PARLONS OUZBEK

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Ce livre décrit la langue et la culture de l'Ouzbékistan après son indépendance en 1991. Ce pays clé de l'Asie Centrale est aussi célèbre par les trésors de ses villes de Samarkand, Boukhara et Khiva que par ses savants et ses poètes ou le rayonnement de sa capitale Tashkent. Comme dans les autres ouvrages de la collection, le lecteur trouvera les données historiques et économiques du pays, la description de la langue avec son nouvel alphabet latin, des éléments de conversation courante, des informations sur les différents aspects de la culture ouzbek-française.
Publié le : jeudi 1 novembre 2001
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EAN13 : 9782296272101
Nombre de pages : 297
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Saodat Doniyorova

Parlons ouzbek

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALlE

@ L'Harmattan,

2001

ISBN: 2-7475-1589-3

Cet ouvrage a été réalisé avec le soutien de l'association Euro- Méditerranée

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PARLONS OUZBEK
SOMMAIRE
Page Introduction: Aperçu historique Encadrés: La mer d'Aral Chronologie Dynasties L'Ouzbékistan en chiffres Première partie: la langue ouzbek L'écriture La phonétique Le nom L'adjectif Les postpositions Les nombres Les pronoms personnels Les particules Les verbes Il 27 29 32 37 39 40 40 44 46 47 50 55 60 61 61 64 66 72 74 76 77 82 83 85 87 91 91 92

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Le présent

Le futur . Le passé . Gérondif . Voix verbales Les conjonctions Propositions subordonnées Discours direct et indirect L'adverbe L' interjection Le vocabulaire Deuxième partie: la conversation Salutations et adieux Ftemerciements

courante

Page
Présentations Quelques expressions courantes Les problèmes de langue Demander son chemin et se diriger A I'hôtel Au restaurant Les achats La date et l'heure La poste et le téléphone La santé Un peu d'argot Quelques injures Quelques proverbes Les abréviations

Troisième partie: la culture Le drapeau et les armoiries de l'Ouzbékistan La structure politique L'organisation administrative Le caractère ouzbek et les traditions La religion Les fêtes La cuisine Habitat et habillement traditionnels La femme en Ouzbékistan L'éducation et la science La musique Le sport La télévision et la presse Les relations économiques Les relations franco-ouzbeks Encadré: quelques grands hommes Quelques autres proverbes ouzbeks Quelques devinettes ouzbeks Lexique français-ouzbek Lexique ouzbek-français

92 93 95 96 96 97 98 99 100 102 103 103 104 104 105 105 105 106 113 114 115 122 122 123 124 126 128 129 130 131 134 138 139
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Introduction

Aperçu historique
La civilisation de cette deuxième Mésopotamie située entre les fleuves Amou-Daria et Syr-Daria remonte aux premiers âges de l'humanité. On trouve sur ce territoire des traces de presque toutes les périodes de l'histoire. Fergana et Boukhara ont des musées contenant des outils de pierre du paléolithique inférieur. La grotte de Teshik-Tash à Surkhandaria témoigne de la vie à l'époque de la culture moustarienne, tandis que l'âge du bronze est représenté dans les sites de Dalverzin-Tepe et du Zaman-bobo. Combien de cultures se sont succédées entre ces deux fleuves où ont vécu les Saks, les Massagètes, les Sogdiens, les Khorezmiens, les Bactriens et les Ferganiens. Cette "Mésopotamie" était sans doute une terre promise, une terre bénie, même si au cours de son histoire elle a été constamment l'objet de conquêtes ou de tentatives de conquête. Les Etats de Sogdiane, du Khorezm (où, selon une légende, Zoroastre a écrit son livre sacré l'Avesta), le royaume des Parthes a été conquis vers la moitié du premier millénaire avant notre ère par les Achéménides, ensuite au IVe siècle avant notre ère par Alexandre le Grand. Les héros nationaux de cette époque sont Tumaris, Chirac, Spitament et beaucoup d'autres. Les tribus luttaient pour leur liberté. En 329 avant J.C.Alexandre épouse Roxane, une princesse de pays, et construit sept villes (toutes appelées Alexandrie). Spitament est un héros national des peuples de l'Asie Centrale. Il dirigea la lutte contre Alexandre le Grand. En 329 il incita les Sogdiens à la rébellion. Alexandre le Grand qui était à ce moment, aux bords du Syr-Daria, envoya une partie de son armée pour aider ses soldats restés a Samarkand. Spitament, les massacra. Apprenant cette nouvelle, Alexandre revint en hâte pour écraser lui-même cette révolte. Spitament s'était enfui en descendant l'Oxus vers le Khorezm. C'était l'un des premiers mouvements de libération du peuple, dans l'histoire de l'Asie Centrale. Spitament et les restes de son armée apparaissaient parfois en Sogdiane ou en Bactriane.

Après la mort de Spitament, la lutte contre les envahisseurs s'affaiblit, mais ne cessa pas. Il existe différentes légendes concernant la mort de Spitament. Selon l'une d'entre elles, les propres commandants de Spitament le tuèrent et offrirent sa tête à Alexandre Le Grand. Selon une autre, Alexandre promit secrètement à la femme de Spitament de se marier avec elle si elle tuait son mari. La femme de Spitament le tua et offrit sa tête à Alexandre Le Grand mais celui-ci ne tint pas sa promesse. Après la mort d'Alexandre le Grand, en 312 avant notre ère, Seleucos Nicator fonda la dynastie des Séleucides. En 247 avant JC., les Paroi, une tribu de cavaliers, connue dans l'histoire sous le nom de Parthes, fondèrent leur capitale Nisa, dans l'actuel Turkménistan. Dans les années 140-130 des tribus envahirent et détruisirent l'Etat gréco-bactrien. Au 1er siècle après J-C, les Kushans, peuple sans doute d'origine turque, fondèrent un immense empire comprenant le Nord de l'Inde et l'Asie Centrale. Sous le règne de Kanishka, l'Etat kushanien atteignit son apogée. Le commerce, l'art, la culture étaient très développés. On a trouvé, sur le territoire de Rome, des pièces d'argent de l'Etat kushanien. A cette époque, les religions comme le christianisme, le manichéisme, le zoroastrisme, le bouddhisme cohabitaient ensemble sur le territoire de l'Asie Centrale. La naissance de la grande route de la soie La grande route de la soie, voie du dialogue commercial, économique, politique et culturel entre l'Orient et l'Occident passe sur le territoire de l'Ouzbékistan actuel. En 138 avant J-C. le Fils du Ciel, empereur de Chine, chargea son général Tchang K'ien de la mission d'acheter des chevaux de Fergana. Selon la légende, "Les chevaux célestes" de Fergana couraient si vite qu'ils suaient du sang. A Fergana l'ambassadeur chinois Tchang K'ien apprit que la soie coûtait cher sur les marchés sogdiens. Les Chinois produisaient de la soie depuis plus de 2000 ans et à cette période, son exportation était toujours interdite. Apprenant cette nouvelle, l'ambassadeur de Chine partit et la route de la soie fut créée. Dans les années 115-105 avant J-C. l'ambassade chinoise vint en Perse et les premières relations commerciales suivies entre la Perse et la Chine débutèrent. Les caravanes partaient de la route de Jade jusqu'à la Rome impériale. A Rome, arrivaient la soie, les épices, le jade, les armes, les miroirs et les bois laqués. De Rome, partaient - 12 -

le verre, le corail, les textiles, les poteries, les pièces d'or et d'argent. Les marchandises, durant des mois et des années, passaient de mains en mains en cours de route. Les principaux trajets de la grande route de la soie commençaient en Syrie et menaient à Baghdad et Merv, et aussi, par les voies du nord, les caravanes traversaient Samarkand, Kashgar, Turfan ; par les voies du sud, les caravanes traversant Balk, Rutan venaient à Dunhuang. A Kashgar, les caravanes qui allaient vers le sud traversaient le Karakoram, pour aller vers l'ouest, le Tian Shan. Arrivées en Sogdiane les caravanes pouvaient suivre l'Amou-Daria et le SyrDaria jusqu'à la mer d'Aral et puis continuaient au nord de la mer Caspienne en Russie. Beaucoup de caravanes traversaient les déserts de Kizyl-Koum et venaient en Perse. Les villes de Sogdiane comme Samarkand, Nasaf, Varahcha, Penjakent étaient les villes les plus importantes du commerce de la Grande Route de la Soie. La Grande Route de la Soie est décrite dans les oeuvres des historiens- voyageurs: Le moine Xuan Xang (602-664) pendant 15 années parcourut le désert de Gobi, franchit le Tien-Chan, pour se diriger vers Tachkent et Samarkand, Bénarès et puis rentra en Chine. Il est auteur de "Mémoires sur les contrées occidentales" Arab Al Masudi, historien de Baghdad, a traversé l'Asie Centrale et s'est rendu en Chine. Il est auteur de "Les Prairies d'or". Fin du XVe siècle, début du XVIe siècle grâce aux découvertes géographiques, beaucoup de changements eurent lieu. Le commerce entre l'Orient et l'Occident se faisait par les voies maritimes, la grande route de la soie tomba en décadence. Le royaume des Huns Hep htalite s s'établit vers 426. Les Hephtalites, aux yeux verts et à la peau blanche, furent suivis par différentes vagues de Turcs qui se sont maintenus jusqu'à présent. Qui sont donc les Turcs? Ils sont cités pour la première fois dans les chroniques chinoises. Les Huns sous la conduite du célèbre Attila déferlent sur l'Europe. Vers la moitié du VIe siècle, les Turcs fondent un grand Etat, le Khanat turc, fédération de tribus turques. Les inscriptions runiques sur les roches de l'Orkhan-Ienisseï témoignent de cette époque de batailles. Ni le vent, ni le feu, ni la pluie ne les ont fait disparaître. Les plus anciennes de ces inscriptions datent de l'an 732 de notre ère et se trouvent dans les steppes mongoles de l'Altaï .Cette époque marque le début de la littérature écrite des peuples turcs qui - 13 -

comptent aujourd'hui plus de 250 millions d'hommes, répandus sur l'immense territoire eurasien situé entre la Yakoutie et la Turquie d'Europe. Au VIlle siècle les Arabes envahirent l'Asie Centrale et lui donnèrent le nom de Ma-Wara-al-Nahr, le pays derrière le « fleuve» ou Transoxiane. Leur apparition changea radicalement la vie de cette région et malgré la résistance générale, peu à peu l'islam devint la religion principale. Les nombreuses révoltes des différentes couches de la population contre le califat arabe ont accélèré son déclin politique. A la fin du premier quart du IXe siècle, le pouvoir passa aux mains de seigneurs locaux au Khorassan et au Ma-Wara-al-Nahr. La puissance de l'empire arabe commence à s'affaiblir. Cependant il faut noter qu'a cette époque on améliore par des réaménagements, Samarkand, Boukhara, Khorezm et Paikent, ainsi que d'autres villes. Les différents métiers se développent. On tisse le coton et la soie, on fabrique de fins et élégants bijoux en or, en argent et dans d'autres métaux. Les boucliers et les armures de cette époque sont d'une beauté éblouissante. De son côté, la littérature arabe est en plein essor. Aux VIle et VIlle siècles, elle devient commune à tous les musulmans. En 809 après la mort du calife Haroun Al-Rachid, commence une lutte acharnée pour le trône entre ses fils Amin et Mamoun. En 813, Mamoun s'empare de Baghdad et du trône du califat. Il nomme Takhir ibn Hussein gouverneur général du Khorassan. Un an après Takhir ibn Hussein se proclame souverain indépendant et décide de ne pas citer dans les khotba (sermon) du vendredi le nom du calife, ce qui était un appel ouvert à la révolte. Un an après Takhit mourut. Mamoun nomma le fils de Takhir, gouverneur général du Khorassan. Il donne naissance à la dynastie takhiride des gouverneurs du Khorassan. A cette époque, le peuple souffre d'une double tyrannie. Ne voulant pas supporter des violences, le peuple se révolte. Une de ces révoltes menée par Iokub-ibn Lays, est la cause de la chute du gouvernement des takhirides et de la naissance de la dynastie des saffarides. La dynastie des samanides se forme au milieu du IXe siècle en Asie Centrale. En 893, Ismail Samani vainc les Saffarides. Tout le Khorassan passe sous le pouvoir d'Ismail Samani. Dans la seconde moitié du IXe siècle se renforcent les liens commerciaux avec les autres pays. Boukhara devient sa capitale et le centre de l'enseignement islamique. Les relations économiques avec le - 14 -

Proche-Orient, l'Europe de l'Est et la Chine se consolident. Sous le règne des samanides la langue perse (farsi) devient la langue d'Etat parallèlement à la langue arabe, langue officielle. Le Xème siècle marque l'apogée de Boukhara. Les étudiants du monde musulman viennent faire leurs études a Boukhara. Sa bibliothèque royale est fort riche, avec 45.000 volumes. A époque des samanides, la culture, la science, le commerce se développent. Sous l'ordre des samanides on construit divers canaux, notamment à partir du barrage de Vagsar, près de Samarkand. Cette époque est caractérisée par la production du verre et d'une céramique de grande qualité. La production "du papier de Samarkand", célèbre par sa qualité et par sa finesse, surtout le papier nommé quogosi abrechimii dont la matière première était la soie. Aux IXe-XIIe siècles la culture et la science se développent. Des savants comme Ahmad Fergani, Muhammad ibn Musa Khorezmi créent des oeuvres géniales. Muhammad ibn Musa Khorezmi (790-847), astronome, géographe d'une grande renommée, est l'auteur des bases du système d'équations du premier et du second degré et d'une partie des mathématiques modernes. Ses travaux, Le traité sur l 'heure solaire et Les Tables astronomiques ont été traduits dès le Moyen Age en latin et ont influencé l'évolution des connaissances scientifiques en Orient et en Occident. Les oeuvres de Fergani étaient au programme de ceux qui apprenaient l'astronomie, la géographie ou les mathématiques. C'est lui qui construit deux observatoires près de Baghdad et Damas. Ces observatoires sont devenus célèbres par leurs découvertes. Né en 899 aux environs de Fergana, à Kouva, il est mort en 860 à Baghdad. Les six oeuvres de Ahmad al Fergani sont parvenus jusqu'à nos jours: Les éléments de science sur les étoiles. La construction des astrolabes. Le livre d'usage de l'astrolabe. Les catalogues d'Ahmad al Fergani Le livre de précision de temps sur la lune et sur la terre Le conte des sept climats. Cette époque est célèbre par ses savants universellement connus comme Abu-Ali ibn Sina, Biruni, Abu Nasr Forobi. Abu Nasr Forobi (872-950), grand philosophe, fit ses études à Boukhara et à Baghdad. Il est l'auteur de notes sur la Métaphysique d'Aristote, qui l'ont rendu célèbre dans le monde entier. Abu-Ali ibn Sina - 15 -

(980-1037) est né au village d' Mchona, près de Boukhara. Il est l'auteur d'oeuvres comme: Le livre de guérison, Les lois de la Médecine, Donichnoma. Les lois de la Médecine était le manuel principal des médecins de cette époque. Abu-Raikhon al Biruni (973-1048), grand savant, auteur de plus de 150 oeuvres sur la philosophie, l'histoire, l'astronomie, la géologie, l'ethnographie. Muhammad Narchahi, historien du Xe siècle, auteur de la célèbre Histoire de Boukhara. La poésie, surtout les kasida, les odes de Roudaki de Samarkand comme Kalila et Dimna, "Kasida est la vieillesse", Sindbabdnoma décrivant l'amitié, l'amour, les délices de la vie, étaient les préférés des amateurs de poésie. Au XIe siècle apparut l'encyclopédie des langues turques Devoni Lug 'ati turk (le recueil des mots turcs). Le XIe siècle voit naître le poème épiquedoston Qutadqu bilik (La science qui mène vers le bonheur). L'auteur de cette oeuvre souligne l'importance des sciences. Ces deux oeuvres ont une grande importance pour l'étude de l'histoire, de la vie, de la langue des peuples de l'Asie Centrale. Au XIIe siècle Ahmad Yassavi, le célèbre poète et philosophe écrit son oeuvre Devoni hikmat. Les hikmats de Ahmad Yassaviy étaient aimés et compréhensibles pour le peuple. Au XIe siècle, après de longues guerres, la dynastie des karakhanides vient au pouvoir en Kashgarie. A la fm du XIe siècle, les karakhanides se lancent à Boukhara et à Samarkand. Les karakhanides envahissent les territoires étendus des régions intérieures de la Chine jusqu'à l'Amou-Daria. Dans la seconde moitié du XIe siècle, les ghaznévides, envahissent les terres du sud allant de l'Amou-Daria jusqu'aux frontières de l'Inde et aussi le Nord de l'Iran. Leur capitale est la ville de Ghazni (au sud de l' Mghanistan). Le souverain de cet Etat, Mahmoud Ghaznevi (998-1030) mena des campagnes militaires contre l'Inde. Il détruisit les villes, des monuments historiques et réduisit les habitants de ce pays en esclavage. Le sultan Mahmoud Ghaznevi se tourna ensuite vers le Khorezm. On sait qu'avant 996 le Khorezm était divisé en deux parties, celui du Sud et celui du Nord. Kiat était la capitale du Khorezm du Sud. Son souverain portait le titre de Khorezmchah; la ville d' Ourgentch était la capitale du Khorezm du Nord. En 996 le gouverneur général du Khorezm du Nord Mamoun ibn Muhammad unifia ces pays. Il prit - 16 -

le titre de Khorezmchah et Ourgentch devint la capitale de son Etat unifié. En 1017, le Sultan Mahmoud Gaznevi envahit le Khorezm. Le Khorezm cesse d'être indépendant et tombe sous la domination de ghaznévides. En 1040 le sultan seldjouk, le chef des tribus des Turks donne le coup fatal à Mahmoud Gaznevi et met fin à la puissance des Ghaznevi. Ainsi apparaît la dynastie des seldjoukides. En 1055, les seldjoukides prennent le pouvoir à Baghdad. En 1141, les karakhanides viennent au pouvoir au Mawara-ul-nahr. La bataille de Djizak fut une défaite complète du sultan seldjoukide Sanjar. Les karakhanides continuèrent leurs invasions et conquirent les terres du Khorezm. Ils se contentèrent d'y prélever les impôts. A la suite des luttes entre les karakhariides et les seldjoukides au XIIe siècle, le Khorezm réapparait comme Etat indépendant grâce au fils de Qutbiddin Otsyz (1127-1156), le premier à avoir combattu dans ce but; il prend alors le titre de Khorezmchah. Pour renforcer son Etat, il mène la guerre contre les Kiptchaks et les Turkmènes, le long du Syr Daria. Otsyz se soulève à plusieurs reprises contre le sultan seldjoukide Sanjar. En 1157, après la mort du sultan Sanjar, l'Etat seldjoukide cessa d'exister: Il se morcela en petits Etats situés à l'est et à l'ouest du Khorezm. Les successeurs d'Otsyz ne voulant pas perdre cette occasion, étendirent les frontières de l'Etat du Khorezm, surtout sous le règne de son petit-fils Tekech (1172-1200). En 1206-1207, Sanjar, fils d'un artisan, dirige un soulèvement à Boukhara. La cause de ces révoltes était les mauvais traitements infligés à la population par le clergé. Cette révolte fut vite écrasée par les armées du Khorezmchah et Boukhara dorénavant appartint à l'Etat du Khorezm. Quelque temps après, le khan de Samarkand devint le vassal du Khorezmchah. Le Khorezmchah Mohammad le maria à sa fille. En 1212, Samarkand se souleva contre le Khorezmchah. Cette rébellion était dirigée par le khan Osman. Informé du soulèvement, le Khorezmchah punit ses habitants révoltés. Après une résistance, la ville se rendit. L'armée de Mohammed pilla Samarkand trois jours durant. Plus de dix mille habitants furent massacrés. Le Khorezmchah envahit tout le territoire de cette région. Ainsi, au début du XIIIe siècle, l'Etat de Khorezmchah était devenu l'un des pays les plus importants de la région.

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Les Mongols A la fin du XIIe et au début du XIIIe siècles quand les Khorezmchahs se trouvaient à la tête du monde musulman. Temudjin, nommé Gengis Khan, fonda un Etat mongol unifié. Après des luttes acharnées, Gengis Khan prit Pékin et envoya des ambassadeurs et des caravanes de commerce au roi de Khorezm, Muhammad. Ces caravanes furent pillées et les ambassadeurs tués sur l'ordre du Khorezmchah. En 1220 Gengis Khan prit Boukhara, puis Samarkand, Ourgentch et Merv. Gengis khan fut impitoyable avec les villes assiégées. Si la population résistait, elle était massacrée et les habitations rasées. Toutes les villes de l'Asie Centrale furent détruites. Malgré la résistance populaire, les villes restèrent sous l'occupation mongole pendant plus de 150 ans, longtemps après que Gengis khan eut partagé l'Asie Centrale entre ses fils. Il faut rappeler le rôle de héros comme Timur Malik, Mahmoud Torobi qui luttèrent contre les envahisseurs et Jaloliddin Mangouberdi, fils du roi de Khorezm, qui mena contre les Mongols une lutte acharnée. Gengis khan dut lui-même unir ses forces pour obtenir la victoire finale sur les troupes de Jaloliddin Mangouberdi dont la bataille finale de 1221 vit la défaite. Durant quelques années, ce héros continua sa lutte en Iran et au Caucase. En 1231 il se fit tuer par un soldat kurde. Timour Malik était gouverneur de Hojand, situé au bord du Syr Daria. Les Mongols ne pouvaient pas prendre cette ville assiegée, mais la noblesse ouvrit les portes de la ville. Après cette trahison, Timour Malik et ses fidèles s'installèrent dans une île au milieu du Syr Daria. Pendant près de dix ans et jusqu'à sa mort, Timour Malik lutta pour la liberté de son peuple. Mahmoud Torobi' était à la tête de la rébellion du peuple de Boukhara. Le peuple proclama ce simple artisan gouverneur de Boukhara. En prenant ce poste, il commença à punir les traîtres, qui étaient généralement des membres de la noblesse. Une grande bataille eut lieu entre les Mongols et les habitants de Boukhara. Plus de 100.000 Mongols périrent. Mahmoud Torobiy fut aussi tué au cours de cette bataille. Les Mongols se vengèrent avec acharnement sur le peuple. Cependant les khanats mongols se déchiraient en luttes fratricides. Les peuples se fatiguaient de ces destructions. Au milieu du XIIe siècle les Mongols s'affaiblirent.

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L'émir Timour Le 8 avril 1336 au village Khoja Ilgar, à Kesh (l'actuel Shahri Sabz) naquit Timour, fils de Mohammad Taragai, chef du clan des Barlas. Dans les années 1360, Timour devint gouverneur de Kesh et s'allia avec Amir Hussein, le petit-fils de Kazgan. En 1370, Timour devint le seul roi de Ma wara-al-nahr et jusqu'à sa mort en 1405, il mena d'innombrables expéditions vers la haute Asie, le Turkestan Oriental et l'Inde. Il mit fin aux querelles des féodaux. Sa victoire sur la Horde d'Or donna la possibilité aux princes russes de libérer leur pays des Mongols (1395). La victoire de Timour, près d'Ankara (1402) sauva l'Europe des Ottomans. Il mourut le 19 janvier 1405 à Otrar sur le Syr Daria. Il est enterré dans le mausolée Gour-Emir à Samarkand. Les ministres de Timour (vizirs), se réunissaient en conseil, le divan. Samarkand était sa capitale. Son immense empire s'étendait jusqu'à Damas. Timour fit de Samarkand la plus belle ville du monde de cette époque, un grand centre de commerce embelli par une architecture étonnante. A Samarkand, Timour construisit d'innombrables palais. Le pouvoir était centralisé. Selon l'historien Arabchah, Timour établit autour de Samarkand plusieurs villes et les nomma Forich-Paris, Chiraz, Sultaniyeh, Baghdad, Merv. Sur l'ordre de Timour beaucoup de jardins furent plantés. La science et la culture se developpèrent. Après la mort de ce grand conquérant, les querelles fraternelles s'achevèrent par la victoire de Chahroukh, (13771447) qui fit de Hérat la capitale de son royaume, Samarkand étant sous la domination d'Oulougbek (1394-1447). Oulougbek lança une expédition heureuse contre le khanat mongol en 1407- 1408. Il fit de Samarkand un brillant foyer de civilisation musulmane. Ce souverain éclairé était poète, théologien, mathématicien, historien. Il est l'auteur des Ziji Kuragoni (Les Tableaux Astronomiques). Son observatoire était célèbre. La diplomatie à l'époque de Timour A l'époque de Timour et Chahroukh, la diplomatie était fort active. On peut trouver des notes dans des documents chinois concernant les ambassades de Pékin à Samarkand en 1391, 1395, 1404 et les ambassades timourides en Chine en 1388, 1391, 1394, 1412. En 1398, sous l'ordre de Timour, Jean de Syltanie, un dominicain italien vint à Gênes, et à Venise. Le 17 août 1401, Timur reçut une lettre diplomatique de Charles VI. Henri III de Castille chargea - 19 -

Gomes de Satamayor et Hernan Sanchez d'établir des contacts avec les Ottomans et les Timourides. Ces deux ambassadeurs atteignirent la Turquie au printemps de 1402 et assistèrent à la bataille entre Timour et Bajazet. Après la bataille, ils se présentèrent à Timour qui les reçut très bien. Ils rentrèrent chez eux avec une mission diplomatique timouride menée par Muhammad al Ghazi. Pour répondre aux lettres de Charles VI, Timour désigna à nouveau Jean de Syltanie qui partit en 1403 et revint à Paris au mois de juin. Henri de Castille envoya une seconde ambassade qui comptait dans ses rangs Ruy Gonzales de Clavijo qui deviendra célèbre par le récit de son voyage en Orient. A l'époque de Chahroukh et de Oulougbek, les mathématiques, l'astronomie, l'histoire, la littérature se développent. Oulougbek construit à Samarkand (1417-1420), à Boukhara (1420), à Guijdouvan (14321433) les medersas et son célèbre observatoire. Les savants de cette époque comme Kozizoda Rumi (1360-1437), Giossiddin Jamchid Koshyi (1383-1456), Aloviddin Ali Quchrchi (14031474) travaillaient à côté d'Oulougbek. Son œuvre principale Ziji jadidi Kuragoni a été traduit en plusieurs langues européennes déjà aux XVIIe et XVIIIe siècles. A époque des Timourides le savoir culturel de l'Asie Centrale connut son apogée. Les historiens (Ibn Arabchah, Nisomidin Chomii, Charofiddin Ali Yazdi, Khofisi Abrou, Abdourasoq Samarcandi, Mirkhond, Khondamir), les peintres: Sultan Ali Mashadi, Miron Naqqoche, Quosim Ali, Ali Murhib, Bekhod sont universellement connus. Les écrivains et poètes comme Lutfi, Sakkoki, Atoï, Shoshï, Binoï, Khaïdar Khorazmi, Hussaïni, Abdourahmon Jomi, Alicher Navoi ont une grande influence sur le développement de la littérature. L'occupation de l'Asie Centrale par Cheibanikhan La tribu nommée "ouzbek" et son chef Khan Ouzbek (1282-1342), qui avait converti la Horde d'Or à l'Islam, commence au XVe siècle à s'installer en Asie Centrale. En 1500 sous les ordres de Mohamad Cheibani, elle traverse le Syr Daria. Une branche de la dynastie cheibanide fonde le Khanat de Khiva qui dure jusqu'en 1920. Une autre branche gouverne la Transoxiane jusqu'à la mort du grand Abdoullah khan en 1598. Babur, le dernier timouride, tente de ressusciter l'empire de son aïeul. Il prend deux fois Samarkand; en 1513, c'est une défaite définitive après laquelle il retourne vers l'Inde où il fonde la dynastie moghole qui dure jusqu'en 1858. Dans - 20-

les années 1540, règne Abdoullah qui fait construire de belles mosquées et madrasas. Sa capitale est Boukhara. Dans la seconde moitié du XVIe siècle, entre Boukhara, l'Iran, l'Inde, Moscou et la Chine, s'établissent des relations diplomatiques et commerciales. A la fin du XVIe siècle, Boukhara devient le centre politique et culturel du Ma-wara-al-nahr. Au début du XVIIIe siècle, une branche oubliée des cheibanides fonde le Khanat de Kokand. Les querelles fraternelles de ces khanats étaient incessantes. Aux XVIe et XVIIe siècles, la littérature, l'architecture, la peinture se développent. Dans les oeuvres de Hassan Boukhari Nisori et de Mustribi sont mentionnés plus de 250 poètes et savants ayant vécu à époque des Chaibanides. Les poètes qui écrivent des oeuvres en turc sont nombreux. Au début du XVIIIe siècle, Boukhara est gouvernée par la dynastie astrakhanide. La plaine du Fergana est détachée de Boukhara au début du XVIIIe siècle et une branche des Chaibanides crée le khanat de Kokand Boukhara, Khiva, Kokand surestimaient leur importance et leurs querelles n'avaient pas de fin. La désunion politique et les querelles deviennent favorables pour les attaques des pays étrangers. Ces pillages furent la cause du mécontentement des citoyens de Khiva, Boukhara, Samarkand, Tachkent. A la fin du XVIIIe siècle, les khanats ouzbeks commencent à faire des tentatives pour unifier l'Asie Centrale. Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, la dynastie des Quenguirot prend la tête du gouvernement A cette époque, Boukhara et Kokand deviennent des centres d'industrie textile. Ces villes exportent les tissus de soie et des fils. Kokand et Samarkand sont célèbres par leurs entreprises de production de papier. A Namangan se développent des forges. A Khasorasp, Tchoust, Khissor on produit des couteaux et des fusils. A Boukhara et Fergana sont créées des entreprises textiles. Malgré les activités économiques, les relations féodales règnent encore dans la première moitié du XIXe siècle. Les relations économiques établies au XIVe siècle avec la Russie se développent aux XVIIe et XIXe siècles A la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècle, la littérature connait une nouvelle vague démocratique. Les représentants de cette vague décrivent la vie réelle et critiquent les injustices féodales de leur époque. Les poètes du XIXe siècle, Mahmur, Gulchani deviennent célèbres par leurs poésies critiques. Le poète Fosiy chante les - 21 -

meilleures qualités de l'homme. Les romans oraux en vers nommés doston comme Youssouf et Zulaikho, Tohir et Zouhro, Boz oglon, Youssouf Akhmad sont très répandus dans les milieux populaires.

L'occupation de l'Asie centrale par les Russes Depuis longtemps la Russie s'intéressait à l'Asie centrale. En 1717 Pierre le Grand expédia des forces spéciales de près de 3000 soldats qui furent écrasées par le khanat de Khiva. En 1830 le gouverneur général Perovski partit en campagne contre le khanat de Khiva. Devant les difficultés de la campagne, il fut obligé de rentrer. Les querelles fratricides entre ces trois khanats, dans la première moitié du XIXe siècle, furent la cause de l'appauvrissement de l'économie du pays et de l'invasion de l'Asie Centrale par les Russes. Au printemps de 1865, Tchernyiaev prit la forteresse de Niazbek près de la rivière Tchirtchik et laissa Tachkent sans eau. Malgré les difficultés et le manque d'eau, les citoyens de la ville renforcèrent leur défense. De Kokand, arriva le chef d'armée Alimkoul et grâce à lui les Russes fuirent. Le 9 mai Alimkoul fut mortellement blessé. Le 17juillet 1865 les défenseurs capitulèrent. En 1867, le général Kaufinan devint le premier gouverneur général du Turkestan russe. En 1868, il partit pour Samarkand et Boukhara avec ses 3500 hommes. Après une résistance forcenée, Samarkand tomba. Le peuple du khanat de Boukhara demanda à son émir de continuer la lutte. Boukhara tomba aussi après une lutte acharnée. Le reste de l'émirat de Boukhara devint un protectorat du tsar et le khanat de Kokand fut soumis à un rigoureux traité commercial. De tous ces khanats, celui de Khiva résista le plus longtemps mais tomba aussi en 1873. L'oppression des envahisseurs fut la cause de rebellions en 1885 à Fergana, en 1892 à Tachkent et en 1898 a Andijan. Après l'occupation de l'Asie Centrale les Russes construisirent des usines, développant ainsi une classe ouvrière. Les autochtones n'étaient pas admis dans les postes supérieurs du gouvernement. Les peuples d'Ouzbékistan n'avaient pas de droits civils et politiques. Les Russes construisirent sur le modèle russe des villes distinctes à proximité de Boukhara, Samarkand, Tachkent. Deux millions de fermiers, ouvriers et commerçants - 22-

russes émigrèrent en Asie Centrale au milieu du XIXe siècle. Les Ouzbeks furent contraints de se soumettre au gouvernement et au contrôle commercial russe. En 1897, une confrérie soufie d'Andijan lança une guerre sainte contre les colons, ce qui provoqua des représailles sanglantes et une campagne de russification de l'élite musulmane. Les révoltes à Andijan et dans d'autres villes échouèrent, les participants furent punis, les villages détruits. Le chef de cette révolte Madali Echon et ses disciples furent pendus et 362 personnes exilées en Sibérie. En 1916, un soulèvement éclata à cause d'un décret de conscription qui devait mobiliser les musulmans dans les unités non combattantes sur le front oriental, mais ce fut bientôt la défaite. En 1917, la première révolution sociale-démocrate de Moscou, qui critiquait la répression tsariste et semblait promettre l'autodétermination, gagna le soutien populaire en Asie Centrale, mais elle ne tint pas sa promesse. En lieu et place, le gouvernement provisoire exclut les musulmans des fonctions politiques, et perdit leur soutien, laissant les bolcheviks s'emparer du pouvoir. A Tachkent 40000 prisonniers de guerre autrichiens et hongrois se rangèrent aux côtés des Rouges. Les idées socialistes avaient également rencontré la sympathie des autochtones. Dès mars 1917 apparurent les syndicats. Le Ille congrès des Soviets, du 15 au 22 novembre, avait pour but de former le gouvernement des Soviets. Selon la décision de ce congrès, les musulmans ne devaient pas participer aux fonctions du gouvernement. En réponse à ces actions, les musulmans créèrent un Etat nommé dans l'histoire "Autonomie de Kokand". Mustapha Tchokai et Mohammed Tanichpaev étaient à la tête de son gouvernement composé de 31 membres. Cet Etat prit fin le 21 février 1918 par un massacre perpétré par l'Armée Rouge. A partir de 1920, les musulmans d'Asie Centrale entrèrent en masse au parti communiste dans l'espoir de prendre part à la constitution de leur futur gouvernement. La période soviétique On souffrait de la faim dans les villes. Les systèmes d'irrigation s'étaient dégradés. L'Armée rouge réquisitionnait toutes les vivres, causant le mécontentement du peuple et provoquant une guerre civile pour la liberté du pays. Cette guerre est appelée "le - 23 -

mouvement des Basmatchis". Ceux-ci voulaient obtenir l'indépendance, mais parmi ses dirigeants il y en avait qui pillaient et faisaient régner la terreur, compromettant ainsi le mouvement de libération. Les nouveaux régimes de Khiva et Boukhara prirent leurs distances avec le communisme au profit d'un nationalisme panturc, avec Enver Pacha. En novembre 1921, Enver Pacha devint le chef des Basmatchis. En juillet 1922, il prit Douchanbe. Trois mois après, il subit une défaite totale et fut tué. Sous la direction d'Enver Pacha les Basmatchis avaient mené une brève mais authentique guerre de libération. Les Basmatchis se sont maintenus jusque dans les années 1930. En 1924 une commission soviétique des frontières fixa les contours des Etats. C'est ainsi qu'est née la République soviétique d'Ouzbékistan. Selon la propagande soviétique, c'était pour répondre à l'aspiration des peuples, mais il s'agissait simplement de diviser pour mieux régner. L'alphabet cyrillique fut imposé; le russe devint obligatoire dans les écoles. Moscou décidait de tout: quand et où il fallait semer ou récolter. A cause de cette politique, l'agriculture commença à décliner. Cependant, dans les années 1930 plus de 500 d'entreprises industrielles ont été construites en Ouzbékistan: usines, fabriques, centrales électriques. On construisit des aéroports et des routes. Les ouvriers venaient généralement de Russie, ceux du pays étaient en minorité. On construisit aussi beaucoup d'écoles, des écoles spéciales et des instituts. En 1940, il y avait en Ouzbékistan 75 centres scientifiques et de recherche. Selon la politique de Staline, on se débarrassait des chefs du parti et des intellectuels. Les poètes comme Fitrat, Tcholpon, Usmon Nosir, Abdoulla Qodiri en furent les victimes. Pourtant des écrivains et poètes comme Hamza, Abdoulla Qodiri, Sadriddin Aini, Usmon Nosir ont créé des oeuvres immortelles. Le 22 juin 1941, commença la guerre entre l'Allemagne et l'URSS. Cette époque est appelée dans l'histoire ouzbek "la grande guerre nationale". Plus d'un million de personnes dont 200.000 enfants trouvèrent refuge en Ouzbékistan. Les familles ouzbeks adoptèrent des milliers d'enfants. Plus de 100 usines et fabriques furent déplacées de Russie en Ouzbékistan. Après leur reconstruction on commença à y produire des avions, des bombes, des armes pour le front. L'Ouzbékistan envoya au front des produits alimentaires, des vêtements, de l'argent (650 millions de roubles ont été donnés par - 24-

le peuple ouzbek). Le peuple ouzbek a ainsi beaucoup contribué à la victoire. Bon nombre de ses citoyens sont devenus des héros à titre posthume. Les oeuvres des poètes et des écrivains comme Gofur Gulom, Hamid Olimjon, Oibek, Ouigoun, Zoulfia, Amin Umari ont inspiré le peuple pour des actes héroïques. Beaucoup de filles et de fils d'Ouzbékistan ont accompli des exploits pendant cette guerre. Les noms de Sobir Rahimov, Mamadali Topiboldiev, Zebo Ganieva, Sora Choukourova et d'autres héros sont connus de chaque Ouzbek. En 1943, fut fondée l'Académie des Sciences d'Ouzbékistan. Plus de 30 poètes et écrivains ouzbeks luttaient contre l'ennemi les armes à la main. Le 8 mai 1945 est le jour de la capitulation de l'Allemagne nazie. Le 9 mai est la journée de la victoire des peuples de l'ex-URSS obtenue, bien sûr, avec la contribution du peuple ouzbek. Après la guerre, l'industrie et l'économie se redressèrent. Malgré la situation difficile et grâce à l'assiduité du peuple ouzbek, en 1950 la production industrielle avait augmenté de 83% en comparaison avec 1940. La situation agricole restait difficile. La population des campagnes vivait de sa propre terre mais les paysans devaient payer de lourds impôts; ils n'avaient pas de passeport. Le "Politburo" décida de consacrer la république à la culture du coton. L'agriculture mixte traditionnelle de l'Ouzbékistan fut sacrifiée à l'autosuffisance soviétique en "or blanc" On construisit des canaux et on a commença à cultiver le coton dans le désert de Mirzatchul. Près de 160.000 hectares furent consacrés à la culture du coton. Cela fut la cause de la dépendance de l'Ouzbékistan visà-vis de Moscou. En février 1956, le XXe congrès des Soviets critiqua l'œuvre de Staline. Après ce congrès jusqu'au milieu des années 1960 régna l'époque de démocratie de Khrouchtchev. En 1964 puis Brejnev devint chef d'Etat. La politique restait toujours la même: le pouvoir centralisé et le coton. En Ouzbékistan, Charaf Rachidov arriva au pouvoir dès janvier 1959. C'est l'un des plus éminents dirigeants d'Asie Centrale. Il était écrivain et ses oeuvres plaisaient. Le 26 avril 1966 Tachkent fut presque entièrement détruite par un tremblement de terre. Cette époque est marquée par une grande solidarité des républiques de l'ex-URSS. Pour reconstruire la ville, des volontaires vinrent de toute l'URSS. On reconstruisit beaucoup de bâtiments, mais Moscou décida de donner 20% des appartements reconstruits à ses ouvriers. Dans les années 1950 et - 25 -

1960, on creusa beaucoup de canaux d'irrigation et de retenues d'eau pour produire encore plus de coton. On peut citer ainsi les retenues d'eau de Tchimkourgan, de Sourkhan Sud, de Patchkamaret, les canaux d'Amou-Qorakol et d'Amou-Boukharo. Grâce à ces constructions la production agricole augmenta, mais l'écologie commença à souffrir. La terre devint polluée. Dans les années 1980 l'Ouzbékistan produisait 6 millions de tonnes de coton. La population de la république était mobilisée pour procéder à la récolte. Les élèves et les étudiants travaillaient dans les champs de coton. Cela avait des résultats négatifs pour les études. Bien que la quantité d'écoles, écoles spéciales et supérieures, ait augmenté, on ne faisait pas attention à l'éducation et à la culture et c'est pourquoi les jeunes ont été les victimes de cette politique. Le 27 décembre 1979, l'URSS envahit l'Mghanistan. Beaucoup d'Ouzbeks, de Tadjiks, de Turkmènes furent appelés sous les drapeaux de l'armée soviétique. Cette guerre causa le malheur de bien des familles. A cette époque, le parti communiste ouzbek subit une grave crise. Rachidov décède et après sa mort beaucoup de ses collaborateurs sont arrêtés et jugés. Une affaire juridique, dite "l'affaire ouzbek" est révélée en mars 1985 par Gdlian et Ivanov sous Gorbatchev, premier secrétaire du PCUS. Ousmankhojaev devient premier secrétaire du PC de l'Ouzbékistan. Le 15 mai 1988 commence le retrait soviétique d'Afghanistan. La population d'Asie Centrale se réveille d'un long sommeil. Les protestations contre le service militaire des Ouzbeks hors d'Ouzbékistan en est l'illustration. En 1989, Islam Abdouganievitch Karimov devient premier secrétaire du PC d'Ouzbékistan. La démocratie commence à se développer. En mai 1989 est fondé le mouvement Birlik ("Union"), par Abdourahim Poulatov et Mouhammad Salih. Ce mouvement est nationaliste. En avril, Mouhammad Salih quitte Birlik et fonde le parti Erk ("Liberté").

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La mer d'Aral
La mer d'Aral est un des plus grands lacs du monde. Sa superficie est de 64 500 km2, sa profondeur de 67 mètres. Aujourd'hui sa superficie diminue et l'eau s'évapore,. c'est la sécheresse. Durant des décennies, elle a été privée de l'eau de ses affluents l'Amou-Daria et le Syr-Daria. Partout on avait construit des barrages pour la dérivation des eaux dans Ies canaux d'irrigations. Aujourd'hui dans les steppes de la Faim et de Jirasek verdissent les champs de coton. Les canaux d'irrigations ne sont pas équipés de revêtement étanche et coulent à l'air libre. Si l'évaporation de la mer d'Aral continue, elle aura peut-être disparu en 2020. Les 24 espèces de poissons de la mer d'Aral n'existent déjà plus. La destruction de la mer d'Aral est un des plus grands désastres écologiques du monde. Les gens sont plus souvent malades. La terre est polluée aussi par les pesticides et les engrais chimiques. La responsabilité de ce désastre repose sur les dirigeants du parti communiste. Il y avait un projet gouvernemental concernant le détournement de l'Ob et de l'Irtych, en Sibérie, par un canal de 1600 km à travers la steppe pour faire revivre la mer d'Aral. Ce projet a été abandonné en 1986, après vingt ans de discussions du "politburo". Ces dernières années, pendant des réunions, des conférences et des symposiums républicains, fédéraux et internationaux, on discute des problèmes de la mer d'Aral. Leurs participants déclarent mettre fin au gaspillage de l'eau. La désertification de la région autour de la mer d'Aral et des tempêtes de poussières

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risquent de provoquer la dégradation du sol sur de grandes surfaces ainsi que des changements climatiques.

L'indépendance En juin 1990 se déroule le XXe congrès du PC d'Ouzbékistan. Islam Karimov soutient la souveraineté nationale de la République. L'ouzbek devient la langue officielle et langue d'Etat. En octobre 1990, l'Ouzbékistan se déclare Etat souverain. Le 19 août 1991 a lieu le putsch de Moscou et le premier septembre l'Ouzbékistan devient indépendant. Le 14 septembre 1991 est la date de la naissance du Parti démocratique du peuple. Beaucoup de membres de l'ancien Parti communiste deviennent ses membres. Le 12 décembre 1991, Islam Karimov est élu Président de la République indépendante d'Ouzbékistan au suffrage universel avec 86% des voix. La politique d'Islam Karimov vise la stabilité. Il établit des relations diplomatiques avec tous les pays étrangers, crée des entreprises mixtes. Le gouvernement porte beaucoup d'attention à la jeunesse. Les jeunes peuvent aller étudier à l'étranger. Les partis "du progrès de la patrie", "de la Justice" soutiennent la politique du Président. Les partis Birlik et Erk, les partis de la renaissance islamique sont déclarés inconstitutionnels à la fm de 1992 pour leurs activités nationalistes et islamistes. La nouvelle constitution, adoptée le 8 décembre 1992, interdit "les partis politiques fondés sur des principes nationalistes ou religieux". Le 9 janvier 2000, Islam Karimov est réélu Président de la République Indépendante d'Ouzbékistan, au suffrage universel avec 92% des voix.

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Chronologie
Avant -J.C. A partir de 100 000 ans (ère mésolithique) Autour de 10 000 ans Vers 2 000 ans 545-540 329 312 247 De 138 av J.C. à 484 ap. J.C. Hommes des cavernes dans le Tian Shan et les contreforts du Pamir La couche de glace sibérienne se retire ~les ancêtres des Huns, des Turcs et des Mongols occupent l'Altaï et les steppes de Mongolie Migrations d'Aryens en Asie Centrale Cyrus le Grand ajoute la Sogdiane à l'Empire perse Alexandre le Grand envahit Ma wara-ul nahr~ révolte de Spitamen Seleucos Nicator fonde la dynastie des Séleucides Fondation de l'Empire parthe Naissance de la route de la soie

Aurès J.C. 78
224 484 560 570-632 651 712-715 748 875 992 1050 Autour de 1150 1156

Le khan Kanichka devient le premier empereur koushan Ardachir fonde la dynastie perse des Sassanides Les Huns envahissent l'empire oriental des Sassanides Les Turcs chassent les Huns de Transoxiane Vie de Mahomet Les Arabes commencent l'invasion de l'Asie Centrale Qutaiba ibn Abbas conquiert le Khorezm, Boukhara, Samarkand, Tachkent et Fergana Les Abbassides succèdent aux Omeyyades au califat de Baghdad Les Samanides fondent leur dynastie Boukhara devient la capitale des Turcs Karakhanides Les Seldjoukides deviennent les maîtres des territoires de l'Afghanistan à la Mer d'Aral Les Kara Kitay envahissent l'empire seldjoukide Mort du vice-roi seldjoukide Sultan Sanjar - 29-

1207-1210
1218 1219 1227 1336 1370 1398 1405 1449

Vers 1500

1526
1598

Vers 1710
1717 1839 1865 1867

1868 1877 1897 1916 1917 1918 1919-1920 1921 1922

1923 1924 1924

Victoire des Khorezmchahs sur les Kara Kitay Assassinat de l'ambassadeur de Gengis Khan au Khorezm Pillage d'Ourgentch, Samarkand, Boukhara par les Mongols Mort de Genghis Khan Naissance de Timour le Grand La Transoxiane est sous la domination de Timour Invasion de l'Inde par Timour Mort de Timour Assassinat d'Oulougbek par son fils. Prise du pouvoir par les Chaibanides en Transoxiane. Fondation des khanats de Khiva et de Boukhara Babur, le dernier des Timourides fonde la dynastie des Moghols Mort d'Abdoulla Khan à Boukhara~ les Astrakhanides succèdent aux Cheibanides Fondation du khanat de Kokand Défaite de la mission russe à Khiva L'expédition de Perovsky à Khiva est mise en échec par la neige Les Russes prennent Tachkent Kaufman devient premier gouverneur général du Turkestan russe Kaufman prend Samarkand et Boukhara devient un protectorat Annexion de Kokand par Kaufman Révolte des musulmans à Andijan La révolte de Djizak gagne tout le Turkestan russe Révolution russe Echec du coup d'Etat anti-bolchevik à Tachkent~ les bolcheviks prennent Kokand Frounze prend Boukhara Exécution d'Enver Pacha par l'armée rouge Première purge dans la république de Boukhara. Grande famine Grande purge de l'été 1924, 21 janvier. Mort de Lénine. La commission soviétique des frontières constitue les R.S.S. d'Ouzbékistan et du Turkménistan.

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1924 1927 1928 1939 1941-1945

1978 1983 1991 1991

1992 1992 1994 1994 1995

1996 2000

13 mille femmes brûlent leur parangja sur la place du Reghistan à Samarkand Latinisation des langues turques d'Asie Centrale Premier plan quinquennal soviétique~ début de la collectivisation Cyrillisation de l'alphabet ouzbek Invasion allemande de l'URSS. Déportation par Staline des Allemands de Russie en Asie Centrale, en 1943 déportation des peuples de Caucase ~en 1944 déportation des Tatars de Crimée, des Turcs de Georgie, des Coréens du Pacifique, soupçonnés d'aider les Allemands et les Japonais Intervention soviétique en Afghanistan. Mort de Charaf Rachidov Fin de l'URSS~ les républiques d'Asie Centrale deviennent indépendantes Quatre républiques de l'Asie Centrale (sauf le Tadjikistan) signent un traité bilatéral. Election du président ouzbek Karimov avec 86 % des suffrages. Les présidents kirghiz et ouzbek signent un accord de partenariat économique Le 8 décembre la constitution de l'Ouzbékistan est adopté Union économique centrasiatique (Kazakhstan, Kirghizstan, Ouzbékistan) L'Ouzbékistan crée sa propre monnaie, le soum Référendum annulant les élections présidentielles de 1996 et prolongeant le président Karimov dans sa fonction jusqu'en l'an 2000 (par 99,6% des votants). Décrets réglementant la convertibilité du soum ouzbek Réélection du président Karimov, au suffrage universel avec 92 % des voix.

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