PARLONS MON

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Des Mon et de leur langue, on ne sait quasiment rien en France, hormis les spécialistes de l'Asie du Sud-Est, et les étudiants en Langues Orientales. On ignore même leur existence. Et pourtant la culture Mon a joué un rôle souvent essentiel dans ce qui est maintenant la Thaïlande, la Birmanie et la partie Ouest du Laos, et ce pendant plus de mille ans. Cette langue connaît une véritable renaissance. C'est pour cette raison que ce livre n'est pas uniquement un livre de langue - ce qu'il est d'abord. Il se veut aussi une introduction à la culture mon.
Publié le : samedi 1 novembre 2003
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EAN13 : 9782296341685
Nombre de pages : 303
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PARLONS MÔN
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Parlons.. .
Collection dirigée par Michel Malherbe

Déjà parus
Parlons chichewa,Pascal KISHINDO, Allan LIPENGA, 2003. Parlons lingala, Edouard ETSIO, 2003. Parlons singhalais, Jiinadasa LIY ANARA TAE, 2003. Parlons Purepecha, Claudine CHAMOREAU, 2003. Parlons Mandinka, Man Lafi DRAMÉ, 2003 Parlons Capverdien, Nicolas QUINT, 2003 Parlons navajo, Marie-Claude FEL TES-STRIGLER, 2002. Parlons sénoufo, Jacques RONGIER, 2002. Parlons russe (deuxième édition, revue, corrigée et augmentée), Michel CHICOUENE et Serguei SAKHNO, 2002. Parlons turc, Dominique HALBOUT et Ganen GÜZEY, 2002. Parlons schwytzertütsch, Dominique STICH, 2002. Parlons turkmène, Philippe-Schemerka BLACHER, 2002. Parlons avikam, Jacques RONGIERS, 2002. Parlons norvégien, Clémence GUILLOT et Sven STOREL V, 2002. Parlons karakalpak, Saodat DONIYOROV A, 2002. Parlons poular, Anne LEROY et Alpha Oumar Kona BALDE, 2002. Parlons arabe tunisien, M. QUITOUT, 2002. Parlons polonais, K. SIATKOWSKA-CALLEBAT, 2002. Parlons espéranto (deuxième édition, revue et corrigée), J. JOGUIN, 2002. Parlons bambara, 1. MAIGA, 2001. Parlons arabe marocain, M.QUITOUT, 2001. Parlons bamoun, E. MATATEYOU, 2001. Parlons live, F. de SIVERS, 2001. Parlons yipunu, MABIK-ma-KOMBIL, 2001. Parlons ouzbek, S. DONIYOROV A, 2001. Parlonsfon, D. FADAIRO, 2001. Parlons catalan, Jacques ALLIÈRES, 2000. Parlons saramaka, D. BETIAN, W. BETIAN, A. COCKLE, M.A. DUBOIS, M. GINGOLD, 2000. Parlons gaélique, Patrick Le BESCO, 2000. Parlonsfrancoprovençal, D. STICH, 1999.

Emmanuel GUILLON

PARLONS MÔN
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Langue et civilisation

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

@ L'Harmattan,

2003

ISBN: 2-7475-5470-8

Ce livre doit beaucoup à l'aide et aux encouragements

de

mes amis Môn et monisants, que je voudrais remercier ici. Parmi ceux-ci, je voudrais citer plus particulièrement Nai Pan HIa, qui m'avait jadis appris, lors de mon séjour en Birmanie, les bases du môn, tant ancien que moderne. Mais aussi, beaucoup plus récemment, en Thaïlande cette fois, le bouillant lexicographe Nai Tun Way, le dévoué militant Nai Sunthorn, ainsi que les plus jeunes, comme Nai Ok Pain et ses deux filles, et Nai Yeup, Mi Ok Chan et Nai Ong Slain. Mais je n'oublie pas non plus Mathias Jenny, qui, au milieu de ses propres tâches, m'a généreusement accueilli et a bien voulu relire l'ouvrage pour me suggérer précieuses corrections, ce qu'afait aussi Daoruang Wittayarat. de

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Localisation des Môn de jadis, d'hier et d'aujourd'hui.

Introduction

Comment peut-on être Môn? Comment peut-on encore parler môn? Les Môn eux-mêmes se posent la question, après plusieurs siècles de persécutions, d'interdictions de parler leur propre langue. Et pourtant... Et pourtant la langue môn est encore parlée de nos jours par plus de deux millions de personnes, principalement dans le Sud de l'actuelle Birmanie (rebaptisée récemment Myanmar), et, en Thailande, à l'Ouest, au Sud et au Nord de Bangkok, ainsi que dans la région du Centre. Elle a survécu aux vicissitudes de sa longue histoire, aux déportations, aux exils, aux intégrations, forcées ou non. Elle a été, durant des siècles - du septième siècle de notre ère à la moitié du dix-huitième, la langue d'une grande civilisation, à l'Ouest de l'Asie du Sud-Est péninsulaire. Cette civilisation nous a laissé des monuments bouddhistes, de très belles sculptures, des textes religieux ou profanes gravés dans la pierre ou sur des feuilles de cuivre ou d'or. Tous les spécialistes de cette région du monde, qu'ils soient historiens, linguistes, historiens de l'art ou même politologues, s'accordent à dire que l'étude du môn - sa langue, son histoire et sa civilisation - est très importante pour une connaissance plus approfondie de la région. Ainsi la langue a-t-elle été enseignée pendant de nombreuses années à la School of Oriental and Mrican Studies de Londres. Elle l'a été également à l'University of Albany (Université d'Etat de New York) dans les années 1990. Elle l'est actuellement en Thai1ande (Université Silapakom de Bangkok), à l'Université Humboldt de Berlin, et à l'Institut National des Langues et Civilisations Orientales de Paris. Elle fait l'objet de recherches et d~ thèses à St Petersbourg en Russie, en Australie, en Thaïlande, en Grande-Bretagne, etc.

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L'enseignement de cette langue n'est nullement celui d'une langue morte. Outre les deux millions de locuteurs actuels, il en existe en effet des millions d'autres, en Birmanie, en Thaïlande, et même en Malaisie, qui ont entendu parler le môn à la maison, car l'un de leurs parents, ou les deux, la pratiquaient encore il y a quarante ans. Or beaucoup de ces descendants de Môn qui s'étaient réfugiés en dehors de la Birmanie au cours de ces deux derniers siècles voudraient, depuis une dizaine d'années, retrouver leurs racines culturelles et linguistique. Ainsi en février 1998 des milliers de ces descendants, maintenant de nationalité Thaï, se sont retrouvés, par bus entiers, et vêtus de leur plus beaux atours, pour célébrer le jour de la Fête Nationale Môn, les plus vieux reparlant leur langue, découvrant qu'ils pouvaient se comprendre avec les nouveaux exilés venus récemment de Birmanie, les plus jeunes n'étant plus gênés par leur origine. Il existe en outre une diaspora môn, constituée de petites communautés dispersées un peu partout dans le monde: en Australie, au Canada, aux Etats-Unis, en Norvège, principalement, qui, grâce maintenant à Internet, participent de ce mouvement d'affirmation de soi. De plus le téléphone portable leur a permis de découvrir, tout récemment, qu'il existait d'autres communautés isolées en Malaisie ou à Singapour. Ce qui fait dire à certains que le nombre de deux millions de locuteurs est inférieur à la réalité: loin de disparaître, comme le redoutaient les Môn eux-mêmes dans les années 1970, il semble bien que leur langue connaisse une nouvelle vigueur. On peut en effet parler d'une véritable Renaissance récente de la culture - et d'abord de la langue, particulièrement en Thai1ande, depuis une quinzaine d'années. Cette renaissance se manifeste par la publication de livres scolaires, pour enseigner l'écriture et la langue actuelle aux enfants, mais aussi par des ouvrages destinés aux adultes, des recueils de textes ou encore des 14

manuels de géographie, de mathématiques, etc., écrits dans la langue, sans compter les revues, hebdomadaires ou mensuelles, traitant de tous les sujets d'actualité. Les techniques modernes de diffusion et de communication sont mises à contribution. Par exemple les cassettes audio: un jeune chanteur originaire de la ville de Moulmein (rebaptisée actuellement Mawlamyne), la capitale de l'Etat môn de Birmanie, est célèbre de part et d'autre de la frontière Thaï-Birmane. Le karaoké a fait son apparition, les sites Internet et les journaux en ligne également. Et les récentes compilations, à Bangkok, de dictionnaires, anglais-môn et môn-anglais, beaucoup plus complets que les précédents, ont été rendues possibles par la création de polices de caractères môn sur ordinateur, d'utilisation relativement facile. Par ailleurs on peut voir désormais des jeunes moines (comme d'ailleurs les moines thaï dans certains de leurs monastères) recopier les anciens textes bouddhistes - l'une de leurs tâches traditionnelles - non plus à l'aide de stylets gravant les sutra sur des feuilles de palmier séchées, comme ils le faisaient depuis plus d'un millénaire, mais en utilisant les traitements de texte et les mises en page dans la salle des ordinateurs du monastère...
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La langue môn, généralités La langue môn est totalement différente de la langue birmane, tant sur le plan de la structure de la phrase, du vocabulaire, du phonétisme et du système tonal, quoique ces deux langues aient un alphabet presque identique. Il en est de même avec la langue thaïe, mais cette fois avec des alphabets différents. Cependant il y a eu, au cours des siècles, des emprunts de ces langues au môn et vice-versa.

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Notons que le môn est entièrement étranger au hmong, comme les confondent parfois par erreur des Français qui, par contre, ont entendu parler des membres de cette ethnie des montagnes du Laos, dont un certain nombre ont fui le communisme pour se réfugier en France et dont d'autres ont été établis en Guyane française. Par contre le môn est apparenté à d'autres langues d'Asie du Sud-Est, pour la plupart parlées maintenant par de petits groupes vivant dans les montagnes, comme les Bahnars de la chaîne annamitique, au Vietnam, ou les Wa du Nord-est du plateau Shan de la Birmanie. Il est "cousin" linguistiquement du khmer du Cambodge, cousin d'ailleurs assez éloigné. Ce cousinage explique le nom de la famille de langues dont il fait partie, la famille mônkhmère. Cette dernière est une branche de la grande famille linguistique Austro-asiatique, qui décrit des traits communs, ou voisins, sans que pour autant ses locuteurs soient à proximité les uns des autres. Comme beaucoup de langues asiatiques à l'Est de l'Inde, le môn n'est pas une langue à désinences, c'est-à-dire qu'on ne peut pas ajouter à la fin un élément grammatical pour faire varier les formes de la conjugaison, quand il s'agit des verbes, (par exemple "il finit, ils finissent"), ou pour marquer le genre ou le nombre, pour les noms, les adjectifs, les pronoms. Ces nuances sont, le plus souvent, marquées soit par des affixes, insérés avant ou dans le mot, soit par de petits mots, des "particules", placés devant ou derrière le mot. La fin des mots, elle, reste fixe, dans tous les cas. Par contre, à la différence de la plupart des langues voisines, qu'il s'agisse du birman, du thai, du lao ou du vietnamien, le môn n'est pas une langue à tons. Il possède deux registres, c'est-à-dire deux façons de prononcer la même syllabe, pour produire des sens différents. Nous reverrons également cela en détail. L'ordre des mots d'une phrase simple est: sujet + verbe (ou prédicat) + objet, 16

par exemple "je + mange + [du] riz" qui se prononcera [us chie pYq], et s'écrira:D ~ <?8. Le système de notation phonétique choisi sera expliqué au chapitre quatre.
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Si les Français d'aujourd'hui ignorent le plus souvent l'existence des Môn, ces derniers, par contre, se sont transmis de génération en génération la tradition d'une amitié ancienne avec la France et les Français. Il y a eu, effectivement, au dix-huitième siècle, une alliance entre troupes française venues de l'Inde et troupes môn dans ce qui est maintenant le sud de la Birmanie, contre la puissance birmane de l'époque, et pour défendre les royaumes môn. Plus tard les Môn du Siam, à la suite du traité de Bowring de 1855, qui permettait aux non-siamois de se mettre sous une juridiction étrangère, choisirent la juridiction française, ce qui les soustrayait au servage en usage alors. Il reste quelques traces de ces liens dans la langue: le mot pour "français" est pranse? (prononcer "prannsé") écrit {9-:>t ~: c'est une transposition directe, à travers le phonétisme propre au môn, (qui n'a pas de f), du mot français lui-même...

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Parlons môn, mode d'emploi

Cet ouvrage ne peut être qu'une introduction à la langue môn. Toutefois cette langue n'est pas isolée sur le plan linguistique. Aussi commencerons-nous par insérer le môn dans sa famille linguistique, les langues môn-kmer, en mettant en lumière les caractéristiques communes à cette famille de langue. Par ailleurs la dimension culturelle et historique de celle-ci est particulièrement importante, et n'a jamais fait l'objet d'ouvrage en français. Aussi allons-nous ensuite, dans un deuxième chapitre, parcourir sa longue histoire, depuis ses premières traces, en Thailande, jusqu'à ses derniers royaumes, en Birmanie du Sud. Nous prendrons pour références, à chaque période, les productions linguistiques. Puis, dans un troisième chapitre, seront évoqués un certain nombre de faits de culture propres aux Môn, qu'il s'agisse de littérature, d'autres arts, de technique, de cuisine ou de religion. Ces trois premiers chapitres utilisent relativement peu de termes proprement môn. Il faut cependant évoquer ici comment ils sont rendus, en phonétique d'abord, en môn ensuite.
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a. La transcription phonétique Les mots môn sont parlés, mais aussi écrits. Ils seront donc d'abord transcrits en phonétique, à partir de l'alphabet phonétique international, un peu simplifié ici. Rappelons que l'alphabet phonétique international renvoie à des descriptions très précises des sons des langues (place et position de la langue dans la bouche, émission de l'air, etc.). Le système complet, et son évolution, sera analysé au chapit~e quatre. Ces transcriptions de sons seront écrites en caractère gras, et toutes le~ lettres doivent être prononcées. La plupart des lettres de cette transcription correspondent à des sons français, qu'il s'agisse de voyelles ou de consonnes, excepté: 21

7 qui marque un coup de glotte; h, qui marque une aspiration (avant ou après la consonne) ; 1],prononcé comme le og de parking; c, prononcé entre tché et tié ; p, comme le go de peigne; y, comme le y de voyage; w, le ou de ouest ou le ou de ouate; l le ch de "chemin" . À cela s'ajoutent deux consonnes propres au phonétisme môn, assez particulières, qui n'ont aucun correspondant en français: cf, prononcé comme un d, mais en retournant la pointe de la langue vers le palais. 6, prononcé comme un b, mais en retournant également la pointe de la langue vers le palais. Les autres consonnes, c'est-à-dire b, d, k, 1,m, n, p, s, t, se prononcent à peu près comme en français standard (francilien). Le f, lui, est roulé. Le système des voyelles môn est assez complexe. Il est simplifié dans cet ouvrage. Notons que ces correspondances sont assez approximatives, mais suffisantes pour se faire comprendre d'un Môn. On utilisera: u, comme dans "tout", "goût" ; e, é fermé, comme dans "été" (mais souvent entre i et e) ; £, è ouvert, comme dans "rêve" ; ~, comme dans "le", "ce" ;
T, comme dans l'anglais "put" ; 0, 0 fermé, comme dans "dos" , impôt" ; A, comme dans l'anglais "eut, sun" ; ~, 0 ouvert, comme dans "album", "fort" ; 3, a entre le a fermé de "chat;', "phare" et le a ouvert de "age" D, comme dans l'anglais "what, lot".

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Il existe en outre des diphtongaisons, c'est-à-dire des modifications de la voyelle en cours d'émission, ainsi que des nasalisations, phénomènes que l'on reverra également au chapitre quatre. L'accent grave placé sur une voyelle marque le deuxième registre. Il indique que la syllabe doit être prononcé d'une manière détendue, comme si la voix baissait. Quelques exemples: 1. Le mot pour "je, moi, mon", sera transcrit U9 , correspondant , approximativement au français ou-eu. (Ecrit 3d). 2. Le mot pour "anglais" sera transcrit enkèloit, correspondant approximativement au fran~ais énn-ké-Io-i-t, la deuxième syllabe . s C' etant re1achee. (Ec nt 3dOCO\f) ) . 3. Le terme pour "huile (de cuisson) " sera transcrit kl::>ÏIJ, corresgondant approximativement au français klô-i-ng. (Ecrit G~C ).
~ ~ '"

b - L'écriture et la transI itération Voici, à titre indicatif, le tableau des consonnes Môn suivies de leurs translitérations, c'est-à-dire de leurs correspondances en écriture latine écrite en italique. (Ce sera étudié en détail, p. 98-99)

rDka Qkha oga oogha cm 61. Q:) cha @ ja 0) ca jh ~ na c.tI

~ ta CD tha ~!ha Cf) ta
o pa (9pha OJ ya lJ) ha

~ ba J) bha

~ (il v (Ina ao -tn 3 da G dha na 4>
~ ma

q ra
~/

co la 0 va/wa J.) sa
@) Xl 3d /a { ~ mba

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pour les voyelles, les voici combinées avec la consonne

(})

(ka)

ml) /ml ka cf, ki ~ kïO(/mL ku Ojf/mIL kü,'
G(}) ke cD kai/kay G(J)0 ko 05 kau (J): KJ1/1 o . O(+x = k Ul+X.
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Ainsi donc lorsqu'un mot môn est cité, comme par exemple "merci", on aura d'abord le mot ou l'expression français, puis, la transcription phonétique, et enfin le mot en caractère môn (sauf pour la partie "Vie Quotidienne") : "merci", taq kùn, 008 ç>~. On pourra donc négliger, si l'on veut, l'écriture en môn, ou bien se reporter pages 99, pour maîtriser cette écriture. Le chapitre quatre analysera la langue, d'abord à travers son écriture, et l'évolution de la langue parlée par rapport à celleci, ce qui permet d'éclairer le système des deux registres. Il décomposera en détail le phonétisme, et quelques variations dialectales, pour parcourir la grammaire. Ces éléments permettront de mieux comprendre ou de mieux maîtriser, si on le désire, le chapitre suivant, intitulé Parler. La première partie de ce chapitre, intitulée "Expressions et Vie Quotidienne" présente, au travers d'expressions de la vie quotidienne, diverses situations. Il s'agit en général de phrases simples, couramment utilisées, d'accès aisé. La phrase ou l'expression est d'abord indiquée en môn, puis traduite en français et rendue en phonétique, pour enfin être décomposée mot à mot, afin de bien en comprendre la structure ou la composition. La deuxième partie, appelée "Dialogues", propose des dialogues ou des récits, toujours en langue parlée, de niveau de difficulté et de longueur variables. L'objectif est de montrer des 24

structures grammaticales complexes en même temps que des problématiques et des faits de culture, là encore, en situation. De nombreuses expressions de la partie précédente sont reprises ici. On le voit, ce livre veut être un parcours, et il serait préférable de le lire dans l'ordre, que l'on soit amateur curieux, ou désireux d'apprendre la langue. Le livre se termine par deux lexiques, de forme et d'objectif différents. Le premier, le lexique français-môn, est une simple liste, un répertoire, plutôt un aide-mémoire, qui couvre un vocabulaire plus vaste que le suivant. Le deuxième, le lexique môn-français est plus proche d'une ébauche de dictionnaire. Dans le deuxième, les deux formes, lues et parlées, sont indiquées quand elles sont devenues très différentes.

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De l'Inde à la Chine: les langues mon-khmer

1. Une grande famille
Pour bien saisir les originalités de la langue môn il peut être utile de la replacer d'abord dans son contexte linguistique, à certains égards radicalement différent de celui des langues européennes. En effet, la langue môn appartient à la grande famille des langues austro-asiatiques ("austro" signifie sud). Ces langues austro-asiatiques sont actuellement divisées en deux grands ensembles: à l'Ouest les langues munda, parlées au centre et au Nord-Est de l'Inde, et, à l'Est, les langues môn-khmer, parlées ici ou là dans tous les pays de l'Asie du Sud-Est péninsulaire. De plus on a découvert récemment, en Chine du Sud, toute une série de petits groupes parlant des variantes de ces langues môn-khmer. Enfin il faut aussi signaler le nicobarais, pratiqué dans les petites îles Nicobar, à l'Ouest de la péninsule malaise, que l'on classe quelquefois à part. Cette famille comprend plus de 155 langues parlées par plus de 65 millions de locuteurs. De plus un grand nombre de ces langues possèdent plusieurs dialectes, ainsi que des sous-dialectes dont le môn lui-même. Il semble bien que ces langues austro-asiatiques constituent le substrat de toutes les langues parlées en Asie du Sud-Est. Ce serait même la famille de langues la plus archaïque de l'Asie du Sud-Est et de l'Inde de l'Est. En effet elles sont le plus souvent entourées par d'autres langues, arrivées sur ces territoires plus tardivement, et faisant partie d'autres familles de langue, telles que les groupes austronésiens (comme les langues malaises ou indonésiennes), thai-kadai (comme le siamois, qui commence à être attesté - dans des textes écrits - en Thailande au XIIIème siècle de notre ère), ou sino-tibétain (comme le birman, attesté vers le XIIo siècle). D'autre part certaines des langues môn-khmer ontdû 29

battre en retraite devant l'avancée des autres groupes, notamment celles qui se sont réfugiées sur la chaîne annamitique. Il y a pourtant apparemment peu de points communs entre une langue monosyllabique à tons comme le vietnamien, et une langue polysyllabique sans tons comme le mundari du Nord-est de l'Inde. Cependant toutes les comparaisons linguistiques confirment l'unité profonde de cette famille de langues. Quant à la date de séparation des deux grandes branches munda et môn-khmer - son étude, qui relève de la préhistoire des langues, commence à peine. Par contre pour ce qui est des mônkhmer, on distingue actuellement douze branches distinctes qui ont dû se séparer d'un tronc commun, il y a trois ou quatre mille ans: NORD (5) MUNDA SUD (8)
AUSTRO-ASIATIQUES khasi (4) palaung-wa (15) NORD

khmu (8) pakan (3?) katu (18 ?) viet-muong (18) MON-KMER EST
bahnar (34) pear (6) khmer (6) MON (nyah kur) (3) aslian (16) SUD nicobarais (11) Les chiffres indiquent le nombre de dialectes.

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