de mobiliers traditionnels réalisés souvent
sans aucun clou et de téméraires embarcations qu’ ils lancent
toujours sur les grands fleuves du Marronnage. Règles sociales, règles
architectoniques que le tembe transmet donc de génération en
génération, ce qui révèle des comportements que le tembe suggère et
que les symboles révèlent. Le « savoir communiquer » issu du
Marronnage va très naturellement servir le relationnel quotidien.
16 Aussi de nombreux objets de la vie de tous les jours vont être
« marqués ». Revêtus de messages. De clins d’œil. Et d’abord
d’égal à égal. Dans les jeux de la séduction de l’homme et de la
femme. Dans les jeux de l’apparence. Dans les jeux de l’amour…
« Le tembe exprime enfin ce que le Marronnage à découvert de
facto : le fruit réel de la liberté recouvrée, une récompense
insoupçonnée : le goût du Beau. La nécessité du Moy. De la Grâce. Ainsi,
marki tembe (tracer), koti (couper), brey (tresser), nay (coudre)
koti-koti (scarifier), ferfi (peindre).
« Le tembe s’assouplit en un geste tendre.

LIBI MAKANDRI
« Avec la paix, la liberté gagnée et le loisir, le tembe se
transmue en un Art. Un Art de vivre, ensemble « Libi makandri ». Un
art social qui célèbre les rencontres, les partages, les désirs des uns
et des autres. Libres et égaux. Un art populaire qui transforme les
apparences, mais laisse apparaître les passions.
« Le tembe, chose impensable du temps de l’esclavage mais
savoir-faire issu du marronnage, s’affirme révélateur du beau. Dès
lors, la moindre calebasse, mata, cuillère, le moindre bangi, plat à
vanner le riz, etc. deviennent le support banal d’un tembe : un objet
marqué, wan marki sani, un objet que l’on reçoit de l’autre et
souvent fait pour soi. La femme est la grande destinatrice de ces objets
qui participent de son univers quotidien et de son mouvement
personnel. Chaque objet appuie chaque geste d’un message. Message
de désir. Message de passion. Célébrant ici l’amour, ici la chance,
parfois la fidélité et la liberté toujours.
« Le tembe est une éthique engendrant une esthétique. Voilà donc
un grand savoir-faire issu du Marronnage. Le beau n’est pas donné.

CÉLÉBRATION DU REGARD
« Le tembeman sait que l’essentiel réside dans le regard, bien
au-delà des choses regardées. La beauté est ailleurs, c’est le résultat
d’un comportement, d’une pensée. Le tembe s’adresse à
17

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