Parlons minangkabau

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Le minangkabau est la langue parlée par l'ethnie du même nom à Sumatra en Indonésie. Elle se distingue des autres ethnies d'Indonésie par la filiation matrilinéaire. Les enfants appartiennent à la famille maternelle de leur mère. L'héritage se transmet de mère en fille. Cette particularité perdure, bien que les Minangkabau soient connus comme des musulmans pratiquants. C'est la plus grande communauté appliquant encore la filiation matrilinéaire dans le monde. On estime à environ huit millions le nombre des Minangkabau, dont presque la moitié vivent en diaspora.
Publié le : lundi 1 novembre 2004
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EAN13 : 9782296370104
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PARLONS MrnANGKABAU
Langue, littérature et culture de la société matrilinéaire de Sumatra - Indonésie

Parlons.. .
Collection dirigée par Michel Malherbe

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Parlons afar, Mohamed Hassan Kami!, 2004. Parlons mooré, Bernard ZONGO, 2004. Parlons soso, Aboubacar TOURÉ, 2004. Parlons koumyk, Saodat DONIYOROV A, 2004 Parlons kirghiz, Rémy DOR 2004. Parlons luxembourgeois, François SCHANEN, 2004. Parlons ossète, Lora ARYS-DJANAÏEV A, 2004. Parlons letton, Justyna et Daniel PETIT, 2004. Parlons cebuano, Marina POTTIER-QUIROLGICO, 2004. Parlons môn, Emmanuel GUILLON, 2003. Parlons chichewa,Pascal KISHINDO, Allan LIPENGA, 2003. Parlons lingala, Edouard ETSIO, 2003. Parlons singhalais, Jiinadasa LIY ANARA TAE, 2003. Parlons Pure pecha, Claudine CHAMOREAU, 2003. Parlons Mandinka, Man Lafi DRAMÉ, 2003 Parlons Capverdien, Nicolas QUINT, 2003 Parlons navajo, Marie-Claude FEL TES-STRIGLER 2002. Parlons sénoufo, Jacques RONGIER 2002. Parlons russe (deuxième édition, revue, corrigée et augmentée), Michel CHICOUENE et Serguei SAKHNO, 2002. Parlons turc, Dominique HALBOUT et Ganen GÜZEY; 2002. Parlons schwytzertütsch, Dominique STICH, 2002. Parlons turkmène, Philippe-Schemerka BLACHER, 2002. Parlons avikam, Jacques RONGIERS, 2002. Parlons norvégien, Clémence GUILLOT et Sven STOREL V, 2002. Parlons karakalpak, Saodat DONIYOROV A, 2002. Parlons poular, Anne LEROY et Alpha Oumar Kona BALDE, 2002. Parlons arabe tunisien, M. QUITOUT, 2002. Parlons polonais, K. SIA TKOWSKA-CALLEBA T, 2002. Parlons espéranto (deuxième édition, revue et corrigée), J. JOGUIN, 2002. Parlons bambara, 1. MAI GA, 2001. Parlons arabe marocain, M.QUlTOUT, 2001.

Rusmidar

REffiAUD

PARLONS MrnANGKABAU
Langue, littérature et culture de la société matrilinéaire de Sumatra - Indonésie

L'Harmattan 5-7,rue de l'ÉcolePolytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Degli Artisti, 15 10124 Torino ITALIE

cgL'Harmattan, 2004 ISBN: 2-7475-6955-1 EAN : 9782747569552

Mes vifs remerciements vont à Messieurs: Michel MALHERBE GérardMOUS:f)AY A mon mari Jean REIBAUD Pour leurs précieux conseils et encouragements Mes pensées pour toute ma famille et mon

village Ampanggadang

-

VII Koto Talago

PALAIS DU PAGARUYU~~G PRÉs DE BATUSANGKAR

INTRODUCTION

ET GÉNÉRALITÉS

Le minangkabau est la langue parlée par la communauté des Minangkabau. Plusieurs hypothèses ont été attribuées à l'origine du nom de Minangkabau. Selon une légende, Minangkabau a comme origine manang kabau qui signifie victoire d'un buffle (manang, victoire; kabau, buffle) L'une des versions de cette légende raconte qu'à l'époque de Datuak Katumanggungan et Datuak Parpatiah Nan Sabatang considérés comme les fondateurs de ce pays, un certain Anggang nan datang dari lauik (calao arrivant de la mer) vint avec son année. il désira s'emparer du pays. Pour éviter la bataille rangée, les deux fondateurs proposèrent d'organiser un combat de buft1es. L'enjeu serait la suprématie de la région. La proposition fut acceptée. Anggang nan datang dari lauik disposait d'un buft1e extrêmement grand. Ses adversaires, les deux fondateurs, n'ayant pas de buft1e suffisamment fort, trouvèrent une ruse pour combattre ce grand buffle. Ils choisirent un jeune buffle sevré pendant une journée et coiffèrent ses cornes de lames pointues. Quand on lâcha les deux animaux, le jeune buffle affamé, enfonça ses cornes dans le ventre du buft1e en voulant téter. Le grand buft1e s'enfuit avec ses blessures, épuisé par la perte de son sang, il tomba et là, les gens prirent sa peau. Depuis, ce lieu est connu comme le village nommé Sijangek la peau. L'endroit du combat se nomma Manangkabau (le changement d'a en i est courant). Historiquement, cette légende est difficile à vérifier. Les Minangs disent aussi que la forme des toitures de leur maison traditionnelle et la coiffe des femmes symbolisent la victoire de ce buffle.

7

Certains écrivains expliquent que l'origine du mot minangkabau est mainang soigner, élever kabau btiffle. D'autres cherchent l'origine de ce nom dans l'une des langues de l'Inde, comme phinang khabu terre d'origine ou encore menon khabu terre noble. Les Minangkabau se distinguent des autres ethnies d'Indonésie par le système de la filiation, qui est matrilinéaire. Les enfants appartiennent à la famille de leur mère, pour toute leur vie. L'héritage se transmet de mère en fille et la transmission du titre de chef de la lignée matrilinéaire se fait de l'oncle maternel au neveu. Actuellement, dans le monde, c'est la plus grande communauté appliquant encore la filiation matrilinéaire. Les Minangkabau se nomment urang Minang les minang et les autres Indonésiens les appellent orang Padang (du nom de la capitale de la province de Sumatra Barat, région d'origine des Minangkabau, qui fait partie de la République indonésienne). Pierre Gourou, dans son livre L'Asie, écrit: «Les Minangkabau sont de vrais "Malais", de pieux: musulmans, de grands voyageurs qui ont répandu leur langue dans tout l'archipel. Pourtant ils n'habitent pas les rivages mais une région intérieure où les montagnes s'abaissent et font les communications plus faciles; et ils sont restés fidèles au droit maternel, en contradiction avec le droit coranique». TI est difficile de savoir le nombre exact des Minangkabau. Le gouvernement indonésien, pour des raisons politiques d'unification du pays, ne fait pas de recensement ethnique. Selon le dernier recensement en l'an 2000, la province de SumatraBarat (Sumatra occidental) comptait 4.241.605 d'habitants, y compris 60.897 dans les îles des Mentawai, qui, en général, ne sont pas Minangkabau. Dans les zones rurales, les habitants sont presque exclusivement Minangkabau. On trouve seulement un petit nombre de Javanais, ayant transmigré volontairement. 8

Quant à la population des villes, en plus des Minangkabau, on trouve des Chinois, des Javanais et des Batak. En général, ces minoritaires parlent aussi la langue minangkabau, tout au moins ils la comprennent. On estime qu'il y a autant de Minangkabau habitant Sumatra Barat qu'en diaspora. La dernière statistique citant l'appartenance ethnique a été faite par les Hollandais en 1930. A cette époque les Minangkabau représentaient 3,36% de la population indonésienne. Actuellement, on compte environ 210 millions d1ndonésiens. Si le pourcentage des Minangkabau parmi les Indonésiens n'a pas changé (ce qui est probable), on peut estimer qu'il y a environ sept millions de Minangkabau. Le pays Minangkabau s'étendait autrefois jusqu'aux provinces de Riau, de Jambi, de Bengku1u et de la côte ouest de Sumatra du Nord et d'Aceh, et même jusqu'au Negri Sembilan et à la région de Naning (dans l'État fédéral de Malacca), en Malaisie. Nous constatons que dans la province de Riau, même les Batak ou les autres ethnies de la deuxième génération parlent la langue minang, car ils côtoient les Minang. Ce n'est vraisemblablement pas exagéré d'estimer le nombre de locuteurs de la langue minang à environ huit millions. Le peuple Minangkabau est connu comme migrant facilement, plus ou moins longtemps, certains s'installent définitivement loin de chez eux. En 1985, on compte plus de 15% des Minangkabau partis vers l'extérieur du Sumatra Barat. Hors de leur pays natal, les Minang restent attachés à leurs traditions mais surtout à leur grande famille restant au pays. TIs essaient aussi de s'unir en formant des associations pour regrouper les Minang du même village ou encore de la province tout entière. Partout, dans les villes d'Indonésie comme Jakarta, Bandung, y ogyakarta, Surabaya, Medan, Palembang, Bengku1u etc., on trouve des associations de Minang. TIsse réunissent plus ou moins 9

régulièrement, la plus grande réunion est une fois par an, à l'occasion du lebaran lafête defin de Ramadan. Avec le progrès infonnatique, les Minangkabau émigrés ont créé un site Internet pour se retrouver, virtuellernent, dans les cinq continents. C'est un espace de discussions utiles mais parfois futiles. (www.rantaunet.com). Les Minangkabau appellent leur langue baso minang ou baso awak (baso langue, awak nous, notre). Pour mieux connaître cette ethnie, nous allons, d'abord, approcher leur territoire et leur histoire. Ensuite nous parlerons de leur langue, un peu de leur littérature, de leur organisation sociale et de leurs traditions.

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ÉLÉMENTSGÉOGRAPIDQUES Les Minangkabau appellent leur pays d'origjne ranah Minang terre Minang. Elle occupe la plus grande partie de la province de Sumatra Barat (Sumatra occidental). Elle s'étend du nord-ouest au sud-est sur la côte ouest du centre de l'île de Sumatra, sur une superficie d'environ 42.000 km2. Elle se situe entre 00°55' de latitude nord et 2°35' de latitude sud, et de 99°10' jusqu'à 101°55' de longitude est (les îles de Mentawai non comprises). Au cœur de cette province, se trouve la région montagneuse de Bukit Barisan (bukit en indonésien ou bukik en minang colline; barisan alignement), avec pour points culminants: les Gunung Merapi (2891 m), Gunung Singgalang, Gunung Talang, Gunung Sago et Gunung Bungsu (gunung en indonésien ou gunuang en minang signifie montagne). De cette montagne, plusieurs fleuves prennent leur source: Sungai Indragiri, Sungai Rokan et Sungai Kampar. Ces trois fleuves passent dans la province de Riau avant de se jeter dans le détroit de Malacca. Sungai Batang Hari se jette dans la mer de Chine du sud, après être passé dans la province de Jambi. On peut citer aussi quelques rivières qui se jettent dans l'Océan Indien, entre autres, Batang Antokan, Batang Pasaman, Batang Sikilang etc. (batang ou sungai en indonésien et en minang signifie rivière ou fleuve). Quelques lacs embellissent cette province, les plus connus sont Danau Singkarak et Danau Maninjau (danau en indonésien et en minang, lac). La province de Sumatra Barat se divise en neuf kabupaten districts (étant chacun équivalent à un département), à savoir Kabupaten Lima Puluh Kota, Kabupaten Agam, Kabupaten Tanah Datar, Kabupaten Padang Pariaman, Kabupaten Solok, Kabupaten Sawahlunto Sijunjung, Kabupaten Pesisir Selatan, Kabupaten Pasaman et Kabupaten Mentawai. Ce dernier a été détaché du Kabupaten Padang Parianum. en application de la loi d'autonomie et du Règlement régional No.9 en l'an 2000. Les trois premiers districts, autrefois, s'appelaient: Luhak Tanah Data, Luhak Limo Puluah Koto et Luhak Agam. TIs sont considérés comme les noyaux d'origine du pays minangkabau. 13

Dans le Luhak Tanah Data, se trouve Pagaruyuang, l'ancienne capitale du royaume minan.gkabau. Chaque kabupaten district est divisé en kecamatan sous-district. Chaque kecamatan est divisé en nagari commune, sauf à kabupaten Mentawai, qui n'est pas habité par les Minangkabau (nous parlerons plus longuement du nagari dans un autre chapitre). En plus de ces neuf kabupaten districts, il y a six kotamadya municipalités, en effet, ce sont des villes ayant un nombre d'habitants important. A savoir : Padang (713.242 habitants), la capitale de Sumatra Barat, se trouve sur la côte ouest. C'est l'entrée principale du pays minangk.abau. On peut arriver de Medan et de Jakarta par son port nommé Teluk Bayur (les Minang disent Taluak baie Bayua le nom d'un arbre). Par avion, la ville de Padang est à une heure de vol de Singapour. Padang est aussi reliée, par avion, à d'autres grandes villes comme Medan, Palembang et Pekanbaru et avec Jakarta, la capitale, en une heure et demie. Bukittinggi (91.983 habitants) (Bukit en indonésien ou Bukik en minang colline tinggi haut) se trouve sur les hauts plateaux d'Agam, à plus de 850 m d'altitude et à 92 km de Padang. Payakumbuh (97.901 habitants), les Minang disent Payokumbuah, payo marais; kumbuah scirpes (le nom d'une herbe de la même famille que les joncs), à 33 km de Bukittinggi. C'est la ville de liaison entre la Province de Riau et la province de Sumatra Barat. Padangpanjang (40.139 habitants), cette ville est connue pour son école de filles Diniyah Putri. C'était la première école de filles, à Sumatra, fondée par Rahmah El Yunus, en 1926. Elles apprennent la religion mais aussi les matières générales et les connaissances nécessaires pour les jeunes filles. Elles sont
penSlOnnmres.

Solok (48.120 habitants). Sawahlunto (50.868 habitants), c'est une ville de mines de charbon. 14

LES PRINCIPALES RESSOURCES La majorité des Minangkabau habite dans des zones rurales sur des vastes plateaux fertiles. Presque 50% de la population adulte travaille dans l'agriculture. La stabilité de température (environ 25°C toute l'année) et l'abondance des pluies, pennettent la pratique de la riziculture irriguée avec un bon rendement. Les cocotiers sont aussi une ressource importante. lis sont souvent plantés autour de chaque maison. D'autres cultures vivrières comme le manioc, le bananier, l'arachide, le soja, sont cultivées d'une façon irrégulière. Le surplus de ces cultures vivrières est vendu sur les nombreux marchés locaux ou envoyé dans les provinces voisines surtout dans la province de Riau. On trouve aussi des plantations destinées à l'exportation comme kopi café, cangkeh clou de girofle (beaucoup moins depuis ces dix dernières années), gatah hévéas, gambia cachou (principalement dans le district Lima Puluh Kota). En effet, l'agriculture ne se développe pas comme elle le devrait, dans le pays minangkabau. Les jeunes préfèrent émigrer plutôt que de travailler dans l'agriculture. li existe aussi des activités artisanales comme le tissage, la broderie et la vannerie. Silungkang et Kubang sont deux villages connus et renommés pour leurs tissages. Concurrencée par le tissage industriel, l'activité de ces deux villages a presque disparu. À Pandai Sikek on trouve encore des ateliers de tissages traditionnels et des sculptures sur bois. Kotogadang est connu pour ses ateliers d'orfèvres. Dans la région du Kabupaten Lima Puluh Kota, il y a, paraît-il, de nombreuses mines d'or non exploitées actuellement. Tandis que du 16e au 17e siècle, le Minangkabau fut connu comme producteur important d'or. A Sawah Lunto, il y a une mine de charbon et à Padang une importante cimentetie.

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UN PEUD'HISTOIRE De nos jours, Minangkaban n'est que le nom d'une ethnie habitant la province de Sumatra Barat, marquée par la filiation matrilinéaire. Autrefois, Minangkabau était aussi le nom d'un royaume dont, malheureusement, on connaît très peu l'histoire. Ici nous n'en donnons qu'un aperçu, en précisant quelques noms de rois. Il y a une importante recherche à faire pour éclaircir cette histoire mais cela n'est pas le but de ce livre. Le premier roi connu était Adityawarman. Selon G. Coedes, (dans son livre Les États hindouisés d'Indochine et d'Indonésie) Adityawarman était le fils d'Advayarman. Son nom apparaît à Java dès 1343, sur une image du bodhisattva. Il avait quelques liens de parenté avec la reine Rajapatni, épouse de Kritajasa, et vivait à la cour de Mojopahit. G. Coedes n'a rien mentionné au sujet de la mère d'Adityawarman et du lieu de sa naissance. Navis (dans son livre A/am takambang jadi guru), décrit que Adityawannan était le fils de Dara Jingga. Cette dernière était l'une des deux filles du Roi de Dharmasraya (connue aussi sous le nom de Malayupura ou Malayu), lesquelles furent emmenées à Java, lors de l'expédition de Pamalayu. L'autre fille, Dara Petak, fut épousée par Kritajasa qui avait déjà quatre autres épouses. Dara Petak donna naissance à Jayanegara qui, plus tard, devint roi de Majapahit (le royaume de Java). Dara Jingga fut épousée par l'un des membres du palais dont le nom n'est pas précisé. Elle revint à Darmasraya pendant qu'elle était enceinte et donna naissance à Adityawarman. Il fut éduqué à Java. Toujours selon Navis, en 1343, Adityawarman revint à Malayu et devint roi. En 1347, il se maria avec une de ses cousines. En tant que successeur du roi de Malayupura, il prit le titre de 16

Mauliawannadewa. Il déplaça le centre de son royaume à Pagaruyung, fonnant le futur royaume du minangkabau. On trouve plusieurs inscriptions sur son règne, la dernière datant de 1375. On ignore depuis quand le nom de Malayupura fut remplacé par Minangkabau. On pense que Adityawannan décéda en 1375 (date de la dernière inscription). En 1365, le Negarakertagama (poème historique de Java) cita Minangkabau (Manangkabo) comme une des possessions du Majapahit. En 1377, le Minangkabau fut attaqué par l'année du Majapahit et tomba sous sa domination. (Faut-il en déduire qu'entre 1365 et 1377, le Minangkabau aurait fait plusieurs tentatives de se libérer du royaume de Majapahit ?). Après la mort de Hayam Wuruk en 1389, le plus grand roi de Majapahit, ce royaume déclina, et le Minangkabau se détacha du Majapahit. En 1409, Majapahit attaqua à nouveau, échoua et depuis cette date, Minangkabau se libéra complètement de Java. Pendant une longue période, on ne connaît pas l'histoire du Minangkabau, mais, au 16e siècle, le nom de Minangkabau a été souvent cité. Entre autres, Odoardus Barbosa, en 1519, désigne le Minangkabau comme la principale région de mines d'or. Diogo de Couto, en 1600, écrit que, vers 1560, il y avait une forte relation commerciale entre le Minangkabau et Malacca. En 1601, Linschoten écrit qu'en Minangkabau il y avait d'excellents poignards appelés kriss, les meilleures annes de tout l'Orient. Beaulieu écrit en 1622, « du coté du ponant après Padang suit le royaume de Monimcabo ; puis celui d'Aindriapoura...» (les citations des auteurs ci-dessus sont tirées de Marsden, Sumatra). En 1560, il paraît qu'il y eut un roi musulman du Minangkabau nommé Sultan Alif. Son pouvoir était très faible. Il décéda probablement, en 1580, et l'on ne connaît pas son successeur. 17

Vers 1650-1670, apparut le nom de Sultan Achmad Syah. C'était le début de l'arrivée des Hollandais qui profitèrent du déclin du MinangkOOau,pour avoir le monopole sur le commerce. On trouve une lettre, datée de 1667, du sultan Achmad Syah adressée au Gouverneur Général Joan Meetsuyuker, demandant la protection pour ses fils, Raja Muhamad Syah, Raja Muzaffar Syah et son petit-fils R~a Sulaiman d'Indrapura, ainsi que pour la population. Les Hollandais promirent au Roi de consolider son pouvoir à partir de Barus (dans la province d'Aceh actuelle) jusqu'à Muko-muko (dans la province de Sumatra Selatan actuelle), en échange du droit de construire quelques comptoirs. Après la mort du sultan Ahmad Syah, en 1680, apparut à nouveau le nom de Raja Alif (ou Sultan Alit) à coté du nom du Sultan Khalifatullah, qui se réclama Yang Dipertuan Celui qui est Maître (titre utilisé aussi dans d'autres pays malais.). Selon Marsden, Sultan Alif est mort, en 1680, faute d'héritier, le pouvoir se divisa en trois, autour des villes de Pagarruyung, Suruaso et Sungai TarOO. On peut se demander si Raja Alif et Sultan Alif sont deux personnes différentes ou s'il y a une confusion sur la date. Depuis l'arrivée de l'Islam, il y a, en effet, trois pouvoirs, à savoir, Rajo Alam Roi Universel à Pagarruyung, Rajo Adat Roi de l'Adat à Buo et Rajo Ibadat Roi de la religion à Sumpua. En 1687, un dénommé Sri Sultan Ahmed Shah, un descendant du royaume du minangkabau, après les désaccords avec les Hollandais vint rencontrer les Anglais à Bencoolen (Bengkulu). En 1730, les Hollandais renouvellent un accord avec Sultan Bagagar Alamsyah, un roi qui était de plus en plus faible en face du pouvoir d'Aceh et des révoltes de certaines régions. Le successeur du Sultan Bagagar Syah, Sultan Sri Maharaja Diraja, renouvelle encore l'accord avec les Hollandais, en 1780.

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Entre 1781-1785 et entre 1795-1819, le Minangkabau était sous domination anglaise. Le début du 1ge siècle est marqué par le combat entre un groupe religieux nommé Padri et le pouvoir de Pagaruyung. Le roi Sultan Muning Alam Syah et son petit-fils Sultan Alam Bagagarsyah, s'enfuirent et demandèrent la protection des Anglais pour combattre les Padri. Après la guerre de Napoléon, en 1819, les Anglais cèdent Minangkabau aux Hollandais. En 1821, Sutan Alam Bagagarsyah signe un accord avec les Hollandais reconnaissant la domination des Hollandais sur le Minangkabau à condition que les Hollandais l'aident dans la guerre contre les Padri. La guerre des Padri durera jusqu'en 1837. En 1825, Sultan Muning Alamsyah décède. Sutan Alam Bagagarsyah, qui était reconnu, au début, comme le roi du Minangkabau, fut désigné comme simple régent recevant un salaire de 100 guldens par mois. C'est la fin du royaume minangkabau. Les Hollandais nommaient cette région Sumatra Westkust qui était plus étendue que la province actuelle de Sumatra Barat. Après un court passage sous occupation japonaise, l'Indonésie proclame son indépendance le 17 août 1945, mais n'est reconnue qu'en 1949. La région de l'ethnie minangkabau fut une partie de la province de Sumatra Tengah (Sumatra Centre). Par la suite, la province de Sumatra Tengah se divisa en trois provinces à savoir Sumatra Barat, Riau et Jambi. LA RELIGION Les Minangkabau sont reconnus comme musulmans pratiquants, bien qu'il y ait des exceptions. On trouve, à Sumatra Barat, un nombre très limité de catholiques et de protestants, mais ils ne sont pas des Minangkabau. Les catholiques sont en général des Chinois et les protestants sont des 19

Bataks ou des habitants de Mentawai. Dans les villages, surtout à Mentawai, on trouve encore des pratiques animistes. L'INDONÉSIEN,LE MlNANGKABAUT SESDIALECfES E La langue minangkabau est classée dans le sous-groupe nousantarien des langues malayo-polynésiennes. Le minangkabau, désormais, nous dirons simplement minang, est une langue assez proche du malais, de telle sorte que certains la considèrent comme un simple dialecte du maIais qui est l'origine des langues indonésienne et malaisienne. il est vrai que dans les vocabulaires des mots de base, il y a des similitudes, mais les différences sont importantes.
COMPARAISON ENTRE LE MINANG ET L'INDONESIEN (mots de deux syllabes) Minang 1 èresyllabe en a 2 èmesyllabe en ek ampek barek capek Variante: aik siaik lraki tatnaik 1èresyllabe en a 2 èmesyllabe en eh bareh kareh cameh 1èresyllabe en a, 0, i 2 èmesyllabe en ia
aIa

Indonésien 1 èresyllabe en e 2 èmesyllabe en at empat berat cepat at sehat hemat tamat 1èresyUabe en e 2 èmesyllabe en as beras keras cernas 1èresyllabe eo a, 0, i 2 èmesyUabe en ir
aIr

Français

quatre lourd rapide bonne santé économe fin

nz cru dur inquiet

eau expulser 20

usia

USIT

bibia 2 èmesyllabe en ih tulih abih barih

bibir 2 èmesyllabe en is tulis habis baris 1èresyllabe en a, D, i 2 èmesyllabe en it sakit bukit gigit 1ère syUabe en a ou e. 2 èmesyllabe en ut takut sebut parut perut 1ère syllabe en a, D, i 2 èmesyllabe en ar bakar ular sabar liar

lèvre écrire fini ligne

1 syllabe en a, D,i
2 èmesyllabe en ik sakik bukik gigik 1èresyllabe en a. 2 èmesyllabe en uik takuik sabuik paruik paruik 1èresyllabe en a, D, i 2 èmesyllabe en a baka ula saba lia
Variante: a

ère

malade colline mordre

avoir peur citer râper estomac

griller serpent patient sauvage vrai épais

-a

bana taba 1èresyllabe en a, n, i 2 èmesyllabe en 0 baco luko bilo

e-aroue-al benar tebal 1èresyllabe en a, n, i 2 èmesyllabe en a baca luka bila o-a coba 21

lire être blessé quand essayer

Varianteu - 0
cubo

Minang 1èresyUabe en a, u, i 2 ènœsyUabe en uib kuruih anguih taruih bungkuih
ère 1 syllabe en a

Indonésien 1èresyUabe en a, u, i
2ènœsyUabe en us

Français

kurus hangus terns bungkus
syllabe en e l ".....

maigre brûlé continuer envelopper

2"- syUabe en ak pakak jajak 1ère syllabe en a 2"- syllabe en ua kabua atua
ère 1 syllabe en a

2ènœsyUabe en ak pekak jejak
1"..... syUabe en a

sourd trace

2"- syllabe en ur kabur atur
1 ère syUabe en e

sombre mettre en ordre

2"- syllabe en i ou iab bali tapi padiah sadiah 1ère syllabe en a 2"- syllabe en ok ganok tagok variante asok atok

2m..e syllabe en i ; ib beli tepi pedih sOOm 1ère syllabe en e 2èmesyllabe en ap genap tegap asap atap pair robuste fumée toit acheter bord mal (suite à une blessure) triste

22

Ex. : de quelques mots qui sont les mêmes.
pagt pagt

matin counr jambe; pied partager chercher nous (exclusif) doigt manger riz cuit mam vemr

lari kaki bagi can kami Jan makan nasI tangan datang

lari kaki bagi can kami Jan makan nasI tangan datang

Ex. : de quelques mots très différents.
nio myo iko acok lalok talok sarik saok saroman sarawa caliak patuih ingin dia 1D1 soong tidur sanggup sukar tutup serupa celana lihat petir vouloir il ; eUe ceCI souvent donnir capable difficile fermer identique pantalon
VOIr

coup de tonnerre

23

Ex. : d'autres comparaisons des mots en 2, 3 ou 4 syllabes.
Janiah Paralu sabanta munsaïk barasiah mara ulai emih erlu sebentar mesïd bersih mem lai Jim ide avoir besoin un moment mo uée ro re nouveau marié

Les comparaisons ci-dessus ne sont pas des règles, mais un constat, beaucoup de mots ne suivent pas ces comparaisons. Ceux qui parlent l'indonésien peuvent enrichir leur vocabulaire en tenant compte de ces comparaisons de mots, mais il faut regarder le dictionnaire pour ne pas tomber dans le piège des faux amis. Si nous prenons, par exemple: sur la base de tepat tapek précis, mais sehat n'est pas "sahek" mais siaik en bonne santé.

-

ou sur la base coba - cubo, bola n'est pas "bulo", mais bal ballon. D'autre part, il Y a beaucoup de vocabulaire minang sans racine équivalente en indonésien. Par exemple: en minang koncek, en indonésien katak, crapaud. Il y a aussi des mots semblables, mais leur sens n'est pas le même, par exemple: en indonésien gadis cannk, jolie jille, gadih cannak, en minang a une connotation négative,jille lascive. Une anecdote raconte qu'un Minang voulait parler l'indonésien pour la première fois. Il prit connaissance des comparaisons cidessus. Quand il voulut dire en indonésien la phrase minang « Ambo indak talok lalok di siko », « Je ne peux pas dormir ici », il dit, dans son indonésien: « Amba indak telap lelap di sika» (ce qui n'a pas de sens). 24

La phrase colTecte en indonésien est : « Saya tidak sanggup Le minang se distingue tidur di sini ». de la langue indonésienne par:

une grande partie de son vocabulaire propre des affixes et des mots-outils plus nombreux des formes de syntaxe plus variées l'existence de glides (glissement vocal) un plus grand nombre d'homonymes LES DIALECfES MINANG

Le minang n'est pas une langue parlée uniformément par tous ses locuteurs. Elle comporte de nombreux dialectes. Le but de ce livre n'est pas de faire une étude approfondie de ces dialectes mais de connaître les caractères généraux de la langue et de savoir communiquer avec les gens. On abordera donc ces différents dialectes très superficiellement. ns se distinguent, par exemple, dans la prononciation: le i final se prononce de trois façons: i, î, ey. Ex. : padi, padî, padey (riz non décortiqué). le a, avant la dernière syllabe, se change en o. Ex. : sarawa, sarowa pantalon. le a final, est prononcé par certains comme ea ou ar. Ex. : tuka, tukea; tukar changer. Le r, certains le roulent bien, d'autres le prononcent un peu comme gh. n y a aussi des différences de vocabulaires, de particules et d'intonations. Dans certaines régions, c'est très chantant et doux, dans d'autres un peu sec. n est difficile de savoir le nombre de dialectes et la limite des zones dans lesquelles on parle ces dialectes. En effet, dans deux 25

villages sans frontières, dans un même nagari commune ou sousdistrict, les gens peuvent parler différents dialectes. Sur une distance de 3 km séparant Ampanggadang de DanguangDanguang (chef-lieu du sous-district de Guguk, dans le district de Lima Puluh Kota), en passant par Talago et Balai Talang, on trouve des dialectes différents. Exemple: pour dire le nouveau canal, on dira : bondea baghu (r non roulé) à Ampanggadang. bondea baru à Talago. bondar baru à Balai Talang. bonda baru à Dangung-Dangung. A Payakumbuh, la ville chef-lieu du district Lima Puluh Kota ainsi que dans les autres villes, on dira :

- banda

baru.

Un autre exemple: Il vient icifréquemment se dira : Liau kodok datang kaiko à Kubang (un village dans le sousdistrict de Guguk). Inyo kodok datang kiko à Talago (un autre village dans le sous-district de Guguk). Inyo acok datang kamari à Payakumbuh (chef-lieu de district du Lima Puluh Kota). Anyo acok datang kamari à Bukittinggi (district d'Agam). Quand on dit qu'il y a environ sept ou huit millious de personnes parlant minang, on sous-entend que c'est le nombre de locuteurs s'exprimant dans l'un de ces dialectes. Mais ces nombreux dialectes n'empêchent pas la compréhension entre les divers locuteurs de mmang. En général, quand deux ou plusieurs Minang discutent, ils parlent le même dialecte, dans une langue qu'ils appellent baso awak (notre langue ou le parler de chez nous). Baso awak est la langue parlée par les Minang entre eux, qu'ils soient du même viHage ou de villages différents. 26

Baso awak commence par le territoire le plus restreint, pour s'élargir en se référant au dialecte du chef-lieu, ensuite à la capitale de la province, où se côtoient les Minang de tous les districts. Par exemple, si trois personnes du même village discutent, elles parlent dans le dialecte de ce village (baso awak pour eux c'est le dialecte du village), mais si l'une est d'un autre village, mais du même district, baso awak est le dialecte du chef-lieu de ce district, et si l'une d'elles est d'un autre district, elles parleront dans le dialecte commun de Padang, capitale de Sumatra Barat. A noter qu'à Padang même, il y a d'autres dialectes, les dialectes des communes autour de Padang. Les Chinois habitant Padang et dans les autres villes parlent le minang avec leur propre dialecte. On exige que chaque Minang s'adapte à la langue de la communauté où il se trouve sauf s'il est de passage. Leur proverbe dit : Di kandang kambiang mambebek, di kandang kabau malanguah, dans la bergerie on bêle, dans l'étable des bujjles, on meugle. Un Minang émigré, qui retourne au pays, doit parler son dialecte d'origine, sinon, on le considère comme orgueilleux, oubliant son origine, et on se moquera de lui en disant kacang lah tupo jo kuliknyo (la cacahuète a oublié sa coquille). La particularité des dialectes villageois est de comporter moins d'homonymes (mots de même écriture, de même prononciation, mais de sens différent). Plus on s'éloigne de la capitale, moins on trouve d'homonymes. Dans cet ouvrage, nous allons étudier surtout la langue minang de Padang, considérée comme baso awak (notre langue), par tous les Minang des différentes origines, et donc aussi parlée dans d'autres villes et par les Minang en diaspora.

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