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Parlons ourdou

De
334 pages
L'ourdou est la langue officielle du Pakistan, elle cimente les différentes ethnies de ce peuple de 114 millions d'habitants. Elle a aussi le statut de « langue constitutionnelle » de l'Inde, étant utilisée par les 110 millions de musulmans de l'Inde. En outre, l'ourdou et l'hindi ne constituent qu'une seule langue, parfois appelée hindoustani ; seulement l'ourdou emploie les lettres arabes. Ainsi par le nombre de ceux qui le parlent, l'ourdou est la troisième langue du monde.
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Collection dirigée par Michel Malherbe

Déjà parus:
Parlons coréen 1986, M. MALHERBE, O. TELLIER, CHOE JUNG WHA. Parlons hongrois 1988, CAVALIEROS, M. MALHERBE. Par/oils wolof 1989, M. MALHERBE, CHEIKH SALL.

Par/oils roulnain 1991, G .

FABRE

ParJons swahili 1992, A. CROZON, A. POLOMACK. P017lons Kinyarwanda-Kirundi 1992, E. GASARABWE.

En prépara/ion: Parlons birman, mongol, estonien, bengali, lapon, turc, malgache, tsigane, amharique, hébreu, letton, kabyle, indonésien, etc.

Mohammad ASLAM YOUSUF Michel MALHERBE

Parlons ourdou

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

@ L'Harmattan,

ISBN:

1993 2-7384-1342-0

LE PAKISTAN, PATRIE DE L'OURDOU

Avec une population d'environ 114 millions d'habitants, le Pakistan se situe au 10e rang mondial. Sa croissance démographique lui fera dépasser le Japon avant la fin du siècle, c'est-à-dire qu'il comptera bientôt plus du double d'habitants que la France. Malgré son importance, le Pakistan est très mal connu. Rien n'est plus injuste car c,e pays de vieille civilisation offre un tissu de contrastes passionnants: - On trouve dans l'Himalaya pakistanais, le Karakoram, le deuxième sommet du monde après l'Everest, le K2, ainsi que d'autres « plus de 8 000 m » comme le Hidden Peak. A ces montagnes du Nord du pays s'opposent les déserts du Baloutchistan à l'Ouest et les terres surpeuplées du Pandjab à l'Est. - Quoique créé récemment, le 14 août 194 7 à la suite de la partition de l'Empire britannique des Indes, le Pakistan est un paradis de l'archéologie où se superposent les civilisations les plus anciennes et les plus diverses: Mohendjo-Daro et Harappa, les sites de la vallée de l'Indus qui remontent au 3e millénaire avant notre ère, les restes de la culture bouddhiste et les traces du passage d'Alexandre le Grand. - le Pakistan est aussi une mosaïque de peuples à la personnalité culturelle très marquée. la plupart sont indo-européens comme les Pandjabis, les Sindhis ou les Baloutches, mais on trouve aussi un groupe important de dravidiens, les Brahouis, dont la langue est apparentée à celles de l'Inde du Sud comme le tamoul, et
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CARTE DU PAKISTAN
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une ethnie très originale, celle des Burusho, qui ne se rapproche d'aucune autre. Nous verrons plus loin comment cette complexité ethnique se reflète sur la situation linguistique. - Musulman à une écrasante majorité, le Pakistan n'est cependant pas homogène sur le plan religieux : la plupart de la population est sunnite de rite hanéfite, mais les montagnards du Nord sont souvent ismaëliens, disciples de l'Agha Khan. Si l'Islam pakistanais n'est pas à l'abri des mouvements fondamentalistes, il sait aussi faire preuve de largeur d'esprit. Le Pakistan est le premier pays musulman à avoir eu une femme comme Premier ministre, Mme Benazir Bhutto, ainsi qu'un prêtre catholique, le père Julius Rufin, comme ministre chargé des minorités ethniques. Bien d'autres aspects de la vie économique, politique ou sociale du Pakistan méritent de retenir l'intérêt. En ce qui concerne l'économie, par exemple, le Pakistan se classe parmi les pays les plus pauvres du monde pour le P.N.B. par habitant (environ 350 $ US) mais le taux de croissance est élevé, plus de 6 % par an, au niveau des pays nouvellement industrialisés d'Asie. Surtout, il semble qu'une partie importante de l'économie pakistanaise soit « clandestine» : la contrebande représenterait 40 % des importations et l'économie parallèle équivaudrait à 50 % du revenu national. Le retard relatif de l'économie pakistanaise s'explique partiellement par l'absence de structure administrative du pays au moment de la partition. A vrai dire, la situation chaotique des débuts n'a jamais été véritablement surmontée. La majeure partie de l'économie reste agricole. Elle emploie 70 % de la population. Les principales cultures sont les céréales (blé et riz), la canne à sucre et le coton. Sur le plan social, l'intégration des musulmans exilés de l'Inde au moment de la partition, les muhadjirs 1 , n'est pas encore parfaitement réalisée.
1. Le mot est de la même racine que hégire, qui désigne la fuite du prophète Mahomet à Médine.
8

Des affrontements d'une extrême violence ont périodiquement lieu entre eux et la population locale, notamment dans la province du Sind, et à Karachi. Ce qui est curieux, c'est que ces immigrés ont pour langue maternelle l'ourdou, langue officielle du Pakistan, contrairement aux Sindis qui sont pourtant de souche purement pakistanaise mais parlent le sindhi. La faiblesse des ressources, surtout en milieu rural, provoque une importante émigration. La main d'œuvre pakistanaise, de bonne qualité quoiqu'insuffisamment formée, est abondante dans les exploitations pétrolières du golfe arabo-persique ainsi qu'en GrandeBretagne. Les devises rapatriées par les émigrants ont constitué, jusqu'à une date récente, la première ressource du pays. Cependant cet argent s'investit trop souvent dans des objets de consommation et de prestige tels que téléviseurs en couleurs, magnétoscopes, voitures ou encore dans des placements immobiliers. L'absence des hommes partis à l'étranger perturbe la vie des villages où les femmes prennent plus de responsabilités, parfois cependant aux dépens de l'éducation des enfants et de la cohésion du groupe familial. La société souffre d'une tendance générale à la corruption car le sentiment prévaut que seul l'argent apporte la réussite. La situation politique, guère stabilisée elle non plus, oscille entre des pouvoirs militaires issus de coups d'État et des gouvernements démocratiques. A vrai dire les premières élections que tous les partis considèrent comme ayant été vraiment démocratiques ont laissé de mauvais souvenirs puisqu'elles ont fait sortir des urnes deux fortes personnalités, Zulfiqar Ali Bhutto au Pakistan Occidental et Mujibur Rahman au Pakistan Orientai, c'est-à-dire au Bangladesh; leur antagonisme a fait exploser le pays et amené la sécession en 1971. Cet événement majeur, éliminant la langue bengalie, a conforté la position de l'ourdou comme langue officielle du Pakistan. La population n'a pas encore une conscience très affinée de la démocratie: les gens votent surtout en fonction d'avantages personnels espérés. Les périodes démocratiques souffrent de luttes de tendances entre 9

intérêts de clans; les régimes militaires bénéficient de cette situation et apportent un certain ordre, finalement apprécié. Les relations internationales du Pakistan sont marquées par l'histoire et la géopolitique: - les rapports avec l'Inde restent envenimés par le conflit du Cachemire encore partiellement sous domination indienne, malgré une population très majoritairement musulmane; - l'alliance avec les États-Unis a toujours été une constante de la politique extérieure du Pakistan, malgré son adhésion au bloc des pays non-alignés; - l'appartenance à l'Islam implique un sentiment de solidarité avec le reste du monde musulman, singulièrement les pays arabes du golfe qui apportent une aide financière considérable, ne serait-ce que par les emplois offerts aux Pakistanais émigrés; - les troubles d'Afghanistan pèsent lourdement sur le Pakistan qui héberge près de 3 millions de réfugiés. Il en résulte des problèmes sociaux liés à l'introduction d'armes et de drogues. Le Pakistan sera toujours très attentif à l'évolution politique de son turbulent voisin.
* * *

L'avenir du Pakistan reste préoccupant: le maintien d'une forte démographie, le manque de ressources naturelles abondantes, une industrie peu diversifiée et restée très traditionnelle, la rareté des investissements étrangers, le tarissement progressif des revenus en provenance du Golfe, des problèmes non résolus aux frontières, une situation politique intérieure relativement instable, des tensions ethniques encore vives, l'absence de sens civique, tout cela ne contribue pas à l'optimisme. Toutefois, le peuple pakistanais est dynamique et courageux, entreprenant et intelligent; les nouvelles générations se forment davantage aux techniques modernes et sont très ouvertes sur le monde. Avec ses ressources humaines quantitatives et qua-

10

litatives, l'immensité des tâches d'équipement à réaliser, le Pakistan appelle de ses vœux la collaboration des pays industrialisés et la France, qui commence à s'y implanter, a le plus grand intérêt à mieux le connaître et l'apprécier.

LE PAKISTAN

EN CHIFFRES

Surface: 803 943 km2 (France 550 000 km2) Longueur du rivage maritime: 1 100 km Fleuve principal: Indus 3 180 km Nombre des sommets au-dessus de 7 315 m : 35 Sommet le plus élevé: K - 2 (8 '610 m, 2e plus élevé au monde) Population: 114 000 000 en 1990 (France 58 millions) Capitale: Islamabad, 350 000 hab. Divisions administratives: Le pays est divisé en quatre provinces: Pandjab 205 000 km2 Capitale Lahore, 3 millions hab. Autres villes importantes: Rawalpindi (un million hab.), Multan (800 000 hab.), Sialkot (300 000 hab.) 8 départements, 29 districts Sind 14 1 000 km2 Capitale Karachi (5 200 000 hab.) Autres villes importantes: Hyderabad, Sukkur 5 départements, 20 districts Baluchistan 347 190 km2 Capitale Quetta (300 000 hab.) Autres villes importantes: Sibi, Loralai, Ziarat 4 départements, 17 districts N.W.F.P. (North Western Frontier Province) 74 521 km2 Capitale Peshawar (600 000 hab.) Autres villes importantes: Kohat, Dera Ismail Khan 5 départements, 12 districts Régions à statut particulier: F.A.T.A. (Federally Administered Tribal Areas) 27 220 km2 F.A.N.A. (Federally Administered Northern Areas) 72 496 km2 Azad Kashmir (Cachemire libre) 13 297 km2 Cette région a son gouvernement propre lié avec le Pakistan par Ie Ministry of Kashmir Affairs & Northern Affairs. Islamabad, la capitale relève directement de l'autorité du gouvernement fédéral. Économie PNB (1986) 35 milliards de dollars U.S. PNB par habitant 350 $ (290 $ en Inde, 160 $ au Bangladesh) 11

Epargne nationale: 9 % du PIB Bourse: Seulement 379 entreprises cotées représentent 5 % du PIB Principales productions: (par ordre d'importance décroissante) - le blé (37 % de la surface cultivée, 68 % des céréales produites) dial en 1985/86) - le riz (10 % de la surface cultivée, 19 % des céréales produites) le Pandjab est la province la plus riche, il produit 73 % du blé, 66 % du coton et 71 % de la canne à sucre du pays. l'économie est gérée par plans quiquennaux (7e plan 1990/1995) et le commerce extérieur par plans triennaux (Three Year Trade Policy 1990/1993). Principaux produits d'exportation: coton brut, prêt à porter, fils de coton, tissus de coton, riz, cuirs et peaux, tapis, fibres synthétiques, lingerie, poissons frais ou séchés, fruits et légumes frais ou secs, instruments de chirurgie, artisanat, épices... Princïpaux produits d'importation: pétrole brut et produits pétroliers, machines outils, matériel de transport, huiles animales et végétales, équipements électriques, produits sidérurgiques, engrais chimiques, minerais, matériaux plastiques... les trois premiers partenaires du commerce extérieur, à l'import comme à l'export, sont, dans l'ordre: le Japon, l'USA et l'Allemagne. la France se situe à la 6e ou 7e place.

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le coton (13 % de la surface cultivée, 1er exportateur mon-

12

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OURDOU

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Importance

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L'ourdou est la langue officielle du Pakistan, elle cimente les différentes ethnies de ce peuple de 114 millions d'habitants. Toutefois l'ourdou ne se limite pas au Pakistan, il est aussi la langue de communication de la plupart des musulmans de l'Inde, lesquels sont aussi au nombre d'environ 110 millions. L'ourdou a d'ailleurs le statut

de « langue constitutionnelle » de l'Inde comme une douzaine d'autres langues 1.
En outre, il faut se rappeler que l'ourdou et l'hindi ne constituent qu'une seule langue, parfois appelé hindoustani ; la variante hindi s'écrit avec l'alphabet du sanscrit tandis que l'ourdou emploie les lettres arabes. Plus profondément l'ourdou est porteur de la culture musulmane et l'hindi de la culture hindouiste mais la phonétique, la grammaire et le vocabulaire de base sont, à des nuances près, identiques dans les deux variantes, ce qui permet une intercommunication presque parfaite entre elles. Aussi, près de 400 millions d'hommes sont capables de comprendre et utiliser cette langue, sous l'une ou l'autre de ces formes. Elle est donc la troisième par

1. Ces langues sont l'assami, le bengali, le gujrati, le kannada, le kashmiri, le malayalam, le marathi, l' oriya, le pandjabi, le sindhi, le tamoul et le télougou auxquelles s'ajoute le sanscrit. 13

ordre

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D Origine de la langue le mot ourdou vient du turc « ordu » qui signifie « armée». le francais en a tiré « horde». le nom de la langue ourdou est significatif -de ses origines car elle est née des contacts entre les populations de l'Inde et les envahisseurs musulmans qui ont
déferlé par vagues successives depuis le Ville siècle.
l'ourdou est le résultat d'un processus d'assimilation de différentes langues, porteuses de la culture arabo-persane d'une part et indienne d'autre part. Il est difficile de fixer une date précise à la naissance de la langue. Trois thèses ont été avancées: sion ans, peu pas l'ourdou serait originaire de la première invaarabe dès 711 menée par un jeune arabe de 19 Mohammad bin Qasim. Cette hypothèse semble raisonnable car la culture arabo-persane ne s'est rapidement répandue dès les premiers siècles.

- L'ourdou serait apparu à la fin du Xe siècle quand Mahmoud de Ghazni, roi d'Afghanistan établit de façon permanente son pouvoir dans le Nord de l'Inde, plus précisément au Pandjab. Le caractère hétérogène des troupes de ce prince aurait entraÎné l'apparition d'une langue de communication. Ainsi l'ourdou serait le résultat du contact du persan avec le pandjabi, facilité par leur parenté linguistique; cette interprétation se fonde notamment sur l'œuvre d'un poète de la cour de Mahmoud où se mélangent les deux langues. - l'ourdou pourrait aussi s'être formé encore plus tardivement à l'époque dite des rois-esclaves. Qutb ud din Aibak, fondateur de cette dynastie, déplaça la capitale de Lahore (Pandjab) à Delhi en 1193 ce qui provoqua un nouveau choc linguistique entre ces troupes et les populations locales. Il en serait résulté une nouvelle « langue» le brajbhasha, peut-être la première forme de l'ourdou.

14

Ouoi qu'il en soit, l'ourdou est sûrement né du contact du persan, d'abord avec le pandjabi puis avec le brajbhasha.

o

Histoire de la langue.

Les débuts quelque peu obscurs de l'ourdou expliquent que le nom même de' la langue n'ait pas été fixé dès l'origine. Selon les régions on parlait diverses variantes dialectales appelées gujri, dakani, zaban-eDehlavi, hindvi, ourdou-e-mualla, hindoustani, rekhta... Dès la fin du XIIIesiècle, la situation se décante et I!ourdou connaÎt une forte expansion quand le pouvoir musulman s'étend vers le sud de l'Inde, au Deccan. Au XIVe siècle Mohammad bin Tughlaq décide de déplacer
la capitale et la population de Delhi à Golconde, près d'Hyderabad dans l'actuel État d'Andhra Pradesh. Cet événement s'accompagne d'un effort de conversion des populations dravidiennes locales à l'Islam. Les confréries de mystiques soufis V: prennent une large part et contribuent à répandre l'ourdou. Ainsi, paradoxalement, la littérature ourdou connaÎt ses débuts dans le sud de l'Inde non seulement dans l'État de Golconde mais aussi dans celui de Bijapur. Les souverains de ces États, respectivement Ouli Outub Shah (1 566-1 611) et Ibrahim Adil Shah (1534-57) conservent le persan comme langue officielle mais enco.uragent la langue locale, une forme d'ourdou, connue sous le nom de dakani (la langue du Deccan). Les deux rois eux-mêmes ont composé dans cette langue des poésies d'une incontestable valeur littéraire. Ces deux royaumes peuvent donc être considérés comme le berceau de l'ourdou. Cependant, sensiblement à la même époque, s'instaure dans le Nord de l'Inde l'empire Moghol fondé par Babur. Ce monarque, fin lettré, rédige en turc des mémoires qui sont un monument de la culture universelle, tout en gardant, lui aussi, le persan comme langue officielle. Son petit-fils Akbar, qui monte sur le trône après Humayun, est plus près de la culture indigène; il est tenté par un rapprochement de l'Islam et 15

de l'hindouisme. Son attitude est également favorable à une langue qui réalise une synthèse entre les deux cultures. Cette langue s'appellera l'ourdou. La conquête du Deccan par les Moghols à la fin du XVIIesiècle contribue à un plus grand brassage des cultures. Parmi les poètes qui parcouraient l'Inde du Nord au Sud à la recherche de mécènes, Vali est reconnu comme le premier poète classique de l'ourdou faute de traces des manuscrits de ses prédécesseurs. C'est de son époque que date l'influence de Delhi sur l'ourdou, appelé localement rekhta. Les cercles littéraires de la capitale définissent les critères de l'élégance de la langue, les règles de la poésie et la part admissible des emprunts de mots persans. Le règne d'Aurangzeb (mort en 1 707) marque l'apogée de l'empire. L'incompétence de ses successeurs entraÎne sa décadence et l'apparition d'États indépendants dirigés par des généraux, vassaux de l'empereur ; c'est ainsi que s'émancipent le Bengale, l'Etat d'Hyderabad, le Gujrat, le Pandjab et l'État d'Aoudh. Ce dernier dont la capitale est Lucknow rivalise avec Delhi par son rayonnement intellectuel. Pendant une longue période qui couvre grossièrement le XVIIIesiècle, les deux pôles de la culture ourdou, Delhi et Lucknow, éclipseront tous les autres foyers antérieurs; tout ce qui ne se conforme pas à l'usage et à la prononciation de l'une ou l'autre ville n'est pas considéré comme du pur ourdou. La littérature bénéficie de cette émulation. La production poétique à Delhi est marquée par la nostalgie pathétique devant l'effondrement de l'empire tandis que celle de Lucknow fait preuve d'une grande variété. Sous l'impulsion des nababs-vizirs, les princes de Lucknow de religion chiite, la mode est influencée par la Perse. La poésie joue un rôle fondamental dans l'épanouis-

sement

de la langue

grâce

aux « mushaira ». Ces

salons, dont le nom est dérivé du mot arabe désignant le poète, sont le lieu de joutes littéraires où les auteurs lisent leurs œuvres devant un public d'initiés enthousiastes. Leur organisation est strictement réglementée par l'étiquette sociale. Cette institution n'a pas complètement disparu aujourd'hui.

16

Il faut noter que, peut-être à cause de la dualité existante entre l'ourdou de Delhi et celui de Lucknow, il n'a paru nécessaire à aucun moment jusqu'à cette époque de fixer dans une grammaire les règles de la langue. Celle-ci est considérée comme vivante et évolutive et l'on ne cherche pas à arrêter son évolution et encore moins à limiter l'enrichissement de son vocabulaire. Cette situation explique la prodigieuse richesse de la langue, toujours restée ouverte aux diverses cultures indiennes comme à celles transmises par l'arabe et le persan. Progressivement, dès le début du XIXesiècle, Lucknow perd son indépendance au profit des Britanniques. Il n'en résulte aucun déclin sur le plan littéraire bien au contraire. Débarrassés malgré eux des soucis du pouvoir les nababs de Lucknow s'adonnent à une vie où se mélangent curieusement l'épicurisme et la religion. A cette époque Lucknow a le quasi-monopole de la littérature ourdou et produit une poésie sophistiquée où les mots coulent à flot en figures poétiques sans cesse renouvelées. Les salons littéraires fleurissent mais avec un certain parfum de décadence; on tombe facilement dans des excès de verbiage et de vantardise qui relèvent plus du bavardage que de la littérature. La virilité perd sa place au profit de la féminité. Les filles de plaisir de la ville, les tawqef, sont de véritables geishas; très cultivées, elles sont considérées comme des modèles auprès desquelles les familles respectables envoient leurs jeunes gens pour apprendre les règles de l'étiquette et du savoir-vivre. L'exploit guerrier d'autrefois laisse place à des combats de coqs et de cailles. On voit se multiplier les conteurs qui plongent leur audience dans un monde imaginaire merveilleux. On fume ou chique l'opium, on s'habille avec préciosité et la gastronomie pousse le raffinement jusqu'à adapter c'haque plat au goût et à l'appétit de chaque convive. Cette civilisation de Lucknow s'exprime aussi dans le langage, le choix des mots, la façon de se saluer, les plaisanteries. Une nouvelle étape importante de l'évolution de l'ourdou prend place, sous la colonisation britannique: 17

l'anglais devient langue officielle à la place du persan et l'ourdou joue le rôle de deuxième langue après l'anglais dans l'administration du pays. les missionnaires l'adoptent pour leurs contacts avec la population et les officiers britanniques l'apprennent au Collège de Fort William, fondé en 1800 à Calcutta. l'avènement de l'ourdou moderne apparaÎt avec les imprimeries lithographiques. La langue s'enrichit de mots techniques anglais tels que « indjan» (engine, avec le sens de « locomotive»), karnal (colonel), « Kap » (cup: tasse de thé) etc.

o La divergence

entre l'ourdou et l'hindi

Jusqu' à l'établissement de l'empire britannique en Inde, l'ourdou, quel que soit son nom dialectal, est l'héritage commun des musulmans et des hindous. C'est contrairement au persan, langue de la Cour, la langue employée par le peuple pour communiquer entre personnes de langues différentes. l'ourdou prend ainsi une importance telle qu'il est de plus en plus adopté par les princes musulmans. C'est alors qu'il commence à apparaÎtre, aux yeux des hindouistes les plus rigoristes, comme la langue des musulmans, des envahisseurs étrangers. Parallèlement les musulmans s'attachent de plus en plus à une langue qui véhicule la culture héritée du monde arabo-persan. Par réaction apparaÎt une, tendance à débarrasser la langue de ce vocabulaire jugé étranger et de le rapprocher de sa source sanscrite. Curieusement c'est dans l'œuvre d'un écrivain ourdou remarquable, Insha-ullah Khan Insha (mort en 1818) que les hindous trouvent aujourdhui la première prose en hindi. Cet écrivain, auteur d'une première grammaire ourdou, avait également produit un roman d'où, par exercice de style et goût de la virtuosité, il avait éliminé tout vocabulaire arabo-persan. Le collège de Fort William donne de l'importance à cette tendance en confiant le soin d'écrire les textes officiels uniquement à des hindous; ceux-ci pren18

nent l'habitude d'éliminer la langue, ce qui aboutit et l'hindi.

les termes arabo-persans de à un clivage entre l'ourdou

D La situation linguistique au moment pendance et de la partition

de l'indé-

En 1947, les diverses langues nationales sont pratiquées sur leur territoire mais seul l'ourdou joue un rôle véhiculaire. Nous prenons ici le terme ourdou dans son sens le plus large englobant les diverses variantes dialectales de la langue ainsi que sa variante sanscritisée qu'est l'hindi. Cette langue véhiculaire est d'un emploi plus ou moins étendu selon l'importance des langues nationales: dans un État ou une région de l'Inde où existe une forte cohésion linguistique, le besoin d'une langue véhiculaire se fait moins sentir que dans les régions où se parlent plusieurs langues distinctes ou dans les villes cosmo_polites. En 'dépit du rôle joué par les États du Sud de l'Inde dans la formation de l'ourdou, c'est le Nord du pays et singulièrement les États actuels d'Uttar Pradesh, d'Haryana, de Bihar, de Madhya Pradesh et l'Himachal Pradesh qui est la véritable patrie de l' hindi-ourdou. Au moment de la partition, et de la formation du Pakistan, en 1947 également, line bonne partie des musulmans de l'Inde émigre soit vers l'Ouest, soit vers l'Est, dans l'actuel Bangladesh, tandis que de nombreux hindouistes effectuent le mouvement inverse. Bien qu'il reste encore une importante minorité musulmane en Inde (environ 12 % de la population), la situation linguistique est, dès lors, sérieusement modifiée. En Inde, c'est inévitablement la version hindie, sanscritisée, qui détient la première place tandis que l'ourdou proprement dit est désormais considéré comme la langue des musulmans. Le clivage entre l' hindi et l'ourdou devient plus net, l'hindi rejetant l'essentiel des références arabo-persanes. Les mots de cette origine qui subsistent se plient à la 19

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phonétique indo-européenne du sanscrit avec, en particulier, la disparition des sons gutturaux. Dans le Pakistan nouvellement créé, l'ourdou ne réussit pas à s'imposer dans la partie orientale où l'opposition du bengali est trop forte. L'opposition li:nguistique est d'ailleurs l'un des éléments, à vrai djre secondaire de la sécession du Pakistan Oriental en 1971 .

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La situation actuelle de l'ourdou

Aujourd'hui, on distingue nettement l'ourdou langue officielle du Pakistan, de l'hindi, langue de l'Union indienne. Comme nous l'avons vu, l'ourdou reste cependant langue constitutionnelle de l'Inde, employée par la communauté de 11 0 millions des musulmans indiens. Au Pakistan cependant, la situation de l'ourdou est paradoxale: la langue officielle n'est en effet la langue d'aucune région du pays et elle est même parfois perçue comme une langue étrangère, tant est forte l'influence culturelle des langues locales (voir encadré). A cet égard, les élèves de langue pandjabie, la plus proche de l'ourdou, sont plus favorisés que ceux d'autres ethnies. Comme la presse nationale, la radio et la télévision sont très majoritairement en ourdou, la situation de cette langue s'améliore et rares sont les Pakistanais qui ne peuvent en comprendre les rudiments. Le seul concurrent de l'ourdou, dans certains domaines, reste l'anglais. C'est la langue des sciences et de la finance ainsi que, plus curieusement, de l' administration. Dans ce cas, la raison en est la rareté de machines à écrire en ourdou. L'anglais envahit en outre le vocabulaire, surtout celui des techniques modernes. L'étranger qui commence à déchiffrer l'ourdou est souvent surpris de découvrir sous ses lettres compliquées des mots anglais simplement transcrits. L'influence de l'anglais se note aussi dans les classes supérieures qui mettent leur snobisme à pratiquer cette langue, même 22

en famille. Par mimétisme, de nombreux Pakistanais croient « chic» de mélanger des mots anglais à leur ourdou. Malgré tout, l'ourdou joue de plus en plus son rôle unificateur et gagne en influence dans les villes, tandis que les langues locales se replient peu à peu sur les campagnes.

Les langues

du Pakistan

A côté de l'ourdou, langue officielle et langue de l' enseignement, existent au Pakistan diverses langues locales, très vigoureuses, dont certaines sont le support de cultures renommées. L'écrasante majorité des Pakistanais parle l'une au moins des quatre langues suivantes qui sont toutes indo-européennes: - pandjabi - sindhi - poshtou - baloutche. Le pandjabi est la langue la plus importante du Pakistan, parlée par plus de 60 % de la population (64 millions d'hommes). Très proche de l'ourdou qui en est largement issu, le pandjabi, lui, est souvent inextricablement mélangé dans les conversations entre Pakistanais d'ethnie pandjabie. Le pandjabi est également parlé en Inde, surtout dans l'État du Pandjab ; la communauté sikh, qui compte 16 millions de membres, parle pandjabi mais l'écrit avec une écriture dérivée de celle du sanscrit, le gurmukhi (litt. :
«

la bou-

che du gourou»). Au Pakistan, le pandjabi s'écrit avec le même alphabet d'origine arabo-persane que l'ourdou. La littérature pandjabi est très riche; son époque classique est marquée par le mysticisme; plus tard, elle exprime la réalité du monde rural, ce qu'on ne trouve que rarement en persan et en ourdou. Contrairement aux littératures de ces deux langues, celle du pandjabi exprime davantage l'amour comme un sentiment féminin. Le pandjabi connaÎt divers dialectes. Les plus importants sont le lahnda, ou pandjabi occidental, et le siraiki, parlé dans le Pakistàn central, au nord du domaine du sindhi. Certains linguistes considèrent le siraiki comme une langue à part entière qui comprend elle-même des sous-dialectes comme le multani, le jhangi et le shahpuri. Le sindhi, parlé dans la province du Sind dont la capi23

LES LANGUES DU PAKIST~

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I

tale est Karachi, est une langue ancienne attestée depuis le Xe siècle. Ses formes grammaticales sont très nombreuses comme en sanscrit dont le sindhi est proche parent. En revanche, le vocabulaire est profondément imprégné de mots arabo-persans. le sindhi s'est écrit, au cours des siècles, de diverses façons. l'écriture actuelle date du milieu du XIXesiècle. Elle diffère légèrement de celle de l'ourdou. l'intercompréhension entre les deux langues n'est d'ailleurs pas possible spontanément. le sindhi se parle également en Inde, de l'autre côté de la frontière jusqu'à la presqu'île de Kutch, dans l'État de Gujerat. Il est « langue constitutionnelle » de l'Inde et s'écrit dans ce pays en caractères sanscrits. le nombre de locuteurs du sindhi approche 10 millions au Pakistan et 3 millions en Inde. La littérature sindhi est abondante, elle comporte surtout des poèmes d'amour et des chants mystiques. Le grand poète Shah Abdul latif (1689-1753) était sindhi. Le poshtou, langue officielle de l'Afghanistan, est parlé par environ 10 millions de Pakistanais. Ceux-ci habitent principalement dans les provinces du Nord-Ouest autour de Peshawar. L'afflux de réfugiés afghans accentue notablement l'importance de la langue. Le poshtou est une langue indo-européenne originale à la grammaire difficile; il contient une forte proportion de mots d'origine arabe et s'écrit avec un alphabet de type arabe de 44 lettres. La littérature en langue poshtou remonte à la période moghole. La langue a connu un regain de faveur sous l'occupation britannique de l'Inde. Elle reste très vivante et bénéficie d'émissions de la radio pakistanaise. Le baloutche est parlé par près de 3 millions de Pakistanais mais son domaine couvre aussi la partie Sud-Ouest de l'Afghanistan et le Sud-Est de l'Iran. Le baloutche est particulièrement proche du persan et du kurde au point qu'une certaine intercompréhension est possible, ce qui n'est le cas ni avec le poshtou, ni avec l'ourdou. Jusqu'à une date récente, la culture baloutche consistant en ballades et chansons se transmettait oralement dans les tribus. Depuis 1949, il existe des programmes en baloutche à la radio de Karachi; une académ;ie baloutche a été créée en 1962 et l'enseignement de la langue et de la littérature baloutchesi transcrites en alphabet arabo-persan, commence à être introduit à l'Université.
*
* *

A côté de ces quatre langues p,rincipales, il en existe une vingtaine d'autres parlées par les diverses ethnies. Deux langues, pratiquement non-écrites, se distinguent par leur originalité et ne sont pas indo-européennes: 26

- Le brahoui est une langue dravidienne, c'est-à-dire apparentée aux langues du Sud de l'Inde comme le tamoul; il est parlé au Baloutchistan par près de 2 millions de personnes. Soumis à l'influence des langues voisines et à la pression de l'ourdotl, son caractère dravidien a tendance à s'altérer, surtout .en ce qui concerne le vocabulaire. - Leburushaski, parlé par 60 000 habitants de trois vallées du Nord-Pakistan, est une énigme pour les linguistes, sa phonétique et sa grammaire ne permettent de le rattacher à aucun groupe, même pas au grec ancien comme le voudrait l'hypothèse selon laquelle cette population descendrait des guerriers d'Alexandre le Grand. On rattache au burusha.ski un dialecte plus occidental parlé à Yasin, le wertchikwar. les autres langues, toutes indo-européennes, se parlent dans les vallées himalayennes du Nord. leur domaine se limite parfois à une vallée ou à quelques villages. Les lin;guistes éprouvent les plus grandes peines à les classer, quoiqu'ils les répartissent généralement entre langues kafirs à l'ouest et dardes à l'est. la langue darde la plus importante est le'kashmiri, :parlé par trois millions d'habitants au Cachemire, hors des frontières actuelles du Pakistan. le shina, parlé dans la région de Gilgit est 'Ia plus connue des langues dardes parlées au Pakistan. Les langueskaf:irs constitueraient une branche de l'indoeuropéen interïmédiair-e entre le sanscrit et les langues persanes.En font partie, le kati, le pashai, le ~khowar et le kalasha, toutes -langues de peu d'importance.

27

L'ÉCRITURE L'écriture constitue la difficulté principale de l'ourdou. Ne vous attendez pas à la maÎtriser rapidement, cela viendra petit à petit. C'est pourquoi nous vous aiderons d'un bout à l'autre du livre par une transcription en lettres latines. Ne vous contentez cependant pas de cette transcription : elle ne vous sera évidemment d'aucune utilité pour lire les inscriptions en ourdou que vous rencontrerez durant votre voyage ou votre séjour au Pakistan ou en Inde. Efforcez-vous donc, pour chaque mot, de retrouver dans l'écriture ourdou les lettres que nous avons transcrites. Vous vous habituerez ainsi progressivement à lire directement le texte en ourdou, ce qui est évidemment l'objectif à atteindre.

28

Alphabet

L'ourdou emploie les lettres arabes et s'écrit donc de droite à gauche. Toutefois la phonétique de l'ourdou étant notablement différente de celle de l'arabe, il a fallu compléter l'alphabet par d'autres lettres. Le persan, dont l'ourdou est issu, avait dû procéder ainsi mais les lettres de l'ourdou sont encore plus nombreuses: elles sont 37 contre 28 en arabe et 32 en persan. Les 28 lettres de l'alphabet arabe sont les suivantes.

Lettres arabes simples

Équivalent approximatif en français a

Nom de la lettre

alif

~.

b

be ~te

. &

~s
dj

se
djim

.
)

~h
~rh

he
rh dal ~zal

.

d z

,I
,/

.
z

re
ze 29

Lettres arabes simples

Équivalent approximatif en francais s sh

Nom de la lettre

if
<.f

sin

shin suad

d' p ;,t;;

s

~z
t z
a-

zuad
toen zoen ain rhain
fe

tr
..:.,

-

rh

J..
()

k k ou q

kaf qaf
lam

d
(
ci
m
n
v h

mim
nun
vao hé

"
el

cf
Les lettres

é ou yé supplémentaires du persan

yé adoptées par

l'ourdou

sont

au nombre

de quatre:
Équivalent en français p

., '--'

I. .J ,j 30

~

tch

9

l'ourdou emploie en outre 4 lettres qui lui sont propres et rendent des sons particuliers aux langues de l'Inde. Ce sont:

~
j, ,)

sorte de t
sorte

« palatal

» et non « dental »

» comme

t en francais
de d « palatal
«

J

sorte de r

palatal » inconnu

en francais

L...- sorte de é prononcé
Signalons enfin

yé quand il est isolé.
considère générale-

que l'ourdou

ment comme une lettre particulière le « hamza » arabe écrit" qui ne se place que sur un support ( J ou if par exemple) ; sa fonction en ourdou
est d'allonger la voyelle sur laquelle il est placé. les 37 lettres de l'alphabet ourdou sont donc les suivantes (à lire de droite à gauche). C'est l'ordre des lettres dans le dictionnaire.

~

.

~~~~

o. V ~.t . :.
j,

~

...:.;

~

~

.

j,

)J

J

);1

JJJJtt;
~Jd(J
~
-

Vif

ÛU

IJ

y

On remarque que les lettres empruntées au persan ou ajoutées par l'ourdou s'intercalent après les lettres de l'alphabet arabe ayant sensiblement la même forme.
31

Ces lettres se distinguent soit par des points appeplacés au-dessus ou au-dessous du corps de la lettre ou par le signe placé au-dessus. Il apparaÎt également que plusieurs lettres sont rendues par une seule lettre en français.

lés « diacritiques»

f,:;"J

et

h

sont un t français

. .

~et

.ÛI et ~-~
"

"
}Je

sont un h francais
sont un z francais
sont un s francais
j,

~J(/"

et

u"

Les

lettres

Ji f., et

dans des mots d'origine arabe. D'autre part, certains sons de l'ourdou n'existent pas en français; la transcription que nous avons adoptée relève de conventions qui sont expliquées plus loin. D Le tracé des lettres L'ourdou s'écrit comme une écriture manuscrite. Il n'y a pas de majuscule. Pour aider le lecteur à pratiquer l'écriture, le tableau ci-dessous indique par une flèche pour chacune des lettres, le mouvement de la main qui permet leur tracé. Les points et le signe se placent une fois le corps de la lettre terminé 2.

J

~
par exemple

t,

j

n'apparaissent

"'" J'

que

2. A l'exception des lettres (k) et (g) le mouvement de la main pour tracer le corps de la lettre est continu et sans interruption. Les flèches indiquent le sens du tracé.
32

J

j

~ ~ ~

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33

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-t\~

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