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PARLONS NAHUATL

De
351 pages
" Parlons Nahuatl " est une initiation à la langue classique des Aztèques et à une variante encore en usage au Mexique, dans l'Etat de Guerrero. C'est aussi une introduction à la culture, à l'organisation sociale, aux croyances de ceux qui parlaient et parlent encore cette langue.
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@ L' Harmattan, 1999 ISBN: 2-7384-8545-6

Jacqueline de DURAND-FOREST Danièle DEHOUVE Éric ROULET

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L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris FRANCE

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L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y IK9

Collection Parlons... dirigée par Michel Malherbe

Dernières parutions

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Nous tenons à remercier chaleureusement Edouard Joseph de Durand pour ses conseils et la part qu'il a prise dans l'élaboration et la révision du manuscrit. Nos remerciements vont aussi à Eric Puech, Marie-José Vabre, Jean Savoye, François et Etienne de Durand pour leur aide matérielle. La partie de l'ouvrage consacrée au Nahuatl classique a été composée par Jacqueline de Durand-Forest; celle relative aux usages modernes, leur enregistrement et leur transcription, par Danièle Dehouve. Le chapitre sur les toponymes et les dessins sont d'Eric Roulet.

Les cartes ont été établies par E.J. de Durand à partir de celles dressées précédemment par le même et figurant dans: l'Introduction bibliographique à l'histoire du droit et à l'ethnologie juridique, Les Aztèques et les Mayas, Université Libre de Bruxelles, 1963, et dans l'Introduction à la Matricula de Tributos, Graz, A.D.V.A., 1980. L'Atlas Cultural de México, Lingüistica, INAH, 1988, et l'article de Una Canger: "Nahuatl dialectology", dans Ie N° 54 de l'I.J.A.L., 1988, ont été aussi mis à contribution.

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DIALECTES UTO-AZTEQUES DANS LE MEXIQUE D'AUJOURD'HUI

I-District fédéral 2-Etat de Morelos
3- TIaxcala

4-Colima 5-Aguas Calientes

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Frontières

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Dialectes Nahua(t-l)

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PRINCIPAUX

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Zone centrale

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MICHOACAN : COLIMA:
I-La Venta 2-Tres Zapotes 3-San Lorenzo 4-Mitla 5-Monte Alban 6-Cempoala 7-EI Tajin

Sites archéologiques

majeurs (en chiffies arabes)

Villes modernes (en chiffres romains) SeigneurieslEtats indépendants précolombiens Etats modernes

12-Cuauhnahuac 13-Malinalco 14-Teotenango 15-Texcoco 16-Tenochtitlan México 17-Tlatelolco 18-Tlacopan 19-Azcapotzalco 20-Teotihuacan 21-Tula 22-Tzintzuntzan

8-Castillo del Teayo 9-Cholula 10-Cacaxtla ll-Cuauhtitlan

VILLES MODERNES:
I-Veracruz

IV -Oaxaca V-Acapulco VI-Puebla

VII-Toluca VIII-Morelia
IX -Guadalajara

II-Cordoba III -Orizaba

ZONE MAYA
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Sites archéologiques

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Villes modernes (en chiffres romains) Seigneuries/Etats indépendants précolombiens
Etats modernes

1-Tulum 2-Coba 3-Chiehén- Itza 4-Mayapan 5-Uxmal 6-Kabah 7-Sayil 8-Labna 9-Edzna 10-Calakmul II-Becan l2-Xpuhil

l3-Rio Bec l4-Hoehob 15-Dzibilnoeae 16-Kohunlieh 17-Tikal l8-Uaxactun 19-Lubaantun 20-Rio Azul 2l-Piedras Negras 22- y axchilan 23-Seibal 24-Bonampak

25-Palenque 26-Tonina 27-Altar de Saerifieios 28-Tayasal 29-EI Caracol 30-Xunantunich 31-Naaehtun 32-EI Naranjo 33-EI Mirador 34-Quirigua 35-Copan 36-Izapa

VILLES MODERNES: I - Merida II - Campeche III

- Belize City

Avant-propos
La conquête du Mexique fut l'un des événements les plus extraordinaires survenus depuis 1492. Tandis que les terres

rencontrées jusqu'alors - les îles, les rivages de la "Terre Ferme", du Brésil à la "Castille d'Or"- étaient des "pays d'hommes nus et pauvres, dépourvus de toute organisation urbaine", comme l'ont écrit Lucie et Bartolomé Benassar (1991, 36), le Haut Plateau central du Mexique allait révéler aux Espagnols un Etat riche, puissant, en plein essor. La langue des conquérants mexica, le nahuatl, allait progressivement s'imposer dans ce qu'il est convenu d'appeler "l'Empire aztèque", et au-delà, comme lingua franca, langue véhiculaire, largement grâce aux missionnaires. Par convention, on appelle Nahuas les locuteurs de
la langue nahuatl. En Amérique même, cette langue présente une importance

singulière, et d'abord parce qu'elle est non seulement parlée, mais écrite depuis le XVIe siècle. Aucune autre langue amérindienne n'offre
un aussi riche corpus de textes anciens. De nos jours, le nahuatl est encore parlé dans le Mexique central

par plus d'un million de personnes, qui vivent dans leurs villages ou ont émigré dans les grandes villes et les centres touristiques. Enfin, le voyageur ne cessera de rencontrer le nahuatl sur sa route, car les noms de lieu, jusqu'au Guatemala, sont dans cette

langue, à commencer par les célèbres Mexico et Acapulco (voir infra: Toponymes ). Il va sans dire qu'une telle extension de la langue à travers le temps et l'espace ne s'est point produite sans que se développent conjointement des différences dialectales plus ou moins prononcées. Le "nahuatl classique" était parlé par la noblesse indienne du Plateau central au début du XVIe siècle. Certains villages des environs immédiats de Mexico, comme Milpa Alta, ont conservé les intonations classiques, mais on trouve de nombreuses variations phonologiques et grammaticales de la Côte atlantique à la Côte pacifique et du Nord au Sud. Notre parti-pris est de présenter la grammaire du nahuatl classique, en nous fondant sur les grammaires déjà existantes, rédigées depuis le XVIe siècle. Cependant, afin de permettre au lecteur de saisir en quoi consistent les différences dialectales, nous signalons les aspects les plus sujets aux variations. Enfin, nous offrons un enregistrement d'un dialecte moderne parlé dans la partie orientale de l'Etat de Guerrero.

16

LANGUE ET CULTURE

LA MESOAMERIQUE

DEFINITION
Le nahuatl est l'une des centaines de langues parlées dans le Centre et le Sud du Mexique et en Amérique centrale, où règne une grande diversité linguistique. Celle-ci contraste cependant avec

l'existence d'un fond culturel commun à tous ces peuples. On exprime cette notion d'homogénéité culturelle par le concept de

"Mésoamérique" . Telle que l'a définie Paul Kirchhoff, la Mésoamérique recouvre une aire à la fois géographique et culturelle, délimitée au nord par trois fleuves: le Panuco, le Sinaloa et le Lerma, et s'étendant au sud-est jusqu'à l'embouchure du Motagua (Guatemala, Honduras), au sud-

ouest jusqu'au Golfe de Nicoya (Costa Rica), en passant par le Lac de Nicaragua. Bien que les populations présentes sur ce territoire aient été très diverses du point de vue linguistique, elles offraient et offrent encore un certain nombre de traits communs, tant dans le domaine économique et technique que dans celui de la vie intellectuelle et religieuse. Ce sont, pour l'essentiel, le bâton à fouir, les jardins flottants, la culture du maïs, du maguey, du cacao, du piment..., le polissage des pierres dures, la métallurgie de l'or et de l'argent, la construction de Pyramides à degrés et de palais, le Jeu de Balle, des écritures pictographiques conservées, entre autres, dans quelques Manuscrits ou Codices, enfin un calendrier solaire de 18 mois de 20 jours + 5 jours considérés comme néfastes, et un calendrier divinatoire de 260 jours répartis en 20 Treizaines. Ces deux computs coïncidaient tous les 52 ans, soit un siècle mexicain, et tous les 104 ans avec le cycle vénusien de 584 jours environ. La notion de Mésoamérique, appliquée tout d'abord aux périodes archéologiques, ne se révèle pas moins opérante pour la période contemporaine. Les villages indiens actuels présentent, en effet, de grandes similitudes dans leur organisation sociale. C'est ainsi que de nombreux aspects de la vie des Nahuas, que nous exposons dans la partie "Langue et civilisation", se retrouveraient aisément parmi des groupes linguistiques bien différents, tels les Otomis ou les Mayas.

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Ce fond culturel, commun à des groupes linguistiques distincts, provient en fait d'une longue histoire partagée. Des principales étapes de cette Histoire nous ne rapporterons que celles ayant marqué de manière formelle la civilisation aztèque, d'abord quand les tribus mexica eurent pénétré sur le Haut Plateau Central, puis après leur installation sur la Lagune.

RAPPEL HISTORIQUE
Teotihuacan
Toute la région évoquée ci-dessus avait déjà été le foyer de grandes civilisations. La première, celle de Teotihuacan, fleurit du 1er siècle avant J.C. à 750 après J.C. Elle devait rester, pour les diverses tribus qui connurent et peuplèrent la région, un modèle religieux sans égal (Teotihuacan = l'endroit où l'on devient des dieux), un lieu vénéré par toute la suite des générations. Des découvertes

archéologiques irréfutables ont modifié cette vision trop idéale: Teotihuacan fut aussi une métropole commerciale, dont la richesse reposait aussi bien sur l'exploitation de l'obsidienne que sur la

transformation des marchandises que lui procurait cette pierre à maint titre précieuse dans l'Histoire de la Mésoamérique. Elle ne méprisait pas davantage les expéditions militaires et les manifestations de prestige appuyées, jusque dans le Petén (Guatemala) auprès de la

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grande cité de Tikal. Son influence s'étendit aussi à l'ouest (le Michoacan des Tarasques) et dans le nord au Jalisco, au Nayarit et au Colima. A proximité du Lac de Texcoco et à Azcapotzalco, les Aztèques retrouveront les héritiers et gardiens des traditions

teotihuacanes. Les Toltèques La civilisation toltèque, pour sa part, s'illustra entre 950 et 1168 de notre ère. Sa capitale, Tula, parvint, elle aussi, à un niveau artistique et culturel si brillant qu'à leur apogée les Mexica-Azteca s'en réclamaient encore. La diversité des éléments ethniques contribua, certes, à cet essor, mais fut aussi la source d'oppositions majeures illustrées par la rivalité entre les dieux Tezcatlipoca et Quetzalcoatl, affrontement entre deux conceptions à peu près inconciliables dans les domaines religieux, social et politique, qui devait s'achever par la dispersion des Toltèques. Même si l'esprit guerrier s'y manifeste encore vigoureusement, dans l'architecture notamment, l'urbanisme est moins rigide qu'à Teotihuacan, la sculpture surtout est nettement plus "individualisée", témoignant en faveur d'une emprise moins lourde d'une classe sacerdotale restreinte. S'ils n'inventent guère de formes architecturales majeures (on mettra toutefois à leur crédit la grande salle à colonnes, les Atlantes et les Banquettes courant le long des murs intérieurs des portiques et ornées de guerriers sculptés), par le jeu très habile et subtil de combinaisons et de juxtapositions des éléments traditionnels de la Mésoamérique ( pyramides, jeux de balle,

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frises sculptées, etc.), les Toltèques marqueront en profondeur les civilisations ultérieures de la Cuenca de Mexico et bien au-delà
(Chichen Itza). Si importantes soient-elles, Teotihuacan et Tula ne représentent

que deux moments dans l'Histoire de la Mésoamérique. Depuis le milieu du Ille millénaire avant notre ère jusqu'à l'effondrement de l'Empire aztèque, soit pendant quelque quatre mille ans, dont la moitié environ demeure passablement obscure, même si des progrès

considérables dans la connaissance de cette période ont été obtenus grâce aux techniques toujours plus affinées des préhistoriens et archéologues, des civilisations souvent très brillantes se sont

succédées ou ont coexisté dans cette aire mésoaméricaine. Pour n'être point le véritable sujet de ce livre, nous ne pouvons que mentionner sommairement les plus importantes d'entre elles.

Les Olmèques
Les Olmèques d'abord (de 1500 avo J.C. au plus tôt jusqu'aux abords de l'ère chrétienne), encore que leur importance et même leur "identité" aient été remises en question ces dernières années, connus par des sites aussi célèbres que La Venta, San Lorenzo, Tres Zapotes..., et leurs sculptures zoo-anthropomorphes colossales, dont les "Bébés-Jaguars". On les tient pour les "inventeurs" du double calendrier et des premiers signes d'écriture. Leur influence s'étendra peu ou prou à l'ensemble de la Mésoamérique.

23

Les Mayas
Dans le sud du Mexique et la péninsule du Yucatan, au Guatemala et jusqu'au Costa Rica, ce sont lato sensu les Mayas, en deux grandes périodes avec de multiples cités-Etats prestigieuses, qui ont développé jusqu'à son point de perfection le système d'écriture hiéroglyphique mésoaméricain, développé aUSSI les calculs

astronomiques et calendaires les plus précis - dont témoignent les systèmes du Long Compte et des séries initiales - , et plus généralement particulièrement l'arithmétique de position, élaboré des sculptures

complexes et une céramique décorée de scènes

rituelles, qui ne le cède en rien aux productions mochica, chimu ou nazca du Pérou. Après un temps de latence prolongé - le Préclassique, entre 1500 avoJ.C. et 300 ape J.C. environ - tel qu'en ont connu toutes les civilisations mésoaméricaines, le monde maya avec le Classique (de 300 à 900 de notre ère) va connaître sa période la plus somptueuse, illustrée par des sites comme Tikal, Caracol, Copan et Quirigua, Palenque, Yaxchilan, Bonampak et Tonina, Uxmal, Sayil et Labna, Chichen Itza, Coba, Xpuhil, Becan... De la diversité des styles ou de la maîtrise d'une nature le plus souvent extrême, on ne sait ce qui l'emporte. L'effondrement quasi simultané de ces cités aux alentours de 900 n'a point reçu d'explications décisives. Le Post-classique (de 900 à 1500) verra le déplacement des centres de civilisation du Petén ou de la Vallée de l'Usumacinta vers le nord de la Péninsule du Yucatan: Chichen Itza, Mayapan, Tulum, prolongeront plus

modestement la tradition maya.

24

Les Zapotèques

et les Mixtèques

Dans le centre-sud - l'état actuel d'Oaxaca - là où les deux Sierras s'enchevêtrent en un nœud presque inextricable favorisant la diversité culturelle et linguistique, ont prospéré successivement les Zapotèques, puis, descendus de leurs montagnes, les Mixtèques. Le site exceptionnel de Monte Alban (entre 900 avo J.C. et 800 après) atteste, outre une présence olmèque, l'influence et l'originalité des deux civilisations; celui de Mitla, malgré les controverses, la

prépondérance mixtèque et sa maîtrise d'un géométrisme rigoureux. Quelques manuscrits peints survivants attestent qu'en matière

d'écriture pictographique ils n'étaient point inférieurs aux populations
du Haut Plateau central.

Les Aztèques
Dernière tribu nomade, de langue nahuatl, venue du Nord, les Aztèques arrivèrent au cours du XIIIe siècle dans la "Vallée de Mexico" où diverses cités-Etats: Culhuacan, Tezcoco, Azcapotzalco se disputaient alors la prééminence. Les Aztèques eurent à ruser et à lutter contre elles pour pouvoir se fixer et fonder, vers 1325, dans la zone lacustre centrale, "au milieu des joncs et parmi les roseaux"
Mexico- Tenochtitlan Après des . de soumISSIon à la puissante cité

années

d'Azcapotzalco, les Aztèques contribuèrent à abattre son hégémonie et fondèrent, en 1429, une Triple Alliance avec les villes de Texcoco et

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de Tlacopan. Bientôt, cependant, grâce à l'habileté et à l'énergie de leurs souverains, jointes à leur ardeur belliqueuse, les Aztèques devinrent la puissance dominante de la Confédération. Une volonté d'expansion aux motivations complexes devait les inciter à créer un Empire s'étendant de l'Océan Atlantique au Pacifique et, vers le sud, jusqu'au Guatemala. Empire économique, en vérité, fondé

essentiellement sur le tribut versé à la Triple Alliance, par les provinces, villes et villages soumis. Ce tribut consistait en

marchandises, denrées alimentaires: maïs, cacao, piment, sel, plumes, pierres et métaux précieux, et en objets manufacturés: bijoux, parures, vêtements. Fortement hiérarchisée, la société aztèque était dirigée par le Tlahtoani, le souverain, aidé du Ciuacoatl, sorte de Vice-roi au rôle économique, judiciaire et culturel important. Une aristocratie

héréditaire et les prêtres composaient la classe dirigeante; venaient ensuite les Pochteca (les marchands), dont l'influence allait croissant; puis les artisans, la plèbe et enfin les esclaves au statut relativement modéré. Une certaine mobilité sociale était toutefois en mesure de tempérer la rigidité apparente de cette société. Héritiers de leurs prédécesseurs, les Aztèques firent montre d'une grande habileté technique dans leurs réalisations artistiques

(architecture, céramique, sculpture, métallurgie de l'or et de l'argent, polissage des pierres dures...). De récentes découvertes ont révélé que leurs observations astronomiques avaient déterminé l'orientation des édifices religieux. Quoique moins complexe que celle des Mayas, leur

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arithmétique était comme la leur à base vicésimale. Ils connaissaient également les trois types de calendriers: le calendrier divinatoire

(lunaire) de 20 Treizaines, consigné dans le tonalam atl, le calendrier solaire de 18 mois de 20 jours plus 5 jours néfastes, ces deux cycles coïncidant tous les 18.980 jours, soit 52 ans, ou siècle mexicain, et,
tous les 104 ans, avec le calendrier vénusien de 585 jours environ. La religion aztèque se présente comme un complexe d'éléments

proprement mexica (Huitzilopochtli ) venus se fondre avec d'autres très anciens, comme le culte de Tlaloc, le dieu de la pluie et celui de divinités terrestres et agraires. On y rencontre, en outre, des éléments "étrangers", dont certains adoptés à la faveur des conquêtes. Dans cet ensemble exubérant, Tezcatlipoca, dieu du ciel nocturne, des jeunes guerriers et des sorciers, patron du Telpochcalli ou Collège militaire, paraît occuper une place éminente lors de la venue des Espagnols, pour ne rien dire de Quetzalcoatl, dieu du vent, de la planète Vénus, patron du Calmecac, le Collège religieux, et inspirateur du Héros culturel du même nom, souverain de Tula. Non moins riche en figures, en éléments symboliques et en données mythiques, la Cosmologie des anciens Mexicains était dominée par la hantise d'une nouvelle destruction du monde, le cinquième Soleil, hantise que traduisaient des pratiques cultuelles sanglantes.

27

LES DIVERSES LANGUES INDIENNES DE LA MESOAMERIQUE
Suivant les critères retenus, et à partir de principes de la glottochronologie établis par Mauricio Swadesh, le nombre des

familles génétiques de la Mésoamérique retenu par les Linguistes varie de 4, 9 à 12. Le Handbook of Middle American Indians en donne 4:

Hokaltèque (3 langues), Uto-aztèque (3 sous-familles, 12 langues), Macro maya (3 sous-familles, 33 langues), plus 3 types isolés: le Tarasque" le Huave (une langue chacun) et le Xinca-Lenca (2 langues) . L'ouvrage America Latina en sus Lenguas Indigenas, édité par B. Pottier en donne 4 aussi: Hokan" Penutian (Mixe-zoque, Maya, Totonaque, Huave), Azteca-tano et Otomangue.

Le Summer Institute of Linguistics (Grimes) en retient 9: Otomangue (15 langues), Maya (23 langues), Hokan (6 langues), Utoaztèque (29 langues), Huave (2 langues), Mixe-zoque (13 langues).1 Totonaque (8 langues), Tepehua (6 langues) et Tlapanèque.

L'Atlas Linguistique publié par L. Manrique C. présente 12 familles: Hokano-coahuilteca I' Oaxaca); Chinantèque (3 sous-familles dont le Chontal de

(2 sous-familles dont le Chinantèque ),

28

Otopame (4 sous-familles dont l'Otomi, le Mazahua, d'une part, le Matlatzinca et l'Ocuiltèque, d'autre part); Oaxaquefia (3 sous-

familles: zapotèque, mixtèque, mazatèque, regroupant Il langues; 1 famille isolée dans l'Isthme: Huave; Totonaque (2 langues:

totonaque, tepehua) ; Mixe (3 langues: mixe, zoque, popoluca), Maya (2 groupes: l'inik représenté par le Huastèque et le winik par 4 sousgroupes (a-yucatèque, lacandon, b-chol, chontal, tzeltal, tzotzil,

tojolabal, c-mam, teco, d-motocintleco) ; Yuto-aztèque, 2 groupes (1Sonorense avec 3 sous-groupes et 6 langues; sous-groupe pimano avec: Pima-alto, Tepehuan ou Tepecano; sous-groupe tarahumara,cahita, avec: Tarahumara- Varohio et Cahita ou yaqui et mayo ; sousgroupe Cora-Huichol. (2- Aztecano ou Aztèque, avec le nahuatl ou mexicano. Enfin, Tarasque ou Purepecha; Tlapanèque et le Kikapu (famille algonquine).

LENAHUATL
Le nahuatl appartient donc à la famille Yuto ou Uto-aztèque très étendue géographiquement, depuis les USA, Utah (Ute), Oklahoma (Comanche ), Californie (Cohuilla, Cupefio, Lusefio, Mono, Paiute, Serrano), l'Arizona (Hopi, Papago, Yaqui), le Nouveau Mexique (Tewa), jusqu'au Nicaragua (Nicarao), au Salvador (Pipil) en passant par le Mexique (Yaqui/Cahita, Mayo, Tarahumara, Cora, Huichol, Tepehua).

29

De nos jours, les principaux foyers de langues uto-aztèques du Mexique se trouvent dans les Etats de Jalisco, Morelos, Mexico, Tlaxcala, Puebla, Veracruz, Guerrero et le District Fédéral. Le nahuatl classique, qui était parlé par les Aztèques et dans le bassin de Mexico au moment de la conquête espagnole, nous est connu par les grammaires et les vocabulaires composés par les missionnaires, et par toute une série de textes historiques,

mythologiques, religieux, poétiques retranscrits à l'aide de caractères latins au cours des XVIe et XVIIe siècles, dont certains sont des descriptions presque exhaustives de la vie des anciens Aztèques, telle l'œuvre encyclopédique du franciscain Bernardino de Sahagun,

élaborée avec l'aide d'Anciens et d'élèves du Collège de Tlatelolco,
qu'il eut en charge pendant des années. Très répandue par voie de conquête, de commerce et pour son

prestige à travers l'Empire aztèque compris entre l'embouchure du Rios Balsas et l'isthme de Tehuantepec, cette langue, répétons-le, poursuivit sa carrière après l'arrivée des Espagnols. Sans doute doitelle aussi cette extension au pullulement de langues plus difficiles
encore à maîtriser.

30

GRAMMAIRE

CLASSIQUE

PHONOLOGIE
Voyelles

DU NAHUATL

Relativement simple, le système vocalique du nahuatl permettait sa transcription à l'aide des conventions graphiques de l'espagnol. Les voyelles de l'espagnol: a, e, i, 0 Y sont, en effet, présentes, avec les valeurs phonétiques suivantes: [a], [8], [i]; le 0 nahuatl est un

phonème intermédiaire entre le 0 et le u de l'espagnol. Molina (XVIe so) l'avait déjà remarqué, qui écrivait dans le Prologue de son
Vocabulario :"
(0 0 0)

Los naturales hagan poca diferencia entre la 0 y

la u (...) "0 Olmos fit la même observation dans sa grammaire de

nahuatl (1547). En fait, le 0 recouvre deux réalisations [0] (côté).

: [~ ] (roc), et

Quant à la variation olu, elle a reçu un traitement fluctuant. Il en a été de même de l'opposition entre voyelles longues et voyelles brèves, que le Padre Rincon, au XVIe siècle et surtout le P. Horacio Carochi, au XVIIe siècle, ont relevée. En voici deux exemples: xihuitI = comète metztli = lune xihuitI = année, herbe métztli = jambe, cuisse

(Dans le cas présent la voyelle longue sera soulignée).

Pour les descriptions modernes du système vocalique nahua, nous retiendrons, à la suite de M. Eisinger, un ensemble de 8 voyelles opposées 2 par 2 par la longueur, à savoir: lai, IW, lei, I~j, Iii, Iii, loi, IQIet lui traité comme un allophone de loi. Il faut noter, à ce propos, que les textes écrits "réalisent une structure de surface" implicite ou explicite, avec un simple système à 5 voyelles lai, lei, Iii, loi, lui. Consonnes Système consonantique à la fois proche du système hispanique et original. Seront représentées ci-dessous et de gauche à droite et entre barres obliques I I les unités (phonèmes), avec leur notation graphique soulignée, et leur prononciation transcrite en alphabet phonétique entre parenthèses ( ) ; l'équivalence avec un son espagnol ou français par le symbole =>

32

Ipl It! Ik/

12

(p)

t ill! ç ch m 11 1 ç

(t) (k)devant e et i ailleurs (tch) (m) (n) (1) (s) devant i, e (ç ou z) ailleurs

= drapeau) (tochtli = lapin)
(pantli (quema = oui) (calli = maison) (chieome = 7), => "ch" espagnol (maca = donner) (nantli = mère) Gamais à l'initiale) (eihuatl [eiuatl] = femme) (zaua = jeûner) (xochitl = fleur), => français: chat

Ici lm! ln! 11/ Isl

Isl

~(S)

Quelques originalités
Ikwl cu devant voyelle (kw) uc ailleurs lAI Ici Iwl Iyl 11 (tl) tz (ts) u (w) y G) (euauhtli = aigle)
(teeu 'tli/teuetli (tlaeatl (tzapotli

= seigneur)

= homme) = sapotille)

(ueue = le vieillard), => angl. way (yauh = aller), =>français yacht

L'occlusion glottale ou Glottal Stop ou saltillo: 'l'
Suivant la définition qu'en donne le Dictionnaire de Linguistique Larousse (1973), l'occlusion glottale ou saltillo est le son produit par

33

une occlusion dans le pharynx ou le larynx, où il est possible de fermer momentanément le passage de l'air en accolant complètement les cordes vocales l'une contre l'autre. Dans certains dialectes classiques ou actuels, cette occlusion est prononcée comme une aspiration (à la manière du h aspiré anglais). Le saltillo se rencontre après une voyelle, qu'il abrège, aInSI tla'cuilo (= peintre), et au milieu d'un mot, ou encore en finale pour marquer le pluriel de certains mots; tlacatl, par exemple, fait au pluriel tlaca' (= un homme, des hommes), et aussi les trois personnes du pluriel de certains temps (présent, imparfait, plus-que-parfait). Le saltillo peut se noter par une apostrophe, un h ou un accent circonflexe, soit tlaca', tlacah, tlacâ ; nous avons retenu l'apostrophe. La transcription du nahuatl classique variait d'un texte à l'autre, voire à l'intérieur d'un même texte. L'occlusion glottale, non indiquée dans les textes anciens, est cependant notée dans certaines

grammaires, souvent par un h ou un accent circonflexe. Le /y/ était transcrit par i, j, ou y. Le /w/ par u, hu, v ; ainsi peut-on trouver ueue, huehue, veve (= le vieillard).
N.B. Pour nous conformer à la graphie la plus courante du nahuatl classique et ne pas dérouter le lecteur désireux d'en consulter les textes, nous avons conservé, dans la présentation de la Grammaire Classique, la lettre h dans

toutes les citations et les exemples, quelle que soit sa valeur, réservant le saltillo sous forme d'apostrophe en position finale, comme marque de pluriel. Les transcriptions modernes sont données entre crochets; pour ne pas

surcharger le texte, nous n'avons parfois transcrit que la première forme.

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Distribution et assimilation
Pour plus de clarté, nous utiliserons désormais les signes conventionnels suivants pour signaler soit le point de départ soit l'aboutissement des divers processus d'assimilation ou de dérivation: < = vient de, dérive de > = devient, engendre

La syllabe en nahuatl est de la forme (C) V (C), c'est-à-dire V, CV, VC, CVC. En composition, un certain nombre d'assimilations produisent:
(tl) ou (1)+(tl ) >(11) Acatlan

se

>Acallan >xiuallachia

xiual tlachia

(= regarde par ici) (m) en finale>(n) (n) en finale >(m) nemi (= vivre) >oninen Ge vécus) imamauh (= leur papier) < im- pour in- possessif de la 3è personne du pluriel)

Autres modifications: deux disparaît: mo+itta >motta

lorsque deux voyelles se suivent, l'une des

(il/elle se voit, se considère) Ge vous vois)

namechitta pour ni+amech+itta

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L'accentuation
En nahuatl, les mots de plus d'une syllabe sont accentués sur l'avant dernière syllabe: teotl (= dieu), tetéo' (les dieux) ; chimâlli (= le bouclier). Au vocatif, les noms sont accentués sur la dernière syllabe, ainsi cihuatl donne au vocatif: cihuatlé (= ô femme I). * Le vocatif est encore utilisé à l'heure actuelle mais plutôt dans des formes stéréotypées, par exemple nayé pour nané (= ô mère, ô femme I).
N.B. Plusieurs grammairiens du nahuatl classique ont tenté de rendre certaines singularités phonologiques de cette langue à l'aide des signes diacritiques que sont les accents. Nous n'évoquons que pour mémoire les 4 signes proposés par le Père Carochi, puisque, en fait, 2 d'entre eux notent la longueur ou la brièveté d'une voyelle, les 2 autres étant utilisés pour signaler des occurrences particulières du saltillo.

MORPHOLOGIE

DU NAHUATL

Langue dont l'une des caractéristiques est d'agglutiner ou de (poly)synthétiser et d'incorporer un nombre variable de morphèmes pour créer des mots, l'affixation y joue un rôle de première

importance. Au radical d'un mot (substantif, verbe) vont s'ajouter des préfixes et des suffixes. La fonction sera indiquée par des indices personnels préfixés, car le nahuatl est aussi une langue indiciante.

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Les paradigmes de préfixes par rapport au nom sont au nombre de deux: sujet et possessif. Ils seront présentés à propos du substantif et du verbe.

IN
Lorsque le déterminant in , sans genre ni pluriel, précède les noms, il se comporte comme une article défini in cihuatl (= la femme), mais lorsqu'il est placé après, il devient un démonstratif cihuatl in (= cette femme) ; cochi in (= il dort celui-ci). On notera le sens de cochi on (= il dort celui-là). Selon M. Launey, c'est un déictique de proximité dans le premier cas et d'éloignement dans le deuxième. ln peut être emphatique ou explétif: in itoca Xipe Totec (= son nom estXipe Totee / le dénomméXipe Totee). Devant un pronom interrogatif il fait disparaître l'interrogation: aquin nechnotza ? (= qui m'appelle ?) ; in aquin nech notza (= celui qui m'appelle). Les autres utilisations de in seront indiquées à propos des adverbes et des conjonctions de temps.

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Un pour Un
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